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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>L'&#233;thique et la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme.</title>
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		<dc:creator>Badiou, Alain</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire. &lt;br class='autobr' /&gt; 3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme comme une victime. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-dignite-+" rel="tag"&gt;dignit&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-vie-201-+" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-animal-+" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/-Un-debat-sur-l-humanitaire-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires.&lt;br /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme &lt;i&gt;comme une victime&lt;/i&gt;. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre la barbarie ! &#187; Soyons pr&#233;cis en effet : l'homme &lt;i&gt;est ce qui est capable de se reconna&#238;tre soi-m&#234;me comme victime.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette d&#233;finition qu'il faut d&#233;clarer inacceptable. Et cela pour trois raisons principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tout d'abord, parce que l'&#233;tat de victime, de b&#234;te souffrante, de mourant d&#233;charn&#233;, assimile l'homme &#224; sa substructure animale, &#224; sa pure et simple identit&#233; de vivant (la vie, comme le dit Bichat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est que &#171; l'ensemble des fonctions qui r&#233;sistent &#224; la mort &#187;). Certes, l'humanit&#233; est une esp&#232;ce animale. Elle est mortelle et pr&#233;datrice. Mais ni l'un ni l'autre de ces r&#244;les ne peuvent la singulariser dans le monde du vivant. En tant que bourreau, l'homme est une abjection animale, mais il faut avoir le courage de dire qu'en tant que victime, il ne vaut en g&#233;n&#233;ral pas mieux. Tous les r&#233;cits de tortur&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Alleg, La Question, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de rescap&#233;s l'indiquent avec force : si les bourreaux et bureaucrates des cachots et des camps peuvent traiter leurs victimes comme des animaux promis &#224; l'abattoir, et avec lesquels eux, les criminels bien nourris, n'ont rien de commun, C'est que les victimes sont bel et bien devenues de tels animaux. On a fait ce qu'il fallait pour &#231;a. Que certaines cependant soient encore des hommes, et en t&#233;moignent, est un fait av&#233;r&#233;. Mais justement, c'est toujours par un effort inou&#239;, salu&#233; par ses t&#233;moins - qu'il &#233;veille &#224; une reconnaissance radieuse - comme une r&#233;sistance presque incompr&#233;hensible, en eux, &lt;i&gt;de ce qui ne co&#239;ncide pas avec l'identit&#233; de victime&lt;/i&gt;. L&#224; est l'Homme, si on tient &#224; le penser : dans ce qui fait, comme le dit Varlam Chalamov dans ses &lt;i&gt;R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Varlam Chalamov, Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il s'agit d'une b&#234;te autrement r&#233;sistante que les chevaux, non par son corps fragile, mais par son obstination &#224; demeurer ce qu'il est, C'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, autre chose qu'une victime, autre chose qu'un &#234;tre-pour-la-mort, et donc &lt;i&gt;- autre chose qu'un mortel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un immortel : voil&#224; ce que les pires situations qui puissent lui &#234;tre inflig&#233;es d&#233;montrent qu'est il Homme, pour autant qu'il se singularise dans le flot multiforme et rapace de la vie. Pour penser quoi que ce soit concernant