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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Prologue du Trait&#233; de l'amendement de l'intellect</title>
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		<dc:creator>Spinoza, Baruch</dc:creator>


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&lt;p&gt;La philosophie : recherche d'un bien v&#233;ritable &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Quand l'exp&#233;rience m'eut appris que tous les &#233;v&#233;nements ordinaires de la vie sont vains et futiles, voyant que tout ce qui &#233;tait pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ni de mauvais en soi, mais dans la seule mesure ou l'&#226;me en &#233;tait &#233;mue, je me d&#233;cidai en fin de compte &#224; rechercher s'il n'existait pas un bien v&#233;ritable et qui p&#251;t se communiquer, quelque chose enfin dont la d&#233;couverte et l'acquisition me procureraient (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La philosophie : recherche d'un bien v&#233;ritable&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Quand l'exp&#233;rience m'eut appris que tous les &#233;v&#233;nements ordinaires de la vie sont vains et futiles, voyant que tout ce qui &#233;tait pour moi cause ou objet de crainte ne contenait rien de bon ni de mauvais en soi, mais dans la seule mesure ou l'&#226;me en &#233;tait &#233;mue, je me d&#233;cidai en fin de compte &#224; rechercher s'il n'existait pas un bien v&#233;ritable et qui p&#251;t se communiquer, quelque chose enfin dont la d&#233;couverte et l'acquisition me procureraient pour l'&#233;ternit&#233; la jouissance d'une joie supr&#234;me et incessante.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je dis qu'&lt;i&gt;en fin de compte je me d&#233;cidai&lt;/i&gt;, car, &#224; premi&#232;re vue, il semblait d&#233;raisonnable de renoncer &#224; du certain pour quelque chose d'encore incertain. Je voyais en effet les avantages que nous procurent honneurs et richesses, et qu'il m'en fallait abandonner la poursuite si je voulais m'appliquer avec s&#233;rieux &#224; cette nouvelle entreprise. Et je m'apercevais bien que si jamais le bonheur supr&#234;me r&#233;sidait dans ces biens, je devrais en &#234;tre priv&#233;. Mais en revanche, s'il n'y &#233;tait pas contenu et si je m'y attachais exclusivement, j'&#233;tais tout autant priv&#233; du bonheur supr&#234;me.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je m'interrogeai donc pour savoir si par hasard il n'&#233;tait pas possible d'accomplir ce nouveau projet, ou du moins d'arriver &#224; une certitude sans changer l'ordre et la conduite ordinaire de ma vie. Je l'ai souvent tent&#233; en vain. Car ce qui nous occupe le plus souvent dans la vie et ce que les hommes, comme on peut le conclure de leurs actes, estiment comme le souverain bien, peut se ramener &#224; ces trois choses : la richesse, les honneurs, et le plaisir sensuel.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Or l'esprit est tellement diverti par ces trois choses, qu'il peut &#224; peine penser &#224; quelque autre bien. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Par le plaisir sensuel, l'&#226;me est suspendue comme si elle se reposait dans un bien v&#233;ritable, ce qui l'emp&#234;che absolument de penser &#224; autre chose ; mais apr&#232;s la jouissance vient l'extr&#234;me tristesse qui, si elle ne suspend pas l'activit&#233; de l'esprit, la trouble et l'engourdit. La poursuite des honneurs et de la richesse ne divertit pas moins l'esprit, surtout quand on recherche la richesse pour elle-m&#234;me, car elle fait alors figure de souverain bien. Mais se sont les honneurs qui divertissent bien plus encore l'esprit : on admet toujours, en effet, que c'est un bien en soi et comme une fin derni&#232;re vers laquelle tout converge. Et puis, ni l'un ni l'autre ne contiennent leur propre punition comme c'est le cas pour le plaisir sensuel ; au contraire, plus on en poss&#232;de, plus on &#233;prouve de joie. Aussi sommes-nous chaque fois plus incit&#233;s &#224; les accro&#238;tre. Si, au contraire, nous sommes un jour d&#233;&#231;us, nous sommes tr&#232;s tristes. Enfin, les honneurs sont une s&#233;rieuse entrave, car, pour y parvenir, il nous faut n&#233;cessairement r&#233;gler notre vie selon le niveau ordinaire des hommes, c'est-&#224;-dire fuir ce que fuit le vulgaire, rechercher ce qu'il recherche.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	C'est pourquoi, voyant que tout cela &#233;tait un grand obstacle &#224; ma nouvelle entreprise, - et m&#234;me y &#233;tait tellement contraire qu'il fallait n&#233;cessairement renoncer &#224; l'un ou &#224; l'autre, - je me vis contraint de me demander ce qui me serait le plus utile. Car, je l'ai dit, il semblait que je voulus perdre un bien certain pour un incertain. Mais avec un peu plus d'attention, je trouvais d'abord que si, abandonnant les biens en question, je poursuivais mon nouveau dessein, j'abandonnerais un bien incertain par sa nature m&#234;me, comme il est clair par ce qui a &#233;t&#233; dit, pour un autre bien incertain. Mais un bien dont la nature m&#234;me n'&#233;tait pas incertaine - car je cherchais un bien stable - et dont l'obtention seule l'&#233;tait. En r&#233;fl&#233;chissant plus longuement, je fus convaincu que, pourvu que je pusse r&#233;fl&#233;chir &#224; fond, je laissai des maux certains pour un bien certain. Je me voyais en effet dans un p&#233;ril extr&#234;me, et contraint de chercher de toutes mes forces un rem&#232;de, m&#234;me incertain. De m&#234;me qu'un malade mortellement atteint et qui sent venir une mort certaine s'il n'applique un rem&#232;de, m&#234;me incertain, est contraint de le chercher de toutes ses forces, si incertain soit-il, car il place tout son espoir en lui. Or toutes les choses que recherche le vulgaire, non seulement ne procurent aucun rem&#232;de pour la conservation de notre &#234;tre, mais encore y font obstacle et causent souvent la perte de qui les poss&#232;de et toujours celle de ceux qui en sont poss&#233;d&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Il y a, en effet, de tr&#232;s nombreux exemples de gens qui ont souffert d'&#234;tre pers&#233;cut&#233;s jusqu'&#224; la mort &#224; cause de leur richesse, et d'autres qui, pour acqu&#233;rir des biens, se sont expos&#233;s &#224; tant de p&#233;rils qu'en fin de compte ils ont pay&#233; leur b&#234;tise de leur vie. Il n'y a pas moins d'exemples de ceux qui, pour conqu&#233;rir ou conserver des honneurs, ont tr&#232;s cruellement souffert. Enfin, nous avons d'innombrables exemples de gens dont les exc&#232;s sensuels ont h&#226;t&#233; la mort. A la r&#233;flexion, ces maux me sembl&#232;rent venir de ce que toute notre f&#233;licit&#233; et notre mis&#232;re d&#233;pendent de la seule qualit&#233; de l'objet auquel nous sommes attach&#233;s par amour. Car on ne se dispute jamais &#224; propos d'un objet qu'on n'aime pas. S'il p&#233;rit, nulle tristesse ; si un autre le poss&#232;de, nulle envie, nulle crainte, nulle haine et, en un mot, nulle &#233;motion. Voil&#224;, au contraire, ce qui arrive si l'on aime les choses p&#233;rissables, comme le sont toutes celles dont nous venant de parler. Mais l'amour d'une chose &#233;ternelle et infinie nourrit l'&#226;me d'une joie sans m&#233;lange et sans tristesse, ce qui est tr&#232;s d&#233;sirable et m&#233;rite qu'on le recherche de toutes ses forces. En v&#233;rit&#233;, ce n'est pas sans raison que j'ai employ&#233; ces mots : &lt;i&gt;pourvu que je pusse r&#233;fl&#233;chir &#224; fond&lt;/i&gt;. Car, si clairement que mon esprit per&#231;&#251;t ces choses, je ne pouvais cependant pas me d&#233;tacher tout &#224; fait de l'avarice, du plaisir sensuel et de la gloire.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais je voyais une chose : tant que mon esprit &#233;tait pr&#233;occup&#233; de ses pens&#233;es, il se d&#233;tournait des faux biens, et pensait s&#233;rieusement &#224; son nouveau projet. Ce qui me fut une grande consolation. car je voyais que ces maux ne sont pas de telle nature qu'ils ne dussent c&#233;der &#224; des rem&#232;des. Et bien qu'au d&#233;but ces moments fussent rares et tr&#232;s courts, cependant, apr&#232;s que le vrai bien me fut de plus en plus connu, ils devinrent plus fr&#233;quents et plus longs ; surtout quand je vis que le gain, le plaisir sensuel ou la gloire ne sont nuisibles que si on les recherche pour eux-m&#234;mes, et non comme moyen en vue d'une autre fin. Mais si on les recherche comme moyens, on en fera un usage mesur&#233; et ils ne nuiront nullement. Au contraire, ils nous aideront &#224; atteindre le but que nous recherchons. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Spinoza, &lt;strong&gt;Trait&#233; de la r&#233;forme de l'entendement&lt;/strong&gt;, &#167;&#167; 1 &#224; 11&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'All&#233;gorie de la Caverne.</title>
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		<dc:creator>Platon</dc:creator>


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&lt;p&gt;Voir La ligne droite divis&#233;e pour un expos&#233; de la distinction entre le visible et l'intelligible. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Socrate : Maintenant, repr&#233;sente-toi de la fa&#231;on que voici l'&#233;tat de notre nature relativement &#224; l'instruction et &#224; l'ignorance. Consid&#232;re ceci : des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne. Celle-ci poss&#232;de en guise d'entr&#233;e un long passage menant vers le haut, vers la lumi&#232;re du jour, et en direction duquel toute la caverne se rassemble. Les hommes sont l&#224; depuis leur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-corruption-+" rel="tag"&gt;corruption&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-allegorie-+" rel="tag"&gt;all&#233;gorie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-rire-+" rel="tag"&gt;rire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-moquerie-+" rel="tag"&gt;moquerie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-etre-+" rel="tag"&gt;&#234;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-dessin-+" rel="tag"&gt;dessin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voir &lt;a href='https://caute.lautre.net/La-ligne-droite-divisee' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La ligne droite divis&#233;e&lt;/a&gt; pour un expos&#233; de la distinction entre le visible et l'intelligible.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;iframe width=&#034;854&#034; height=&#034;480&#034; src=&#034;https://www.youtube.com/embed/d2afuTvUzBQ&#034; frameborder=&#034;0&#034; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;&#171; Socrate :&lt;/i&gt; Maintenant, repr&#233;sente-toi de la fa&#231;on que voici l'&#233;tat de notre nature relativement &#224; l'instruction et &#224; l'ignorance. Consid&#232;re ceci : des hommes dans une demeure souterraine, en forme de caverne. Celle-ci poss&#232;de en guise d'entr&#233;e un long passage menant vers le haut, vers la lumi&#232;re du jour, et en direction duquel toute la caverne se rassemble. Les hommes sont l&#224; depuis leur enfance, les jambes et le cou encha&#238;n&#233;s, de sorte qu'ils ne peuvent bouger ni voir ailleurs que devant eux, la cha&#238;ne les emp&#234;chant de tourner la t&#234;te. Une lumi&#232;re leur vient d'un feu allum&#233; sur une hauteur, au loin derri&#232;re eux. Entre le feu et les prisonniers passe un chemin &#233;lev&#233;. Imagine que le long de ce chemin est construit un petit mur, pareil aux cloisons que les montreurs de marionnettes dressent devant eux, et au-dessus desquelles ils font voir leurs merveilles.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_25 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH263/caverne1-e6790.png?1772278064' width='500' height='263' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Caverne
