<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://caute.lautre.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Caute@lautre.net</title>
	<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://caute.lautre.net/spip.php?id_auteur=86&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Caute@lautre.net</title>
		<url>https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L144xH25/siteon0-61142.png?1779729186</url>
		<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
		<height>25</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Le nom commun&#034;, par Saverio Ansaldi</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Le-nom-commun-par-Saverio-Ansaldi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Le-nom-commun-par-Saverio-Ansaldi</guid>
		<dc:date>2004-05-02T11:03:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ansaldi, Saverio</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Libre de la metafora y del mito &lt;br class='autobr' /&gt;
Labra un arduo cristal : et infinito &lt;br class='autobr' /&gt;
Mapa de Aquel que es Todas sus estrellas. &lt;br class='autobr' /&gt;
(J. L. Borges) &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Si deux personnes s'accordent entre elles et unissent leurs forces, elles auront plus de pouvoir ensemble et cons&#233;quemment un droit sup&#233;rieur sur la nature que chacune des deux n'en avait &#224; elle seule, et, plus nombreux seront les hommes qui auront mis leurs forces en commun, plus aussi ils auront de droit &#224; eux tous &#034; (Spinoza, Trait&#233; Politique, Chap. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Libre de la metafora y del mito&lt;br /&gt;
Labra un arduo cristal : et infinito&lt;br /&gt;
Mapa de Aquel que es Todas sus estrellas.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;(J. L. Borges)&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si deux personnes s'accordent entre elles et unissent leurs forces, elles auront plus de pouvoir ensemble et cons&#233;quemment un droit sup&#233;rieur sur la nature que chacune des deux n'en avait &#224; elle seule, et, plus nombreux seront les hommes qui auront mis leurs forces en commun, plus aussi ils auront de droit &#224; eux tous &#034; (Spinoza, &lt;i&gt;Trait&#233; Politique&lt;/i&gt;, Chap. 2, &#167; XIII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son moment le plus haut, l'ontologie devient, chez Spinoza, puissance, et la puissance, toute la puissance, devient politique. Mais quel est le sens de cette &#233;quivalence ? Faisons un pas en arri&#232;re, et pr&#233;cis&#233;ment vers l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, IV&#232;me Partie, Proposition XXXV Corollaire II : &#034; Quand chaque homme cherche le plus ce qui lui est utile &#224; lui-m&#234;me, alors les hommes sont les plus utiles les uns aux autres. Car, plus chacun cherche ce qui lui est utile et s'efforce de se conserver, plus il est dou&#233; de vertu (Prop. 20), ou, ce qui revient au m&#234;me (Def. 8) plus grande est la puissance dont il est dou&#233; pour agir suivant les lois de sa nature, c'est-&#224;-dire (Prop. 3, p. III) pour vivre sous la conduite de la Raison. Mais, quand les hommes vivent sous la conduite de la Raison (Prop. pr&#233;e.), c'est alors qu'ils s'accordent le plus en nature, donc (Coroll. pr&#233;c.) quand chacun cherche le plus ce qui est utile &#224; lui-m&#234;me, c'est alors que les hommes sont les plus utiles les uns aux autres&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un passage d&#233;cisif dans le parcours de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; et de la philosophie politique moderne :plus je cherche ce qui est utile &#224; moi-m&#234;me, plus je suis puissant, et plus je suis puissant, plus je suis dou&#233; de vertu. Et, encore, ma vertu - ce qui est utile &#224; moi-m&#234;me -, plus elle est plus puissante, plus elle est r&#233;ciproque, &lt;i&gt;commune&lt;/i&gt;. Utilit&#233;, puissance, communaut&#233; : telle est la triade, forte et ins&#233;parable, de l'ontopolitique de Spinoza. Mais ce n'est pas tout. Spinoza nous oblige &#224; faire un autre pas en avant : plus grande est la puissance dont nous sommes dou&#233;s, plus grande est notre vertu, c'est-&#224;-dire (&lt;i&gt;hoc est&lt;/i&gt;) plus puissante est notre raison. Ici le cercle se renferme, ou, peut-&#234;tre, il s'ouvre sur un autre ordre, diff&#233;rent m&#234;me de l'ordre g&#233;om&#233;trique qui l'a con&#231;u d'une mani&#232;re si claire et si parfaite. Spinoza fonde ici un espace autre, tout &#224; fait radical et nouveau, dans lequel les options du politique deviennent les options m&#234;mes de l'ontologie - en tant que faire joyeux, plein, libre et lib&#233;r&#233;. Il n'y a (plus) la transcendance despotique du th&#233;ologico-politique, comme m&#233;canisme sombre et infernal de coercition et de limitation de notre &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, de notre &lt;i&gt;puissance commune&lt;/i&gt;. Il y a seulement l'immanence lumineuse de notre activit&#233; : &#034; Le bien supr&#234;me de ceux qui sont des suivants de la vertu est commun &#224; tous, et tous peuvent en tirer pareillement de la joie &#034; (&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, IV, Prop. XXXVI).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le bien pour l'homme consiste dans une activit&#233; de l'&#226;me en accord avec la vertu, et en cas de pluralit&#233;s des vertus, en accord avec la plus excellente et la plus parfaite d'entre elles ... En effet, la f&#233;licit&#233; est une activit&#233; en accord avec la vertu (Aristote, &lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, 1098a, 16-18, 1098b, 31). Au sommet de la pens&#233;e grecque, Aristote pose l'&#234;tre m&#234;me de l'homme comme activit&#233; libre et joyeuse, comme vertu : &#034; Il appara&#238;t clairement que la vie et le plaisir sont intimement associ&#233;s et n'admettent aucune .s&#233;paration. Sans activit&#233; en effet il ne na&#238;t pas de plaisir et toute activit&#233; re&#231;oit son ach&#232;vement du plaisir (Aristote, &lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, 1175a, 19-23). Le sens v&#233;ritable et plus profond de la pratique r&#233;side dans la joie, dans l'activit&#233; conforme &#224; la vertu ; et c'est bien &#224; partir de ces pr&#233;suppos&#233;s qu' Aristote d&#233;cide les fondements m&#234;mes de la politique : &#034; Pour l'instant prenons pour base qu'une vie excellente, aussi bien pour chaque individu pris &#224; part que pour les cit&#233;s prises collectivement, c'est celle qui s'accompagne d'une vertu pourvue d'assez de moyens pour qu'on puisse prendre part aux actes conformes &#224; la vertu &#034; (&lt;i&gt;Politique&lt;/i&gt;, 1323b, 40-41, 1324a 1-2). Cette fondation reste inchang&#233;e dans toute l'histoire de l'ontologie politique occidentale, car elle capable de traverser toute sorte de crise et de contradiction. L'activit&#233; est la limite m&#234;me qui permet de penser et de d&#233;finir notre &#234;tre-l&#224;, elle est le fait m&#234;me de notre existence - singuli&#232;re et/ou collective. C'est le m&#234;me principe que, par exemple, nous retrouvons chez Dante &#034; La t&#226;che la plus propre au genre humain, consid&#233;r&#233; dans sa globalit&#233;, consiste toujours dans l'actuation de toute la puissance de l'intellect possible, premi&#232;rement dans le but de la sp&#233;culation, et deuxi&#232;mement, par extension, dans le but de l'activit&#233; pratique &#034; (Dante, &lt;i&gt;De Monarchia&lt;/i&gt;, I, V, 1). Limite et principe, donc, qui restent inchang&#233;s jusqu'au seuil de la modernit&#233;, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la premi&#232;re moiti&#233; du XVII&#232;me si&#232;cle. C'est &#224; partir de ce moment que nous assistons &#224; l'extension la plus compl&#232;te et la plus totale de la limite, justement gr&#226;ce &#224; Spinoza. Dans un si&#232;cle qui, de Hobbes &#224; Graci&#224;n, de Descartes &#224; Leibniz, fait du principe aristot&#233;licien de l'activit&#233; le c&#339;ur m&#234;me de toute anthropologie - qu'elle soit pens&#233;e en tant qu'app&#233;tit, &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, ou d&#233;sir, appropriation, du corps et de l'esprit - Spinoza nous fournit un verre grossissant encore plus puissant, capable de permettre la lecture et la p&#233;n&#233;tration dans le fond m&#234;me de l'activit&#233;, une activit&#233; qui, quoiqu'elle soit &lt;i&gt;la mienne&lt;/i&gt;, et non pas une autre, donc &lt;i&gt;diff&#233;rente&lt;/i&gt;, est impensable, vide, faible et pauvre sans l'autre qui l'alimente et la rend plus puissante, de plus en plus riche et forte, donc de plus en plus libre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Agir par vertu absolument n'est rien d'autre en nous qu'agir, vivre et conserver son &#234;tre (ces trois choses n'en font qu'une) sous la conduite de la &lt;i&gt;Raison, d'apr&#232;s le principe de la recherche de l'utile propre &#034; (Spinoza, &#201;thique&lt;/i&gt;, IV, Prop. XXIV). Jusqu'&#224; cette Proposition, Spinoza ne s'&#233;carte pas du sujet de la tradition gr&#233;co-latine ; tout est parfaitement cons&#233;quent. Le changement a lieu dans les Propositions suivantes. Proposition XXIX de la Quatri&#232;me Partie : &#034; Une chose singuli&#232;re quelconque, dont la nature est enti&#232;rement diff&#233;rente de la n&#244;tre, ne peut ni seconder ni r&#233;duire notre puissance d'agir, et, absolument parlant, aucune chose ne peut &#234;tre bonne ou mauvaise pour nous, si elle n'a quelque chose de &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; avec nous &#034;. Et la Proposition XXXI : &#034; Dans la mesure o&#249; une chose s'accorde avec notre nature, elle est n&#233;cessairement bonne &#034;, dont le Corollaire affirme que &#034;Plus une chose s'accorde avec notre nature, plus elle nous est utile ou meilleure est elle ; et inversement, une chose nous est plus utile dans la mesure o&#249; elle s'accorde mieux avec notre nature &#034;. Qu'est-ce qu'il peut y avoir de commun avec nous (&lt;i&gt;commune aliquid nobiscum&lt;/i&gt;) ? Et pourquoi une chose qui s'accorde (&lt;i&gt;convenit&lt;/i&gt;) avec nous est n&#233;cessairement (&lt;i&gt;necessario&lt;/i&gt;) bonne ? Spinoza pose, au plein milieu du XVII&#232;me si&#232;cle, la question, ind&#233;passable et radicale, qui d&#232;s lors ne cesse pas de nous interroger quant au sens de notre agir : quel est le lieu de constitution de notre activit&#233;, qu'est-ce qui d&#233;termine notre &#234;tre-l&#224; comme activit&#233;, notre vie en tant que faire, faire qui cr&#233;e, modifie, d&#233;truit, r&#233;siste, aime, d&#233;teste, souffre et &#233;prouve de lai oie ? Autrement dit, un faire qui, en agissant, est affect ? Car, cela est clair, il n' existe pas une activit&#233; neutre, transparente, sans oppositions ; l'activit&#233; se d&#233;roule dans le plein, dans l'&#234;tre et pour l'&#234;tre. Et Spinoza en est bien conscient. Quatri&#232;me Partie, Propositions XXXII &#224; XXXIV : &#034; Dans la mesure o&#249; les hommes sont soumis aux passions, on ne peut dire qu'ils s'accordent en nature... Les hommes peuvent diff&#233;rer en nature en tant qu'ils sont domin&#233;s par des affects qui sont des passions ; et dans la m&#234;me mesure le m&#234;me homme est changeant et inconstant... En tant que les hommes sont domin&#233;s par des affects qui sont des passions, ils peuvent &#234;tre contraires les uns aux autres &#034;. Le plan de l'immanence est constitu&#233; par des niveaux diff&#233;rents, compos&#233;s l'un dans l'autre, chacun avec ses propri&#233;t&#233;s et ses particularit&#233;s. Ce qui est commun est, avant tout, ce qui nous s&#233;pare. Mais Spinoza ne s'arr&#234;te pas ici. Il conduit la limite au-del&#224; d'elle-m&#234;me, il la renverse et la red&#233;finit, en lui donnant une nouvelle essence et une nouvelle vie. Proposition XXXV : Dans la mesure seulement o&#249; les hommes vivent sous la conduite de la Raison, ils s'accordent toujours n&#233;cessairement en nature &#034;. Nous sommes en pr&#233;sence ici d'une autre ontologie, fond&#233;e sur le d&#233;sir m&#234;me d'expression et de production - comme puissance. Spinoza boucle en effet le cercle, et, comme nous l'avons dit, il ouvre une autre g&#233;om&#233;trie, d&#233;j&#224; non-euclidienne. Lisons le Corollaire I &#224; la m&#234;me Proposition : &#034; Il n'est donn&#233; dans la nature aucune chose singuli&#232;re qui soit plus utile &#224; l'homme qu'un homme vivant sous la conduite de la Raison. Car ce qui est &#224; l'homme le plus utile est ce qui s'accorde le plus avec sa nature, c'est-&#224;-dire que c'est l'homme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ploiement de la puissance atteint ici son maximum, toute l'ontologie devient immanente, productive, politique. Celui qui s'efforce de se conserver et cherche ce qui est utile &#224; lui-m&#234;me est dou&#233; de vertu, et qui est dou&#233; de vertu, vit sous la conduite de la Raison (&lt;i&gt;ex ductu rationis vivit&lt;/i&gt;). Le syst&#232;me est biunivoque : plus de puissance, plus de vertu et donc