l'Homme, c'est de l&#224; qu'il faut partir. En sorte que s'il existe des &#171; droits de l'homme &#187;, ce ne sont s&#251;rement pas des droits de la vie contre la mort, ou des droits de la survie contre la mis&#232;re. Ce sont les droits de l'Immortel, s'affirmant pour eux-m&#234;mes, ou les droits de l'Infini exer&#231;ant leur souverainet&#233; sur la contingence de la souffrance et de la mort. Qu'&#224; la fin nous mourrions tous et qu'il y ait que poussi&#232;re ne change rien &#224; l'identit&#233; de l'Homme comme immortel, dans l'instant o&#249; il affirme ce qu'il est au rebours du vouloir-&#233;tre-un-animal auquel la circonstance l'expose. Et chaque homme, on le sait, impr&#233;visiblement, est &lt;i&gt;capable&lt;/i&gt;, d'&#234;tre cet immortel, dans de grandes ou de petites circonstances, pour une importante ou secondaire v&#233;rit&#233;, peu importe. Dans tous les cas, la subjectivation est immortelle, et fait l'Homme. En dehors de quoi existe une esp&#232;ce biologique, un &#171; bip&#232;de sans plumes &#187; dont le charme n'est pas &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ne part pas de l&#224; (ce qui se dit, tr&#232;s simplement l'Homme pense, l'Homme est tiss&#233; de quelques v&#233;rit&#233;s), si on identifie l'Homme &#224; sa pure r&#233;alit&#233; de vivant, on en vient in&#233;vitablement au contraire r&#233;el de ce que le principe semble indiquer. Car ce &#171; vivant &#187; est en r&#233;alit&#233; m&#233;prisable, et &lt;i&gt;on le m&#233;prisera&lt;/i&gt;. Qui ne voit que dans les exp&#233;ditions humanitaires, les ing&#233;rences, les d&#233;barquements de l&#233;gionnaires caritatifs, le suppos&#233; Sujet universel est scind&#233; ? Du c&#244;t&#233; des victimes, l'animal hagard qu'on expose sur l'&#233;cran. Du c&#244;t&#233; du bienfaiteur, la conscience et l'imp&#233;ratif Et pourquoi cette scission met-elle toujours les m&#234;mes dans les m&#234;mes r&#244;les ? Qui ne sent que cette &#233;thique pench&#233;e sur la mis&#232;re du monde cache, derri&#232;re son Homme-victime, l'Homme-bon, l'Homme-blanc ? Comme la barbarie de la situation n'est r&#233;fl&#233;chie qu'en termes de &#171; droits de l'homme &#187;, - alors qu'il s'agit toujours d'une situation politique, appelant une pens&#233;e-pratique politique, et dont il y a sur place, toujours, d'authentiques acteurs -, elle est per&#231;ue, du haut de notre paix civile apparente, comme l'incivilis&#233;e qui exige du civilis&#233; une intervention civilisatrice. Or, toute intervention au nom de la civilisation &lt;i&gt;exige &lt;/i&gt;un m&#233;pris premier de la situation toute enti&#232;re, victimes comprises. Et c'est pourquoi l'&#171; &#233;thique &#187; est contemporaine, apr&#232;s des d&#233;cennies de courageuses critiques du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme, d'une sordide auto-satisfaction des &#171; Occidentaux &#187;, de la th&#232;se martel&#233;e selon laquelle la mis&#232;re du tiers-monde est le r&#233;sultat de son imp&#233;ritie, de sa propre inanit&#233;, bref : de sa &lt;i&gt;sous-humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Deuxi&#232;mement, parce que si le &#171; consensus &#187; &#233;thique se fonde sur la reconnaissance du Mal, il en r&#233;sulte que toute tentative de rassembler les hommes autour d'une id&#233;e positive du Bien, et plus encore d'identifier l'Homme par un tel projet, est en r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;la v&#233;ritable source du mal lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. C'est ce qu'on nous inculque depuis maintenant quinze ans : tout projet de r&#233;volution, qualifi&#233; d'&#171; utopique &#187;, tourne, nous dit-on, au cauchemar totalitaire. Toute volont&#233; d'inscrire