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;Glaucon : &lt;/i&gt;Je vois cela, dit-il.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Imagine donc comment, le long de ce petit mur, des hommes passent, portant toutes sortes de choses qui sont visibles au-dessus du mur, statues et autres figures de pierre ou de bois, et toutes sortes d'objets fabriqu&#233;s par la main de l'homme. Comme on pouvait s'y attendre, de tous ces porteurs, les uns parlent entre eux et les autres se taisent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Voil&#224;, s'&#233;cria-t-il, un &#233;trange tableau et d'&#233;tranges prisonniers.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Ils nous ressemblent, r&#233;pondis-je. Qu'en penses-tu ? Jamais encore de tels hommes n'ont vu, soit d'eux-m&#234;mes, soit de leurs compagnons, autre chose que les ombres projet&#233;es par le feu sur la paroi de la caverne qui leur fait face.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Comment en serait-il autrement, s'ils sont forc&#233;s de rester la t&#234;te immobile durant toute leur vie ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Et pour les objets qui d&#233;filent, n'en est-il pas de m&#234;me ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Sans contredit.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Si donc ils pouvaient s'entretenir entre eux de ce qu'ils voient, ne penses-tu pas que, ce qu'ils voient, ils le prendraient pour ce qui est ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;N&#233;cessairement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Et qu'arriverait-il si cette prison avait en outre un &#233;cho, venant de la paroi qui fait face aux captifs ? Chaque fois qu'un des porteurs dirait un mot, les prisonniers attribueraient-ils ce mot &#224; autre chose qu'&#224; l'ombre qui passe devant eux ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Non, par Zeus, dit-il.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Donc, pour les hommes ainsi encha&#238;n&#233;s, les ombres des objets seraient la v&#233;rit&#233; et ils ne la verraient absolument que l&#224;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;C'est de toute n&#233;cessit&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Consid&#232;re alors comment ces hommes pourraient &#234;tre d&#233;livr&#233;s de leurs cha&#238;nes et gu&#233;ris de leur &#233;garement : quelle forme celui-ci prendrait-il, s'il leur arrivait ce que je vais dire ? Chaque fois que l'un d'eux serait d&#233;livr&#233; de ses cha&#238;nes et oblig&#233; tout d'un coup de se lever, de tourner la t&#234;te, de se mettre en marche et de regarder en haut vers la lumi&#232;re, tous ces actes le feraient souffrir et l'&#233;clat de la lumi&#232;re l'emp&#234;cherait de voir les choses dont il observait pr&#233;c&#233;demment les ombres. Que r&#233;pondrait-il, &#224; ton avis, si quelqu'un lui affirmait qu'il n'avait vu jusqu'alors que des riens sans consistance, mais qu'il &#233;tait maintenant beaucoup plus pr&#232;s de ce qui est et que, tourn&#233; d&#233;sormais vers des choses ayant plus d'&#234;tre, il voyait aussi d'une fa&#231;on plus exacte ? Et si quelqu'un lui montrait alors chacune des choses transport&#233;es et l'obligeait &#224; dire ce que c'est, ne crois-tu pas qu'il serait bien embarrass&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;dans &#034; l'aporie &#034; ( aporia ).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et qu'il estimerait que ce qu'il voyait auparavant &#233;tait plus vrai que ce qu'on lui montrerait &#224; pr&#233;sent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Beaucoup plus vraies, reconnut-il.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Et si on le for&#231;ait &#224; regarder le feu lui-m&#234;me, ses yeux n'en seraient-ils pas bless&#233;s et ne voudrait-il pas se d&#233;tourner pour retourner aux choses qu'il est dans ses forces de regarder ? Et ne croira-t-il pas que ces derni&#232;res sont en fait plus claires que celles qu'on lui montre ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Assur&#233;ment.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Et si, repris-je, quelqu'un, le saisissant, le tra&#238;nait par force sur le chemin montant, raboteux et escarp&#233; de la caverne et qu'il ne le l&#226;ch&#226;t pas avant qu'il l'e&#251;t amen&#233; &#224; la lumi&#232;re du soleil, ne souffrirait-il pas vivement, et ne se plaindrait-il pas de ces violences ? Et, une fois parvenu &#224; la lumi&#232;re du jour, pourrait-il, les yeux tout &#233;blouis par son &#233;clat, distinguer une seule des choses qu'on lui pr&#233;senterait maintenant comme v&#233;ritables ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Il ne le pourrait pas, r&#233;pondit-il ; du moins pas tout de suite.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Il est clair, &#224; mon avis, qu'une accoutumance serait n&#233;cessaire, s'il devait parvenir &#224; voir ce qui est en haut. D'abord ce seraient les ombres qu'il pourrait regarder le plus facilement, puis les images des hommes et des autres choses refl&#233;t&#233;es dans l'eau, et plus tard seulement les hommes et les choses elles-m&#234;mes. Et parmi celles-ci, il contemplerait sans doute plus facilement, pendant la nuit, les choses du ciel et le ciel lui-m&#234;me, tournant son regard vers la lumi&#232;re des astres et de la lune, qu'il ne le ferait pendant le jour du soleil et de son &#233;clat.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Sans doute.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;A la fin, j'imagine, ce serait le soleil - non ses vaines images r&#233;fl&#233;chies dans les eaux ou en quelque autre milieu - mais le soleil lui-m&#234;me en son lieu propre, qu'il pourrait voir et contempler tel qu'il est.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;N&#233;cessairement, dit-il.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Et, apr&#232;s toutes ces &#233;preuves, il pourrait rassembler ses pens&#233;es au sujet du soleil, et juger que c'est lui qui fait les saisons et les ann&#233;es, qui gouverne tout ce qui se trouve dans le lieu d&#233;sormais contempl&#233; &#224; la lumi&#232;re du jour, et qui, d'une certaine mani&#232;re, est la cause de tout ce qu'il voyait avec ses compagnons dans la caverne.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Manifestement, il parviendrait &#224; ces pens&#233;es apr&#232;s qu'il aurait laiss&#233; derri&#232;re lui ce qui n'est qu'ombre et reflet.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Or donc, se souvenant de sa premi&#232;re demeure, du &#034;savoir&#034; qu'on y professe, et de ceux qui y furent ses compagnons de captivit&#233;, ne crois-tu pas qu'il se r&#233;jouirait du changement et aurait piti&#233; de ces derniers ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Si, certes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Et maintenant, s'ils se d&#233;cernaient entre eux honneurs et louanges, s'ils avaient des r&#233;compenses pour celui qui discernerait le mieux le passage des ombres, qui se rappellerait le mieux celles qui ont coutume de se pr&#233;senter les premi&#232;res ou les derni&#232;res, ou ensemble, et qui par l&#224; serait le plus habile &#224; deviner leur apparition, penses-tu que notre homme envierait ces distinctions, et qu'il voudrait rivaliser avec les plus honor&#233;s et les plus puissants d'entre eux ? Ou bien ne pr&#233;f&#233;rerait-il pas prendre sur lui, comme dit Hom&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Odyss&#233;e, XI, 489-490.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et, &#034; valet de boeufs, vivre en service chez un pauvre fermier &#034;, et ne supporterait-il pas n'importe quoi, plut&#244;t que de s'abandonner aux opinions admises dans la caverne et de vivre comme il vivait ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Je suis de ton avis, dit-il ; il pr&#233;f&#233;rera tout souffrir plut&#244;t que de vivre de cette fa&#231;on l&#224;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Consid&#232;re encore ceci : si l'homme ainsi sorti de la caverne y redescendait pour s'asseoir &#224; nouveau &#224; son ancienne place, est-ce que ses yeux, &#224; lui qui vient de quitter le soleil, ne se rempliraient pas de t&#233;n&#232;bres ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Assur&#233;ment si, dit-il.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;Et s'il lui fallait de nouveau entrer en comp&#233;tition, pour juger ces ombres, avec les prisonniers qui n'ont pas quitt&#233; leurs cha&#238;nes, et cela alors qu'il voit mal, ses yeux n'&#233;tant pas encore accoutum&#233;s &#224; l'obscurit&#233;, ce qui ne demande pas peu de temps, ne serait-il pas livr&#233; l&#224;-bas au ridicule et ne lui ferait-on pas comprendre que son voyage l&#224;-haut ne lui a rien rapport&#233; d'autre que de revenir dans la caverne avec des yeux ruin&#233;s et qu'il ne vaut donc pas la peine de chercher &#224; s'&#233;lever sur le chemin ? Et si quelqu'un entreprenait de les d&#233;livrer de leurs cha&#238;nes et de les conduire vers le haut, et qu'il leur soit possible de se saisir de lui et de le tuer, ne le tueraient-ils pas ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;G : &lt;/i&gt;Sans aucun doute, r&#233;pondit-il.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_27 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L491xH512/Caverne2-24422.jpg?1772278064' width='491' height='512' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Caverne
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;in, Atlas de la philosophie, &#233;d. La Pochoth&#232;que, 1993, p. 40.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Socrate : &lt;/i&gt;Maintenant, mon cher Glaucon, repris-je, il faut appliquer point par point cette image &#224; ce que nous avons dit plus haut, comparer le monde que nous d&#233;couvre la vue au s&#233;jour de la prison, et la lumi&#232;re du feu qui l'&#233;claire &#224; la puissance du soleil. Quant &#224; la mont&#233;e dans la r&#233;gion sup&#233;rieure et &#224; la contemplation de ses objets, si tu la consid&#232;res comme l'ascension de l'&#226;me vers le lieu intelligible, tu ne te tromperas pas sur ma pens&#233;e, puisque aussi bien tu d&#233;sires la conna&#238;tre. Dieu sait si elle est vraie. Pour moi, telle est mon opinion : dans le monde intelligible l'id&#233;e du bien est per&#231;ue la derni&#232;re et avec peine, mais on ne la peut percevoir sans conclure qu'elle est la cause de tout ce qu'il y a de droit et de beau en toutes choses ; qu'elle a, dans le monde visible, engendr&#233; la lumi&#232;re et le souverain et le souverain de la lumi&#232;re ; que, dans le monde intelligible, c'est elle-m&#234;me qui est souveraine et dispense la v&#233;rit&#233; et l'intelligence ; et qu'il faut la voir pour se conduire avec sagesse dans la vie priv&#233;e et dans la vie publique.(...) Ne t'&#233;tonne [donc] pas que ceux qui se sont &#233;lev&#233;s &#224; ces hauteurs ne veuillent plus s'occuper des affaires humaines, et que leurs &#226;mes aspirent sans cesse &#224; demeurer l&#224;-haut. Cela est bien naturel si notre all&#233;gorie est exacte.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	G : &lt;/i&gt; C'est en effet bien naturel, dit-il.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	S : &lt;/i&gt; Mais quoi ? penses-tu qu'il soit &#233;tonnant qu'un homme qui passe de contemplations divines aux mis&#233;rables choses humaines ait mauvaise gr&#226;ce et paraisse tout &#224; fait ridicule lorsque, ayant encore la vue troubl&#233;e et n'&#233;tant pas suffisamment accoutum&#233; aux t&#233;n&#232;bres environnantes, il est oblig&#233; d'entrer en dispute, devant les tribunaux ou ailleurs, sur des ombres de justice ou sur les images qui projettent ces ombres, et de combattre les interpr&#233;tations qu'en donnent ceux qui n'ont jamais vu la justice elle-m&#234;me ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	G : &lt;/i&gt; Il n'y a l&#224; rien d'&#233;tonnant. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	S :&lt;/i&gt; En effet, un homme sens&#233; se rappellera que les yeux peuvent &#234;tre troubl&#233;s de deux mani&#232;res et par deux causes oppos&#233;es : par le passage de la lumi&#232;re &#224; l'obscurit&#233;, et par celui de l'obscurit&#233; &#224; la lumi&#232;re ; et, ayant r&#233;fl&#233;chi qu'il en est de m&#234;me pour l'&#226;me, quand il en verra une troubl&#233;e et embarrass&#233;e pour discerner certains objets, il n'en rira pas sottement, mais examinera plut&#244;t si, venant d'une vie plus lumineuse, elle est, faute d'habitude, offusqu&#233;e par les t&#233;n&#232;bres, ou si passant de l'ignorance &#224; la lumi&#232;re, elle est &#233;blouie de son trop vif &#233;clat ; dans le premier cas il l'estimera heureuse en raison de ce qu'elle &#233;prouve et de la vie qu'elle m&#232;ne ; dans le second, il la plaindra, et s'il voulait rire &#224; ses d&#233;pens, ses moqueries seraient moins ridicules que si elles s'adressaient &#224; l'&#226;me qui redescend du s&#233;jour de la lumi&#232;re. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	G :&lt;/i&gt; C'est parler avec beaucoup de sagesse. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	S :&lt;/i&gt; Il nous faut donc, si tout cela est vrai, en conclure ceci : l'&#233;ducation n'est point ce que certains proclament qu'elle est : car ils pr&#233;tendent l'introduire dans l'&#226;me, o&#249; elle n'est point, comme on donnerait la vue &#224; des yeux aveugles. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	G :&lt;/i&gt; Ils le pr&#233;tendent en effet.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	S : &lt;/i&gt;Or, repris-je, le pr&#233;sent discours montre que chacun poss&#232;de la facult&#233; d'apprendre et l'organe destin&#233; &#224; cet usage, et que, semblable &#224; des yeux qui ne pourraient se tourner qu'avec le corps tout entier des t&#233;n&#232;bres vers la lumi&#232;re, cet organe doit aussi se d&#233;tourner avec l'&#226;me tout enti&#232;re de ce qui na&#238;t, jusqu'&#224; ce qu'il devienne capable de supporter la vue de l'&#234;tre et de ce qu'il y a de plus lumineux dans l'&#234;tre ; et cela nous l'appelons le bien, n'est-ce pas ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;	G :&lt;/i&gt; Oui.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	&lt;i&gt;S : &lt;/i&gt;L'&#233;ducation est donc l'art qui se propose ce but, la conversion de l'&#226;me, et qui cherche les moyens les plus efficaces de l'op&#233;rer ; elle ne consiste pas &#224; donner la vue &#224; l'organe de l'&#226;me, puisqu'il l'a d&#233;j&#224; ; mais comme il est mal tourn&#233; et ne regarde pas o&#249; il faudrait, elle s'efforce de l'amener dans la bonne direction. &#187; &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.agora.crosemont.qc.ca/dphilo/intradoc/phi103/caverne.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques dessins repr&#233;sentant la Caverne&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;dans &#034; l'aporie &#034; ( aporia ).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Odyss&#233;e&lt;/i&gt;, XI, 489-490.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Platon, &lt;strong&gt;La R&#233;publique ( POLITEIA )&lt;/strong&gt;, Livre VII, 514a-518a&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les intellectuels, la guerre et M. Bush </title>
