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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>&#034;Aux origines de la philosophie politique islamique&#034;, par Agn&#232;s Devictor</title>
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		<dc:creator>Devictor, Agn&#232;s </dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Alfarabi fut le premier &#224; r&#233;introduire dans le monde islamique m&#233;di&#233;val la pens&#233;e platonico-aristot&#233;licienne. Commentant son &#339;uvre, Muhsin Mahdi rend intelligible le statut de la philosophie, du droit et de la th&#233;ologie en Islam. &lt;br class='autobr' /&gt;
LA CIT&#201; VERTUEUSE D'ALFARABI La fondation de la philosophie politique en Islam de Muhsin Mahdi, traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Fran&#231;ois Zabbal, Albin Michel, &#171; Biblioth&#232;que id&#233;es &#187;, 244 p., 145 F (22,11 euros). (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Alfarabi-" rel="directory"&gt;Alfarabi&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-Platon-64-+" rel="tag"&gt;Platon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-Aristote-65-+" rel="tag"&gt;Aristote&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-vertu-+" rel="tag"&gt;vertu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-meilleur-gouvernement-+" rel="tag"&gt;meilleur gouvernement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alfarabi fut le premier &#224; r&#233;introduire dans le monde islamique m&#233;di&#233;val la pens&#233;e platonico-aristot&#233;licienne. Commentant son &#339;uvre, Muhsin Mahdi rend intelligible le statut de la philosophie, du droit et de la th&#233;ologie en Islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;LA CIT&#201; VERTUEUSE D'ALFARABI La fondation de la philosophie politique en Islam&lt;/i&gt; de Muhsin Mahdi, traduit de l'anglais (&#201;tats-Unis) par Fran&#231;ois Zabbal, Albin Michel, &#171; Biblioth&#232;que id&#233;es &#187;, 244 p., 145 F (22,11 euros).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour des penseurs de l'envergure d'Avicenne et d'Averro&#232;s, Alfarabi fut l'&#233;quivalent de Platon ou d'Aristote. Ce disciple de l'&#201;cole d'Alexandrie r&#233;introduisit dans le monde islamique m&#233;di&#233;val du Xe si&#232;cle la philosophie platonico-aristot&#233;licienne en d&#233;montrant qu'elle seule &#233;tait apte &#224; relever le d&#233;fi qu'imposaient des religions r&#233;v&#233;l&#233;es &#224; la pens&#233;e philosophique. Ce fondateur de la philosophie politique islamique, qui laissa derri&#232;re lui une somme consid&#233;rable d'ouvrages, est rest&#233; pourtant m&#233;connu en Occident durant des si&#232;cles. &lt;br /&gt;
Muhsin Mahdi a consacr&#233; des ann&#233;es &#224; rechercher des manuscrits, traduire, analyser et commenter l'&#339;uvre de ce philosophe m&#233;connu. Il en r&#233;sulte un livre d'une grande &#233;rudition, r&#233;dig&#233; avec une rigueur p&#233;dagogique exemplaire. La premi&#232;re partie resitue Alfarabi dans son contexte historique et philosophique. Puis, Mahdi commente l'&#339;uvre politique du philosophe et notamment son ouvrage majeur, la &lt;i&gt;Cit&#233; vertueuse&lt;/i&gt;. La derni&#232;re partie analyse la lecture de Platon et d'Aristote par Alfarabi lui-m&#234;me et la post&#233;rit&#233; de sa d&#233;marche scientifique et de son &#339;uvre, aussi bien dans la philosophie juive &#233;labor&#233;e par Ma&#239;monide au XIIe si&#232;cle, que dans la philosophie chr&#233;tienne occidentale d&#233;velopp&#233;e par Saint Thomas au XIIIe si&#232;cle. &lt;br /&gt;
Les conceptions du bien et du mal, de la vertu et du vice, du public et du priv&#233; avaient &#233;t&#233; boulevers&#233;es depuis la victoire des religions r&#233;v&#233;l&#233;es, et notamment de l'islam. Sur les grandes questions de la vie politique, les th&#233;ologiens et les juristes avaient manifest&#233; une indiff&#233;rence totale depuis la naissance de la communaut&#233; islamique et ils ne pouvaient r&#233;pondre &#224; la question de l'ad&#233;quation entre communaut&#233; politique et religieuse pas plus qu'&#224; celle sur le caract&#232;re des r&#233;gimes politiques et de la diversit&#233; des formes qu'ils prenaient &#224; mesure que l'islam se r&#233;pandait.&lt;br /&gt;
C'&#233;tait &#224; la philosophie politique, occult&#233;e depuis des si&#232;cles, &#224; r&#233;pondre &#224; ces questions. Mais, Alfarabi ne pouvait se satisfaire des travaux de ses pr&#233;d&#233;cesseurs n&#233;oplatoniciens et des premiers philosophes de la p&#233;riode islamique qui s'&#233;taient repli&#233;s sur l'individu au d&#233;triment du collectif. Il fallait revenir aux deux fondements de l'enqu&#234;te philosophique classique pour introduire la politique dans la pens&#233;e islamique et tirer la philosophie classique vers l'islam. La philosophie politique devait permettre de r&#233;introduire, &lt;i&gt;&#171; l'esprit philanthropique de la philosophie &#187;&lt;/i&gt;, selon l'expression de Muhsen Mahdi, en pensant la place de l'homme dans la cit&#233;, la nation ou la communaut&#233; religieuse, place qui devait privil&#233;gier le salut public sur le salut personnel ou priv&#233;. D'apr&#232;s Muhsin Mahdi,&lt;i&gt; &#171; au cours des dix si&#232;cles qui s&#233;parent Cic&#233;ron d'Alfarabi, aucun philosophe important n'a &#233;troitement li&#233; la philosophie &#224; la philosophie politique, ni accord&#233; dans ses &#233;crits une position dominante, centrale et d&#233;cisive &#224; la philosophie politique&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br /&gt;
Si Alfarabi fut l'un des passeurs de la philosophie politique classique &#224; l'Occident chr&#233;tien, il innova par ailleurs dans sa &#171; relecture non platonicienne de Platon &#187;, en pr&#233;sentant &lt;i&gt;&#171; un Platon franchement politique dont le d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard du monde serait accidentel &#187;.&lt;/i&gt; Partant des &lt;i&gt;Lois&lt;/i&gt;, et notamment du questionnement de l'origine divine ou terrestre des lois, Alfarabi pose la probl&#233;matique, centrale en science politique, du meilleur r&#233;gime. Pour aboutir au gouvernement vertueux, il articule la conception platonicienne du meilleur r&#233;gime &#224; la loi divine de l'islam, la communaut&#233; politique &#224; la communaut&#233; des croyants. Le philosophe roi ou le proph&#232;te philosophe est l'&#234;tre humain le plus &#224; m&#234;me de gouverner la cit&#233; suivant la vertu. Mais comme la co&#239;ncidence entre philosophie et proph&#233;tie est rare, l'art de gouverner suivant la jurisprudence devient un substitut &#224; l'absence de la synth&#232;se parfaite du souverain philosophe et proph&#232;te. &lt;br /&gt;
Alfarabi ne peut cependant faire l'&#233;conomie de distorsions dans l'h&#233;ritage. Par exemple, comme Aristote et Platon, il consid&#232;re la cit&#233; comme l'unit&#233; politique de base dans laquelle l'homme peut acc&#233;der &#224; une perfection politique. Mais, il est contraint de se dissocier d'eux, en affirmant que la cit&#233; n'est pas l'ultime entit&#233;, l'Islam tendant &#224; l'universel. Il en existe pour lui de plus vastes et plus peupl&#233;es, recouvrant m&#234;me la totalit&#233; du monde habit&#233;, susceptibles de conduire au gouvernement vertueux. Cette rupture sur la taille de la communaut&#233; est d'autant plus saillante qu'elle entra&#238;ne des conceptions diff&#233;rentes sur la guerre juste. En effet, en plus de la proph&#233;tie, de la philosophie, et de la ma&#238;trise de la jurisprudence, le gouverneur vertueux devra poss&#233;der la vertu guerri&#232;re, pour forcer, le cas &#233;ch&#233;ant, le citoyen r&#233;calcitrant &#224; se ranger du c&#244;t&#233; de la vertu et de la loi divine. Et, si &lt;i&gt;&#171; la paix universelle constitue l'&#233;tat de l'homme&lt;/i&gt; &#187; et que la guerre n'est jamais une fin en soi, la guerre offensive entreprise par le gouvernement vertueux pour &#233;tablir ou r&#233;tablir la vertu, peut alors devenir une guerre juste. Alfarabi justifie ainsi, suivant une d&#233;marche rationnelle, le concept de guerre sainte dont la finalit&#233; &#233;tait de diffuser le message de l'Islam sur l'ensemble de la plan&#232;te. &lt;br /&gt;
Par la pr&#233;sentation et le commentaire de l'&#339;uvre politique d'Alfarabi, Muhsin Mahdi rend intelligible le statut de la philosophie, du droit et de la th&#233;ologie en Islam, statuts qui participent de la complexit&#233; et de la richesse de la pens&#233;e islamique. Plus g&#233;n&#233;ralement, il &#233;claire l'histoire de la pens&#233;e politique m&#233;di&#233;vale de l'Orient islamique &#224; l'Occident chr&#233;tien et tout en lui rendant sa juste place de fondateur de la philosophie politique islamique, il r&#233;introduit Alfarabi dans le cort&#232;ge des savants musulmans qui transmirent la philosophie classique &#224; l'Occident. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Monde des livres&lt;/strong&gt;, le 26 Janvier 2001&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Guerre et propri&#233;t&#233; </title>
		<link>https://caute.lautre.net/Guerre-et-propriete</link>
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		<dc:date>2003-08-09T21:45:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Simonnot, Philippe</dc:creator>


		<dc:subject>guerre</dc:subject>
		<dc:subject>nature</dc:subject>
		<dc:subject>paix</dc:subject>
		<dc:subject>justice</dc:subject>
		<dc:subject>Grotius</dc:subject>
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		<dc:subject>propri&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX (De jure pacis et belli) de Hugo Grotius. Traduit du latin par P. Pradier-Fod&#233;r&#233;, PUF, 868 p., 268 F (40,86 euros). &lt;br class='autobr' /&gt; Qu'il puisse exister des guerres justes, voil&#224; une question dont il n'est pas besoin de souligner l'actualit&#233;. Or c'est exactement ce que se demande Hugo Grotius dans son c&#233;l&#232;bre De jure pacis et belli. D&#232;s les premi&#232;res pages de cet ouvrage fondateur du droit international, nous sommes invit&#233;s &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-paix-+" rel="tag"&gt;paix&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-justice-+" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-Grotius-33-+" rel="tag"&gt;Grotius&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-droit-+" rel="tag"&gt;droit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-propriete-+" rel="tag"&gt;propri&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LE DROIT DE LA GUERRE ET DE LA PAIX (De jure pacis et belli) de Hugo Grotius. Traduit du latin par P. Pradier-Fod&#233;r&#233;, PUF, 868 p., 268 F (40,86 euros).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'il puisse exister des guerres justes, voil&#224; une question dont il n'est pas besoin de souligner l'actualit&#233;. Or c'est exactement ce que se demande Hugo Grotius dans son c&#233;l&#232;bre &lt;i&gt;De jure pacis et belli.&lt;/i&gt; D&#232;s les premi&#232;res pages de cet ouvrage fondateur du droit international, nous sommes invit&#233;s &lt;i&gt;&#171; &#224; rechercher d'abord s'il y a quelque guerre qui soit juste, et ensuite ce qu'il y a de juste dans la guerre &#187;&lt;/i&gt;. Paru en 1625 et d&#233;di&#233; &#224; Louis XIII, &lt;i&gt;&#171; le plus &#233;minent des Rois &#187;&lt;/i&gt;, le trait&#233; sera traduit du latin en fran&#231;ais une premi&#232;re fois d'une mani&#232;re assez libre et plut&#244;t fallacieuse par J. de Barbeyrac en 1724. La version de Pradier-Fod&#233;r&#233;, publi&#233;e en 1867, est plus fid&#232;le. Mais elle &#233;tait devenue introuvable. La voici r&#233;&#233;dit&#233;e aujourd'hui telle quelle. Un &#233;norme volume de 868 pages. On regrettera l'absence de tout index, m&#234;me si Grotius a l'art d'ouvrir chaque chapitre par un r&#233;sum&#233; succinct. Une pr&#233;face introductive sur l'auteur aurait &#233;t&#233; elle aussi bienvenue. Mais on sait combien les temps sont durs pour les &#233;diteurs de ce genre d'ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons donc que, n&#233; &#224; Delft en 1583, Grotius s'est r&#233;v&#233;l&#233; enfant prodige d&#232;s ses premi&#232;res ann&#233;es. &#192; onze ans, ce surdou&#233;, comme on dirait aujourd'hui, entre &#224; l'universit&#233; de Leyde. &#192; quinze, lors d'une mission en France, il est remarqu&#233; par Henri IV, qui le surnomme le &lt;i&gt;&#171; miracle de Hollande &#187;&lt;/i&gt;. &#192; seize ans, il publie son premier ouvrage de philosophie, faisant d&#233;monstration d'une immense &#233;rudition. En 1607, le voici &lt;i&gt;&#171; agent g&#233;n&#233;ral du fisc &#187;&lt;/i&gt; pr&#232;s la cour de Hollande. Ensuite, conseiller de la Compagnie n&#233;erlandaise des Indes orientales, il m&#232;ne une vie mondaine et aventureuse. N'h&#233;sitant pas &#224; prendre fait et cause dans les querelles qui divisent son pays, il conna&#238;tra la prison politique et l'exil. &#192; la suite d'un naufrage en vue de la c&#244;te de Pom&#233;ranie, il meurt &#224; Rostock le 28 ao&#251;t 1645, laissant une &#339;uvre gigantesque de philosophe et de juriste dont l'influence demeure encore aujourd'hui consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux traductions fran&#231;aises du &lt;i&gt;De jure&lt;/i&gt;, l'ordre du titre a &#233;t&#233; invers&#233;, la guerre venant en premier, la paix en second. La cohabitation de la paix et du droit ne surprendra pas le vulgaire. Mais que la guerre puisse se soumettre au droit, voil&#224; qui &#233;tonne peut-&#234;tre plus encore aujourd'hui qu'au d&#233;but du XVIIe si&#232;cle. D'o&#249; la notion de guerre juste. Mais qu'est-ce qui est juste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La nature ne peut distinguer ce qui est injuste de ce qui est juste &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit Horace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Horace, livre I, satire 3, vers 113&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En tant que th&#233;oricien du droit naturel, Grotius s'inscrit &#233;videmment en faux contre cette assertion du po&#232;te latin. Animal d'une nature sup&#233;rieure, l'homme a besoin de vivre avec les &#234;tres de son esp&#232;ce dans un &lt;i&gt;&#171; &#233;tat paisible organis&#233; suivant les donn&#233;es de son intelligence &#187;&lt;/i&gt;. Ce &lt;i&gt;&#171; soin de la vie sociale &#187;&lt;/i&gt; est pour Grotius la source du droit proprement dit. Certes, il existe d'autres sources, telles la volont&#233; de Dieu ou la volont&#233; humaine, mais les droits positifs qui en sont issus ne peuvent entrer en contradiction avec le droit naturel, c'est-&#224;-dire conforme &#224; la nature humaine - droit immuable, commun &#224; toutes les &#233;poques et &#224; toutes les r&#233;gions du monde. M&#234;me les brigands, selon un paradoxe d&#233;j&#224; mis en avant par Aristote, puis Chrysostome, recourent entre eux au droit pour partager leur butin. Il s'ensuit cette d&#233;finition canonique : &lt;i&gt;&#171; Le droit naturel est une r&#232;gle que nous sugg&#232;re la droite raison, qui nous fait conna&#238;tre qu'une action, suivant qu'elle est ou non conforme &#224; la nature raisonnable, est entach&#233;e de difformit&#233; morale, ou qu'elle est moralement n&#233;cessaire&lt;/i&gt;.