une id&#233;e de la justice ou de l'&#233;galit&#233; tourne au pire. Toute volont&#233; collective du Bien fait le Mal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Glucksmann, Les Ma&#238;tres Penseurs, Grasset, 1977. Glucksmann est celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette sophistique est d&#233;vastatrice. Car s'il ne s'agit que de faire valoir, contre un Mal reconnu &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, l'engagement &#233;thique, d'o&#249; proc&#233;dera qu'on envisage une transformation quelconque de ce qui est ? O&#249; l'homme puisera-t-il la force d'&#234;tre l'immortel qu'il est ? Quel sera le destin de la pens&#233;e, dont on sait bien qu'elle est invention affirmative, ou quelle n'est pas ? En r&#233;alit&#233;, le prix pay&#233; par l'&#233;thique est &lt;i&gt;un conservatisme &lt;/i&gt;&#233;pais. La conception &#233;thique de l'homme, outre qu'elle est en fin de compte soit biologique (images des victimes), soit &#171; occidentale &#187; (contentement du bienfaiteur arm&#233;), interdit toute vision positive large des possibles. Ce qui nous est ici vant&#233;, ce que l'&#233;thique l&#233;gitime, est en r&#233;alit&#233; la conservation, par le pr&#233;tendu &#171; Occident &#187;, de ce qu'il poss&#232;de. C'est assise sur cette possession (possession mat&#233;rielle, mais aussi possession de son &#234;tre) que l'&#233;thique d&#233;termine le Mal comme, d'une certaine mani&#232;re, ce qui n'est pas ce dont elle jouit. Or &lt;i&gt;l'Homme, comme immortel, se soutient de l'incalculable et de l'imposs&#233;d&#233;. Il se soutient du non-&#233;tant&lt;/i&gt;. Pr&#233;tendre lui interdire de se repr&#233;senter le Bien, d'y ordonner ses pouvoirs collectifs, de travailler &#224; l'av&#232;nement de possibles insoup&#231;onn&#233;s, de penser ce qui peut &#234;tre, en rupture radicale avec ce qui est, c'est lui interdire, tout simplement, l'humanit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Enfin, par sa d&#233;termination n&#233;gative et &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;du Mal l'&#233;thique s'interdit de penser la singularit&#233; des situations, ce qui est le d&#233;but oblig&#233; de toute action proprement humaine. Ainsi, le m&#233;decin ralli&#233; &#224; l'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; m&#233;ditera en r&#233;union et commission toutes sortes de consid&#233;rations sur &#171; les malades &#187;, consid&#233;r&#233;s exactement comme l'est, par le partisan des droits de l'homme, la foule indistincte des victimes : totalit&#233; &#171; humaine &#187; de r&#233;els sous-hommes. Mais le m&#234;me m&#233;decin ne verra nul inconv&#233;nient &#224; ce que &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; personne ne soit pas soign&#233;e &#224; l'h&#244;pital, et avec tous les moyens n&#233;cessaires, parce qu'elle est sans papiers, ou non immatricul&#233;e &#224; la S&#233;curit&#233; sociale. Responsabilit&#233; &#171; collective &#187;, encore une fois, oblige ! Ce qui est ici ratur&#233;, c'est qu'il n'y a qu'une seule situation m&#233;dicale : la situation clinique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;cile Winter, Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qu'il n'y a besoin de nulle &#171; &#233;thique &#187; (mais seulement d'une vision claire de &lt;i&gt;cette &lt;/i&gt;situation) pour savoir qu'en la circonstance le m&#233;decin n'est m&#233;decin que s'il traite la situation sous la r&#232;gle du possible maximal : soigner cette personne &lt;i&gt;qui le lui demande &lt;/i&gt;(pas d'ing&#233;rence, ici !) jusqu'au bout, avec tout ce qu'il sait, tous les moyens dont il sait qu'ils existent, et sans rien consid&#233;rer d'autre. Et si on