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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Lettre d'Am&#233;rique, les raisons d'un combat </title>
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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Soixante intellectuels am&#233;ricains, enseignants, pour la plupart, dans les plus prestigieuses universit&#233;s des &#201;tats-Unis, signent une Lettre d'Am&#233;rique dans laquelle ils expliquent et justifient l'engagement de leur pays dans la guerre qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001. &lt;br class='autobr' /&gt; Il est parfois n&#233;cessaire pour une nation de se d&#233;fendre par les armes. Parce que la guerre est une affaire s&#233;rieuse, entra&#238;nant le sacrifice de pr&#233;cieuses vies (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soixante intellectuels am&#233;ricains, enseignants, pour la plupart, dans les plus prestigieuses universit&#233;s des &#201;tats-Unis, signent une &lt;i&gt;Lettre d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; dans laquelle ils expliquent et justifient l'engagement de leur pays dans la guerre qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est parfois n&#233;cessaire pour une nation de se d&#233;fendre par les armes. Parce que la guerre est une affaire s&#233;rieuse, entra&#238;nant le sacrifice de pr&#233;cieuses vies humaines, la conscience exige que ceux qui la font expriment clairement le raisonnement moral qui sous-tend leurs actes, afin que les parties en pr&#233;sence et le monde entier soient avertis, sans ambigu&#239;t&#233;s, des principes qu'ils d&#233;fendent. &lt;br /&gt;
Nous affirmons cinq v&#233;rit&#233;s fondamentales qui s'appliquent &#224; tous les peuples sans distinction : Tous les &#234;tres humains naissent libres et &#233;gaux en droits et en dignit&#233;. [&lt;i&gt;D&#233;claration universelle des droits de l'homme, ONU, article premier&lt;/i&gt;.] &lt;br /&gt;
2. Le sujet fondamental de la soci&#233;t&#233; est la personne humaine. Un gouvernement a pour r&#244;le l&#233;gitime de prot&#233;ger et d'entretenir les conditions de l'&#233;panouissement humain. &lt;br /&gt;
3. Les &#234;tres humains sont naturellement enclins &#224; chercher la v&#233;rit&#233; sur le sens et les fins derni&#232;res de la vie. &lt;br /&gt;
4. La libert&#233; d'opinion et la libert&#233; de culte sont des droits inviolables de la personne humaine. &lt;br /&gt;
5. Tuer au nom de Dieu est contraire &#224; la foi en Dieu. C'est la plus grande trahison de l'universalit&#233; de la foi religieuse. &lt;br /&gt;
Nous nous battons pour nous d&#233;fendre et pour d&#233;fendre ces principes universels. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles sont les valeurs am&#233;ricaines ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 11 septembre, des millions d'Am&#233;ricains se demandent, mutuellement et &#224; eux-m&#234;mes : pourquoi ? Pourquoi sommes-nous la cible de ces odieuses attaques ? Pourquoi ces gens veulent-ils nous tuer ? Nous reconnaissons que notre nation a parfois fait preuve d'arrogance et d'ignorance envers d'autres soci&#233;t&#233;s. Notre nation a parfois conduit des politiques mal orient&#233;es et injustes. Nous avons trop souvent, en tant que nation, failli &#224; nos propres id&#233;aux. Nous ne pouvons pas imposer des principes moraux &#224; d'autres soci&#233;t&#233;s si, dans le m&#234;me temps, nous ne reconnaissons pas nos propres manquements &#224; ces m&#234;mes principes. Nous sommes unanimement convaincus - et s&#251;rs en cela d'&#234;tre approuv&#233;s par tous les hommes de bonne volont&#233; dans le monde - que l'invocation de telle ou telle faute sp&#233;cifique en mati&#232;re de politique &#233;trang&#232;re ne peut en aucun cas justifier, ni m&#234;me servir d'argument pr&#233;alable pour le massacre massif d'innocents. &lt;br /&gt;
En outre, dans une d&#233;mocratie comme la n&#244;tre, o&#249; le pouvoir des gouvernants &#233;mane du consentement des gouvern&#233;s, la politique s'enracine au moins partiellement dans la culture, les valeurs et les priorit&#233;s de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. &lt;br /&gt;
Bien que nous ne pr&#233;tendions pas conna&#238;tre en profondeur les motivations de nos agresseurs et de leurs sympathisants, ce que nous en savons donne &#224; penser que leurs griefs s'&#233;tendent bien au-del&#224; des seules consid&#233;rations politiques. Apr&#232;s tout, les tueurs du 11 septembre n'ont &#233;mis aucune exigence particuli&#232;re ; en ce sens, on peut dire qu'ils ont tu&#233; pour tuer. Le chef d'Al-Qaida a d&#233;fini les &lt;i&gt;&#034;frappes b&#233;nies&#034;&lt;/i&gt; du 11 septembre comme des coups port&#233;s contre l'Am&#233;rique &lt;i&gt;&#034;capitale du monde des infid&#232;les&#034;&lt;/i&gt;. Il faut donc en d&#233;duire que nos agresseurs visent non seulement notre gouvernement mais notre soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re, notre mode de vie en g&#233;n&#233;ral. En r&#233;alit&#233;, leurs griefs s'adressent fondamentalement non pas &#224; notre gouvernement mais &#224; ce que nous sommes. Alors, que sommes-nous ? Quelles sont nos valeurs ? D'aucuns, y compris de nombreux Am&#233;ricains et notamment plusieurs signataires de cette lettre, consid&#232;rent que certaines valeurs am&#233;ricaines sont peu attrayantes, voire nuisibles. Le consum&#233;risme comme mode de vie. La libert&#233; con&#231;ue comme une absence de r&#232;gles. L'id&#233;e que l'individu est son propre ma&#238;tre, se fa&#231;onne lui-m&#234;me et ne doit rien &#224; personne, ou presque. L'affaiblissement du mariage et de la vie de famille. Sans compter l'&#233;norme r&#233;seau de communications et de productions culturelles en tout genre qui glorifie sans rel&#226;che ces valeurs, qu'elles soient bien ou mal venues, et les diffuse dans presque tous les coins du monde. &lt;br /&gt;
Une lourde t&#226;che nous incombe, &#224; nous Am&#233;ricains, et pas seulement depuis le 11 septembre : nous devons regarder en face, objectivement, ces aspects peu attrayants de notre soci&#233;t&#233; et nous efforcer de les am&#233;liorer. Nous nous y attelons. Cela dit, l'Am&#233;rique propose aussi d'autres valeurs - que nous consid&#233;rons comme nos id&#233;aux fondateurs et qui d&#233;finissent plus pr&#233;cis&#233;ment notre mode de vie -, tr&#232;s diff&#233;rentes des premi&#232;res et beaucoup plus engageantes, non seulement pour les Am&#233;ricains mais pour les peuples du monde entier. Nous en mentionnerons bri&#232;vement quatre. &lt;br /&gt;
La 1re est la conviction que la dignit&#233; humaine est un droit inn&#233; pour toute personne et que, par cons&#233;quent, toute personne doit &#234;tre trait&#233;e comme une fin et non comme un moyen. &lt;br /&gt;
Les fondateurs des &#201;tats-Unis, se basant sur la tradition de la loi naturelle autant que sur l'assertion religieuse fondamentale selon laquelle tous les hommes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#224; l'image de Dieu, ont pos&#233; comme &#034;&#233;vidente en soi&#034; la notion d'&#233;gale dignit&#233; pour tous. L'expression politique la plus nette de cette croyance en une dignit&#233; humaine transcendante est la d&#233;mocratie. Son expression culturelle la plus nette a &#233;t&#233;, pour les g&#233;n&#233;rations r&#233;centes aux &#201;tats-Unis, la r&#233;actualisation et l'extension du principe d'&#233;gale dignit&#233; &#224; toutes les personnes ind&#233;pendamment de leur sexe, de leur race ou couleur de peau. &lt;br /&gt;