		<link>https://caute.lautre.net/Les-intellectuels-la-guerre-et-M-Bush</link>
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		<dc:date>2003-08-09T23:12:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vernet, Daniel </dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; Soixante intellectuels et universitaires am&#233;ricains qui signent un texte sur la &#034;guerre juste&#034; quelques semaines apr&#232;s que les &#201;tats-Unis ont chass&#233; Al-Qaida et les talibans d'Afghanistan, et au moment o&#249; des bruits de bottes se font entendre dans le Golfe : voil&#224; plut&#244;t une bonne nouvelle pour l'administration Bush, qui voit, apparemment, sa politique ointe par l'establishment de la pens&#233;e. Pourtant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le texte publi&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soixante intellectuels et universitaires am&#233;ricains qui signent un texte sur la &lt;i&gt;&#034;guerre juste&#034;&lt;/i&gt; quelques semaines apr&#232;s que les &#201;tats-Unis ont chass&#233; Al-Qaida et les talibans d'Afghanistan, et au moment o&#249; des bruits de bottes se font entendre dans le Golfe : voil&#224; plut&#244;t une bonne nouvelle pour l'administration Bush, qui voit, apparemment, sa politique ointe par l'establishment de la pens&#233;e. Pourtant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (15 f&#233;vrier) ne constitue pas une approbation sans r&#233;serve de la politique men&#233;e par George W. Bush depuis les attentats du 11 septembre, et encore moins un blanc-seing donn&#233; aux actions que celui-ci envisage pour l'avenir. &lt;br /&gt;
Il existe des liens ambivalents entre la construction th&#233;orique de la &lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; guerre juste&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; et la mise en &#339;uvre de cette th&#233;orie par les hommes politiques, comme il existe traditionnellement dans la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine des relations &#224; la fois compl&#233;mentaires et contradictoires entre l'exaltation des valeurs suppos&#233;es universelles et la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts strictement nationaux. &lt;br /&gt;
&#192; bien des &#233;gards, d'ailleurs, les signataires de la &lt;i&gt;Lettre d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; prennent leurs distances avec la rh&#233;torique du pr&#233;sident. Ils r&#233;cusent par exemple les termes de &lt;i&gt;&#034;guerre sainte&#034;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;&#034;croisade&#034;&lt;/i&gt; ; ils reconnaissent que les &#201;tats-Unis n'ont pas toujours respect&#233; les id&#233;aux qu'ils proposent &#224; l'humanit&#233; et qu'ils ont parfois men&#233; des &lt;i&gt;&#034;politiques mal orient&#233;es et injustes&#034;&lt;/i&gt; ; ils admettent que leur &lt;i&gt;&#034;nation a parfois fait preuve d'arrogance et d'ignorance envers d'autres soci&#233;t&#233;s&#034;&lt;/i&gt; et que cette &lt;i&gt;&#034;faille s&#233;parant -&lt;/i&gt;les- id&#233;aux de -la- conduite&#034; explique aussi la m&#233;fiance dont les &#201;tats-Unis sont l'objet : &lt;i&gt;&#034;Nous savons, &lt;/i&gt;&#233;crivent-ils, &lt;i&gt;que nous sommes, nous les Am&#233;ricains, en partie responsables de cette m&#233;fiance.&#034;&lt;/i&gt; Il ne s'agit pas d'une autocritique mais de l'expression d'une prise de conscience qu'on n'a pas entendue dans la bouche des dirigeants am&#233;ricains. Les auteurs mettent d'ailleurs en garde contre &lt;i&gt;&#034;les malencontreuses tentations - arrogance, chauvinisme notamment - auxquelles les nations en guerre semblent si souvent c&#233;der&#034;&lt;/i&gt; et ils s'engagent &#224; faire tout leur possible pour les &#233;carter. &lt;br /&gt;
Ils n'en soutiennent pas moins &lt;i&gt;&#034;la d&#233;cision de notre gouvernement et de notre soci&#233;t&#233; d'utiliser contre -&lt;/i&gt;les terroristes - &lt;i&gt;la force arm&#233;e&#034;&lt;/i&gt;. C'est dans cette optique que le texte reprend les arguments en faveur de la &lt;i&gt;&#034;guerre juste&#034;&lt;/i&gt; dont un des th&#233;oriciens modernes, Michael Walzer, est signataire de la &lt;i&gt;Lettre.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Notre propos n'est pas ici de discuter les justifications morales de la guerre contre le terrorisme mais de rappeler en quoi ce texte, en d&#233;passant l'horizon de la politique pr&#233;sente, refl&#232;te une tendance profonde de la conception am&#233;ricaine des relations internationales. Une tendance qui r&#233;unit deux cat&#233;gories d'Am&#233;ricains, les &lt;i&gt;&#034;wilsoniens&#034;&lt;/i&gt;, internationalistes d&#233;mocrates h&#233;ritiers du pr&#233;sident Woodrow Wilson, tels Jimmy Carter et dans une certaine mesure Bill Clinton, et ceux que Henry Kissinger appelait, pour les critiquer, les n&#233;oconservateurs, autrement dit les d&#233;fenseurs de principes universels et les h&#233;rauts des valeurs morales non moins universelles. &lt;br /&gt;
Parce qu'elle a forg&#233; son identit&#233; sur la base des valeurs humaines universelles, la nation am&#233;ricaine est elle-m&#234;me une &lt;i&gt;&#034;nation universelle&#034;&lt;/i&gt;. Non seulement tout le monde en principe peut devenir am&#233;ricain, ainsi que l'&#233;crivent les signataires de la &lt;i&gt;Lettre, &lt;/i&gt;mais les valeurs am&#233;ricaines ont vocation &#224; se r&#233;pandre dans le monde. &lt;br /&gt;
Les uns et les autres s'opposent aux isolationnistes des deux bords, ceux de gauche, qui pensent que les &#201;tats-Unis ne sont pas dignes des valeurs qu'ils pr&#233;tendent incarner, ceux de droite, qui jugent le monde ext&#233;rieur trop mauvais pour acc&#233;der aux valeurs am&#233;ricaines. Une troisi&#232;me &#233;cole a marqu&#233; la diplomatie des &#201;tats-Unis, l'&#233;cole de la Realpolitik, et ce n'est pas par hasard qu'Henry Kissinger s'est oppos&#233; en m&#234;me temps aux isolationnistes de droite comme de gauche et aux universalistes, d&#233;mocrates ou conservateurs. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#034;NATION BUILDING&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#034;r&#233;alistes&#034;, la politique &#233;trang&#232;re n'est pas envisag&#233;e comme une lutte entre le bien et le mal, entre le monde libre et le communisme au temps de la guerre froide, entre la civilisation et le terrorisme, aujourd'hui. L'homme d'&#201;tat ne se meut pas dans des situations id&#233;ales o&#249; la vertu devrait l'emporter sur le vice ; il fait toujours des choix ambigus ; il doit chercher des issues incertaines ; il n'a pas &#224; choisir entre des solutions morales et d'autres qui seraient immorales. Il doit se laisser guider par les int&#233;r&#234;ts nationaux, ce qui n'emp&#234;che pas ceux-ci d'&#234;tre &#233;ventuellement soutenus par des valeurs et des principes, mais pour le ramener en une formule, ce qui importe en derni&#232;re analyse, ce sont les int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, pas les droits de l'homme. &lt;br /&gt;
Dans une administration o&#249; coexistent comme toujours plusieurs &#233;coles de pens&#233;e, George Bush semble se rattacher plut&#244;t &#224; la tendance r&#233;aliste, m&#234;me s'il masque ce pragmatisme par un discours aux accents religieux. D&#233;j&#224; avant le 11 septembre, il avait bien fait comprendre que, contrairement &#224; son pr&#233;d&#233;cesseur, il ne s'int&#233;resserait gu&#232;re au &lt;i&gt;&#034;nation building&#034;&lt;/i&gt;dans les pays en crise et ne laisserait pas les forces am&#233;ricaines s'emp&#234;trer dans des conflits o&#249; elles n'avaient rien &#224; gagner. Il avait soulign&#233; qu'il entendait r&#233;orienter la diplomatie des &#201;tats-Unis dans une direction plus simple : la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains. Comme l'&#233;crivait Donald Rumsfeld, dans un rapport r&#233;dig&#233; avant d'arriver au Pentagone, la politique de d&#233;fense am&#233;ricaine doit viser &#224; &lt;i&gt;&#034;prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts et les investissements am&#233;ricains&#034;&lt;/i&gt; &#224; une &#233;poque o&#249; &lt;i&gt;&#034;le foss&#233; s'&#233;largit entre les poss&#233;dants et ceux qui n'ont rien&#034;.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Depuis le 11 septembre, la lutte n&#233;cessaire contre le terrorisme est aussi utilis&#233;e pour des objectifs strictement am&#233;ricains o&#249; les &lt;i&gt;&#034;valeurs universelles&#034;&lt;/i&gt; ne sont pas la premi&#232;re pr&#233;occupation. &lt;i&gt;&#034;L'axe du Mal&#034;&lt;/i&gt;, dont a parl&#233; le pr&#233;sident dans son discours sur l'&#233;tat de l'Union, est constitu&#233; par des r&#233;gimes qui d&#233;plaisent ou s'opposent &#224; la politique am&#233;ricaine dans leur r&#233;gion, et pas seulement &#224; cause de leur attitude envers le terrorisme. Si ce dernier crit&#232;re &#233;tait le seul d&#233;terminant, la liste devrait &#234;tre plus longue et comporter aussi des pays qui ont longtemps pass&#233; pour des amis des &#201;tats-Unis. &lt;br /&gt;
Dans la d&#233;finition de ceux &lt;i&gt;&#034;qui sont contre nous&#034;&lt;/i&gt;, George Bush est all&#233; plus loin dans une intervention faite fin janvier, au cours d'un d&#233;placement &#233;lectoral &#224; Daytona Beach en Floride. &lt;i&gt;&#034;Si vous &#234;tes un de ces pays qui d&#233;veloppent des armes de destruction massive, et que vous &#234;tes pr&#234;t &#224; vous allier &#224; un groupe terroriste ou que vous soutenez actuellement le terrorisme, ou si vous ne partagez pas les valeurs qui nous sont ch&#232;res, alors, vous aussi, vous &#234;tes sous surveillance.&#034;&lt;/i&gt; En en appelant aux valeurs, le pr&#233;sident a r&#233;introduit une dimension messianique qui fait &#233;cho aux principes universels, soulign&#233;s dans la &lt;i&gt;Lettre d'Am&#233;rique&lt;/i&gt;. Comme si la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts nationaux devait toujours s'abriter derri&#232;re les valeurs suppos&#233;es communes &#224; toute l'humanit&#233; ; comme si celles-ci &#233;taient destin&#233;es &#224; couvrir toujours la premi&#232;re. Mais en &#233;crivant que certains des signataires s'opposent, au moins en partie, &#224; &lt;i&gt;&#034;une certaine politique am&#233;ricaine et occidentale&#034;&lt;/i&gt;, les soixante intellectuels brisent ce cercle ferm&#233; de l'autojustification. Il n'y a pas toujours ad&#233;quation parfaite entre affirmation des valeurs et d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts. C'est ce va-et-vient permanent entre les deux qui fait la richesse de la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine&#8230; et son ambigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;LE MONDE du 21 f&#233;vrier 2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la guerre juste &#224; la construction de la paix </title>