&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; Notons tout de suite que, selon le droit naturel, &#224; suivre Grotius, un p&#232;re peut vendre son fils &lt;i&gt;&#171; du moment o&#249; il n'a pas d'autre moyen de le nourrir &#187;&lt;/i&gt;, que la femme est sous la garde de son mari, et que, s'il est permis &#224; tout homme de se r&#233;duire en esclavage au profit de qui bon lui semble (&lt;i&gt;&#171; ainsi que cela ressort de la loi h&#233;bra&#239;que &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Grotius), on ne voit pas ce qui emp&#234;cherait un peuple d'en faire autant. O&#249; l'on v&#233;rifie une fois encore que le jusnaturalisme sert &#224; justifier tout ce que l'on veut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivons : ce que nous sugg&#232;re la droite raison, c'est que le premier devoir est &lt;i&gt;&#171; de se conserver en l'&#233;tat o&#249; la nature vous a mis &#187;&lt;/i&gt;. Une guerre sera dite juste si son but est d'assurer la conservation de sa vie et de son corps, de conserver ou d'acqu&#233;rir les choses utiles &#224; l'existence. La d&#233;finition de la guerre juste implique donc au moins une d&#233;finition de la propri&#233;t&#233;. Or, contrairement &#224; ce que pensent nombre de th&#233;oriciens lib&#233;raux aujourd'hui, le droit de propri&#233;t&#233; n'est pas pour Grotius un droit naturel. En effet, aussit&#244;t apr&#232;s la cr&#233;ation du monde, Dieu conf&#233;ra au genre humain un droit g&#233;n&#233;ral sur les choses. Mais la pression d&#233;mographique, ajout&#233;e &#224; l'ambition des hommes qui ne se contentaient plus de se nourrir des fruits des arbres et de vivre nus &lt;i&gt;&#171; comme des sauvages &#187;&lt;/i&gt;, obligea &#224; partager les terres et &#224; d&#233;finir le droit de propri&#233;t&#233; &#224; la suite d'une convention expresse ou tacite. Le droit de propri&#233;t&#233; est donc issu de la volont&#233; humaine, mais du moment o&#249; il est introduit, &lt;i&gt;&#171; c'est le droit naturel lui-m&#234;me, &lt;/i&gt;indique Grotius,&lt;i&gt; qui m'apprend que c'est un crime pour&lt;/i&gt; &lt;i&gt;moi de m'emparer, contre ton gr&#233;, de ce qui est l'objet de ta propri&#233;t&#233; &#187;&lt;/i&gt;. Dans certaines circonstances (une pressante n&#233;cessit&#233;, une famine g&#233;n&#233;ralis&#233;e), il est permis de revenir au &lt;i&gt;&#171; droit ancien de se servir des choses comme si elles &#233;taient demeur&#233;es communes &#187;&lt;/i&gt;. Ici prend place un raisonnement qui rappelle &#233;trangement la &lt;i&gt;&#171; position originelle &#187;&lt;/i&gt; de John Rawls (qui pourtant ne cite pas une seule fois Grotius dans sa &lt;i&gt;Th&#233;orie de la justice&lt;/i&gt;) : &lt;i&gt;&#171; les biens ne paraissent avoir &#233;t&#233; distribu&#233;s &#224; des propri&#233;taires que sous la r&#233;serve favorable d'un retour au droit primitif ; si, en effet, les premiers distributeurs avaient &#233;t&#233; interrog&#233;s sur ce qu'ils pensaient &#224; cet &#233;gard, ils auraient r&#233;pondu ce que nous disons. &#034;La n&#233;cessit&#233;, dit S&#233;n&#232;que le p&#232;re, qui est la grande justification de la faiblesse humaine, an&#233;antit toute loi.&#034; &#187;&lt;/i&gt; Mais ne pourrait-on pas en dire autant des pr&#233;tendues lois de la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place manque ici pour rendre compte des autres sujets trait&#233;s par le &lt;i&gt;De jure,&lt;/i&gt; notamment la souverainet&#233;, le droit familial, le droit des gens (&lt;i&gt;jus gentium). &lt;/i&gt;Mais le c&#339;ur de l'ouvrage est bien cette question de la guerre et de la propri&#233;t&#233;, avec les int&#233;ressantes contradictions que lui impose l'option jusnaturaliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Horace, &lt;i&gt;livre I&lt;/i&gt;, satire 3, vers 113&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Monde&lt;/strong&gt;, le 1er octobre 1999&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la guerre juste &#224; la construction de la paix </title>
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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Conf&#233;rence du P&#232;re Joseph Joblin, sj &lt;br class='autobr' /&gt; La question de la guerre et de la paix est une des plus difficiles de la morale sociale, elle est au centre de l'exp&#233;rience humaine. Elle nous met au contact d'une incoh&#233;rence totale ; alors que tous les hommes veulent la paix, sans cesse renaissent les violences et les conflits arm&#233;s. Qu'il suffise ici de rappeler les illusions qui suivirent le premier conflit mondial ; l'opinion qui avait subi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-guerre-+" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-justice-+" rel="tag"&gt;justice&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-morale-24-+" rel="tag"&gt;morale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-christianisme-+" rel="tag"&gt;christianisme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-responsabilite-+" rel="tag"&gt;responsabilit&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-forces-d-ideal-+" rel="tag"&gt;forces d'id&#233;al&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence du P&#232;re Joseph Joblin, sj&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte original d'une conf&#233;rence prononc&#233;e au Centre Saint-Louis des-francais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question de la guerre et de la paix est une des plus difficiles de la morale sociale, elle est au centre de l'exp&#233;rience humaine. Elle nous met au contact d'une incoh&#233;rence totale ; alors que tous les hommes veulent la paix, sans cesse renaissent les violences et les conflits arm&#233;s. Qu'il suffise ici de rappeler les illusions qui suivirent le premier conflit mondial ; l'opinion qui avait subi l'intol&#233;rable pensait que celui-ci ne devait jamais se reproduire ; on parlait alors de la derni&#232;re des guerres ; la &#171; der des der &#187; selon une expression populaire. En m&#234;me temps le trait&#233; de Versailles affirmait : attendu qu'une paix juste et durable ne peut &#234;tre fond&#233;e que sur la justice sociale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Partie XIII, Pr&#233;ambule de la constitution de l'Organisation Internationale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#192; l'issue de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, l'ONU emprunte la m&#234;me phras&#233;ologie : &#171; Nous, Peuples des Nations Unies r&#233;solus &#224; pr&#233;server les nations futures du fl&#233;au de la guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Charte des Nations Unies, Pr&#233;ambule.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; or depuis 1946 pr&#232;s de 180 conflits locaux ont pu &#234;tre d&#233;nombr&#233;s. Les efforts des peuples, appuy&#233;s par les diplomates, se sont r&#233;v&#233;l&#233;s manquer d'efficacit&#233; dans les cas les plus graves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de ces derni&#232;res ann&#233;es est semblable &#224; celle des deux mille ans qui s'ach&#232;vent ; et si on se reporte plus en arri&#232;re, on la retrouve identique dans tous les continents et sous tous les r&#233;gimes. La violence est le lot de l'homme et ce qui la rend encore plus &#233;trange, c'est que des hommes de paix se sont lev&#233;s &#224; toutes les g&#233;n&#233;rations, qu'ils ont &#233;t&#233; applaudis, mais que leurs efforts n'ont jamais r&#233;ussi &#224; changer la condition humaine, qu'il s'agisse d'hommes politiques, de philosophes, de juristes ou d'hommes de religion : si on fait la guerre, disait d&#233;j&#224; saint Augustin, c'est en vue de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telle est la contradiction dont part la r&#233;flexion qui est ici propos&#233;e. Il s'agit de savoir quelle est la place du christianisme dans la situation chaotique du monde o&#249; les syst&#232;mes politiques cherchent &#224; fonder la paix, o&#249; ils imaginent de nouvelles structures juridiques pour la sauvegarder et o&#249; ils r&#233;coltent la guerre toujours plus violente, toujours plus g&#233;n&#233;rale. Or la position de l'&#201;glise et des chr&#233;tiens semble avoir chang&#233; de nombreuse fois au cours des deux mill&#233;naires qui s'ach&#232;vent. Elle est pass&#233;e d'une attitude plus ou moins pacifiste durant les quatre premiers si&#232;cles &#224; la formulation de la th&#233;orie de la juste guerre, puis au soutien de politiques destin&#233;es &#224; construire la paix. N'a-t-on pas l'impression que les th&#233;ologiens ont &#233;t&#233; soucieux d'apporter une justification &#233;thico-religieuse aux angoisses de l'opinion mais qu'ils n'ont exerc&#233; qu'une influence r&#233;duite sur ses &#233;volutions. Ont-ils vraiment propos&#233; une &#233;ducation &#224; la paix des peuples et des soci&#233;t&#233;s ? La suppression de la peur, de la famine, de l'ins&#233;curit&#233; entra&#238;n&#233;es par les bandes arm&#233;es, l'abandon de la th&#233;orie de la Chr&#233;tient&#233; &#224; la suite de la r&#233;volte des consciences devant les exactions de la colonisation en Am&#233;rique du Sud, la justification des revendications nationalistes, la condamnation de la guerre dans un monde satur&#233; de ruines : tels sont quelques-uns des points chauds qui ont &#233;t&#233; propos&#233;s &#224; la conscience chr&#233;tienne, mais s'agit-il de positions successives prises par les th&#233;ologiens et l'&#201;glise en faisant appel &#224; un seul principe unificateur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question qui vient d'&#234;tre pos&#233;e touche un point central de la critique contemporaine des religions : les religions qui sont pr&#233;sentes dans toutes les soci&#233;t&#233;s existent-elles pour aider les populations &#224; oublier les incertitudes de l'existence ou sont-elles l'interpr&#232;te de l'ordre objectif du monde dont elles tentent de se rapprocher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syst&#232;mes philosophiques et les religions cherchent &#224; traduire dans le concret ce qu'il y a de sup&#233;rieur dans l'ordre du monde ; c'est donc de ce point de vue qu'il faut &#233;tudier le r&#244;le de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233; face &#224; la violence et &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Guerre ou paix ? Un probl&#232;me de conscience &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la position de l'&#201;glise dans les questions de paix ou de guerre, il faut partir de l'anthropologie chr&#233;tienne. Celle-ci consid&#232;re que l'homme est un &#234;tre libre, autonome dans ses prises de d&#233;cision morale, responsable d'arbitrer en maintes occasions entre divers devoirs et construisant ainsi l'ordre social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centesimus annus, 13.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Elle lui remet la d&#233;cision de ce qui est le bien ou le mal pour lui ; non pas dans un jugement refl&#233;tant son bon plaisir, mais par une d&#233;cision r&#233;fl&#233;chie de la mani&#232;re dont, lui, peut inscrire dans la r&#233;alit&#233;, dans ce moment donn&#233;, ce qu'il tient pour le plus conforme &#224; la volont&#233; de Dieu sur lui. Cette anthropologie s'oppose &#224; la mentalit&#233; la plus r&#233;pandue qui voit dans ce que veut la soci&#233;t&#233; la norme du bien et identifie conduites, attitudes et jugements personnels avec ce que pense le groupe ; elle s'oppose &#224; l'individualisme lib&#233;ral qui a l'illusion de laisser la seule raison dire ce qui est bien ou mal ; elle va &#224; l'encontre du collectivisme marxiste qui remet au parti de d&#233;terminer la ligne qui doit &#234;tre suivie en conscience ; ainsi, prot&#232;ge-t elle la conscience individuelle de la domination &#233;thique de la communaut&#233; &#224; laquelle elle appartient ; cherchant &#224; affiner la conscience, elle stimule le progr&#232;s moral de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me trait de l'anthropologie chr&#233;tienne vient de ce que l'exercice de sa responsabilit&#233; conduira souvent l'individu &#224; arbitrer entre les diverses facettes du bien qu'il entrevoit. La conscience chr&#233;tienne n'est jamais en repos, elle se demande toujours comment perfectionner son jugement ; c'est le mouvement du &lt;i&gt;&#171; magis &#187;&lt;/i&gt; ; mis en valeur par saint Ignace dans la formule : &lt;i&gt;ad majorem Dei gloriam. &lt;/i&gt;Comme le dit Jean-Paul II : &#171; La foi n'endort pas la conscience ; elle met plut&#244;t en elle la hantise d'une recherche continuelle des conditions qui correspondent le mieux &#224; la dignit&#233; d'un &#234;tre dou&#233; d'intelligence de libert&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul II, Discours aux travailleurs de Civita Vecchia, 19 mars 1987 in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette constatation trouve son application dans l'attitude de l'homme face &#224; la violence. Une hantise du &lt;i&gt;magis&lt;/i&gt; conduit &#224; un sursaut de la conscience car il lui faut sans cesse juger ce qui fait de la personne, dans le moment pr&#233;sent, un homme de paix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Fessard, Paix ou Guerre 7.Monde nouveau, Paris, 1951, p. 110.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette situation a &#233;t&#233; mise en &#233;vidence d&#232;s le IVe si&#232;cle par saint Ambroise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De Officiis I, 29.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il voit dans la situation ambigu&#235; o&#249; se trouve le chr&#233;tien l'un des traits sp&#233;cifiques de cette religion qui donne une importance extraordinaire au jugement de la conscience. Il y a deux mani&#232;res, dit-il, de p&#233;cher contre la justice ; I'une c'est de commettre un acte injuste, l'autre c'est de ne pas venir au secours de la victime d'un injuste agresseur. En effet, si le pr&#233;cepte de la non violence contenu dans les B&#233;atitudes m'interdit d'user de la force, celui de la charit&#233; me commande de d&#233;fendre, dans la mesure du possible, celui dont la vie est en p&#233;ril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enseignement de saint Ambroise est tr&#232;s clair ; il montre que face &#224; la violence la conscience se trouve prise entre plusieurs devoirs, ceux de non violence et de solidarit&#233; avec les plus faibles. Partant de cette constatation, les th&#233;ologiens des si&#232;cles suivants ont formul&#233; un certain nombre d'enseignements pour aider les individus &#224; discerner quel &#233;tait leur devoir dans une situation donn&#233;e ; ces r&#232;gles de comportement ont &#233;t&#233; progressivement synth&#233;tis&#233;es dans ce qui est devenu la th&#233;ologie de la guerre juste ; celle-ci devint une grille de lecture de plus en plus pr&#233;cise de situations de violence. Elle permit &#224; la conscience de juger de sa responsabilit&#233; face &#224; une situation en analysant ses diverses composantes, et de la juger en se r&#233;f&#233;rant aux valeurs sup&#233;rieures que propose l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. La th&#233;orie de la guerre juste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'expression &#171; guerre juste &#187; sonne mal aux oreilles de notre temps ; l'argument est simple : il ne peut pas y avoir de violence qui soit juste, surtout pour un chr&#233;tien qui est tenu par la parole de l'&#201;vangile : Bienheureux les pacifiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a deux mani&#232;res d'emp&#234;cher la violence, en s'en abstenant certes ; mais aussi si on ne peut &#233;viter qu'il y soit recouru dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, en tentant de la limiter, quand tout n'est pas imm&#233;diatement possible, il faut tenter de se rapprocher, autant que faire se peut, de l'id&#233;al poursuivi. Telle fut l'attitude de l'&#201;glise dans les soci&#233;t&#233;s du Moyen &#194;ge, en proie &#224; la violence chronique. Son effort se caract&#233;rise alors par un effort de persuasion ou d'&#233;ducation des consciences ; cela &#224; un niveau &#233;l&#233;mentaire et &#224; un niveau sup&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; un niveau &#233;l&#233;mentaire &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule arme dont disposait l'&#201;glise &#233;tait son autorit&#233; morale assortie de peines eccl&#233;siastiques. Elle invite donc les fid&#232;les &#224; prendre leurs distances avec la violence et, dans une soci&#233;t&#233; croyante, elle pouvait user de peines eccl&#233;siastiques. Notons bien qu'elle ne va pas se comporter comme un super-pouvoir imposant le pacifisme absolu ; elle usa d'abord d'un biais. Comme l'affirmait le Concile de Charroux (989) : &#171; Personne sans la paix ne verra le Seigneur &#187; ; les pouvoirs f&#233;odaux devaient &#234;tre convaincus de cette maxime et conduits &#224; prendre des engagements de non violence ; ceux-ci furent d'abord limit&#233;s ; ce furent la Paix de Dieu et la Tr&#234;ve de Dieu. Par la Paix de Dieu, princes et nobles passaient des conventions volontaires devant l'&#233;v&#234;que en vue de ne pas nuire aux faibles, aux marchands ou aux clercs ; cet engagement &#233;tait assorti de peines eccl&#233;siastiques pouvant aller jusqu'&#224; l'interdit du territoire, l'excommunication et la privation de la s&#233;pulture religieuse. Le m&#233;canisme de la Tr&#234;ve de Dieu faisait lui aussi appel aux sentiments chr&#233;tiens des princes et des populations ; il partait du principe qu'il &#233;tait ind&#233;cent pour les chr&#233;tiens de se battre &#224; certains jours, m&#234;me l&#233;gitimement, lorsqu'ils avaient une signification religieuse sp&#233;ciale ; cette pratique permit de proscrire la violence dans certaines r&#233;gions. Comme l'&#233;dictait le Concile de Bourges en 1038 : &#171; Nous avons d&#233;di&#233; &#224; Dieu le jeudi &#224; cause de l'Ascension du Christ, le vendredi, en m&#233;moire de ses souffrances, le samedi en raison de sa s&#233;pulture, le dimanche &#224; cause de sa R&#233;surrection ; en sorte qu'en ces jours, il ne devra y avoir aucune exp&#233;dition et nul n'aura &#224; redouter son ennemi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, L'&#201;glise et la guerre, Paris, D.D.B., 1988, p. 89.