La 2e cons&#233;quence imm&#233;diate de la 1re est la conviction qu'il existe des v&#233;rit&#233;s morales universelles (que les fondateurs de notre nation appel&#232;rent &#034;lois de la Nature et de la nature de Dieu&#034;) et qu'elles s'appliquent &#224; tous. Les t&#233;moignages les plus &#233;loquents de notre fid&#233;lit&#233; &#224; ces v&#233;rit&#233;s se trouvent dans notre D&#233;claration d'ind&#233;pendance, dans le discours d'adieu de George Washington, le discours de Gettysburg et le second discours inaugural d'Abraham Lincoln et la lettre de la prison de Birmingham du Dr Martin Luther King. &lt;br /&gt;
La 3e est la conviction que notre connaissance individuelle et collective de la v&#233;rit&#233; &#233;tant imparfaite, les d&#233;saccords sur ces valeurs doivent &#234;tre discut&#233;s avec civilit&#233; et tol&#233;rance sur la foi d'une argumentation raisonnable. &lt;br /&gt;
La 4e est la libert&#233; d'opinion et la libert&#233; de culte. Ces libert&#233;s intrins&#232;quement li&#233;es sont consid&#233;r&#233;es, dans notre pays et ailleurs, comme un reflet de la dignit&#233; humaine fondamentale et comme une condition pr&#233;alable aux autres libert&#233;s individuelles. &lt;br /&gt;
Pour nous, ce que ces valeurs ont de plus frappant, c'est qu'elles s'appliquent &#224; tous sans distinction et ne peuvent donc &#234;tre utilis&#233;es pour d&#233;nier &#224; qui que ce soit le respect de sa race, de sa langue, de sa m&#233;moire, de sa religion. C'est pourquoi tout le monde peut en principe devenir am&#233;ricain. En principe et dans les faits. Des gens accourent de partout vers notre pays pour, comme le dit une statue dans le port de New York, pouvoir respirer librement et, assez rapidement, deviennent am&#233;ricains. Aucune autre nation dans l'Histoire n'a aussi explicitement forg&#233; son identit&#233; - sa Constitution, ses textes fondateurs et m&#234;me sa propre perception de soi - sur la base des valeurs humaines universelles. Pour nous, ce fait prime tout dans ce pays. &lt;br /&gt;
Certains soutiennent que ces valeurs ne sont pas du tout universelles, mais sp&#233;cifiquement occidentales et notamment chr&#233;tiennes. Consid&#233;rer ces valeurs comme universelles serait, d'apr&#232;s eux, nier le caract&#232;re distinctif des autres cultures. [&lt;i&gt;Pour les uns, c'est une fa&#231;on de condamner ces &#034;autres&#034; cultures, pr&#233;sum&#233;es trop attard&#233;es ou trop aveugl&#233;es par de fausses croyances pour comprendre ce que nous appelons dans cette lettre valeurs humaines universelles ; pour d'autres, c'est une fa&#231;on de reprendre &#224; leur compte (g&#233;n&#233;ralement l'une de) ces cultures pr&#233;sum&#233;es indiff&#233;rentes &#224; ces valeurs. Nous d&#233;sapprouvons ces deux visions.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
Nous ne sommes pas d'accord. Nous reconnaissons que notre civilisation y est pour beaucoup mais nous croyons que tous les hommes ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s &#233;gaux. Nous croyons que la libert&#233; humaine est universellement possible et d&#233;sirable. Nous croyons que certaines v&#233;rit&#233;s morales fondamentales sont reconnues partout dans le monde. Nous approuvons l'assembl&#233;e internationale d'&#233;minents philosophes qui, &#224; la fin des ann&#233;es 1940, ont particip&#233; &#224; la r&#233;daction de la D&#233;claration universelle des droits de l'homme de l'ONU et ont conclu que certaines id&#233;es morales sont tellement r&#233;pandues qu'elles &lt;i&gt;&#034;peuvent &#234;tre consid&#233;r&#233;es comme inh&#233;rentes &#224; la nature de l'homme en tant que membre d'une soci&#233;t&#233;&#034;.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Avec optimisme, mais rigueur, nous faisons n&#244;tres les propos du Dr Martin Luther King lorsqu'il dit que, si l'arc de l'univers moral est vaste, il s'incurve vers la justice, non seulement pour quelques privil&#233;gi&#233;s mais pour tous. &lt;br /&gt;
Une fois encore, en nous penchant sur notre propre soci&#233;t&#233;, force est de constater que de trop nombreuses failles s&#233;parent nos id&#233;aux de notre conduite. Mais, Am&#233;ricains en temps de guerre et de crise mondiale, nous tenons &#224; rappeler que le meilleur de ce que nous appelons trop facilement les &#034;valeurs am&#233;ricaines&#034; n'est pas l'apanage de la seule Am&#233;rique : c'est l'h&#233;ritage commun de l'humanit&#233; et donc un fondement possible de l'espoir en une communaut&#233; mondiale bas&#233;e sur la paix et la justice. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de Dieu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis le 11 septembre, des millions d'Am&#233;ricains se demandent, mutuellement et &#224; eux-m&#234;mes : &#034;Et Dieu dans tout &#231;a ?&#034; Des crises de cette amplitude nous contraignent &#224; revenir sur les premiers principes. Devant l'horreur de ce qui s'est produit, et face au danger de ce qui risque de se produire encore, nombre d'entre nous posent la question : la foi religieuse fait-elle partie de la solution ou du probl&#232;me ? Les signataires de cette lettre sont issus de diverses traditions religieuses et morales, parfois la&#239;ques. Nous sommes unanimement convaincus que l'invocation de Dieu pour tuer ou estropier des &#234;tres humains est immorale et contraire &#224; la foi en Dieu. Nombre d'entre nous croient que nous sommes soumis au jugement de Dieu. Aucun de nous ne croit que Dieu nous ait jamais command&#233; de nous entre-tuer. En v&#233;rit&#233;, une telle attitude, qu'on l'appelle &#034;guerre sainte&#034; ou &#034;croisade&#034;, est non seulement une violation des principes fondamentaux de la justice mais la n&#233;gation m&#234;me de la foi religieuse, puisqu'elle transforme Dieu en une idole au service de desseins humains. &lt;br /&gt;
Notre propre nation fut jadis engag&#233;e dans une grande guerre de S&#233;cession, o&#249; chaque camp pensait que Dieu s'opposait au camp adverse. Dans son second discours inaugural de 1865, le 10e pr&#233;sident des &#201;tats-Unis, Abraham Lincoln, a tranch&#233; la question : &#034;&lt;i&gt; Les voies du Seigneur sont imp&#233;n&#233;trables.&#034;&lt;/i&gt; Ceux qui nous ont attaqu&#233;s le 11 septembre ont clam&#233; ouvertement qu'ils menaient une guerre sainte. Et beaucoup, parmi ceux qui les soutiennent ou sympathisent avec eux, invoquent de m&#234;me le nom de Dieu et semblent reprendre &#224; leur compte l'argument de la guerre sainte. Pour comprendre &#224; quel point cette fa&#231;on de penser est d&#233;sastreuse, il nous suffit, &#224; nous Am&#233;ricains, de nous rappeler notre propre histoire et celle de l'Occident. Les guerres de religion et le sectarisme chr&#233;tien ont d&#233;chir&#233; l'Europe pendant pr&#232;s d'un si&#232;cle. Aux &#201;tats-Unis aussi, on a vu des tueries perp&#233;tr&#233;es au moins en partie au nom d'une foi religieuse. &#192; l'&#233;gard de ce fl&#233;au, aucune civilisation, aucune tradition religieuse n'est sans tache. &lt;br /&gt;