		<link>https://caute.lautre.net/De-la-guerre-juste-a-la-construction-de-la-paix</link>
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		<dc:date>2003-08-09T19:27:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Joblin, Joseph</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence du P&#232;re Joseph Joblin, sj &lt;br class='autobr' /&gt; La question de la guerre et de la paix est une des plus difficiles de la morale sociale, elle est au centre de l'exp&#233;rience humaine. Elle nous met au contact d'une incoh&#233;rence totale ; alors que tous les hommes veulent la paix, sans cesse renaissent les violences et les conflits arm&#233;s. Qu'il suffise ici de rappeler les illusions qui suivirent le premier conflit mondial ; l'opinion qui avait subi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence du P&#232;re Joseph Joblin, sj&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte original d'une conf&#233;rence prononc&#233;e au Centre Saint-Louis des-francais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de la guerre et de la paix est une des plus difficiles de la morale sociale, elle est au centre de l'exp&#233;rience humaine. Elle nous met au contact d'une incoh&#233;rence totale ; alors que tous les hommes veulent la paix, sans cesse renaissent les violences et les conflits arm&#233;s. Qu'il suffise ici de rappeler les illusions qui suivirent le premier conflit mondial ; l'opinion qui avait subi l'intol&#233;rable pensait que celui-ci ne devait jamais se reproduire ; on parlait alors de la derni&#232;re des guerres ; la &#171; der des der &#187; selon une expression populaire. En m&#234;me temps le trait&#233; de Versailles affirmait : attendu qu'une paix juste et durable ne peut &#234;tre fond&#233;e que sur la justice sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Partie XIII, Pr&#233;ambule de la constitution de l'Organisation Internationale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'issue de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, l'ONU emprunte la m&#234;me phras&#233;ologie : &#171; Nous, Peuples des Nations Unies r&#233;solus &#224; pr&#233;server les nations futures du fl&#233;au de la guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charte des Nations Unies, Pr&#233;ambule.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; or depuis 1946 pr&#232;s de 180 conflits locaux ont pu &#234;tre d&#233;nombr&#233;s. Les efforts des peuples, appuy&#233;s par les diplomates, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s manquer d'efficacit&#233; dans les cas les plus graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de ces derni&#232;res ann&#233;es est semblable &#224; celle des deux mille ans qui s'ach&#232;vent ; et si on se reporte plus en arri&#232;re, on la retrouve identique dans tous les continents et sous tous les r&#233;gimes. La violence est le lot de l'homme et ce qui la rend encore plus &#233;trange, c'est que des hommes de paix se sont lev&#233;s &#224; toutes les g&#233;n&#233;rations, qu'ils ont &#233;t&#233; applaudis, mais que leurs efforts n'ont jamais r&#233;ussi &#224; changer la condition humaine, qu'il s'agisse d'hommes politiques, de philosophes, de juristes ou d'hommes de religion : si on fait la guerre, disait d&#233;j&#224; saint Augustin, c'est en vue de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la contradiction dont part la r&#233;flexion qui est ici propos&#233;e. Il s'agit de savoir quelle est la place du christianisme dans la situation chaotique du monde o&#249; les syst&#232;mes politiques cherchent &#224; fonder la paix, o&#249; ils imaginent de nouvelles structures juridiques pour la sauvegarder et o&#249; ils r&#233;coltent la guerre toujours plus violente, toujours plus g&#233;n&#233;rale. Or la position de l'&#201;glise et des chr&#233;tiens semble avoir chang&#233; de nombreuse fois au cours des deux mill&#233;naires qui s'ach&#232;vent. Elle est pass&#233;e d'une attitude plus ou moins pacifiste durant les quatre premiers si&#232;cles &#224; la formulation de la th&#233;orie de la juste guerre, puis au soutien de politiques destin&#233;es &#224; construire la paix. N'a-t-on pas l'impression que les th&#233;ologiens ont &#233;t&#233; soucieux d'apporter une justification &#233;thico-religieuse aux angoisses de l'opinion mais qu'ils n'ont exerc&#233; qu'une influence r&#233;duite sur ses &#233;volutions. Ont-ils vraiment propos&#233; une &#233;ducation &#224; la paix des peuples et des soci&#233;t&#233;s ? La suppression de la peur, de la famine, de l'ins&#233;curit&#233; entra&#238;n&#233;es par les bandes arm&#233;es, l'abandon de la th&#233;orie de la Chr&#233;tient&#233; &#224; la suite de la r&#233;volte des consciences devant les exactions de la colonisation en Am&#233;rique du Sud, la justification des revendications nationalistes, la condamnation de la guerre dans un monde satur&#233; de ruines : tels sont quelques-uns des points chauds qui ont &#233;t&#233; propos&#233;s &#224; la conscience chr&#233;tienne, mais s'agit-il de positions successives prises par les th&#233;ologiens et l'&#201;glise en faisant appel &#224; un seul principe unificateur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui vient d'&#234;tre pos&#233;e touche un point central de la critique contemporaine des religions : les religions qui sont pr&#233;sentes dans toutes les soci&#233;t&#233;s existent-elles pour aider les populations &#224; oublier les incertitudes de l'existence ou sont-elles l'interpr&#232;te de l'ordre objectif du monde dont elles tentent de se rapprocher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes philosophiques et les religions cherchent &#224; traduire dans le concret ce qu'il y a de sup&#233;rieur dans l'ordre du monde ; c'est donc de ce point de vue qu'il faut &#233;tudier le r&#244;le de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233; face &#224; la violence et &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Guerre ou paix ? Un probl&#232;me de conscience &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la position de l'&#201;glise dans les questions de paix ou de guerre, il faut partir de l'anthropologie chr&#233;tienne. Celle-ci consid&#232;re que l'homme est un &#234;tre libre, autonome dans ses prises de d&#233;cision morale, responsable d'arbitrer en maintes occasions entre divers devoirs et construisant ainsi l'ordre social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centesimus annus, 13.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle lui remet la d&#233;cision de ce qui est le bien ou le mal pour lui ; non pas dans un jugement refl&#233;tant son bon plaisir, mais par une d&#233;cision r&#233;fl&#233;chie de la mani&#232;re dont, lui, peut inscrire dans la r&#233;alit&#233;, dans ce moment donn&#233;, ce qu'il tient pour le plus conforme &#224; la volont&#233; de Dieu sur lui. Cette anthropologie s'oppose &#224; la mentalit&#233; la plus r&#233;pandue qui voit dans ce que veut la soci&#233;t&#233; la norme du bien et identifie conduites, attitudes et jugements personnels avec ce que pense le groupe ; elle s'oppose &#224; l'individualisme lib&#233;ral qui a l'illusion de laisser la seule raison dire ce qui est bien ou mal ; elle va &#224; l'encontre du collectivisme marxiste qui remet au parti de d&#233;terminer la ligne qui doit &#234;tre suivie en conscience ; ainsi, prot&#232;ge-t elle la conscience individuelle de la domination &#233;thique de la communaut&#233; &#224; laquelle elle appartient ; cherchant &#224; affiner la conscience, elle stimule le progr&#232;s moral de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me trait de l'anthropologie chr&#233;tienne vient de ce que l'exercice de sa responsabilit&#233; conduira souvent l'individu &#224; arbitrer entre les diverses facettes du bien qu'il entrevoit. La conscience chr&#233;tienne n'est jamais en repos, elle se demande toujours comment perfectionner son jugement ; c'est le mouvement du &lt;i&gt;&#171; magis &#187;&lt;/i&gt; ; mis en valeur par saint Ignace dans la formule : &lt;i&gt;ad majorem Dei gloriam. &lt;/i&gt;Comme le dit Jean-Paul II : &#171; La foi n'endort pas la conscience ; elle met plut&#244;t en elle la hantise d'une recherche continuelle des conditions qui correspondent le mieux &#224; la dignit&#233; d'un &#234;tre dou&#233; d'intelligence de libert&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul II, Discours aux travailleurs de Civita Vecchia, 19 mars 1987 in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette constatation trouve son application dans l'attitude de l'homme face &#224; la violence. Une hantise du &lt;i&gt;magis&lt;/i&gt; conduit &#224; un sursaut de la conscience car il lui faut sans cesse juger ce qui fait de la personne, dans le moment pr&#233;sent, un homme de paix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Fessard, Paix ou Guerre 7.Monde nouveau, Paris, 1951, p. 110.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette situation a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence d&#232;s le IVe si&#232;cle par saint Ambroise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Officiis I, 29.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il voit dans la situation ambigu&#235; o&#249; se trouve le chr&#233;tien l'un des traits sp&#233;cifiques de cette religion qui donne une importance extraordinaire au jugement de la conscience. Il y a deux mani&#232;res, dit-il, de p&#233;cher contre la justice ; I'une c'est de commettre un acte injuste, l'autre c'est de ne pas venir au secours de la victime d'un injuste agresseur. En effet, si le pr&#233;cepte de la non violence contenu dans les B&#233;atitudes m'interdit d'user de la force, celui de la charit&#233; me commande de d&#233;fendre, dans la mesure du possible, celui dont la vie est en p&#233;ril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de saint Ambroise est tr&#232;s clair ; il montre que face &#224; la violence la conscience se trouve prise entre plusieurs devoirs, ceux de non violence et de solidarit&#233; avec les plus faibles. Partant de cette constatation, les th&#233;ologiens des si&#232;cles suivants ont formul&#233; un certain nombre d'enseignements pour aider les individus &#224; discerner quel &#233;tait leur devoir dans une situation donn&#233;e ; ces r&#232;gles de comportement ont &#233;t&#233; progressivement synth&#233;tis&#233;es dans ce qui est devenu la th&#233;ologie de la guerre juste ; celle-ci devint une grille de lecture de plus en plus pr&#233;cise de situations de violence. Elle permit &#224; la conscience de juger de sa responsabilit&#233; face &#224; une situation en analysant ses diverses composantes, et de la juger en se r&#233;f&#233;rant aux valeurs sup&#233;rieures que propose l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La th&#233;orie de la guerre juste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; guerre juste &#187; sonne mal aux oreilles de notre temps ; l'argument est simple : il ne peut pas y avoir de violence qui soit juste, surtout pour un chr&#233;tien qui est tenu par la parole de l'&#201;vangile : Bienheureux les pacifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a deux mani&#232;res d'emp&#234;cher la violence, en s'en abstenant certes ; mais aussi si on ne peut &#233;viter qu'il y soit recouru dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, en tentant de la limiter, quand tout n'est pas imm&#233;diatement possible, il faut tenter de se rapprocher, autant que faire se peut, de l'id&#233;al poursuivi. Telle fut l'attitude de l'&#201;glise dans les soci&#233;t&#233;s du Moyen &#194;ge, en proie &#224; la violence chronique. Son effort se caract&#233;rise alors par un effort de persuasion ou d'&#233;ducation des consciences ; cela &#224; un niveau &#233;l&#233;mentaire et &#224; un niveau sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; un niveau &#233;l&#233;mentaire &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule arme dont disposait l'&#201;glise &#233;tait son autorit&#233; morale assortie de peines eccl&#233;siastiques. Elle invite donc les fid&#232;les &#224; prendre leurs distances avec la violence et, dans une soci&#233;t&#233; croyante, elle pouvait user de peines eccl&#233;siastiques. Notons bien qu'elle ne va pas se comporter comme un super-pouvoir imposant le pacifisme absolu ; elle usa d'abord d'un biais. Comme l'affirmait le Concile de Charroux (989) : &#171; Personne sans la paix ne verra le Seigneur &#187; ; les pouvoirs f&#233;odaux devaient &#234;tre convaincus de cette maxime et conduits &#224; prendre des engagements de non violence ; ceux-ci furent d'abord limit&#233;s ; ce furent la Paix de Dieu et la Tr&#234;ve de Dieu. Par la Paix de Dieu, princes et nobles passaient des conventions volontaires devant l'&#233;v&#234;que en vue de ne pas nuire aux faibles, aux marchands ou aux clercs ; cet engagement &#233;tait assorti de peines eccl&#233;siastiques pouvant aller jusqu'&#224; l'interdit du territoire, l'excommunication et la privation de la s&#233;pulture religieuse. Le m&#233;canisme de la Tr&#234;ve de Dieu faisait lui aussi appel aux sentiments chr&#233;tiens des princes et des populations ; il partait du principe qu'il &#233;tait ind&#233;cent pour les chr&#233;tiens de se battre &#224; certains jours, m&#234;me l&#233;gitimement, lorsqu'ils avaient une signification religieuse sp&#233;ciale ; cette pratique permit de proscrire la violence dans certaines r&#233;gions. Comme l'&#233;dictait le Concile de Bourges en 1038 : &#171; Nous avons d&#233;di&#233; &#224; Dieu le jeudi &#224; cause de l'Ascension du Christ, le vendredi, en m&#233;moire de ses souffrances, le samedi en raison de sa s&#233;pulture, le dimanche &#224; cause de sa R&#233;surrection ; en sorte qu'en ces jours, il ne devra y avoir aucune exp&#233;dition et nul n'aura &#224; redouter son ennemi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, L'&#201;glise et la guerre, Paris, D.D.B., 1988, p. 89.