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	<title>Caute@lautre.net</title>
	<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;thique est transcendantale</title>
		<link>https://caute.lautre.net/L-ethique-est-transcendantale</link>
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		<dc:date>2003-08-17T21:52:29Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Wittgenstein, Ludwig</dc:creator>


		<dc:subject>morale</dc:subject>
		<dc:subject>m&#233;taphysique</dc:subject>
		<dc:subject>devoir</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;6.4 - Toutes les propositions sont d'&#233;gale valeur. &lt;br class='autobr' /&gt;
6.41 - Le sens du monde doit se trouver en dehors du monde. Dans le monde toutes choses sont comme elles sont et se produisent comme elles se produisent : il n'y a pas en lui de valeur - et s'il y en avait une, elle n'aurait pas de valeur. S'il existe une valeur qui ait de la valeur, il faut qu'elle soit hors de tout &#233;v&#233;nement et de tout &#234;tre-tel. Car tout &#233;v&#233;nement et &#234;tre-tel ne sont qu'accidentels. Ce qui les rend non-accidentels ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
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/ 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-metaphysique-242-+" rel="tag"&gt;m&#233;taphysique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-devoir-+" rel="tag"&gt;devoir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;6.4 - Toutes les propositions sont d'&#233;gale valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.41 - Le sens du monde doit se trouver en dehors du monde. Dans le monde toutes choses sont comme elles sont et se produisent comme elles se produisent : il n'y a pas &lt;i&gt;en lui&lt;/i&gt; de valeur - et s'il y en avait une, elle n'aurait pas de valeur.&lt;br class='autobr' /&gt;
S'il existe une valeur qui ait de la valeur, il faut qu'elle soit hors de tout &#233;v&#233;nement et de tout &#234;tre-tel. Car tout &#233;v&#233;nement et &#234;tre-tel ne sont qu'accidentels.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui les rend non-accidentels ne peut se trouver dans le monde, car autrement cela aussi serait accidentel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il faut que cela r&#233;side hors du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.42 - C'est pourquoi il ne peut pas non plus y avoir de propositions &#233;thiques.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des propositions ne sauraient exprimer quelque chose de plus &#233;lev&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.421 - Il est clair que l'&#233;thique ne se peut exprimer.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;thique est transcendantale.&lt;br class='autobr' /&gt;
(L'&#233;thique et l'esth&#233;tique sont un.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.422 - La premi&#232;re pens&#233;e qui vient &#224; l'esprit lors de l'institution d'une loi &#233;thique de la forme de : &#171; Tu dois... &#187; est celle-ci : et qu'arriverait-il si je ne le faisais point ? Il est cependant clair que l'&#233;thique n'a rien &#224; voir avec la punition ou la r&#233;compense au sens ordinaire. Ainsi la question relative aux &lt;i&gt;cons&#233;quences&lt;/i&gt; d'un acte doit &#234;tre sans int&#233;r&#234;t. Tout au moins ces cons&#233;quences ne sauraient-elles &#234;tre des &#233;v&#233;nements. Car il faut bien qu'il y ait quelque chose de vrai dans cette interrogation. Il doit y avoir sans doute une sorte de r&#233;compense &#233;thique et de punition &#233;thique, mais celles-ci doivent r&#233;sider dans l'acte m&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt;
(Et il est clair aussi que la r&#233;compense doit &#234;tre quelque chose d'agr&#233;able, la punition quelque chose de d&#233;sagr&#233;able.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.423 - On ne peut parler de la volont&#233; en tant que sujet de l'&#233;thique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et la volont&#233; en tant que ph&#233;nom&#232;ne n'int&#233;resse que la psychologie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Wittgenstein, &lt;strong&gt;Tractatus logico-philosophicus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La volont&#233; bonne</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-volonte-bonne</link>
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		<dc:date>2003-08-15T20:28:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>


		<dc:subject>morale</dc:subject>
		<dc:subject>devoir</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde, et m&#234;me en g&#233;n&#233;ral hors du monde, il n'est rien qui puisse sans restriction &#234;tre tenu pour bon, si ce n'est seulement une VOLONT&#201; BONNE. L'intelligence, la finesse, la facult&#233; de juger, et les autres talents de l'esprit, de quelque nom qu'on les d&#233;signe, ou bien le courage, la d&#233;cision, la pers&#233;v&#233;rance dans les desseins, comme qualit&#233;s du temp&#233;rament, sont sans aucun doute &#224; bien des &#233;gards choses bonnes et d&#233;sirables ; mais ces dons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-devoir-+" rel="tag"&gt;devoir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde, et m&#234;me en g&#233;n&#233;ral hors du monde, il n'est rien qui puisse sans restriction &#234;tre tenu pour bon, si ce n'est seulement une VOLONT&#201; BONNE. L'intelligence, la finesse, la facult&#233; de juger, et les autres talents de l'esprit, de quelque nom qu'on les d&#233;signe, ou bien le courage, la d&#233;cision, la pers&#233;v&#233;rance dans les desseins, comme qualit&#233;s du &lt;i&gt;temp&#233;rament&lt;/i&gt;, sont sans aucun doute &#224; bien des &#233;gards choses bonnes et d&#233;sirables ; mais ces dons de la nature peuvent devenir aussi extr&#234;mement mauvais et funestes si la volont&#233; qui doit en faire usage, et dont les dispositions propres s'appellent pour cela &lt;i&gt;caract&#232;re&lt;/i&gt;, n'est point bonne. Il en est de m&#234;me des &lt;i&gt;dons de la fortune&lt;/i&gt;. Le pouvoir, la richesse, la consid&#233;ration, m&#234;me la sant&#233; ainsi que le bien-&#234;tre complet et le contentement de son &#233;tat, ce qu'on nomme le &lt;i&gt;bonheur&lt;/i&gt;, engendrent une confiance en soi qui souvent aussi se convertit en pr&#233;somption, d&#232;s qu'il n'y a pas une volont&#233; bonne pour redresser et tourner vers des fins universelles l'influence que ces avantages ont sur l'&#226;me, et du m&#234;me coup tout le principe de l'action ; sans compter qu'un spectateur raisonnable et impartial ne saurait jamais &#233;prouver de satisfaction &#224; voir que tout r&#233;ussisse perp&#233;tuellement &#224; un &#234;tre que ne rel&#232;ve aucun trait de pure et bonne volont&#233;, et qu'ainsi la volont&#233; bonne para&#238;t constituer la condition indispensable m&#234;me de la dignit&#233; &#224; &#234;tre heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, bien plus, des qualit&#233;s qui sont favorables &#224; cette volont&#233; bonne m&#234;me et qui peuvent rendre son &#339;uvre beaucoup plus ais&#233;e, mais qui malgr&#233; cela n'ont pas de valeur interne et inconditionn&#233;e, et qui au contraire supposent toujours encore une volont&#233; bonne. C'est l&#224; une condition qui limite la haute estime qu'on leur t&#233;moigne du reste avec raison, et qui ne permet pas de les tenir pour bonnes absolument. La mod&#233;ration dans les affections et les passions, la ma&#238;trise de soi, la puissance de calme r&#233;flexion ne sont pas seulement bonnes &#224; beaucoup d'&#233;gards, mais elles paraissent constituer une partie m&#234;me de la valeur &lt;i&gt;interne&lt;/i&gt; de la personne ; cependant il s'en faut de beaucoup qu'on puisse les consid&#233;rer comme bonnes sans restriction (malgr&#233; la valeur inconditionn&#233;e que leur ont conf&#233;r&#233;e les anciens). Car sans les principes d'une volont&#233; bonne elles peuvent devenir extr&#234;mement mauvaises ; le sang-froid d'un sc&#233;l&#233;rat ne le rend pas seulement beaucoup plus dangereux ; il le rend aussi imm&#233;diatement &#224; nos yeux plus d&#233;testable encore que nous ne l'eussions jug&#233; sans cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait que la volont&#233; bonne est telle, ce ne sont pas ses &#339;uvres ou ses succ&#232;s, ce n'est pas son aptitude &#224; atteindre tel ou tel but propos&#233;, c'est seulement le vouloir ; c'est-&#224;-dire que c'est en soi qu'elle est bonne ; et, consid&#233;r&#233;e en elle-m&#234;me, elle doit sans comparaison &#234;tre estim&#233;e bien sup&#233;rieure &#224; tout ce qui pourrait &#234;tre accompli par elle uniquement en faveur de quelque inclination et m&#234;me, si l'on veut, de la somme de toutes les inclinations. Alors m&#234;me que, par une particuli&#232;re d&#233;faveur du sort ou par l'avare dotation d'une nature mar&#226;tre, cette volont&#233; serait compl&#232;tement d&#233;pourvue du pouvoir de faire aboutir ses desseins ; alors m&#234;me que dans son plus grand effort elle ne r&#233;ussirait &#224; rien ; alors m&#234;me qu'il ne resterait que la volont&#233; bonne toute seule (&#233;videmment non comme un simple v&#339;u, mais comme l'appel &#224; tous les moyens dont nous pouvons disposer), elle n'en brillerait pas moins, ainsi qu'un joyau, de son &#233;clat &#224; elle, comme quelque chose qui a en soi sa valeur tout enti&#232;re. L'utilit&#233; ou l'inutilit&#233; ne peut en rien accro&#238;tre ou diminuer cette valeur. L'utilit&#233; ne serait en quelque sorte que la sertissure qui permet de mieux manier le joyau dans la circulation courante ou qui peut attirer sur lui l'attention de ceux qui ne s'y connaissent pas suffisamment, mais qui ne saurait avoir pour effet de le recommander aux connaisseurs ni d'en d&#233;terminer le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a n&#233;anmoins dans cette id&#233;e de la valeur absolue de la simple volont&#233;, dans cette fa&#231;on de l'estimer sans faire entrer aucune utilit&#233; en ligne de compte, quelque chose de si &#233;trange que, malgr&#233; m&#234;me l'accord complet qu'il y a entre elle et la raison commune, un soup&#231;on peut cependant s'&#233;veiller : peut-&#234;tre n'y a-t-il l&#224; au fond qu'une transcendante chim&#232;re, et peut-&#234;tre est-ce comprendre &#224; faux l'intention dans laquelle la nature a d&#233;l&#233;gu&#233; la raison au gouvernement de notre volont&#233;. Aussi allons-nous, de ce point de vue. mettre cette id&#233;e &#224; l'&#233;preuve.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Emmanuel KANT, &lt;strong&gt;Fondements de la m&#233;taphysique des m&#339;urs&lt;/strong&gt;, Premi&#232;re section,&#034;Passage de la connaissance rationnelle commune de la moralit&#233; &#224; la connaissance philosophique&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le rire est bon par soi</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Le-rire-est-bon-par-soi</link>
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		<dc:date>2003-08-14T22:04:47Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Spinoza, Baruch</dc:creator>


		<dc:subject>morale</dc:subject>
		<dc:subject>&#233;thique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Entre la Moquerie (que dans le 1er Coroll. j'ai dit &#234;tre mauvaise) et le rire, je fais une grande diff&#233;rence. Car le rire , tout comme la plaisanterie, est Joie pure et simple ; et par suite, &#224; condition d'&#234;tre sans exc&#232;s, il est bon par soi (par la prop. 41 de cette p.). Il n'y a certainement qu'une torve et triste superstition pour interdire qu'on prenne du plaisir. Car en quoi est-il plus convenable d'&#233;teindre la faim et la soif que de chasser la m&#233;lancolie ? Voici ma r&#232;gle, et &#224; quoi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-ethique-+" rel="tag"&gt;&#233;thique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Entre la Moquerie (que dans le 1er Coroll. j'ai dit &#234;tre mauvaise) et le rire, je fais une grande diff&#233;rence. Car le rire , tout comme la plaisanterie, est Joie pure et simple ; et par suite, &#224; condition d'&#234;tre sans exc&#232;s, il est bon par soi (&lt;i&gt;par la prop. 41 de cette p.&lt;/i&gt;). Il n'y a certainement qu'une torve et triste superstition pour interdire qu'on prenne du plaisir. Car en quoi est-il plus convenable d'&#233;teindre la faim et la soif que de chasser la m&#233;lancolie ? Voici ma r&#232;gle, et &#224; quoi je me sui r&#233;solu. Il n'y a ni dieu ni personne, &#224; moins d'un envieux, pour pren-dre plaisir &#224; mon impuissance et &#224; ma peine, et pour nous tenir pour vertu les larmes, les sanglots, la crainte et les autres choses de ce genre, qui marquent une &#226;me impuissante ; mais, au contraire, plus grande est la Joie qui nous af-fecte, plus grande la perfection &#224; laquelle nous passons, c'est-&#224;-dire, plus nous participons, n&#233;cessairement, de la nature divine. Et donc user des choses, et y prendre plaisir autant que faire se peut (non, bien s&#251;r, jusqu'&#224; la naus&#233;e, car ce n'est plus prendre plaisir), est d'un homme sage. Il est, dis-je d'un homme sage de se refaire et recr&#233;er en mangeant et buvant de bonnes choses mod&#233;r&#233;ment, ainsi qu'en usant des odeurs, de l'agr&#233;ment des plantes vertes, de la parure, de la musique, des jeux qui exercent le corps, des th&#233;&#226;tres, et des autres choses de ce genre dont chacun peut user sans aucun dommage pour autrui. Car le Corps humain se compose d'un tr&#232;s grand nombre de parties de nature diff&#233;rentes, qui ont continuellement besoin d'une alimentation nouvelle et vari&#233;e pour que le Corps tout entier soit partout &#233;galement apte &#224; tout ce qui peut suivre de sa na-ture, et par cons&#233;quent pour que l'Esprit soit lui aussi partout &#233;galement apte &#224; comprendre plusieurs choses &#224; la fois. Et donc cette r&#232;gle de vie convient excel-lemment et avec nos principes, et avec la pratique commune ; cette r&#232;gle de vie, si elle n'est pas la seule, est donc la meilleure de toutes, et doit &#234;tre recomman-d&#233;e de toutes les mani&#232;res, et il n'est pas besoin d'en traiter plus clairement ni plus longuement. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Spinoza, &lt;strong&gt;&#201;thique&lt;/strong&gt;, IV, 45, Scolie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La philosophie est comme un arbre.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-philosophie-est-comme-un-arbre</link>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes, Ren&#233;</dc:creator>


		<dc:subject>morale</dc:subject>
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		<dc:subject>branche</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; [Un homme] doit commencer tout de bon &#224; s'appliquer &#224; la vraie philosophie, dont la premi&#232;re partie est la m&#233;taphysique, qui contient les principes de la connaissance, entre lesquels est l'explication des principaux attributs de Dieu, de l'immat&#233;rialit&#233; de nos &#226;mes, et de toutes les notions claires et simples qui sont en nous. La seconde est la physique, en laquelle, apr&#232;s avoir trouv&#233; les vrais principes des choses mat&#233;rielles, on examine en g&#233;n&#233;ral comment tout l'univers est compos&#233;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-sciences-253-+" rel="tag"&gt;sciences&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-medecine-+" rel="tag"&gt;m&#233;decine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-medecine-255-+" rel="tag"&gt;m&#233;decine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-branche-+" rel="tag"&gt;branche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; [Un homme] doit commencer tout de bon &#224; s'appliquer &#224; la vraie philosophie, dont la premi&#232;re partie est la m&#233;taphysique, qui contient les principes de la connaissance, entre lesquels est l'explication des principaux attributs de Dieu, de l'immat&#233;rialit&#233; de nos &#226;mes, et de toutes les notions claires et simples qui sont en nous. La seconde est la physique, en laquelle, apr&#232;s avoir trouv&#233; les vrais principes des choses mat&#233;rielles, on examine en g&#233;n&#233;ral comment tout l'univers est compos&#233;, puis en particulier quelle est la nature de cette Terre et de tous les corps qui se trouvent le plus commun&#233;ment autour d'elle, comme de l'air, de l'eau, du feu, de l'aimant et des autres min&#233;raux. Ensuite de quoi il est besoin aussi d'examiner en particulier la nature des plantes, celle des animaux et surtout celle de l'homme, afin qu'on soit capable par apr&#232;s de trouver les autres sciences qui lui sont utiles. Ainsi toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines font la m&#233;taphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences qui se r&#233;duisent &#224; trois principales, &#224; savoir la m&#233;decine, la m&#233;canique et la morale, j'entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, pr&#233;supposant une enti&#232;re connaissance des autres sciences, est le dernier degr&#233; de la sagesse.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_16 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;89&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L358xH600/arbre_connaissance-769e6.jpg?1772281318' width='358' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;L'arbre de la connaissance
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Heures de Rohan, vers 1430, Paris, BNF, D&#233;p. des manuscrits.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Or comme ce n'est pas des racines, ni du tronc des arbres, qu'on cueille les fruits, mais seulement des extr&#233;mit&#233;s de leurs branches, ainsi la principale utilit&#233; de la philosophie d&#233;pend de celles de ses parties qu'on ne peut apprendre que les derni&#232;res. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Descartes, &lt;strong&gt;Les Principes de la Philosophie&lt;/strong&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Lettre-Pr&#233;face, Pl&#233;iade, p.565-566&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#233;thique et la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/L-ethique-et-la-definition,74</link>
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		<dc:date>2003-08-10T15:09:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Badiou, Alain</dc:creator>


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&lt;p&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire. &lt;br class='autobr' /&gt; 3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme comme une victime. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-ethique-+" rel="tag"&gt;&#233;thique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-vie-201-+" rel="tag"&gt;vie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-animal-+" rel="tag"&gt;animal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/-Un-debat-sur-l-humanitaire-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Un d&#233;bat sur l'humanitaire.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;/i&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'homme : animal vivant, ou singularit&#233; immortelle ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur de la question est la supposition d'un Sujet humain universel, capable d'ordonner l'&#233;thique aux droits de l'homme et aux actions humanitaires.&lt;br /&gt;