La personne humaine est fondamentalement port&#233;e vers la recherche du savoir. Evaluer, choisir, d&#233;terminer des raisons de ch&#233;rir ce que nous ch&#233;rissons, tel est le propre de l'homme. Pourquoi sommes-nous n&#233;s ? Qu'adviendra-t-il de nous apr&#232;s notre mort ? Voil&#224; autant de questions, pos&#233;es par ce besoin intrins&#232;que de savoir, qui nous am&#232;nent &#224; nous interroger sur les fins derni&#232;res, notamment sur le probl&#232;me de Dieu. Certains des signataires de cette lettre pensent que l'homme est par nature &#034;religieux&#034;, au sens o&#249; chacun, m&#234;me celui qui ne croit pas en Dieu ou n'adh&#232;re &#224; aucune religion r&#233;v&#233;l&#233;e, fait des choix essentiels et r&#233;fl&#233;chit sur les valeurs ultimes. Tous les signataires de cette lettre reconnaissent que la foi et les institutions religieuses sont, ici et l&#224; dans le monde, des bases importantes de la soci&#233;t&#233; civile, qui ont souvent produit des r&#233;sultats b&#233;n&#233;fiques et apaisants mais ont parfois aussi &#233;t&#233; des facteurs de division et de violence. Quelles r&#233;ponses les dirigeants et la soci&#233;t&#233; civile peuvent-ils apporter &#224; ces probl&#232;mes humains et sociaux fondamentaux ? Premi&#232;re possibilit&#233; : mettre hors la loi et r&#233;primer la religion. Deuxi&#232;me possibilit&#233; : adopter une id&#233;ologie la&#239;que, c'est-&#224;-dire un scepticisme affich&#233; ou une r&#233;elle hostilit&#233; envers la religion pr&#233;supposant que la religion, notamment l'expression publique de la conviction religieuse, est par elle-m&#234;me source de probl&#232;mes. Troisi&#232;me possibilit&#233; : la th&#233;ocratie, c'est-&#224;-dire l'instauration d'une religion unique, pr&#233;tendue seule vraie religion, impos&#233;e &#224; l'ensemble du corps social et donc enti&#232;rement financ&#233;e et r&#233;glement&#233;e par l'&#201;tat. Nous nous pronon&#231;ons contre chacune de ces trois r&#233;ponses. La r&#233;pression l&#233;gale porte radicalement atteinte aux libert&#233;s publiques, elle est incompatible avec une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. Bien que l'id&#233;ologie la&#239;que semble de plus en plus, dans notre soci&#233;t&#233;, emporter l'adh&#233;sion des jeunes g&#233;n&#233;rations, nous la d&#233;sapprouvons parce qu'elle vient &#224; l'encontre de la l&#233;gitimit&#233; d'une partie importante de la soci&#233;t&#233; civile et tend &#224; nier l'existence de ce que l'on peut consid&#233;rer avec quelque raison comme une dimension importante de la personne humaine. [&lt;i&gt;&#192; ce sujet, les avocats de la la&#239;cit&#233; surestiment sans doute la capacit&#233; des soci&#233;t&#233;s humaines &#224; se passer de &#034;religion&#034;, m&#234;me en th&#233;orie. En outre, ils mesurent mal, m&#234;me en acceptant leurs propres pr&#233;misses, les cons&#233;quences sociales de la suppression de la religion traditionnelle. Car, si nous consid&#233;rons la religion comme une valeur ultime, le vingti&#232;me si&#232;cle a offert au monde deux exemples terrifiants - le nazisme en Allemagne, le communisme en Union sovi&#233;tique - de religions la&#239;ques, qu'on peut appeler religions de substitution, toutes deux destin&#233;es &#224; &#233;radiquer la foi religieuse traditionnelle (en fait, une foi concurrente) et toutes deux parfaitement indiff&#233;rentes &#224; la dignit&#233; humaine et aux droits de l'homme fondamentaux.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
Enfin, m&#234;me si la th&#233;ocratie a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; en usage dans l'histoire de l'Occident (hors &#201;tats-Unis), nous la d&#233;sapprouvons aussi pour des raisons &#224; la fois sociales et th&#233;ologiques. Socialement, la religion d'&#201;tat s'oppose &#224; la libert&#233; de culte, un droit de l'homme fondamental. En outre, un contr&#244;le &#233;tatique de la religion risque d'exacerber les conflits religieux et, plus grave encore peut-&#234;tre, de menacer la vitalit&#233; et l'authenticit&#233; des institutions religieuses. Th&#233;ologiquement, m&#234;me pour les fid&#232;les fermement convaincus de la v&#233;rit&#233; de leur foi, la coercition en mati&#232;re religieuse est en d&#233;finitive une violation de la religion elle-m&#234;me, puisqu'elle prive les autres du droit de r&#233;pondre librement et dignement &#224; l'invitation du Cr&#233;ateur. &lt;br /&gt;
La soci&#233;t&#233; am&#233;ricaine, dans ce qu'elle a de meilleur, s'emploie &#224; faire en sorte que foi et libert&#233; aillent de pair, chacune rehaussant l'autre. Nous avons un r&#233;gime la&#239;que - nos dirigeants politiques ne sont pas des dirigeants religieux - mais notre soci&#233;t&#233; est de loin la plus religieuse du monde occidental. Notre nation respecte profond&#233;ment la libert&#233; et la diversit&#233; religieuses, y compris les droits des non-croyants, mais proclame dans ses tribunaux et inscrit sur chacune de ses pi&#232;ces de monnaie la devise : &lt;i&gt;&#034;In God We Trust.&#034;&lt;/i&gt; Politiquement, notre s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat vise &#224; maintenir la politique dans sa sph&#232;re propre, en limitant le pouvoir d'intervention de l'&#201;tat dans les affaires religieuses et en obligeant ainsi le gouvernement &#224; asseoir sa l&#233;gitimit&#233; et ses actes sur des bases morales qu'il n'a pas invent&#233;es lui-m&#234;me. Spirituellement, notre s&#233;paration de l'&#201;glise et de l'&#201;tat permet &#224; la religion d'&#234;tre religion, en la d&#233;tachant du pouvoir coercitif du gouvernement. En bref, nous nous effor&#231;ons de s&#233;parer l'&#201;glise et l'&#201;tat pour la protection et la vitalit&#233; de l'une et de l'autre. &lt;br /&gt;
Les croyants am&#233;ricains ont souvent &#233;prouv&#233; quelque difficult&#233; &#224; concilier v&#233;rit&#233; religieuse et libert&#233; religieuse. La question n'est toujours pas r&#233;gl&#233;e, d'ailleurs. Notre fonctionnement social et constitutionnel requiert, presque par d&#233;finition, de constants d&#233;bats, ajustements, d&#233;lib&#233;rations et compromis. C'est le fait, voire la cause, d'un certain temp&#233;rament national voulant que les croyants les plus convaincus de la v&#233;rit&#233; de leur foi respectent, non par compromis mais au nom m&#234;me de cette foi, ceux qui choisissent une voie diff&#233;rente. &lt;br /&gt;
Comment diminuer, au XXIe si&#232;cle, la m&#233;fiance, la haine et la violence induites par la religion ? Les r&#233;ponses &#224; cette question sont nombreuses, bien s&#251;r, mais en voici toujours une : en approfondissant et en renouvelant notre conception de la religion par la reconnaissance de la libert&#233; religieuse comme droit fondamental pour tous les peuples de toutes les nations. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une guerre juste ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous reconnaissons que toute guerre est terrible et n'est, au fond, que l'expression d'un &#233;chec diplomatique. Nous savons aussi que la fronti&#232;re entre le bien et le mal n'est pas une fronti&#232;re entre deux nations, encore moins entre deux religions ; c'est une ligne de d&#233;marcation trac&#233;e dans le c&#339;ur de chaque &#234;tre humain. En fin de compte, ceux d'entre nous - juifs, chr&#233;tiens, musulmans et autres - qui sont des gens de foi savent tr&#232;s bien que leur devoir, inscrit dans leurs saintes &#233;critures respectives, leur commande d'&#234;tre mis&#233;ricordieux et de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour emp&#234;cher la guerre et vivre en paix. &lt;br /&gt;
Cependant, la raison et une r&#233;flexion morale attentive nous enseignent que, face au mal, la meilleure riposte consiste &#224; y mettre fin. Il arrive que la guerre soit non seulement moralement permise mais moralement n&#233;cessaire, pour r&#233;pondre &#224; d'ignominieuses d&#233;monstrations de violence, de haine et d'injustice. C'est le cas aujourd'hui. &lt;br /&gt;