plus de Raison, mais, en m&#234;me temps, plus de Raison, plus de vertu et donc plus de puissance. Il n'y a plus aucune &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; ontologique entre la puissance et son extension dans l'immanence : l'immanence est la puissance elle-m&#234;me et vice-versa. Spinoza &#233;limine toute r&#233;f&#233;rence &#224; la transcendance, qu'elle th&#233;ologique et/ou politique ; il y a seulement l'&#234;tre (la nature) comme puissance immanente. Et mon &#234;tre-l&#224; est une partie active de la puissance ; il est un mode productif qui participe &#224; l'&#234;tre de la puissance. Par cons&#233;quent, plus je suis puissant, plus je suis dou&#233; de vertu et de Raison ; et plus je vis sous la conduite de la Raison, plus je cherche ce qui est utile &#224; moi-m&#234;me : mon bien. Spinoza en tire les conclusions dans la Proposition XXXVII de la Quatri&#232;me Partie : &#034; Le bien que d&#233;sire pour lui-m&#234;me quiconque est un suivant de la vertu, il le d&#233;sirera aussi pour les autres hommes, et cela d'autant plus qu'il aura acquis une connaissance plus grande de Dieu &#034;, c'est-&#224;-dire d'autant plus qu'il participera &#224; la puissance commune de la nature. Le r&#233;sultat est la fondation m&#234;me de l'ontopolitique : &#034; Le bien que l'homme d&#233;sire pour lui-m&#234;me et aime, il l'aimera de fa&#231;on plus constante s'il voit que d'autres l'aiment ; il fera donc effort pour que les autres l'aiment ; et, puisque ce bien est commun &#224; tous et que tous peuvent s'en &#233;panouir pareillement, il fera donc effort pour que tous en tirent de la joie et d'autant plus qu'il jouira davantage de ce bien &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance est ce qui nous rend, en m&#234;me temps, &lt;i&gt;singuliers et communs&lt;/i&gt;. Moi, je suis ma partie active de la puissance de la nature, et augmenter ma puissance signifie toujours chercher mon bien conforme &#224; la vertu ; d&#233;sirer mon bien est ma vertu. Mais ma vertu - ma puissance - sera d'autant plus puissante et app&#233;tente qu'elle sera commune, partag&#233;e et partageable. Dans l'activit&#233; que je suis, j'aimerai encore plus mon bien si je vois qu'il augmente la puissance commune, si ma puissance, et non pas une autre, participe &#224; la composition commune de la puissance. Chez Spinoza, il n'est plus question ni de sujet, ni de transcendance, ni de l&#233;gitimation : il y a seulement des singularit&#233;s communes, des quanta de puissance ayant toute la possibilit&#233; d'&#233;largir la sph&#232;re de leur propre activit&#233; et de la recherche de leur propre utile - toujours dans la composition commune des forces : &#034; Il est impossible que l'homme ne soit pas une partie de la Nature et n'en suive pas l'ordre commun. Si, cependant, il vit parmi des individus tels que leur nature s'accorde avec la sienne, par cela m&#234;me sa puissance d'agir sera second&#233;e et aliment&#233;e &#034;(&lt;i&gt;Appendice&lt;/i&gt; &#224; la Quatri&#232;me partie, Chap. VII).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La puissance est le lieu de notre singularit&#233; et de notre communaut&#233;. Ma puissance est exactement comme mon nom, et, comme lui, elle me singularise, me d&#233;finit et me constitue ; mais, en m&#234;me temps, mon nom est ce qui rend commun, ce qui me permet de participer &#224; l'existence commune. Mon nom, c'est moi, mais mon nom, pour &#234;tre ce qu'il est, est toujours appel&#233; par les autres. Ainsi est la puissance : singuli&#232;re et commune. &#034; Car si deux individus enti&#232;rement de m&#234;me nature se joignent l'un &#224; l'autre, ils composent un individu deux fois plus puissant que chacun s&#233;par&#233;ment. Rien donc de plus utile &#224; l'homme que l'homme ; les hommes, dis-je, ne peuvent rien souhaiter qui vaille mieux pour la conservation de leur &#234;tre, que de s'accorder tous en toute chose de fa&#231;on que les &#194;mes et les Corps de tous composent en quelque sorte une seule &#194;me et un seul Corps, de s'efforcer tous ensemble &#224; conserver leur &#234;tre et de chercher tous ensemble l'utilit&#233; commune &#224; tous &#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/i&gt; 25-26 : 1995/6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;La R&#233;publique de Platon, l'Ethique de Spinoza&#034;, par Saverio Ansaldi</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-Republique-de-Platon-l-Ethique-de-Spinoza-par-Saverio-Ansaldi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/La-Republique-de-Platon-l-Ethique-de-Spinoza-par-Saverio-Ansaldi</guid>
		<dc:date>2004-05-02T10:51:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ansaldi, Saverio</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avec la publication des textes de Julia Annas (Introduction &#224; la R&#233;publique de Platon) et de Pierre Macherey (Introduction &#224; l'&#201;thique de Spinoza. La cinqui&#232;me partie), les Presses Universitaires de France inaugurent une nouvelle collection (Les grandes livres de la philosophie) dont l'objectif est de fournir des outils de travail et de r&#233;flexion capables de nous permettre une approche critique et argument&#233;e des classiques de la pens&#233;e philosophique (ce sont en pr&#233;paration aussi les &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Spinoza-et-les-autres-" rel="directory"&gt;Spinoza et les autres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Avec la publication des textes de Julia Annas (&lt;i&gt;Introduction &#224; la R&#233;publique de Platon&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Annas, Introduction &#224; la R&#233;publique de Platon, PUF, 1994&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de Pierre Macherey (&lt;i&gt;Introduction &#224; l'&#201;thique de Spinoza. La cinqui&#232;me partie&lt;/i&gt;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Macherey, Introduction &#224; l'Ethique de Spinoza. La cinqui&#232;me partie, PUF, 1994&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, les Presses Universitaires de France inaugurent une nouvelle collection (&lt;i&gt;Les grandes livres de la philosophie&lt;/i&gt;) dont l'objectif est de fournir des outils de travail et de r&#233;flexion capables de nous permettre une approche critique et argument&#233;e des classiques de la pens&#233;e philosophique (ce sont en pr&#233;paration aussi les &#171; Introductions &#187; au &lt;i&gt;Leviathan&lt;/i&gt; de Hobbes, &#224; la &lt;i&gt;M&#233;taphysique&lt;/i&gt; d'Aristote, au &lt;i&gt;Capital&lt;/i&gt; de Marx, aux &lt;i&gt;M&#233;ditations cart&#233;siennes&lt;/i&gt; de Husserl).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, les livres de Annas et de Macherey ne sont pas des simples commentaires ou des guides de lecture &#224; la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon et &#224; l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; de Spinoza ; au contraire, ils se pr&#233;sentent comme des parcours de r&#233;flexion larges et approfondis, traversant les oeuvres en question dans tous les aspects et mettant en lumi&#232;re leurs contenus les plus significatifs et importants pour l'histoire de la philosophie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le livre de Julia Annas est d&#233;sormais consid&#233;r&#233; de plein droit comme un classique des &#233;tudes critiques platoniciennes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. La premi&#232;re &#233;dition de ce texte date de 1981 : An introduction to Plato's (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; son principal m&#233;rite consiste &#224; nous livrer une interpr&#233;tation de la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon qui se concentre tout d'abord sur les questions philosophiques majeures r&#233;ellement en jeu dans le texte, en &#233;vitant, dans les limites du possible, toutes les querelles philologiques qui rendent si souvent difficile, pour le non-sp&#233;cialiste, la lecture d'essais consacr&#233;s &#224; la pens&#233;e ancienne. La d&#233;marche interpr&#233;tative de J. Annas nous permet en effet de saisir, avec une clart&#233; remarquable, tous les enjeux th&#233;oriques soulev&#233;s par Platon dans son oeuvre, qui vont de l'origine et des fondements de l'&#201;tat &#224; la d&#233;finition des principes &#233;thiques, des diff&#233;rentes formes de connaissance &#224; l'&#233;ducation et &#224; l'art.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En suivant fid&#232;lement le d&#233;veloppement du texte, J. Annas nous montre comment la pens&#233;e de Platon, dans la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, se d&#233;ploie autour d'un concept bien pr&#233;cis : la justice (&lt;i&gt;dikaiosyn&#234;&lt;/i&gt;). C'est &#224; partir de la question pos&#233;e par Glaucon &#224; Socrate &#171; qu'est-ce qu'une vie juste ? &#187;, que Platon entreprend l'examen du concept de justice, en commen&#231;ant d'abord &#224; analyser ce qu'est la justice dans la cit&#233;, pour passer apr&#232;s &#224; la d&#233;finition de la justice individuelle. Cette formulation du probl&#232;me am&#232;ne Platon &#224; s'interroger directement sur l'origine de la cit&#233; et de la soci&#233;t&#233; ; or, selon J. Annas, pour Platon &#171; le fondement d'une soci&#233;t&#233; est une association de personnes qui repose sur le besoin. Les gens ne peuvent se suffire &#224; eux-m&#234;mes, et ont des besoins vari&#233;s. On a une soci&#233;t&#233; lorsqu'il se trouve un groupe de personnes dont l'int&#233;r&#234;t personnel laisse suffisamment de place &#224; la pr&#233;voyance pour qu'elles se sp&#233;cialisent, et se partagent les t&#226;ches. Ainsi est introduit ce que j'appellerai le &#171; Principe de Sp&#233;cialisation &#187;, &#224; savoir l'id&#233;e qu'&#224; une seule personne, il faut une seule t&#226;che &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Annas, Introduction &#224; la &#034; R&#233;publique &#034; de Platon, Paris, PUF, 1995, p. 95.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les interpr&#232;tes ont souvent consid&#233;r&#233; ce principe comme un des &#233;l&#233;ments les plus critiquables de la pens&#233;e de Platon ; or, J. Annas montre que &#171; l'id&#233;e fondamentale de Platon, c'est que les diff&#233;rences naturelles des gens entre eux r&#233;v&#232;lent les r&#244;les compl&#233;mentaires et diff&#233;rents que ceux-ci jouent dans et pour la communaut&#233; consid&#233;r&#233;e comme un tout... L'individu trouve selon Platon sa place naturelle dans une association coop&#233;rative : il lui para&#238;t tout simplement &#233;vident que nul ne peut suffire &#224; soi-m&#234;me, et que chaque individu a donc besoin d'une place dans la soci&#233;t&#233; pour mener une vie qui r&#233;alise son potentiel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 97.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique de Platon se fonde sur l'id&#233;e qu'il faut toujours sauvegarder l'unit&#233; et l'harmonie de la cit&#233; - seule garantie de justice -, et cela &#224; partir du &#171; principe de sp&#233;cialisation &#187;, selon lequel chacun ne doit pas suivre d'une mani&#232;re &#233;go&#239;ste ses inclinations personnelles mais exercer plut&#244;t l'activit&#233; sociale pour laquelle il est le mieux adapt&#233;. C'est sur ces pr&#233;suppos&#233;s que Platon esquisse sa th&#233;orie de l'&#201;tat id&#233;al : &#171; Une v&#233;ritable cit&#233; forme une unit&#233; indivise. Une cit&#233; est un groupe o&#249; r&#232;gne une unit&#233; d'int&#233;r&#234;ts : c'est pourquoi seul l'&#201;tat est une cit&#233;, parce que c'est le seul endroit o&#249; les citoyens sont unis comme un seul homme en trouvant l'harmonie entre les int&#233;r&#234;ts de la cit&#233; consid&#233;r&#233;e comme un tout, et leurs int&#233;r&#234;ts propres, en tant qu'ils sont membres d'un groupe particulier &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 133.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'id&#233;e de l'unit&#233; politique de la cit&#233; conduit Platon &#224; formuler ses th&#232;ses c&#233;l&#232;bres sur la collectivit&#233; de la propri&#233;t&#233; et sur la suppression des familles nucl&#233;aires, qui, comme le montre J. Annas, rel&#232;vent du projet radical &#224; la base de &lt;i&gt;La R&#233;publique&lt;/i&gt;, dans le sens o&#249; Platon n'entend pas fournir dans son oeuvre des conseils pratiques pour administrer la cit&#233;, mais d&#233;finir plut&#244;t un mod&#232;le id&#233;al &#224; partir duquel penser une transformation profonde de la soci&#233;t&#233; civile. La tentative de Platon s'inscrit dans une d&#233;marche philosophique plut&#244;t que dans une d&#233;marche strictement politique : ce qu'il faut avant tout changer sont les concepts avec lesquels on pense la politique, et ce changement doit &#234;tre le plus radical possible.