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; un niveau raisonn&#233; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;dients menaient une lutte indirecte contre la violence ; ils faisaient appel &#224; la conscience pour qu'elle se soumette &#224; des engagements pris (Paix de Dieu) ou impos&#233;s (la Tr&#234;ve de Dieu). La th&#233;orie de la juste guerre va faire appel directement &#224; la conscience pour qu'elle renonce d'elle-m&#234;me &#224; la violence ; elle marque un progr&#232;s consid&#233;rable de la conscience morale puisqu'elle remet &#224; celle-ci de porter un jugement bon ou mauvais sur une action. La conscience, analysant les donn&#233;es d'une situation, va porter un jugement sur ce qui est, pour elle, le bien &#224; un moment donn&#233; ; la th&#233;orie de la guerre juste fut &#224; l'origine une p&#233;dagogie pour lib&#233;rer la conscience des conditionnements dans lesquels elle se trouve : passion, d&#233;sir de vengeance, mise &#224; profit d'une situation de domination, etc., et pour l'aider &#224; choisir ce que l'&#201;glise tient pour une attitude juste ; elle est une grille de lecture offerte au croyant pour d&#233;cider si le recours &#224; la violence est tol&#233;rable et donc justifiable &#224; tel moment. Elle comprend deux volets : le jus &lt;i&gt;ad bellum&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;jus in bello. &lt;/i&gt;Le &lt;i&gt;jus ad bellum &lt;/i&gt;r&#233;pond &#224; la question : aije le droit de faire la guerre (autorit&#233; l&#233;gitime) ? : y a-t-il une raison valable d'y recourir ou s'agit-il d'une agression ? Personne ne peut-il r&#233;soudre pacifiquement le diff&#233;rend ? La raison que j'invoque n'est-elle pas qu'un pr&#233;texte en vue de m'assurer un avantage ? L'intervention projet&#233;e est elle seulement une r&#233;action destin&#233;e &#224; supprimer une injustice ou est-elle en mesure d'assurer plus de justice ? Les r&#232;gles du &lt;i&gt;jus in bello &lt;/i&gt;correspondent elles aussi &#224; des exigences simples, celles du respect des non combattants et celle de la proportionnalit&#233; entre les dommages inflig&#233;s et la raison du conflit. Cette grille de lecture a travers&#233; les si&#232;cles ; aucune conscience ne peut se dispenser d'y recourir dans l'analyse qu'elle fait des situations de conflit qui se pr&#233;sentent, comme nous le verrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re pr&#233;cision doit &#234;tre donn&#233;e pour permettre de saisir le sens de la th&#233;orie de la juste guerre telle qu'&#233;labor&#233;e par les th&#233;ologiens au cours des &#226;ges jusqu'au XVe si&#232;cle. Elle place le croyant en pr&#233;sence de Dieu mais leur face &#224; face n'est pas solitaire. L'&#201;glise y intervient ; le jugement que forme le politique ou le chef de guerre n'est pas une appr&#233;ciation subjective des circonstances ; celle-ci doit tenir compte des r&#232;gles objectives de moralit&#233; dont l'&#201;glise est l'interpr&#232;te ; ainsi celles-ci ne peuvent &#234;tre d&#233;tourn&#233;es de leur sens et mises au service d'int&#233;r&#234;ts temporels. Cette p&#233;riode de la Chr&#233;tient&#233; se cl&#244;t d'ailleurs par un exemple frappant de la grande valeur morale qu'avait atteinte ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de l'Am&#233;rique eut lieu en 1492&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Losada, Fray Bartolom&#232; de las Casas a la luz de la moderna historica, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s 1511, le P&#232;re Montesinos lan&#231;a le mouvement de protestation contre le sort r&#233;serv&#233; par les &lt;i&gt;conquistadores &lt;/i&gt;aux indig&#232;nes de l'Am&#233;rique. Las Casas s'engagea &#224; fond dans cette action quelques ann&#233;es plus tard avec le soutien de nombreux P&#232;res de l'Ordre dominicain, parmi lesquels Vitoria ; ce dernier avait d&#233;j&#224; protest&#233; contre le fait de la Conqu&#234;te dans ses le&#231;ons &lt;i&gt;de Indis&lt;/i&gt;. Ce mouvement s'amplifia et, en 1549, le Conseil des Indes informa l'empereur qu'&#233;tant donn&#233; les p&#233;rils relatifs &#224; la situation corporelle et spirituelle des indiens entra&#238;n&#233;s par la conqu&#234;te, aucune nouvelle exp&#233;dition ne devait &#234;tre autoris&#233;e sans la permission expresse du Conseil ; le Conseil demandait &#233;galement qu'une commission de th&#233;ologiens et de juristes discute comment les conqu&#234;tes &#171; pourraient &#234;tre conduites justement et avec une conscience s&#251;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In A. Losada, op. cit., p. 245.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Charles-Quint ordonna de fait de suspendre les op&#233;rations militaires et de prendre l'avis des th&#233;ologiens ; ce qui eut lieu dans une dispute entre Las Casas et Sepulveda &#224; Valladolid en 1550 et 1551&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette dispute tourna autour des quatre arguments suivants : les indiens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple qui vient d'&#234;tre mentionn&#233; montre l'originalit&#233; de la th&#233;orie de la juste guerre ; il y a conjonction du jugement moral de l'individu croyant et de la soci&#233;t&#233; qui se dit chr&#233;tienne, c'est-&#224;-dire acceptant comme loi fondamentale les principes chr&#233;tiens : l'un et l'autre se situent par rapport &#224; une v&#233;rit&#233; objective qui les lie en conscience et soumettent leur jugement final &#224; une sorte de contr&#244;le de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'effondrement de la th&#233;orie de la guerre juste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les hommes ne se convertissent pas en un instant et les soci&#233;t&#233;s ne changent pas de route facilement. Or deux &#233;v&#233;nements consid&#233;rables vont se produire au XVe si&#232;cle et provoquer une onde de choc dont les effets se font encore sentir aujourd'hui. L'un est d'ordre mat&#233;riel, l'autre religieux ; I'un et l'autre vont d&#233;traquer le m&#233;canisme tr&#232;s d&#233;licat d'&#233;ducation &#224; la paix que constituait la th&#233;orie de la guerre juste dans la Chr&#233;tient&#233; : la r&#233;volution commerciale et l'apparition des nationalismes d'une part, la rupture de l'unit&#233; chr&#233;tienne d'autre part. La d&#233;couverte de l'Am&#233;rique n'est pas seulement le signe d'une r&#233;volution dans les techniques de navigation ; elle s'est produite au moment de la naissance de l'esprit scientifique. Ce nouveau rapport est &#233;tabli entre l'esprit humain et le monde qui l'entoure ; celui-ci n'est plus connu &#224; travers la R&#233;v&#233;lation mais gr&#226;ce &#224; l'observation des faits de la nature et &#224; l'utilisation que les individus font de leurs connaissances pour atteindre les fins qu'ils se fixent. L'homme n'est plus habit&#233; par l'id&#233;e de Chr&#233;tient&#233; ; il est avant tout soucieux de poursuivre les objectifs terrestres qu'il entrevoit. Cette s&#233;paration s'op&#232;re entre les fins terrestres et les fins spirituelles alors que, dans l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, les premi&#232;res &#233;taient ordonn&#233;es aux secondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de saint Fran&#231;ois-Xavier est ici frappant ; il se sent mis en demeure de faire un choix entre gagner l'univers ou annoncer l'&#201;vangile. La dissociation de ces objectifs dans la conscience de l'homme de la Renaissance est le signe qu'on est entr&#233; dans une &#233;poque nouvelle. Or au m&#234;me moment &#233;mergent les nations ; I'&#201;tat devient le moyen de s'approprier les richesses du monde, de le d&#233;velopper et, pour un peuple, de lui imposer sa marque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous devons nous rappeler que c'est une partie de notre devoir que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture de l'unit&#233; chr&#233;tienne favorisera le d&#233;veloppement des nationalismes. Du point de vue de l'analyse politique, la R&#233;forme protestante, en s'en tenant au seul rapport direct du croyant avec Dieu et en &#233;liminant la fonction d'arbitre moral que pouvait jouer l'&#201;glise dans les affaires temporelles, supprima le mod&#233;rateur de la mise en &#339;uvre de la th&#233;orie de la guerre juste. L'&#233;clatement de la Chr&#233;tient&#233; n'a pas seulement supprim&#233; l'autorit&#233; morale qui pouvait exercer une influence pacificatrice sur le monde, il a encore cr&#233;&#233; les conditions pour mettre la religion au service des politiques nationales : &#171; L'enseignement des deux royaumes que Luther avait propos&#233; pour lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; de l'emprise papale fut exploit&#233; pour l&#233;gitimer l'abandon par l'&#201;glise de sa responsabilit&#233; dans le domaine social et politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration de la Commission mixte catholique-luth&#233;rienne 1983 in DC, 1983, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La th&#233;orie de la juste guerre fut d&#233;tourn&#233;e de sa fin premi&#232;re et permit d'apporter un semblant de l&#233;gitimation morale &#224; la satisfaction des ambitions nationales par la force. De nombreuses &#233;tudes ont &#233;tabli comment les religions monoth&#233;istes d'Occident, dans les divers pays, ont soutenu activement les guerres nationales de leurs contr&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. H.J. Benedikt, Der neue Protestantismus, Koln 1971 ; D.E. Bigham, &#171; War (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Papaut&#233; tr&#232;s affaiblie des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles n'entra pas dans ces perspectives nationalistes, mais la position qui &#233;tait alors la sienne, tant au plan inter national que vis-&#224;-vis des &#201;glises locales, ne lui permit pas de combattre directement cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Nouvelle approche de la violence end&#233;mique des soci&#233;t&#233;s &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La connivence qui s'&#233;tablit entre la th&#233;orie de la guerre juste et le nationalisme a conduit le monde &#224; une impasse tragique. Depuis les guerres r&#233;volutionnaires et napol&#233;oniennes la violence n'a fait que cro&#238;tre et s'&#233;tendre. Deux fois le monde entier a &#233;t&#233; embras&#233; ; les totalitarismes ont sem&#233; la mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Courtois, Le livre noir du communisme, Paris, 1997, p. 848, estime &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La force de d&#233;ferlement du nationalisme fut telle qu'elle se rendit ma&#238;tre de l'esprit des chr&#233;tiens de chaque pays qui mirent Dieu au service de leur cause consid&#233;r&#233;e comme la seule juste : Au &lt;i&gt;Gott mit uns&lt;/i&gt; des Allemands r&#233;pondait le &lt;i&gt;Gesta Dei per Francos&lt;/i&gt; des Fran&#231;ais et les sermons du temps de guerre repoussaient tout appel &#224; la paix, m&#234;me celui de Beno&#238;t XV du ler ao&#251;t 1917 : &#171; Tr&#232;s Saint P&#232;re, s'exclamait le pr&#233;dicateur de la Madeleine, nous ne pouvons pas retenir pour l'instant vos appels &#224; la paix &#187;, tout en reconnaissant dans le Pape sa &#171; grandeur morale &#187; et un &#171; tr&#244;ne de justice &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sermon du P&#232;re Sertillanges in J.Joblin, L'&#201;glise et