L'id&#233;e de &#034;guerre juste&#034; s'enracine dans maintes traditions morales la&#239;ques et religieuses du monde. Les enseignements juifs, chr&#233;tiens et musulmans, par exemple, contiennent tous des r&#233;flexions sur la guerre juste. Bien s&#251;r, certains estiment, au nom du r&#233;alisme, que la guerre est essentiellement un conflit d'int&#233;r&#234;ts et r&#233;futent la pertinence de toute analyse morale. Ce n'est pas notre avis. [&lt;i&gt;Les approches intellectuelle et morale de la guerre comme ph&#233;nom&#232;ne humain peuvent se diviser en quatre &#233;coles de pens&#233;e. La premi&#232;re peut &#234;tre appel&#233;e le r&#233;alisme : la croyance que la guerre est fondamentalement une question de pouvoir, d'int&#233;r&#234;t, de n&#233;cessit&#233;, de survie, qui &#233;carte donc l'analyse morale abstraite. La deuxi&#232;me peut &#234;tre appel&#233;e guerre sainte : la croyance que Dieu autorise la coercition et le meurtre des incroyants ou que l'&#233;mergence d'une id&#233;ologie la&#239;que particuli&#232;re autorise la coercition et leur meurtre des incroyants. La troisi&#232;me peut &#234;tre appel&#233;e pacifisme : la croyance que toute guerre est intrins&#232;quement immorale. Et la quatri&#232;me est typiquement appel&#233;e guerre juste, la croyance que la raison morale universelle, &#233;galement nomm&#233;e loi morale naturelle, peut et doit s'appliquer &#224; la guerre. Les signataires de cette lettre s'opposent largement &#224; la premi&#232;re &#233;cole de pens&#233;e. Nous rejetons la deuxi&#232;me sans &#233;quivoque, quelle que soit la forme qu'elle prenne, qu'elle &#233;mane de notre soci&#233;t&#233; (notre &#034;camp&#034;) et se propose de la d&#233;fendre ou du camp qui veut notre perte. Certains des signataires de cette lettre sont s&#233;duits par la troisi&#232;me &#233;cole de pens&#233;e (particuli&#232;rement l'id&#233;e que la non-violence ne signifie pas la capitulation, la passivit&#233; ou le refus de d&#233;fendre la justice, bien au contraire), m&#234;me si nous nous en d&#233;marquons respectueusement, non sans crainte et tremblement. Notre groupe dans son ensemble est plut&#244;t enclin &#224; se ranger du c&#244;t&#233; de la quatri&#232;me &#233;cole de pens&#233;e.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
La d&#233;consid&#233;ration de la morale face &#224; la guerre est en soi une position morale : celui qui rejette la raison accepte la d&#233;r&#233;gulation des relations internationales et capitule devant le cynisme. Faire entrer la guerre dans le cadre d'un raisonnement moral objectif, c'est tenter de fonder la soci&#233;t&#233; civile et la communaut&#233; internationale sur la justice. Les principes de la guerre juste nous enseignent que les guerres d'agression et de conqu&#234;te ne sont jamais acceptables. On n'a pas le droit de faire la guerre pour la gloire de son pays, pour venger des torts pass&#233;s, pour conqu&#233;rir des territoires ou pour quelque autre motif non d&#233;fensif. La premi&#232;re justification morale de la guerre est la protection de l'innocent contre le mal. Saint Augustin, dont l'ouvrage &lt;i&gt;La Cit&#233; de Dieu&lt;/i&gt; est une contribution essentielle &#224; la r&#233;flexion sur la guerre juste, soutient (faisant &#233;cho &#224; Socrate) que, pour le chr&#233;tien, il vaut mieux endurer le mal que le commettre. Mais le renoncement &#224; l'autod&#233;fense, qui est un engagement personnel, peut-il &#234;tre moralement impos&#233; &#224; autrui ? Pour saint Augustin, et pour la plupart des autres tenants de la guerre juste, la r&#233;ponse est non. Si l'on a la preuve incontestable qu'un recours &#224; la force peut emp&#234;cher le massacre d'innocents incapables de se d&#233;fendre par eux-m&#234;mes, alors le principe moral de l'amour du prochain nous ordonne de recourir &#224; la force. &lt;br /&gt;
On ne peut pas l&#233;gitimement faire la guerre lorsque le danger est minime, douteux, de cons&#233;quence incertaine ou peut &#234;tre vaincu par la n&#233;gociation, l'appel &#224; la raison, la m&#233;diation d'une tierce partie ou autres moyens non violents. [&lt;i&gt;Certains estiment que l'argument du &#034;dernier ressort&#034; dans la th&#233;orie de la guerre juste - en substance, l'id&#233;e que toute alternative raisonnable et plausible doit &#234;tre explor&#233;e avant de recourir &#224; la force - suppose que le recours aux armes doit &#234;tre approuv&#233; par une instance internationale reconnue, telle que l'ONU. Cette proposition est probl&#233;matique. D'abord, c'est une nouveaut&#233; : historiquement, l'approbation internationale n'a jamais &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e par les th&#233;oriciens de la guerre juste comme une juste exigence. Ensuite, rien ne prouve qu'une instance internationale comme l'ONU soit la mieux inspir&#233;e pour d&#233;cider quand, et dans quelles conditions, un recours aux armes est justifi&#233;, sans oublier que l'effort engag&#233; pour faire appliquer ses d&#233;cisions compromettrait in&#233;vitablement sa mission premi&#232;re qui est humanitaire. Selon un observateur, ancien assistant du secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'ONU, faire de l'ONU &#034;la p&#226;le imitation d'un &#201;tat&#034; afin de &#034;r&#233;glementer l'usage de la force&#034; internationalement &#034;serait un projet&lt;/i&gt; &lt;i&gt;suicidaire&#034;.&lt;/i&gt;] &lt;br /&gt;
Mais si la menace contre des innocents est r&#233;elle et certaine, surtout si l'agresseur est motiv&#233; par une hostilit&#233; implacable - si son but n'est pas de vous amener &#224; n&#233;gocier ou m&#234;me &#224; vous soumettre, mais de vous d&#233;truire - alors un usage proportionn&#233; de la force est justifi&#233;. &lt;br /&gt;
Une guerre juste ne peut &#234;tre men&#233;e que par une autorit&#233; l&#233;gitime responsable de l'ordre public. La violence gratuite, opportuniste ou individualiste n'est jamais moralement acceptable. [&lt;i&gt;Dans la th&#233;orie de la guerre juste, l'exigence d'une autorit&#233; l&#233;gitime a pour but principal d'emp&#234;cher l'anarchie d'une guerre priv&#233;e men&#233;e par des seigneurs de la guerre - une anarchie qu'on rencontre de nos jours dans certaines parties du monde et dont les agresseurs du 11 septembre sont des incarnations repr&#233;sentatives. L'exigence d'une autorit&#233; l&#233;gitime ne peut pas, par ailleurs, et pour diverses raisons, s'appliquer en tant que telle aux guerres d'ind&#233;pendance nationale ou de succession. D'abord, ces types de conflit ne sont pas internationaux. Ensuite, dans ces conflits, c'est pr&#233;cis&#233;ment la l&#233;gitimit&#233; publique qui est contest&#233;e. Par exemple, dans la guerre d'ind&#233;pendance cons&#233;cutive &#224; la fondation des &#201;tats-Unis, les analystes de la guerre juste font souvent remarquer que les colonies rebelles constituaient en elles-m&#234;mes une autorit&#233; publique l&#233;gitime, que ces colonies avaient raisonnablement conclu que le gouvernement britannique &#233;tait, dans le texte de notre D&#233;claration d'ind&#233;pendance, devenu &#034;un obstacle &#224; ces fins&#034; et avait donc cess&#233; d'&#234;tre une autorit&#233; publique comp&#233;tente. D'ailleurs, m&#234;me dans le cas o&#249; les bellig&#233;rants ne constituent pas au sens propre une autorit&#233; publique reconnue - par exemple le soul&#232;vement du ghetto de Varsovie en 1943 contre l'occupation nazie - l'exigence de l'autorit&#233; l&#233;gitime dans la th&#233;orie de la guerre juste n'invalide pas moralement le recours aux armes par ceux qui r&#233;sistent &#224; l'oppression en cherchant &#224; renverser l'autorit&#233; l&#233;gitime.&lt;/i&gt;] Une guerre juste ne peut &#234;tre men&#233;e que contre des combattants. Les tenants de la guerre juste, tout au long de l'histoire et partout dans le monde - qu'ils soient musulmans, juifs, chr&#233;tiens, issus d'autres religions ou la&#239;ques - ont toujours pr&#244;n&#233; l'immunit&#233; des non-combattants. En d'autres termes, tuer des civils par esprit de vengeance, ou m&#234;me pour dissuader d'&#233;ventuels agresseurs partisans de leur cause, est une faute morale. Bien que, dans certaines circonstances et dans un cadre donn&#233;, on puisse justifier moralement des actions militaires risquant d'entra&#238;ner la mort non intentionnelle mais pr&#233;visible de non-combattants, il n'est pas moralement acceptable de prendre la mort de non-combattants pour objectif op&#233;rationnel d'une action militaire. &lt;br /&gt;