veut lui interdire de soigner pour cause de budget de l'&#201;tat, de statistique de la morbidit&#233; ou de lois sur les flux migratoires, qu'on lui envoie la gendarmerie ! Encore son strict devoir hippocratique serait-il de lui tirer dessus. Les &#171; commissions d'&#233;thique &#187; et autres ruminations sur les &#171; d&#233;penses de sant&#233; &#187; et la &#171; responsabilit&#233; gestionnaire &#187;, &#233;tant radicalement ext&#233;rieures &#224; l'unique situation proprement m&#233;dicale, ne peuvent en r&#233;alit&#233; qu'interdire qu'on lui soit &lt;i&gt;fid&#232;le&lt;/i&gt;. Car lui &#234;tre fid&#232;le voudrait dire : traiter le possible de cette situation &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;. Ou, si l'on veut, faire advenir, dans la mesure du possible, ce que cette situation contient d'humanit&#233; affirmative, soit tenter d'&#234;tre l'immortel de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la m&#233;decine bureaucratique sous id&#233;ologie &#233;thique a besoin &#171; des malades &#187; comme victimes indistinctes ou statistiques, mais est rapidement encombr&#233;e par toute situation effective et singuli&#232;re de demande. De l&#224; que la m&#233;decine &#171; gestionnaire &#187;, &#171; responsable &#187; et &#171; &#233;thique &#187; en est r&#233;duite &#224; l'abjection de d&#233;cider quels malades le &#171; syst&#232;me de sant&#233; fran&#231;ais &#187; peut soigner, et lesquels il doit renvoyer, puisque le Budget et l'opinion l'exigent, mourir dans les faubourgs de Kinshasa.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Quelques Principes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut rejeter le dispositif id&#233;ologique de l'&#171; &#233;thique &#187;, ne rien conc&#233;der &#224; la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme. Ce dispositif identifie l'homme &#224; un simple animal mortel, il est le sympt&#244;me d'un inqui&#233;tant conservatisme, et, par sa g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite et statistique, interdit de penser la singularit&#233; des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui opposera trois th&#232;ses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Th&#232;se 1 &lt;/i&gt; : L'Homme s'identifie par sa pens&#233;e affirmative, par les v&#233;rit&#233;s singuli&#232;res dont il est capable, par l'Immortel qui fait de lui le plus r&#233;sistant et le plus paradoxal des animaux.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 2 &lt;/i&gt; : C'est &#224; partir de la capacit&#233; positive au Bien, donc au traitement &#233;largi des possibles et au refus du conservatisme, f&#251;t-il la conservation de l'&#234;tre, qu'on d&#233;termine le Mal, et non inversement.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 3 &lt;/i&gt; : Toute humanit&#233; s'enracine dans l'identification en pens&#233;e de situations singuli&#232;res. Il n'y a pas d'&#233;thique en g&#233;n&#233;ral. Il n'y a - &#233;ventuellement - qu'&#233;thique de processus par lesquels on traite les possibles d'une situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surgit alors l'homme de l'&#233;thique raffin&#233;e, qui murmure : &#171; Contre-sens ! depuis le d&#233;but. L'&#233;thique ne se fonde nullement sur l'identit&#233; du Sujet, pas m&#234;me son identit&#233; comme victime reconnue. D&#232;s le principe, l'&#233;thique est &#233;thique &lt;i&gt;de l'autre, &lt;/i&gt;elle est ouverture principale &#224; l'autre, elle subordonne l'identit&#233; &#224; la diff&#233;rence. &#187;&lt;br /&gt;