Nous avons vu que l'&#233;thique subordonne l'identification de ce sujet &#224; l'universelle reconnaissance du mal qui lui est fait. L'&#233;thique d&#233;finit donc l'homme &lt;i&gt;comme une victime&lt;/i&gt;. On dira : &#171; Mais non ! Vous oubliez le sujet actif celui qui intervient contre la barbarie ! &#187; Soyons pr&#233;cis en effet : l'homme &lt;i&gt;est ce qui est capable de se reconna&#238;tre soi-m&#234;me comme victime.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette d&#233;finition qu'il faut d&#233;clarer inacceptable. Et cela pour trois raisons principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Tout d'abord, parce que l'&#233;tat de victime, de b&#234;te souffrante, de mourant d&#233;charn&#233;, assimile l'homme &#224; sa substructure animale, &#224; sa pure et simple identit&#233; de vivant (la vie, comme le dit Bichat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, n'est que &#171; l'ensemble des fonctions qui r&#233;sistent &#224; la mort &#187;). Certes, l'humanit&#233; est une esp&#232;ce animale. Elle est mortelle et pr&#233;datrice. Mais ni l'un ni l'autre de ces r&#244;les ne peuvent la singulariser dans le monde du vivant. En tant que bourreau, l'homme est une abjection animale, mais il faut avoir le courage de dire qu'en tant que victime, il ne vaut en g&#233;n&#233;ral pas mieux. Tous les r&#233;cits de tortur&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Henri Alleg, La Question, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et de rescap&#233;s l'indiquent avec force : si les bourreaux et bureaucrates des cachots et des camps peuvent traiter leurs victimes comme des animaux promis &#224; l'abattoir, et avec lesquels eux, les criminels bien nourris, n'ont rien de commun, C'est que les victimes sont bel et bien devenues de tels animaux. On a fait ce qu'il fallait pour &#231;a. Que certaines cependant soient encore des hommes, et en t&#233;moignent, est un fait av&#233;r&#233;. Mais justement, c'est toujours par un effort inou&#239;, salu&#233; par ses t&#233;moins - qu'il &#233;veille &#224; une reconnaissance radieuse - comme une r&#233;sistance presque incompr&#233;hensible, en eux, &lt;i&gt;de ce qui ne co&#239;ncide pas avec l'identit&#233; de victime&lt;/i&gt;. L&#224; est l'Homme, si on tient &#224; le penser : dans ce qui fait, comme le dit Varlam Chalamov dans ses &lt;i&gt;R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Varlam Chalamov, Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qu'il s'agit d'une b&#234;te autrement r&#233;sistante que les chevaux, non par son corps fragile, mais par son obstination &#224; demeurer ce qu'il est, C'est-&#224;-dire, pr&#233;cis&#233;ment, autre chose qu'une victime, autre chose qu'un &#234;tre-pour-la-mort, et donc &lt;i&gt;- autre chose qu'un mortel&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un immortel : voil&#224; ce que les pires situations qui puissent lui &#234;tre inflig&#233;es d&#233;montrent qu'est il Homme, pour autant qu'il se singularise dans le flot multiforme et rapace de la vie. Pour penser quoi que ce soit concernant l'Homme, c'est de l&#224; qu'il faut partir. En sorte que s'il existe des &#171; droits de l'homme &#187;, ce ne sont s&#251;rement pas des droits de la vie contre la mort, ou des droits de la survie contre la mis&#232;re. Ce sont les droits de l'Immortel, s'affirmant pour eux-m&#234;mes, ou les droits de l'Infini exer&#231;ant leur souverainet&#233; sur la contingence de la souffrance et de la mort. Qu'&#224; la fin nous mourrions tous et qu'il y ait que poussi&#232;re ne change rien &#224; l'identit&#233; de l'Homme comme immortel, dans l'instant o&#249; il affirme ce qu'il est au rebours du vouloir-&#233;tre-un-animal auquel la circonstance l'expose. Et chaque homme, on le sait, impr&#233;visiblement, est &lt;i&gt;capable&lt;/i&gt;, d'&#234;tre cet immortel, dans de grandes ou de petites circonstances, pour une importante ou secondaire v&#233;rit&#233;, peu importe. Dans tous les cas, la subjectivation est immortelle, et fait l'Homme. En dehors de quoi existe une esp&#232;ce biologique, un &#171; bip&#232;de sans plumes &#187; dont le charme n'est pas &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ne part pas de l&#224; (ce qui se dit, tr&#232;s simplement l'Homme pense, l'Homme est tiss&#233; de quelques v&#233;rit&#233;s), si on identifie l'Homme &#224; sa pure r&#233;alit&#233; de vivant, on en vient in&#233;vitablement au contraire r&#233;el de ce que le principe semble indiquer. Car ce &#171; vivant &#187; est en r&#233;alit&#233; m&#233;prisable, et &lt;i&gt;on le m&#233;prisera&lt;/i&gt;. Qui ne voit que dans les exp&#233;ditions humanitaires, les ing&#233;rences, les d&#233;barquements de l&#233;gionnaires caritatifs, le suppos&#233; Sujet universel est scind&#233; ? Du c&#244;t&#233; des victimes, l'animal hagard qu'on expose sur l'&#233;cran. Du c&#244;t&#233; du bienfaiteur, la conscience et l'imp&#233;ratif Et pourquoi cette scission met-elle toujours les m&#234;mes dans les m&#234;mes r&#244;les ? Qui ne sent que cette &#233;thique pench&#233;e sur la mis&#232;re du monde cache, derri&#232;re son Homme-victime, l'Homme-bon, l'Homme-blanc ? Comme la barbarie de la situation n'est r&#233;fl&#233;chie qu'en termes de &#171; droits de l'homme &#187;, - alors qu'il s'agit toujours d'une situation politique, appelant une pens&#233;e-pratique politique, et dont il y a sur place, toujours, d'authentiques acteurs -, elle est per&#231;ue, du haut de notre paix civile apparente, comme l'incivilis&#233;e qui exige du civilis&#233; une intervention civilisatrice. Or, toute intervention au nom de la civilisation &lt;i&gt;exige &lt;/i&gt;un m&#233;pris premier de la situation toute enti&#232;re, victimes comprises. Et c'est pourquoi l'&#171; &#233;thique &#187; est contemporaine, apr&#232;s des d&#233;cennies de courageuses critiques du colonialisme et de l'imp&#233;rialisme, d'une sordide auto-satisfaction des &#171; Occidentaux &#187;, de la th&#232;se martel&#233;e selon laquelle la mis&#232;re du tiers-monde est le r&#233;sultat de son imp&#233;ritie, de sa propre inanit&#233;, bref : de sa &lt;i&gt;sous-humanit&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Deuxi&#232;mement, parce que si le &#171; consensus &#187; &#233;thique se fonde sur la reconnaissance du Mal, il en r&#233;sulte que toute tentative de rassembler les hommes autour d'une id&#233;e positive du Bien, et plus encore d'identifier l'Homme par un tel projet, est en r&#233;alit&#233; &lt;i&gt;la v&#233;ritable source du mal lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. C'est ce qu'on nous inculque depuis maintenant quinze ans : tout projet de r&#233;volution, qualifi&#233; d'&#171; utopique &#187;, tourne, nous dit-on, au cauchemar totalitaire. Toute volont&#233; d'inscrire une id&#233;e de la justice ou de l'&#233;galit&#233; tourne au pire. Toute volont&#233; collective du Bien fait le Mal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Andr&#233; Glucksmann, Les Ma&#238;tres Penseurs, Grasset, 1977. Glucksmann est celui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, cette sophistique est d&#233;vastatrice. Car s'il ne s'agit que de faire valoir, contre un Mal reconnu &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, l'engagement &#233;thique, d'o&#249; proc&#233;dera qu'on envisage une transformation quelconque de ce qui est ? O&#249; l'homme puisera-t-il la force d'&#234;tre l'immortel qu'il est ? Quel sera le destin de la pens&#233;e, dont on sait bien qu'elle est invention affirmative, ou quelle n'est pas ? En r&#233;alit&#233;, le prix pay&#233; par l'&#233;thique est &lt;i&gt;un conservatisme &lt;/i&gt;&#233;pais. La conception &#233;thique de l'homme, outre qu'elle est en fin de compte soit biologique (images des victimes), soit &#171; occidentale &#187; (contentement du bienfaiteur arm&#233;), interdit toute vision positive large des possibles. Ce qui nous est ici vant&#233;, ce que l'&#233;thique l&#233;gitime, est en r&#233;alit&#233; la conservation, par le pr&#233;tendu &#171; Occident &#187;, de ce qu'il poss&#232;de. C'est assise sur cette possession (possession mat&#233;rielle, mais aussi possession de son &#234;tre) que l'&#233;thique d&#233;termine le Mal comme, d'une certaine mani&#232;re, ce qui n'est pas ce dont elle jouit. Or &lt;i&gt;l'Homme, comme immortel, se soutient de l'incalculable et de l'imposs&#233;d&#233;. Il se soutient du non-&#233;tant&lt;/i&gt;. Pr&#233;tendre lui interdire de se repr&#233;senter le Bien, d'y ordonner ses pouvoirs collectifs, de travailler &#224; l'av&#232;nement de possibles insoup&#231;onn&#233;s, de penser ce qui peut &#234;tre, en rupture radicale avec ce qui est, c'est lui interdire, tout simplement, l'humanit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3) Enfin, par sa d&#233;termination n&#233;gative et &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;du Mal l'&#233;thique s'interdit de penser la singularit&#233; des situations, ce qui est le d&#233;but oblig&#233; de toute action proprement humaine. Ainsi, le m&#233;decin ralli&#233; &#224; l'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; m&#233;ditera en r&#233;union et commission toutes sortes de consid&#233;rations sur &#171; les malades &#187;, consid&#233;r&#233;s exactement comme l'est, par le partisan des droits de l'homme, la foule indistincte des victimes : totalit&#233; &#171; humaine &#187; de r&#233;els sous-hommes. Mais le m&#234;me m&#233;decin ne verra nul inconv&#233;nient &#224; ce que &lt;i&gt;cette&lt;/i&gt; personne ne soit pas soign&#233;e &#224; l'h&#244;pital, et avec tous les moyens n&#233;cessaires, parce qu'elle est sans papiers, ou non immatricul&#233;e &#224; la S&#233;curit&#233; sociale. Responsabilit&#233; &#171; collective &#187;, encore une fois, oblige ! Ce qui est ici ratur&#233;, c'est qu'il n'y a qu'une seule situation m&#233;dicale : la situation clinique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C&#233;cile Winter, Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qu'il n'y a besoin de nulle &#171; &#233;thique &#187; (mais seulement d'une vision claire de &lt;i&gt;cette &lt;/i&gt;situation) pour savoir qu'en la circonstance le m&#233;decin n'est m&#233;decin que s'il traite la situation sous la r&#232;gle du possible maximal : soigner cette personne &lt;i&gt;qui le lui demande &lt;/i&gt;(pas d'ing&#233;rence, ici !) jusqu'au bout, avec tout ce qu'il sait, tous les moyens dont il sait qu'ils existent, et sans rien consid&#233;rer d'autre. Et si on veut lui interdire de soigner pour cause de budget de l'&#201;tat, de statistique de la morbidit&#233; ou de lois sur les flux migratoires, qu'on lui envoie la gendarmerie ! Encore son strict devoir hippocratique serait-il de lui tirer dessus. Les &#171; commissions d'&#233;thique &#187; et autres ruminations sur les &#171; d&#233;penses de sant&#233; &#187; et la &#171; responsabilit&#233; gestionnaire &#187;, &#233;tant radicalement ext&#233;rieures &#224; l'unique situation proprement m&#233;dicale, ne peuvent en r&#233;alit&#233; qu'interdire qu'on lui soit &lt;i&gt;fid&#232;le&lt;/i&gt;. Car lui &#234;tre fid&#232;le voudrait dire : traiter le possible de cette situation &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;. Ou, si l'on veut, faire advenir, dans la mesure du possible, ce que cette situation contient d'humanit&#233; affirmative, soit tenter d'&#234;tre l'immortel de cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la m&#233;decine bureaucratique sous id&#233;ologie &#233;thique a besoin &#171; des malades &#187; comme victimes indistinctes ou statistiques, mais est rapidement encombr&#233;e par toute situation effective et singuli&#232;re de demande. De l&#224; que la m&#233;decine &#171; gestionnaire &#187;, &#171; responsable &#187; et &#171; &#233;thique &#187; en est r&#233;duite &#224; l'abjection de d&#233;cider quels malades le &#171; syst&#232;me de sant&#233; fran&#231;ais &#187; peut soigner, et lesquels il doit renvoyer, puisque le Budget et l'opinion l'exigent, mourir dans les faubourgs de Kinshasa.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Quelques Principes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut rejeter le dispositif id&#233;ologique de l'&#171; &#233;thique &#187;, ne rien conc&#233;der &#224; la d&#233;finition n&#233;gative et victimaire de l'homme. Ce dispositif identifie l'homme &#224; un simple animal mortel, il est le sympt&#244;me d'un inqui&#233;tant conservatisme, et, par sa g&#233;n&#233;ralit&#233; abstraite et statistique, interdit de penser la singularit&#233; des situations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lui opposera trois th&#232;ses :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;- Th&#232;se 1 &lt;/i&gt; : L'Homme s'identifie par sa pens&#233;e affirmative, par les v&#233;rit&#233;s singuli&#232;res dont il est capable, par l'Immortel qui fait de lui le plus r&#233;sistant et le plus paradoxal des animaux.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 2 &lt;/i&gt; : C'est &#224; partir de la capacit&#233; positive au Bien, donc au traitement &#233;largi des possibles et au refus du conservatisme, f&#251;t-il la conservation de l'&#234;tre, qu'on d&#233;termine le Mal, et non inversement.&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;- Th&#232;se 3 &lt;/i&gt; : Toute humanit&#233; s'enracine dans l'identification en pens&#233;e de situations singuli&#232;res. Il n'y a pas d'&#233;thique en g&#233;n&#233;ral. Il n'y a - &#233;ventuellement - qu'&#233;thique de processus par lesquels on traite les possibles d'une situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais surgit alors l'homme de l'&#233;thique raffin&#233;e, qui murmure : &#171; Contre-sens ! depuis le d&#233;but. L'&#233;thique ne se fonde nullement sur l'identit&#233; du Sujet, pas m&#234;me son identit&#233; comme victime reconnue. D&#232;s le principe, l'&#233;thique est &#233;thique &lt;i&gt;de l'autre, &lt;/i&gt;elle est ouverture principale &#224; l'autre, elle subordonne l'identit&#233; &#224; la diff&#233;rence. &#187;&lt;br /&gt;
Examinons cette piste. Mesurons sa nouveaut&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M&#233;decin, anatomiste et physiologiste fran&#231;ais du XVIII&#232; si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Henri Alleg, &lt;i&gt;La Question&lt;/i&gt;, 1958. Il n'est pas mauvais de se r&#233;f&#233;rer &#224; des &#233;pisodes de torture bien de chez nous, syst&#233;matiquement organis&#233;s par l'arm&#233;e fran&#231;aise entre 1954 et 1962.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Varlam Chalamov, &lt;i&gt;Kolyma. R&#233;cits de la vie des camps&lt;/i&gt;, Masp&#233;ro-La D&#233;couverte, 1980. ce livre, proprement admirable, donne forme d'art &#224; l'&#233;thique vraie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Andr&#233; Glucksmann, &lt;i&gt;Les Ma&#238;tres Penseurs&lt;/i&gt;, Grasset, 1977. Glucksmann est celui qui a le plus insist&#233; sur la priorit&#233; absolue de la conscience du Mal, et sur l'id&#233;e que le primat catastrophique du Bien &#233;tait une cr&#233;ation de la philosophie. L'id&#233;ologie &#171; &#233;thique &#187; a ainsi une part de ses racines chez les &#171; nouveaux philosophes &#187; de la fin des ann&#233;es 70.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C&#233;cile Winter, &lt;i&gt;Qu'en est-il de l'historicit&#233; actuelle de la clinique ? (A partir d'une m&#233;ditation de Foucault)&lt;/i&gt;. A para&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Extraits de &lt;strong&gt;L'&#233;thique&lt;/strong&gt; de Alain Badiou, (ch. 3-4)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce donc que la libert&#233; ? Na&#238;tre, c'est &#224; la fois na&#238;tre du monde et na&#238;tre au monde.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Qu-est-ce-donc-que-la-liberte-Naitre-c-est-a-la-fois-naitre-du-monde-et-naitre</link>
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		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>


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&lt;p&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ? &lt;br class='autobr' /&gt; Qu'est-ce donc que la libert&#233; ? Na&#238;tre, c'est &#224; la fois na&#238;tre du monde et na&#238;tre au monde. Le monde est d&#233;j&#224; constitu&#233;, mais aussi jamais compl&#232;tement constitu&#233;. Sous le premier rapport, nous sommes sollicit&#233;s, sous le second nous sommes ouverts &#224; une infinit&#233; de possibles. Mais cette analyse est encore abstraite, car nous existons sous les deux rapports &#224; la fois. Il n'y a donc jamais d&#233;terminisme et jamais choix (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-prison-+" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-engagement-+" rel="tag"&gt;engagement&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-exterieur-+" rel="tag"&gt;ext&#233;rieur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-rencontre-+" rel="tag"&gt;rencontre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-heros-+" rel="tag"&gt;h&#233;ros&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Qu-on-n-ait-pas-choisi-de-naitre-peut-il-etre-considere-comme-une-excuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce donc que la libert&#233; ? Na&#238;tre, c'est &#224; la fois na&#238;tre du monde et na&#238;tre au monde. Le monde est d&#233;j&#224; constitu&#233;, mais aussi jamais compl&#232;tement constitu&#233;. Sous le premier rapport, nous sommes sollicit&#233;s, sous le second nous sommes ouverts &#224; une infinit&#233; de possibles. Mais cette analyse est encore abstraite, car nous existons sous les deux rapports &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt;. Il n'y a donc jamais d&#233;terminisme et jamais choix absolu, jamais je ne suis chose et jamais conscience nue. En particulier, m&#234;me nos initiatives, m&#234;me les situations que nous avons choisies nous portent, une fois assum&#233;es comme par une gr&#226;ce d'&#233;tat. La g&#233;n&#233;ralit&#233; du &#171; r&#244;le &#187; et de la situation vient au secours de la d&#233;cision, et, dans cet &#233;change entre la situation et celui qui l'assume, il est impossible de d&#233;limiter la &#171; part de la situation &#187; et la &#171; part de la libert&#233; &#187;. On torture un homme pour le faire parler. S'il refuse de donner les noms et les adresses qu'on veut lui arracher ce n'est pas par une d&#233;cision solitaire et sans appuis ; il se sentait encore avec ses camarades, et, encore engag&#233; dans la lutte commune, il &#233;tait comme incapable de parler ; ou bien, depuis des mois ou des ann&#233;es, il a affront&#233; en pens&#233;e cette &#233;preuve et mis&#233; toute sa vie sur elle ; ou enfin, il veut prouver en la surmontant ce qu'il a toujours pens&#233; et dit de la libert&#233;. Ces motifs n'annulent pas la libert&#233;, ils font du moins qu'elle ne soit pas sans &#233;tais dans l'&#234;tre. Ce n'est pas finalement une conscience nue qui r&#233;siste &#224; la douleur, mais le prisonnier avec ses camarades ou avec ceux qu'il aime et sous le regard de qui il vit, ou enfin la conscience avec sa solitude mrgueilleusement voulue, c'est-&#224;-dire encore un certain mode du &lt;i&gt;Mit-Sein&lt;/i&gt;. Et sans doute c'est l'individu, dans sa prison, qui ranime chaque jour ces fant&#244;mes, ils lui rendent la force qu'il leur a donn&#233;e, mais r&#233;ciproquement, s'il s'est engag&#233; dans cette action, s'il s'est li&#233; avec ces camarades ou attach&#233; &#224; cette morale, c'est parce que la situation historique, les camarades, le monde autour de lui lui paraissaient attendre de lui cette conduite-l&#224;. On pourrait ainsi continuer l'analyse sans fin. Nous choisissons notre monde et le monde nous choisit. Il est s&#251;r en tout cas que jamais nous ne pouvons r&#233;server en nous-m&#234;me un r&#233;duit o&#249; l'&#234;tre ne p&#233;n&#232;tre pas, sans qu'aussit&#244;t, du seul fait qu'elle est v&#233;cue, cette libert&#233; prenne figure d'&#234;tre et devienne motif et appui. Concr&#232;tement prise, la libert&#233; est toujours une rencontre de l'ext&#233;rieur et de l'int&#233;rieur, - m&#234;me la libert&#233; pr&#233;humaine et pr&#233;historique par laquelle nous avons commenc&#233;, - et elle se d&#233;grade sans devenir jamais nulle &#224; mesure que diminue la &lt;i&gt;tol&#233;rance &lt;/i&gt;des donn&#233;es corporelles et institutionnelles de notre vie. Il y a, comme dit Husserl, un &#171; champ de la libert&#233; &#187; et une &#171; libert&#233; conditionn&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fink, Vergegenw&#228;rtigung und Bild, p. 285&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, non qu'elle soit absolue dans les limites de ce champ et nulle au dehors, - comme le champ perceptif, celui-ci est sans limites lin&#233;aires, - mais parce que j'ai des possibilit&#233;s prochaines et des possibilit&#233;s lointaines. Nos engagements soutiennent notre puissance et il n 'y a pas de libert&#233; sans quelque puissance. Notre libert&#233;, dit-on, est ou bien totale, ou bien nulle. Ce dilemme est celui de la pens&#233;e objective et de l'analyse r&#233;flexive, sa complice. Si en effet nous nous pla&#231;ons dans l'&#234;tre, il faut n&#233;cessairement que nos actions viennent du dehors, si nous revenons &#224; la conscience constituante, il faut qu'elles viennent du dedans. Mais nous avons justement appris &#224; reconna&#238;tre l'ordre des