Ces principes et d'autres nous enseignent que, chaque fois que des &#234;tres humains envisagent ou livrent une guerre, il est &#224; la fois possible et n&#233;cessaire d'affirmer le caract&#232;re sacr&#233; de la vie humaine et d'adh&#233;rer au principe de l'&#233;gale dignit&#233; de tous les hommes. &lt;br /&gt;
Ces principes s'efforcent de pr&#233;server et de refl&#233;ter, m&#234;me dans la trag&#233;die de la guerre, la v&#233;rit&#233; morale fondamentale selon laquelle les &#034;autres&#034; - ceux qui nous sont &#233;trangers, qui diff&#232;rent de nous par la race ou la langue, dont la religion peut nous para&#238;tre erron&#233;e - ont autant que nous le droit de vivre, ont la m&#234;me dignit&#233; humaine et les m&#234;mes droits en g&#233;n&#233;ral. &lt;br /&gt;
Le 11 septembre 2001, un groupe d'individus a d&#233;lib&#233;r&#233;ment attaqu&#233; les &#201;tats-Unis en utilisant des avions d&#233;tourn&#233;s comme armes pour tuer en moins de 2 heures plus de 3 000 de nos citoyens &#224; New York, en Pennsylvanie et &#224; Washington. Ceux qui moururent ce jour-l&#224; &#233;taient des civils, pas des combattants, et parfaitement inconnus, sauf en tant qu'Am&#233;ricains, de ceux qui les ont tu&#233;s. Ceux qui moururent en ce matin du 11 septembre furent tu&#233;s l&#226;chement, au hasard et avec pr&#233;m&#233;ditation - c'est-&#224;-dire, en termes juridiques, assassin&#233;s. Parmi ces morts, il y avait des gens de toutes races, de diverses ethnies, de presque toutes les religions. Il y avait aussi bien des balayeurs que des chefs d'entreprise. &lt;br /&gt;
Les individus qui commirent ses actes n'ont pas agi seuls, ni sans appui, ni pour des raisons inconnues. Ils &#233;taient membres d'un r&#233;seau islamiste international s&#233;vissant dans une quarantaine de pays, actuellement connu sous le nom d'Al-Qaida. Ce groupe lui-m&#234;me n'est qu'un bras d'un vaste mouvement islamiste radical qui s'accro&#238;t depuis des d&#233;cennies sous l'&#339;il bienveillant, parfois m&#234;me avec le soutien de certains gouvernements, et proclame ouvertement, en montrant qu'il en a les moyens, sa volont&#233; de recourir &#224; l'assassinat pour atteindre ses objectifs. Nous employons les termes &#034;islam&#034; et &#034;islamique&#034; quand nous voulons nous r&#233;f&#233;rer &#224; l'une des plus grandes religions du monde, forte d'un milliard deux cents millions d'adeptes environ, parmi lesquels plusieurs millions de citoyens am&#233;ricains, dont certains ont &#233;t&#233; assassin&#233;s le 11 septembre. Il va sans dire - mais disons-le quand m&#234;me, une fois pour toutes - que la grande majorit&#233; des musulmans du monde, guid&#233;s dans une large mesure par les enseignements du Coran, sont honn&#234;tes, loyaux et pacifiques. Nous employons les termes &#034;islamisme&#034; et &#034;islamiste radical&#034; pour d&#233;signer le mouvement politico-religieux violent, extr&#233;miste et radicalement intol&#233;rant qui menace aujourd'hui le monde,y comprislemondemusulman. &lt;br /&gt;
Ce mouvement violent radical s'oppose non seulement &#224; une certaine politique am&#233;ricaine et occidentale - plusieurs signataires de cette lettre s'y opposent aussi en partie - mais encore au principe fondateur du monde moderne, la tol&#233;rance religieuse, ainsi qu'aux droits de l'homme fondamentaux, en particulier la libert&#233; d'opinion et de culte, inscrits dans la D&#233;claration universelle des droits de l'homme de l'ONU et qui doivent &#234;tre la base de toute civilisation orient&#233;e vers l'&#233;panouissement de l'homme, la justice et la paix. &lt;br /&gt;
Ce mouvement extr&#233;miste pr&#233;tend parler au nom de l'islam, mais trahit les principes islamiques fondamentaux. L'islam est contre les atrocit&#233;s morales. Ainsi, r&#233;fl&#233;chissant sur les enseignements du Coran et l'exemple du Proph&#232;te, les penseurs musulmans ont profess&#233; au fil des si&#232;cles que la lutte sur le sentier de Dieu (c'est-&#224;-dire le djihad) interdit de tuer d&#233;lib&#233;r&#233;ment des non-combattants et stipule qu'une action militaire ne peut &#234;tre entreprise que sur l'ordre d'une autorit&#233; publique l&#233;gitime. &lt;br /&gt;
Ils nous rappellent avec force que l'islam, non moins que le christianisme, le juda&#239;sme et d'autres religions, est menac&#233; et risque d'&#234;tre d&#233;grad&#233; par ces profanateurs qui invoquent le nom de Dieu pour tuer sans discrimination. Derri&#232;re les mouvements qui endossent le manteau de la religion, il y a aussi, nous en avons conscience, une dimension politique, sociale et d&#233;mographique complexe qu'il faut prendre en consid&#233;ration. En m&#234;me temps, il faut tenir compte de la philosophie, et la philosophie qui anime ce mouvement radical islamiste, dans son m&#233;pris de la vie humaine, en concevant le monde comme une lutte &#224; mort entre croyants et incroyants (qu'ils soient musulmans non radicaux, juifs, chr&#233;tiens, hindous ou autres), nie clairement l'&#233;gale dignit&#233; de toutes les personnes et, ce faisant, trahit la religion et rejette le fondement m&#234;me de la vie civilis&#233;e et la possibilit&#233; de la paix entre les nations. &lt;br /&gt;
Il y a plus grave. Les assassinats massifs du 11 septembre ont d&#233;montr&#233;, peut-&#234;tre pour la premi&#232;re fois, que ce mouvement a d&#233;sormais non seulement le d&#233;sir clairement affich&#233; mais la capacit&#233; technique - avec un acc&#232;s possible, et la volont&#233; d'en faire usage, aux armes chimiques, biologiques et nucl&#233;aires - de ravager massivement et atrocement ses cibles d&#233;sign&#233;es. &lt;br /&gt;
Ceux qui ont massacr&#233; plus de 3 000 personnes le 11 septembre et qui, de leur propre aveu, ne souhaitent rien plus que de recommencer, constituent un danger clair et r&#233;el pour tous les hommes de bonne volont&#233; partout dans le monde, et pas seulement aux &#201;tats-Unis. De tels actes sont un pur exemple d'agression caract&#233;ris&#233;e contre des vies humaines innocentes, un fl&#233;au mondial que seul un recours &#224; la force peut &#233;radiquer. &lt;br /&gt;
Des tueurs organis&#233;s, infiltr&#233;s dans le monde entier, nous menacent tous aujourd'hui. Au nom de la morale universelle, et pleinement conscients des restrictions et exigences de la guerre juste, nous soutenons la d&#233;cision de notre gouvernement et de notre soci&#233;t&#233; d'utiliser contre eux la force arm&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous nous engageons &#224; faire tout notre possible pour &#233;carter les malencontreuses tentations - arrogance et chauvinisme notamment - auxquelles les nations en guerre semblent si souvent c&#233;der. En m&#234;me temps, nous affirmons solennellement d'une seule voix qu'il est crucial pour notre nation de gagner cette guerre. Nous combattons pour nous d&#233;fendre, mais nous croyons aussi nous battre pour d&#233;fendre les principes des droits de l'homme et de la dignit&#233; humaine qui sont le plus bel espoir de l'humanit&#233;. Un jour, cette guerre finira. Quand nous en serons l&#224; - et, &#224; certains &#233;gards, m&#234;me avant - un grand effort de r&#233;conciliation nous incombera. Nous esp&#233;rons que cette guerre, en mettant fin &#224; un fl&#233;au mondial, pourra accro&#238;tre les possibilit&#233;s de fonder la communaut&#233; mondiale sur la justice. Mais nous savons que seuls les pacifistes, ici comme ailleurs, pourront faire en sorte que cette guerre n'aura pas &#233;t&#233; vaine. Nous voulons nous adresser particuli&#232;rement &#224; nos fr&#232;res et s&#339;urs des soci&#233;t&#233;s musulmanes. Nous vous disons sans ambages : nous ne sommes pas vos ennemis, mais vos amis. Nous ne devons pas &#234;tre ennemis. Nous avons trop de points communs. Nous avons tant &#224; faire ensemble. Votre dignit&#233; humaine, non moins que la n&#244;tre - votre droit &#224; une belle vie, non moins que le n&#244;tre -, voil&#224; ce pour quoi nous croyons combattre. Nous savons que certains d'entre vous se m&#233;fient &#233;norm&#233;ment de nous, et nous savons que nous sommes, nous les Am&#233;ricains, en partie responsables de cette m&#233;fiance. Mais nous ne devons pas &#234;tre ennemis. Nous esp&#233;rons pouvoir &#339;uvrer avec vous et tous les hommes de bonne volont&#233; &#224; la construction d'une paix juste et durable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;LE MONDE du 14 f&#233;vrier 2002&lt;br class='autobr' /&gt;
Traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Jean-Fran&#231;ois Kleiner &lt;br /&gt;
&#169; F&#233;vrier 2002, Institute for American Values &lt;br /&gt;
Les passages entre crochets en italique sont des notes des auteurs de la &#034;Lettre&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Les intellectuels, la guerre et M. Bush </title>
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		<dc:date>2003-08-09T23:12:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Vernet, Daniel </dc:creator>


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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; Soixante intellectuels et universitaires am&#233;ricains qui signent un texte sur la &#034;guerre juste&#034; quelques semaines apr&#232;s que les &#201;tats-Unis ont chass&#233; Al-Qaida et les talibans d'Afghanistan, et au moment o&#249; des bruits de bottes se font entendre dans le Golfe : voil&#224; plut&#244;t une bonne nouvelle pour l'administration Bush, qui voit, apparemment, sa politique ointe par l'establishment de la pens&#233;e. Pourtant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le texte publi&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Soixante intellectuels et universitaires am&#233;ricains qui signent un texte sur la &lt;i&gt;&#034;guerre juste&#034;&lt;/i&gt; quelques semaines apr&#232;s que les &#201;tats-Unis ont chass&#233; Al-Qaida et les talibans d'Afghanistan, et au moment o&#249; des bruits de bottes se font entendre dans le Golfe : voil&#224; plut&#244;t une bonne nouvelle pour l'administration Bush, qui voit, apparemment, sa politique ointe par l'establishment de la pens&#233;e. Pourtant, &#224; y regarder de plus pr&#232;s, le texte publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (15 f&#233;vrier) ne constitue pas une approbation sans r&#233;serve de la politique men&#233;e par George W. Bush depuis les attentats du 11 septembre, et encore moins un blanc-seing donn&#233; aux actions que celui-ci envisage pour l'avenir. &lt;br /&gt;
Il existe des liens ambivalents entre la construction th&#233;orique de la &lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; guerre juste&lt;i&gt;&#034;&lt;/i&gt; et la mise en &#339;uvre de cette th&#233;orie par les hommes politiques, comme il existe traditionnellement dans la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine des relations &#224; la fois compl&#233;mentaires et contradictoires entre l'exaltation des valeurs suppos&#233;es universelles et la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts strictement nationaux. &lt;br /&gt;
&#192; bien des &#233;gards, d'ailleurs, les signataires de la &lt;i&gt;Lettre d'Am&#233;rique&lt;/i&gt; prennent leurs distances avec la rh&#233;torique du pr&#233;sident. Ils r&#233;cusent par exemple les termes de &lt;i&gt;&#034;guerre sainte&#034;&lt;/i&gt;, de &lt;i&gt;&#034;croisade&#034;&lt;/i&gt; ; ils reconnaissent que les &#201;tats-Unis n'ont pas toujours respect&#233; les id&#233;aux qu'ils proposent &#224; l'humanit&#233; et qu'ils ont parfois men&#233; des &lt;i&gt;&#034;politiques mal orient&#233;es et injustes&#034;&lt;/i&gt; ; ils admettent que leur &lt;i&gt;&#034;nation a parfois fait preuve d'arrogance et d'ignorance envers d'autres soci&#233;t&#233;s&#034;&lt;/i&gt; et que cette &lt;i&gt;&#034;faille s&#233;parant -&lt;/i&gt;les- id&#233;aux de -la- conduite&#034; explique aussi la m&#233;fiance dont les &#201;tats-Unis sont l'objet : &lt;i&gt;&#034;Nous savons, &lt;/i&gt;&#233;crivent-ils, &lt;i&gt;que nous sommes, nous les Am&#233;ricains, en partie responsables de cette m&#233;fiance.&#034;&lt;/i&gt; Il ne s'agit pas d'une autocritique mais de l'expression d'une prise de conscience qu'on n'a pas entendue dans la bouche des dirigeants am&#233;ricains. Les auteurs mettent d'ailleurs en garde contre &lt;i&gt;&#034;les malencontreuses tentations - arrogance, chauvinisme notamment - auxquelles les nations en guerre semblent si souvent c&#233;der&#034;&lt;/i&gt; et ils s'engagent &#224; faire tout leur possible pour les &#233;carter. &lt;br /&gt;
Ils n'en soutiennent pas moins &lt;i&gt;&#034;la d&#233;cision de notre gouvernement et de notre soci&#233;t&#233; d'utiliser contre -&lt;/i&gt;les terroristes - &lt;i&gt;la force arm&#233;e&#034;&lt;/i&gt;. C'est dans cette optique que le texte reprend les arguments en faveur de la &lt;i&gt;&#034;guerre juste&#034;&lt;/i&gt; dont un des th&#233;oriciens modernes, Michael Walzer, est signataire de la &lt;i&gt;Lettre.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Notre propos n'est pas ici de discuter les justifications morales de la guerre contre le terrorisme mais de rappeler en quoi ce texte, en d&#233;passant l'horizon de la politique pr&#233;sente, refl&#232;te une tendance profonde de la conception am&#233;ricaine des relations internationales. Une tendance qui r&#233;unit deux cat&#233;gories d'Am&#233;ricains, les &lt;i&gt;&#034;wilsoniens&#034;&lt;/i&gt;, internationalistes d&#233;mocrates h&#233;ritiers du pr&#233;sident Woodrow Wilson, tels Jimmy Carter et dans une certaine mesure Bill Clinton, et ceux que Henry Kissinger appelait, pour les critiquer, les n&#233;oconservateurs, autrement dit les d&#233;fenseurs de principes universels et les h&#233;rauts des valeurs morales non moins universelles. &lt;br /&gt;
Parce qu'elle a forg&#233; son identit&#233; sur la base des valeurs humaines universelles, la nation am&#233;ricaine est elle-m&#234;me une &lt;i&gt;&#034;nation universelle&#034;&lt;/i&gt;. Non seulement tout le monde en principe peut devenir am&#233;ricain, ainsi que l'&#233;crivent les signataires de la &lt;i&gt;Lettre, &lt;/i&gt;mais les valeurs am&#233;ricaines ont vocation &#224; se r&#233;pandre dans le monde. &lt;br /&gt;
Les uns et les autres s'opposent aux isolationnistes des deux bords, ceux de gauche, qui pensent que les &#201;tats-Unis ne sont pas dignes des valeurs qu'ils pr&#233;tendent incarner, ceux de droite, qui jugent le monde ext&#233;rieur trop mauvais pour acc&#233;der aux valeurs am&#233;ricaines. Une troisi&#232;me &#233;cole a marqu&#233; la diplomatie des &#201;tats-Unis, l'&#233;cole de la Realpolitik, et ce n'est pas par hasard qu'Henry Kissinger s'est oppos&#233; en m&#234;me temps aux isolationnistes de droite comme de gauche et aux universalistes, d&#233;mocrates ou conservateurs. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#034;NATION BUILDING&#034;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour les &#034;r&#233;alistes&#034;, la politique &#233;trang&#232;re n'est pas envisag&#233;e comme une lutte entre le bien et le mal, entre le monde libre et le communisme au temps de la guerre froide, entre la civilisation et le terrorisme, aujourd'hui. L'homme d'&#201;tat ne se meut pas dans des situations id&#233;ales o&#249; la vertu devrait l'emporter sur le vice ; il fait toujours des choix ambigus ; il doit chercher des issues incertaines ; il n'a pas &#224; choisir entre des solutions morales et d'autres qui seraient immorales. Il doit se laisser guider par les int&#233;r&#234;ts nationaux, ce qui n'emp&#234;che pas ceux-ci d'&#234;tre &#233;ventuellement soutenus par des valeurs et des principes, mais pour le ramener en une formule, ce qui importe en derni&#232;re analyse, ce sont les int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, pas les droits de l'homme. &lt;br /&gt;