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;&#192; un niveau raisonn&#233; &lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;dients menaient une lutte indirecte contre la violence ; ils faisaient appel &#224; la conscience pour qu'elle se soumette &#224; des engagements pris (Paix de Dieu) ou impos&#233;s (la Tr&#234;ve de Dieu). La th&#233;orie de la juste guerre va faire appel directement &#224; la conscience pour qu'elle renonce d'elle-m&#234;me &#224; la violence ; elle marque un progr&#232;s consid&#233;rable de la conscience morale puisqu'elle remet &#224; celle-ci de porter un jugement bon ou mauvais sur une action. La conscience, analysant les donn&#233;es d'une situation, va porter un jugement sur ce qui est, pour elle, le bien &#224; un moment donn&#233; ; la th&#233;orie de la guerre juste fut &#224; l'origine une p&#233;dagogie pour lib&#233;rer la conscience des conditionnements dans lesquels elle se trouve : passion, d&#233;sir de vengeance, mise &#224; profit d'une situation de domination, etc., et pour l'aider &#224; choisir ce que l'&#201;glise tient pour une attitude juste ; elle est une grille de lecture offerte au croyant pour d&#233;cider si le recours &#224; la violence est tol&#233;rable et donc justifiable &#224; tel moment. Elle comprend deux volets : le jus &lt;i&gt;ad bellum&lt;/i&gt; et le &lt;i&gt;jus in bello. &lt;/i&gt;Le &lt;i&gt;jus ad bellum &lt;/i&gt;r&#233;pond &#224; la question : aije le droit de faire la guerre (autorit&#233; l&#233;gitime) ? : y a-t-il une raison valable d'y recourir ou s'agit-il d'une agression ? Personne ne peut-il r&#233;soudre pacifiquement le diff&#233;rend ? La raison que j'invoque n'est-elle pas qu'un pr&#233;texte en vue de m'assurer un avantage ? L'intervention projet&#233;e est elle seulement une r&#233;action destin&#233;e &#224; supprimer une injustice ou est-elle en mesure d'assurer plus de justice ? Les r&#232;gles du &lt;i&gt;jus in bello &lt;/i&gt;correspondent elles aussi &#224; des exigences simples, celles du respect des non combattants et celle de la proportionnalit&#233; entre les dommages inflig&#233;s et la raison du conflit. Cette grille de lecture a travers&#233; les si&#232;cles ; aucune conscience ne peut se dispenser d'y recourir dans l'analyse qu'elle fait des situations de conflit qui se pr&#233;sentent, comme nous le verrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une derni&#232;re pr&#233;cision doit &#234;tre donn&#233;e pour permettre de saisir le sens de la th&#233;orie de la juste guerre telle qu'&#233;labor&#233;e par les th&#233;ologiens au cours des &#226;ges jusqu'au XVe si&#232;cle. Elle place le croyant en pr&#233;sence de Dieu mais leur face &#224; face n'est pas solitaire. L'&#201;glise y intervient ; le jugement que forme le politique ou le chef de guerre n'est pas une appr&#233;ciation subjective des circonstances ; celle-ci doit tenir compte des r&#232;gles objectives de moralit&#233; dont l'&#201;glise est l'interpr&#232;te ; ainsi celles-ci ne peuvent &#234;tre d&#233;tourn&#233;es de leur sens et mises au service d'int&#233;r&#234;ts temporels. Cette p&#233;riode de la Chr&#233;tient&#233; se cl&#244;t d'ailleurs par un exemple frappant de la grande valeur morale qu'avait atteinte ce syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;couverte de l'Am&#233;rique eut lieu en 1492&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Losada, Fray Bartolom&#232; de las Casas a la luz de la moderna historica, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s 1511, le P&#232;re Montesinos lan&#231;a le mouvement de protestation contre le sort r&#233;serv&#233; par les &lt;i&gt;conquistadores &lt;/i&gt;aux indig&#232;nes de l'Am&#233;rique. Las Casas s'engagea &#224; fond dans cette action quelques ann&#233;es plus tard avec le soutien de nombreux P&#232;res de l'Ordre dominicain, parmi lesquels Vitoria ; ce dernier avait d&#233;j&#224; protest&#233; contre le fait de la Conqu&#234;te dans ses le&#231;ons &lt;i&gt;de Indis&lt;/i&gt;. Ce mouvement s'amplifia et, en 1549, le Conseil des Indes informa l'empereur qu'&#233;tant donn&#233; les p&#233;rils relatifs &#224; la situation corporelle et spirituelle des indiens entra&#238;n&#233;s par la conqu&#234;te, aucune nouvelle exp&#233;dition ne devait &#234;tre autoris&#233;e sans la permission expresse du Conseil ; le Conseil demandait &#233;galement qu'une commission de th&#233;ologiens et de juristes discute comment les conqu&#234;tes &#171; pourraient &#234;tre conduites justement et avec une conscience s&#251;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;In A. Losada, op. cit., p. 245.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Charles-Quint ordonna de fait de suspendre les op&#233;rations militaires et de prendre l'avis des th&#233;ologiens ; ce qui eut lieu dans une dispute entre Las Casas et Sepulveda &#224; Valladolid en 1550 et 1551&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette dispute tourna autour des quatre arguments suivants : les indiens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple qui vient d'&#234;tre mentionn&#233; montre l'originalit&#233; de la th&#233;orie de la juste guerre ; il y a conjonction du jugement moral de l'individu croyant et de la soci&#233;t&#233; qui se dit chr&#233;tienne, c'est-&#224;-dire acceptant comme loi fondamentale les principes chr&#233;tiens : l'un et l'autre se situent par rapport &#224; une v&#233;rit&#233; objective qui les lie en conscience et soumettent leur jugement final &#224; une sorte de contr&#244;le de l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. L'effondrement de la th&#233;orie de la guerre juste &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les hommes ne se convertissent pas en un instant et les soci&#233;t&#233;s ne changent pas de route facilement. Or deux &#233;v&#233;nements consid&#233;rables vont se produire au XVe si&#232;cle et provoquer une onde de choc dont les effets se font encore sentir aujourd'hui. L'un est d'ordre mat&#233;riel, l'autre religieux ; I'un et l'autre vont d&#233;traquer le m&#233;canisme tr&#232;s d&#233;licat d'&#233;ducation &#224; la paix que constituait la th&#233;orie de la guerre juste dans la Chr&#233;tient&#233; : la r&#233;volution commerciale et l'apparition des nationalismes d'une part, la rupture de l'unit&#233; chr&#233;tienne d'autre part. La d&#233;couverte de l'Am&#233;rique n'est pas seulement le signe d'une r&#233;volution dans les techniques de navigation ; elle s'est produite au moment de la naissance de l'esprit scientifique. Ce nouveau rapport est &#233;tabli entre l'esprit humain et le monde qui l'entoure ; celui-ci n'est plus connu &#224; travers la R&#233;v&#233;lation mais gr&#226;ce &#224; l'observation des faits de la nature et &#224; l'utilisation que les individus font de leurs connaissances pour atteindre les fins qu'ils se fixent. L'homme n'est plus habit&#233; par l'id&#233;e de Chr&#233;tient&#233; ; il est avant tout soucieux de poursuivre les objectifs terrestres qu'il entrevoit. Cette s&#233;paration s'op&#232;re entre les fins terrestres et les fins spirituelles alors que, dans l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, les premi&#232;res &#233;taient ordonn&#233;es aux secondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de saint Fran&#231;ois-Xavier est ici frappant ; il se sent mis en demeure de faire un choix entre gagner l'univers ou annoncer l'&#201;vangile. La dissociation de ces objectifs dans la conscience de l'homme de la Renaissance est le signe qu'on est entr&#233; dans une &#233;poque nouvelle. Or au m&#234;me moment &#233;mergent les nations ; I'&#201;tat devient le moyen de s'approprier les richesses du monde, de le d&#233;velopper et, pour un peuple, de lui imposer sa marque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous devons nous rappeler que c'est une partie de notre devoir que le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rupture de l'unit&#233; chr&#233;tienne favorisera le d&#233;veloppement des nationalismes. Du point de vue de l'analyse politique, la R&#233;forme protestante, en s'en tenant au seul rapport direct du croyant avec Dieu et en &#233;liminant la fonction d'arbitre moral que pouvait jouer l'&#201;glise dans les affaires temporelles, supprima le mod&#233;rateur de la mise en &#339;uvre de la th&#233;orie de la guerre juste. L'&#233;clatement de la Chr&#233;tient&#233; n'a pas seulement supprim&#233; l'autorit&#233; morale qui pouvait exercer une influence pacificatrice sur le monde, il a encore cr&#233;&#233; les conditions pour mettre la religion au service des politiques nationales : &#171; L'enseignement des deux royaumes que Luther avait propos&#233; pour lib&#233;rer la soci&#233;t&#233; de l'emprise papale fut exploit&#233; pour l&#233;gitimer l'abandon par l'&#201;glise de sa responsabilit&#233; dans le domaine social et politique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;claration de la Commission mixte catholique-luth&#233;rienne 1983 in DC, 1983, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La th&#233;orie de la juste guerre fut d&#233;tourn&#233;e de sa fin premi&#232;re et permit d'apporter un semblant de l&#233;gitimation morale &#224; la satisfaction des ambitions nationales par la force. De nombreuses &#233;tudes ont &#233;tabli comment les religions monoth&#233;istes d'Occident, dans les divers pays, ont soutenu activement les guerres nationales de leurs contr&#233;es&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. H.J. Benedikt, Der neue Protestantismus, Koln 1971 ; D.E. Bigham, &#171; War (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Papaut&#233; tr&#232;s affaiblie des XVIIe et XVIIIe si&#232;cles n'entra pas dans ces perspectives nationalistes, mais la position qui &#233;tait alors la sienne, tant au plan inter national que vis-&#224;-vis des &#201;glises locales, ne lui permit pas de combattre directement cette tendance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. Nouvelle approche de la violence end&#233;mique des soci&#233;t&#233;s &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La connivence qui s'&#233;tablit entre la th&#233;orie de la guerre juste et le nationalisme a conduit le monde &#224; une impasse tragique. Depuis les guerres r&#233;volutionnaires et napol&#233;oniennes la violence n'a fait que cro&#238;tre et s'&#233;tendre. Deux fois le monde entier a &#233;t&#233; embras&#233; ; les totalitarismes ont sem&#233; la mort&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S. Courtois, Le livre noir du communisme, Paris, 1997, p. 848, estime &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La force de d&#233;ferlement du nationalisme fut telle qu'elle se rendit ma&#238;tre de l'esprit des chr&#233;tiens de chaque pays qui mirent Dieu au service de leur cause consid&#233;r&#233;e comme la seule juste : Au &lt;i&gt;Gott mit uns&lt;/i&gt; des Allemands r&#233;pondait le &lt;i&gt;Gesta Dei per Francos&lt;/i&gt; des Fran&#231;ais et les sermons du temps de guerre repoussaient tout appel &#224; la paix, m&#234;me celui de Beno&#238;t XV du ler ao&#251;t 1917 : &#171; Tr&#232;s Saint P&#232;re, s'exclamait le pr&#233;dicateur de la Madeleine, nous ne pouvons pas retenir pour l'instant vos appels &#224; la paix &#187;, tout en reconnaissant dans le Pape sa &#171; grandeur morale &#187; et un &#171; tr&#244;ne de justice &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sermon du P&#232;re Sertillanges in J.Joblin, L'&#201;glise et la guerre, op. cit., p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de la juste guerre offrit aux nationalismes la possibilit&#233; de justifier leur intransigeance et leur extr&#233;misme devant l'opinion ; cette situation &#233;trange doit &#234;tre expliqu&#233;e car le mouvement qui nous en lib&#233;rera devra prendre le contre-pied de ses affirmations. Deux arguments semblent avoir pr&#233;valu aupr&#232;s de l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;a) Il y a dans l'humanit&#233;, sp&#233;cialement vive dans les pays marqu&#233;s par le monoth&#233;isme, une aspiration invisible &#224; r&#233;aliser l'unit&#233; des peuples autour de la v&#233;rit&#233;. En effet, si tous les hommes sont fils d'un m&#234;me P&#232;re, ils doivent pouvoir vivre en fr&#232;res dans un m&#234;me ensemble politique ; mais le jour o&#249; dispara&#238;t l'arbitre potentiel entre les diverses ethnies qui la composent, leurs ambitions r&#233;ciproques font qu'elles recourent &#224; la force pour se prot&#233;ger de toute tentative de domination &#224; leur &#233;gard ; cette logique ne sera rompue que si on &#233;tablit un nouveau type d'arbitrage international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;b) L'unit&#233;, telle qu'elle avait &#233;t&#233; con&#231;ue au Moyen &#194;ge et &#224; la Renaissance, exigeait l'uniformit&#233; des croyances chez tous les membres de la soci&#233;t&#233; politique ; la confession d'une m&#234;me foi &#233;tait regard&#233;e comme la garantie de la stabilit&#233; des institutions. L'histoire a montr&#233; maintenant que cette exigence ne peut &#234;tre maintenue dans le monde contemporain car d'une part, l'homme place sa dignit&#233; dans l'exercice d'une responsabilit&#233; sociale et politique et, d'autre part, l'homog&#233;n&#233;it&#233; culturelle des nations se v&#233;rifie de moins en moins du fait du brassage des populations. Il en r&#233;sulte que toute action pour la construction de la paix doit &#234;tre apte &#224; d&#233;velopper le sens d'une fraternit&#233; universelle voyant dans la diversit&#233; de l'exp&#233;rience humaine des divers peuples une source d'enrichissement et non une menace &#224; la coexistence des civilisations. Telles sont les deux tendances qui se sont d&#233;velopp&#233;es tout au long des deux derniers si&#232;cles pour tenter de transformer fondamentalement les relations dans la soci&#233;t&#233; internationale, substituant &#224; la force la coexistence et la coop&#233;ration ou des &#339;uvres communes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. La construction de la paix au cours des deux derniers si&#232;cles &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps o&#249; les nationalismes se d&#233;veloppaient en Occident prenait naissance et s'amplifiait un courant d'opinion int&#233;grant des forces sociales d'inspirations tr&#232;s diff&#233;rentes mais qui avaient en commun de faire de la construction de la paix le premier imp&#233;ratif de la vie sociale. Des chr&#233;tiens particip&#232;rent &#224; ce mouvement. Nous assistons &#224; partir du pontificat de Pie IX &#224; un repositionnement de la Papaut&#233; et de l'&#201;glise dans la soci&#233;t&#233; gr&#226;ce &#224; une prise de conscience de plus en plus g&#233;n&#233;rale des nouvelles conditions dans lesquelles ils doivent accomplir leur mission de justice et de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;La construction de la paix est regard&#233;e comme un d&#233;fi que l'humanit&#233; doit relever.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Elle n'est pas &#171; une simple absence de guerre&#8230; elle n'est jamais chose acquise une fois pour toutes ; elle est sans cesse &#224; construire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 78. 1&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ou comme avait dit Pie XII : &#171; elle est le r&#233;sultat d'une action morale et juridique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pie XII, Message de No&#235;l 1943.