Examinons cette piste. Mesurons sa nouveaut&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Alleg, &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des &#233;pisodes de torture bien de chez nous, syst&#233;matiquement organis&#233;s par l'arm&#233;e fran&#231;aise entre 1954 et 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Varlam Chalamov, &lt;i&gt;Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, 1980. ce livre, proprement admirable, donne forme d'art &#224; l'&#233;thique vraie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Glucksmann, &lt;i&gt;Les Ma&#238;tres Penseurs&lt;/i&gt;, Grasset, 1977. Glucksmann est celui qui a le plus insist&#233; sur la priorit&#233; absolue de la conscience du Mal, et sur l'id&#233;e que le primat catastrophique du Bien &#233;tait une cr&#233;ation de la philosophie. L'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; a ainsi une part de ses racines chez les &#171; nouveaux philosophes &#187; de la fin des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#233;cile Winter, &lt;i&gt;Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A partir d'une m&#233;ditation de Foucault)&lt;/i&gt;. A para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extraits de &lt;strong&gt;L'&#233;thique&lt;/strong&gt; de Alain Badiou, (ch. 3-4)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Libert&#233; et responsabilit&#233;.</title>
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		<dc:creator>Sartre, Jean-Paul</dc:creator>


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&lt;p&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ? &lt;br class='autobr' /&gt; Bien que les consid&#233;rations qui vont suivre int&#233;ressent plut&#244;t le moraliste, on a jug&#233; qu'il ne serait pas inutile, apr&#232;s ces descriptions et ces argumentations, de revenir sur la libert&#233; du pour-soi et d'essayer de comprendre ce que repr&#233;sente pour la destin&#233;e humaine le fait de cette libert&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt;
La cons&#233;quence essentielle de nos remarques ant&#233;rieures, c'est que l'homme, &#233;tant condamn&#233; &#224; &#234;tre libre, porte le poids (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-excuse-+" rel="tag"&gt;excuse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-projet-+" rel="tag"&gt;projet&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Qu-on-n-ait-pas-choisi-de-naitre-peut-il-etre-considere-comme-une-excuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bien que les consid&#233;rations qui vont suivre int&#233;ressent plut&#244;t le moraliste, on a jug&#233; qu'il ne serait pas inutile, apr&#232;s ces descriptions et ces argumentations, de revenir sur la libert&#233; du pour-soi et d'essayer de comprendre ce que repr&#233;sente pour la destin&#233;e humaine le fait de cette libert&#233;.&lt;br /&gt;
La cons&#233;quence essentielle de nos remarques ant&#233;rieures, c'est que l'homme, &#233;tant condamn&#233; &#224; &#234;tre libre, porte le poids du monde tout entier sur ses &#233;paules : il est responsable du monde et de lui-m&#234;me en tant que mani&#232;re d'&#234;tre. Nous prenons le mot de &#171; responsabilit&#233; &#187; en son sens banal de &#171; conscience (d') &#234;tre l'auteur incontestable d'un &#233;v&#233;nement ou d'un objet &#187;. En ce sens, la responsabilit&#233; du pour-soi est accablante, puisqu'il est celui par qui il se fait &lt;i&gt;qu'il y ait &lt;/i&gt;un monde ; et, puisqu'il est aussi celui qui &lt;i&gt;se fait &#234;tre, &lt;/i&gt;quelle que soit donc la situation avec son coefficient d'adversit&#233; propre, f&#251;t-il insoutenable ; il doit l'assumer avec la conscience orgueilleuse d'en &#234;tre l'auteur, car les pires inconv&#233;nients ou les pires menaces qui risquent d'atteindre ma personne n'ont de sens que par mon projet ; et c'est sur le fond de l'engagement que je suis qu'ils paraissent. Il est