Dans une administration o&#249; coexistent comme toujours plusieurs &#233;coles de pens&#233;e, George Bush semble se rattacher plut&#244;t &#224; la tendance r&#233;aliste, m&#234;me s'il masque ce pragmatisme par un discours aux accents religieux. D&#233;j&#224; avant le 11 septembre, il avait bien fait comprendre que, contrairement &#224; son pr&#233;d&#233;cesseur, il ne s'int&#233;resserait gu&#232;re au &lt;i&gt;&#034;nation building&#034;&lt;/i&gt;dans les pays en crise et ne laisserait pas les forces am&#233;ricaines s'emp&#234;trer dans des conflits o&#249; elles n'avaient rien &#224; gagner. Il avait soulign&#233; qu'il entendait r&#233;orienter la diplomatie des &#201;tats-Unis dans une direction plus simple : la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains. Comme l'&#233;crivait Donald Rumsfeld, dans un rapport r&#233;dig&#233; avant d'arriver au Pentagone, la politique de d&#233;fense am&#233;ricaine doit viser &#224; &lt;i&gt;&#034;prot&#233;ger les int&#233;r&#234;ts et les investissements am&#233;ricains&#034;&lt;/i&gt; &#224; une &#233;poque o&#249; &lt;i&gt;&#034;le foss&#233; s'&#233;largit entre les poss&#233;dants et ceux qui n'ont rien&#034;.&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
Depuis le 11 septembre, la lutte n&#233;cessaire contre le terrorisme est aussi utilis&#233;e pour des objectifs strictement am&#233;ricains o&#249; les &lt;i&gt;&#034;valeurs universelles&#034;&lt;/i&gt; ne sont pas la premi&#232;re pr&#233;occupation. &lt;i&gt;&#034;L'axe du Mal&#034;&lt;/i&gt;, dont a parl&#233; le pr&#233;sident dans son discours sur l'&#233;tat de l'Union, est constitu&#233; par des r&#233;gimes qui d&#233;plaisent ou s'opposent &#224; la politique am&#233;ricaine dans leur r&#233;gion, et pas seulement &#224; cause de leur attitude envers le terrorisme. Si ce dernier crit&#232;re &#233;tait le seul d&#233;terminant, la liste devrait &#234;tre plus longue et comporter aussi des pays qui ont longtemps pass&#233; pour des amis des &#201;tats-Unis. &lt;br /&gt;
Dans la d&#233;finition de ceux &lt;i&gt;&#034;qui sont contre nous&#034;&lt;/i&gt;, George Bush est all&#233; plus loin dans une intervention faite fin janvier, au cours d'un d&#233;placement &#233;lectoral &#224; Daytona Beach en Floride. &lt;i&gt;&#034;Si vous &#234;tes un de ces pays qui d&#233;veloppent des armes de destruction massive, et que vous &#234;tes pr&#234;t &#224; vous allier &#224; un groupe terroriste ou que vous soutenez actuellement le terrorisme, ou si vous ne partagez pas les valeurs qui nous sont ch&#232;res, alors, vous aussi, vous &#234;tes sous surveillance.&#034;&lt;/i&gt; En en appelant aux valeurs, le pr&#233;sident a r&#233;introduit une dimension messianique qui fait &#233;cho aux principes universels, soulign&#233;s dans la &lt;i&gt;Lettre d'Am&#233;rique&lt;/i&gt;. Comme si la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts nationaux devait toujours s'abriter derri&#232;re les valeurs suppos&#233;es communes &#224; toute l'humanit&#233; ; comme si celles-ci &#233;taient destin&#233;es &#224; couvrir toujours la premi&#232;re. Mais en &#233;crivant que certains des signataires s'opposent, au moins en partie, &#224; &lt;i&gt;&#034;une certaine politique am&#233;ricaine et occidentale&#034;&lt;/i&gt;, les soixante intellectuels brisent ce cercle ferm&#233; de l'autojustification. Il n'y a pas toujours ad&#233;quation parfaite entre affirmation des valeurs et d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts. C'est ce va-et-vient permanent entre les deux qui fait la richesse de la politique &#233;trang&#232;re am&#233;ricaine&#8230; et son ambigu&#239;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;LE MONDE du 21 f&#233;vrier 2002&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'esprit de la croisade </title>
		<link>https://caute.lautre.net/L-esprit-de-la-croisade</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Catinchi, Philippe-Jean </dc:creator>


		<dc:subject>guerre</dc:subject>
		<dc:subject>violence</dc:subject>
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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
L'ESPRIT DE LA CROISADE Textes pr&#233;sent&#233;s par Jean Richard. Cerf, 208 p., 90F (13,72 &#8364;). &lt;br class='autobr' /&gt; Le go&#251;t des comm&#233;morations alimente la mobilisation des &#233;diteurs sur le dossier des croisades - &#233;pineux depuis la relecture des engagements politico-militaires &#224; l'heure de la d&#233;colonisation. La nouvelle &#233;dition du recueil de textes choisis et pr&#233;sent&#233;s par le m&#233;di&#233;viste Jean Richard ob&#233;it peut-&#234;tre &#224; cette vogue, qui survit &#224; la c&#233;l&#233;bration des 900 ans de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-guerre-sainte-+" rel="tag"&gt;guerre sainte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-croisade-+" rel="tag"&gt;croisade&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-foi-+" rel="tag"&gt;foi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'ESPRIT DE LA CROISADE &lt;/i&gt;Textes pr&#233;sent&#233;s par Jean Richard. Cerf, 208 p., 90F (13,72 &#8364;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le go&#251;t des comm&#233;morations alimente la mobilisation des &#233;diteurs sur le dossier des croisades - &#233;pineux depuis la relecture des engagements politico-militaires &#224; l'heure de la d&#233;colonisation. La nouvelle &#233;dition du recueil de textes choisis et pr&#233;sent&#233;s par le m&#233;di&#233;viste Jean Richard ob&#233;it peut-&#234;tre &#224; cette vogue, qui survit &#224; la c&#233;l&#233;bration des 900 ans de l'appel de Clermont (1095), puis de la prise de J&#233;rusalem (1099) ; mais pas sa conception. Parue d&#232;s 1969, cette anthologie entendait &#233;viter les trop fr&#233;quentes erreurs de parallaxe comme les d&#233;saveux r&#233;trospectifs et fi&#232;vres de &#034;repentance&#034; dont l'historien ne retient que le r&#233;v&#233;lateur des mentalit&#233;s du temps qui les connaissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soucieux de comprendre le v&#233;ritable moteur d'une aventure maintes fois r&#233;p&#233;t&#233;e durant deux si&#232;cles en direction de ces &#034;sanctuaires visibles&#034;, n&#233;cessaires selon Paul VI &#224; &lt;i&gt;&#034;ceux dont l'intelligence ne peut atteindre les Saints des Saints invisibles&#034; &lt;/i&gt;(de l'&#233;quipe conduite par Godefroy de Bouillon &#224; l'ultime voyage de Louis IX, en passant par l'exp&#233;dition pacifique du Saxon Henri le Lion (1172) ou l'entr&#233;e controvers&#233;e de Fr&#233;d&#233;ric II (1229) dans une J&#233;rusalem o&#249; le Temple, devenu Mosqu&#233;e d'Omar, &#233;tait laiss&#233;e au culte musulman), Jean Richard &#233;voque la conscience du p&#233;ch&#233;, et, partant, le d&#233;sir de p&#233;nitence, le code de l'honneur chevaleresque, et la vassalit&#233; absolue qui &#233;lit Dieu pour suzerain, l'exigence de la foi qui ne supporte pas l'accommodement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Joinville, &#034;d&#233;crois&#233;&#034;, refuse de suivre Louis IX en mars 1270, il sait qu'il perd &lt;i&gt;&#034;l'amour du roi&#034;, &lt;/i&gt;mais stigmatise ceux qui poussent &#224; ce &lt;i&gt;&#034;p&#233;ch&#233; mortel&#034; :&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#034;Si nous nous croisons, nous perdons celui de Dieu, parce que nous ne nous croiserons pas pour lui, mais par peur du roi.&#034;&lt;/i&gt; Un retour aux sources bien int&#233;ressant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Monde des Livres&lt;/strong&gt;, le 10 ao&#251;t 2001&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La croisade dans le texte </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Offenstadt, Nicolas </dc:creator>