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'emp&#234;che toutefois pas de poser la question de savoir si l'&#201;tat id&#233;al, tel qu'il d&#233;crit dans la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, peut &#234;tre enfin r&#233;alis&#233; ; or, selon J. Annas, &#171; Platon veut que nous lisions la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, non comme une fiction divertissante, mais comme quelque chose qui doit affecter notre mani&#232;re de vivre ; &#224; cette fin, il lui faut montrer que la cit&#233; juste, la soci&#233;t&#233; des hommes bons, n'est pas impossible &lt;i&gt;en principe&lt;/i&gt; ; en r&#233;alit&#233;, il juge cette &#233;ventualit&#233; peu probable &#224; courte &#233;ch&#233;ance, puisque l'homme vraiment juste et intelligent est celui qui sera le plus probablement corrompu par la soci&#233;t&#233;. Tout ce que peut montrer Platon, c'est qu'il est en principe possible, quoique peu probable dans la pratique, de rompre le cercle. L'&#201;tat juste demeure plus efficace comme id&#233;al destin&#233; &#224; inciter les individus &#224; la vertu, que comme mod&#232;le d'une soci&#233;t&#233; r&#233;elle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Annas, op. cit., pp. 238-239.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est en effet sur ce double registre, &#224; la fois philosophique et politique, qui est construite toute la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, dans laquelle la d&#233;marche id&#233;ale de la pens&#233;e (th&#233;orie de la connaissance, formes de la vertu) sert toujours &#224; d&#233;finir un cadre de r&#233;flexion ayant comme objet principal la constitution de l'&#201;tat juste. Cela devient tout &#224; fait &#233;vident dans les livres centraux de la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; (VI-VII), dans lesquels Platon illustre les principes les plus importants et les plus connus de sa pens&#233;e, c'est-&#224;-dire la &#171; th&#233;orie des Formes &#187;, la notion du &#171; Bien &#187;, le mythe de la &#171; Caverne &#187; et la &#171; dialectique &#187;. C'est &#224; travers ces concepts que Platon fonde et justifie la m&#233;thode philosophique en tant que connaissance absolue de toutes les formes id&#233;ales de l'&#234;tre, dont la premi&#232;re par hi&#233;rarchie ontologique est repr&#233;sent&#233;e par le Bien. En utilisant le mythe de la caverne, Platon nous montre comment la connaissance philosophique est un processus progressif de lib&#233;ration vers de formes de compr&#233;hension de plus en plus &#233;clair&#233;es ; l'homme qui, gr&#226;ce &#224; la dialectique, parvient &#224; se lib&#233;rer des contraintes de l'exp&#233;rience ordinaire, atteint, au terme de son chemin (la sortie de la caverne), une condition existentielle fond&#233;e sur une connaissance impersonnelle et contemplative du Bien supr&#234;me. Or, J. Annas nous fait justement remarquer comment cela repr&#233;sente une contradiction au sein du syst&#232;me platonicien de la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; ; en effet, l'objectif de l'ouvrage est de d&#233;finir, dans un cadre bien pr&#233;cis - l'&#201;tat -, ce qu'est l'homme juste, tandis que, dans les livres VI-VI, Platon nous indique une d&#233;marche contemplative et id&#233;ale de connaissance, qui sert &#224; son tour &#224; fonder la compr&#233;hension de l'homme juste. Nous avons ainsi affaire &#224; deux conceptions de la justice : celle qui rel&#232;ve d'une &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt; &#224; l'int&#233;rieur d'une cit&#233; juste, et celle qui rel&#232;ve d'une &lt;i&gt;connaissance&lt;/i&gt; juste des formes id&#233;ales de l'&#234;tre. De l'avis de J. Annas, cette contradiction ne remet pas en cause la suite de l'argumentation (livres VIII, IX) concernant le sens et la valeur de la justice dans la cit&#233;, car elle t&#233;moigne plut&#244;t d'un glissement dans le proc&#233;d&#233; th&#233;orique de Platon, d&#251; en particulier &#224; sa pr&#233;dilection pour des formes de connaissance et d'&#233;ducation abstraites et contemplatives (les math&#233;matiques et la dialectique).&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, dans les derniers livres de la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt;, Platon reprend le d&#233;veloppement du th&#232;me de la justice dans le cadre de la discussion sur l'&#201;tat juste, afin de montrer que &#171; la raison d'&#234;tre d'un &#201;tat est d'int&#233;grer ses membres &#224; une unit&#233; politique et culturelle qui fasse ressortir le meilleur de chacun, parce que chacun sera assur&#233; d'avoir la place qui convient le mieux &#224; ses talents &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Annas, op. cit., p. 380.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De cette mani&#232;re, la justice se r&#233;v&#232;le comme &#171; un agencement de l'&#226;me qui voit le jour quand toutes les parties de l'&#226;me d'une personne font ce qui est appropri&#233; dans des conditions convenables &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 397.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'homme juste est celui dont l'action ob&#233;it &#224; certains principes d'harmonie et de raison entre ses diff&#233;rentes parties de l'&#226;me, principes qui ont comme cons&#233;quence d'engendrer en lui le plaisir et le bonheur. Et en m&#234;me temps, l'&#201;tat juste est le contexte qui permet le d&#233;ploiement complet des facult&#233;s rationnelles de l'homme, de mani&#232;re que &#171; Platon finit par dire qu'il importe peu que l'&#201;tat id&#233;al juste ne soit qu'un mod&#232;le &#034;dress&#233; dans le ciel&#034; ; ce qui compte, c'est le r&#244;le qu'il joue pour faire advenir la justice dans l'individu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 403.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour J. Annas, la r&#233;flexion philosophico-politique de Platon nous entra&#238;ne vers une conception radicale de la justice et de l'&#233;thique, dans laquelle il est question non pas d'une adh&#233;sion aveugle et irr&#233;fl&#233;chie &#224; des r&#232;gles et &#224; des normes morales abstraites et vides, mais, bien plus profond&#233;ment, d'une forme de pratique enracin&#233;e dans le r&#233;el et capable d'agir directement sur l'individu. La justice nous fait comprendre qu'il vaut mieux agir en suivant les lois de la raison et de l'intelligence (la meilleure partie de nous-m&#234;mes), en &#233;vitant tous les actes qui peuvent nuire ou d&#233;r&#233;gler notre individualit&#233; ; comme le dit J. Annas, l'objectif de Platon dans la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; &#171; est de montrer que la justice est une exigence intelligible faite &#224; la nature humaine, qu'elle est conforme aux potentialit&#233;s dont nous disposons pour mener une vie cr&#233;ative et &#233;panouissante, au lieu de celle que nous aurions probablement si nous consacrions nos potentialit&#233;s &#224; suivre un ensemble arbitraire d'exigences ext&#233;rieures. La justice m'apportera une vie satisfaisante - si je fonctionne bien comme le devrait faire tout &#234;tre humain &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., pp. 415-417.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation de J. Annas nous permet de comprendre comment la &lt;i&gt;R&#233;publique&lt;/i&gt; de Platon, si souvent consid&#233;r&#233; comme un texte purement philosophique et tr&#232;s &#233;loign&#233; des probl&#233;matiques r&#233;elles de son temps, est en r&#233;alit&#233; un v&#233;ritable dispositif conceptuel plac&#233; au c&#339;ur de la vie politique et culturelle de la cit&#233; d'Ath&#232;nes, dans lequel Platon s'interroge sur des questions qui mettent directement en jeu l'individu et son rapport &#224; la communaut&#233; : le sens et la valeur des d&#233;cisions collectives vis-&#224;-vis des pratiques singuli&#232;res, l'apport de chacun &#224; la constitution d'un bien commun, la relation entre les formes des savoirs partag&#233;es (l'&#233;ducation) et les formes de connaissance sp&#233;cialis&#233;es (les math&#233;matiques, la philosophie). L'ouvrage de Platon peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233; non seulement comme un syst&#232;me th&#233;orique qui fonde et justifie une d&#233;marche particuli&#232;re de connaissance (la philosophie), mais aussi comme un &#171; dialogue &#187; ouvert aux contributions et aux probl&#233;matiques les plus riches et les plus f&#233;condes de l'Ath&#232;nes du lV&#232;me si&#232;cle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En poursuivant sa r&#233;flexion consacr&#233;e &#224; l'&#233;tude de la philosophie de Spinoza (&lt;i&gt;Spinoza contra Hegel&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Avec Spinoza&lt;/i&gt;), Pierre Macherey, avec son dernier texte, donne le coup d'envoi pour une relecture compl&#232;te des cinq parties de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, en commen&#231;ant par la cinqui&#232;me partie (&lt;i&gt;De Libertate&lt;/i&gt;), dans laquelle Spinoza ach&#232;ve formellement le syst&#232;me, en ouvrant, en m&#234;me temps, la d&#233;marche sp&#233;culative en direction d'une ontologie de la praxis et de la lib&#233;ration de notre puissance d'agir. Le &lt;i&gt;De libertate&lt;/i&gt; se pr&#233;sente donc comme un syst&#232;me &lt;i&gt;dans&lt;/i&gt; un syst&#232;me, puisque Spinoza y reprend tous les th&#232;mes d&#233;velopp&#233;s dans les parties pr&#233;c&#233;dentes, mais en le consid&#233;rant dans une perspective radicalement pratique, fond&#233;e sur la notion de &lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de la capacit&#233; dont dispose l'homme pour s'affranchir des limites impos&#233;es par la force des affects. &#171; Toutes les analyses de la cinqui&#232;me partie de l'&#201;thique, &#233;crit P. Macherey, sont donc rattach&#233;es aux implications de la notion cruciale de puissance (&lt;i&gt;potentia&lt;/i&gt;) qui est inscrite au point crucial de son intitul&#233; : il s'agit avant tout de savoir ce que peut l'homme, en tant qu'il est naturellement porteur d'une certaine puissance de conna&#238;tre et de comprendre, et, en le sachant, d'identifier les conditions dans lesquelles il est en mesure de faire tout ce qu'il &#171; peut &#187; en vue de sa lib&#233;ration, et rien au-del&#224; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Macherey, Introduction &#224; !'&#201;thique de Spinoza. La cinqui&#232;me partie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ploiement de la puissance se r&#233;alise toujours &#224; partir de conditions bien d&#233;termin&#233;es, les &lt;i&gt;affects&lt;/i&gt; ; ce qui signifie que le fondement de &lt;i&gt;De libertate&lt;/i&gt; est constitu&#233; par le &lt;i&gt;De Servitute&lt;/i&gt; (IV&#232;me partie) et que la d&#233;finition de la libert&#233; en tant que puissance ne peut jamais faire abstraction de l'exp&#233;rience r&#233;elle dans laquelle l'homme vit et agit. C'est pour cette raison que Spinoza, dans la pr&#233;face de la V&#232;me partie, adresse un certain nombre de critiques aux philosophies morales des sto&#239;ciens et de Descartes, car elles repr&#233;sentent un des exemples parmi les plus c&#233;l&#232;bres d'une &#233;thique fond&#233;e sur la volont&#233; et sur la tentative d'assujettir les affects &#224; une force externe et ind&#233;pendante. Ce qu'entend par contre montrer Spinoza est la possibilit&#233; de d&#233;finir une &#233;thique qui soit &#171; la r&#233;alisation naturelle d'une puissance qui se lib&#232;re en lib&#233;rant tout ce qu'il est en elle de faire, en tant que cause d&#233;termin&#233;e &#224; produire des effets qui soient naturellement ses propres effets &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 36.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;thique, telle que Spinoza la con&#231;oit, comme expression de la puissance, n'est pas le r&#233;sultat d'une n&#233;gation ou d'un contr&#244;le des affects &#224; travers la volont&#233;, mais elle est plut&#244;t la compr&#233;hension et l'affirmation des causes r&#233;elles qui nous font agir. La libert&#233; est la r&#233;alisation pratique d'une &#171; dynamique tendancielle &#187; ayant comme sujet la puissance : cela veut dire que la libert&#233; &#233;thique se construit par degr&#233;s, &#224; travers le jeu complexe des affects et la strat&#233;gie diff&#233;renci&#233;e des passions. La libert&#233; d&#233;finie par la puissance n'est pas un &#233;tat enti&#232;rement nouveau, un saut par rapport &#224; la servitude d&#233;crite dans la quatri&#232;me partie, mais elle est une &lt;i&gt;construction&lt;/i&gt; graduelle et patiente d'une attitude dans laquelle s'int&#232;grent les composantes les plus diverses. La r&#233;alisation compl&#232;te de la puissance - la vertu -, est le r&#233;sultat d'une composition pratique dans laquelle les &#233;lans positifs de l'&#226;me sont constamment mod&#233;r&#233;es par les limites et les obstacles des passions.