la guerre, op. cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la juste guerre offrit aux nationalismes la possibilit&#233; de justifier leur intransigeance et leur extr&#233;misme devant l'opinion ; cette situation &#233;trange doit &#234;tre expliqu&#233;e car le mouvement qui nous en lib&#233;rera devra prendre le contre-pied de ses affirmations. Deux arguments semblent avoir pr&#233;valu aupr&#232;s de l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Il y a dans l'humanit&#233;, sp&#233;cialement vive dans les pays marqu&#233;s par le monoth&#233;isme, une aspiration invisible &#224; r&#233;aliser l'unit&#233; des peuples autour de la v&#233;rit&#233;. En effet, si tous les hommes sont fils d'un m&#234;me P&#232;re, ils doivent pouvoir vivre en fr&#232;res dans un m&#234;me ensemble politique ; mais le jour o&#249; dispara&#238;t l'arbitre potentiel entre les diverses ethnies qui la composent, leurs ambitions r&#233;ciproques font qu'elles recourent &#224; la force pour se prot&#233;ger de toute tentative de domination &#224; leur &#233;gard ; cette logique ne sera rompue que si on &#233;tablit un nouveau type d'arbitrage international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'unit&#233;, telle qu'elle avait &#233;t&#233; con&#231;ue au Moyen &#194;ge et &#224; la Renaissance, exigeait l'uniformit&#233; des croyances chez tous les membres de la soci&#233;t&#233; politique ; la confession d'une m&#234;me foi &#233;tait regard&#233;e comme la garantie de la stabilit&#233; des institutions. L'histoire a montr&#233; maintenant que cette exigence ne peut &#234;tre maintenue dans le monde contemporain car d'une part, l'homme place sa dignit&#233; dans l'exercice d'une responsabilit&#233; sociale et politique et, d'autre part, l'homog&#233;n&#233;it&#233; culturelle des nations se v&#233;rifie de moins en moins du fait du brassage des populations. Il en r&#233;sulte que toute action pour la construction de la paix doit &#234;tre apte &#224; d&#233;velopper le sens d'une fraternit&#233; universelle voyant dans la diversit&#233; de l'exp&#233;rience humaine des divers peuples une source d'enrichissement et non une menace &#224; la coexistence des civilisations. Telles sont les deux tendances qui se sont d&#233;velopp&#233;es tout au long des deux derniers si&#232;cles pour tenter de transformer fondamentalement les relations dans la soci&#233;t&#233; internationale, substituant &#224; la force la coexistence et la coop&#233;ration ou des &#339;uvres communes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. La construction de la paix au cours des deux derniers si&#232;cles &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps o&#249; les nationalismes se d&#233;veloppaient en Occident prenait naissance et s'amplifiait un courant d'opinion int&#233;grant des forces sociales d'inspirations tr&#232;s diff&#233;rentes mais qui avaient en commun de faire de la construction de la paix le premier imp&#233;ratif de la vie sociale. Des chr&#233;tiens particip&#232;rent &#224; ce mouvement. Nous assistons &#224; partir du pontificat de Pie IX &#224; un repositionnement de la Papaut&#233; et de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233; gr&#226;ce &#224; une prise de conscience de plus en plus g&#233;n&#233;rale des nouvelles conditions dans lesquelles ils doivent accomplir leur mission de justice et de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La construction de la paix est regard&#233;e comme un d&#233;fi que l'humanit&#233; doit relever.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Elle n'est pas &#171; une simple absence de guerre&#8230; elle n'est jamais chose acquise une fois pour toutes ; elle est sans cesse &#224; construire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 78. 1&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ou comme avait dit Pie XII : &#171; elle est le r&#233;sultat d'une action morale et juridique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pie XII, Message de No&#235;l 1943.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les guerres d'ind&#233;pendance aux &#201;tats-Unis puis les guerres r&#233;volutionnaires et napol&#233;oniennes avaient sem&#233; la ruine dans ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui l'Occident et avaient occasionn&#233; de nombreux morts parmi les soldats des diverses arm&#233;es. C'est alors qu'apparurent les premiers mouvements de la paix dans les milieux anglo-saxons. Les premi&#232;res soci&#233;t&#233;s pacifistes furent cr&#233;&#233;es par des Quakers tant aux &#201;tats-Unis qu'en Angleterre d&#232;s les ann&#233;es 1808-1812 ; elles s'orient&#232;rent vers la non violence absolue et en firent la th&#233;orie avec des hommes comme Thoreau, Garrison, Darrow et, en Russie, Tolsto&#239;, pour ne parler que de quelques-uns des repr&#233;sentants de ce courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement d'origine religieuse se transforma insensiblement chez la plupart en un mouvement humaniste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, L'evoluzione storica dei movimenti della pace in Civil t&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui insista sur le fait que la paix devait &#234;tre trait&#233;e comme une &#339;uvre de raison. La guerre allait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un d&#233;sordre social d&#251; &#224; l'imperfection des institutions politiques. Cette conception fut particuli&#232;rement influente aux &#201;tats-Unis et plusieurs hommes d'&#201;tat, comme Wilson, furent actifs dans les mouvements de la paix de ce type ; ils pensaient que si les institutions am&#233;ricaines &#233;taient &#233;tendues au reste du monde et, particuli&#232;rement, &#224; l'Europe qui faisait montre d'un manque de maturit&#233; politique, la paix serait assur&#233;e. C'est ainsi que l'id&#233;ologie Wilsonienne fut &#224; la base de la Soci&#233;t&#233; des Nations et les hommes d'&#201;tat lib&#233;raux de l'Europe entr&#232;rent dans cette perspective. Cette conception purement rationaliste de la paix explique en partie pourquoi les n&#233;gociateurs du trait&#233; de Versailles ne virent aucune raison d'inviter le Saint-Si&#232;ge &#224; la table de leurs n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps o&#249; le monde lib&#233;ral et la&#239;c pr&#233;cisait sa conception de la paix et trouvait &#224; l'appliquer, le monde chr&#233;tien d&#233;veloppait ses propres vues &#224; ce sujet ; c'est ainsi que le p&#232;re Luigi Taparelli entrevit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Parelli, Saggio teoretico di diritto naturale appogiato sulfatto, 4 vol., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#232;s les ann&#233;es 1840 la mise en place d'une institution internationale qu'il appelait &lt;i&gt;l'ethnarchie&lt;/i&gt; et dont la constitution enl&#232;verait tout pr&#233;texte de guerre. La Papaut&#233;, elle aussi, adopta une attitude universaliste en d&#233;couvrant progressivement les nouvelles modalit&#233;s de sa pr&#233;sence &#224; la vie internationale ; elle ne serait plus un arbitre qui dirait le droit &#224; des gouvernements chr&#233;tiens ayant des pr&#233;tentions diverses ; elle se situerait &#224; un autre niveau que celui des querelles et guerres nationales. L'allocution de Pie IX au Consistoire du 20 avril 1849 et son Encyclique &lt;i&gt;Cum sancta Mater &lt;/i&gt;du 27 avril 1859 semblent &#234;tre les premi&#232;res marques de cette nouvelle prise de conscience du r&#244;le de la Papaut&#233;. Dans l'une et l'autre intervention, le Pape rel&#232;ve le scandale que constitue la guerre entre des nations catholiques et affirme qu'il ne peut faire autre chose que de &#171; pr&#234;cher sans cesse la paix &#187; car il serait contraire &#224; sa mission d'&#171; appeler les hommes au carnage et &#224; la mort &#187;. Ces premi&#232;res interventions de Pie IX montrent la position d'&#233;quilibre dans laquelle se place la Papaut&#233; : d'une part elle cachera de moins en moins son hostilit&#233; &#224; la guerre ; Jean-Paul II n'h&#233;sitera pas &#224; employer les mots d'&#171; absurde &#187; et d'&#171; indigne de l'homme &#187; pour la qualifier ; mais en m&#234;me temps, prenant acte du degr&#233; o&#249; se trouve la conscience de l'humanit&#233;, les Papes n'adopteront jamais le pacifisme absolu. Ainsi, Jean-Paul II d&#233;clarera-t-il, lorsqu'il visitera la paroisse sainte Doroth&#233;e &#224; Rome durant la guerre du Golfe : &#171; Je ne suis pas un pacifiste. Les textes sont nombreux pour dire qu'on ne peut pas laisser les mains libres aux &#034;criminels sans conscience&#034; et aux &#034;malfaiteurs internationaux&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos rapport&#233; par Origins 1991/38 du 28 f&#233;vrier 1991, p. 625, par lequel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il existe un devoir de solidarit&#233; d'aider les victimes d'une injuste agression&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pie XII, Discours au congr&#232;s international de droit p&#233;nal, 3 octobre 1953.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps o&#249; les Papes se d&#233;gag&#232;rent des conflits nationaux auxquels ils s'&#233;taient trouv&#233;s associ&#233;s dans le pass&#233;, le plus souvent du fait de l'existence des &#201;tats pontificaux, ils prirent de plus en plus conscience de leur obligation d'affirmer la sp&#233;cificit&#233; du Saint-Si&#232;ge dans un monde qui ne la reconnaissait plus. Pie IX per&#231;ut d&#233;j&#224; cette nouveaut&#233; &#224; l'occasion de la ratification de la convention de la Croix-Rouge de 1864. On sait qu'&#224; l'issue de la bataille de Solf&#233;rino (1859), Henri Dunant s'employa &#224; persuader les chefs de gouvernement de conclure un accord sur l'assistance minimum dont b&#233;n&#233;ficieraient les bless&#233;s en cas de guerre. Dans un premier temps, Pie IX refusa de s'associer &#224; l'entreprise et m&#234;me de prendre part aux n&#233;gociations qui conduisirent &#224; l'adoption de la Convention de Gen&#232;ve. Le Pape justifia son refus en expliquant que l'&#201;glise ne faisait la guerre &#224; personne &#224; la diff&#233;rence des &#201;tats qui s'arrogeaient ce droit au nom de leur souverainet&#233; ; il assura &#233;galement que, si elle &#233;tait attaqu&#233;e, ses arm&#233;es continueraient de traiterlesbless&#233;savec humanit&#233; comme elle l'avait toujours fait dans le pass&#233;. Le Saint-Si&#232;ge se mit ici &#224; un autre niveau et si, finalement en 1868, il ratifia la Convention sous la pression de la France, ce fut apr&#232;s que fut reconnue sa sp&#233;cificit&#233; ; comme devait l'&#233;crire le Secr&#233;taire d'&#201;tat au Conseil f&#233;d&#233;ral de Berne : &#171; Sa Saintet&#233;&#8230; s'y est d&#233;termin&#233;e principalement afin qu'il soit pourvu d'une mani&#232;re plus facile et plus r&#233;guli&#232;re &#224; l'assistance religieuse des bless&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, La difficile ratification de la convention de 1864 in Archivum (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position morale du Saint-Si&#232;ge dans la vie internationale ne sera reconnue que sporadiquement jusqu'&#224; la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Si des pays r&#233;put&#233;s non catholiques, comme la Prusse dans l'affaire de l'arbitrage des Carolines (1885), ou la Russie et les Pays-Bas pour la pr&#233;paration de la premi&#232;re conf&#233;rence de La Haye (1899), eurent recours &#224; la diplomatie pontificale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Eppstein, The Catholic Tradition of the Law of Nations Burnes, London (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est que de rappeler la rebuffade que re&#231;ut Beno&#238;t XV &#224; la suite de son appel &#224; une tr&#234;ve de No&#235;l en 1914, l'hostilit&#233; qui accueillit son appel &#224; la paix du 1er ao&#251;t 1917 ou son exclusion des n&#233;gociations de paix &#224; la suite du Trait&#233; de Londres de 1915 entre la France, l'Angleterre et l'Italie, pour se rendre compte du discr&#233;dit o&#249; le mettait son pacifisme dans l'opinion m&#234;me catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les peuples d'Occident se virent de nouveau entra&#238;n&#233;s dans la guerre en 1939, leurs r&#233;serves tomb&#232;rent &#224; l'&#233;gard de la Papaut&#233; ; ils comprirent qu'elle repr&#233;sentait une force de paix par sa puissance morale. Le cri de Pie XII, le 24 ao&#251;t 1939, frappa les imaginations : &#171; Le danger est imminent, mais il est encore temps. Rien n'est perdu avec la paix. Tout peut l'&#234;tre avec la guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pie XII, Radio Message du 24 ao&#251;t 1939.