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		<description>&lt;p&gt;Aux sources d'un id&#233;al qui fut souvent lu comme conqu&#233;rant avant d'&#234;tre plus sobrement pr&#233;sent&#233; comme p&#233;nitentiel, les r&#233;flexions actuelles de Jean Flori, comme l'anthologie republi&#233;e de Jean Richard, restaurent la complexit&#233; d'une &#034;guerre sainte&#034; toujours d&#233;battue.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-sainte-+" rel="tag"&gt;sainte&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La guerre sainte&lt;/i&gt; de Jean Flori, Aubier, &#034;Collection historique&#034;, 406 p., 159F (24,24 &#8364;).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'histoire contemporaine n'est pas seule &#224; susciter de fortes pol&#233;miques interpr&#233;tatives. Celle du Moyen &#194;ge aussi conna&#238;t ses d&#233;chirements internes : qu'il suffise de rappeler les d&#233;bats autour de la &#034;mutation de l'an mil&#034;. Non sans enjeux id&#233;ologiques et politiques, l'analyse des croisades fait partie de ces terres d'affrontement. Elle charrie avec elle un ensemble de notions d'usage d&#233;licat, la guerre sainte au premier chef, qui ont de fortes r&#233;sonances actuelles, notamment &#224; travers le jihad si souvent invoqu&#233; et convoqu&#233; par les acteurs et les commentateurs. En conclusion de &lt;i&gt;La Guerre sainte&lt;/i&gt;, Jean Flori se livre &#224; une comparaison tr&#232;s &#233;clairante entre ces deux concepts. Mais tel n'est pas son propos principal. L'auteur prend clairement parti dans les disputes historiographiques. Il entend r&#233;&#233;valuer l'interpr&#233;tation des croisades comme &#034;guerre sainte&#034; consid&#233;rant qu'elle est &lt;i&gt;&#034;aujourd'hui trop n&#233;glig&#233;e&#034;&lt;/i&gt; au profit de celle qui pr&#233;sente ces exp&#233;ditions avant tout en tant que p&#232;lerinage p&#233;nitentiel arm&#233;. M&#234;me si Flori, qui avance toujours &#224; pas feutr&#233;s, constate que les deux dimensions sont &#034;&lt;i&gt;aussi ins&#233;parables que les deux faces d'une pi&#232;ce de monnaie&#034;&lt;/i&gt;, il voit dans la croisade essentiellement une &#034;&lt;i&gt;guerre saintissime de lib&#233;ration de la Palestine, redonnant aux chr&#233;tiens les territoires et les routes qui m&#232;nent a J&#233;rusalem&#034;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;rusalem est bien au c&#339;ur des motifs de croisade, ainsi qu'en t&#233;moigne, par exemple, Pierre l'Ermite, dont Jean Flori se fit nagu&#232;re le biographe (lire &lt;i&gt;&#034;Le Monde des livres&#034;&lt;/i&gt; du 23 juillet 1999). La croisade ne se confond pas avec la guerre sainte : elle en est l'illustration &#034;par excellence&#034; mais avec des traits propres : composante eschatologique, appel du pape &#224; toute la chr&#233;tient&#233; &#034;&lt;i&gt;par-dessus la t&#234;te des rois et des princes&#034;&lt;/i&gt;, r&#244;le fondamental de la Ville sainte. Si la d&#233;monstration s'arr&#234;tait l&#224;, il n'y aurait rien d'autre qu'une prise de position stimulante. Mais le sp&#233;cialiste de la chevalerie m&#232;ne un projet plus ambitieux. Il veut en effet &lt;i&gt;&#034;scruter la pr&#233;histoire de la croisade&#034;&lt;/i&gt;, montrer comment s'est construite l'id&#233;e de guerre sainte depuis le Haut Moyen &#194;ge, au d&#233;triment du discours de non-violence de l'&#201;glise des premiers temps. Aussi l'&#233;tude de la premi&#232;re croisade proprement dite n'occupe-t-elle qu'une place modeste dans le volume. Pour l'essentiel, Flori - plus enclin a traiter les textes comme expression id&#233;ologique qu'en tant que pratiques discursives - entreprend une minutieuse reconstitution des propos et des &#233;v&#232;nements qui ont progressivement sacralis&#233; la violence guerri&#232;re dans l'Occident m&#233;di&#233;val pour aboutir &#224; la guerre sainte telle qu'elle est con&#231;ue &#224; la fin du XIe si&#232;cle lorsque Urbain II lance &#034;l'appel de Clermont&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion est d&#233;j&#224; centrale chez saint Augustin, plus que la d&#233;finition de la &#034;guerre juste&#034; si souvent associ&#233;e a son nom et les guerres men&#233;es depuis Charlemagne contre les pa&#239;ens ou pour la d&#233;fense de Rome et de l'&#201;glise sont loin d'&#234;tre exemptes de sacralisation. La paix et la tr&#234;ve de Dieu (promues par l'&#201;glise a partir de la fin du Xe si&#232;cle) constituent des &#233;tapes suppl&#233;mentaires dans le processus de &#034;sanctification&#034; de la guerre puisque des &#034;milices de paix&#034; voient leurs engagements militaires l&#233;gitimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les saints eux-m&#234;mes interviennent souvent violemment contre ceux qui s'en prennent &#224; leur domaine. Sainte Foy ne fait-elle pas p&#233;rir un clerc qui doutait de ses pouvoirs ? On voit ces m&#234;mes saints surgir au milieu de la bataille - tel saint Germain contre les Normands - pour d&#233;fendre la juste cause, comme ils le feront pour les croisades, alors que leurs banni&#232;res prot&#232;gent les combattants. D&#232;s avant les croisades, l'&#201;glise a glorifi&#233; les guerriers morts pour des causes sanctifi&#233;es et promis des r&#233;compenses spirituelles aux combattants de la &#034;guerre sainte&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la croisade, la r&#233;mission des p&#233;ch&#233;s trouve autant son origine dans le &lt;i&gt;&#034;don de soi dans le combat pour Dieu&#034;&lt;/i&gt; que dans le p&#232;lerinage. &#192; la sacralisation &#034;positive&#034; de la cause s'ajoute un versant &#034;n&#233;gatif &#034; &#224; savoir la diabolisation de la figure du pa&#239;en et du musulman, par des chemins &#233;tudi&#233;s ici dans le d&#233;tail. La papaut&#233;, transform&#233;e par la r&#233;forme gr&#233;gorienne, est, bien s&#251;r, une institution-cl&#233; dans le processus : qu'elle s'assure le concours de troupes vari&#233;es pour sa propre d&#233;fense, conc&#232;de la banni&#232;re de saint Pierre &#224; ses soutiens ou encourage la reconquista sur les Musulmans dans la P&#233;ninsule ib&#233;rique. Les habitu&#233;s de Flori trouveront que les analyses se r&#233;p&#232;tent un peu d'un titre &#224; l'autre - &lt;i&gt;La Guerre sainte &lt;/i&gt;reprend bien des th&#232;mes &#224; &lt;i&gt;Croisade et chevalerie XIe-XIIe si&#232;cles&lt;/i&gt;, recueil d'articles paru en 1998 (De Boeck Universit&#233;), &#224; &lt;i&gt;La Premi&#232;re Croisade &lt;/i&gt;(Complexe, 1992, qui ressort dans la collection &#034;Historiques&#034; 288 p., 56 F) et &#224; &lt;i&gt;Pierre l'Ermite et la premi&#232;re croisade &lt;/i&gt;(Fayard, 1999), titres qui s'entrecroisent &#233;galement - voire, parfois, d'un passage &#224; l'autre dans &lt;i&gt;La Guerre sainte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'ampleur de la documentation, la rigueur de la d&#233;monstration - qu'on partage ou non toutes ses conclusions - et la richesse du propos feront de ce livre un classique, incontournable pour comprendre les conceptions id&#233;ologiques du combat au Moyen &#194;ge et penser, en temps long, &#034;la guerre sainte&#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Monde des livres&lt;/strong&gt;, le 10 ao&#251;t 2001&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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