ph&#233;nom&#232;nes. Nous sommes m&#234;l&#233;s au monde et aux autres dans une confusion inextricable. L'id&#233;e de situation exclut la libert&#233; absolue &#224; l'origine de nos engagements. Elle l'exclut d'ailleurs &#233;galement &#224; leur terme. Aucun engagement. et pas m&#234;me l'engagement dans l'&#201;tat h&#233;g&#233;lien, ne peut me faire d&#233;passer toutes les diff&#233;rences et me rendre libre pour tout. Cette universalit&#233; elle-m&#234;me, du seul fait qu'elle serait v&#233;cue. se d&#233;tacherait comme une particularit&#233; sur le fond du monde, l'existence g&#233;n&#233;ralise et particularise &#224; la fois tout ce qu'elle vise et ne saurait &#234;tre int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La synth&#232;se de l'En soi et du Pour soi qui accomplit la libert&#233; h&#233;g&#233;lienne a cependant sa v&#233;rit&#233;. En un sens, c'est la d&#233;finition m&#234;me de l'existence, elle se fait &#224; chaque moment sous nos yeux dans le ph&#233;nom&#232;ne de pr&#233;sence, simplement elle est bient&#244;t &#224; recommencer et ne supprime pas notre finitude. En assumant un pr&#233;sent, je ressaisis et je transforme mon pass&#233;, j'en change le sens, je m'en lib&#232;re, je m'en d&#233;gage. Mais je ne le fais qu'en m'engageant ailleurs. Le traitement psychanalytique ne gu&#233;rit pas en provoquant une prise de conscience du pass&#233;, mais d'abord en liant le sujet &#224; son m&#233;decin par de nouveaux rapports d'existence. Il ne s'agit pas de donner &#224; l'interpr&#233;tation psychanalytique un assentiment scientifique et de d&#233;couvrir un sens notionnel du pass&#233;, il s'agit de le re-vivre comme signifiant ceci ou cela, et le malade n'y parvient qu'en voyant son pass&#233; dans la perspective de sa coexistence avec le m&#233;decin. Le complexe n'est pas dissous par une libert&#233; sans instruments, mais plut&#244;t disloqu&#233; par une nouvelle pulsation du temps qui a ses appuis et ses motifs. Il en est de m&#234;me dans toutes les prises de conscience : elles ne sont effectives que si elles sont port&#233;es par un nouvel engagement. Or cet engagement &#224; son tour se fait dans l'implicite, il n'est donc valable que pour un cycle de temps. Le choix que nous faisons de notre vie a toujours lieu sur la base d'un certain donn&#233;. Ma libert&#233; peut d&#233;tourner ma vie de son sens spontan&#233;, mais par une s&#233;rie de glissements, en l'&#233;pousant d'abord, et non par aucune cr&#233;ation absolue. Toutes les explications de ma conduite par mon pass&#233;, mon temp&#233;rament, mon milieu sont donc vraies, &#224; condition qu'on les consid&#232;re non comme des apports s&#233;parables, mais comme des moments de mon &#234;tre total dont il m'est loisible d'expliciter le sens dans diff&#233;rentes directions, sans qu'on puisse jamais dire si c'est moi qui leur donne leur sens ou si je le re&#231;ois d'eux. Je suis une structure psychologique et historique. J'ai re&#231;u avec l'existence une mani&#232;re d'exister, un style. Toutes mes actions et mes pens&#233;es sont en rapport avec cette structure, et m&#234;me la pens&#233;e d'un philosophe n'est qu'une mani&#232;re d'expliciter sa prise sur le monde, cela qu'il est. Et cependant, je suis libre, non pas en d&#233;pit ou en de&#231;&#224; de ces motivations, mais par leur moyen. Car cette vie signifiante, cette certaine signification de la nature et de l'histoire que je suis, ne limite pas mon acc&#232;s au monde, elle est au contraire mon moyen de communiquer avec lui. C'est en &#233;tant sans restrictions ni r&#233;serves ce que je suis &#224; pr&#233;sent que j'ai chance de progresser, c'est en vivant mon temps que je peux comprendre les autres temps, c'est en m'enfon&#231;ant dans le pr&#233;sent et dans le monde, en assumant r&#233;solument ce que je suis par hasard, en voulant ce que je veux, en faisant ce que je fais que je peux aller au del&#224;. Je ne peux manquer la libert&#233; que si je cherche &#224; d&#233;passer ma situation naturelle et sociale en refusant de l'assumer d'abord, au lieu de rejoindre &#224; travers elle le monde naturel et humain. Rien ne me d&#233;termine du dehors, non que rien ne me sollicite, mais au contraire parce que je suis d'embl&#233;e hors de moi et ouvert au monde. Nous sommes de part en part &lt;i&gt;vrais&lt;/i&gt;, nous avons avec nous, du seul fait que nous sommes au monde, et non pas seulement dans le monde, comme des choses, tout ce qu'il faut pour nous d&#233;passer. Nous n'avons pas &#224; craindre que nos choix ou nos actions restreignent notre libert&#233;, puisque le choix et l'action nous lib&#232;rent seuls de nos ancres. De m&#234;me que la r&#233;flexion emprunte son v&#339;u d'ad&#233;quation absolue &#224; la perception qui fait para&#238;tre une chose, et qu'ainsi l'id&#233;alisme utilise tacitement l'&#171; opinion originaire &#187; qu'il voudrait d&#233;truire comme opinion, de m&#234;me la libert&#233; s'embarrasse dans les contradictions de l'engagement et ne s'aper&#231;oit pas qu'elle ne serait pas libert&#233; sans les racines qu'elle pousse dans le monde. Ferai-je cette promesse ? Risquerai-je ma vie pour si peu ? Donnerai-je ma libert&#233; pour sauver la libert&#233; ? Il n'y a pas de r&#233;ponse th&#233;orique &#224; ces questions. Mais il y a ces &lt;i&gt;choses &lt;/i&gt;qui se pr&#233;sentent, irr&#233;cusables, il y a cette personne aim&#233;e devant toi, il y a ces hommes qui existent esclaves autour de toi et &lt;i&gt;ta &lt;/i&gt;libert&#233; ne peut se vouloir sans sortir de sa singularit&#233; et sans vouloir &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;libert&#233;. Qu'il s'agisse des choses ou des situations historiques, la philosophie n'a pas d'autre fonction que de nous rapprendre &#224; les voir bien, et il est vrai de dire qu'elle se r&#233;alise en se d&#233;truisant comme philosophie s&#233;par&#233;e. Mais c'est ici qu'il faut se taire car seul le h&#233;ros vit jusqu'au bout sa relation aux hommes et au monde, et il ne convient pas qu'un autre parle en son nom. &#171; Ton fils est pris dans l'incendie, tu le sauveras&#8230;Tu vendrais, s'il est un obstacle, ton &#233;paule contre un coup d'&#233;paule. Tu loges dans ton acte m&#234;me. Ton acte, c'est toi... Tu t'&#233;changes... Ta signification se montre, &#233;blouissante. C'est ton devoir, c'est ta haine, c'est ton amour, c'est ta fid&#233;lit&#233;, c'est ton invention... L 'homme n'est qu'un n&#339;ud de relations, les relations comptent seules pour l'homme. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. DE SAINT-EXUP&#201;RY, Pilote de Guerre, pp. 171 et 174.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fink, &lt;i&gt;Vergegenw&#228;rtigung und Bild&lt;/i&gt;, p. 285&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. DE SAINT-EXUP&#201;RY, &lt;i&gt;Pilote de Guerre&lt;/i&gt;, pp. 171 et 174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Maurice Merleau-Ponty, &lt;strong&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/strong&gt;, Gallimard, coll. &#034;TEL&#034;, pp.517-520&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Lettre d'Am&#233;rique, les raisons d'un combat </title>
		<link>https://caute.lautre.net/Lettre-d-Amerique-les-raisons-d-un-combat</link>
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		<dc:date>2003-08-09T23:38:48Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Soixante intellectuels am&#233;ricains, enseignants, pour la plupart, dans les plus prestigieuses universit&#233;s des &#201;tats-Unis, signent une Lettre d'Am&#233;rique dans laquelle ils expliquent et justifient l'engagement de leur pays dans la guerre qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est parfois n&#233;cessaire pour une nation de se d&#233;fendre par les armes. Parce que la guerre est une affaire s&#233;rieuse, entra&#238;nant le sacrifice de pr&#233;cieuses vies (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soixante intellectuels am&#233;ricains, enseignants, pour la plupart, dans les plus prestigieuses universit&#233;s des &#201;tats-Unis, signent une &lt;i&gt;Lettre d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; dans laquelle ils expliquent et justifient l'engagement de leur pays dans la guerre qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est parfois n&#233;cessaire pour une nation de se d&#233;fendre par les armes. Parce que la guerre est une affaire s&#233;rieuse, entra&#238;nant le sacrifice de pr&#233;cieuses vies humaines, la conscience exige que ceux qui la font expriment clairement le raisonnement moral qui sous-tend leurs actes, afin que les parties en pr&#233;sence et le monde entier soient avertis, sans ambigu&#239;t&#233;s, des principes qu'ils d&#233;fendent. &lt;br /&gt;
Nous affirmons cinq v&#233;rit&#233;s fondamentales qui s'appliquent &#224; tous les peuples sans distinction : Tous les &#234;tres humains naissent libres et &#233;gaux en droits et en dignit&#233;. [&lt;i&gt;D&#233;claration universelle des droits de l'homme, ONU, article premier&lt;/i&gt;.] &lt;br /&gt;
2. Le sujet fondamental de la soci&#233;t&#233; est la personne humaine. Un gouvernement a pour r&#244;le l&#233;gitime de prot&#233;ger et d'entretenir les conditions de l'&#233;panouissement humain. &lt;br /&gt;
3. Les &#234;tres humains sont naturellement enclins &#224; chercher la v&#233;rit&#233; sur le sens et les fins derni&#232;res de la vie. &lt;br /&gt;
4. La libert&#233; d'opinion et la libert&#233; de culte sont des droits inviolables de la personne humaine. &lt;br /&gt;
5. Tuer au nom de Dieu est contraire &#224; la foi en Dieu. C'est la plus grande trahison de l'universalit&#233; de la foi religieuse. &lt;br /&gt;
Nous nous battons pour nous d&#233;fendre et pour d&#233;fendre ces principes universels. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles sont les valeurs am&#233;ricaines ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 11 septembre, des millions d'Am&#233;ricains se demandent, mutuellement et &#224; eux-m&#234;mes : pourquoi ? Pourquoi sommes-nous la cible de ces odieuses attaques ? Pourquoi ces gens veulent-ils nous tuer ? Nous reconnaissons que notre nation a parfois fait preuve d'arrogance et d'ignorance envers d'autres soci&#233;t&#233;s. Notre nation a parfois conduit des politiques mal orient&#233;es et injustes. Nous avons trop souvent, en tant que nation, failli &#224; nos propres id&#233;aux. Nous ne pouvons pas imposer des principes moraux &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s si, dans le m&#234;me temps, nous ne reconnaissons pas nos propres manquements &#224; ces m&#234;mes principes. Nous sommes unanimement convaincus - et s&#251;rs en cela d'&#234;tre approuv&#233;s par tous les hommes de bonne volont&#233; dans le monde - que l'invocation de telle ou telle faute sp&#233;cifique en mati&#232;re de politique &#233;trang&#232;re ne peut en aucun cas justifier, ni m&#234;me servir d'argument pr&#233;alable pour le massacre massif d'innocents. &lt;br /&gt;
En outre, dans une d&#233;mocratie comme la n&#244;tre, o&#249; le pouvoir des gouvernants &#233;mane du consentement des gouvern&#233;s, la politique s'enracine au moins partiellement dans la culture, les valeurs et les priorit&#233;s de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. &lt;br /&gt;
Bien que nous ne pr&#233;tendions pas conna&#238;tre en profondeur les motivations de nos agresseurs et de leurs sympathisants, ce que nous en savons donne &#224; penser que leurs griefs s'&#233;tendent bien au-del&#224; des seules consid&#233;rations politiques. Apr&#232;s tout, les tueurs du 11 septembre n'ont &#233;mis aucune exigence particuli&#232;re ; en ce sens, on peut dire qu'ils ont tu&#233; pour tuer. Le chef d'Al-Qaida a d&#233;fini les &lt;i&gt;&#034;frappes b&#233;nies&#034;&lt;/i&gt; du 11 septembre comme des coups port&#233;s contre l'Am&#233;rique &lt;i&gt;&#034;capitale du monde des infid&#232;les&#034;&lt;/i&gt;. Il faut donc en d&#233;duire que nos agresseurs visent non seulement notre gouvernement mais notre soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, notre mode de vie en g&#233;n&#233;ral. En r&#233;alit&#233;, leurs griefs s'adressent fondamentalement non pas &#224; notre gouvernement mais &#224; ce que nous sommes. Alors, que sommes-nous ? Quelles sont nos valeurs ? D'aucuns, y compris de nombreux Am&#233;ricains et notamment plusieurs signataires de cette lettre, consid&#232;rent que certaines valeurs am&#233;ricaines sont peu attrayantes, voire nuisibles. Le consum&#233;risme comme mode de vie. La libert&#233; con&#231;ue comme une absence de r&#232;gles. L'id&#233;e que l'individu est son propre ma&#238;tre, se fa&#231;onne lui-m&#234;me et ne doit rien &#224; personne, ou presque. L'affaiblissement du mariage et de la vie de famille. Sans compter l'&#233;norme r&#233;seau de communications et de productions culturelles en tout genre qui glorifie sans rel&#226;che ces valeurs, qu'elles soient bien ou mal venues, et les diffuse dans presque tous les coins du monde. &lt;br /&gt;
Une lourde t&#226;che nous incombe, &#224; nous Am&#233;ricains, et pas seulement depuis le 11 septembre : nous devons regarder en face, objectivement, ces aspects peu attrayants de notre soci&#233;t&#233; et nous efforcer de les am&#233;liorer. Nous nous y attelons. Cela dit, l'Am&#233;rique propose aussi d'autres valeurs - que nous consid&#233;rons comme nos id&#233;aux fondateurs et qui d&#233;finissent plus pr&#233;cis&#233;ment notre mode de vie -, tr&#232;s diff&#233;rentes des premi&#232;res et beaucoup plus engageantes, non seulement pour les Am&#233;ricains mais pour les peuples du monde entier. Nous en mentionnerons bri&#232;vement quatre. &lt;br /&gt;
La 1re est la conviction que la dignit&#233; humaine est un droit inn&#233; pour toute personne et que, par cons&#233;quent, toute personne doit &#234;tre trait&#233;e comme une fin et non comme un moyen. &lt;br /&gt;
Les fondateurs des &#201;tats-Unis, se basant sur la tradition de la loi naturelle autant que sur l'assertion religieuse fondamentale selon laquelle tous les hommes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#224; l'image de Dieu, ont pos&#233; comme &#034;&#233;vidente en soi&#034; la notion d'&#233;gale dignit&#233; pour tous. L'expression politique la plus nette de cette croyance en une dignit&#233; humaine transcendante est la d&#233;mocratie. Son expression culturelle la plus nette a &#233;t&#233;, pour les g&#233;n&#233;rations r&#233;centes aux &#201;tats-Unis, la r&#233;actualisation et l'extension du principe d'&#233;gale dignit&#233; &#224; toutes les personnes ind&#233;pendamment de leur sexe, de leur race ou couleur de peau. &lt;br /&gt;
La 2e cons&#233;quence imm&#233;diate de la 1re est la conviction qu'il existe des v&#233;rit&#233;s morales universelles (que les fondateurs de notre nation appel&#232;rent &#034;lois de la Nature et de la nature de Dieu&#034;) et qu'elles s'appliquent &#224; tous. Les t&#233;moignages les plus &#233;loquents de notre fid&#233;lit&#233; &#224; ces v&#233;rit&#233;s se trouvent dans notre D&#233;claration d'ind&#233;pendance, dans le discours d'adieu de George Washington, le discours de Gettysburg et le second discours inaugural d'Abraham Lincoln et la lettre de la prison de Birmingham du Dr Martin Luther King. &lt;br /&gt;
La 3e est la conviction que notre connaissance individuelle et collective de la v&#233;rit&#233; &#233;tant imparfaite, les d&#233;saccords sur ces valeurs doivent &#234;tre discut&#233;s avec civilit&#233; et tol&#233;rance sur la foi d'une argumentation raisonnable. &lt;br /&gt;
La 4e est la libert&#233; d'opinion et la libert&#233; de culte. Ces libert&#233;s intrins&#232;quement li&#233;es sont consid&#233;r&#233;es, dans notre pays et ailleurs, comme un reflet de la dignit&#233; humaine fondamentale et comme une condition pr&#233;alable aux autres libert&#233;s individuelles. &lt;br /&gt;
Pour nous, ce que ces valeurs ont de plus frappant, c'est qu'elles s'appliquent &#224; tous sans distinction et ne peuvent donc &#234;tre utilis&#233;es pour d&#233;nier &#224; qui que ce soit le respect de sa race, de sa langue, de sa m&#233;moire, de sa religion. C'est pourquoi tout le monde peut en principe devenir am&#233;ricain. En principe et dans les faits. Des gens accourent de partout vers notre pays pour, comme le dit une statue dans le port de New York, pouvoir respirer librement et, assez rapidement, deviennent am&#233;ricains. Aucune autre nation dans l'Histoire n'a aussi explicitement forg&#233; son identit&#233; - sa Constitution, ses textes fondateurs et m&#234;me sa propre perception de soi - sur la base des valeurs humaines universelles. Pour nous, ce fait prime tout dans ce pays. &lt;br /&gt;
Certains soutiennent que ces valeurs ne sont pas du tout universelles, mais sp&#233;cifiquement occidentales et notamment chr&#233;tiennes. Consid&#233;rer ces valeurs comme universelles serait, d'apr&#232;s eux, nier le caract&#232;re distinctif des autres cultures. [&lt;i&gt;Pour les uns, c'est une fa&#231;on de condamner ces &#034;autres&#034; cultures, pr&#233;sum&#233;es trop attard&#233;es ou trop aveugl&#233;es par de fausses croyances pour comprendre ce que nous appelons dans cette lettre valeurs humaines universelles ; pour d'autres, c'est une fa&#231;on de reprendre &#224; leur compte (g&#233;n&#233;ralement l'une de) ces cultures pr&#233;sum&#233;es indiff&#233;rentes &#224; ces valeurs. Nous d&#233;sapprouvons ces deux visions.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
Nous ne sommes pas d'accord. Nous reconnaissons que notre civilisation y est pour beaucoup mais nous croyons que tous les hommes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#233;gaux. Nous croyons que la libert&#233; humaine est universellement possible et d&#233;sirable. Nous croyons que certaines v&#233;rit&#233;s morales fondamentales sont reconnues partout dans le monde. Nous approuvons l'assembl&#233;e internationale d'&#233;minents philosophes qui, &#224; la fin des ann&#233;es 1940, ont particip&#233; &#224; la r&#233;daction de la D&#233;claration universelle des droits de l'homme de l'ONU et ont conclu que certaines id&#233;es morales sont tellement r&#233;pandues qu'elles &lt;i&gt;&#034;peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme inh&#233;rentes &#224; la nature de l'homme en tant que membre d'une soci&#233;t&#233;&#034;.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Avec optimisme, mais rigueur, nous faisons n&#244;tres les propos du Dr Martin Luther King lorsqu'il dit que, si l'arc de l'univers moral est vaste, il s'incurve vers la justice, non seulement pour quelques privil&#233;gi&#233;s mais pour tous. &lt;br /&gt;
Une fois encore, en nous penchant sur notre propre soci&#233;t&#233;, force est de constater que de trop nombreuses failles s&#233;parent nos id&#233;aux de notre conduite. Mais, Am&#233;ricains en temps de guerre et de crise mondiale, nous tenons &#224; rappeler que le meilleur de ce que nous appelons trop facilement les &#034;valeurs am&#233;ricaines&#034; n'est pas l'apanage de la seule Am&#233;rique : c'est l'h&#233;ritage commun de l'humanit&#233; et donc un fondement possible de l'espoir en une communaut&#233; mondiale bas&#233;e sur la paix et la justice. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de Dieu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 11 septembre, des millions d'Am&#233;ricains se demandent, mutuellement et &#224; eux-m&#234;mes : &#034;Et Dieu dans tout &#231;a ?&#034; Des crises de cette amplitude nous contraignent &#224; revenir sur les premiers principes. Devant l'horreur de ce qui s'est produit, et face au danger de ce qui risque de se produire encore, nombre d'entre nous posent la question : la foi religieuse fait-elle partie de la solution ou du probl&#232;me ? Les signataires de cette lettre sont issus de diverses traditions religieuses et morales, parfois la&#239;ques. Nous sommes unanimement convaincus que l'invocation de Dieu pour tuer ou estropier des &#234;tres humains est immorale et contraire &#224; la foi en Dieu. Nombre d'entre nous croient que nous sommes soumis au jugement de Dieu. Aucun de nous ne croit que Dieu nous ait jamais command&#233; de nous entre-tuer. En v&#233;rit&#233;, une telle attitude, qu'on l'appelle &#034;guerre sainte&#034; ou &#034;croisade&#034;, est non seulement une violation des principes fondamentaux de la justice mais la n&#233;gation m&#234;me de la foi religieuse, puisqu'elle transforme Dieu en une idole au service de desseins humains. &lt;br /&gt;