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une analogie peut &#234;tre trouv&#233;e ici avec l'exclamation de Paul VI devant l'Assembl&#233;e des Nations Unies : &#171; Plus, jamais la guerre &#187; (1965), &#224; une &#233;poque o&#249; la guerre froide pouvait encore d&#233;g&#233;n&#233;rer en un conflit ouvert. De telles affirmations tirent leur force de l'&#233;vidence du propos et de l'autorit&#233; morale de celui qui les prof&#232;rent ; elles s'imposent &#224; l'esprit des populations, &#233;rodent lentement leurs structures mentales tourn&#233;es vers l'agressivit&#233; et les conduisent &#224; placer l'imp&#233;ratif de la construction de la paix au-dessus des pr&#233;f&#233;rences nationales. Elles mettent l'humanit&#233; au d&#233;fi de s'engager sur des voies nouvelles. Ainsi le Saint-Si&#232;ge a-t-il &#233;t&#233; r&#233;ins&#233;r&#233; dans la vie internationale sur un plan nouveau, celui de l'action morale qui doit soutenir l'action juridique ; cette innovation a &#233;t&#233; rendue possible parce qu'il a su adopter une nouvelle strat&#233;gie de pr&#233;sence au monde, celle de la coop&#233;ration avec toutes les forces d'id&#233;al en s'adressant &#224; tous les hommes de bonne volont&#233; : si chaque individu, en tant qu'&#234;tre humain, &#233;tait invit&#233; &#224; construire la paix, la collaboration entre croyants et non-croyants pour la r&#233;alisation de cet objectif devait un jour s'imposer. Pacifistes la&#239;cs et pacifistes chr&#233;tiens ne pourraient plus suivre des voies parall&#232;les ; ils devraient joindre leurs efforts pour atteindre ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#244;le des &#171; forces d'id&#233;al &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'expression &#171; forces d'id&#233;al &#187; semble avoir &#233;t&#233; relativement courante au tournant des XIXe et XXe si&#232;cles ; on la trouve aussi bien sous la plume d'auteurs socialistes (Jaur&#232;s, Thomas) ou chr&#233;tiens (Don Sturzo) ; les uns et les autres entendant par l&#224; cette pouss&#233;e passionnelle qui est susceptible d'entra&#238;ner les foules pour la r&#233;alisation d'un id&#233;al hier le nationalisme, aujourd'hui la paix ; elles ont en commun de mobiliser les &#233;nergies pour l'obtention d'un r&#233;sultat qui est hors d'atteinte d'un mouvement particulier ; c'est ainsi qu'Albert Thomas, ancien ministre socialiste de l'armement, se tourna d&#232;s 1919 vers le mouvement chr&#233;tien social afin de lui demander de l'aider &#224; consolider l'&#339;uvre du Bureau international du Travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, Essere Chiesa nella societ&#224; pluralista in Civilt&#224; Cattolica 1979, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce qui ne manquera pas de surprendre plus d'un, c'est le fait que Pie XI r&#233;pondit favorablement &#224; ces avances et autorisa un pr&#234;tre &#224; travailler au sein du Bureau. La conjonction des forces d'id&#233;al pour la Justice qui avait commenc&#233; dans la pratique re&#231;ut ainsi une sorte d'approbation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pr&#233;occupation majeure d'une soci&#233;t&#233; n'est plus d'&#233;viter la guerre mais de construire la paix, les valeurs qui composent la grille de lecture de la th&#233;orie de la juste guerre voient leur importance relative modifi&#233;e. Prenons par exemple les concepts d'ultime recours et d'intention droite dans le &lt;i&gt;jus ad bellum.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la th&#233;orie classique, l'autorit&#233; sup&#233;rieure &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme disposant seule de l'usage de la force afin de faire r&#233;gner la justice ; dans la perspective nouvelle, ce qui lui est demand&#233;, c'est de mobiliser les &#233;nergies des peuples vers des objectifs positifs ; son r&#244;le est &#233;largi ; il n'est plus de faire la guerre ou d'imposer la non-guerre mais de construire la paix. La mission des pouvoirs politiques prend une nouvelle signification car, comme le dit encore &lt;i&gt;Gaudium et spes :&lt;/i&gt; il s'agit pour eux &#171; d'&#233;difier un monde qui soit vraiment plus humain pour tous et en tous lieux &#187; (&#167; 77, 1) et dans des conditions difficiles, car &#171; la paix n'est jamais acquise une fois pour toutes ; elle est sans cesse &#224; construire &#187; (&#167; 78, 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix est d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme une valeur globale ou mieux englobante ; demandant que les autres valeurs sociales soient jug&#233;es en fonction de leur aptitude &#224; en favoriser l'instauration, elle va avoir une influence directe sur l'interpr&#233;tation de la th&#233;orie de la guerre juste. Prenons par exemple l'intention droite. Selon l'interpr&#233;tation traditionnelle, il s'agissait de v&#233;rifier si la cause du conflit &#233;tait bien ce qui &#233;tait affirm&#233; (le plus souvent la r&#233;cup&#233;ration d'un territoire) en dehors de toute autre consid&#233;ration ; d&#233;sormais on se demandera si cette droiture existe vraiment, si les parties au diff&#233;rend &#233;vitent de recourir aux proc&#233;dures que la communaut&#233; internationale a mises au point pour les r&#233;gler (tel fut le cas avec les guerres des Malouines, du Golfe) et si les hostilit&#233;s ne risquent pas de compromettre la formation d'une entente de paix entre les parties adverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s politiques ne peuvent assumer leurs nouvelles fonctions sans l'appui actif des mouvements sociaux et de l'opinion ; seuls ils peuvent les retenir s'ils sont tent&#233;s de retomber dans les luttes entre nations pour la domination des peuples, des territoires ou des march&#233;s. L'erreur du trait&#233; de Versailles fut de n&#233;gliger le r&#244;le des &#171; forces d'id&#233;al &#187; et de faire confiance &#224; la seule force contraignante d'engagements pris entre hommes politiques ; on parla alors de &#171; pactomanie &#187;. C'est &#224; ce moment que Lord Ponsonby (1871-1946), reprenant la th&#232;se qu'un Quaker avait publi&#233;e en 1806&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Clarkson, Portraitism of Quakerism, 1806.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soutint qu'aucun gouvernement, aussi immoral fut-il, ne pourrait braver la conscience universelle en attaquant un &#201;tat d&#233;sarm&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par M. Ceadel, Pacifism in Britain 1914-1945. The defining of a faith. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dans ce contexte que les &#171; forces d'id&#233;al &#187; sont intervenues pour soutenir l'action des gouvernements ; mais elles n'avaient pas encore pris un poids suffisant entre les deux Guerres mondiales pour pouvoir infl&#233;chir les choix des gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Saint-Si&#232;ge n'est pas rest&#233; insensible &#224; cette &#233;volution et s'est appuy&#233; sur ce mouvement de fond que constituent les forces d'id&#233;al dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coop&#233;ration des mouvements d'inspiration chr&#233;tienne avec ceux d'inspiration humaniste ou socialiste caract&#233;rise la politique actuelle de la Papaut&#233; pour la construction de la paix. Si la paix est une &#339;uvre collective qui implique la participation des peuples et de leur opinion, tous les hommes qui reconnaissent la valeur sup&#233;rieure de cet id&#233;al doivent participer &#224; sa construction. Ce principe modifie la repr&#233;sentation ancienne du r&#244;le des chr&#233;tiens et du Saint-Si&#232;ge dans la vie internationale. Ce dernier s'est trouv&#233; associ&#233; pendant des si&#232;cles avec les pouvoirs en place et la fonction de mentor qui lui avait &#233;t&#233; reconnue envers les princes chr&#233;tiens fit penser qu'il ne pourrait se d&#233;partir de cette position et trouver une place dans la soci&#233;t&#233; moderne devenue d&#233;mocratique et laique. En fait, la Papaut&#233;, d&#233;nu&#233;e de pouvoir temporel, mais puisant son inspiration dans sa vision religieuse du devenir humain, anime un courant humaniste qui d&#233;passe le cercle des croyants. Tous ceux qui l'&#233;coutent n'acceptent pas pour autant ses enseignements religieux mais ils sont sensibles &#224; l'id&#233;al qui na&#238;t de son interpr&#233;tation de la vie humaine. Ainsi en fut-il des discours de guerre de Pie XII et surtout des Encycliques &lt;i&gt;Mater et Magistra &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Pacem in terris &lt;/i&gt;de Jean XXIII, du Concile Vatican II avec ses documents sur la libert&#233; religieuse, les relations avec les religions non-chr&#233;tiennes, l'&#339;cum&#233;nisme et la construction de la paix. Les mouvements sociaux ne doivent pas &#234;tre toujours assimil&#233;s aux id&#233;ologies dont ils se r&#233;clament et attention doit &#234;tre donn&#233;e aux aspects de l'humain qu'ils mettent en &#233;vidence alors que d'autres les n&#233;gligent. Cette constatation fonde la n&#233;cessit&#233; du dialogue, non pas na&#239;f et aveugle, mais lucide, entre les partenaires sociaux des diverses civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le dialogue pour la paix&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il prend un aspect concret et porte sur le renouvellement de l'interpr&#233;tation classique donn&#233;e aux cat&#233;gories de la th&#233;orie de la juste guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#171; les guerres sont faites en vue d'instaurer la paix &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contra Faustum XXI 78.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme l'a &#233;crit saint Augustin, il s'agit de construire celle-ci avant qu'elles n'&#233;clatent en adoptant des mesures permettant &#224; chacun de penser qu'il a re&#231;u ce qui lui revient ou estime lui revenir et que, s'il n'en est pas ainsi, le co&#251;t d'une modification de cet &#233;tat de choses par la force serait d&#233;raisonnable. La paix n'est plus regard&#233;e seulement comme une absence de guerre mais comme une &#339;uvre de justice (action morale) inscrite dans la r&#233;alit&#233; (action juridique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les valeurs f&#233;tiches du monde pr&#233;sent &#233;tant celles de la solidarit&#233; et des droits de l'homme, la collaboration des &#171; forces d'id&#233;al &#187; doit se porter sur ces deux terrains. De fait, l'aide aux populations en d&#233;tresse est susceptible de mobiliser les &#233;nergies de nombreuses associations ; de m&#234;me, la d&#233;nonciation des violations des droits de l'homme est devenue un imp&#233;ratif moral partag&#233; par des hommes de plus en plus nombreux sous quelque r&#233;gime qu'ils vivent, ce qu'attestent les efforts entrepris pour soumettre les relations commerciales internationales aux exigences formul&#233;es par les conventions fondamentales de l'Organisation internationale du Travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette D&#233;claration adopt&#233;e en 1998 mentionne comme droits sociaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il peut sembler que le souci de construire la paix op&#232;re une rupture avec la th&#233;orie de la guerre juste et rel&#232;gue celle-ci parmi les t&#233;moins d'&#233;poques pass&#233;es. Il n'en est rien ; elle demeure la grille de lecture que les hommes sont invit&#233;s &#224; utiliser pour cro&#238;tre en humanit&#233;. Princes, peuples et nations se sont interrog&#233;s durant des si&#232;cles pour se donner des raisons de recourir ou non &#224; la violence au moment o&#249; elle &#233;tait sur le point de se d&#233;cha&#238;ner, ils se demandent aujourd'hui comment &#233;viter d'en arriver &#224; ce point et, pour cela, comment les cat&#233;gories de la th&#233;orie traditionnelle peuvent &#234;tre transform&#233;es en instruments de paix. Le champ de la r&#233;flexion est &#233;largi : il s'agit, en temps de paix, de faire que les politiques suivies respectent les exigences de solidarit&#233; et de promotion des droits de l'homme dont les violations conduisent &#224; la guerre. Partant du principe que toutes les mesures politiques doivent &#234;tre jug&#233;es en fonction de leur aptitude &#224; &#233;tablir et garantir la paix, et qu'elles doivent &#234;tre accept&#233;es seulement dans la mesure o&#249; elles sont de nature &#224; favoriser l'accomplissement de cet objectif fondamental, les diverses cat&#233;gories de la th&#233;orie de la guerre juste offrent une grille de lecture pour la r&#233;alisation de cette nouvelle perspective. Ce noyau d'une &#171; th&#233;ologie de la paix &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Coste, Th&#233;ologie de la paix, Cerf, Paris, 1987, p. 452.