donc insens&#233; de songer &#224; se plaindre, puisque rien d'&#233;tranger n'a d&#233;cid&#233; de ce que nous ressentons, de ce que nous vivons ou de ce que nous sommes. Cette responsabilit&#233; absolue n'est pas acceptation d'ailleurs : elle est simple revendication logique des cons&#233;quences de notre libert&#233;. Ce qui m'arrive m'arrive par moi et je ne saurais ni m'en affecter ni me r&#233;volter ni m'y r&#233;signer. D'ailleurs, tout ce qui m'arrive est &lt;i&gt;mien &lt;/i&gt; ; il&lt;i&gt; &lt;/i&gt;faut entendre par l&#224;, tout d'abord, que je suis toujours &#224; la hauteur de ce qui m'arrive, en tant qu'homme, car ce, qui arrive &#224; un homme par d'autres hommes et par lui-m&#234;me ne saurait &#234;tre qu'humain. Les plus atroces situations de la guerre, les pires tortures ne cr&#233;ent pas d'&#233;tat de choses inhumain : il n'y a pas de situation inhumaine ; c'est seulement par la peur, la fuite et le recours aux conduites magiques que je &lt;i&gt;d&#233;ciderai &lt;/i&gt;de l'inhumain ; mais cette d&#233;cision est humaine et j'en porterai l'enti&#232;re responsabilit&#233;. Mais la situation est &lt;i&gt;mienne &lt;/i&gt;en outre parce qu'elle est l'image de mon libre choix de moi-m&#234;me et tout ce qu'elle me pr&#233;sente est &lt;i&gt;mien &lt;/i&gt;en ce que cela me repr&#233;sente et me symbolise. N'est-ce pas moi qui d&#233;cide du coefficient d'adversit&#233; des choses et jusque de leur impr&#233;visibilit&#233; en d&#233;cidant de moi-m&#234;me ? Ainsi n'y a-t-il pas &lt;i&gt;d'accidents &lt;/i&gt;dans une vie ; un &#233;v&#233;nement social qui &#233;clate soudain et m'entra&#238;ne ne vient pas du dehors : si je suis mobilis&#233; dans une guerre, cette guerre est ma guerre, elle est &#224; mon image et je la m&#233;rite. Je la m&#233;rite d'abord parce que je pouvais toujours m'y soustraire, par le suicide ou la d&#233;sertion : ces possibles ultimes sont ceux qui doivent toujours nous &#234;tre pr&#233;sents lorsqu'il s'agit d'envisager une situation. Faute de m'y &#234;tre soustrait, je l'ai &lt;i&gt;choisie ; &lt;/i&gt;ce peut &#234;tre par veulerie, par l&#226;chet&#233; devant l'opinion publique, parce que je pr&#233;f&#232;re certaines valeurs &#224; celle du refus m&#234;me de faire la guerre (l'estime de mes proches, l'honneur de ma famille, etc.). De toute fa&#231;on, il s'agit d'un choix. Ce choix sera r&#233;it&#233;r&#233; par la suite d'une fa&#231;on continue jusqu'&#224; la fin de la guerre ; il faut donc souscrire au mot de J. Romains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Romains : Les Hommes de bonne volont&#233; ; &#171; Pr&#233;lude &#224; Verdun &#187;.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; A la guerre, il n'y a pas de victimes innocentes. &#187; Si donc j'ai pr&#233;f&#233;r&#233; la guerre &#224; la mort ou au d&#233;shonneur, tout se passe comme si je portais l'enti&#232;re responsabilit&#233; de cette guerre. Sans doute, d'autres l'ont d&#233;clar&#233;e et l'on serait tent&#233;, peut-&#234;tre, de me consid&#233;rer comme simple complice. Mais cette notion de complicit&#233; n'a qu'un sens juridique ; ici, elle ne tient pas : car il a d&#233;pendu &lt;i&gt;de moi &lt;/i&gt;que pour moi et par moi cette guerre n'existe pas et j'ai d&#233;cid&#233; qu'elle existe. Il n'y a eu aucune contrainte, car la contrainte ne saurait avoir aucune prise sur une libert&#233; ; je n'ai eu aucune excuse, car, ainsi que nous l'avons dit et r&#233;p&#233;t&#233; dans ce livre, le propre de la r&#233;alit&#233;-humaine, c'est qu'elle est sans excuse. Il ne me reste donc qu'&#224; revendiquer cette guerre. Mais, en outre, elle est &lt;i&gt;mienne &lt;/i&gt;parce que, du seul fait qu'elle surgit dans une situation que je