Notre propre nation fut jadis engag&#233;e dans une grande guerre de S&#233;cession, o&#249; chaque camp pensait que Dieu s'opposait au camp adverse. Dans son second discours inaugural de 1865, le 10e pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, Abraham Lincoln, a tranch&#233; la question : &#034;&lt;i&gt; Les voies du Seigneur sont imp&#233;n&#233;trables.&#034;&lt;/i&gt; Ceux qui nous ont attaqu&#233;s le 11 septembre ont clam&#233; ouvertement qu'ils menaient une guerre sainte. Et beaucoup, parmi ceux qui les soutiennent ou sympathisent avec eux, invoquent de m&#234;me le nom de Dieu et semblent reprendre &#224; leur compte l'argument de la guerre sainte. Pour comprendre &#224; quel point cette fa&#231;on de penser est d&#233;sastreuse, il nous suffit, &#224; nous Am&#233;ricains, de nous rappeler notre propre histoire et celle de l'Occident. Les guerres de religion et le sectarisme chr&#233;tien ont d&#233;chir&#233; l'Europe pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle. Aux &#201;tats-Unis aussi, on a vu des tueries perp&#233;tr&#233;es au moins en partie au nom d'une foi religieuse. &#192; l'&#233;gard de ce fl&#233;au, aucune civilisation, aucune tradition religieuse n'est sans tache. &lt;br /&gt;
La personne humaine est fondamentalement port&#233;e vers la recherche du savoir. Evaluer, choisir, d&#233;terminer des raisons de ch&#233;rir ce que nous ch&#233;rissons, tel est le propre de l'homme. Pourquoi sommes-nous n&#233;s ? Qu'adviendra-t-il de nous apr&#232;s notre mort ? Voil&#224; autant de questions, pos&#233;es par ce besoin intrins&#232;que de savoir, qui nous am&#232;nent &#224; nous interroger sur les fins derni&#232;res, notamment sur le probl&#232;me de Dieu. Certains des signataires de cette lettre pensent que l'homme est par nature &#034;religieux&#034;, au sens o&#249; chacun, m&#234;me celui qui ne croit pas en Dieu ou n'adh&#232;re &#224; aucune religion r&#233;v&#233;l&#233;e, fait des choix essentiels et r&#233;fl&#233;chit sur les valeurs ultimes. Tous les signataires de cette lettre reconnaissent que la foi et les institutions religieuses sont, ici et l&#224; dans le monde, des bases importantes de la soci&#233;t&#233; civile, qui ont souvent produit des r&#233;sultats b&#233;n&#233;fiques et apaisants mais ont parfois aussi &#233;t&#233; des facteurs de division et de violence. Quelles r&#233;ponses les dirigeants et la soci&#233;t&#233; civile peuvent-ils apporter &#224; ces probl&#232;mes humains et sociaux fondamentaux ? Premi&#232;re possibilit&#233; : mettre hors la loi et r&#233;primer la religion. Deuxi&#232;me possibilit&#233; : adopter une id&#233;ologie la&#239;que, c'est-&#224;-dire un scepticisme affich&#233; ou une r&#233;elle hostilit&#233; envers la religion pr&#233;supposant que la religion, notamment l'expression publique de la conviction religieuse, est par elle-m&#234;me source de probl&#232;mes. Troisi&#232;me possibilit&#233; : la th&#233;ocratie, c'est-&#224;-dire l'instauration d'une religion unique, pr&#233;tendue seule vraie religion, impos&#233;e &#224; l'ensemble du corps social et donc enti&#232;rement financ&#233;e et r&#233;glement&#233;e par l'&#201;tat. Nous nous pronon&#231;ons contre chacune de ces trois r&#233;ponses. La r&#233;pression l&#233;gale porte radicalement atteinte aux libert&#233;s publiques, elle est incompatible avec une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Bien que l'id&#233;ologie la&#239;que semble de plus en plus, dans notre soci&#233;t&#233;, emporter l'adh&#233;sion des jeunes g&#233;n&#233;rations, nous la d&#233;sapprouvons parce qu'elle vient &#224; l'encontre de la l&#233;gitimit&#233; d'une partie importante de la soci&#233;t&#233; civile et tend &#224; nier l'existence de ce que l'on peut consid&#233;rer avec quelque raison comme une dimension importante de la personne humaine. [&lt;i&gt;&#192; ce sujet, les avocats de la la&#239;cit&#233; surestiment sans doute la capacit&#233; des soci&#233;t&#233;s humaines &#224; se passer de &#034;religion&#034;, m&#234;me en th&#233;orie. En outre, ils mesurent mal, m&#234;me en acceptant leurs propres pr&#233;misses, les cons&#233;quences sociales de la suppression de la religion traditionnelle. Car, si nous consid&#233;rons la religion comme une valeur ultime, le vingti&#232;me si&#232;cle a offert au monde deux exemples terrifiants - le nazisme en Allemagne, le communisme en Union sovi&#233;tique - de religions la&#239;ques, qu'on peut appeler religions de substitution, toutes deux destin&#233;es &#224; &#233;radiquer la foi religieuse traditionnelle (en fait, une foi concurrente) et toutes deux parfaitement indiff&#233;rentes &#224; la dignit&#233; humaine et aux droits de l'homme fondamentaux.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
Enfin, m&#234;me si la th&#233;ocratie a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; en usage dans l'histoire de l'Occident (hors &#201;tats-Unis), nous la d&#233;sapprouvons aussi pour des raisons &#224; la fois sociales et th&#233;ologiques. Socialement, la religion d'&#201;tat s'oppose &#224; la libert&#233; de culte, un droit de l'homme fondamental. En outre, un contr&#244;le &#233;tatique de la religion risque d'exacerber les conflits religieux et, plus grave encore peut-&#234;tre, de menacer la vitalit&#233; et l'authenticit&#233; des institutions religieuses. Th&#233;ologiquement, m&#234;me pour les fid&#232;les fermement convaincus de la v&#233;rit&#233; de leur foi, la coercition en mati&#232;re religieuse est en d&#233;finitive une violation de la religion elle-m&#234;me, puisqu'elle prive les autres du droit de r&#233;pondre librement et dignement &#224; l'invitation du Cr&#233;ateur. &lt;br /&gt;
La soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, dans ce qu'elle a de meilleur, s'emploie &#224; faire en sorte que foi et libert&#233; aillent de pair, chacune rehaussant l'autre. Nous avons un r&#233;gime la&#239;que - nos dirigeants politiques ne sont pas des dirigeants religieux - mais notre soci&#233;t&#233; est de loin la plus religieuse du monde occidental. Notre nation respecte profond&#233;ment la libert&#233; et la diversit&#233; religieuses, y compris les droits des non-croyants, mais proclame dans ses tribunaux et inscrit sur chacune de ses pi&#232;ces de monnaie la devise : &lt;i&gt;&#034;In God We Trust.&#034;&lt;/i&gt; Politiquement, notre s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat vise &#224; maintenir la politique dans sa sph&#232;re propre, en limitant le pouvoir d'intervention de l'&#201;tat dans les affaires religieuses et en obligeant ainsi le gouvernement &#224; asseoir sa l&#233;gitimit&#233; et ses actes sur des bases morales qu'il n'a pas invent&#233;es lui-m&#234;me. Spirituellement, notre s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat permet &#224; la religion d'&#234;tre religion, en la d&#233;tachant du pouvoir coercitif du gouvernement. En bref, nous nous effor&#231;ons de s&#233;parer l'&#201;glise et l'&#201;tat pour la protection et la vitalit&#233; de l'une et de l'autre. &lt;br /&gt;
Les croyants am&#233;ricains ont souvent &#233;prouv&#233; quelque difficult&#233; &#224; concilier v&#233;rit&#233; religieuse et libert&#233; religieuse. La question n'est toujours pas r&#233;gl&#233;e, d'ailleurs. Notre fonctionnement social et constitutionnel requiert, presque par d&#233;finition, de constants d&#233;bats, ajustements, d&#233;lib&#233;rations et compromis. C'est le fait, voire la cause, d'un certain temp&#233;rament national voulant que les croyants les plus convaincus de la v&#233;rit&#233; de leur foi respectent, non par compromis mais au nom m&#234;me de cette foi, ceux qui choisissent une voie diff&#233;rente. &lt;br /&gt;
Comment diminuer, au XXIe si&#232;cle, la m&#233;fiance, la haine et la violence induites par la religion ? Les r&#233;ponses &#224; cette question sont nombreuses, bien s&#251;r, mais en voici toujours une : en approfondissant et en renouvelant notre conception de la religion par la reconnaissance de la libert&#233; religieuse comme droit fondamental pour tous les peuples de toutes les nations. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une guerre juste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous reconnaissons que toute guerre est terrible et n'est, au fond, que l'expression d'un &#233;chec diplomatique. Nous savons aussi que la fronti&#232;re entre le bien et le mal n'est pas une fronti&#232;re entre deux nations, encore moins entre deux religions ; c'est une ligne de d&#233;marcation trac&#233;e dans le c&#339;ur de chaque &#234;tre humain. En fin de compte, ceux d'entre nous - juifs, chr&#233;tiens, musulmans et autres - qui sont des gens de foi savent tr&#232;s bien que leur devoir, inscrit dans leurs saintes &#233;critures respectives, leur commande d'&#234;tre mis&#233;ricordieux et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour emp&#234;cher la guerre et vivre en paix. &lt;br /&gt;
Cependant, la raison et une r&#233;flexion morale attentive nous enseignent que, face au mal, la meilleure riposte consiste &#224; y mettre fin. Il arrive que la guerre soit non seulement moralement permise mais moralement n&#233;cessaire, pour r&#233;pondre &#224; d'ignominieuses d&#233;monstrations de violence, de haine et d'injustice. C'est le cas aujourd'hui. &lt;br /&gt;
L'id&#233;e de &#034;guerre juste&#034; s'enracine dans maintes traditions morales la&#239;ques et religieuses du monde. Les enseignements juifs, chr&#233;tiens et musulmans, par exemple, contiennent tous des r&#233;flexions sur la guerre juste. Bien s&#251;r, certains estiment, au nom du r&#233;alisme, que la guerre est essentiellement un conflit d'int&#233;r&#234;ts et r&#233;futent la pertinence de toute analyse morale. Ce n'est pas notre avis. [&lt;i&gt;Les approches intellectuelle et morale de la guerre comme ph&#233;nom&#232;ne humain peuvent se diviser en quatre &#233;coles de pens&#233;e. La premi&#232;re peut &#234;tre appel&#233;e le r&#233;alisme : la croyance que la guerre est fondamentalement une question de pouvoir, d'int&#233;r&#234;t, de n&#233;cessit&#233;, de survie, qui &#233;carte donc l'analyse morale abstraite. La deuxi&#232;me peut &#234;tre appel&#233;e guerre sainte : la croyance que Dieu autorise la coercition et le meurtre des incroyants ou que l'&#233;mergence d'une id&#233;ologie la&#239;que particuli&#232;re autorise la coercition et leur meurtre des incroyants. La troisi&#232;me peut &#234;tre appel&#233;e pacifisme : la croyance que toute guerre est intrins&#232;quement immorale. Et la quatri&#232;me est typiquement appel&#233;e guerre juste, la croyance que la raison morale universelle, &#233;galement nomm&#233;e loi morale naturelle, peut et doit s'appliquer &#224; la guerre. Les signataires de cette lettre s'opposent largement &#224; la premi&#232;re &#233;cole de pens&#233;e. Nous rejetons la deuxi&#232;me sans &#233;quivoque, quelle que soit la forme qu'elle prenne, qu'elle &#233;mane de notre soci&#233;t&#233; (notre &#034;camp&#034;) et se propose de la d&#233;fendre ou du camp qui veut notre perte. Certains des signataires de cette lettre sont s&#233;duits par la troisi&#232;me &#233;cole de pens&#233;e (particuli&#232;rement l'id&#233;e que la non-violence ne signifie pas la capitulation, la passivit&#233; ou le refus de d&#233;fendre la justice, bien au contraire), m&#234;me si nous nous en d&#233;marquons respectueusement, non sans crainte et tremblement. Notre groupe dans son ensemble est plut&#244;t enclin &#224; se ranger du c&#244;t&#233; de la quatri&#232;me &#233;cole de pens&#233;e.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
La d&#233;consid&#233;ration de la morale face &#224; la guerre est en soi une position morale : celui qui rejette la raison accepte la d&#233;r&#233;gulation des relations internationales et capitule devant le cynisme. Faire entrer la guerre dans le cadre d'un raisonnement moral objectif, c'est tenter de fonder la soci&#233;t&#233; civile et la communaut&#233; internationale sur la justice. Les principes de la guerre juste nous enseignent que les guerres d'agression et de conqu&#234;te ne sont jamais acceptables. On n'a pas le droit de faire la guerre pour la gloire de son pays, pour venger des torts pass&#233;s, pour conqu&#233;rir des territoires ou pour quelque autre motif non d&#233;fensif. La premi&#232;re justification morale de la guerre est la protection de l'innocent contre le mal. Saint Augustin, dont l'ouvrage &lt;i&gt;La Cit&#233; de Dieu&lt;/i&gt; est une contribution essentielle &#224; la r&#233;flexion sur la guerre juste, soutient (faisant &#233;cho &#224; Socrate) que, pour le chr&#233;tien, il vaut mieux endurer le mal que le commettre. Mais le renoncement &#224; l'autod&#233;fense, qui est un engagement personnel, peut-il &#234;tre moralement impos&#233; &#224; autrui ? Pour saint Augustin, et pour la plupart des autres tenants de la guerre juste, la r&#233;ponse est non. Si l'on a la preuve incontestable qu'un recours &#224; la force peut emp&#234;cher le massacre d'innocents incapables de se d&#233;fendre par eux-m&#234;mes, alors le principe moral de l'amour du prochain nous ordonne de recourir &#224; la force. &lt;br /&gt;
On ne peut pas l&#233;gitimement faire la guerre lorsque le danger est minime, douteux, de cons&#233;quence incertaine ou peut &#234;tre vaincu par la n&#233;gociation, l'appel &#224; la raison, la m&#233;diation d'une tierce partie ou autres moyens non violents. [&lt;i&gt;Certains estiment que l'argument du &#034;dernier ressort&#034; dans la th&#233;orie de la guerre juste - en substance, l'id&#233;e que toute alternative raisonnable et plausible doit &#234;tre explor&#233;e avant de recourir &#224; la force - suppose que le recours aux armes doit &#234;tre approuv&#233; par une instance internationale reconnue, telle que l'ONU. Cette proposition est probl&#233;matique. D'abord, c'est une nouveaut&#233; : historiquement, l'approbation internationale n'a jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e par les th&#233;oriciens de la guerre juste comme une juste exigence. Ensuite, rien ne prouve qu'une instance internationale comme l'ONU soit la mieux inspir&#233;e pour d&#233;cider quand, et dans quelles conditions, un recours aux armes est justifi&#233;, sans oublier que l'effort engag&#233; pour faire appliquer ses d&#233;cisions compromettrait in&#233;vitablement sa mission premi&#232;re qui est humanitaire. Selon un observateur, ancien assistant du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU, faire de l'ONU &#034;la p&#226;le imitation d'un &#201;tat&#034; afin de &#034;r&#233;glementer l'usage de la force&#034; internationalement &#034;serait un projet&lt;/i&gt; &lt;i&gt;suicidaire&#034;.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
Mais si la menace contre des innocents est r&#233;elle et certaine, surtout si l'agresseur est motiv&#233; par une hostilit&#233; implacable - si son but n'est pas de vous amener &#224; n&#233;gocier ou m&#234;me &#224; vous soumettre, mais de vous d&#233;truire - alors un usage proportionn&#233; de la force est justifi&#233;. &lt;br /&gt;
Une guerre juste ne peut &#234;tre men&#233;e que par une autorit&#233; l&#233;gitime responsable de l'ordre public. La violence gratuite, opportuniste ou individualiste n'est jamais moralement acceptable. [&lt;i&gt;Dans la th&#233;orie de la guerre juste, l'exigence d'une autorit&#233; l&#233;gitime a pour but principal d'emp&#234;cher l'anarchie d'une guerre priv&#233;e men&#233;e par des seigneurs de la guerre - une anarchie qu'on rencontre de nos jours dans certaines parties du monde et dont les agresseurs du 11 septembre sont des incarnations repr&#233;sentatives. L'exigence d'une autorit&#233; l&#233;gitime ne peut pas, par ailleurs, et pour diverses raisons, s'appliquer en tant que telle aux guerres d'ind&#233;pendance nationale ou de succession. D'abord, ces types de conflit ne sont pas internationaux. Ensuite, dans ces conflits, c'est pr&#233;cis&#233;ment la l&#233;gitimit&#233; publique qui est contest&#233;e. Par exemple, dans la guerre d'ind&#233;pendance cons&#233;cutive &#224; la fondation des &#201;tats-Unis, les analystes de la guerre juste font souvent remarquer que les colonies rebelles constituaient en elles-m&#234;mes une autorit&#233; publique l&#233;gitime, que ces colonies avaient raisonnablement conclu que le gouvernement britannique &#233;tait, dans le texte de notre D&#233;claration d'ind&#233;pendance, devenu &#034;un obstacle &#224; ces fins&#034; et avait donc cess&#233; d'&#234;tre une autorit&#233; publique comp&#233;tente. D'ailleurs, m&#234;me dans le cas o&#249; les bellig&#233;rants ne constituent pas au sens propre une autorit&#233; publique reconnue - par exemple le soul&#232;vement du ghetto de Varsovie en 1943 contre l'occupation nazie - l'exigence de l'autorit&#233; l&#233;gitime dans la th&#233;orie de la guerre juste n'invalide pas moralement le recours aux armes par ceux qui r&#233;sistent &#224; l'oppression en cherchant &#224; renverser l'autorit&#233; l&#233;gitime.&lt;/i&gt;] Une guerre juste ne peut &#234;tre men&#233;e que contre des combattants. Les tenants de la guerre juste, tout au long de l'histoire et partout dans le monde - qu'ils soient musulmans, juifs, chr&#233;tiens, issus d'autres religions ou la&#239;ques - ont toujours pr&#244;n&#233; l'immunit&#233; des non-combattants. En d'autres termes, tuer des civils par esprit de vengeance, ou m&#234;me pour dissuader d'&#233;ventuels agresseurs partisans de leur cause, est une faute morale. Bien que, dans certaines circonstances et dans un cadre donn&#233;, on puisse justifier moralement des actions militaires risquant d'entra&#238;ner la mort non intentionnelle mais pr&#233;visible de non-combattants, il n'est pas moralement acceptable de prendre la mort de non-combattants pour objectif op&#233;rationnel d'une action militaire. &lt;br /&gt;
Ces principes et d'autres nous enseignent que, chaque fois que des &#234;tres humains envisagent ou livrent une guerre, il est &#224; la fois possible et n&#233;cessaire d'affirmer le caract&#232;re sacr&#233; de la vie humaine et d'adh&#233;rer au principe de l'&#233;gale dignit&#233; de tous les hommes. &lt;br /&gt;
Ces principes s'efforcent de pr&#233;server et de refl&#233;ter, m&#234;me dans la trag&#233;die de la guerre, la v&#233;rit&#233; morale fondamentale selon laquelle les &#034;autres&#034; - ceux qui nous sont &#233;trangers, qui diff&#232;rent de nous par la race ou la langue, dont la religion peut nous para&#238;tre erron&#233;e - ont autant que nous le droit de vivre, ont la m&#234;me dignit&#233; humaine et les m&#234;mes droits en g&#233;n&#233;ral. &lt;br /&gt;
Le 11 septembre 2001, un groupe d'individus a d&#233;lib&#233;r&#233;ment attaqu&#233; les &#201;tats-Unis en utilisant des avions d&#233;tourn&#233;s comme armes pour tuer en moins de 2 heures plus de 3 000 de nos citoyens &#224; New York, en Pennsylvanie et &#224; Washington. Ceux qui moururent ce jour-l&#224; &#233;taient des civils, pas des combattants, et parfaitement inconnus, sauf en tant qu'Am&#233;ricains, de ceux qui les ont tu&#233;s. Ceux qui moururent en ce matin du 11 septembre furent tu&#233;s l&#226;chement, au hasard et avec pr&#233;m&#233;ditation - c'est-&#224;-dire, en termes juridiques, assassin&#233;s. Parmi ces morts, il y avait des gens de toutes races, de diverses ethnies, de presque toutes les religions. Il y avait aussi bien des balayeurs que des chefs d'entreprise. &lt;br /&gt;
Les individus qui commirent ses actes n'ont pas agi seuls, ni sans appui, ni pour des raisons inconnues. Ils &#233;taient membres d'un r&#233;seau islamiste international s&#233;vissant dans une quarantaine de pays, actuellement connu sous le nom d'Al-Qaida. Ce groupe lui-m&#234;me n'est qu'un bras d'un vaste mouvement islamiste radical qui s'accro&#238;t depuis des d&#233;cennies sous l'&#339;il bienveillant, parfois m&#234;me avec le soutien de certains gouvernements, et proclame ouvertement, en montrant qu'il en a les moyens, sa volont&#233; de recourir &#224; l'assassinat pour atteindre ses objectifs. Nous employons les termes &#034;islam&#034; et &#034;islamique&#034; quand nous voulons nous r&#233;f&#233;rer &#224; l'une des plus grandes religions du monde, forte d'un milliard deux cents millions d'adeptes environ, parmi lesquels plusieurs millions de citoyens am&#233;ricains, dont certains ont &#233;t&#233; assassin&#233;s le 11 septembre. Il va sans dire - mais disons-le quand m&#234;me, une fois pour toutes - que la grande majorit&#233; des musulmans du monde, guid&#233;s dans une large mesure par les enseignements du Coran, sont honn&#234;tes, loyaux et pacifiques. Nous employons les termes &#034;islamisme&#034; et &#034;islamiste radical&#034; pour d&#233;signer le mouvement politico-religieux violent, extr&#233;miste et radicalement intol&#233;rant qui menace aujourd'hui le monde,y comprislemondemusulman. &lt;br /&gt;