&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; doit &#234;tre &#233;labor&#233; avant tout gr&#226;ce au travail commun de th&#233;ologiens, d'hommes politiques et de militaires. Une r&#233;flexion qui s'engagerait dans cette direction pourrait consid&#233;rer les points suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autorit&#233; comp&#233;tente &lt;/i&gt;avait au Moyen &#194;ge une double composante, politique et religieuse ; on sait qu'apr&#232;s la Renaissance, les &#201;tats se sont attribu&#233; le droit de d&#233;cider seuls de la l&#233;gitimit&#233; du recours &#224; la force. Une perspective nouvelle modifie cette situation. D'une part, la doctrine et l'opinion voient dans les institutions internationales une autorit&#233; politique supranationale, le si&#232;ge de l'ultime recours ; d'autre part, elles attendent d'elles qu'elles jouent un r&#244;le : actif, celui requis par la construction de la paix, &#171; d'&#233;difier un monde qui soit plus humain pour tous et en tous lieux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 77,1.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans des conditions difficiles puisque &#171; la paix n'est jamais une chose acquise une fois pour toutes et qu'elle est sans cesse &#224; construire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 78,1.&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les derniers Papes ont fait des Institutions internationales la cl&#233; de toute solution aux probl&#232;mes de paix ou de guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul II a insist&#233; sur le r&#244;le qui est le leur dans l'assistance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l&#224; les questions : l'action des gouvernements contribue-t-elle &#224; rendre plus impartiales et efficaces les Institutions internationales ? Leur est-il permis de refuser de leur verser leurs cotisations ou de s'en retirer s'ils ne les jugent pas assez dociles ? Peut-on s'associer aux campagnes d'opinion qui les d&#233;nigrent syst&#233;matiquement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La cause juste &lt;/i&gt;&#233;tait pour la doctrine classique la r&#233;cup&#233;ration d'un territoire, la r&#233;paration d'une offense, la d&#233;fense contre une agression ; seule cette derni&#232;re raison est retenue aujourd'hui, pour autant que les Institutions internationales n'ont pas &#233;t&#233; saisies du diff&#233;rend. La perspective nouvelle insiste sur le fait que l'origine des conflits doit &#234;tre cherch&#233;e dans des causes permanentes qui tiennent &#224; la structure actuelle des relations internationales qui favorisent plus souvent qu'on ne le pense la violation des droits de l'homme et le maintien de situations de pauvret&#233; ; de l&#224; les questions : s'efforce-t-on d'&#233;liminer ce qui provoque les injustices au lieu de se contenter d'en att&#233;nuer les effets ? Quelle importance est accord&#233;e &#224; la r&#233;forme du syst&#232;me international afin de pr&#233;venir la course aux armements, les explosions de r&#233;volte&#8230; et de renforcer la confiance entre les peuples ? Une cause peut-elle &#234;tre jug&#233;e juste si l'on n'a pas eu recours aux juridictions de conciliation, d'arbitrage ou de jugement qui existent et dont la vocation est de trouver une solution &#233;quitable aux revendications profondes des peuples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'intention droite &lt;/i&gt;&#233;tait reconnue comme telle si la cause invoqu&#233;e &#233;tait effectivement celle qui poussait &#224; entrer en guerre. La paix est regard&#233;e aujourd'hui comme une valeur globale ou englobante, c'est-&#224;-dire demandant de regarder les autres donn&#233;es sociales en fonction de leur aptitude &#224; la renforcer. Une intention pour &#234;tre dite droite, doit reposer sur la conviction que l'action guerri&#232;re projet&#233;e renforcera la coop&#233;ration entre les peuples et les &#201;tats. Il ne s'agit plus d'obtenir une victoire militaire mais de construire une paix durable parce que juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le souci des populations civiles &lt;/i&gt;&#233;tait limit&#233; &#224; leur mise &#224; l'&#233;cart des combats ; il doit devenir dans une culture de paix celui de leur &#171; d&#233;veloppement mat&#233;riel et progr&#232;s spirituel &#187; pour leur permettre de participer organiquement (Paul VI) aux d&#233;cisions qui les concernent. &#171; Le d&#233;veloppement est le nouveau nom de la paix &#187;, mais n'est-ce pas parce que ce fait d'ordre moral est n&#233;glig&#233; qu'on en arrive &#224; tol&#233;rer ce qui rendra plus difficile la marche des peuples vers une &#233;galit&#233; effective comme le maintien d'un embargo alimentaire ou la destruction d'installations qui conduiront &#224; une marginalisation &#233;conomique, sociale et politique des populations les plus pauvres. Il y a l&#224; une forme de guerre totale que condamne &lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 80&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'exigence de proportionnalit&#233; &lt;/i&gt;entre elle aussi dans une culture de paix ; le co&#251;t des armements et des op&#233;rations militaires est devenu tel que les gouvernements et l'opinion doivent consid&#233;rer le recours &#224; la guerre comme inacceptable, d'autant que celle-ci constitue un processus cumulatif qui a son propre dynamisme et tend &#224; &#233;chapper au contr&#244;le de l'homme. Chaque g&#233;n&#233;ration doit trouver devant cette absurdit&#233; le courage d'un sursaut moral qui lui fasse emprunter les voies de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ologiens qui ont &#233;labor&#233; les premiers la th&#233;orie de la juste guerre ont mis en &#233;vidence les param&#232;tres qui s'imposent &#224; la conscience devant une situation de conflit. Il s'agissait hier de limiter le d&#233;clenchement des hostilit&#233;s en s'adressant &#224; la conscience des responsables civils et militaires. Aujourd'hui, il est demand&#233; &#224; tous de construire la paix. De plus, &#224; la d&#233;fense des seuls int&#233;r&#234;ts nationaux est venue se substituer l'obligation de soumettre ceux-ci aux int&#233;r&#234;ts globaux de l'humanit&#233; ; ceux-ci ont pr&#233;sentement pour nom un d&#233;veloppement solidaire dans le respect de tous et de chacun. Il y a donc un fil conducteur de la th&#233;orie de la guerre juste &#224; la construction de la paix. Un m&#234;me souci d'&#233;duquer les individus &#224; faire r&#233;gner le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#232;re Joseph Joblin, sj&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte original d'une conf&#233;rence prononc&#233;e au Centre Saint-Louis des-francais &#224; Rome, lors des journ&#233;es d'&#233;tude &#171; Dieu entre la paix et la guerre &#187;, les 15 et 16 avril. Texte paru dans La Documentation Catholique n&#176; 2206 du 20 juin 1999&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Partie XIII, &lt;i&gt;Pr&#233;ambule&lt;/i&gt; de la constitution de l'Organisation Internationale du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charte des Nations Unies, &lt;i&gt;Pr&#233;ambule&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Centesimus annus&lt;/i&gt;, 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul II, &lt;i&gt;Discours aux travailleurs de Civita Vecchia&lt;/i&gt;, 19 mars 1987 in l'&lt;i&gt;Osservatore Romano&lt;/i&gt;, 20 mars 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Fessard, &lt;i&gt;Paix ou Guerre 7.Monde nouveau&lt;/i&gt;, Paris, 1951, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De Officiis&lt;/i&gt; I, 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la guerre&lt;/i&gt;, Paris, D.D.B., 1988, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Losada, &lt;i&gt;Fray Bartolom&#232; de las Casas a la luz de la moderna historica&lt;/i&gt;, Tecnos, Madrid, 1970, pp. 244-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In A. Losada, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette dispute tourna autour des quatre arguments suivants : les indiens sont-ils esclaves par nature ? Peut-on tol&#233;rer leur religion qui est fausse ? Doit-on porter assistance aux victimes innocentes des sacrifices humains ? Peut-on faire la guerre pour propager la foi ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Nous devons nous rappeler que c'est une partie de notre devoir que le monde re&#231;oive notre empreinte et non celle d'un autre peuple &#187; D&#233;claration de Lord Roseberry, secr&#233;taire au Foreign Office rapport&#233;e par G. Hanotacex, &lt;i&gt;Fachoda et le partage de l'Afrique&lt;/i&gt;, p. 81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration de la Commission mixte catholique-luth&#233;rienne 1983 in &lt;i&gt;DC&lt;/i&gt;, 1983, p. 694-697, &#167; 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. H.J. Benedikt, &lt;i&gt;Der neue Protestantismus&lt;/i&gt;, Koln 1971 ; D.E. Bigham, &#171; War as an obligation in the thought of American Christians 1898-1920 &#187; in &lt;i&gt;Peace and Change&lt;/i&gt; (Kent) Winter 1991, p. 45-57 ; J. Joblin, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la guerre&lt;/i&gt;, DDB, Paris, 1987, p. 167 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Courtois, &lt;i&gt;Le livre noir du communisme&lt;/i&gt;, Paris, 1997, p. 848, estime &#224; environ 100 millions de morts les victimes du communisme (p. 14).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sermon du P&#232;re Sertillanges in J.Joblin, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la guerre&lt;/i&gt;, op. cit., p. 238 ; de m&#234;me p. 229.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 78. 1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pie XII, &lt;i&gt;Message de No&#235;l 1943&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;L'evoluzione storica dei movimenti della pace in Civil t&#224; Cattolica&lt;/i&gt;, 1984, II, p. 336-349.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Parelli, &lt;i&gt;Saggio teoretico di diritto naturale appogiato sulfatto&lt;/i&gt;, 4 vol., Palermo 1844, IV VI I &#167; 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propos rapport&#233; par &lt;i&gt;Origins&lt;/i&gt; 1991/38 du 28 f&#233;vrier 1991, p. 625, par lequel le Pape lie paix et Justice : &#171; Peace is always the work of justice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pie XII, &lt;i&gt;Discours au congr&#232;s international de droit p&#233;nal&lt;/i&gt;, 3 octobre 1953.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;La difficile ratification de la convention de 1864&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;Archivum Histori&#230; Pontificiae&lt;/i&gt; 1993/31 p.249.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Eppstein, &lt;i&gt;The Catholic Tradition of the Law of Nations Burnes&lt;/i&gt;, London 1935, p. 174 et 473.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pie XII, &lt;i&gt;Radio Message&lt;/i&gt; du 24 ao&#251;t 1939.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;Essere Chiesa nella societ&#224; pluralista in Civilt&#224; Cattolica&lt;/i&gt; 1979, III p. 345-357.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T. Clarkson, &lt;i&gt;Portraitism of Quakerism&lt;/i&gt;, 1806.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par M. Ceadel, &lt;i&gt;Pacifism in Britain 1914-1945. The defining of a faith&lt;/i&gt;. Clarendon Press Oxford 1980, p. 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contra Faustum&lt;/i&gt; XXI 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette D&#233;claration adopt&#233;e en 1998 mentionne comme droits sociaux fondamentaux la libert&#233; syndicale, l'interdiction du travail forc&#233; et du travail des enfants ainsi que la non discrimination en mati&#232;re d'emploi et de profession.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Coste, &lt;i&gt;Th&#233;ologie de la paix&lt;/i&gt;, Cerf, Paris, 1987, p. 452.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 77,1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 78,1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul II a insist&#233; sur le r&#244;le qui est le leur dans l'assistance humanitaire. Cf. &lt;i&gt;Discours au Corps diplomatigue&lt;/i&gt; 16 janvier 1993 ; J. Joblin, &#171; L'ing&#233;rence des &#201;tats en temps de guerre &#187; in &lt;i&gt;Greogorianum&lt;/i&gt;, 76/1 (1995) p. 95-123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 80&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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