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les guerres d'ind&#233;pendance aux &#201;tats-Unis puis les guerres r&#233;volutionnaires et napol&#233;oniennes avaient sem&#233; la ruine dans ce qu'il est convenu d'appeler aujourd'hui l'Occident et avaient occasionn&#233; de nombreux morts parmi les soldats des diverses arm&#233;es. C'est alors qu'apparurent les premiers mouvements de la paix dans les milieux anglo-saxons. Les premi&#232;res soci&#233;t&#233;s pacifistes furent cr&#233;&#233;es par des Quakers tant aux &#201;tats-Unis qu'en Angleterre d&#232;s les ann&#233;es 1808-1812 ; elles s'orient&#232;rent vers la non violence absolue et en firent la th&#233;orie avec des hommes comme Thoreau, Garrison, Darrow et, en Russie, Tolsto&#239;, pour ne parler que de quelques-uns des repr&#233;sentants de ce courant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement d'origine religieuse se transforma insensiblement chez la plupart en un mouvement humaniste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, L'evoluzione storica dei movimenti della pace in Civil t&#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui insista sur le fait que la paix devait &#234;tre trait&#233;e comme une &#339;uvre de raison. La guerre allait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un d&#233;sordre social d&#251; &#224; l'imperfection des institutions politiques. Cette conception fut particuli&#232;rement influente aux &#201;tats-Unis et plusieurs hommes d'&#201;tat, comme Wilson, furent actifs dans les mouvements de la paix de ce type ; ils pensaient que si les institutions am&#233;ricaines &#233;taient &#233;tendues au reste du monde et, particuli&#232;rement, &#224; l'Europe qui faisait montre d'un manque de maturit&#233; politique, la paix serait assur&#233;e. C'est ainsi que l'id&#233;ologie Wilsonienne fut &#224; la base de la Soci&#233;t&#233; des Nations et les hommes d'&#201;tat lib&#233;raux de l'Europe entr&#232;rent dans cette perspective. Cette conception purement rationaliste de la paix explique en partie pourquoi les n&#233;gociateurs du trait&#233; de Versailles ne virent aucune raison d'inviter le Saint-Si&#232;ge &#224; la table de leurs n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps o&#249; le monde lib&#233;ral et la&#239;c pr&#233;cisait sa conception de la paix et trouvait &#224; l'appliquer, le monde chr&#233;tien d&#233;veloppait ses propres vues &#224; ce sujet ; c'est ainsi que le p&#232;re Luigi Taparelli entrevit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Parelli, Saggio teoretico di diritto naturale appogiato sulfatto, 4 vol., (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d&#232;s les ann&#233;es 1840 la mise en place d'une institution internationale qu'il appelait &lt;i&gt;l'ethnarchie&lt;/i&gt; et dont la constitution enl&#232;verait tout pr&#233;texte de guerre. La Papaut&#233;, elle aussi, adopta une attitude universaliste en d&#233;couvrant progressivement les nouvelles modalit&#233;s de sa pr&#233;sence &#224; la vie internationale ; elle ne serait plus un arbitre qui dirait le droit &#224; des gouvernements chr&#233;tiens ayant des pr&#233;tentions diverses ; elle se situerait &#224; un autre niveau que celui des querelles et guerres nationales. L'allocution de Pie IX au Consistoire du 20 avril 1849 et son Encyclique &lt;i&gt;Cum sancta Mater &lt;/i&gt;du 27 avril 1859 semblent &#234;tre les premi&#232;res marques de cette nouvelle prise de conscience du r&#244;le de la Papaut&#233;. Dans l'une et l'autre intervention, le Pape rel&#232;ve le scandale que constitue la guerre entre des nations catholiques et affirme qu'il ne peut faire autre chose que de &#171; pr&#234;cher sans cesse la paix &#187; car il serait contraire &#224; sa mission d'&#171; appeler les hommes au carnage et &#224; la mort &#187;. Ces premi&#232;res interventions de Pie IX montrent la position d'&#233;quilibre dans laquelle se place la Papaut&#233; : d'une part elle cachera de moins en moins son hostilit&#233; &#224; la guerre ; Jean-Paul II n'h&#233;sitera pas &#224; employer les mots d'&#171; absurde &#187; et d'&#171; indigne de l'homme &#187; pour la qualifier ; mais en m&#234;me temps, prenant acte du degr&#233; o&#249; se trouve la conscience de l'humanit&#233;, les Papes n'adopteront jamais le pacifisme absolu. Ainsi, Jean-Paul II d&#233;clarera-t-il, lorsqu'il visitera la paroisse sainte Doroth&#233;e &#224; Rome durant la guerre du Golfe : &#171; Je ne suis pas un pacifiste. Les textes sont nombreux pour dire qu'on ne peut pas laisser les mains libres aux &#034;criminels sans conscience&#034; et aux &#034;malfaiteurs internationaux&#034; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos rapport&#233; par Origins 1991/38 du 28 f&#233;vrier 1991, p. 625, par lequel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il existe un devoir de solidarit&#233; d'aider les victimes d'une injuste agression&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pie XII, Discours au congr&#232;s international de droit p&#233;nal, 3 octobre 1953.&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me temps o&#249; les Papes se d&#233;gag&#232;rent des conflits nationaux auxquels ils s'&#233;taient trouv&#233;s associ&#233;s dans le pass&#233;, le plus souvent du fait de l'existence des &#201;tats pontificaux, ils prirent de plus en plus conscience de leur obligation d'affirmer la sp&#233;cificit&#233; du Saint-Si&#232;ge dans un monde qui ne la reconnaissait plus. Pie IX per&#231;ut d&#233;j&#224; cette nouveaut&#233; &#224; l'occasion de la ratification de la convention de la Croix-Rouge de 1864. On sait qu'&#224; l'issue de la bataille de Solf&#233;rino (1859), Henri Dunant s'employa &#224; persuader les chefs de gouvernement de conclure un accord sur l'assistance minimum dont b&#233;n&#233;ficieraient les bless&#233;s en cas de guerre. Dans un premier temps, Pie IX refusa de s'associer &#224; l'entreprise et m&#234;me de prendre part aux n&#233;gociations qui conduisirent &#224; l'adoption de la Convention de Gen&#232;ve. Le Pape justifia son refus en expliquant que l'&#201;glise ne faisait la guerre &#224; personne &#224; la diff&#233;rence des &#201;tats qui s'arrogeaient ce droit au nom de leur souverainet&#233; ; il assura &#233;galement que, si elle &#233;tait attaqu&#233;e, ses arm&#233;es continueraient de traiterlesbless&#233;savec humanit&#233; comme elle l'avait toujours fait dans le pass&#233;. Le Saint-Si&#232;ge se mit ici &#224; un autre niveau et si, finalement en 1868, il ratifia la Convention sous la pression de la France, ce fut apr&#232;s que fut reconnue sa sp&#233;cificit&#233; ; comme devait l'&#233;crire le Secr&#233;taire d'&#201;tat au Conseil f&#233;d&#233;ral de Berne : &#171; Sa Saintet&#233;&#8230; s'y est d&#233;termin&#233;e principalement afin qu'il soit pourvu d'une mani&#232;re plus facile et plus r&#233;guli&#232;re &#224; l'assistance religieuse des bless&#233;s &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, La difficile ratification de la convention de 1864 in Archivum (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position morale du Saint-Si&#232;ge dans la vie internationale ne sera reconnue que sporadiquement jusqu'&#224; la fin de la Deuxi&#232;me Guerre mondiale. Si des pays r&#233;put&#233;s non catholiques, comme la Prusse dans l'affaire de l'arbitrage des Carolines (1885), ou la Russie et les Pays-Bas pour la pr&#233;paration de la premi&#232;re conf&#233;rence de La Haye (1899), eurent recours &#224; la diplomatie pontificale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Eppstein, The Catholic Tradition of the Law of Nations Burnes, London (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'est que de rappeler la rebuffade que re&#231;ut Beno&#238;t XV &#224; la suite de son appel &#224; une tr&#234;ve de No&#235;l en 1914, l'hostilit&#233; qui accueillit son appel &#224; la paix du 1er ao&#251;t 1917 ou son exclusion des n&#233;gociations de paix &#224; la suite du Trait&#233; de Londres de 1915 entre la France, l'Angleterre et l'Italie, pour se rendre compte du discr&#233;dit o&#249; le mettait son pacifisme dans l'opinion m&#234;me catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les peuples d'Occident se virent de nouveau entra&#238;n&#233;s dans la guerre en 1939, leurs r&#233;serves tomb&#232;rent &#224; l'&#233;gard de la Papaut&#233; ; ils comprirent qu'elle repr&#233;sentait une force de paix par sa puissance morale. Le cri de Pie XII, le 24 ao&#251;t 1939, frappa les imaginations : &#171; Le danger est imminent, mais il est encore temps. Rien n'est perdu avec la paix. Tout peut l'&#234;tre avec la guerre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pie XII, Radio Message du 24 ao&#251;t 1939.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une analogie peut &#234;tre trouv&#233;e ici avec l'exclamation de Paul VI devant l'Assembl&#233;e des Nations Unies : &#171; Plus, jamais la guerre &#187; (1965), &#224; une &#233;poque o&#249; la guerre froide pouvait encore d&#233;g&#233;n&#233;rer en un conflit ouvert. De telles affirmations tirent leur force de l'&#233;vidence du propos et de l'autorit&#233; morale de celui qui les prof&#232;rent ; elles s'imposent &#224; l'esprit des populations, &#233;rodent lentement leurs structures mentales tourn&#233;es vers l'agressivit&#233; et les conduisent &#224; placer l'imp&#233;ratif de la construction de la paix au-dessus des pr&#233;f&#233;rences nationales. Elles mettent l'humanit&#233; au d&#233;fi de s'engager sur des voies nouvelles. Ainsi le Saint-Si&#232;ge a-t-il &#233;t&#233; r&#233;ins&#233;r&#233; dans la vie internationale sur un plan nouveau, celui de l'action morale qui doit soutenir l'action juridique ; cette innovation a &#233;t&#233; rendue possible parce qu'il a su adopter une nouvelle strat&#233;gie de pr&#233;sence au monde, celle de la coop&#233;ration avec toutes les forces d'id&#233;al en s'adressant &#224; tous les hommes de bonne volont&#233; : si chaque individu, en tant qu'&#234;tre humain, &#233;tait invit&#233; &#224; construire la paix, la collaboration entre croyants et non-croyants pour la r&#233;alisation de cet objectif devait un jour s'imposer. Pacifistes la&#239;cs et pacifistes chr&#233;tiens ne pourraient plus suivre des voies parall&#232;les ; ils devraient joindre leurs efforts pour atteindre ce but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;R&#244;le des &#171; forces d'id&#233;al &#187;&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'expression &#171; forces d'id&#233;al &#187; semble avoir &#233;t&#233; relativement courante au tournant des XIXe et XXe si&#232;cles ; on la trouve aussi bien sous la plume d'auteurs socialistes (Jaur&#232;s, Thomas) ou chr&#233;tiens (Don Sturzo) ; les uns et les autres entendant par l&#224; cette pouss&#233;e passionnelle qui est susceptible d'entra&#238;ner les foules pour la r&#233;alisation d'un id&#233;al hier le nationalisme, aujourd'hui la paix ; elles ont en commun de mobiliser les &#233;nergies pour l'obtention d'un r&#233;sultat qui est hors d'atteinte d'un mouvement particulier ; c'est ainsi qu'Albert Thomas, ancien ministre socialiste de l'armement, se tourna d&#232;s 1919 vers le mouvement chr&#233;tien social afin de lui demander de l'aider &#224; consolider l'&#339;uvre du Bureau international du Travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joblin, Essere Chiesa nella societ&#224; pluralista in Civilt&#224; Cattolica 1979, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; ce qui ne manquera pas de surprendre plus d'un, c'est le fait que Pie XI r&#233;pondit favorablement &#224; ces avances et autorisa un pr&#234;tre &#224; travailler au sein du Bureau. La conjonction des forces d'id&#233;al pour la Justice qui avait commenc&#233; dans la pratique re&#231;ut ainsi une sorte d'approbation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la pr&#233;occupation majeure d'une soci&#233;t&#233; n'est plus d'&#233;viter la guerre mais de construire la paix, les valeurs qui composent la grille de lecture de la th&#233;orie de la juste guerre voient leur importance relative modifi&#233;e. Prenons par exemple les concepts d'ultime recours et d'intention droite dans le &lt;i&gt;jus ad bellum.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la th&#233;orie classique, l'autorit&#233; sup&#233;rieure &#233;tait consid&#233;r&#233;e comme disposant seule de l'usage de la force afin de faire r&#233;gner la justice ; dans la perspective nouvelle, ce qui lui est demand&#233;, c'est de mobiliser les &#233;nergies des peuples vers des objectifs positifs ; son r&#244;le est &#233;largi ; il n'est plus de faire la guerre ou d'imposer la non-guerre mais de construire la paix. La mission des pouvoirs politiques prend une nouvelle signification car, comme le dit encore &lt;i&gt;Gaudium et spes :&lt;/i&gt; il s'agit pour eux &#171; d'&#233;difier un monde qui soit vraiment plus humain pour tous et en tous lieux &#187; (&#167; 77, 1) et dans des conditions difficiles, car &#171; la paix n'est jamais acquise une fois pour toutes ; elle est sans cesse &#224; construire &#187; (&#167; 78, 1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La paix est d&#233;sormais consid&#233;r&#233;e comme une valeur globale ou mieux englobante ; demandant que les autres valeurs sociales soient jug&#233;es en fonction de leur aptitude &#224; en favoriser l'instauration, elle va avoir une influence directe sur l'interpr&#233;tation de la th&#233;orie de la guerre juste. Prenons par exemple l'intention droite. Selon l'interpr&#233;tation traditionnelle, il s'agissait de v&#233;rifier si la cause du conflit &#233;tait bien ce qui &#233;tait affirm&#233; (le plus souvent la r&#233;cup&#233;ration d'un territoire) en dehors de toute autre consid&#233;ration ; d&#233;sormais on se demandera si cette droiture existe vraiment, si les parties au diff&#233;rend &#233;vitent de recourir aux proc&#233;dures que la communaut&#233; internationale a mises au point pour les r&#233;gler (tel fut le cas avec les guerres des Malouines, du Golfe) et si les hostilit&#233;s ne risquent pas de compromettre la formation d'une entente de paix entre les parties adverses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s politiques ne peuvent assumer leurs nouvelles fonctions sans l'appui actif des mouvements sociaux et de l'opinion ; seuls ils peuvent les retenir s'ils sont tent&#233;s de retomber dans les luttes entre nations pour la domination des peuples, des territoires ou des march&#233;s. L'erreur du trait&#233; de Versailles fut de n&#233;gliger le r&#244;le des &#171; forces d'id&#233;al &#187; et de faire confiance &#224; la seule force contraignante d'engagements pris entre hommes politiques ; on parla alors de &#171; pactomanie &#187;. C'est &#224; ce moment que Lord Ponsonby (1871-1946), reprenant la th&#232;se qu'un Quaker avait publi&#233;e en 1806&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;T. Clarkson, Portraitism of Quakerism, 1806.&#034; id=&#034;nh2-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, soutint qu'aucun gouvernement, aussi immoral fut-il, ne pourrait braver la conscience universelle en attaquant un &#201;tat d&#233;sarm&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; par M. Ceadel, Pacifism in Britain 1914-1945. The defining of a faith. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est dans ce contexte que les &#171; forces d'id&#233;al &#187; sont intervenues pour soutenir l'action des gouvernements ; mais elles n'avaient pas encore pris un poids suffisant entre les deux Guerres mondiales pour pouvoir infl&#233;chir les choix des gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Saint-Si&#232;ge n'est pas rest&#233; insensible &#224; cette &#233;volution et s'est appuy&#233; sur ce mouvement de fond que constituent les forces d'id&#233;al dans les soci&#233;t&#233;s contemporaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La coop&#233;ration des mouvements d'inspiration chr&#233;tienne avec ceux d'inspiration humaniste ou socialiste caract&#233;rise la politique actuelle de la Papaut&#233; pour la construction de la paix. Si la paix est une &#339;uvre collective qui implique la participation des peuples et de leur opinion, tous les hommes qui reconnaissent la valeur sup&#233;rieure de cet id&#233;al doivent participer &#224; sa construction. Ce principe modifie la repr&#233;sentation ancienne du r&#244;le des chr&#233;tiens et du Saint-Si&#232;ge dans la vie internationale. Ce dernier s'est trouv&#233; associ&#233; pendant des si&#232;cles avec les pouvoirs en place et la fonction de mentor qui lui avait &#233;t&#233; reconnue envers les princes chr&#233;tiens fit penser qu'il ne pourrait se d&#233;partir de cette position et trouver une place dans la soci&#233;t&#233; moderne devenue d&#233;mocratique et laique. En fait, la Papaut&#233;, d&#233;nu&#233;e de pouvoir temporel, mais puisant son inspiration dans sa vision religieuse du devenir humain, anime un courant humaniste qui d&#233;passe le cercle des croyants. Tous ceux qui l'&#233;coutent n'acceptent pas pour autant ses enseignements religieux mais ils sont sensibles &#224; l'id&#233;al qui na&#238;t de son interpr&#233;tation de la vie humaine. Ainsi en fut-il des discours de guerre de Pie XII et surtout des Encycliques &lt;i&gt;Mater et Magistra &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Pacem in terris &lt;/i&gt;de Jean XXIII, du Concile Vatican II avec ses documents sur la libert&#233; religieuse, les relations avec les religions non-chr&#233;tiennes, l'&#339;cum&#233;nisme et la construction de la paix. Les mouvements sociaux ne doivent pas &#234;tre toujours assimil&#233;s aux id&#233;ologies dont ils se r&#233;clament et attention doit &#234;tre donn&#233;e aux aspects de l'humain qu'ils mettent en &#233;vidence alors que d'autres les n&#233;gligent. Cette constatation fonde la n&#233;cessit&#233; du dialogue, non pas na&#239;f et aveugle, mais lucide, entre les partenaires sociaux des diverses civilisations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le dialogue pour la paix&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il prend un aspect concret et porte sur le renouvellement de l'interpr&#233;tation classique donn&#233;e aux cat&#233;gories de la th&#233;orie de la juste guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si &#171; les guerres sont faites en vue d'instaurer la paix &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contra Faustum XXI 78.