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lecture de P. Macherey traverse point par point toute la cinqui&#232;me partie, en consid&#233;rant toutes les articulations et tous les passages d&#233;cisifs qui, de la condition de servitude de la quatri&#232;me partie, nous am&#232;nent jusqu'au d&#233;ploiement maximal de la puissance comme b&#233;atitude et exercice de la vertu. En analysant d'une mani&#232;re d&#233;taill&#233;e toutes les propositions, P. Macherey nous montre comment, au fur et au mesure qu'il avance, le proc&#233;d&#233; syst&#233;matique de Spinoza cr&#233;e un r&#233;seau conceptuel capable de donner un sens et une direction rationnelle &#224; l'exp&#233;rience affective, en permettant ainsi la lib&#233;ration de la puissance pratique sous les formes &#233;thiques de la vertu et de la b&#233;atitude.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les premi&#232;res vingt propositions de la cinqui&#232;me partie, Spinoza illustre le processus qui conduit l'&#226;me &#224; ma&#238;triser l'affectivit&#233; &#224; travers une m&#233;thode rationnelle capable de produire des affects nouveaux, plus puissants que les pr&#233;c&#233;dents, et gr&#226;ce auxquels il est possible d'augmenter notre puissance d'agir. &#171; En ramenant le projet lib&#233;ratoire sur le terrain du possible, Spinoza fait du m&#234;me coup comprendre que l'affectivit&#233;, qui est une dimension parfaitement naturelle, et m&#234;me plus naturelle de toutes, de notre fonctionnement psychique, n'a rien en soi qui doive nous inqui&#233;ter sur le fond : elle n'est nocive que par ses exc&#232;s incontr&#244;l&#233;s ; et c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment qu'intervient la connaissance rationnelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 65.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est justement dans ce rapport entre affectivit&#233; et rationalit&#233; que la fonction de l'imagination se r&#233;v&#232;le essentielle. En effet, Spinoza nous montre comment le processus de r&#233;gulation de la vie affective ne peut pas se r&#233;aliser qu'en s'appuyant sur le fonctionnement constructif et positif de l'imagination. Contr&#244;ler les affects ne signifie pas, pour Spinoza, les limiter ou les r&#233;primer, mais se servir de l'imagination afin d'augmenter notre puissance mentale ; &#171; Il s'agit non pas d'imaginer moins, &#233;crit P. Macherey, mais au contraire d'insuffler &#224; cette activit&#233; une plus grande &#233;nergie, c'est-&#224;-dire d'y appliquer davantage notre puissance mentale, en la pratiquant de mani&#232;re moins distraite et inattentive, c'est-&#224;-dire moins m&#233;canique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 71.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'agit en effet de faire en sorte que l'imagination cesse de se repr&#233;senter les choses comme libres, donc en tant que sources de doute, et les consid&#232;re par contre comme n&#233;cessaires, autrement dit comme parties du r&#233;seau conceptuel construit par l'&#226;me dans son effort de connaissance. Or, &#171; par cette strat&#233;gie concert&#233;e, l'&#226;me est mise sur la voie d'une compl&#232;te r&#233;organisation de son fonctionnement, allant dans le sens d'un renforcement de son activit&#233;, puisque sont progressivement &#233;cart&#233;s les obstacles qui freinent son activit&#233;. Sont ainsi install&#233;es les proc&#233;dures d'une lib&#233;ration mentale conduisant l'&#226;me vers des formes d'expression maximale de sa puissance propre, qui est la puissance de penser &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 77.&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut pas pour autant dire que le processus de &#171; lib&#233;ration &#187; concerne seulement les id&#233;es de l'&#226;me : m&#234;me le &lt;i&gt;corps&lt;/i&gt; doit &#234;tre compris dans la strat&#233;gie progressive de rationalisation de la puissance d'agir. C'est pour cette raison que Spinoza affirme qu'il est n&#233;cessaire de donner au corps des r&#232;gles de vie capables de seconder et de soutenir les activit&#233;s de l'&#226;me. La fin de cette &#171; &#233;ducation &#187; consiste &#224; parvenir &#224; une conduite active de l'&#226;me et du corps, fond&#233;e sur la joie qui d&#233;coule de la connaissance rationnelle de nos affects. En d'autres termes, il faut, selon Spinoza, que nos actions et nos activit&#233;s prennent le dessus sur nos exp&#233;riences n&#233;gatives du pass&#233;, toujours dans le perspective d'un &#233;largissement maximal de notre capacit&#233; d'agir. Le r&#233;sultat est que l'&#226;me, &#171; au terme de ce processus dynamique, consid&#232;re &#224; la fois un maximum de choses, en associant entre elles toutes les images de choses possibles : alors elle est en mesure de rapporter tout ce qui lui arrive, en tant qu'elle est id&#233;e d'un corps, &#224; l'id&#233;e de Dieu, c'est-&#224;-dire &#224; l'id&#233;e de tout ce qui existe par la seule n&#233;cessit&#233; de sa nature &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., pp. 87-88.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza n'entend pas d&#233;montrer, avec son argumentation, l'existence de Dieu, mais plut&#244;t illustrer le processus qui conduit l'&#226;me et le corps &#224; une compr&#233;hension de la n&#233;cessit&#233; de la substance, et cela &#224; travers une connaissance de plus en plus rationnelle et approfondie de la vie affective. C'est pour cela que Spinoza affirme, dans la proposition XV, que ce mouvement conjoint de l'&#226;me et du corps nous conduit &#224; un &lt;i&gt;amour&lt;/i&gt; envers Dieu, parce que Dieu n'est pas repr&#233;sent&#233; &#224; partir d'une d&#233;marche abstraite et id&#233;ale, mais &#171; atteint aux prix d'une proc&#233;dure extensive, d'allure non pas d&#233;ductive mais inductive, qui, sans quitter le terrain de l'imagination et de l'exp&#233;rience, finit par int&#233;grer la repr&#233;sentation de toutes les cause ext&#233;rieures dans celle d'une cause unique, vers laquelle l'&#226;me oriente progressivement toutes ses pr&#233;occupations affectives, dans une perspective qui, jusqu'au bout, reste celle de l'amour envers une chose &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., pp. 90-91.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette premi&#232;re partie du &lt;i&gt;De Libertate&lt;/i&gt; (Prop. XX.) s'ach&#232;ve avec la d&#233;finition d'une ontologie collective, c'est-&#224;-dire d'une ontologie dans laquelle la pratique individuelle est associ&#233;e &#224; la pratique g&#233;n&#233;rale des autres individus, dans l'effort commun de comprendre rationnellement les affects. Cela veut dire que, en joignant l'exercice de l'affectivit&#233; &#224; l'amour de Dieu, il possible de construire une exp&#233;rience large et partag&#233;e, dans laquelle le perfectionnement individuel de la puissance d'agir se lie d'une mani&#232;re intense et profonde au perfectionnement collectif et commun, afin de cr&#233;er un contexte interindividuel fond&#233; sur l'affirmation singuli&#232;re de la libert&#233; et de la joie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me partie du &lt;i&gt;De Libertate&lt;/i&gt;, Spinoza laisse apparemment de c&#244;t&#233; la tractation de la vie affective pour se concentrer directement sur la puissance de l'&#226;me. Et cette consid&#233;ration de la puissance de l'&#226;me se d&#233;polie autour de deux notions fondamentales : l'&#233;ternit&#233; et la connaissance de troisi&#232;me genre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour ce qui concerne la notion d'&#233;ternit&#233; chez Spinoza et son rapport &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme le montre clairement P. Macherey, ces deux notions correspondent &#224; l'extension maximale de la puissance cognitive de l'&#226;me, sans pour autant compromettre sa dimension affective. En analysant les propositions 21-23, dans lesquelles il est question de la vie &#233;ternelle de l'&#226;me, P. Macherey affirme que &#171; il y a une v&#233;ritable exp&#233;rience de l'&#233;ternit&#233;, et celle-ci est quelque chose de l'&#226;me elle-m&#234;me, qui touche &#224; son essence... L'&#233;ternit&#233; &#224; laquelle l'&#226;me acc&#232;de par cette exp&#233;rience est une &#233;ternit&#233; pr&#233;sente, &#233;prouv&#233;e, non sous la forme d'une r&#233;miniscence ou d'une esp&#233;rance, au pass&#233; ou au futur, mais directement, &#224; travers la saisie ad&#233;quate de son objet &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. Macherey, op. cit., pp. 131-132.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#233;ternit&#233; dont parle ici Spinoza n'est pas une notion temporelle, elle est plut&#244;t l'appr&#233;hension parfaite et ad&#233;quate d'une n&#233;cessit&#233; (Dieu), l'identification avec un objet qui n'est ni possible ni contingent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette appr&#233;hension est justement le troisi&#232;me genre de connaissance, lequel, selon P. Macherey, se pr&#233;sente comme une pratique cognitive qui nous permet de comprendre que Dieu et les choses singuli&#232;res sont une seule et m&#234;me chose ; &#171; comprendre Dieu, ce n'est pr&#233;cis&#233;ment rien d'autre que cela : c'est pousser notre effort de compr&#233;hension des choses singuli&#232;res jusqu'au point o&#249; cette compr&#233;hension s'identifie compl&#232;tement &#224; celle de la nature divine dont toutes ces choses d&#233;pendent et dont elles sont les expressions n&#233;cessaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 135.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La connaissance de troisi&#232;me genre est la r&#233;alisation compl&#232;te de la puissance de l'&#226;me, elle correspond pleinement &#224; la dynamique progressive et tendancielle du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; ; elle appartient donc &#224; la nature m&#234;me des choses, et elle n'est pas une d'exp&#233;rience mystique, situ&#233;e au-del&#224; de nos capacit&#233;s et de nos possibilit&#233;s. Le troisi&#232;me genre de connaissance permet ainsi &#224; l'&#226;me de parvenir &#224; l'amour intellectuel de Dieu, gr&#226;ce auquel elle participe directement &#224; l'&#233;ternit&#233; et &#224; l'infinit&#233; de Dieu, &#171; c'est-&#224;-dire qu'elle se comprend et s'affirme comme la figure concr&#232;te, limit&#233;e et d&#233;termin&#233;e, de cette infinit&#233;. Ainsi est r&#233;alis&#233;e une synth&#232;se compl&#232;te du fini et de l'infini &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 167.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extension maximale de la puissance de conna&#238;tre conduit l'&#226;me &#224; une unit&#233; profonde avec la puissance infinie de Dieu : en connaissant les choses singuli&#232;res dans leur n&#233;cessit&#233;, nous aimons en m&#234;me temps Dieu, parce que nous comprenons qu'il est la cause effective de tout ce qui se produit dans notre vie ; notre puissance singuli&#232;re est d&#233;sormais une partie active de la puissance infinie de Dieu. C'est dans la perspective progressive d'une augmentation de sa propre puissance d'agir que l'&#226;me atteint sa lib&#233;ration, autrement dit sa b&#233;atitude, laquelle se r&#233;alise en concordance avec l'action du corps, r&#233;introduit par Spinoza juste &#224; la fin de l'&#201;thique. Au moment de son plus haut d&#233;ploiement, la puissance de l'&#226;me retrouve la puissance du corps, et c'est ici que les deux puissances deviennent une seule et m&#234;me chose : la b&#233;atitude comme vertu.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le dit Spinoza lui-m&#234;me dans la proposition XLII, &#171; la b&#233;atitude n'est pas le prix de la vertu, mais la vertu elle-m&#234;me &#187;, c'est-&#224;-dire, &#233;crit P. Macherey, que &#171; la b&#233;atitude et la vertu sont deux noms diff&#233;rents pour une seule et m&#234;me chose : la b&#233;atitude se confond avec l'exercice effectif de la vertu, qui lib&#232;re progressivement l'&#226;me de toutes les entraves emp&#234;chant le plein &#233;panouissement de sa puissance immanente &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 203.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, la puissance immanente est celle du sage, qui n'est pas, pour Spinoza, celui qui suit des r&#232;gles morales abstraites, mais celui qui vit activement dans le monde et qui &#233;tablit avec les autres individus des rapports de plus en plus riches et diff&#233;renci&#233;s. La libert&#233; du sage consiste en une affirmation pratique de la puissance d'agir et de conna&#238;tre, qui se r&#233;alise et s'exprime directement dans le domaine multiforme de l'exp&#233;rience. Sa vertu est un &#171; mouvement expansif &#187; qui d&#233;coule de la connaissance ad&#233;quate des lois n&#233;cessaires de la nature, gr&#226;ce &#224; laquelle le sage peut constamment d&#233;passer les limites impos&#233;es &#224; son action par les effets d'une connaissance inad&#233;quate.