Ce mouvement violent radical s'oppose non seulement &#224; une certaine politique am&#233;ricaine et occidentale - plusieurs signataires de cette lettre s'y opposent aussi en partie - mais encore au principe fondateur du monde moderne, la tol&#233;rance religieuse, ainsi qu'aux droits de l'homme fondamentaux, en particulier la libert&#233; d'opinion et de culte, inscrits dans la D&#233;claration universelle des droits de l'homme de l'ONU et qui doivent &#234;tre la base de toute civilisation orient&#233;e vers l'&#233;panouissement de l'homme, la justice et la paix. &lt;br /&gt;
Ce mouvement extr&#233;miste pr&#233;tend parler au nom de l'islam, mais trahit les principes islamiques fondamentaux. L'islam est contre les atrocit&#233;s morales. Ainsi, r&#233;fl&#233;chissant sur les enseignements du Coran et l'exemple du Proph&#232;te, les penseurs musulmans ont profess&#233; au fil des si&#232;cles que la lutte sur le sentier de Dieu (c'est-&#224;-dire le djihad) interdit de tuer d&#233;lib&#233;r&#233;ment des non-combattants et stipule qu'une action militaire ne peut &#234;tre entreprise que sur l'ordre d'une autorit&#233; publique l&#233;gitime. &lt;br /&gt;
Ils nous rappellent avec force que l'islam, non moins que le christianisme, le juda&#239;sme et d'autres religions, est menac&#233; et risque d'&#234;tre d&#233;grad&#233; par ces profanateurs qui invoquent le nom de Dieu pour tuer sans discrimination. Derri&#232;re les mouvements qui endossent le manteau de la religion, il y a aussi, nous en avons conscience, une dimension politique, sociale et d&#233;mographique complexe qu'il faut prendre en consid&#233;ration. En m&#234;me temps, il faut tenir compte de la philosophie, et la philosophie qui anime ce mouvement radical islamiste, dans son m&#233;pris de la vie humaine, en concevant le monde comme une lutte &#224; mort entre croyants et incroyants (qu'ils soient musulmans non radicaux, juifs, chr&#233;tiens, hindous ou autres), nie clairement l'&#233;gale dignit&#233; de toutes les personnes et, ce faisant, trahit la religion et rejette le fondement m&#234;me de la vie civilis&#233;e et la possibilit&#233; de la paix entre les nations. &lt;br /&gt;
Il y a plus grave. Les assassinats massifs du 11 septembre ont d&#233;montr&#233;, peut-&#234;tre pour la premi&#232;re fois, que ce mouvement a d&#233;sormais non seulement le d&#233;sir clairement affich&#233; mais la capacit&#233; technique - avec un acc&#232;s possible, et la volont&#233; d'en faire usage, aux armes chimiques, biologiques et nucl&#233;aires - de ravager massivement et atrocement ses cibles d&#233;sign&#233;es. &lt;br /&gt;
Ceux qui ont massacr&#233; plus de 3 000 personnes le 11 septembre et qui, de leur propre aveu, ne souhaitent rien plus que de recommencer, constituent un danger clair et r&#233;el pour tous les hommes de bonne volont&#233; partout dans le monde, et pas seulement aux &#201;tats-Unis. De tels actes sont un pur exemple d'agression caract&#233;ris&#233;e contre des vies humaines innocentes, un fl&#233;au mondial que seul un recours &#224; la force peut &#233;radiquer. &lt;br /&gt;
Des tueurs organis&#233;s, infiltr&#233;s dans le monde entier, nous menacent tous aujourd'hui. Au nom de la morale universelle, et pleinement conscients des restrictions et exigences de la guerre juste, nous soutenons la d&#233;cision de notre gouvernement et de notre soci&#233;t&#233; d'utiliser contre eux la force arm&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons &#224; faire tout notre possible pour &#233;carter les malencontreuses tentations - arrogance et chauvinisme notamment - auxquelles les nations en guerre semblent si souvent c&#233;der. En m&#234;me temps, nous affirmons solennellement d'une seule voix qu'il est crucial pour notre nation de gagner cette guerre. Nous combattons pour nous d&#233;fendre, mais nous croyons aussi nous battre pour d&#233;fendre les principes des droits de l'homme et de la dignit&#233; humaine qui sont le plus bel espoir de l'humanit&#233;. Un jour, cette guerre finira. Quand nous en serons l&#224; - et, &#224; certains &#233;gards, m&#234;me avant - un grand effort de r&#233;conciliation nous incombera. Nous esp&#233;rons que cette guerre, en mettant fin &#224; un fl&#233;au mondial, pourra accro&#238;tre les possibilit&#233;s de fonder la communaut&#233; mondiale sur la justice. Mais nous savons que seuls les pacifistes, ici comme ailleurs, pourront faire en sorte que cette guerre n'aura pas &#233;t&#233; vaine. Nous voulons nous adresser particuli&#232;rement &#224; nos fr&#232;res et s&#339;urs des soci&#233;t&#233;s musulmanes. Nous vous disons sans ambages : nous ne sommes pas vos ennemis, mais vos amis. Nous ne devons pas &#234;tre ennemis. Nous avons trop de points communs. Nous avons tant &#224; faire ensemble. Votre dignit&#233; humaine, non moins que la n&#244;tre - votre droit &#224; une belle vie, non moins que le n&#244;tre -, voil&#224; ce pour quoi nous croyons combattre. Nous savons que certains d'entre vous se m&#233;fient &#233;norm&#233;ment de nous, et nous savons que nous sommes, nous les Am&#233;ricains, en partie responsables de cette m&#233;fiance. Mais nous ne devons pas &#234;tre ennemis. Nous esp&#233;rons pouvoir &#339;uvrer avec vous et tous les hommes de bonne volont&#233; &#224; la construction d'une paix juste et durable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;LE MONDE du 14 f&#233;vrier 2002&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Jean-Fran&#231;ois Kleiner &lt;br /&gt;
&#169; F&#233;vrier 2002, Institute for American Values &lt;br /&gt;
Les passages entre crochets en italique sont des notes des auteurs de la &#034;Lettre&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les intellectuels, la guerre et M. Bush </title>
		<link>https://caute.lautre.net/Les-intellectuels-la-guerre-et-M-Bush</link>
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		<dc:date>2003-08-09T23:12:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vernet, Daniel </dc:creator>


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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; Soixante intellectuels et universitaires am&#233;ricains qui signent un texte sur la &#034;guerre juste&#034; quelques semaines apr&#232;s que les &#201;tats-Unis ont chass&#233; Al-Qaida et les talibans d'Afghanistan, et au moment o&#249; des bruits de bottes se font entendre dans le Golfe : voil&#224; plut&#244;t une bonne nouvelle pour l'administration Bush, qui voit, apparemment, sa politique ointe par l'establishment de la pens&#233;e. Pourtant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le texte publi&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soixante intellectuels et universitaires am&#233;ricains qui signent un texte sur la &lt;i&gt;&#034;guerre juste&#034;&lt;/i&gt; quelques semaines apr&#232;s que les &#201;tats-Unis ont chass&#233; Al-Qaida et les talibans d'Afghanistan, et au moment o&#249; des bruits de bottes se font entendre dans le Golfe : voil&#224; plut&#244;t une bonne nouvelle pour l'administration Bush, qui voit, apparemment, sa politique ointe par l'establishment de la pens&#233;e. Pourtant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (15 f&#233;vrier) ne constitue pas une approbation sans r&#233;serve de la politique men&#233;e par George W. Bush depuis les attentats du 11 septembre, et encore moins un blanc-seing donn&#233; aux actions que celui-ci envisage pour l'avenir. &lt;br /&gt;
Il existe des liens ambivalents entre la construction th&#233;orique de la &lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; guerre juste&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; et la mise en &#339;uvre de cette th&#233;orie par les hommes politiques, comme il existe traditionnellement dans la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine des relations &#224; la fois compl&#233;mentaires et contradictoires entre l'exaltation des valeurs suppos&#233;es universelles et la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts strictement nationaux. &lt;br /&gt;
&#192; bien des &#233;gards, d'ailleurs, les signataires de la &lt;i&gt;Lettre d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; prennent leurs distances avec la rh&#233;torique du pr&#233;sident. Ils r&#233;cusent par exemple les termes de &lt;i&gt;&#034;guerre sainte&#034;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;&#034;croisade&#034;&lt;/i&gt; ; ils reconnaissent que les &#201;tats-Unis n'ont pas toujours respect&#233; les id&#233;aux qu'ils proposent &#224; l'humanit&#233; et qu'ils ont parfois men&#233; des &lt;i&gt;&#034;politiques mal orient&#233;es et injustes&#034;&lt;/i&gt; ; ils admettent que leur &lt;i&gt;&#034;nation a parfois fait preuve d'arrogance et d'ignorance envers d'autres soci&#233;t&#233;s&#034;&lt;/i&gt; et que cette &lt;i&gt;&#034;faille s&#233;parant -&lt;/i&gt;les- id&#233;aux de -la- conduite&#034; explique aussi la m&#233;fiance dont les &#201;tats-Unis sont l'objet : &lt;i&gt;&#034;Nous savons, &lt;/i&gt;&#233;crivent-ils, &lt;i&gt;que nous sommes, nous les Am&#233;ricains, en partie responsables de cette m&#233;fiance.&#034;&lt;/i&gt; Il ne s'agit pas d'une autocritique mais de l'expression d'une prise de conscience qu'on n'a pas entendue dans la bouche des dirigeants am&#233;ricains. Les auteurs mettent d'ailleurs en garde contre &lt;i&gt;&#034;les malencontreuses tentations - arrogance, chauvinisme notamment - auxquelles les nations en guerre semblent si souvent c&#233;der&#034;&lt;/i&gt; et ils s'engagent &#224; faire tout leur possible pour les &#233;carter. &lt;br /&gt;
Ils n'en soutiennent pas moins &lt;i&gt;&#034;la d&#233;cision de notre gouvernement et de notre soci&#233;t&#233; d'utiliser contre -&lt;/i&gt;les terroristes - &lt;i&gt;la force arm&#233;e&#034;&lt;/i&gt;. C'est dans cette optique que le texte reprend les arguments en faveur de la &lt;i&gt;&#034;guerre juste&#034;&lt;/i&gt; dont un des th&#233;oriciens modernes, Michael Walzer, est signataire de la &lt;i&gt;Lettre.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Notre propos n'est pas ici de discuter les justifications morales de la guerre contre le terrorisme mais de rappeler en quoi ce texte, en d&#233;passant l'horizon de la politique pr&#233;sente, refl&#232;te une tendance profonde de la conception am&#233;ricaine des relations internationales. Une tendance qui r&#233;unit deux cat&#233;gories d'Am&#233;ricains, les &lt;i&gt;&#034;wilsoniens&#034;&lt;/i&gt;, internationalistes d&#233;mocrates h&#233;ritiers du pr&#233;sident Woodrow Wilson, tels Jimmy Carter et dans une certaine mesure Bill Clinton, et ceux que Henry Kissinger appelait, pour les critiquer, les n&#233;oconservateurs, autrement dit les d&#233;fenseurs de principes universels et les h&#233;rauts des valeurs morales non moins universelles. &lt;br /&gt;
Parce qu'elle a forg&#233; son identit&#233; sur la base des valeurs humaines universelles, la nation am&#233;ricaine est elle-m&#234;me une &lt;i&gt;&#034;nation universelle&#034;&lt;/i&gt;. Non seulement tout le monde en principe peut devenir am&#233;ricain, ainsi que l'&#233;crivent les signataires de la &lt;i&gt;Lettre, &lt;/i&gt;mais les valeurs am&#233;ricaines ont vocation &#224; se r&#233;pandre dans le monde. &lt;br /&gt;
Les uns et les autres s'opposent aux isolationnistes des deux bords, ceux de gauche, qui pensent que les &#201;tats-Unis ne sont pas dignes des valeurs qu'ils pr&#233;tendent incarner, ceux de droite, qui jugent le monde ext&#233;rieur trop mauvais pour acc&#233;der aux valeurs am&#233;ricaines. Une troisi&#232;me &#233;cole a marqu&#233; la diplomatie des &#201;tats-Unis, l'&#233;cole de la Realpolitik, et ce n'est pas par hasard qu'Henry Kissinger s'est oppos&#233; en m&#234;me temps aux isolationnistes de droite comme de gauche et aux universalistes, d&#233;mocrates ou conservateurs. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#034;NATION BUILDING&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#034;r&#233;alistes&#034;, la politique &#233;trang&#232;re n'est pas envisag&#233;e comme une lutte entre le bien et le mal, entre le monde libre et le communisme au temps de la guerre froide, entre la civilisation et le terrorisme, aujourd'hui. L'homme d'&#201;tat ne se meut pas dans des situations id&#233;ales o&#249; la vertu devrait l'emporter sur le vice ; il fait toujours des choix ambigus ; il doit chercher des issues incertaines ; il n'a pas &#224; choisir entre des solutions morales et d'autres qui seraient immorales. Il doit se laisser guider par les int&#233;r&#234;ts nationaux, ce qui n'emp&#234;che pas ceux-ci d'&#234;tre &#233;ventuellement soutenus par des valeurs et des principes, mais pour le ramener en une formule, ce qui importe en derni&#232;re analyse, ce sont les int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, pas les droits de l'homme. &lt;br /&gt;
Dans une administration o&#249; coexistent comme toujours plusieurs &#233;coles de pens&#233;e, George Bush semble se rattacher plut&#244;t &#224; la tendance r&#233;aliste, m&#234;me s'il masque ce pragmatisme par un discours aux accents religieux. D&#233;j&#224; avant le 11 septembre, il avait bien fait comprendre que, contrairement &#224; son pr&#233;d&#233;cesseur, il ne s'int&#233;resserait gu&#232;re au &lt;i&gt;&#034;nation building&#034;&lt;/i&gt;dans les pays en crise et ne laisserait pas les forces am&#233;ricaines s'emp&#234;trer dans des conflits o&#249; elles n'avaient rien &#224; gagner. Il avait soulign&#233; qu'il entendait r&#233;orienter la diplomatie des &#201;tats-Unis dans une direction plus simple : la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains. Comme l'&#233;crivait Donald Rumsfeld, dans un rapport r&#233;dig&#233; avant d'arriver au Pentagone, la politique de d&#233;fense am&#233;ricaine doit viser &#224; &lt;i&gt;&#034;prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts et les investissements am&#233;ricains&#034;&lt;/i&gt; &#224; une &#233;poque o&#249; &lt;i&gt;&#034;le foss&#233; s'&#233;largit entre les poss&#233;dants et ceux qui n'ont rien&#034;.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Depuis le 11 septembre, la lutte n&#233;cessaire contre le terrorisme est aussi utilis&#233;e pour des objectifs strictement am&#233;ricains o&#249; les &lt;i&gt;&#034;valeurs universelles&#034;&lt;/i&gt; ne sont pas la premi&#232;re pr&#233;occupation. &lt;i&gt;&#034;L'axe du Mal&#034;&lt;/i&gt;, dont a parl&#233; le pr&#233;sident dans son discours sur l'&#233;tat de l'Union, est constitu&#233; par des r&#233;gimes qui d&#233;plaisent ou s'opposent &#224; la politique am&#233;ricaine dans leur r&#233;gion, et pas seulement &#224; cause de leur attitude envers le terrorisme. Si ce dernier crit&#232;re &#233;tait le seul d&#233;terminant, la liste devrait &#234;tre plus longue et comporter aussi des pays qui ont longtemps pass&#233; pour des amis des &#201;tats-Unis. &lt;br /&gt;
Dans la d&#233;finition de ceux &lt;i&gt;&#034;qui sont contre nous&#034;&lt;/i&gt;, George Bush est all&#233; plus loin dans une intervention faite fin janvier, au cours d'un d&#233;placement &#233;lectoral &#224; Daytona Beach en Floride. &lt;i&gt;&#034;Si vous &#234;tes un de ces pays qui d&#233;veloppent des armes de destruction massive, et que vous &#234;tes pr&#234;t &#224; vous allier &#224; un groupe terroriste ou que vous soutenez actuellement le terrorisme, ou si vous ne partagez pas les valeurs qui nous sont ch&#232;res, alors, vous aussi, vous &#234;tes sous surveillance.&#034;&lt;/i&gt; En en appelant aux valeurs, le pr&#233;sident a r&#233;introduit une dimension messianique qui fait &#233;cho aux principes universels, soulign&#233;s dans la &lt;i&gt;Lettre d'Am&#233;rique&lt;/i&gt;. Comme si la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts nationaux devait toujours s'abriter derri&#232;re les valeurs suppos&#233;es communes &#224; toute l'humanit&#233; ; comme si celles-ci &#233;taient destin&#233;es &#224; couvrir toujours la premi&#232;re. Mais en &#233;crivant que certains des signataires s'opposent, au moins en partie, &#224; &lt;i&gt;&#034;une certaine politique am&#233;ricaine et occidentale&#034;&lt;/i&gt;, les soixante intellectuels brisent ce cercle ferm&#233; de l'autojustification. Il n'y a pas toujours ad&#233;quation parfaite entre affirmation des valeurs et d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts. C'est ce va-et-vient permanent entre les deux qui fait la richesse de la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine&#8230; et son ambigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;LE MONDE du 21 f&#233;vrier 2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la guerre juste &#224; la construction de la paix </title>
		<link>https://caute.lautre.net/De-la-guerre-juste-a-la-construction-de-la-paix</link>
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		<dc:date>2003-08-09T19:27:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joblin, Joseph</dc:creator>