&#034; id=&#034;nh2-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, comme l'a &#233;crit saint Augustin, il s'agit de construire celle-ci avant qu'elles n'&#233;clatent en adoptant des mesures permettant &#224; chacun de penser qu'il a re&#231;u ce qui lui revient ou estime lui revenir et que, s'il n'en est pas ainsi, le co&#251;t d'une modification de cet &#233;tat de choses par la force serait d&#233;raisonnable. La paix n'est plus regard&#233;e seulement comme une absence de guerre mais comme une &#339;uvre de justice (action morale) inscrite dans la r&#233;alit&#233; (action juridique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les valeurs f&#233;tiches du monde pr&#233;sent &#233;tant celles de la solidarit&#233; et des droits de l'homme, la collaboration des &#171; forces d'id&#233;al &#187; doit se porter sur ces deux terrains. De fait, l'aide aux populations en d&#233;tresse est susceptible de mobiliser les &#233;nergies de nombreuses associations ; de m&#234;me, la d&#233;nonciation des violations des droits de l'homme est devenue un imp&#233;ratif moral partag&#233; par des hommes de plus en plus nombreux sous quelque r&#233;gime qu'ils vivent, ce qu'attestent les efforts entrepris pour soumettre les relations commerciales internationales aux exigences formul&#233;es par les conventions fondamentales de l'Organisation internationale du Travail&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette D&#233;claration adopt&#233;e en 1998 mentionne comme droits sociaux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il peut sembler que le souci de construire la paix op&#232;re une rupture avec la th&#233;orie de la guerre juste et rel&#232;gue celle-ci parmi les t&#233;moins d'&#233;poques pass&#233;es. Il n'en est rien ; elle demeure la grille de lecture que les hommes sont invit&#233;s &#224; utiliser pour cro&#238;tre en humanit&#233;. Princes, peuples et nations se sont interrog&#233;s durant des si&#232;cles pour se donner des raisons de recourir ou non &#224; la violence au moment o&#249; elle &#233;tait sur le point de se d&#233;cha&#238;ner, ils se demandent aujourd'hui comment &#233;viter d'en arriver &#224; ce point et, pour cela, comment les cat&#233;gories de la th&#233;orie traditionnelle peuvent &#234;tre transform&#233;es en instruments de paix. Le champ de la r&#233;flexion est &#233;largi : il s'agit, en temps de paix, de faire que les politiques suivies respectent les exigences de solidarit&#233; et de promotion des droits de l'homme dont les violations conduisent &#224; la guerre. Partant du principe que toutes les mesures politiques doivent &#234;tre jug&#233;es en fonction de leur aptitude &#224; &#233;tablir et garantir la paix, et qu'elles doivent &#234;tre accept&#233;es seulement dans la mesure o&#249; elles sont de nature &#224; favoriser l'accomplissement de cet objectif fondamental, les diverses cat&#233;gories de la th&#233;orie de la guerre juste offrent une grille de lecture pour la r&#233;alisation de cette nouvelle perspective. Ce noyau d'une &#171; th&#233;ologie de la paix &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R. Coste, Th&#233;ologie de la paix, Cerf, Paris, 1987, p. 452.&#034; id=&#034;nh2-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; doit &#234;tre &#233;labor&#233; avant tout gr&#226;ce au travail commun de th&#233;ologiens, d'hommes politiques et de militaires. Une r&#233;flexion qui s'engagerait dans cette direction pourrait consid&#233;rer les points suivants :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'autorit&#233; comp&#233;tente &lt;/i&gt;avait au Moyen &#194;ge une double composante, politique et religieuse ; on sait qu'apr&#232;s la Renaissance, les &#201;tats se sont attribu&#233; le droit de d&#233;cider seuls de la l&#233;gitimit&#233; du recours &#224; la force. Une perspective nouvelle modifie cette situation. D'une part, la doctrine et l'opinion voient dans les institutions internationales une autorit&#233; politique supranationale, le si&#232;ge de l'ultime recours ; d'autre part, elles attendent d'elles qu'elles jouent un r&#244;le : actif, celui requis par la construction de la paix, &#171; d'&#233;difier un monde qui soit plus humain pour tous et en tous lieux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 77,1.&#034; id=&#034;nh2-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans des conditions difficiles puisque &#171; la paix n'est jamais une chose acquise une fois pour toutes et qu'elle est sans cesse &#224; construire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 78,1.&#034; id=&#034;nh2-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les derniers Papes ont fait des Institutions internationales la cl&#233; de toute solution aux probl&#232;mes de paix ou de guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Paul II a insist&#233; sur le r&#244;le qui est le leur dans l'assistance (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De l&#224; les questions : l'action des gouvernements contribue-t-elle &#224; rendre plus impartiales et efficaces les Institutions internationales ? Leur est-il permis de refuser de leur verser leurs cotisations ou de s'en retirer s'ils ne les jugent pas assez dociles ? Peut-on s'associer aux campagnes d'opinion qui les d&#233;nigrent syst&#233;matiquement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La cause juste &lt;/i&gt;&#233;tait pour la doctrine classique la r&#233;cup&#233;ration d'un territoire, la r&#233;paration d'une offense, la d&#233;fense contre une agression ; seule cette derni&#232;re raison est retenue aujourd'hui, pour autant que les Institutions internationales n'ont pas &#233;t&#233; saisies du diff&#233;rend. La perspective nouvelle insiste sur le fait que l'origine des conflits doit &#234;tre cherch&#233;e dans des causes permanentes qui tiennent &#224; la structure actuelle des relations internationales qui favorisent plus souvent qu'on ne le pense la violation des droits de l'homme et le maintien de situations de pauvret&#233; ; de l&#224; les questions : s'efforce-t-on d'&#233;liminer ce qui provoque les injustices au lieu de se contenter d'en att&#233;nuer les effets ? Quelle importance est accord&#233;e &#224; la r&#233;forme du syst&#232;me international afin de pr&#233;venir la course aux armements, les explosions de r&#233;volte&#8230; et de renforcer la confiance entre les peuples ? Une cause peut-elle &#234;tre jug&#233;e juste si l'on n'a pas eu recours aux juridictions de conciliation, d'arbitrage ou de jugement qui existent et dont la vocation est de trouver une solution &#233;quitable aux revendications profondes des peuples ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'intention droite &lt;/i&gt;&#233;tait reconnue comme telle si la cause invoqu&#233;e &#233;tait effectivement celle qui poussait &#224; entrer en guerre. La paix est regard&#233;e aujourd'hui comme une valeur globale ou englobante, c'est-&#224;-dire demandant de regarder les autres donn&#233;es sociales en fonction de leur aptitude &#224; la renforcer. Une intention pour &#234;tre dite droite, doit reposer sur la conviction que l'action guerri&#232;re projet&#233;e renforcera la coop&#233;ration entre les peuples et les &#201;tats. Il ne s'agit plus d'obtenir une victoire militaire mais de construire une paix durable parce que juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le souci des populations civiles &lt;/i&gt;&#233;tait limit&#233; &#224; leur mise &#224; l'&#233;cart des combats ; il doit devenir dans une culture de paix celui de leur &#171; d&#233;veloppement mat&#233;riel et progr&#232;s spirituel &#187; pour leur permettre de participer organiquement (Paul VI) aux d&#233;cisions qui les concernent. &#171; Le d&#233;veloppement est le nouveau nom de la paix &#187;, mais n'est-ce pas parce que ce fait d'ordre moral est n&#233;glig&#233; qu'on en arrive &#224; tol&#233;rer ce qui rendra plus difficile la marche des peuples vers une &#233;galit&#233; effective comme le maintien d'un embargo alimentaire ou la destruction d'installations qui conduiront &#224; une marginalisation &#233;conomique, sociale et politique des populations les plus pauvres. Il y a l&#224; une forme de guerre totale que condamne &lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gaudium et spes, 80&#034; id=&#034;nh2-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'exigence de proportionnalit&#233; &lt;/i&gt;entre elle aussi dans une culture de paix ; le co&#251;t des armements et des op&#233;rations militaires est devenu tel que les gouvernements et l'opinion doivent consid&#233;rer le recours &#224; la guerre comme inacceptable, d'autant que celle-ci constitue un processus cumulatif qui a son propre dynamisme et tend &#224; &#233;chapper au contr&#244;le de l'homme. Chaque g&#233;n&#233;ration doit trouver devant cette absurdit&#233; le courage d'un sursaut moral qui lui fasse emprunter les voies de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les th&#233;ologiens qui ont &#233;labor&#233; les premiers la th&#233;orie de la juste guerre ont mis en &#233;vidence les param&#232;tres qui s'imposent &#224; la conscience devant une situation de conflit. Il s'agissait hier de limiter le d&#233;clenchement des hostilit&#233;s en s'adressant &#224; la conscience des responsables civils et militaires. Aujourd'hui, il est demand&#233; &#224; tous de construire la paix. De plus, &#224; la d&#233;fense des seuls int&#233;r&#234;ts nationaux est venue se substituer l'obligation de soumettre ceux-ci aux int&#233;r&#234;ts globaux de l'humanit&#233; ; ceux-ci ont pr&#233;sentement pour nom un d&#233;veloppement solidaire dans le respect de tous et de chacun. Il y a donc un fil conducteur de la th&#233;orie de la guerre juste &#224; la construction de la paix. Un m&#234;me souci d'&#233;duquer les individus &#224; faire r&#233;gner le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P&#232;re Joseph Joblin, sj&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte original d'une conf&#233;rence prononc&#233;e au Centre Saint-Louis des-francais &#224; Rome, lors des journ&#233;es d'&#233;tude &#171; Dieu entre la paix et la guerre &#187;, les 15 et 16 avril. Texte paru dans La Documentation Catholique n&#176; 2206 du 20 juin 1999&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Partie XIII, &lt;i&gt;Pr&#233;ambule&lt;/i&gt; de la constitution de l'Organisation Internationale du Travail.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Charte des Nations Unies, &lt;i&gt;Pr&#233;ambule&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Centesimus annus&lt;/i&gt;, 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul II, &lt;i&gt;Discours aux travailleurs de Civita Vecchia&lt;/i&gt;, 19 mars 1987 in l'&lt;i&gt;Osservatore Romano&lt;/i&gt;, 20 mars 1987.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Fessard, &lt;i&gt;Paix ou Guerre 7.Monde nouveau&lt;/i&gt;, Paris, 1951, p. 110.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;De Officiis&lt;/i&gt; I, 29.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la guerre&lt;/i&gt;, Paris, D.D.B., 1988, p. 89.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Losada, &lt;i&gt;Fray Bartolom&#232; de las Casas a la luz de la moderna historica&lt;/i&gt;, Tecnos, Madrid, 1970, pp. 244-288.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;In A. Losada, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 245.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette dispute tourna autour des quatre arguments suivants : les indiens sont-ils esclaves par nature ? Peut-on tol&#233;rer leur religion qui est fausse ? Doit-on porter assistance aux victimes innocentes des sacrifices humains ? Peut-on faire la guerre pour propager la foi ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Nous devons nous rappeler que c'est une partie de notre devoir que le monde re&#231;oive notre empreinte et non celle d'un autre peuple &#187; D&#233;claration de Lord Roseberry, secr&#233;taire au Foreign Office rapport&#233;e par G. Hanotacex, &lt;i&gt;Fachoda et le partage de l'Afrique&lt;/i&gt;, p. 81.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;claration de la Commission mixte catholique-luth&#233;rienne 1983 in &lt;i&gt;DC&lt;/i&gt;, 1983, p. 694-697, &#167; 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. H.J. Benedikt, &lt;i&gt;Der neue Protestantismus&lt;/i&gt;, Koln 1971 ; D.E. Bigham, &#171; War as an obligation in the thought of American Christians 1898-1920 &#187; in &lt;i&gt;Peace and Change&lt;/i&gt; (Kent) Winter 1991, p. 45-57 ; J. Joblin, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la guerre&lt;/i&gt;, DDB, Paris, 1987, p. 167 169.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;S. Courtois, &lt;i&gt;Le livre noir du communisme&lt;/i&gt;, Paris, 1997, p. 848, estime &#224; environ 100 millions de morts les victimes du communisme (p. 14).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sermon du P&#232;re Sertillanges in J.Joblin, &lt;i&gt;L'&#201;glise et la guerre&lt;/i&gt;, op. cit., p. 238 ; de m&#234;me p. 229.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 78. 1&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pie XII, &lt;i&gt;Message de No&#235;l 1943&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;L'evoluzione storica dei movimenti della pace in Civil t&#224; Cattolica&lt;/i&gt;, 1984, II, p. 336-349.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Parelli, &lt;i&gt;Saggio teoretico di diritto naturale appogiato sulfatto&lt;/i&gt;, 4 vol., Palermo 1844, IV VI I &#167; 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Propos rapport&#233; par &lt;i&gt;Origins&lt;/i&gt; 1991/38 du 28 f&#233;vrier 1991, p. 625, par lequel le Pape lie paix et Justice : &#171; Peace is always the work of justice &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pie XII, &lt;i&gt;Discours au congr&#232;s international de droit p&#233;nal&lt;/i&gt;, 3 octobre 1953.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;La difficile ratification de la convention de 1864&lt;/i&gt; in &lt;i&gt;Archivum Histori&#230; Pontificiae&lt;/i&gt; 1993/31 p.249.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Eppstein, &lt;i&gt;The Catholic Tradition of the Law of Nations Burnes&lt;/i&gt;, London 1935, p. 174 et 473.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pie XII, &lt;i&gt;Radio Message&lt;/i&gt; du 24 ao&#251;t 1939.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joblin, &lt;i&gt;Essere Chiesa nella societ&#224; pluralista in Civilt&#224; Cattolica&lt;/i&gt; 1979, III p. 345-357.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;T. Clarkson, &lt;i&gt;Portraitism of Quakerism&lt;/i&gt;, 1806.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; par M. Ceadel, &lt;i&gt;Pacifism in Britain 1914-1945. The defining of a faith&lt;/i&gt;. Clarendon Press Oxford 1980, p. 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Contra Faustum&lt;/i&gt; XXI 78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cette D&#233;claration adopt&#233;e en 1998 mentionne comme droits sociaux fondamentaux la libert&#233; syndicale, l'interdiction du travail forc&#233; et du travail des enfants ainsi que la non discrimination en mati&#232;re d'emploi et de profession.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;R. Coste, &lt;i&gt;Th&#233;ologie de la paix&lt;/i&gt;, Cerf, Paris, 1987, p. 452.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 77,1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 78,1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Paul II a insist&#233; sur le r&#244;le qui est le leur dans l'assistance humanitaire. Cf. &lt;i&gt;Discours au Corps diplomatigue&lt;/i&gt; 16 janvier 1993 ; J. Joblin, &#171; L'ing&#233;rence des &#201;tats en temps de guerre &#187; in &lt;i&gt;Greogorianum&lt;/i&gt;, 76/1 (1995) p. 95-123.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Gaudium et spes&lt;/i&gt;, 80&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La paix, terme n&#233;cessaire o&#249; aspirent tous les &#234;tres.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-paix-terme-necessaire-ou-aspirent-tous-les-etres</link>