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de son ouvrage, P. Macherey met clairement en lumi&#232;re le caract&#232;re essentiellement pratique de la vertu, qui permet ainsi de fonder un rapport &#233;troit entre l'&#233;thique et la politique, entre l'activit&#233; rationnelle de l'individu et les formes associatives interindividuelles. Ce qu'entend d&#233;montrer P. Macherey dans son interpr&#233;tation est justement la centralit&#233;, dans l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, de l'id&#233;e de puissance comme &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; et activit&#233;, comme capacit&#233; de cr&#233;er et de produire constamment des nouveaux rapports et des nouveaux liens, afin d'atteindre la libert&#233; et la b&#233;atitude ; &#171; autrement dit, il revient &#224; chacun de d&#233;velopper autant que possible la puissance d'&#234;tre et d'agir qui est en lui, mentalement et corporellement, et ceci de mani&#232;re &#224; parvenir &#224; la forme concr&#232;te de perfection pour laquelle il est fait &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 188.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ensemble des notions cl&#233; de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; (n&#233;cessit&#233;, perfection, &#233;ternit&#233;, libert&#233;) peut donc &#234;tre reconduit &#224; l'id&#233;e plus g&#233;n&#233;rale de &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, qui est aussi l'id&#233;e, selon P. Macherey, au centre de la cinqui&#232;me partie, souvent consid&#233;r&#233;e par les interpr&#232;tes excessivement abstraite par rapport &#224; la troisi&#232;me et &#224; la quatri&#232;me partie. L'objectif de P. Macherey est justement d'indiquer un parcours interpr&#233;tatif dans lequel l'id&#233;e de &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; r&#233;sulte comme l'horizon ontologique de toute forme de pratique et de connaissance. Dans la cinqui&#232;me partie, Spinoza n'a pas oubli&#233; les contenus d'exp&#233;riences consid&#233;r&#233;es dans les parties pr&#233;c&#233;dentes (les affects, l'imagination, la soci&#233;t&#233;, la politique), il en a simplement donn&#233; une nouvelle d&#233;finition, en les situant sur un niveau diff&#233;rent : la puissance de l'&#226;me. C'est elle qui d&#233;termine un &#233;largissement et un accroissement de toutes nos pratiques, cognitives, affectives, politiques et sociales.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celle-ci est la raison pour laquelle la cinqui&#232;me partie de l'&#201;thique provoque une v&#233;ritable ouverture du syst&#232;me, dans laquelle l'ontologie devient l'affirmation m&#234;me de l'immanence, la production puissante de pratiques positives de lib&#233;ration, gr&#226;ce auxquelles la singularit&#233; se constitue et se d&#233;finit dans la perspective libre et lib&#233;r&#233;e de la communaut&#233; interindividuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Annas, &lt;i&gt;Introduction &#224; la R&#233;publique de Platon&lt;/i&gt;, PUF, 1994&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Macherey, &lt;i&gt;Introduction &#224; l'Ethique de Spinoza. La cinqui&#232;me partie&lt;/i&gt;, PUF, 1994&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. La premi&#232;re &#233;dition de ce texte date de 1981 : &lt;i&gt;An introduction to Plato's &#171; Republic &#187;&lt;/i&gt;, New-York - Oxford, Oxford University Press.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Annas, &lt;i&gt;Introduction &#224; la &#034; R&#233;publique &#034; de Platon&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1995, p. 95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 97.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Annas, op. cit., pp. 238-239.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Annas, op. cit., p. 380.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 397.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 403.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., pp. 415-417.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Macherey, &lt;i&gt;Introduction &#224; !'&#201;thique de Spinoza. La cinqui&#232;me partie&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1994, p. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 36.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 65.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., pp. 87-88.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., pp. 90-91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour ce qui concerne la notion d'&#233;ternit&#233; chez Spinoza et son rapport &#224; la puissance d'agir et l'exp&#233;rience, cf. P.-F. Moreau, &lt;i&gt;Spinoza. L'exp&#233;rience et l'&#233;ternit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. Macherey, op. cit., pp. 131-132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 135.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 203.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ib., p. 188.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/strong&gt; 28 : 1995/2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Actualit&#233; de Spinoza&#034;, par Saverio Ansaldi</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Actualite-de-Spinoza-par-Saverio-Ansaldi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Actualite-de-Spinoza-par-Saverio-Ansaldi</guid>
		<dc:date>2004-05-02T10:41:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ansaldi, Saverio</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;I. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; Dans l'histoire de la pratique collective, il y a des moments o&#249; l'&#234;tre d&#233;passe le devenir. L'actualit&#233; de Spinoza consiste avant tout en ceci : l'&#234;tre ne veut pas s'assujettir &#224; un devenir qui ne d&#233;tient pas la v&#233;rit&#233; &#034; (A. Negri, Spinoza subversif. Variations (in) actuelles, Paris, Kim&#233;, 1994, p.9). Plac&#233;e au c&#339;ur du XVIIe si&#232;cle - le si&#232;cle de la crise baroque, du d&#233;senchantement po&#233;tique et de la mise en question des fondements de la politique classique -, la pens&#233;e de Spinoza est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Actualite-de-Spinoza-" rel="directory"&gt;Actualit&#233; de Spinoza&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034; Dans l'histoire de la pratique collective, il y a des moments o&#249; l'&#234;tre d&#233;passe le devenir. L'actualit&#233; de Spinoza consiste avant tout en ceci : l'&#234;tre ne veut pas s'assujettir &#224; un devenir qui ne d&#233;tient pas la v&#233;rit&#233; &#034; (A. Negri, &lt;i&gt;Spinoza subversif. Variations (in) actuelles&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 1994, p.9). Plac&#233;e au c&#339;ur du XVIIe si&#232;cle - le si&#232;cle de la crise baroque, du d&#233;senchantement po&#233;tique et de la mise en question des fondements de la politique classique -, la pens&#233;e de Spinoza est n&#233;gation ontologique de la crise et affirmation de la puissance de l'&#234;tre, &#034;elle est le plein de l'&#234;tre contre le vide du devenir. Spinoza est de nouveau &lt;i&gt;Ursprung&lt;/i&gt;, source, saut originel, et non plus anomalie. L'horizon actuel de la crise modifie en effet tous les termes du travail th&#233;orique &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Negri, op. cit., p. 11.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Permanence de la crise, donc ; et, par cons&#233;quent, permanence de Spinoza : avec sa machine ontologique et son appareil conceptuel. Spinoza n'est plus anomalie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La r&#233;f&#233;rence est bien &#233;videmment au texte de A. Negri, L'anomalie sauvage. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais, bien plus profond&#233;ment, &lt;i&gt;actualit&#233;&lt;/i&gt; ind&#233;passable, expression r&#233;elle du travail de lib&#233;ration accompli par l'&#233;thique, par la production de sens, singuli&#232;re et collective, qui est la raison d'&#234;tre de toute &#233;thique de lib&#233;ration. (Voir aussi, sur ce th&#232;me de l'actualit&#233;, P. Macherey, &lt;i&gt;L'actualit&#233; philosophique de Spinoza. Heidegger, Adorno, Foucault, &lt;/i&gt;dans P. Macherey, &lt;i&gt;Avec Spinoza&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1992). Chez Spinoza, nous assistons ainsi &#224; la fondation d'une ontologie radicale qui devient l'horizon m&#234;me de la constitution de la puissance politique ; c'est ce que A. Negri montre &#224; propos du TP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Negri, Spinoza subversif, cit., en particulier le chapitre II, pp. 19- 38.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire dans l'ouvrage o&#249; Spinoza pose &#034; la fondation de la pens&#233;e politique d&#233;mocratique de l'Europe moderne&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 19.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une d&#233;mocratie ax&#233;e sur le concept de &lt;i&gt;multitudo&lt;/i&gt; et qui se d&#233;ploie avant tout comme expression de la puissance collective ; c'est une d&#233;mocratie &#034; qui fonde une action collective dans le d&#233;veloppement des puissances individuelles, qui construit sur cette base des rapports politiques et qui lib&#232;re imm&#233;diatement de l'esclavage des rapports de production. En formant le monde, la puissance des individus forme &#233;galement le monde social et politique. La d&#233;mocratie, c'est la fondation du politique &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 22&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la lecture de Negri, donc, le concept de d&#233;mocratie chez Spinoza constitue la r&#233;ponse la plus radicale &#224; la cat&#233;gorie de crise, v&#233;ritable norme de la pens&#233;e politique moderne, et cela car &#034; la d&#233;mocratie est la forme d'expression la plus haute de la soci&#233;t&#233;. Elle est la forme la plus vaste dans laquelle la soci&#233;t&#233; naturelle s'exprime comme soci&#233;t&#233; politique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 51.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est pas possible, selon Negri, de s&#233;parer, chez Spinoza, l'&#233;thique et la politique : en effet, &#034; le spinozisme politique reste une &#233;thique - une &#233;thique de la puissance, une politique du contre-pouvoir, un projet de construction juridique et constitutionnelle qui vise la destruction de toute n&#233;gativit&#233; et la construction positive de la libert&#233; de tous&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 136.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est la puissance collective de la &lt;i&gt;multitudo &lt;/i&gt;qui alimente sans cesse l'horizon ouvert de la d&#233;mocratie, comme &#034; source continue de soi-m&#234;me&#034;, affirmation et production de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de remarquer, &#224; ce propos, comme cette id&#233;e de d&#233;mocratie, en tant que &lt;i&gt;potestas constituens&lt;/i&gt;, est pr&#233;sente chez un auteur apparemment tr&#232;s &#233;loign&#233; de Spinoza comme C. Schmitt ; en effet, comme le montre M. Walter (&lt;i&gt;Carl Schmitt et Baruch Spinoza&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Spinoza au XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, sous la direction de O. Bloch, Paris, PUF, 1993), &#034; dans la pens&#233;e de Spinoza, Schmitt retient surtout le mouvement, toujours inachev&#233; dans son principe, &lt;i&gt;de bas en haut&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire de la puissance de la multitude jusqu'aux institutions politiques. Il la d&#233;marque aussi de celle de Hobbes - ce qui ne cadre pas avec la vision que l'on a ordinairement du rapport entre Hobbes et Spinoza dans l'histoire des id&#233;es politiques&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Walter, op. cit., p. 365.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Selon M. Walther, le concept de puissance, tel que l'&#233;labore Spinoza, repr&#233;sente un arri&#232;re-plan th&#233;orique d'une importance consid&#233;rable afin de comprendre l'interpr&#233;tation schmittienne de la d&#233;mocratie moderne, comme th&#233;orie de la souverainet&#233; du peuple. Et ce n'est pas un hasard si Spinoza intervient, sans &#234;tre cit&#233;, dans la troisi&#232;me &#233;dition de &lt;i&gt;Der Begriff des Politischen&lt;/i&gt; (1933), juste apr&#232;s la prise du pouvoir par Hitler, autrement dit apr&#232;s une profonde crise politique marqu&#233;e, d'une mani&#232;re d&#233;cisive, par la dichotomie ami - ennemi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, toujours dans les ann&#233;es '30 en Allemagne, nous assistons &#224; un silence paradoxal sur Spinoza, en particulier chez Heidegger ; et pourtant, selon&lt;br /&gt;