		<dc:subject>guerre</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence du P&#232;re Joseph Joblin, sj &lt;br class='autobr' /&gt; La question de la guerre et de la paix est une des plus difficiles de la morale sociale, elle est au centre de l'exp&#233;rience humaine. Elle nous met au contact d'une incoh&#233;rence totale ; alors que tous les hommes veulent la paix, sans cesse renaissent les violences et les conflits arm&#233;s. Qu'il suffise ici de rappeler les illusions qui suivirent le premier conflit mondial ; l'opinion qui avait subi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-liberte-+" rel="tag"&gt;libert&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-paix-+" rel="tag"&gt;paix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-justice-+" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-religion-+" rel="tag"&gt;religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-morale-24-+" rel="tag"&gt;morale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-christianisme-+" rel="tag"&gt;christianisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-chretien-+" rel="tag"&gt;chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-responsabilite-+" rel="tag"&gt;responsabilit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-bien-+" rel="tag"&gt;bien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-violence-+" rel="tag"&gt;violence&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-education-+" rel="tag"&gt;&#233;ducation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-ideal-+" rel="tag"&gt;id&#233;al&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-forces-d-ideal-+" rel="tag"&gt;forces d'id&#233;al&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence du P&#232;re Joseph Joblin, sj&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte original d'une conf&#233;rence prononc&#233;e au Centre Saint-Louis des-francais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de la guerre et de la paix est une des plus difficiles de la morale sociale, elle est au centre de l'exp&#233;rience humaine. Elle nous met au contact d'une incoh&#233;rence totale ; alors que tous les hommes veulent la paix, sans cesse renaissent les violences et les conflits arm&#233;s. Qu'il suffise ici de rappeler les illusions qui suivirent le premier conflit mondial ; l'opinion qui avait subi l'intol&#233;rable pensait que celui-ci ne devait jamais se reproduire ; on parlait alors de la derni&#232;re des guerres ; la &#171; der des der &#187; selon une expression populaire. En m&#234;me temps le trait&#233; de Versailles affirmait : attendu qu'une paix juste et durable ne peut &#234;tre fond&#233;e que sur la justice sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Partie XIII, Pr&#233;ambule de la constitution de l'Organisation Internationale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'issue de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, l'ONU emprunte la m&#234;me phras&#233;ologie : &#171; Nous, Peuples des Nations Unies r&#233;solus &#224; pr&#233;server les nations futures du fl&#233;au de la guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charte des Nations Unies, Pr&#233;ambule.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; or depuis 1946 pr&#232;s de 180 conflits locaux ont pu &#234;tre d&#233;nombr&#233;s. Les efforts des peuples, appuy&#233;s par les diplomates, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s manquer d'efficacit&#233; dans les cas les plus graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de ces derni&#232;res ann&#233;es est semblable &#224; celle des deux mille ans qui s'ach&#232;vent ; et si on se reporte plus en arri&#232;re, on la retrouve identique dans tous les continents et sous tous les r&#233;gimes. La violence est le lot de l'homme et ce qui la rend encore plus &#233;trange, c'est que des hommes de paix se sont lev&#233;s &#224; toutes les g&#233;n&#233;rations, qu'ils ont &#233;t&#233; applaudis, mais que leurs efforts n'ont jamais r&#233;ussi &#224; changer la condition humaine, qu'il s'agisse d'hommes politiques, de philosophes, de juristes ou d'hommes de religion : si on fait la guerre, disait d&#233;j&#224; saint Augustin, c'est en vue de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la contradiction dont part la r&#233;flexion qui est ici propos&#233;e. Il s'agit de savoir quelle est la place du christianisme dans la situation chaotique du monde o&#249; les syst&#232;mes politiques cherchent &#224; fonder la paix, o&#249; ils imaginent de nouvelles structures juridiques pour la sauvegarder et o&#249; ils r&#233;coltent la guerre toujours plus violente, toujours plus g&#233;n&#233;rale. Or la position de l'&#201;glise et des chr&#233;tiens semble avoir chang&#233; de nombreuse fois au cours des deux mill&#233;naires qui s'ach&#232;vent. Elle est pass&#233;e d'une attitude plus ou moins pacifiste durant les quatre premiers si&#232;cles &#224; la formulation de la th&#233;orie de la juste guerre, puis au soutien de politiques destin&#233;es &#224; construire la paix. N'a-t-on pas l'impression que les th&#233;ologiens ont &#233;t&#233; soucieux d'apporter une justification &#233;thico-religieuse aux angoisses de l'opinion mais qu'ils n'ont exerc&#233; qu'une influence r&#233;duite sur ses &#233;volutions. Ont-ils vraiment propos&#233; une &#233;ducation &#224; la paix des peuples et des soci&#233;t&#233;s ? La suppression de la peur, de la famine, de l'ins&#233;curit&#233; entra&#238;n&#233;es par les bandes arm&#233;es, l'abandon de la th&#233;orie de la Chr&#233;tient&#233; &#224; la suite de la r&#233;volte des consciences devant les exactions de la colonisation en Am&#233;rique du Sud, la justification des revendications nationalistes, la condamnation de la guerre dans un monde satur&#233; de ruines : tels sont quelques-uns des points chauds qui ont &#233;t&#233; propos&#233;s &#224; la conscience chr&#233;tienne, mais s'agit-il de positions successives prises par les th&#233;ologiens et l'&#201;glise en faisant appel &#224; un seul principe unificateur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui vient d'&#234;tre pos&#233;e touche un point central de la critique contemporaine des religions : les religions qui sont pr&#233;sentes dans toutes les soci&#233;t&#233;s existent-elles pour aider les populations &#224; oublier les incertitudes de l'existence ou sont-elles l'interpr&#232;te de l'ordre objectif du monde dont elles tentent de se rapprocher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes philosophiques et les religions cherchent &#224; traduire dans le concret ce qu'il y a de sup&#233;rieur dans l'ordre du monde ; c'est donc de ce point de vue qu'il faut &#233;tudier le r&#244;le de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233; face &#224; la violence et &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Guerre ou paix ? Un probl&#232;me de conscience &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la position de l'&#201;glise dans les questions de paix ou de guerre, il faut partir de l'anthropologie chr&#233;tienne. Celle-ci consid&#232;re que l'homme est un &#234;tre libre, autonome dans ses prises de d&#233;cision morale, responsable d'arbitrer en maintes occasions entre divers devoirs et construisant ainsi l'ordre social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centesimus annus, 13.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle lui remet la d&#233;cision de ce qui est le bien ou le mal pour lui ; non pas dans un jugement refl&#233;tant son bon plaisir, mais par une d&#233;cision r&#233;fl&#233;chie de la mani&#232;re dont, lui, peut inscrire dans la r&#233;alit&#233;, dans ce moment donn&#233;, ce qu'il tient pour le plus conforme &#224; la volont&#233; de Dieu sur lui. Cette anthropologie s'oppose &#224; la mentalit&#233; la plus r&#233;pandue qui voit dans ce que veut la soci&#233;t&#233; la norme du bien et identifie conduites, attitudes et jugements personnels avec ce que pense le groupe ; elle s'oppose &#224; l'individualisme lib&#233;ral qui a l'illusion de laisser la seule raison dire ce qui est bien ou mal ; elle va &#224; l'encontre du collectivisme marxiste qui remet au parti de d&#233;terminer la ligne qui doit &#234;tre suivie en conscience ; ainsi, prot&#232;ge-t elle la conscience individuelle de la domination &#233;thique de la communaut&#233; &#224; laquelle elle appartient ; cherchant &#224; affiner la conscience, elle stimule le progr&#232;s moral de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me trait de l'anthropologie chr&#233;tienne vient de ce que l'exercice de sa responsabilit&#233; conduira souvent l'individu &#224; arbitrer entre les diverses facettes du bien qu'il entrevoit. La conscience chr&#233;tienne n'est jamais en repos, elle se demande toujours comment perfectionner son jugement ; c'est le mouvement du &lt;i&gt;&#171; magis &#187;&lt;/i&gt; ; mis en valeur par saint Ignace dans la formule : &lt;i&gt;ad majorem Dei gloriam. &lt;/i&gt;Comme le dit Jean-Paul II : &#171; La foi n'endort pas la conscience ; elle met plut&#244;t en elle la hantise d'une recherche continuelle des conditions qui correspondent le mieux &#224; la dignit&#233; d'un &#234;tre dou&#233; d'intelligence de libert&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul II, Discours aux travailleurs de Civita Vecchia, 19 mars 1987 in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette constatation trouve son application dans l'attitude de l'homme face &#224; la violence. Une hantise du &lt;i&gt;magis&lt;/i&gt; conduit &#224; un sursaut de la conscience car il lui faut sans cesse juger ce qui fait de la personne, dans le moment pr&#233;sent, un homme de paix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Fessard, Paix ou Guerre 7.Monde nouveau, Paris, 1951, p. 110.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette situation a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence d&#232;s le IVe si&#232;cle par saint Ambroise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Officiis I, 29.&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il voit dans la situation ambigu&#235; o&#249; se trouve le chr&#233;tien l'un des traits sp&#233;cifiques de cette religion qui donne une importance extraordinaire au jugement de la conscience. Il y a deux mani&#232;res, dit-il, de p&#233;cher contre la justice ; I'une c'est de commettre un acte injuste, l'autre c'est de ne pas venir au secours de la victime d'un injuste agresseur. En effet, si le pr&#233;cepte de la non violence contenu dans les B&#233;atitudes m'interdit d'user de la force, celui de la charit&#233; me commande de d&#233;fendre, dans la mesure du possible, celui dont la vie est en p&#233;ril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de saint Ambroise est tr&#232;s clair ; il montre que face &#224; la violence la conscience se trouve prise entre plusieurs devoirs, ceux de non violence et de solidarit&#233; avec les plus faibles. Partant de cette constatation, les th&#233;ologiens des si&#232;cles suivants ont formul&#233; un certain nombre d'enseignements pour aider les individus &#224; discerner quel &#233;tait leur devoir dans une situation donn&#233;e ; ces r&#232;gles de comportement ont &#233;t&#233; progressivement synth&#233;tis&#233;es dans ce qui est devenu la th&#233;ologie de la guerre juste ; celle-ci devint une grille de lecture de plus en plus pr&#233;cise de situations de violence. Elle permit &#224; la conscience de juger de sa responsabilit&#233; face &#224; une situation en analysant ses diverses composantes, et de la juger en se r&#233;f&#233;rant aux valeurs sup&#233;rieures que propose l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La th&#233;orie de la guerre juste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; guerre juste &#187; sonne mal aux oreilles de notre temps ; l'argument est simple : il ne peut pas y avoir de violence qui soit juste, surtout pour un chr&#233;tien qui est tenu par la parole de l'&#201;vangile : Bienheureux les pacifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a deux mani&#232;res d'emp&#234;cher la violence, en s'en abstenant certes ; mais aussi si on ne peut &#233;viter qu'il y soit recouru dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, en tentant de la limiter, quand tout n'est pas imm&#233;diatement possible, il faut tenter de se rapprocher, autant que faire se peut, de l'id&#233;al poursuivi. Telle fut l'attitude de l'&#201;glise dans les soci&#233;t&#233;s du Moyen &#194;ge, en proie &#224; la violence chronique. Son effort se caract&#233;rise alors par un effort de persuasion ou d'&#233;ducation des consciences ; cela &#224; un niveau &#233;l&#233;mentaire et &#224; un niveau sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; un niveau &#233;l&#233;mentaire &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule arme dont disposait l'&#201;glise &#233;tait son autorit&#233; morale assortie de peines eccl&#233;siastiques. Elle invite donc les fid&#232;les &#224; prendre leurs distances avec la violence et, dans une soci&#233;t&#233; croyante, elle pouvait user de peines eccl&#233;siastiques. Notons bien qu'elle ne va pas se comporter comme un super-pouvoir imposant le pacifisme absolu ; elle usa d'abord d'un biais. Comme l'affirmait le Concile de Charroux (989) : &#171; Personne sans la paix ne verra le Seigneur &#187; ; les pouvoirs f&#233;odaux devaient &#234;tre convaincus de cette maxime et conduits &#224; prendre des engagements de non violence ; ceux-ci furent d'abord limit&#233;s ; ce furent la Paix de Dieu et la Tr&#234;ve de Dieu. Par la Paix de Dieu, princes et nobles passaient des conventions volontaires devant l'&#233;v&#234;que en vue de ne pas nuire aux faibles, aux marchands ou aux clercs ; cet engagement &#233;tait assorti de peines eccl&#233;siastiques pouvant aller jusqu'&#224; l'interdit du territoire, l'excommunication et la privation de la s&#233;pulture religieuse. Le m&#233;canisme de la Tr&#234;ve de Dieu faisait lui aussi appel aux sentiments chr&#233;tiens des princes et des populations ; il partait du principe qu'il &#233;tait ind&#233;cent pour les chr&#233;tiens de se battre &#224; certains jours, m&#234;me l&#233;gitimement, lorsqu'ils avaient une signification religieuse sp&#233;ciale ; cette pratique permit de proscrire la violence dans certaines r&#233;gions. Comme l'&#233;dictait le Concile de Bourges en 1038 : &#171; Nous avons d&#233;di&#233; &#224; Dieu le jeudi &#224; cause de l'Ascension du Christ, le vendredi, en m&#233;moire de ses souffrances, le samedi en raison de sa s&#233;pulture, le dimanche &#224; cause de sa R&#233;surrection ; en sorte qu'en ces jours, il ne devra y avoir aucune exp&#233;dition et nul n'aura &#224; redouter son ennemi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, L'&#201;glise et la guerre, Paris, D.D.B., 1988, p. 89.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; un niveau raisonn&#233; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;dients menaient une lutte indirecte contre la violence ; ils faisaient appel &#224; la conscience pour qu'elle se soumette &#224; des engagements pris (Paix de Dieu) ou impos&#233;s (la Tr&#234;ve de Dieu). La th&#233;orie de la juste guerre va faire appel directement &#224; la conscience pour qu'elle renonce d'elle-m&#234;me &#224; la violence ; elle marque un progr&#232;s consid&#233;rable de la conscience morale puisqu'elle remet &#224; celle-ci de porter un jugement bon ou mauvais sur une action. La conscience, analysant les donn&#233;es d'une situation, va porter un jugement sur ce qui est, pour elle, le bien &#224; un moment donn&#233; ; la th&#233;orie de la guerre juste fut &#224; l'origine une p&#233;dagogie pour lib&#233;rer la conscience des conditionnements dans lesquels elle se trouve : passion, d&#233;sir de vengeance, mise &#224; profit d'une situation de domination, etc., et pour l'aider &#224; choisir ce que l'&#201;glise tient pour une attitude juste ; elle est une grille de lecture offerte au croyant pour d&#233;cider si le recours &#224; la violence est tol&#233;rable et donc justifiable &#224; tel moment. Elle comprend deux volets : le jus &lt;i&gt;ad bellum&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;jus in bello. &lt;/i&gt;Le &lt;i&gt;jus ad bellum &lt;/i&gt;r&#233;pond &#224; la question : aije le droit de faire la guerre (autorit&#233; l&#233;gitime) ? : y a-t-il une raison valable d'y recourir ou s'agit-il d'une agression ? Personne ne peut-il r&#233;soudre pacifiquement le diff&#233;rend ? La raison que j'invoque n'est-elle pas qu'un pr&#233;texte en vue de m'assurer un avantage ? L'intervention projet&#233;e est elle seulement une r&#233;action destin&#233;e &#224; supprimer une injustice ou est-elle en mesure d'assurer plus de justice ? Les r&#232;gles du &lt;i&gt;jus in bello &lt;/i&gt;correspondent elles aussi &#224; des exigences simples, celles du respect des non combattants et celle de la proportionnalit&#233; entre les dommages inflig&#233;s et la raison du conflit. Cette grille de lecture a travers&#233; les si&#232;cles ; aucune conscience ne peut se dispenser d'y recourir dans l'analyse qu'elle fait des situations de conflit qui se pr&#233;sentent, comme nous le verrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re pr&#233;cision doit &#234;tre donn&#233;e pour permettre de saisir le sens de la th&#233;orie de la juste guerre telle qu'&#233;labor&#233;e par les th&#233;ologiens au cours des &#226;ges jusqu'au XVe si&#232;cle. Elle place le croyant en pr&#233;sence de Dieu mais leur face &#224; face n'est pas solitaire. L'&#201;glise y intervient ; le jugement que forme le politique ou le chef de guerre n'est pas une appr&#233;ciation subjective des circonstances ; celle-ci doit tenir compte des r&#232;gles objectives de moralit&#233; dont l'&#201;glise est l'interpr&#232;te ; ainsi celles-ci ne peuvent &#234;tre d&#233;tourn&#233;es de leur sens et mises au service d'int&#233;r&#234;ts temporels. Cette p&#233;riode de la Chr&#233;tient&#233; se cl&#244;t d'ailleurs par un exemple frappant de la grande valeur morale qu'avait atteinte ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de l'Am&#233;rique eut lieu en 1492&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Losada, Fray Bartolom&#232; de las Casas a la luz de la moderna historica, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s 1511, le P&#232;re Montesinos lan&#231;a le mouvement de protestation contre le sort r&#233;serv&#233; par les &lt;i&gt;conquistadores &lt;/i&gt;aux indig&#232;nes de l'Am&#233;rique. Las Casas s'engagea &#224; fond dans cette action quelques ann&#233;es plus tard avec le soutien de nombreux P&#232;res de l'Ordre dominicain, parmi lesquels Vitoria ; ce dernier avait d&#233;j&#224; protest&#233; contre le fait de la Conqu&#234;te dans ses le&#231;ons &lt;i&gt;de Indis&lt;/i&gt;. Ce mouvement s'amplifia et, en 1549, le Conseil des Indes informa l'empereur qu'&#233;tant donn&#233; les p&#233;rils relatifs &#224; la situation corporelle et spirituelle des indiens entra&#238;n&#233;s par la conqu&#234;te, aucune nouvelle exp&#233;dition ne devait &#234;tre autoris&#233;e sans la permission expresse du Conseil ; le Conseil demandait &#233;galement qu'une commission de th&#233;ologiens et de juristes discute comment les conqu&#234;tes &#171; pourraient &#234;tre conduites justement et avec une conscience s&#251;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In A. Losada, op. cit., p. 245.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Charles-Quint ordonna de fait de suspendre les op&#233;rations militaires et de prendre l'avis des th&#233;ologiens ; ce qui eut lieu dans une dispute entre Las Casas et Sepulveda &#224; Valladolid en 1550 et 1551&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette dispute tourna autour des quatre arguments suivants : les indiens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple qui vient d'&#234;tre mentionn&#233; montre l'originalit&#233; de la th&#233;orie de la juste guerre ; il y a conjonction du jugement moral de l'individu croyant et de la soci&#233;t&#233; qui se dit chr&#233;tienne, c'est-&#224;-dire acceptant comme loi fondamentale les principes chr&#233;tiens : l'un et l'autre se situent par rapport &#224; une v&#233;rit&#233; objective qui les lie en conscience et soumettent leur jugement final &#224; une sorte de contr&#244;le de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'effondrement de la th&#233;orie de la guerre juste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les hommes ne se convertissent pas en un instant et les soci&#233;t&#233;s ne changent pas de route facilement. Or deux &#233;v&#233;nements consid&#233;rables vont se produire au XVe si&#232;cle et provoquer une onde de choc dont les effets se font encore sentir aujourd'hui. L'un est d'ordre mat&#233;riel, l'autre religieux ; I'un et l'autre vont d&#233;traquer le m&#233;canisme tr&#232;s d&#233;licat d'&#233;ducation &#224; la paix que constituait la th&#233;orie de la guerre juste dans la Chr&#233;tient&#233; : la r&#233;volution commerciale et l'apparition des nationalismes d'une part, la rupture de l'unit&#233; chr&#233;tienne d'autre part. La d&#233;couverte de l'Am&#233;rique n'est pas seulement le signe d'une r&#233;volution dans les techniques de navigation ; elle s'est produite au moment de la naissance de l'esprit scientifique. Ce nouveau rapport est &#233;tabli entre l'esprit humain et le monde qui l'entoure ; celui-ci n'est plus connu &#224; travers la R&#233;v&#233;lation mais gr&#226;ce &#224; l'observation des faits de la nature et &#224; l'utilisation que les individus font de leurs connaissances pour atteindre les fins qu'ils se fixent. L'homme n'est plus habit&#233; par l'id&#233;e de Chr&#233;tient&#233; ; il est avant tout soucieux de poursuivre les objectifs terrestres qu'il entrevoit. Cette s&#233;paration s'op&#232;re entre les fins terrestres et les fins spirituelles alors que, dans l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, les premi&#232;res &#233;taient ordonn&#233;es aux secondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de saint Fran&#231;ois-Xavier est ici frappant ; il se sent mis en demeure de faire un choix entre gagner l'univers ou annoncer l'&#201;vangile. La dissociation de ces objectifs dans la conscience de l'homme de la Renaissance est le signe qu'on est entr&#233; dans une &#233;poque nouvelle. Or au m&#234;me moment &#233;mergent les nations ; I'&#201;tat devient le moyen de s'approprier les richesses du monde, de le d&#233;velopper et, pour un peuple, de lui imposer sa marque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous devons nous rappeler que c'est une partie de notre devoir que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture de l'unit&#233; chr&#233;tienne favorisera le d&#233;veloppement des nationalismes. Du point de vue de l'analyse politique, la R&#233;forme protestante, en s'en tenant au seul rapport direct du croyant avec Dieu et en &#233;liminant la fonction d'arbitre moral que pouvait jouer l'&#201;glise dans les affaires temporelles, supprima le mod&#233;rateur de la mise en &#339;uvre de la th&#233;orie de la guerre juste. L'&#233;clatement de la Chr&#233;tient&#233; n'a pas seulement supprim&#233; l'autorit&#233; morale qui pouvait exercer une influence pacificatrice sur le monde, il a encore cr&#233;&#233; les conditions pour mettre la religion au service des politiques nationales : &#171; L'enseignement des deux royaumes que Luther avait propos&#233; pour lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; de l'emprise papale fut exploit&#233; pour l&#233;gitimer l'abandon par l'&#201;glise de sa responsabilit&#233; dans le domaine social et politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration de la Commission mixte catholique-luth&#233;rienne 1983 in DC, 1983, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La th&#233;orie de la juste guerre fut d&#233;tourn&#233;e de sa fin premi&#232;re et permit d'apporter un semblant de l&#233;gitimation morale &#224; la satisfaction des ambitions nationales par la force. De nombreuses &#233;tudes ont &#233;tabli comment les religions monoth&#233;istes d'Occident, dans les divers pays, ont soutenu activement les guerres nationales de leurs contr&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. H.J. Benedikt, Der neue Protestantismus, Koln 1971 ; D.E. Bigham, &#171; War (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Papaut&#233; tr&#232;s affaiblie des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles n'entra pas dans ces perspectives nationalistes, mais la position qui &#233;tait alors la sienne, tant au plan inter national que vis-&#224;-vis des &#201;glises locales, ne lui permit pas de combattre directement cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Nouvelle approche de la violence end&#233;mique des soci&#233;t&#233;s &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La connivence qui s'&#233;tablit entre la th&#233;orie de la guerre juste et le nationalisme a conduit le monde &#224; une impasse tragique. Depuis les guerres r&#233;volutionnaires et napol&#233;oniennes la violence n'a fait que cro&#238;tre et s'&#233;tendre. Deux fois le monde entier a &#233;t&#233; embras&#233; ; les totalitarismes ont sem&#233; la mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Courtois, Le livre noir du communisme, Paris, 1997, p. 848, estime &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La force de d&#233;ferlement du nationalisme fut telle qu'elle se rendit ma&#238;tre de l'esprit des chr&#233;tiens de chaque pays qui mirent Dieu au service de leur cause consid&#233;r&#233;e comme la seule juste : Au &lt;i&gt;Gott mit uns&lt;/i&gt; des Allemands r&#233;pondait le &lt;i&gt;Gesta Dei per Francos&lt;/i&gt; des Fran&#231;ais et les sermons du temps de guerre repoussaient tout appel &#224; la paix, m&#234;me celui de Beno&#238;t XV du ler ao&#251;t 1917 : &#171; Tr&#232;s Saint P&#232;re, s'exclamait le pr&#233;dicateur de la Madeleine, nous ne pouvons pas retenir pour l'instant vos appels &#224; la paix &#187;, tout en reconnaissant dans le Pape sa &#171; grandeur morale &#187; et un &#171; tr&#244;ne de justice &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sermon du P&#232;re Sertillanges in J.Joblin, L'&#201;glise et la guerre, op. cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la juste guerre offrit aux nationalismes la possibilit&#233; de justifier leur intransigeance et leur extr&#233;misme devant l'opinion ; cette situation &#233;trange doit &#234;tre expliqu&#233;e car le mouvement qui nous en lib&#233;rera devra prendre le contre-pied de ses affirmations. Deux arguments semblent avoir pr&#233;valu aupr&#232;s de l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Il y a dans l'humanit&#233;, sp&#233;cialement vive dans les pays marqu&#233;s par le monoth&#233;isme, une aspiration invisible &#224; r&#233;aliser l'unit&#233; des peuples autour de la v&#233;rit&#233;. En effet, si tous les hommes sont fils d'un m&#234;me P&#232;re, ils doivent pouvoir vivre en fr&#232;res dans un m&#234;me ensemble politique ; mais le jour o&#249; dispara&#238;t l'arbitre potentiel entre les diverses ethnies qui la composent, leurs ambitions r&#233;ciproques font qu'elles recourent &#224; la force pour se prot&#233;ger de toute tentative de domination &#224; leur &#233;gard ; cette logique ne sera rompue que si on &#233;tablit un nouveau type d'arbitrage international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'unit&#233;, telle qu'elle avait &#233;t&#233; con&#231;ue au Moyen &#194;ge et &#224; la Renaissance, exigeait l'uniformit&#233; des croyances chez tous les membres de la soci&#233;t&#233; politique ; la confession d'une m&#234;me foi &#233;tait regard&#233;e comme la garantie de la stabilit&#233; des institutions. L'histoire a montr&#233; maintenant que cette exigence ne peut &#234;tre maintenue dans le monde contemporain car d'une part, l'homme place sa dignit&#233; dans l'exercice d'une responsabilit&#233; sociale et politique et, d'autre part, l'homog&#233;n&#233;it&#233; culturelle des nations se v&#233;rifie de moins en moins du fait du brassage des populations. Il en r&#233;sulte que toute action pour la construction de la paix doit &#234;tre apte &#224; d&#233;velopper le sens d'une fraternit&#233; universelle voyant dans la diversit&#233; de l'exp&#233;rience humaine des divers peuples une source d'enrichissement et non une menace &#224; la coexistence des civilisations. Telles sont les deux tendances qui se sont d&#233;velopp&#233;es tout au long des deux derniers si&#232;cles pour tenter de transformer fondamentalement les relations dans la soci&#233;t&#233; internationale, substituant &#224; la force la coexistence et la coop&#233;ration ou des &#339;uvres communes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. La construction de la paix au cours des deux derniers si&#232;cles &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps o&#249; les nationalismes se d&#233;veloppaient en Occident prenait naissance et s'amplifiait un courant d'opinion int&#233;grant des forces sociales d'inspirations tr&#232;s diff&#233;rentes mais qui avaient en commun de faire de la construction de la paix le premier imp&#233;ratif de la vie sociale. Des chr&#233;tiens particip&#232;rent &#224; ce mouvement. Nous assistons &#224; partir du pontificat de Pie IX &#224; un repositionnement de la Papaut&#233; et de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233; gr&#226;ce &#224; une prise de conscience de plus en plus g&#233;n&#233;rale des nouvelles conditions dans lesquelles ils doivent accomplir leur mission de justice et de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La construction de la paix est regard&#233;e comme un d&#233;fi que l'humanit&#233; doit relever.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Elle n'est pas &#171; une simple absence de guerre&#8230; elle n'est jamais chose acquise une fois pour toutes ; elle est sans cesse &#224; construire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 78. 1&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ou comme avait dit Pie XII : &#171; elle est le r&#233;sultat d'une action morale et juridique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pie XII, Message de No&#235;l 1943.&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les guerres d'ind&#233;pendance aux &#201;tats-Unis puis les guerres r&#233;volutionnaires et napol&#233;oniennes avaient sem&#233; la ruine dans ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui l'Occident et avaient occasionn&#233; de nombreux morts parmi les soldats des diverses arm&#233;es. C'est alors qu'apparurent les premiers mouvements de la paix dans les milieux anglo-saxons. Les premi&#232;res soci&#233;t&#233;s pacifistes furent cr&#233;&#233;es par des Quakers tant aux &#201;tats-Unis qu'en Angleterre d&#232;s les ann&#233;es 1808-1812 ; elles s'orient&#232;rent vers la non violence absolue et en firent la th&#233;orie avec des hommes comme Thoreau, Garrison, Darrow et, en Russie, Tolsto&#239;, pour ne parler que de quelques-uns des repr&#233;sentants de ce courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement d'origine religieuse se transforma insensiblement chez la plupart en un mouvement humaniste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, L'evoluzione storica dei movimenti della pace in Civil t&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui insista sur le fait que la paix devait &#234;tre trait&#233;e comme une &#339;uvre de raison. La guerre allait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un d&#233;sordre social d&#251; &#224; l'imperfection des institutions politiques. Cette conception fut particuli&#232;rement influente aux &#201;tats-Unis et plusieurs hommes d'&#201;tat, comme Wilson, furent actifs dans les mouvements de la paix de ce type ; ils pensaient que si les institutions am&#233;ricaines &#233;taient &#233;tendues au reste du monde et, particuli&#232;rement, &#224; l'Europe qui faisait montre d'un manque de maturit&#233; politique, la paix serait assur&#233;e. C'est ainsi que l'id&#233;ologie Wilsonienne fut &#224; la base de la Soci&#233;t&#233; des Nations et les hommes d'&#201;tat lib&#233;raux de l'Europe entr&#232;rent dans cette perspective. Cette conception purement rationaliste de la paix explique en partie pourquoi les n&#233;gociateurs du trait&#233; de Versailles ne virent aucune raison d'inviter le Saint-Si&#232;ge &#224; la table de leurs n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps o&#249; le monde lib&#233;ral et la&#239;c pr&#233;cisait sa conception de la paix et trouvait &#224; l'appliquer, le monde chr&#233;tien d&#233;veloppait ses propres vues &#224; ce sujet ; c'est ainsi que le p&#232;re Luigi Taparelli entrevit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Parelli, Saggio teoretico di diritto naturale appogiato sulfatto, 4 vol., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#232;s les ann&#233;es 1840 la mise en place d'une institution internationale qu'il appelait &lt;i&gt;l'ethnarchie&lt;/i&gt; et dont la constitution enl&#232;verait tout pr&#233;texte de guerre. La Papaut&#233;, elle aussi, adopta une attitude universaliste en d&#233;couvrant progressivement les nouvelles modalit&#233;s de sa pr&#233;sence &#224; la vie internationale ; elle ne serait plus un arbitre qui dirait le droit &#224; des gouvernements chr&#233;tiens ayant des pr&#233;tentions diverses ; elle se situerait &#224; un autre niveau que celui des querelles et guerres nationales. L'allocution de Pie IX au Consistoire du 20 avril 1849 et son Encyclique &lt;i&gt;Cum sancta Mater &lt;/i&gt;du 27 avril 1859 semblent &#234;tre les premi&#232;res marques de cette nouvelle prise de conscience du r&#244;le de la Papaut&#233;. Dans l'une et l'autre intervention, le Pape rel&#232;ve le scandale que constitue la guerre entre des nations catholiques et affirme qu'il ne peut faire autre chose que de &#171; pr&#234;cher sans cesse la paix &#187; car il serait contraire &#224; sa mission d'&#171; appeler les hommes au carnage et &#224; la mort &#187;. Ces premi&#232;res interventions de Pie IX montrent la position d'&#233;quilibre dans laquelle se place la Papaut&#233; : d'une part elle cachera de moins en moins son hostilit&#233; &#224; la guerre ; Jean-Paul II n'h&#233;sitera pas &#224; employer les mots d'&#171; absurde &#187; et d'&#171; indigne de l'homme &#187; pour la qualifier ; mais en m&#234;me temps, prenant acte du degr&#233; o&#249; se trouve la conscience de l'humanit&#233;, les Papes n'adopteront jamais le pacifisme absolu. Ainsi, Jean-Paul II d&#233;clarera-t-il, lorsqu'il visitera la paroisse sainte Doroth&#233;e &#224; Rome durant la guerre du Golfe : &#171; Je ne suis pas un pacifiste. Les textes sont nombreux pour dire qu'on ne peut pas laisser les mains libres aux &#034;criminels sans conscience&#034; et aux &#034;malfaiteurs internationaux&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos rapport&#233; par Origins 1991/38 du 28 f&#233;vrier 1991, p. 625, par lequel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il existe un devoir de solidarit&#233; d'aider les victimes d'une injuste agression&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pie XII, Discours au congr&#232;s international de droit p&#233;nal, 3 octobre 1953.&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps o&#249; les Papes se d&#233;gag&#232;rent des conflits nationaux auxquels ils s'&#233;taient trouv&#233;s associ&#233;s dans le pass&#233;, le plus souvent du fait de l'existence des &#201;tats pontificaux, ils prirent de plus en plus conscience de leur obligation d'affirmer la sp&#233;cificit&#233; du Saint-Si&#232;ge dans un monde qui ne la reconnaissait plus. Pie IX per&#231;ut d&#233;j&#224; cette nouveaut&#233; &#224; l'occasion de la ratification de la convention de la Croix-Rouge de 1864. On sait qu'&#224; l'issue de la bataille de Solf&#233;rino (1859), Henri Dunant s'employa &#224; persuader les chefs de gouvernement de conclure un accord sur l'assistance minimum dont b&#233;n&#233;ficieraient les bless&#233;s en cas de guerre. Dans un premier temps, Pie IX refusa de s'associer &#224; l'entreprise et m&#234;me de prendre part aux n&#233;gociations qui conduisirent &#224; l'adoption de la Convention de Gen&#232;ve. Le Pape justifia son refus en expliquant que l'&#201;glise ne faisait la guerre &#224; personne &#224; la diff&#233;rence des &#201;tats qui s'arrogeaient ce droit au nom de leur souverainet&#233; ; il assura &#233;galement que, si elle &#233;tait attaqu&#233;e, ses arm&#233;es continueraient de traiterlesbless&#233;savec humanit&#233; comme elle l'avait toujours fait dans le pass&#233;. Le Saint-Si&#232;ge se mit ici &#224; un autre niveau et si, finalement en 1868, il ratifia la Convention sous la pression de la France, ce fut apr&#232;s que fut reconnue sa sp&#233;cificit&#233; ; comme devait l'&#233;crire le Secr&#233;taire d'&#201;tat au Conseil f&#233;d&#233;ral de Berne : &#171; Sa Saintet&#233;&#8230; s'y est d&#233;termin&#233;e principalement afin qu'il soit pourvu d'une mani&#232;re plus facile et plus r&#233;guli&#232;re &#224; l'assistance religieuse des bless&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, La difficile ratification de la convention de 1864 in Archivum (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position morale du Saint-Si&#232;ge dans la vie internationale ne sera reconnue que sporadiquement jusqu'&#224; la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Si des pays r&#233;put&#233;s non catholiques, comme la Prusse dans l'affaire de l'arbitrage des Carolines (1885), ou la Russie et les Pays-Bas pour la pr&#233;paration de la premi&#232;re conf&#233;rence de La Haye (1899), eurent recours &#224; la diplomatie pontificale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Eppstein, The Catholic Tradition of the Law of Nations Burnes, London (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est que de rappeler la rebuffade que re&#231;ut Beno&#238;t XV &#224; la suite de son appel &#224; une tr&#234;ve de No&#235;l en 1914, l'hostilit&#233; qui accueillit son appel &#224; la paix du 1er ao&#251;t 1917 ou son exclusion des n&#233;gociations de paix &#224; la suite du Trait&#233; de Londres de 1915 entre la France, l'Angleterre et l'Italie, pour se rendre compte du discr&#233;dit o&#249; le mettait son pacifisme dans l'opinion m&#234;me catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les peuples d'Occident se virent de nouveau entra&#238;n&#233;s dans la guerre en 1939, leurs r&#233;serves tomb&#232;rent &#224; l'&#233;gard de la Papaut&#233; ; ils comprirent qu'elle repr&#233;sentait une force de paix par sa puissance morale. Le cri de Pie XII, le 24 ao&#251;t 1939, frappa les imaginations : &#171; Le danger est imminent, mais il est encore temps. Rien n'est perdu avec la paix. Tout peut l'&#234;tre avec la guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pie XII, Radio Message du 24 ao&#251;t 1939.&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une analogie peut &#234;tre trouv&#233;e ici avec l'exclamation de Paul VI devant l'Assembl&#233;e des Nations Unies : &#171; Plus, jamais la guerre &#187; (1965), &#224; une &#233;poque o&#249; la guerre froide pouvait encore d&#233;g&#233;n&#233;rer en un conflit ouvert. De telles affirmations tirent leur force de l'&#233;vidence du propos et de l'autorit&#233; morale de celui qui les prof&#232;rent ; elles s'imposent &#224; l'esprit des populations, &#233;rodent lentement leurs structures mentales tourn&#233;es vers l'agressivit&#233; et les conduisent &#224; placer l'imp&#233;ratif de la construction de la paix au-dessus des pr&#233;f&#233;rences nationales. Elles mettent l'humanit&#233; au d&#233;fi de s'engager sur des voies nouvelles. Ainsi le Saint-Si&#232;ge a-t-il &#233;t&#233; r&#233;ins&#233;r&#233; dans la vie internationale sur un plan nouveau, celui de l'action morale qui doit soutenir l'action juridique ; cette innovation a &#233;t&#233; rendue possible parce qu'il a su adopter une nouvelle strat&#233;gie de pr&#233;sence au monde, celle de la coop&#233;ration avec toutes les forces d'id&#233;al en s'adressant &#224; tous les hommes de bonne volont&#233; : si chaque individu, en tant qu'&#234;tre humain, &#233;tait invit&#233; &#224; construire la paix, la collaboration entre croyants et non-croyants pour la r&#233;alisation de cet objectif devait un jour s'imposer. Pacifistes la&#239;cs et pacifistes chr&#233;tiens ne pourraient plus suivre des voies parall&#232;les ; ils devraient joindre leurs efforts pour atteindre ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#244;le des &#171; forces d'id&#233;al &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'expression &#171; forces d'id&#233;al &#187; semble avoir &#233;t&#233; relativement courante au tournant des XIXe et XXe si&#232;cles ; on la trouve aussi bien sous la plume d'auteurs socialistes (Jaur&#232;s, Thomas) ou chr&#233;tiens (Don Sturzo) ; les uns et les autres entendant par l&#224; cette pouss&#233;e passionnelle qui est susceptible d'entra&#238;ner les foules pour la r&#233;alisation d'un id&#233;al hier le nationalisme, aujourd'hui la paix ; elles ont en commun de mobiliser les &#233;nergies pour l'obtention d'un r&#233;sultat qui est hors d'atteinte d'un mouvement particulier ; c'est ainsi qu'Albert Thomas, ancien ministre socialiste de l'armement, se tourna d&#232;s 1919 vers le mouvement chr&#233;tien social afin de lui demander de l'aider &#224; consolider l'&#339;uvre du Bureau international du Travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, Essere Chiesa nella societ&#224; pluralista in Civilt&#224; Cattolica 1979, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce qui ne manquera pas de surprendre plus d'un, c'est le fait que Pie XI r&#233;pondit favorablement &#224; ces avances et autorisa un pr&#234;tre &#224; travailler au sein du Bureau. La conjonction des forces d'id&#233;al pour la Justice qui avait commenc&#233; dans la pratique re&#231;ut ainsi une sorte d'approbation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pr&#233;occupation majeure d'une soci&#233;t&#233; n'est plus d'&#233;viter la guerre mais de construire la paix, les valeurs qui composent la grille de lecture de la th&#233;orie de la juste guerre voient leur importance relative modifi&#233;e. Prenons par exemple les concepts d'ultime recours et d'intention droite dans le &lt;i&gt;jus ad bellum.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la th&#233;orie classique, l'autorit&#233; sup&#233;rieure &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme disposant seule de l'usage de la force afin de faire r&#233;gner la justice ; dans la perspective nouvelle, ce qui lui est demand&#233;, c'est de mobiliser les &#233;nergies des peuples vers des objectifs positifs ; son r&#244;le est &#233;largi ; il n'est plus de faire la guerre ou d'imposer la non-guerre mais de construire la paix. La mission des pouvoirs politiques prend une nouvelle signification car, comme le dit encore &lt;i&gt;Gaudium et spes :&lt;/i&gt; il s'agit pour eux &#171; d'&#233;difier un monde qui soit vraiment plus humain pour tous et en tous lieux &#187; (&#167; 77, 1) et dans des conditions difficiles, car &#171; la paix n'est jamais acquise une fois pour toutes ; elle est sans cesse &#224; construire &#187; (&#167; 78, 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix est d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme une valeur globale ou mieux englobante ; demandant que les autres valeurs sociales soient jug&#233;es en fonction de leur aptitude &#224; en favoriser l'instauration, elle va avoir une influence directe sur l'interpr&#233;tation de la th&#233;orie de la guerre juste. Prenons par exemple l'intention droite. Selon l'interpr&#233;tation traditionnelle, il s'agissait de v&#233;rifier si la cause du conflit &#233;tait bien ce qui &#233;tait affirm&#233; (le plus souvent la r&#233;cup&#233;ration d'un territoire) en dehors de toute autre consid&#233;ration ; d&#233;sormais on se demandera si cette droiture existe vraiment, si les parties au diff&#233;rend &#233;vitent de recourir aux proc&#233;dures que la communaut&#233; internationale a mises au point pour les r&#233;gler (tel fut le cas avec les guerres des Malouines, du Golfe) et si les hostilit&#233;s ne risquent pas de compromettre la formation d'une entente de paix entre les parties adverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s politiques ne peuvent assumer leurs nouvelles fonctions sans l'appui actif des mouvements sociaux et de l'opinion ; seuls ils peuvent les retenir s'ils sont tent&#233;s de retomber dans les luttes entre nations pour la domination des peuples, des territoires ou des march&#233;s. L'erreur du trait&#233; de Versailles fut de n&#233;gliger le r&#244;le des &#171; forces d'id&#233;al &#187; et de faire confiance &#224; la seule force contraignante d'engagements pris entre hommes politiques ; on parla alors de &#171; pactomanie &#187;. C'est &#224; ce moment que Lord Ponsonby (1871-1946), reprenant la th&#232;se qu'un Quaker avait publi&#233;e en 1806&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Clarkson, Portraitism of Quakerism, 1806.