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		<dc:subject>guerre</dc:subject>
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		<dc:subject>paix</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; CHAPITRE XI. &lt;br class='autobr' /&gt; DU BONHEUR DE LA PAIX &#201;TERNELLE, FIN SUPR&#202;ME ET V&#201;RITABLE PERFECTION DES SAINTS. &lt;br class='autobr' /&gt;
Nous pouvons dire de la paix ce que nous avons dit de la vie &#233;ternelle, qu'elle est la fin de nos biens, d'autant mieux que le Proph&#232;te, parlant de la Cit&#233; de Dieu, sujet de ce laborieux ouvrage, s'exprime ainsi : &#171; J&#233;rusalem, louez le Seigneur ; Sion, louez votre Dieu ; car il a consolid&#233; les verrous de vos portes ; il a b&#233;ni vos enfants en vous, et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-guerre-+" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-finalite-+" rel="tag"&gt;finalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-paix-+" rel="tag"&gt;paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE XI.&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;DU BONHEUR DE LA PAIX &#201;TERNELLE, FIN SUPR&#202;ME ET V&#201;RITABLE PERFECTION DES SAINTS.&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons dire de la paix ce que nous avons dit de la vie &#233;ternelle, qu'elle est la fin de nos biens, d'autant mieux que le Proph&#232;te, parlant de la Cit&#233; de Dieu, sujet de ce laborieux ouvrage, s'exprime ainsi : &#171; J&#233;rusalem, louez le Seigneur ; Sion, louez votre Dieu ; car il a consolid&#233; les verrous de vos portes ; il a b&#233;ni vos enfants en vous, et c'est lui qui a &#233;tabli la paix comme votre fin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ps. CXLVII, 12.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. En effet, quand seront consolid&#233;s les verrous des portes de Sion, nul n'y entrera, ni n'en sortira plus ; et ainsi, par cette fin dont parle le psaume, il faut entendre cette paix finale que nous cherchons ici &#224; d&#233;finir. Le nom m&#234;me de la Cit&#233; sainte, c'est-&#224;-dire J&#233;rusalem, est un nom myst&#233;rieux qui signifie &lt;i&gt;vision de paix&lt;/i&gt;. Mais, comme on se sert aussi du nom de paix dans les choses de cette vie p&#233;rissable, nous avons mieux aim&#233; appeler vie &#233;ternelle la fin o&#249; la Cit&#233; de Dieu doit trouver son souverain bien. C'est de cette fin que l'Ap&#244;tre dit : &#171; Et maintenant, affranchis du p&#233;ch&#233; et devenus les esclaves de Dieu, vous avez pour fruit votre sanctification, et pour fin la vie &#233;ternelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Rom. VI, 22.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. D'un autre c&#244;t&#233;, ceux qui ne sont pas vers&#233;s dans l'&#201;criture sainte, pouvant aussi entendre par la vie &#233;ternelle celle des m&#233;chants, soit parce que l'&#226;me humaine est immortelle, ainsi que l'ont reconnu quelques philosophes, soit parce que les m&#233;chants ne pourraient pas subir les tourments &#233;ternels que la foi nous enseigne, s'ils ne vivaient &#233;ternellement, il vaut mieux appeler la fin derni&#232;re o&#249; la Cit&#233; de Dieu go&#251;tera son souverain bien : la paix dans la vie &#233;ternelle, ou la vie &#233;ternelle dans la paix. Aussi bien qu'y a-t-il de meilleur que la paix, m&#234;me dans les choses mortelles et passag&#232;res ? Quoi de plus agr&#233;able &#224; entendre, de plus souhaitable &#224; d&#233;sirer, de plus pr&#233;cieux &#224; conqu&#233;rir ? Il ne sera donc pas, ce me semble, hors de propos d'en dire ici quelque chose &#224; l'occasion de la paix souveraine et d&#233;finitive. C'est un bien si doux que la paix, et si cher &#224; tout le monde, que ce que j'en dirai ne sera d&#233;sagr&#233;able &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE XII.&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;QUE LES AGITATIONS DES HOMMES ET LA GUERRE ELLE-M&#202;ME TENDENT A LA PAIX, TERME N&#201;CESSAIRE OU ASPIRENT TOUS LES &#202;TRES.&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quiconque observera d'un oeil attentif les affaires humaines et la nature des choses reconna&#238;tra que, s'il n'y a personne qui ne veuille &#233;prouver de la joie, il n'y a non plus personne qui ne veuille go&#251;ter la paix. En effet, ceux m&#234;mes qui font la guerre ne la font que pour vaincre, et par cons&#233;quent pour parvenir glorieusement &#224; la paix. Qu'est-ce que la victoire ? c'est la soumission des rebelles, c'est-&#224;-dire la paix. Les guerres sont donc toujours faites en vue de la paix, m&#234;me par ceux qui prennent plaisir &#224; exercer leur vertu guerri&#232;re dans les combats ; d'o&#249; il faut conclure que le v&#233;ritable but de la guerre, c'est la paix, l'homme qui fait la guerre cherchant la paix, et nul ne faisant la paix pour avoir la guerre. Ceux m&#234;mes qui rompent la paix &#224; dessein n'agissent point ainsi par haine pour cette paix, mais pour en obtenir une meilleure. Leur volont&#233; n'est pas qu'il n'y ait point de paix, mais qu'il y ait une paix selon leur volont&#233;. Et s'ils viennent &#224; se s&#233;parer des autres par une r&#233;volte, ils ne sauraient venir &#224; bout de leurs desseins qu'&#224; condition d'entretenir avec leurs complices une esp&#232;ce de paix. De l&#224; vient que les voleurs m&#234;mes conservent la paix entre eux, afin de la pouvoir troubler plus impun&#233;ment chez les autres. Que s'il se trouve quelque malfaiteur si puissant et si ennemi de toute soci&#233;t&#233; qu'il ne s'unisse avec personne et qu'il ex&#233;cute seul ses meurtres et ses brigandages, pour le moins conserve-t-il toujours quelque ombre de paix avec ceux qu'il ne peut tuer et &#224; qui il veut cacher ce qu'il fait. Dans sa maison, il a soin de vivre en paix avec sa femme, avec ses enfants et avec ses domestiques, parce qu'il d&#233;sire en &#234;tre ob&#233;i. Rencontre-t-il une r&#233;sistance, il s'emporte, il r&#233;prime, il ch&#226;tie, et, s'il le faut, il a recours &#224; la cruaut&#233; pour maintenir la paix dans sa maison, sachant bien qu'elle n'est possible qu'avec un chef &#224; qui tous les membres de la soci&#233;t&#233; domestique soient assujettis. Si donc une ville ou tout un peuple voulait se soumettre &#224; lui de la m&#234;me fa&#231;on qu'il d&#233;sire que ceux de sa maison lui soient soumis, il ne se cacherait plus dans une caverne comme un brigand ; il monterait sur le tr&#244;ne comme un roi. Chacun souhaite donc d'avoir la paix avec ceux qu'il veut gouverner &#224; son gr&#233;, et quand un homme fait la guerre &#224; des hommes, c'est pour les rendre siens, en quelque sorte, et leur dicter ses conditions de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons un homme comme celui de la fable et des po&#232;tes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La suite du passage fait voir qu'il s'agit ici de la fable de Cacas, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , farouche et sauvage au point de n'avoir aucun commerce avec personne. Pour royaume, il n'avait qu'un antre d&#233;sert et affreux ; et il &#233;tait si m&#233;chant qu'on l'avait appel&#233; Cacus, nom qui exprime la m&#233;chancet&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Kakos, m&#233;chant&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Pr&#232;s de lui, point de femme, pour &#233;changer des paroles affectueuses ; point d'enfants dont il p&#251;t partager les jeux dans leur jeune &#226;ge et guider plus tard l'adolescence ; point d'amis enfin avec qui s'entretenir, car il n'avait pas m&#234;me pour ami Vulcain, son p&#232;re : plus heureux du moins que ce dieu, en ce qu'il n'engendra point &#224; son tour un monstre semblable &#224; lui-m&#234;me. Loin de rien donner &#224; personne, il enlevait aux autres tout ce qu'il pouvait ; et cependant, au fond de cette caverne, toujours tremp&#233;e, comme dit le po&#235;te&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Virgile, En&#233;ide, livre VIII, v. 195, 196&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , de quelque massacre r&#233;cent, que voulait-il ? poss&#233;der la paix, go&#251;ter un repos que nulle crainte et nulle violence ne pussent troubler. Il voulait enfin avoir la paix avec son corps, et ne go&#251;tait de bonheur qu'autant qu'il jouissait de cette paix. Il commandait &#224; ses membres, et ils lui ob&#233;issaient ; mais afin d'apaiser cette guerre intestine que lui faisait la faim, et d'emp&#234;cher qu'elle chass&#226;t son &#226;me de son corps, il ravissait, tuait, d&#233;vorait, ne d&#233;ployant cette cruaut&#233; barbare que pour maintenir la paix entre les deux parties dont il &#233;tait compos&#233; ; de sorte que, s'il e&#251;t voulu entretenir avec les autres la paix qu'il t&#226;chait de se procurer &#224; lui-m&#234;me dans sa caverne, on ne l'e&#251;t appel&#233; ni m&#233;chant ni monstre. Que si l'&#233;trange figure de son corps et les flammes qu'il vomissait par la bouche l'emp&#234;chaient d'avoir commerce avec les hommes, peut-&#234;tre &#233;tait-il f&#233;roce &#224; ce point, beaucoup moins par le d&#233;sir de faire du mal que par la n&#233;cessit&#233; de vivre. Mais disons plut&#244;t qu'un tel homme n'a jamais exist&#233; que dans l'imagination des po&#232;tes, qui ne l'ont d&#233;peint de la sorte qu'afin de relever &#224; ses d&#233;pens la gloire d'Hercule. En effet, les animaux m&#234;mes les plus sauvages s'accouplent et ont des petits qu'ils nourrissent et qu'ils &#233;l&#232;vent ; et je ne parle pas ici des brebis, des cerfs, des colombes, des &#233;tourneaux, des abeilles, mais des lions, des renards, des vautours, des hiboux. Un tigre devient doux pour ses petits et les caresse. tin milan, quelque solitaire et carnassier qu'il soit, cherche une femelle, fait son nid, couve ses oeufs, nourrit ses petits, et se maintient en paix dans sa maison avec sa compagne comme avec une sorte de m&#232;re de famille. Combien donc l'homme est-il port&#233; plus encore par les lois de sa nature &#224; entrer en soci&#233;t&#233; avec les autres hommes et &#224; vivre en paix avec eux ! C'est au point que les m&#233;chants m&#234;mes combattent pour maintenir la paix des personnes qui leur appartiennent, et voudraient, s'il &#233;tait possible, que tous les hommes leur fussent soumis, afin que tout ob&#233;&#238;t &#224; un seul et f&#251;t en paix avec lui, soit par crainte, soit par amour. C'est ainsi que l'orgueil, dans sa perversit&#233;, cherche &#224; imiter Dieu. Il ne veut point avoir de compagnons sous lui, mais il veut &#234;tre ma&#238;tre au lieu de lui. Il hait donc la juste paix de Dieu, et il aime la sienne, qui est injuste ; car il faut qu'il en aime une, quelle qu'elle soit, n'y ayant point de vice tellement contraire &#224; la nature qu'il n'en laisse subsister quelques vestiges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui donc qui sait pr&#233;f&#233;rer la droiture &#224; la perversit&#233;, et ce qui est selon l'ordre &#224; ce qui est contre l'ordre, reconna&#238;t que la paix des m&#233;chants m&#233;rite &#224; peine ce nom en comparaison de celle des gens de bien. Et cependant il faut de toute n&#233;cessit&#233; que ce qui est contre l'ordre entretienne la paix &#224; quelques &#233;gards avec quelqu'une des parties dont il est compos&#233; ; autrement il cesserait d'&#234;tre. Supposons un homme suspendu par les pieds, la t&#234;te en bas, voil&#224; l'ordre et la situation de ses membres renvers&#233;s, ce qui doit &#234;tre naturellement au dessus &#233;tant au dessous. Ce d&#233;sordre trouble donc la paix du corps, et c'est en cela qu'il est p&#233;nible. Toutefois, l'&#226;me ne cesse pas d'&#234;tre en paix avec son corps et de travailler &#224; sa conservation, sans quoi il n'y aurait ni douleur, ni patient qui la ressent&#238;t. Que si l'&#226;me, succombant sous les maux que le corps endure, vient &#224; s'en s&#233;parer, tant que l'union des membres subsiste, il y a toujours quelque sorte de paix entre eux ; ce qui fait qu'on peut encore dire : Voil&#224; un homme qui est pendu. Pourquoi le corps du patient tend-il vers la terre et se d&#233;bat-il contre le lien qui l'encha&#238;ne ? C'est qu'il veut jouir de la paix qui lui est propre. Son poids est comme la voix par laquelle il demande qu'on le mette en un lieu de repos, et, quoique priv&#233; d'&#226;me et de sentiment, il ne s'&#233;loigne pourtant pas de la paix convenable &#224; sa nature, soit qu'il la poss&#232;de, soit qu'il y tende. Si on l'embaume pour l'emp&#234;cher de se dissoudre, il y a encore une sorte de paix entre ses parties, qui les tient unies les unes aux autres, et qui fait que le corps tout entier demeure dans un &#233;tait convenable, c'est-&#224;-dire dans un &#233;tat paisible. Si on ne l'embaume point, il s'&#233;tablit un combat des vapeurs contraires qui sont en lui et qui blessent nos sens, ce qui produit la putr&#233;faction, jusqu'&#224; ce qu'il soit d'accord avec les &#233;l&#233;ments qui l'environnent, et qu'il retourne pi&#232;ce &#224; pi&#232;ce dans chacun d'eux. Au milieu de ces transformations, dominent toujours les lois du souverain Cr&#233;ateur, qui maintient l'ordre et la paix de l'univers ; car, bien que plusieurs petits animaux soient engendr&#233;s du cadavre d'un animal plus grand, chacun d'eux, par la loi du m&#234;me Cr&#233;ateur, a soin d'entretenir avec soi-m&#234;me la paix n&#233;cessaire &#224; sa conservation. Et quand le corps mort d'un animal serait d&#233;vor&#233; par d'autres, il rencontrerait toujours ces m&#234;mes lois partout r&#233;pandues, qui savent unir chaque chose &#224; celle qui lui est assortie, quelque d&#233;sunion et quelque changement qu'elle ait pu souffrir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CHAPITRE XIII.&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;LA PAIX UNIVERSELLE, FOND&#201;E SUR LES LOIS DE LA NATURE, NE PEUT &#202;TRE D&#201;TRUITE PAR LES PLUS VIOLENTES PASSIONS, LE JUGE &#201;QUITABLE ET SOUVERAIN FAISANT PARVENIR CHACUN A LA CONDITION QU'IL A M&#201;RIT&#201;E.&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la paix du corps r&#233;side dans le juste temp&#233;rament de ses parties, et celle de l'&#226;me sensible dans le calme r&#233;gulier de ses app&#233;tits satisfaits. La paix de, l'&#226;me raisonnable, c'est en elle le parfait accord de la connaissance et de l'action ; et celle du corps et de l'&#226;me, c'est la vie bien ordonn&#233;e et la sant&#233; de l'animal. La paix entre l'homme mortel et Dieu est une ob&#233;issance r&#233;gl&#233;e par la foi et soumise &#224; la loi &#233;ternelle ; celle des hommes entre eux, une concorde raisonnable. La paix d'une maison, c'est une juste correspondance entre ceux (436) qui y commandent et ceux qui y ob&#233;issent. La paix d'une cit&#233;, c'est la m&#234;me correspondance entre ses membres. La paix de la Cit&#233; c&#233;leste consiste dans une union tr&#232;s-r&#233;gl&#233;e et tr&#232;s-parfaite pour jouir de Dieu, et du prochain en Dieu ; et celle de toutes choses, c'est un ordre tranquille. L'ordre est ce qui assigne aux choses diff&#233;rentes la place qui leur convient. Ainsi, bien que les malheureux, en tant que tels, ne soient point en paix, n'&#233;tant point dans cet ordre tranquille que rien ne trouble, toutefois, comme ils sont justement malheureux, ils ne peuvent pas &#234;tre tout &#224; fait hors de l'ordre. A la v&#233;rit&#233;, ils ne sont pas avec les bienheureux ; mais au moins c'est la loi de l'ordre qui les en s&#233;pare. Ils sont troubl&#233;s et inqui&#233;t&#233;s, et toutefois ils ne laissent pas d'avoir quelque convenance avec leur &#233;tat. ils ont d&#232;s lors quelque ombre de tranquillit&#233; dans leur ordre ; ils ont donc aussi quelque paix. Mais ils sont malheureux, parce qu'encore qu'ils soient dans le lieu o&#249; ils doivent &#234;tre, ils ne sont pas dans le lieu o&#249; ils n'auraient rien &#224; souffrir : moins malheureux toutefois encore que s'ils n'avaient point de convenance avec le lieu o&#249; ils sont. Or, quand ils souffrent, la paix est troubl&#233;e &#224; cet &#233;gard ; mais elle subsiste dans leur nature, que la douleur ne peut consumer ni d&#233;truire, et &#224; cet autre &#233;gard, ils sont en paix. De m&#234;me qu'il y a quelque vie sans douleur, et qu'il ne peut y avoir de douleur sans quelque vie ; ainsi il y a quelque paix sans guerre, mais il ne peut y avoir de guerre sans quelque paix, puisque la guerre suppose toujours quelque nature qui l'entretienne, et qu'une nature ne saurait subsister sans quelque sorte de paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi il existe une Nature souveraine o&#249; il ne se trouve point de mal et o&#249; il