E. Balibar, &#034; il y avait pour lui, chez Spinoza, ample mati&#232;re &#224; r&#233;flexion et &#224; discussion &#034; (E. Balibar, &lt;i&gt;Heidegger et Spinoza&lt;/i&gt;, dans &lt;i&gt;Spinoza au XXe si&#232;cle&lt;/i&gt;, op. cit.). Pourquoi donc ce silence ? Pourquoi ne pas inclure Spinoza dans l'histoire de la m&#233;taphysique occidentale ou dans la critique syst&#233;matique de l'ontoth&#233;ologie ? Le seul texte dans lequel Heidegger consid&#232;re la pens&#233;e de Spinoza d'une mani&#232;re suffisamment approfondie est le cours sur &lt;i&gt;Schelling&lt;/i&gt; (1936). Et cela effectivement n'est pas &#233;tonnant, puisque la philosophie de la libert&#233; de Schelling se construit et se d&#233;ploie dans une confrontation directe avec la pens&#233;e de Spinoza. Ce que Heidegger retient de Spinoza est avant tout la notion de syst&#232;me, dont le philosophe hollandais a fourni la forme la plus achev&#233;e de la philosophie moderne ; toutefois, continue Heidegger, le syst&#232;me de Spinoza, en &#233;tant un syst&#232;me &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt;, est &lt;i&gt;r&#233;gressif&lt;/i&gt; par rapport &#224; Descartes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;E. Balibar, op. cit., p. 335.&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire qu'il n'appartient pas &#224; la grande ligne m&#233;taphysique de saint Thomas, Suarez, Descartes, Leibniz et Kant. De cette mani&#232;re, la philosophie de Spinoza repr&#233;sente, pour Heidegger, un syst&#232;me d&#233;termin&#233; dans le cadre de l'ontologie moderne, qui se situe &#224; c&#244;t&#233; du d&#233;veloppement r&#233;el de l'ontoth&#233;ologie occidentale. Et, de l'avis de E. Balibar, c'est justement cette position de Heidegger vis-&#224;-vis de Spinoza qui nous permet de tirer deux conclusions : &#034;N&#233;gativement : la non-r&#233;f&#233;rence &#224; Spinoza est bel et bien la pierre de touche de sa pr&#233;sentation tendancieuse de l'histoire de la m&#233;taphysique. Positivement : ceci n'est cependant que l'ouverture d'une question, car si Spinoza... est innommable par Heidegger, n'est-ce pas justement parce qu'&#224; sa fa&#231;on il est le &lt;i&gt;seul&lt;/i&gt; &#224; d&#233;signer &lt;i&gt;critiquement&lt;/i&gt; la constitution de la m&#233;taphysique comme une onthoth&#233;ologie, en se proposant de la faire passer de l'&#233;l&#233;ment du finalisme dans celui d'une pens&#233;e radicalement causale ?&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 341. Sur Heidegger et Spinoza, cfr encore Spinoza l Heidegger : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela confirme sans doute encore le double enjeu - anomalie / actualit&#233; - de la philosophie de Spinoza puissance &lt;i&gt;th&#233;orique&lt;/i&gt; qui r&#233;siste au mouvement dialectique de la pens&#233;e moderne et, en m&#234;me temps, &lt;i&gt;pratique&lt;/i&gt; ontologique qui fonde et ouvre un espace totalement nouveau et diff&#233;rent &#224; l'int&#233;rieur de notre &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Apr&#232;s que l'exp&#233;rience m'eut enseign&#233; que tout ce qui arrive fr&#233;quemment dans la vie commune est vain et futile...&#034; ; ainsi commence le &lt;i&gt;Trait&#233; de la R&#233;forme de l'Entendement&lt;/i&gt;, avec le r&#233;cit apparent d'une exp&#233;rience. Mais quel est le sens, ici, du terme &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; ? Est-elle celle du narrateur ? Ou celle commune et partag&#233;e par tous ? Ou encore, celle que nous avons acquise au terme d'un parcours de recherche morale et philosophique ? C'est &#224; partir de ces questions pos&#233;es par le prologue du &lt;i&gt;Trait&#233; de la R&#233;forme&lt;/i&gt; que P.F. Moreau propose une lecture du syst&#232;me spinoziste fond&#233;e justement sur la notion d'exp&#233;rience (P.F. Moreau, &lt;i&gt;Spinoza. L'exp&#233;rience et l'&#233;ternit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1994). L'interpr&#233;tation de Moreau traverse la pens&#233;e de Spinoza dans son ensemble, afin d'en d&#233;gager, dans les diff&#233;rents ouvrages, les concepts se r&#233;f&#233;rant &#224; cette notion de base. Il s'agit tout d'abord de d&#233;finir le &#034; statut du prologue &#034; du &lt;i&gt;TIE&lt;/i&gt;, &#224; travers sa forme et son contenu. &#034; Il faut souligner, &#233;crit Moreau, en premier lieu le &lt;i&gt;ton&lt;/i&gt; particulier du &lt;i&gt;proemium&lt;/i&gt;, &#224; la fois par rapport &#224; l'ouvrage qu'il introduit - le &lt;i&gt;Trait&#233; de la R&#233;forme de l'Entendement&lt;/i&gt; - et par rapport au reste de l'&#339;uvre. Trois traits le caract&#233;risent : &lt;i&gt;simplicit&#233;, tension, singularit&#233;&lt;/i&gt; &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. P.F. Moreau, op. cit., p. 17.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, ce texte est &#233;crit dans un langage courant et familier, assez loin des subtilit&#233;s de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;ou du &lt;i&gt;TTP &lt;/i&gt; ; mais, en m&#234;me temps, le r&#233;cit est parcouru par une tension profonde, par une sorte de mise en suspens, une attente d'un choix radical et ultime. Et, enfin, nous y retrouvons la pr&#233;sence personnelle du narrateur, qui d&#233;crit une singularit&#233; bien concr&#232;te et r&#233;elle. &#034; Simplicit&#233; et familiarit&#233;, insistance qui va jusqu'&#224; la tension passionn&#233;e, singularit&#233; assum&#233;e du r&#233;cit : autant de traits, donc, qui conf&#232;rent &#224; ces quatre pages une originalit&#233; absolue dans l'&#339;uvre spinozienne&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 25.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Maintenant nous devons affronter l'&#233;tape suivante, c'est-&#224;-dire : quel est le sens de l'exp&#233;rience dont il est ici question ? Le premier objectif &#224; atteindre consiste &#224; &#034; faire appara&#238;tre la structure m&#234;me de l'itin&#233;raire, qui est l'ensemble dans lequel les termes et les arguments prennent leur sens rigoureusement ; c'est donc l'itin&#233;raire qui est comme la trame et la chair de l'exp&#233;rience&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 67.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, cette structure se constitue autour du crit&#232;re de la &lt;i&gt;certitude&lt;/i&gt;, qui conf&#232;re un sens et une consistance &#224; l'exp&#233;rience. C'est la certitude qui d&#233;termine les diverses &#233;tapes de l'itin&#233;raire d&#233;crites dans le &lt;i&gt;proemium&lt;/i&gt; : celle de la &lt;i&gt;communis vita&lt;/i&gt;, celle de l'enseignement de l'exp&#233;rience, celle de l'ind&#233;cision et, enfin, celle de la r&#233;solution dans la recherche du vrai Bien. Au terme de ces quatre &#233;tapes, que Moreau interpr&#232;te en relation &#233;troite avec la notion de certitude chez Descartes, nous pouvons d&#233;terminer le fond sur lequel se d&#233;ploie l'analyse de la certitude : &#034; le fond de la certitude et de son combat renvoie &#224; l'analyse des biens : ce sont eux, plus que le narrateur, qui fournissent l'occasion du changement de statut de la certitude, eux aussi dont la possession, la perte, l'amour constituent les objets de la certitude m&#234;me&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 103.&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'horizon de la recherche du vrai Bien devient ainsi celui de la vie commune et des biens p&#233;rissables, dans le cadre d'une opposition qui donne un sens et une direction &#224; la d&#233;marche &#233;thique dont il est question dans le &lt;i&gt;TIE&lt;/i&gt;. Mais qu'est-ce que la &#034;vie commune &#034; ? &#034;La vie commune est toujours l&#224;. Elle est incontournable ; elle n'est pas un choix de vie ; il y a peut-&#234;tre une d&#233;cision d'en sortir ; il n'y a pas de d&#233;cision d'y entrer ; elle est l&#224; d&#232;s que nous sommes l&#224; ; elle est la forme spontan&#233;e de notre condition ; il n'y a donc pas &#224; regretter ses limites, si elle en a ; c'est ainsi ... &lt;i&gt;In vita communi&lt;/i&gt; : il faut donc entendre : dans la vie telle qu'elle est donn&#233;e, avant d'avoir r&#233;fl&#233;chi &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., pp. 107-108&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La vie commune n'est donc pas un espace ou un &#034; cadre de vie &#034;, mais elle est plut&#244;t un &#034; champ de forces &#034;, o&#249; agissent et s'engendrent nos diff&#233;rentes activit&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 110.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est sur ce fond d&#233;termin&#233; par la vie commune que se d&#233;tachent les biens p&#233;rissables, c'est-&#224;-dire les biens que l'exp&#233;rience nous offre directement. Les bien p&#233;rissables sont au nombre de trois : richesses, honneurs, plaisirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comme le montre Moreau, Spinoza se r&#233;f&#232;re ici &#224; la culture rh&#233;torique-philosophi&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; or, c'est justement &#224; partir de ces trois biens que nous pouvons entamer la recherche du vrai Bien, selon un itin&#233;raire qui &#034; tient &#224; la positivit&#233; des biens de la vie commune : s'ils comportent une part d'illusion en ce que nous les prenons pour le Souverain Bien, ils comportent aussi une part de positivit&#233; ; c'est cette part de positivit&#233; qui pr&#233;figure le vrai bien, ou plut&#244;t qui en donne l'id&#233;e parce qu'elle est en continuit&#233; avec lui &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 150.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le vrai bien est donc le &lt;i&gt;r&#233;sultat&lt;/i&gt; de l'itin&#233;raire, lequel se d&#233;veloppe selon un chemin ax&#233; sur la promesse, la menace et la mesure : &#034; telles sont les trois figures possibles de la relation entre le vrai bien et ceux qui apparaissent successivement comme ses ant&#233;c&#233;dents, ses concurrents ou ses instruments &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 161.&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, au juste, comment se d&#233;finit-il, le vrai bien ? Au terme de l'itin&#233;raire, il se pr&#233;sente sous le terme de &lt;i&gt;remedium&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire que &#034; le vrai bien est ce qui pr&#233;serve notre &#234;tre. Il n'est plus seulement un rem&#232;de &#224; la maladie, ou un rem&#232;de &#224; la crise ; il est un rem&#232;de &lt;i&gt;ad nostrum esse conservandum&lt;/i&gt;. Le vrai bien est ainsi dot&#233; d'un contenu et d'un pouvoir positifs &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 164.&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, au terme de l'itin&#233;raire, nous pouvons nous demander : quel est le contenu de l'exp&#233;rience ? Sous quelle forme se pr&#233;sente-t-elle ? Le &lt;i&gt;TIE&lt;/i&gt; nous livre une conception de l'exp&#233;rience comme recherche d'une &#233;thique radicale - la possession du vrai bien -, mais cette recherche reste fond&#233;e sur une notion &#034;faible &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 222.&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; de la singularit&#233; humaine. C'est une exp&#233;rience qui se construit au fur et &#224; mesure &#224; partir des donn&#233;es de la vie commune, sans pouvoir &#224; la fin sortir du cercle renferm&#233; de son propre itin&#233;raire. On comprend d&#232;s lors pourquoi &#034; le &lt;i&gt;TIE&lt;/i&gt; n'ait pas &#233;t&#233; repris. Sans &#234;tre p&#233;rim&#233;, il commen&#231;ait sur des bases d&#233;pass&#233;es &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 222.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il s'ouvre ainsi, dans le syst&#232;me de Spinoza, un autre champ d'interrogation, dans lequel l'exp&#233;rience acquiert un tout autre sens : &#034; d&#233;tach&#233;e de l'itin&#233;raire, elle subsiste, mais en quelque sorte lib&#233;r&#233;e : il n'y a plus d'&#233;thique radicale ; il n'y a plus de cercles de l'exp&#233;rience ; mais il y a des champs ouverts, o&#249; elle peut se d&#233;ployer et confirmer, singulariser, doubler un discours rationnel auquel elle n'introduit plus&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 224.&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience dont parle ici P.F.Moreau n'est donc pas l'exp&#233;rience vague, ni l'exp&#233;rimentation scientifique ni l'exp&#233;rience mystique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour l'analyse de ces trois diff&#233;rents concepts d'exp&#233;rience, cfr pp. 245-293.&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; elle appartient plut&#244;t au domaine des modes finis (comme l'indique la &lt;i&gt;Lettre X&lt;/i&gt; &#224; Simon de Vries), elle est n&#233;cessaire l&#224; o&#249; l'existence est distincte de l'essence. Cela signifie qu'elle rev&#234;t plusieurs fonctions &#034;&lt;i&gt;Elle trie&lt;/i&gt; : elle &#233;monde ce qui dans l'individu est purement individuel. Elle d&#233;gage les &lt;i&gt;notions communes &lt;/i&gt;au sens pr&#233;spinoziste du terme. Elle ne saisit le commun qu'immerg&#233; dans la multiplicit&#233; de la perception. &lt;i&gt;Elle sert de cl&#244;ture et de barrage&lt;/i&gt; : l'exp&#233;rience utilise comme mat&#233;riaux des id&#233;es certes confuses et inad&#233;quates, mais dont la seule existence suffit pour fermer certaines voies &#224; la r&#233;flexion, pour interdire certaines hypoth&#232;ses en rendant visible leur absurdit&#233;. &lt;i&gt;Elle instruit&lt;/i&gt; : ce qui implique qu'elle ne trompe jamais. L'exp&#233;rience est toujours r&#233;elle ; ce qui est faux, c'est l'interpr&#233;tation qu'on en donne &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., pp. 301-302.