&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soutint qu'aucun gouvernement, aussi immoral fut-il, ne pourrait braver la conscience universelle en attaquant un &#201;tat d&#233;sarm&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par M. Ceadel, Pacifism in Britain 1914-1945. The defining of a faith. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dans ce contexte que les &#171; forces d'id&#233;al &#187; sont intervenues pour soutenir l'action des gouvernements ; mais elles n'avaient pas encore pris un poids suffisant entre les deux Guerres mondiales pour pouvoir infl&#233;chir les choix des gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Saint-Si&#232;ge n'est pas rest&#233; insensible &#224; cette &#233;volution et s'est appuy&#233; sur ce mouvement de fond que constituent les forces d'id&#233;al dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coop&#233;ration des mouvements d'inspiration chr&#233;tienne avec ceux d'inspiration humaniste ou socialiste caract&#233;rise la politique actuelle de la Papaut&#233; pour la construction de la paix. Si la paix est une &#339;uvre collective qui implique la participation des peuples et de leur opinion, tous les hommes qui reconnaissent la valeur sup&#233;rieure de cet id&#233;al doivent participer &#224; sa construction. Ce principe modifie la repr&#233;sentation ancienne du r&#244;le des chr&#233;tiens et du Saint-Si&#232;ge dans la vie internationale. Ce dernier s'est trouv&#233; associ&#233; pendant des si&#232;cles avec les pouvoirs en place et la fonction de mentor qui lui avait &#233;t&#233; reconnue envers les princes chr&#233;tiens fit penser qu'il ne pourrait se d&#233;partir de cette position et trouver une place dans la soci&#233;t&#233; moderne devenue d&#233;mocratique et laique. En fait, la Papaut&#233;, d&#233;nu&#233;e de pouvoir temporel, mais puisant son inspiration dans sa vision religieuse du devenir humain, anime un courant humaniste qui d&#233;passe le cercle des croyants. Tous ceux qui l'&#233;coutent n'acceptent pas pour autant ses enseignements religieux mais ils sont sensibles &#224; l'id&#233;al qui na&#238;t de son interpr&#233;tation de la vie humaine. Ainsi en fut-il des discours de guerre de Pie XII et surtout des Encycliques &lt;i&gt;Mater et Magistra &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Pacem in terris &lt;/i&gt;de Jean XXIII, du Concile Vatican II avec ses documents sur la libert&#233; religieuse, les relations avec les religions non-chr&#233;tiennes, l'&#339;cum&#233;nisme et la construction de la paix. Les mouvements sociaux ne doivent pas &#234;tre toujours assimil&#233;s aux id&#233;ologies dont ils se r&#233;clament et attention doit &#234;tre donn&#233;e aux aspects de l'humain qu'ils mettent en &#233;vidence alors que d'autres les n&#233;gligent. Cette constatation fonde la n&#233;cessit&#233; du dialogue, non pas na&#239;f et aveugle, mais lucide, entre les partenaires sociaux des diverses civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le dialogue pour la paix&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il prend un aspect concret et porte sur le renouvellement de l'interpr&#233;tation classique donn&#233;e aux cat&#233;gories de la th&#233;orie de la juste guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#171; les guerres sont faites en vue d'instaurer la paix &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contra Faustum XXI 78.&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme l'a &#233;crit saint Augustin, il s'agit de construire celle-ci avant qu'elles n'&#233;clatent en adoptant des mesures permettant &#224; chacun de penser qu'il a re&#231;u ce qui lui revient ou estime lui revenir et que, s'il n'en est pas ainsi, le co&#251;t d'une modification de cet &#233;tat de choses par la force serait d&#233;raisonnable. La paix n'est plus regard&#233;e seulement comme une absence de guerre mais comme une &#339;uvre de justice (action morale) inscrite dans la r&#233;alit&#233; (action juridique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les valeurs f&#233;tiches du monde pr&#233;sent &#233;tant celles de la solidarit&#233; et des droits de l'homme, la collaboration des &#171; forces d'id&#233;al &#187; doit se porter sur ces deux terrains. De fait, l'aide aux populations en d&#233;tresse est susceptible de mobiliser les &#233;nergies de nombreuses associations ; de m&#234;me, la d&#233;nonciation des violations des droits de l'homme est devenue un imp&#233;ratif moral partag&#233; par des hommes de plus en plus nombreux sous quelque r&#233;gime qu'ils vivent, ce qu'attestent les efforts entrepris pour soumettre les relations commerciales internationales aux exigences formul&#233;es par les conventions fondamentales de l'Organisation internationale du Travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette D&#233;claration adopt&#233;e en 1998 mentionne comme droits sociaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il peut sembler que le souci de construire la paix op&#232;re une rupture avec la th&#233;orie de la guerre juste et rel&#232;gue celle-ci parmi les t&#233;moins d'&#233;poques pass&#233;es. Il n'en est rien ; elle demeure la grille de lecture que les hommes sont invit&#233;s &#224; utiliser pour cro&#238;tre en humanit&#233;. Princes, peuples et nations se sont interrog&#233;s durant des si&#232;cles pour se donner des raisons de recourir ou non &#224; la violence au moment o&#249; elle &#233;tait sur le point de se d&#233;cha&#238;ner, ils se demandent aujourd'hui comment &#233;viter d'en arriver &#224; ce point et, pour cela, comment les cat&#233;gories de la th&#233;orie traditionnelle peuvent &#234;tre transform&#233;es en instruments de paix. Le champ de la r&#233;flexion est &#233;largi : il s'agit, en temps de paix, de faire que les politiques suivies respectent les exigences de solidarit&#233; et de promotion des droits de l'homme dont les violations conduisent &#224; la guerre. Partant du principe que toutes les mesures politiques doivent &#234;tre jug&#233;es en fonction de leur aptitude &#224; &#233;tablir et garantir la paix, et qu'elles doivent &#234;tre accept&#233;es seulement dans la mesure o&#249; elles sont de nature &#224; favoriser l'accomplissement de cet objectif fondamental, les diverses cat&#233;gories de la th&#233;orie de la guerre juste offrent une grille de lecture pour la r&#233;alisation de cette nouvelle perspective. Ce noyau d'une &#171; th&#233;ologie de la paix &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Coste, Th&#233;ologie de la paix, Cerf, Paris, 1987, p. 452.&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; doit &#234;tre &#233;labor&#233; avant tout gr&#226;ce au travail commun de th&#233;ologiens, d'hommes politiques et de militaires. Une r&#233;flexion qui s'engagerait dans cette direction pourrait consid&#233;rer les points suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autorit&#233; comp&#233;tente &lt;/i&gt;avait au Moyen &#194;ge une double composante, politique et religieuse ; on sait qu'apr&#232;s la Renaissance, les &#201;tats se sont attribu&#233; le droit de d&#233;cider seuls de la l&#233;gitimit&#233; du recours &#224; la force. Une perspective nouvelle modifie cette situation. D'une part, la doctrine et l'opinion voient dans les institutions internationales une autorit&#233; politique supranationale, le si&#232;ge de l'ultime recours ; d'autre part, elles attendent d'elles qu'elles jouent un r&#244;le : actif, celui requis par la construction de la paix, &#171; d'&#233;difier un monde qui soit plus humain pour tous et en tous lieux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 77,1.&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans des conditions difficiles puisque &#171; la paix n'est jamais une chose acquise une fois pour toutes et qu'elle est sans cesse &#224; construire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 78,1.&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les derniers Papes ont fait des Institutions internationales la cl&#233; de toute solution aux probl&#232;mes de paix ou de guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul II a insist&#233; sur le r&#244;le qui est le leur dans l'assistance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l&#224; les questions : l'action des gouvernements contribue-t-elle &#224; rendre plus impartiales et efficaces les Institutions internationales ? Leur est-il permis de refuser de leur verser leurs cotisations ou de s'en retirer s'ils ne les jugent pas assez dociles ? Peut-on s'associer aux campagnes d'opinion qui les d&#233;nigrent syst&#233;matiquement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La cause juste &lt;/i&gt;&#233;tait pour la doctrine classique la r&#233;cup&#233;ration d'un territoire, la r&#233;paration d'une offense, la d&#233;fense contre une agression ; seule cette derni&#232;re raison est retenue aujourd'hui, pour autant que les Institutions internationales n'ont pas &#233;t&#233; saisies du diff&#233;rend. La perspective nouvelle insiste sur le fait que l'origine des conflits doit &#234;tre cherch&#233;e dans des causes permanentes qui tiennent &#224; la structure actuelle des relations internationales qui favorisent plus souvent qu'on ne le pense la violation des droits de l'homme et le maintien de situations de pauvret&#233; ; de l&#224; les questions : s'efforce-t-on d'&#233;liminer ce qui provoque les injustices au lieu de se contenter d'en att&#233;nuer les effets ? Quelle importance est accord&#233;e &#224; la r&#233;forme du syst&#232;me international afin de pr&#233;venir la course aux armements, les explosions de r&#233;volte&#8230; et de renforcer la confiance entre les peuples ? Une cause peut-elle &#234;tre jug&#233;e juste si l'on n'a pas eu recours aux juridictions de conciliation, d'arbitrage ou de jugement qui existent et dont la vocation est de trouver une solution &#233;quitable aux revendications profondes des peuples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'intention droite &lt;/i&gt;&#233;tait reconnue comme telle si la cause invoqu&#233;e &#233;tait effectivement celle qui poussait &#224; entrer en guerre. La paix est regard&#233;e aujourd'hui comme une valeur globale ou englobante, c'est-&#224;-dire demandant de regarder les autres donn&#233;es sociales en fonction de leur aptitude &#224; la renforcer. Une intention pour &#234;tre dite droite, doit reposer sur la conviction que l'action guerri&#232;re projet&#233;e renforcera la coop&#233;ration entre les peuples et les &#201;tats. Il ne s'agit plus d'obtenir une victoire militaire mais de construire une paix durable parce que juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le souci des populations civiles &lt;/i&gt;&#233;tait limit&#233; &#224; leur mise &#224; l'&#233;cart des combats ; il doit devenir dans une culture de paix celui de leur &#171; d&#233;veloppement mat&#233;riel et progr&#232;s spirituel &#187; pour leur permettre de participer organiquement (Paul VI) aux d&#233;cisions qui les concernent. &#171; Le d&#233;veloppement est le nouveau nom de la paix &#187;, mais n'est-ce pas parce que ce fait d'ordre moral est n&#233;glig&#233; qu'on en arrive &#224; tol&#233;rer ce qui rendra plus difficile la marche des peuples vers une &#233;galit&#233; effective comme le maintien d'un embargo alimentaire ou la destruction d'installations qui conduiront &#224; une marginalisation &#233;conomique, sociale et politique des populations les plus pauvres. Il y a l&#224; une forme de guerre totale que condamne &lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 80&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'exigence de proportionnalit&#233; &lt;/i&gt;entre elle aussi dans une culture de paix ; le co&#251;t des armements et des op&#233;rations militaires est devenu tel que les gouvernements et l'opinion doivent consid&#233;rer le recours &#224; la guerre comme inacceptable, d'autant que celle-ci constitue un processus cumulatif qui a son propre dynamisme et tend &#224; &#233;chapper au contr&#244;le de l'homme. Chaque g&#233;n&#233;ration doit trouver devant cette absurdit&#233; le courage d'un sursaut moral qui lui fasse emprunter les voies de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ologiens qui ont &#233;labor&#233; les premiers la th&#233;orie de la juste guerre ont mis en &#233;vidence les param&#232;tres qui s'imposent &#224; la conscience devant une situation de conflit. Il s'agissait hier de limiter le d&#233;clenchement des hostilit&#233;s en s'adressant &#224; la conscience des responsables civils et militaires. Aujourd'hui, il est demand&#233; &#224; tous de construire la paix. De plus, &#224; la d&#233;fense des seuls int&#233;r&#234;ts nationaux est venue se substituer l'obligation de soumettre ceux-ci aux int&#233;r&#234;ts globaux de l'humanit&#233; ; ceux-ci ont pr&#233;sentement pour nom un d&#233;veloppement solidaire dans le respect de tous et de chacun. Il y a donc un fil conducteur de la th&#233;orie de la guerre juste &#224; la construction de la paix. Un m&#234;me souci d'&#233;duquer les individus &#224; faire r&#233;gner le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#232;re Joseph Joblin, sj&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte original d'une conf&#233;rence prononc&#233;e au Centre Saint-Louis des-francais &#224; Rome, lors des journ&#233;es d'&#233;tude &#171; Dieu entre la paix et la guerre &#187;, les 15 et 16 avril. Texte paru dans La Documentation Catholique n&#176; 2206 du 20 juin 1999&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Partie XIII, &lt;i&gt;Pr&#233;ambule&lt;/i&gt; de la constitution de l'Organisation Internationale du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charte des Nations Unies, &lt;i&gt;Pr&#233;ambule&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Centesimus annus&lt;/i&gt;, 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul II, &lt;i&gt;Discours aux travailleurs de Civita Vecchia&lt;/i&gt;, 19 mars 1987 in l'&lt;i&gt;Osservatore Romano&lt;/i&gt;, 20 mars 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Fessard, &lt;i&gt;Paix ou Guerre 7.Monde nouveau&lt;/i&gt;, Paris, 1951, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De Officiis&lt;/i&gt; I, 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la guerre&lt;/i&gt;, Paris, D.D.B., 1988, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Losada, &lt;i&gt;Fray Bartolom&#232; de las Casas a la luz de la moderna historica&lt;/i&gt;, Tecnos, Madrid, 1970, pp. 244-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In A. Losada, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette dispute tourna autour des quatre arguments suivants : les indiens sont-ils esclaves par nature ? Peut-on tol&#233;rer leur religion qui est fausse ? Doit-on porter assistance aux victimes innocentes des sacrifices humains ? Peut-on faire la guerre pour propager la foi ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Nous devons nous rappeler que c'est une partie de notre devoir que le monde re&#231;oive notre empreinte et non celle d'un autre peuple &#187; D&#233;claration de Lord Roseberry, secr&#233;taire au Foreign Office rapport&#233;e par G. Hanotacex, &lt;i&gt;Fachoda et le partage de l'Afrique&lt;/i&gt;, p. 81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration de la Commission mixte catholique-luth&#233;rienne 1983 in &lt;i&gt;DC&lt;/i&gt;, 1983, p. 694-697, &#167; 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. H.J. Benedikt, &lt;i&gt;Der neue Protestantismus&lt;/i&gt;, Koln 1971 ; D.E. Bigham, &#171; War as an obligation in the thought of American Christians 1898-1920 &#187; in &lt;i&gt;Peace and Change&lt;/i&gt; (Kent) Winter 1991, p. 45-57 ; J. Joblin, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la guerre&lt;/i&gt;, DDB, Paris, 1987, p. 167 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Courtois, &lt;i&gt;Le livre noir du communisme&lt;/i&gt;, Paris, 1997, p. 848, estime &#224; environ 100 millions de morts les victimes du communisme (p. 14).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sermon du P&#232;re Sertillanges in J.Joblin, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la guerre&lt;/i&gt;, op. cit., p. 238 ; de m&#234;me p. 229.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 78. 1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pie XII, &lt;i&gt;Message de No&#235;l 1943&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;L'evoluzione storica dei movimenti della pace in Civil t&#224; Cattolica&lt;/i&gt;, 1984, II, p. 336-349.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Parelli, &lt;i&gt;Saggio teoretico di diritto naturale appogiato sulfatto&lt;/i&gt;, 4 vol., Palermo 1844, IV VI I &#167; 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propos rapport&#233; par &lt;i&gt;Origins&lt;/i&gt; 1991/38 du 28 f&#233;vrier 1991, p. 625, par lequel le Pape lie paix et Justice : &#171; Peace is always the work of justice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pie XII, &lt;i&gt;Discours au congr&#232;s international de droit p&#233;nal&lt;/i&gt;, 3 octobre 1953.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;La difficile ratification de la convention de 1864&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;Archivum Histori&#230; Pontificiae&lt;/i&gt; 1993/31 p.249.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Eppstein, &lt;i&gt;The Catholic Tradition of the Law of Nations Burnes&lt;/i&gt;, London 1935, p. 174 et 473.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pie XII, &lt;i&gt;Radio Message&lt;/i&gt; du 24 ao&#251;t 1939.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;Essere Chiesa nella societ&#224; pluralista in Civilt&#224; Cattolica&lt;/i&gt; 1979, III p. 345-357.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T. Clarkson, &lt;i&gt;Portraitism of Quakerism&lt;/i&gt;, 1806.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par M. Ceadel, &lt;i&gt;Pacifism in Britain 1914-1945. The defining of a faith&lt;/i&gt;. Clarendon Press Oxford 1980, p. 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contra Faustum&lt;/i&gt; XXI 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette D&#233;claration adopt&#233;e en 1998 mentionne comme droits sociaux fondamentaux la libert&#233; syndicale, l'interdiction du travail forc&#233; et du travail des enfants ainsi que la non discrimination en mati&#232;re d'emploi et de profession.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Coste, &lt;i&gt;Th&#233;ologie de la paix&lt;/i&gt;, Cerf, Paris, 1987, p. 452.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 77,1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 78,1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul II a insist&#233; sur le r&#244;le qui est le leur dans l'assistance humanitaire. Cf. &lt;i&gt;Discours au Corps diplomatigue&lt;/i&gt; 16 janvier 1993 ; J. Joblin, &#171; L'ing&#233;rence des &#201;tats en temps de guerre &#187; in &lt;i&gt;Greogorianum&lt;/i&gt;, 76/1 (1995) p. 95-123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 80&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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