fais &#234;tre et que je ne puis l'y d&#233;couvrir qu'en m'engageant pour ou contre elle, je ne puis plus distinguer &#224; pr&#233;sent le choix que je fais de moi du choix que je fais d'elle : vivre cette guerre. c'est me choisir par elle et la choisir par mon choix de moi-m&#234;me. Il ne saurait &#234;tre question de l'envisager comme &#171; quatre ans de vacances &#187; ou de &#171; sursis &#187;, comme une &#171; suspension de s&#233;ance &#187;, l'essentiel de mes responsabilit&#233;s &#233;tant ailleurs, dans ma vie conjugale, familiale, professionnelle. Mais dans cette guerre que j'ai choisie, je me choisis au jour le jour et je la fais mienne en me faisant. Si elle doit &#234;tre quatre ann&#233;es vides, c'est moi qui en porte la responsabilit&#233;. Enfin, comme nous l'avons marqu&#233; au paragraphe pr&#233;c&#233;dent, chaque personne est un choix absolu de soi &#224; partir d'un monde de connaissances et de techniques que ce choix assume et &#233;claire &#224; la fois ; chaque personne est un absolu jouissant d'une date absolue et parfaitement impensable &#224; une autre date. Il est donc oiseux de se demander ce que j'aurais &#233;t&#233; si cette guerre n'avait pas &#233;clat&#233;, car je me suis choisi comme un des sens possibles de l'&#233;poque qui menait insensiblement &#224; la guerre ; je ne me distingue pas de cette &#233;poque m&#234;me, je ne pourrais &#234;tre transport&#233; &#224; une autre &#233;poque sans contradiction. Ainsi &lt;i&gt;suis-je &lt;/i&gt;cette guerre qui borne et limite et fait comprendre la p&#233;riode qui l'a pr&#233;c&#233;d&#233;e. En ce sens, &#224; la formule que nous citions tout &#224; l'heure : &#171; il n'y a pas de victimes innocentes &#187; ; il faut, pour d&#233;finir plus nettement la responsabilit&#233; du pour-soi, ajouter celle-ci : &#171; On a la guerre qu'on m&#233;rite. &#187; Ainsi, totalement libre, indiscernable de la p&#233;riode dont j'ai choisi d'&#234;tre le sens, aussi profond&#233;ment responsable de la guerre que si je l'avais moi-m&#234;me d&#233;clar&#233;e, ne pouvant rien vivre sans l'int&#233;grer &lt;i&gt;&#224; ma &lt;/i&gt;situation, m'y engager tout entier et la marquer de mon sceau, je dois &#234;tre sans remords ni regrets comme je suis sans excuse, car, d&#232;s l'instant de mon surgissement &#224; l'&#234;tre, je porte le poids du monde &#224; moi tout seul, sans que rien ni personne ne puisse l'all&#233;ger.&lt;br /&gt;
Pourtant cette responsabilit&#233; est d'un type tr&#232;s particulier. On me r&#233;pondra, en effet, que &#171; je n'ai pas demand&#233; &#224; na&#238;tre &#187;, ce qui est une fa&#231;on na&#239;ve de mettre l'accent sur notre facticit&#233;. Je suis responsable de tout, en effet, sauf de ma responsabilit&#233; m&#234;me car je ne suis pas le fondement de mon &#234;tre. Tout se passe donc comme si j'&#233;tais contraint d'&#234;tre responsable. Je suis &lt;i&gt;d&#233;laiss&#233; &lt;/i&gt;dans le monde, non au sens o&#249; je demeurerais abandonn&#233; et passif dans un univers hostile, comme la planche qui flotte sur l'eau, mais, au contraire, au sens o&#249; je me trouve soudain seul et sans aide, engag&#233; dans un monde dont je porte l'enti&#232;re responsabilit&#233;, sans pouvoir, quoi que je fasse, m'arracher, f&#251;t-ce un instant, &#224; cette responsabilit&#233;, car de mon d&#233;sir m&#234;me de fuir les responsabilit&#233;s, je suis responsable ; me faire passif dans le monde, refuser d'agir sur les choses et sur les Autres, c'est encore me choisir, et le suicide est un mode parmi d'autres d'&#234;tre-dans-le-monde. Cependant je retrouve une responsabilit&#233; absolue du fait que ma facticit&#233;, c'est-&#224;-dire ici le fait de ma naissance, est insaisissable