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle notion d'exp&#233;rience, nous pouvons l'appliquer &#224; un contexte tr&#232;s large, &#224; diff&#233;rents domaines de la r&#233;flexion, parce que justement elle ne se r&#233;duit pas &#224; un concept abstrait et formel, mais elle se r&#233;alise plut&#244;t dans les champs et les chantiers les plus vari&#233;s de l'existence. Parmi ces diff&#233;rents champs, P.F.Moreau en choisit trois pour analyser le r&#244;le qu'y joue l'exp&#233;rience : le langage, les passions et l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si Spinoza n'a jamais &#233;crit un ouvrage consacr&#233; sp&#233;cialement &#224; la philosophie du langage, il n'en reste pas moins que le th&#232;me du langage est bien pr&#233;sent dans ses oeuvres : il suffit de penser au &lt;i&gt;Compendium Grammatices Hebraeae Linguae&lt;/i&gt; ou &#224; certains chapitres du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;. On peut dire que, pour Spinoza, du &lt;i&gt;TIE&lt;/i&gt; jusqu'&#224; l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, &#034; les mots sont des mouvements corporels. Comme il n'y a pas d'interaction entre l'&#226;me et le corps, ces mouvements n'ont rien &#224; voir avec les id&#233;es, qui, relevant de la pens&#233;e, n'enveloppent aucunement la notion de l'&#233;tendue. Les mots sont des images n&#233;es dans le corps &#224; l'occasion de rencontres dans l'ordre du corps. Le lien fondateur du langage n'est donc ni la constitution d'une similitude r&#233;elle, ni un acte d'institution ; c'est un effet d'association&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 310.&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le langage, et surtout son usage, appartiennent directement &#224; l'usage de la vie, &#224; ses causes et &#224; ses effets ; le langage est une r&#233;alit&#233; qui est toujours - d&#233;j&#224; donn&#233;e, bien avant notre utilisation. Ce qui est important, affirme Moreau, c'est de &#034;saisir l'importance de la dimension collective du langage. Derri&#232;re la langue il y a une communaut&#233;. On voit donc en quoi le langage r&#233;f&#232;re non au g&#233;om&#233;trique mais &#224; l'exp&#233;rientiel. Tenant de partout aux conditions d'existence et non d'essence, il ne peut que s'appuyer sur le r&#244;le constitutif de l'exp&#233;rience. Donc le philosophe devra faire le d&#233;tour par celle-ci pour le comprendre et travailler sur lui pour se faire comprendre. Le syst&#232;me spinoziste use, dans sa constitution m&#234;me, de cette notion v&#233;hicul&#233;e par le savoir rh&#233;torique et l'exp&#233;rience commune &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., pp. 347-348.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le langage est donc un &#034;fait d'exp&#233;rience &#034;, enracin&#233; dans notre vie commune, dans laquelle il puise les r&#232;gles de sa constitution et les lois de son expression, en tant qu'instruments conceptuels de son usage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui concerne les passions et leur rapport avec l'exp&#233;rience, nous avons affaire, en outre, &#224; tous les th&#232;mes li&#233;s &#224; la d&#233;finition de l'individualit&#233;, au droit naturel, aux fondements de l'&#201;tat. Nous savons que Spinoza a consacr&#233; le IIIe et le IVe livre de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;&#224; l'analyse et &#224; la d&#233;finition des affects, dans le but d'en d&#233;duire une anthropologie g&#233;n&#233;rale ; en cela, il appartient de plein droit au XVIIe si&#232;cle, tout comme Descartes, Hobbes ou Graci&#224;n. Comme le montre Moreau, nous pouvons retrouver, dans l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, une v&#233;ritable th&#233;orie de l'individualit&#233; en tant qu'&lt;i&gt;ingenium&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire en tant que &#034; n&#339;ud passionnel irr&#233;ductible, dont la g&#233;om&#233;trie d&#233;signe la place sans pouvoir assigner la figure &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 396. Sur la notion d'ingenium, cfr aussi pp.397-404.&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce qui, par contre, diff&#233;rencie Spinoza de ses contemporains, et de Hobbes en particulier, r&#233;side dans la consid&#233;ration du rapport entre passions et droit naturel ; en effet, &#034; lorsque Spinoza parle de droit naturel, il ne parle pas tout &#224; fait de la m&#234;me chose que Hobbes : il parle en effet &#224; la fois du droit et de la th&#233;orie des passions ; la critique spinoziste adress&#233;e au droit de Hobbes consiste &#224; dire qu'il est trop formel, trop s&#233;par&#233; de la r&#233;alit&#233; naturelle des passions ; il prend cette r&#233;alit&#233; en consid&#233;ration dans l'&#233;tat de nature et l'oublie d&#232;s que le pacte est constitu&#233;, alors que pour Spinoza le pacte ne l'interrompt nullement &lt;i&gt;puisque dans le fond des choses le droit naturel n'est rien d'autre qu'un complexe passionnel&lt;/i&gt;&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 411. Sur Hobbes-Spinoza, cfr aussi P. Macherey, Sur les diff&#233;rences (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;marche interpr&#233;tative permet &#224; Moreau d'analyser le r&#244;le jou&#233; par les passions non seulement dans la d&#233;finition spinozienne du droit naturel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., pp. 412-426.&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais aussi dans la constitution politique de l'&#201;tat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., pp.427-459.&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est justement &#224; l'int&#233;rieur de l'individu-&#201;tat que nous voyons agir le complexe passionnel dans un rapport &#233;troit avec l'exp&#233;rience, parce qu'elle permet de sortir de la g&#233;om&#233;trie du pacte et de commencer &#224; penser les probl&#232;mes que masque celui-ci : l'identit&#233; collective, la menace de dissolution de l'&#201;tat, l'identification des individus : toute une logique de l'adh&#233;sion que - hors du spinozisme - l'&#226;ge classique n'avait gu&#232;re connue&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 465.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre champ d'exp&#233;rience est celui repr&#233;sent&#233; par l'histoire, dans laquelle nous assistons &#224; l'action de la fortune sur les activit&#233;s des hommes. Or, celle-ci est oppos&#233;e par Spinoza &#224; la vertu, &#224; l'activit&#233; qui d&#233;coule d'une connaissance des rapports n&#233;cessaires au sein de la Nature. Comme dans les cas pr&#233;c&#233;dents, les exp&#233;riences nous permet de saisir une s&#233;rie de lois, de d&#233;finir &#034;une description possible de l'esp&#232;ce humaine et des comportements, qui correspond &#224; des motifs constants &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 485.&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; partir desquels nous pouvons lire et interpr&#233;ter les effets r&#233;els de la fortune dans l'histoire des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le langage, les passions et l'histoire sont les champs dans lesquels s'exerce l'exp&#233;rience, lorsqu'elle est s&#233;par&#233;e de l'essence. Mais, affirme Moreau, outre les exp&#233;riences comparative et constitutive, celles que nous avons analys&#233;es, il reste encore une troisi&#232;me genre d'exp&#233;rience : l'indicative&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette classification de trois genres d'exp&#233;rience est celle donn&#233;e par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est en d&#233;finissant ce type d'exp&#233;rience que P.F. Moreau nous livre une interpr&#233;tation des livres I, II et V de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; fond&#233;e sur la notion d'&#233;ternit&#233;. En effet, la m&#233;taphysique du livre I et la th&#233;orie de la connaissance du livre II aboutissent, selon Moreau, &#224; d&#233;gager une id&#233;e d'&#233;ternit&#233;, dont &#034; le contenu premier est la puissance d'exister, non pas le simple fait d'exister, mais la pl&#233;nitude affirmative de l'existence. &#202;tre &#233;ternel, c'est tirer imm&#233;diatement son existence de la puissance d'exister du premier principe &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;P. F. Moreau, op. cit., pp. 509 - 510.&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avons affaire, en m&#234;me temps, &#224; une &lt;i&gt;connaissance&lt;/i&gt; du n&#233;cessaire et &#224; une &lt;i&gt;exp&#233;rience&lt;/i&gt; de la n&#233;cessit&#233;, qui d&#233;terminent, dans leur diff&#233;rence, le statut de notre finitude. &#034; Le sentiment de la finitude est la condition du sentiment de l'&#233;ternit&#233; et m&#234;me, en un sens, il &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; le sentiment de l'&#233;ternit&#233;. Dans sa limitation m&#234;me, la finitude joue donc un r&#244;le intens&#233;ment positif : elle dessine les lin&#233;aments du n&#233;cessaire et induit &#224; l'assumer comme &#233;ternel. J'&#233;prouve ma finitude, donc mon &#233;ternit&#233; &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., pp. 544 -548.&#034; id=&#034;nh2-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le syst&#232;me de Spinoza, l'exp&#233;rience se r&#233;v&#232;le comme &#034; une des formes principales de prise en compte de la r&#233;alit&#233;, en m&#234;me temps qu'une voie d'acc&#232;s essentielle pour comprendre la r&#233;flexion spinoziste sur le langage, les passions et l'histoire. Elle ne se borne plus d&#233;sormais &#224; composer un itin&#233;raire : elle permet bien de d&#233;fricher des territoires entiers du monde humain : sur un mode confirmatif lorsqu'elle enseigne autrement ce que l'ordre g&#233;om&#233;trique a d&#233;montr&#233; ; sur un mode constitutif l&#224; o&#249; le jeu des existences prolonge les lois de la nature dans les r&#233;seaux du singulier &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 552.&#034; id=&#034;nh2-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exp&#233;rience, telle que Moreau la d&#233;finit, se pr&#233;sente comme une sorte de &lt;i&gt;relais&lt;/i&gt;, qui permet d'agencer les diff&#233;rents champs du r&#233;el, pour que rien ne puisse &#233;chapper &#224; l'activit&#233; de la Raison ; &#034; c'est pourquoi on peut affirmer sans paradoxe que c'est parce que le spinozisme fait appel &#224; l'exp&#233;rience qu'il m&#233;rite le nom de rationalisme absolu : elle lui permet en effet de compl&#233;ter le travail de la Raison, afin que soient pris en compte tous les domaines o&#249; se manifeste la rationalit&#233; du r&#233;el - c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment le r&#233;el dans sa totalit&#233; &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 555.&#034; id=&#034;nh2-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La notion d'&#233;ternit&#233;, en particulier celle du livre V de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, nous pouvons aussi la concevoir dans son rapport avec le concept de &lt;i&gt;production de lib&#233;ration dans l'histoire&lt;/i&gt; (A. Tosel, &lt;i&gt;Du mat&#233;rialisme. De Spinoza&lt;/i&gt;, Paris, Kim&#233;, 1994). L'amour intellectuel de Dieu, aboutissement de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, augmente la puissance d'agir de notre corps, c'est-&#224;-dire que &#034; d&#232;s que nous rapportons &#224; Dieu tous les &#233;v&#233;nements qui nous arrivent, la transformation de la passion en action peut se produire et reproduire ; elle peut faire cercle. Chacune de nos affections nous renvoie &#224; un seul et unique &#202;tre r&#233;el qui est l'infinie productivit&#233; de la nature infinie dont nous sommes une partie et une affirmation &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Tosel, op. cit., pag. 44.&#034; id=&#034;nh2-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Notre puissance productive va de pair avec notre connaissance : plus nous connaissons, plus nous agissons. Notre modalit&#233; finie se d&#233;finit alors en termes de puissance productive, d'augmentation de notre &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;. &#034; La connaissance des choses naturelles par leur cause immanente - qui est connaissance de &#034;Dieu&#034; puisque nous connaissons les effets par leurs causes - r&#233;alise notre puissance d'agir &#224; son niveau qualitatif le plus &#233;lev&#233;. Et cette qualit&#233; est infinitivement extensive et intensive&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 52.&#034; id=&#034;nh2-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi que notre puissance devient une joie : joie de conna&#238;tre, de produire, de nous actualiser. A. Tosel situe pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce stade-l&#224; - celui de la b&#233;atitude -la &#034;politique du troisi&#232;me genre&#034;, celle qui correspond &#224; notre puissance d'agir maximale. &#034; La politique du troisi&#232;me genre a pour horizon le rapport de composition des corps humains hors de relations de domination coercitive impos&#233;es par des int&#233;r&#234;ts dominants encore passionnels. Il faut avoir d&#233;velopp&#233; la possibilit&#233; de cette politique du troisi&#232;me genre pour pouvoir traiter toutes les conjonctures id&#233;ologiques et politiques, pour pouvoir les transformer dans la perspective d'une fin politique de ce qui reste &#233;tatique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 73.&#034; id=&#034;nh2-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans la lecture de A. Tosel, le sujet du troisi&#232;me genre de connaissance (et de politique) est l'humanit&#233; elle-m&#234;me, dans son processus d'appropriation de la nature et de lib&#233;ration de sa propre puissance ; la fin de l'activit&#233; productive du mode fini au sein de la nature reste celle de la formation d'un corps collectif, m&#251; par la joie, dans lequel s'unissent le maximum d'individualisation et le maximum de joie, c'est-&#224;-dire d'&#233;ternit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la cinqui&#232;me partie de l'&#201;thique et la notion d'&#233;ternit&#233;, cfr aussi (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre domaine de l'exp&#233;rience dans lequel s'exerce la puissance est repr&#233;sent&#233; par la &lt;i&gt;religion&lt;/i&gt;, v&#233;ritable chantier th&#233;orique &#224; partir duquel Spinoza, dans le &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, a mis &#224; l'&#233;preuve la r&#233;sistance de son syst&#232;me (H. Laux, &lt;i&gt;Imagination et Religion chez Spinoza. La potentia dans l'histoire&lt;/i&gt;, Paris, Vrin, 1993). A travers la critique de la proph&#233;tie et du miracle, Spinoza illustre le pouvoir et la fonction de l'imagination dans la constitution de la religion et dans l'interpr&#233;tation de l'&#201;criture. A. Laux analyse d'une mani&#232;re tr&#232;s d&#233;taill&#233;e le r&#244;le jou&#233; par l'imagination dans la d&#233;finition de la figure historique du proph&#232;te. En effet, &#034; la connaissance proph&#233;tique par voie imaginative a pour enjeu la &lt;i&gt;fonction&lt;/i&gt; du proph&#232;te dans le corps social. Le proph&#232;te n'imagine pas n'importe quoi, son imagination est r&#233;gul&#233;e par l'appartenance &#224; une communaut&#233; morale, et s'il peut se tromper, cela ne fait que confirmer la contingence de sa condition ; c'est parce qu'il provient de cette communaut&#233; qu'il trouve le langage de r&#233;duction des affects contraires &#224; l'utilit&#233; commune &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Laux, op. cit., p. 47.&#034; id=&#034;nh2-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me le miracle rev&#234;t une fonction d&#233;cisive &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233;, c'est-&#224;-dire qu'il &#034; doit &#234;tre compris dans un champ socio-&#233;pist&#233;mologique. Ce champ est structur&#233; par une imagination qui se d&#233;ploie dans un triple registre : registre d'une figure sociale d'abord, &lt;i&gt;le vulgaire&lt;/i&gt; - d'un &lt;i&gt;syst&#232;me explicatif&lt;/i&gt; ensuite, d'une modalit&#233; particuli&#232;re d'effectuation enfin, &lt;i&gt;le r&#233;cit&lt;/i&gt;. Dans l'interrelation du vulgaire, de l'explication et du r&#233;cit, se constitue le miracle et s'exacerbe une forme particuli&#232;re du religieux &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 50.&#034; id=&#034;nh2-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. - A la forme religieuse fond&#233;e sur cet usage de l'imagination - qui fait r&#233;f&#233;rence &#224; la crainte -, H. Laux oppose une forme &#034;lib&#233;r&#233;e&#034;, dans laquelle l'imagination accro&#238;t la puissance constitutive du mode fini. C'est une forme qui s'appuie sur une lecture &#034;fondatrice&#034; de l'&#201;criture, de mani&#232;re &#224; d&#233;gager de celle-ci non pas un syst&#232;me clos, qui engendre l'impuissance, mais au contraire un syst&#232;mepratiquecapablede d&#233;velopper des normes &#233;thico-politiques. Il se d&#233;finit ainsi une communaut&#233; religieuse dans laquelle agissent des lecteurs-citoyens : &#034; si le syst&#232;me de l'imagination int&#233;rieur &#224; la religion peut &#224; ce point pr&#233;cis de son d&#233;veloppement se dire constitutif, c'est parce qu'il diffuse une ob&#233;issance g&#233;n&#233;ratrice de paix : une paix fond&#233;e sur la stabilisation des rapports interindividuels, distincte d'une m&#233;canique de la coercition. En sa dimension politique, la foi v&#233;rifi&#233;e par l'ob&#233;issance fournit au consensus le principe et le moyen d'une puissance accrue &#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ib., p. 193.&#034; id=&#034;nh2-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'interpr&#233;tation du &lt;i&gt;TTP &lt;/i&gt;de H. Laux nous permet de saisir le double statut de la religion chez Spinoza : forme de contrainte et de limitation du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, mais aussi principe d'affirmation de la puissance cognitive &#224; l'int&#233;rieur de la communaut&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons mesurer la radicalit&#233; de la pens&#233;e de Spinoza non seulement, comme on a vu, dans le domaine de la politique ou de la pratique, mais aussi dans celui de la m&#233;taphysique tout court. C'est ce qui &#233;merge, par exemple, si nous confrontons son syst&#232;me avec celui de Leibniz (R. Bouveresse, &lt;i&gt;Spinoza et Leibniz. L'id&#233;e d'animisme universel&lt;/i&gt;, Paris, Vrin 1992). En effet, Leibniz et Spinoza expriment tous deux une m&#233;taphysique bas&#233;e sur une notion de vie comme source infinie de puissance au sein de la Nature. Toutefois, &#034; Spinoza part de l'id&#233;e de la vie en Dieu, et ne voit dans celle de l'homme ou des autres &#234;tres vivants qu'un cas particulier - mieux : qu'une expression de cette Vie. Leibniz, au contraire, de m&#234;me qu'il arrive au panpsychisme &#224; partir d'une analogie des substance simples avec l'&#226;me humaine, part d'une extension de la notion biologique d'organisation, pour affirmer que tout est organis&#233;. D&#233;marche inverse, on le voit : pour Spinoza production n&#233;cessaire, spontan&#233;e, d&#233;termin&#233;e et sans contrainte tout &#224; la fois - notion m&#233;taphysique - ; pour Leibniz organisation, c'est-&#224;-dire, ordre et artifice, - notion biologique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Bouveresse, op. cit., p. 131.&#034; id=&#034;nh2-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence entre les deux philosophes r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans le fait que, pour Spinoza, l'&#234;tre fini se caract&#233;rise, par son &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, par un degr&#233; d&#233;fini et sp&#233;cifique de la puissance universelle de la Nature, tandis que, pour Leibniz, c'est la notion de l'&#226;me comme vie qui permet de concevoir la vie de la nature dans son ensemble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la diff&#233;rence entre Leibniz et Spinoza, cfr encore V. Morfino, Spinoza (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette diff&#233;rence nous permet aussi de fixer un autre point de d&#233;saccord : la doctrine du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; conduit Spinoza &#224; formuler une critique radicale de l'id&#233;e de finalit&#233; (le &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; exprime une partie seulement de la puissance infinie de la Nature, qui ne suit aucune finalit&#233; dans ses productions) ; &lt;i&gt;l'ent&#233;l&#233;chie&lt;/i&gt; de la monade leibnizienne se constitue, par contre, dans son effort constant vers une fin d&#233;j&#224;. d&#233;termin&#233;e : des perceptions toujours plus claires et plus distinctes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Bouveresse, op. cit , pp. 162-174. Cfr aussi les appendices &#224; la fin du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confrontation des syst&#232;mes de Leibniz et de Spinoza nous indique les possibilit&#233;s, diff&#233;rentes et oppos&#233;es, de penser le salut du mode fini dans l'horizon de la science et de la politique modernes : ou foi dans l'ordre raisonnable de l'&#234;tre - th&#233;odic&#233;e de toutes les contradictions -, ou pratique ontologique de lib&#233;ration - puissance n&#233;cessaire de la nature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Negri, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La r&#233;f&#233;rence est bien &#233;videmment au texte de A. Negri, &lt;i&gt;L'anomalie sauvage. Puissance et pouvoir chez Spinoza&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Negri, &lt;i&gt;Spinoza subversif&lt;/i&gt;, cit., en particulier le chapitre II, pp. 19- 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 22&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 136.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Walter, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 365.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;E. Balibar, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 335.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 341. Sur Heidegger et Spinoza, cfr encore Spinoza l Heidegger : l'enjeu d'une alternative ?, dans Spinoza : puissance et ontologie, sous la direction de M. Revault d'Allones et H. Rizk, Paris, Kim&#233;, 1994, avec des contributions de H. Rizk, J.A. Barash et J.M. Vaysse.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. P.F. Moreau, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 25.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 103.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., pp. 107-108&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Comme le montre Moreau, Spinoza se r&#233;f&#232;re ici &#224; la culture rh&#233;torique-philosophique classique et moderne, en particulier &#224; Aristote, S&#233;n&#232;que et Descartes. Cfr pp. 127-137.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 150.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 161.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 164.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 222.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 224.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour l'analyse de ces trois diff&#233;rents concepts d'exp&#233;rience, cfr pp. 245-293.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, pp. 301-302.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 310.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, pp. 347-348.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 396. Sur la notion d'&lt;i&gt;ingenium&lt;/i&gt;, cfr aussi pp.397-404.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 411. Sur Hobbes-Spinoza, cfr aussi P. Macherey, &lt;i&gt;Sur les diff&#233;rences entre les philosophies de Hobbes et de Spinoza&lt;/i&gt;, dans P. Macherey, &lt;i&gt;Avec Spinoza&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., pp. 412-426.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, pp.427-459.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 465.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib.&lt;/i&gt;, p. 485.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette classification de trois genres d'exp&#233;rience est celle donn&#233;e par Spinoza dans la lettre &#224; Simon de Vries ( &lt;i&gt;Ep. X&lt;/i&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;P. F. Moreau, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., pp. 509 - 510.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., pp. 544 -548.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 552.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 555.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Tosel, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., pag. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 73.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la cinqui&#232;me partie de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; et la notion d'&#233;ternit&#233;, cfr aussi &lt;i&gt;Revue Philosophique de la France et de l'&#233;tranger&lt;/i&gt;, n&#176;1, janvier-mars 1994, Paris, PUF Il s'agit d'un num&#233;ro enti&#232;rement consacr&#233; &#224; Spinoza.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Laux, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 47.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 50.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ib&lt;/i&gt;., p. 193.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Bouveresse, &lt;i&gt;op. cit&lt;/i&gt;., p. 131.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur la diff&#233;rence entre Leibniz et Spinoza, cfr encore V. Morfino, &lt;i&gt;Spinoza contra Leibniz. Documenti di uno scontro intellettuale ( 1676 - 1678 )&lt;/i&gt;, Milan, Unicopli, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Bouveresse, &lt;i&gt;op. cit &lt;/i&gt;, pp. 162-174. Cfr aussi les appendices &#224; la fin du texte, contenant les &lt;i&gt;Notes &#224; l'&lt;/i&gt;&#201;thique &lt;i&gt;de Leibniz&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;in &lt;i&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/i&gt; 23-24 : 1994/3-4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