directement et m&#234;me inconcevable, car ce fait de ma naissance ne m'appara&#238;t jamais brut, mais toujours &#224; travers une reconstruction pro-jective de mon pour-soi ; j'ai honte d'&#234;tre n&#233; ou je m'en &#233;tonne, ou je m'en r&#233;jouis, ou, en tentant de m'&#244;ter la vie, j'affirme que je vis et j'assume cette vie comme mauvaise. Ainsi, en un certain sens, je &lt;i&gt;choisis &lt;/i&gt;d'&#234;tre n&#233;. Ce choix lui-m&#234;me est affect&#233; int&#233;gralement de facticit&#233;, puisque je ne peux pas ne pas choisir ; mais cette facticit&#233; &#224; son tour n'appara&#238;tra qu'en tant que je la d&#233;passe vers mes fins. Ainsi, la facticit&#233; est partout, mais insaisissable ; je ne rencontre jamais que ma responsabilit&#233;, c'est pourquoi je ne puis demander &lt;i&gt;&#171; Pourquoi &lt;/i&gt;suis-je n&#233; ? &#187;, maudire le jour de ma naissance ou d&#233;clarer que je n'ai pas demand&#233; &#224; na&#238;tre, car ces diff&#233;rentes attitudes envers ma naissance, c'est-&#224;-dire envers le &lt;i&gt;fait &lt;/i&gt;que je r&#233;alise une pr&#233;sence dans le monde, ne sont pas autre chose, pr&#233;cis&#233;ment, que des mani&#232;res d'assumer en pleine responsabilit&#233; cette naissance et de la faire &lt;i&gt;mienne ; &lt;/i&gt;ici encore, je ne rencontre que moi et mes projets, en sorte que finalement mon d&#233;laissement, c'est-&#224;-dire ma facticit&#233;, consiste simplement en ce que je suis condamn&#233; &#224; &#234;tre int&#233;gralement responsable de moi-m&#234;me. Je suis l'&#234;tre qui &lt;i&gt;est &lt;/i&gt;comme &#234;tre dont l'&#234;tre est en question dans son &#234;tre. Et cet &#171; est &#187; de mon &#234;tre est comme pr&#233;sent et insaisissable.&lt;br /&gt;
En ces conditions, puisque tout &#233;v&#233;nement du monde ne peut se d&#233;couvrir &#224; moi que comme &lt;i&gt;occasion &lt;/i&gt;(occasion &lt;i&gt;mise &#224; profit, manqu&#233;e, n&#233;glig&#233;e, &lt;/i&gt;etc.), ou, mieux encore, puisque tout ce qui nous arrive peut &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une &lt;i&gt;chance, &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire ne peut nous appara&#238;tre que comme moyen de r&#233;aliser cet &#234;tre qui est en question dans notre &#234;tre et puisque les autres, comme transcendances-transcend&#233;es, ne sont, eux aussi, que des &lt;i&gt;occasions &lt;/i&gt;et des &lt;i&gt;chances&lt;/i&gt;, la responsabilit&#233; du pour-soi s'&#233;tend au monde entier comme monde-peupl&#233;. C'est ainsi, pr&#233;cis&#233;ment, que le pour-soi se saisit dans l'angoisse, c'est-&#224;-dire comme un &#234;tre qui n'est fondement ni de son &#234;tre, ni de l'&#234;tre de l'autre, ni des en-soi qui forment le monde, mais qui est contraint de d&#233;cider du sens de l'&#234;tre, en lui et partout hors de lui. Celui qui r&#233;alise dans l'angoisse sa condition &lt;i&gt;d'&#234;tre &lt;/i&gt;jet&#233; dans une responsabilit&#233; qui se retourne jusque sur son d&#233;laissement n'a plus ni remords, ni regret, ni excuse ; il n'est plus qu'une libert&#233; qui se d&#233;couvre parfaitement elle-m&#234;me et dont l'&#234;tre r&#233;side en cette d&#233;couverte m&#234;me. Mais, on l'a marqu&#233; au d&#233;but de cet ouvrage, la plupart du temps, nous fuyons l'angoisse dans la mauvaise foi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Romains : &lt;i&gt;Les Hommes de bonne volont&#233;&lt;/i&gt; ; &#171; Pr&#233;lude &#224; Verdun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Jean-Paul Sartre, &lt;strong&gt;L'&#202;tre et le N&#233;ant&lt;/strong&gt;, Gallimard, coll. &#171; TEL &#187;, pp. 612-615&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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