ne peut m&#234;me s'en trouver ; mais il ne saurait exister de nature o&#249; ne se trouve aucun bien. Voil&#224; pourquoi la nature du diable m&#234;me n'est pas mauvaise en tant que nature ; la seule malice la rend telle. C'est pour cela qu'il n'est pas demeur&#233; dans la v&#233;rit&#233; ; mais il n'a pu se soustraire au jugement de la v&#233;rit&#233;. Il n'est pas demeur&#233; dans un ordre tranquille ; mais il n'a pas toutefois &#233;vit&#233; la puissance du souverain ordonnateur. La bont&#233; de Dieu, qui a fait sa nature, ne le met pas &#224; couvert de la justice de Dieu, qui conserve l'ordre en le punissant, et Dieu ne punit pas en lui ce qu'il a cr&#233;&#233;, mais le mal que sa cr&#233;ature a commis. Dieu ne lui &#244;te pas tout ce qu'il a donn&#233; &#224; sa nature, mais seulement quelque chose, lui laissant le reste, afin qu'il subsiste toujours pour souffrir de ce qu'il a perdu. La douleur m&#234;me qu'il ressent est un t&#233;moignage du bien qu'on lui a &#244;t&#233; et de celui qu'on lui a laiss&#233;, puisque, s'il ne lui &#233;tait encore demeur&#233; quelque bien, il ne pourrait pas s'affliger de celui qu'il a perdu. Car le p&#233;cheur est encore pire, s'il se r&#233;jouit de la perte qu'il fait de l'&#233;quit&#233; ; mais le damn&#233;, s'il ne retire aucun bien de ses tourments, au moins s'afflige-t-il de la perte de son salut. Comme l'&#233;quit&#233; et le salut sont deux biens, et qu'il faut plut&#244;t s'affliger que se r&#233;jouir de la perte d'un bien, &#224; moins que cette perte ne soit compens&#233;e d'ailleurs, les m&#233;chants ont sans doute plus de raison de s'affliger de leurs supplices qu'ils n'en ont eu de se r&#233;jouir de leurs crimes. De m&#234;me que se r&#233;jouir, lorsqu'on p&#232;che, est une preuve que la volont&#233; est mauvaise ; s'affliger, lorsqu'on souffre, est aussi une preuve que la nature est bonne. Aussi bien celui qui s'afflige d'avoir perdu la paix de sa nature ne s'afflige que par certains restes de paix qui font qu'il aime sa nature. Or, c'est tr&#232;s-justement que dans le dernier supplice les m&#233;chants d&#233;plorent, au milieu de leurs tortures, la perte qu'ils ont faite des biens naturels, et qu'ils sentent que celui qui les leur &#244;te est ce Dieu tr&#232;s-juste envers qui ils ont &#233;t&#233; ingrats. Dieu donc, qui a cr&#233;&#233; toutes les natures avec une sagesse admirable, qui les ordonne avec une souveraine justice et qui a plac&#233; l'homme sur la terre pour en &#234;tre le plus bel ornement, nous a donn&#233; certains biens convenables &#224; cette vie, c'est-&#224;-dire la paix temporelle, dans la mesure o&#249; on peut l'avoir ici-bas, tant avec soi-m&#234;me- qu'avec les autres, et toutes les choses n&#233;cessaires peur la conserver ou pour la recouvrer, comme la lumi&#232;re, l'air, l'eau, et tout ce qui sert &#224; nourrir, &#224; couvrir, &#224; gu&#233;rir ou &#224; parer le corps, mais sous cette condition tr&#232;s-&#233;quitable, que ceux qui feront bon usage de ces biens en recevront de plus grands et de meilleurs, c'est-&#224;-dire une paix immortelle accompagn&#233;e d'une gloire sans fin et de la-jouissance de Dieu et du prochain en Dieu, tandis que ceux qui en feront mauvais usage perdront m&#234;me ces biens inf&#233;rieurs et n'auront pas les autres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ps. CXLVII, 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Rom. VI, 22.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La suite du passage fait voir qu'il s'agit ici de la fable de Cacas, racont&#233;e par Virgile, &#224; qui saint Augustin emprunte plus d'une expression.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Kakos&lt;/i&gt;, m&#233;chant&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Virgile, &lt;i&gt;En&#233;ide&lt;/i&gt;, livre VIII, v. 195, 196&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Saint Augustin, &lt;strong&gt;La Cit&#233; de Dieu&lt;/strong&gt;, Livre XIX, chap. 11-13&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>La guerre</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-guerre</link>
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		<dc:date>2003-08-04T09:39:36Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thomas d'Aquin</dc:creator>


		<dc:subject>guerre</dc:subject>
		<dc:subject>paix</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; 1. Y a-t-il une guerre qui soit licite ? - 2. Est-il permis aux clercs de combattre ? - 3. Est-il permis, &#224; la guerre, d'employer la ruse ? - 4. Est-il permis de guerroyer les jours de f&#234;tes ? &lt;br class='autobr' /&gt; ARTICLE 1 : Y a-t-il une guerre qui soit licite ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Objections : 1. Il semble que faire la guerre soit toujours un p&#233;ch&#233;. Car on n'inflige de ch&#226;timent que pour un p&#233;ch&#233;. Or, le Seigneur, en S. Matthieu (26, 52), notifie un ch&#226;timent pour ceux qui font (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Thomas-d-Aquin-" rel="directory"&gt;Thomas d'Aquin&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-guerre-+" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-paix-+" rel="tag"&gt;paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. Y a-t-il une guerre qui soit licite ? - 2. Est-il permis aux clercs de combattre ? - 3. Est-il permis, &#224; la guerre, d'employer la ruse ? - 4. Est-il permis de guerroyer les jours de f&#234;tes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 1 :&lt;/strong&gt; Y a-t-il une guerre qui soit licite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble que faire la guerre soit toujours un p&#233;ch&#233;. Car on n'inflige de ch&#226;timent que pour un p&#233;ch&#233;. Or, le Seigneur, en S. Matthieu (26, 52), notifie un ch&#226;timent pour ceux qui font la guerre : &#034; Tous ceux qui prennent l'&#233;p&#233;e p&#233;riront par l'&#233;p&#233;e. &#034; La guerre est donc toujours illicite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Tout ce qui est contraire &#224; un pr&#233;cepte divin est p&#233;ch&#233;. Or, faire la guerre est contraire &#224; un pr&#233;cepte divin. Il est dit en S. Matthieu (5, 39) : &#034; Et moi, je vous dis de ne pas tenir t&#234;te au m&#233;chant &#034;, et dans l'&#233;p&#238;tre aux Romains (12, 19) : &#034; Ne vous faites pas justice vous-m&#234;mes, mes bien-aim&#233;s ; laissez agir la col&#232;re de Dieu. &#034; C'est donc toujours un p&#233;ch&#233; de faire la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il n'y a que le p&#233;ch&#233; qui soit contraire &#224; un acte de vertu. Or la guerre est contraire &#224; la paix. La guerre est donc toujours un p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Tout entra&#238;nement en vue d'une activit&#233; licite est lui-m&#234;me licite ; c'est le cas pour les exercices intellectuels. Mais les exercices guerriers comme les tournois sont prohib&#233;s par l'&#201;glise, et ceux qui meurent dans des exercices de ce genre, priv&#233;s de la s&#233;pulture eccl&#233;siastique. La guerre semble donc &#234;tre absolument un p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, S. Augustin &#233;crit : &#034; Si la morale chr&#233;tienne jugeait que la guerre est toujours coupable, lorsque dans l'&#201;vangile, des soldats demandent un conseil pour leur salut, on aurait d&#251; leur r&#233;pondre de jeter les armes et d'abandonner compl&#232;tement l'arm&#233;e. Or, on leur dit (Lc 3, 14) : &#034;Ne brutalisez personne, contentez-vous de votre solde.&#034; Leur prescrire de se contenter de leur solde ne leur interdit pas de combattre. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Pour qu'une guerre soit juste, trois conditions sont requises : 1&#176; L'autorit&#233; du prince, sur l'ordre de qui on doit faire la guerre. Il n'est pas du ressort d'une personne priv&#233;e d'engager une guerre, car elle peut faire valoir son droit au tribunal de son sup&#233;rieur ; parce qu'aussi le fait de convoquer la multitude, n&#233;cessaire pour la guerre, n'appartient pas &#224; une personne priv&#233;e. Puisque le soin des affaires publiques a &#233;t&#233; confi&#233; aux princes, c'est &#224; eux qu'il appartient de veiller au bien public de la cit&#233;, du royaume ou de la province soumis &#224; leur autorit&#233;. De m&#234;me qu'ils le d&#233;fendent licitement par le glaive contre les perturbateurs du dedans quand ils punissent les malfaiteurs, selon cette parole de l'Ap&#244;tre (Rm 13, 4) : &#034; Ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive ; il est ministre de Dieu pour faire justice et ch&#226;tier celui qui fait le mal &#034; ; de m&#234;me aussi il leur appartient de d&#233;fendre le bien public par le glaive de la guerre contre les ennemis du dehors. C'est pour cela qu'il est dit aux princes dans le Psaume (82, 4) : &#034; Soutenez le pauvre, et d&#233;livrez le malheureux de la main des p&#233;cheurs &#034;. et que S. Augustin &#233;crit : &#034; L'ordre naturel, appliqu&#233; &#224; la paix des mortels, demande que l'autorit&#233; et le conseil pour engager la guerre appartiennent aux princes. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Une cause juste : il est requis que l'on attaque l'ennemi en raison de quelque faute. C'est pour cela que S. Augustin &#233;crit : &#034; On a coutume de d&#233;finir guerres justes celles qui punissent des injustices quand il y a lieu, par exemple de ch&#226;tier un peuple ou une cit&#233; qui a n&#233;glig&#233; de punir un tort commis par les siens, ou de restituer ce qui a &#233;t&#233; enlev&#233; par violence. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3&#176; Une intention droite chez ceux qui font la guerre : on doit se proposer de promouvoir le bien ou d'&#233;viter le mal. C'est pour cela que S. Augustin &#233;crit : &#034; Chez les vrais adorateurs de Dieu les guerres m&#234;mes sont pacifiques, car elles ne sont pas faites par cupidit&#233; ou par cruaut&#233;, mais dans un souci de paix, pour r&#233;primer les m&#233;chants et secourir les bons. &#034; En effet, m&#234;me si l'autorit&#233; de celui qui d&#233;clare la guerre est l&#233;gitime et sa cause juste, il arrive n&#233;anmoins que la guerre soit rendue illicite par le fait d'une intention mauvaise. S. Augustin &#233;crit en effet : &#034; Le d&#233;sir de nuire, la cruaut&#233; dans la vengeance, la violence et l'inflexibilit&#233; de l'esprit, la sauvagerie dans le combat, la passion de dominer et autres choses semblables, voil&#224; ce qui dans les guerres est jug&#233; coupable par le droit. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. D'apr&#232;s S. Augustin : &#034; Celui-l&#224; prend l'&#233;p&#233;e qui, sans autorit&#233; sup&#233;rieure ou l&#233;gitime qui le commande ou le permette, s'arme pour verser le sang. &#034; Mais celui qui, par l'autorit&#233; du prince ou du juge s'il est une personne priv&#233;e, ou s'il est une personne publique par z&#232;le de la justice, et comme par l'autorit&#233; de Dieu, se sert de l'&#233;p&#233;e, celui-l&#224; ne prend pas lui-m&#234;me l'&#233;p&#233;e, mais se sert de l'&#233;p&#233;e qu'un autre lui a confi&#233;e. Il n'encourt donc pas de ch&#226;timent. Cependant, ceux qui se servent de l'&#233;p&#233;e en commettant un p&#233;ch&#233; ne tombent pas toujours sous l'&#233;p&#233;e. Mais ils p&#233;rissent toujours par leur propre &#233;p&#233;e ; car ils sont &#233;ternellement punis pour avoir p&#233;ch&#233; par l'&#233;p&#233;e, sauf s'ils se repentent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ces sortes de pr&#233;ceptes, selon S. Augustin, doivent toujours &#234;tre observ&#233;s &#224; titre de disposition int&#233;rieure, c'est-&#224;-dire qu'on doit toujours &#234;tre pr&#234;t &#224; ne pas r&#233;sister ou &#224; ne pas se d&#233;fendre alors qu'il le faudrait. Mais parfois il faut agir autrement, pour le bien commun, et m&#234;me pour le bien de ceux que l'on combat. C'est pour cela que S. Augustin &#233;crit : &#034; Il faut agir fortement m&#234;me avec ceux qui s'y refusent, afin de les plier par une certaine duret&#233; bienveillante. Car celui que l'on prive du pouvoir de mai faire subit une d&#233;faite profitable. Rien n'est plus malheureux, en effet, que l'heureux succ&#232;s des p&#233;cheurs, car l'impunit&#233; qui est leur peine s'en trouve nourrie, et leur mauvaise volont&#233;, qui est leur ennemi int&#233;rieur, s'en trouve fortifi&#233;e &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Ceux qui font des guerres justes recherchent la paix. Et par suite, ils ne s'opposent pas &#224; la paix, sinon &#224; la paix mauvaise que le Seigneur &#034; n'est pas venu apporter sur la terre &#034;, selon S. Matthieu (10, 34). C'est pour cela que S. Augustin &#233;crit : &#034; On ne cherche pas la paix pour faire la guerre, mais on fait la guerre pour obtenir la paix. Sois donc pacifique en combattant, afin de conduire ceux que tu connais au bienfait de la paix, en remportant sur eux la victoire. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Les exercices guerriers ne sont pas universellement prohib&#233;s. Ce qui est d&#233;fendu, ce sont seulement les exercices d&#233;sordonn&#233;s et dangereux qui donnent lieu &#224; des meurtres et &#224; des pillages. Chez les anciens, on pratiquait des exercices ordonn&#233;s &#224; la guerre qui n'avaient aucun de ces dangers. Aussi les appelait-on des &#034; pr&#233;parations d'armes &#034; ou des &#034; guerres non sanglantes &#034;, comme on le voit par S. J&#233;r&#244;me, dans une de ses lettres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 2 :&lt;/strong&gt; Est-il permis aux clercs de combattre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble qu'il soit permis aux clercs et aux &#233;v&#234;ques de combattre. En effet les guerres sont licites et justes, nous venons de le voir, dans la mesure o&#249; elles prot&#232;gent les pauvres et tout l'&#201;tat contre les violences des ennemis. Or, cela semble &#234;tre surtout le r&#244;le des pr&#233;lats, S. Gr&#233;goire dit en effet dans une hom&#233;lie : &#034; Le loup se jette sur les brebis, chaque fois qu'un ravisseur injuste opprime les fid&#232;les et les humbles ; celui qui semblait &#234;tre le pasteur et qui ne l'&#233;tait pas, abandonne les brebis et s'enfuit ; car, tandis qu'il craint le danger pour lui-m&#234;me, il n'ose pas r&#233;sister &#224; l'injustice. &#034; Il est donc permis aux pr&#233;lats et aux clercs de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Le pape L&#233;on IV &#233;crit dans le D&#233;cret &#034; Comme on recevait souvent de mauvaises nouvelles du pays des Sarrasins, certains disaient que les Sarrasins allaient se glisser furtivement dans le port des Romains. Aussi avons-nous command&#233; que notre peuple se rassemble et descende jusqu'au rivage. &#034; Il est donc permis aux &#233;v&#234;ques d'aller &#224; la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Cela revient au m&#234;me, que l'homme fasse quelque chose ou qu'il consente &#224; ce qu'un autre le fasse, selon l'&#233;p&#238;tre aux Romains (1, 32) : &#034; Ils m&#233;ritent la mort, non seulement ceux qui agissent ainsi, mais encore ceux qui les approuvent. &#034; Or, on approuve surtout en poussant les autres &#224; agir, comme il est permis aux &#233;v&#234;ques et aux clercs de pousser les autres &#224; la guerre, puisqu'il est dit dans le D&#233;cret qu'&#034; &#224; la demande d'Hadrien, &#233;v&#234;que de Rome qui l'y poussait par ses pri&#232;res, Charlemagne entreprit la guerre contre les Lombards &#034;. Donc il leur est permis aussi de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ce qui est en soi honn&#234;te et m&#233;ritoire n'est pas d&#233;fendu aux pr&#233;lats et aux clercs. Or, faire la guerre est parfois honn&#234;te et m&#233;ritoire, comme en t&#233;moigne ce texte du D&#233;cret : &#034; Si quelqu'un meurt pour la v&#233;rit&#233; de la foi, le salut de la patrie et la d&#233;fense des chr&#233;tiens, il recevra de Dieu la r&#233;compense c&#233;leste. &#034; Il est donc permis aux &#233;v&#234;ques et aux clercs de faire la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, &#224; Pierre, repr&#233;sentant les &#233;v&#234;ques et les clercs, il est dit en S. Matthieu (26, 52) : &#034; Remets ton &#233;p&#233;e au fourreau. &#034; Il ne leur est donc pas permis de combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Quantit&#233; de choses sont n&#233;cessaires au bien de la soci&#233;t&#233; humaine. Or, des fonctions diverses sont mieux et plus facilement exerc&#233;es par des individus diff&#233;rents que par un seul, comme le montre Aristote. Et il est m&#234;me des fonctions tellement oppos&#233;es l'une &#224; l'autre qu'elles ne peuvent &#234;tre bien exerc&#233;es simultan&#233;ment. C'est pour cela qu'on interdit &#224; ceux qui sont charg&#233;s de fonctions sup&#233;rieures d'exercer des fonctions inf&#233;rieures. Ainsi les lois humaines interdisent le commerce aux militaires, charg&#233;s de conduire la guerre. Or, la conduite de la guerre est tout &#224; fait incompatible avec les fonctions exerc&#233;es par les &#233;v&#234;ques et les clercs, pour deux raisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, pour une raison d'ordre g&#233;n&#233;ral. Parce que la conduite de la guerre comporte les plus grands soucis ; aussi d&#233;tournent-ils fortement l'esprit de vaquer &#224; la contemplation des choses divines, &#224; la louange de Dieu et &#224; la pri&#232;re pour le peuple, toutes choses qui appartiennent &#224; la fonction des clercs. C'est pourquoi, de m&#234;me que le commerce est interdit aux clercs parce qu'il absorbe trop l'esprit, de m&#234;me aussi la conduite de la guerre, selon S. Paul (2 Tm 2, 4) : &#034; Celui qui appartient &#224; la milice de Dieu ne s'encombre pas des affaires du si&#232;cle. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, pour une raison plus particuli&#232;re. Parce que les ordres des clercs sont tous ordonn&#233;s au service de l'autel, dans lequel, sous le signe du sacrement, est repr&#233;sent&#233;e la passion du Christ, selon cette parole de l'Ap&#244;tre (1 Co 11, 26) : &#034; Chaque fois que vous manger ce pain et buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'&#224; ce qu'il vienne. &#034; Il ne convient donc pas aux clercs de tuer ou de r&#233;pandre le sang, mais plut&#244;t d'&#234;tre pr&#234;ts &#224; verser leur propre sang pour le Christ, afin d'imiter par leur vie ce qu'ils accomplissent par leur minist&#232;re. C'est pour cela que le droit frappe d'irr&#233;gularit&#233; ceux qui r&#233;pandent le sang, m&#234;me sans p&#233;ch&#233; de leur part. Or, jamais, &#224; quelqu'un qui est d&#233;put&#233; &#224; une fonction on ne permet ce qui le rend impropre &#224; cette fonction. Aussi n'est-il absolument pas permis aux clercs de faire la guerre, qui conduit &#224; r&#233;pandre le sang.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. Les pr&#233;lats doivent r&#233;sister, non seulement aux loups qui, spirituellement tuent le troupeau, mais encore aux ravisseurs et aux tyrans qui le maltraitent corporellement. Non pas toutefois en usant personnellement d'armes mat&#233;rielles, mais d'armes spirituelles selon cette parole de l'Ap&#244;tre (2 Co 10, 4) : &#034; Les armes de notre combat ne sont pas charnelles, mais spirituelles. &#034; Entendons par l&#224; les avis salutaires, les pri&#232;res ferventes et, contre les obstin&#233;s, les sentences d'excommunication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les pr&#233;lats et les clercs, sur l'ordre de leurs sup&#233;rieurs, peuvent participer &#224; la guerre, non sans doute pour combattre eux-m&#234;mes de leurs propres mains, mais pour soutenir spirituellement ceux qui combattent selon le droit, par leurs exhortations, leurs absolutions, et autres secours spirituels de ce genre, de m&#234;me que, dans l'ancienne loi, on ordonnait aux pr&#234;tres de sonner des trompettes sacr&#233;es pour le combat (Jos 6, 4). C'est d'abord pour cela que l'on a conc&#233;d&#233; aux &#233;v&#234;ques et aux clercs de partir &#224; la guerre. Mais que certains combattent de leurs propres mains, c'est un abus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Nous avons vu ant&#233;rieurement que toutes les puissances, arts ou vertus ordonn&#233;s &#224; la fin, sont charg&#233;s d'organiser les moyens qui s'y rapportent. Or, les guerres charnelles, dans le peuple des croyants, doivent &#234;tre r&#233;f&#233;r&#233;es, comme &#224; leur fin, au bien spirituel divin, dont les clercs sont charg&#233;s. C'est pourquoi il appartient aux clercs de pr&#233;parer et d'encourager les autres &#224; faire de justes guerres. En effet, il leur est interdit de combattre non parce que ce serait un p&#233;ch&#233;, mais parce qu'un tel exercice ne convient pas &#224; leur r&#244;le 5.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Bien qu'il soit m&#233;ritoire de faire une guerre juste, cela devient illicite pour les clercs, parce qu'ils sont destin&#233;s &#224; des activit&#233;s plus m&#233;ritoires. C'est ainsi que l'acte conjugal peut &#234;tre m&#233;ritoire et cependant il devient condamnable pour ceux qui ont fait voeu de virginit&#233;, ce qui les oblige &#224; un bien plus grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 3 :&lt;/strong&gt; Est-il permis, &#224; la guerre, d'employer la ruse ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble que ce ne soit pas licite, car on lit au Deut&#233;ronome (16, 20) : &#034; Accomplis avec justice ce qui est juste. &#034; Or, les ruses puisque ce sont des tromperies, semblent relever de l'injustice. Il ne faut donc pas employer la ruse, m&#234;me dans les guerres justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Les pi&#232;ges et les tromperies semblent s'opposer &#224; la loyaut&#233;, comme les mensonges. Parce que nous devons &#234;tre de bonne foi envers tous, il ne faut mentir &#224; personne, comme l'a montr&#233; S. Augustin. Puisque d'apr&#232;s lui, &#034; on doit rester loyal envers son ennemi &#034;, il semble qu'il ne faille pas employer la ruse contre l'adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il est dit en S. Matthieu (7, 12) : &#034; Ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le vous-m&#234;mes pour eux &#034;, et cela doit s'observer &#224; l'&#233;gard du prochain quel qu'il soit. Or, les ennemis sont notre prochain. C'est pourquoi, comme personne ne veut qu'on use envers lui de ruses ou de tromperies, il semble que nul ne doit faire la guerre en employant la ruse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, S. Augustin &#233;crit : &#034; Lorsqu'une guerre juste est entreprise, que l'on combatte ouvertement ou avec ruse, cela n'importe en rien &#224; la justice. &#034; Et il le prouve en invoquant l'autorit&#233; du Seigneur qui commande &#224; Josu&#233; de dresser une embuscade contre les habitants de la ville d'A&#239; (Jos 8, 2).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Les ruses sont destin&#233;es &#224; tromper l'ennemi. Or, il y a deux mani&#232;res pour quelqu'un d'&#234;tre tromp&#233; par les actions ou les paroles d'un autre. Ou bien, parce qu'on lui dit une chose fausse ou qu'on ne tient pas une promesse. Et cela est toujours illicite. Personne ne doit tromper l'ennemi de cette fa&#231;on ; il y a en effet des droits de la guerre et des conventions qui doivent &#234;tre observ&#233;es, m&#234;me entre ennemis, dit S. Ambroise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou bien quelqu'un peut se tromper sur nos paroles ou nos actes parce que nous ne lui d&#233;couvrons pas notre but ou notre pens&#233;e. Or, nous ne sommes pas toujours tenus de le faire car, m&#234;me dans l'enseignement de la foi, il y a beaucoup de choses qu'il faut cacher, surtout aux infid&#232;les, de peur qu'ils ne s'en moquent, selon S. Matthieu (7, 6) : &#034; Ne jetez pas aux chiens les choses saintes. &#034; A plus forte raison devons-nous cacher ce que nous pr&#233;parons pour combattre les ennemis. C'est pourquoi, entre autres instructions militaires, celle-ci se place au premier rang : cacher ses plans, pour qu'ils ne parviennent pas &#224; l'ennemi, comme on le voit dans le livre Des Stratag&#232;mes, de Frontin. Cette dissimulation fait partie des ruses dont il est permis d'user dans les guerres justes. Et les ruses de ce genre ne sont pas appel&#233;es &#224; proprement parler des tromperies ; elles ne s'opposent pas &#224; la justice, ni &#224; une volont&#233; bien ordonn&#233;e. On ferait preuve en effet d'une volont&#233; d&#233;sordonn&#233;e si l'on voulait que rien ne nous f&#251;t cach&#233; par les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; Et cela r&#233;pond aux Objections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 4 :&lt;/strong&gt; Est-il permis de guerroyer les jours de f&#234;tes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble que non, car les f&#234;tes sont institu&#233;es pour que nous vaquions aux choses divines. C'est pourquoi elles se trouvent comprises dans l'observance du sabbat, prescrite au livre de l'Exode (20, 8) (&#034; sabbat &#034;, en effet, signifie repos). Or, les guerres comportent une grande agitation. En aucune mani&#232;re, il ne faut donc combattre les jours de f&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Au livre d'Isa&#239;e (58, 3), certains sont bl&#226;m&#233;s parce que, durant les jours de je&#251;ne, &#034; ils r&#233;clament ce qui leur est d&#251; et engagent des querelles en frappant du poing &#034;. A plus forte raison est-il d&#233;fendu de faire la guerre les jours de f&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. On ne doit jamais faire quelque chose de contraire &#224; l'ordre pour &#233;viter un dommage temporel. Or, faire la guerre les jours de f&#234;te para&#238;t &#234;tre de soi quelque chose de contraire &#224; l'ordre. Donc, on ne doit jamais faire la guerre les jours de f&#234;te, serait-ce pour &#233;viter un dommage temporel in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, d'apr&#232;s le premier livre des Maccab&#233;es (2, 41), &#034; les Juifs prirent une sage r&#233;solution en disant : &#034;Quiconque viendra nous faire la guerre un jour de sabbat, nous combattrons contre lui.&#034; &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; L'observance des f&#234;tes n'emp&#234;che pas de faire ce qui est ordonn&#233; au salut, m&#234;me corporel, de l'homme. C'est pourquoi le Seigneur reprend les juifs en disant en S. Jean (7, 23) : &#034; Vous vous irritez contre moi parce que j'ai gu&#233;ri un homme tout entier le jour du sabbat. &#034; De l&#224; vient que les m&#233;decins ont le droit de soigner les malades un jour de f&#234;te. A bien plus forte raison, plut&#244;t qu'au salut corporel d'un seul, faut-il veiller au salut public, qui emp&#234;che la mort de beaucoup et des maux innombrables, temporels et spirituels. C'est pourquoi, pour la d&#233;fense du bien public des fid&#232;les, il est permis de faire des guerres justes les jours de f&#234;te, pourvu toutefois que la n&#233;cessit&#233; le demande. Ce serait en effet tenter Dieu que de vouloir s'abstenir de faire la guerre en pr&#233;sence d'une telle n&#233;cessit&#233;. Mais, en l'absence de n&#233;cessit&#233;, il n'est pas permis de faire la guerre les jours de f&#234;te, pour les raisons qui ont &#233;t&#233; donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; Cela donne la r&#233;ponse aux Objections.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Saint Thomas d'Aquin, &lt;strong&gt;Somme th&#233;ologique&lt;/strong&gt;, IIa, IIae, Question 40&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La Paix</title>
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		<dc:creator>Thomas d'Aquin</dc:creator>


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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; 1. La paix est-elle identique &#224; la concorde ? - 2. Toutes choses d&#233;sirent-elles la paix ? - 3. La paix est-elle l'effet de la charit&#233; ? - 4. Est-elle une vertu ? &lt;br class='autobr' /&gt; ARTICLE 1 : La paix est-elle identique &#224; la concorde ? Objections : 1. Oui, semble-t-il, car S. Augustin a affirme que &#034; la paix entre les hommes est la concorde dans l'ordre &#034;. Or, ici, nous ne parlons que de la paix qui concerne les hommes. La paix est donc identique &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;1. La paix est-elle identique &#224; la concorde ? - 2. Toutes choses d&#233;sirent-elles la paix ? - 3. La paix est-elle l'effet de la charit&#233; ? - 4. Est-elle une vertu ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 1 :&lt;/strong&gt; La paix est-elle identique &#224; la concorde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Oui, semble-t-il, car S. Augustin a affirme que &#034; la paix entre les hommes est la concorde dans l'ordre &#034;. Or, ici, nous ne parlons que de la paix qui concerne les hommes. La paix est donc identique &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La concorde consiste dans une certaine union des volont&#233;s. Mais la notion de paix consiste en une telle union, puisque, selon Denys &#034; elle unit tous les &#234;tres, et op&#232;re les accords de tous &#034;. Donc, la paix est identique &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Lorsque deux choses s'opposent &#224; la m&#234;me r&#233;alit&#233;, elles-m&#234;mes sont identiques. Mais la concorde et la paix s'opposent &#224; la m&#234;me r&#233;alit&#233;, qui est la dissension, selon S. Paul (1 Co 14, 33) : &#034; Dieu n'est pas le Dieu de la dissension, mais de la paix. &#034; Donc la paix est identique &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, on voit des m&#233;chants s'accorder pour faire le mal ; or, selon Isa&#239;e (48, 22), &#034; il n'y a pas de paix pour les m&#233;chants &#034;. Donc la paix n'est pas identique &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; La paix inclut la concorde et y ajoute quelque chose. Donc, partout o&#249; r&#232;gne la paix, r&#232;gne aussi la concorde, mais la r&#233;ciproque n'est pas vraie, si du moins on prend le mot de paix au sens propre. En effet, la concorde proprement dite implique une relation &#224; autrui, de telle sorte que les volont&#233;s de plusieurs personnes s'unissent dans un m&#234;me consentement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il arrive que chez le m&#234;me homme le c&#339;ur ait des tendances diverses, et cela de deux fa&#231;ons : soit selon les diverses puissances app&#233;titives ainsi l'app&#233;tit sensitif va-t-il le plus souvent en sens contraire de l'app&#233;tit rationnel, selon S. Paul (Ga 5, 17) : &#034; La chair convoite contre l'esprit. &#034; Ou bien la m&#234;me puissance app&#233;titive tend vers des objets diff&#233;rents qu'elle ne peut atteindre &#224; la fois. Il est alors in&#233;vitable que ces mouvements de l'app&#233;tit se contrarient. Or, l'union de ces mouvements est de l'essence de la paix ; car le coeur de l'homme n'a pas la paix, m&#234;me si certains de ses d&#233;sirs sont satisfaits, du moment qu'il d&#233;sire autre chose qu'il ne peut avoir en m&#234;me temps. Mais cette union int&#233;rieure n'est pas de l'essence de la concorde. Ainsi donc, la concorde implique l'union des tendances affectives de plusieurs personnes, tandis que la paix suppose en outre l'union des app&#233;tits dans la m&#234;me personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. S. Augustin parle ici de la paix d'un homme avec un autre, et il dit qu'elle est une concorde, mais pas n'importe laquelle : c'est une concorde qui est &#034; dans l'ordre &#034;, c'est-&#224;-dire o&#249; l'un s'accorde avec l'autre selon ce qui convient &#224; tous deux. Si l'un, en effet, en s'accordant avec l'autre, ne le fait pas librement, mais comme pouss&#233; par la crainte d'un p&#233;ril qui le menace, pareille concorde n'est pas une paix v&#233;ritable, parce que l'ordre n'a pas &#233;t&#233; observ&#233; entre les contractants, mais troubl&#233; par celui qui a provoqu&#233; la crainte. C'est pourquoi S. Augustin avait dit auparavant : &#034; La paix est la tranquillit&#233; de l'ordre &#034; ; et celle-ci consiste en ce qu'en chaque homme tous les mouvements de l'app&#233;tit soient en repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. De ce qu'un individu est en parfait accord avec un autre, il ne s'ensuit pas qu'il le soit aussi avec lui-m&#234;me, &#224; moins que tous ses mouvements int&#233;rieurs ne s'accordent entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. A la paix s'opposent deux sortes de dissensions : celle d'un homme avec lui-m&#234;me, et celle d'un homme avec un autre. Cette derni&#232;re seule est oppos&#233;e &#224; la concorde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 2 :&lt;/strong&gt; Toutes choses d&#233;sirent-elles la paix ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il ne semble pas, car, pour Denys c, &#034; la paix fait l'union des consentements &#034; ; or une telle union ne peut se produire chez les &#234;tres d&#233;pourvus de connaissance ; ceux-ci donc ne peuvent d&#233;sirer la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'app&#233;tit ne se porte pas simultan&#233;ment vers des objets contraires. Mais beaucoup sont enrag&#233;s de guerres et de dissensions. Donc tous ne d&#233;sirent pas la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Le bien seul est d&#233;sirable ; mais il y a une paix qui est mauvaise, autrement le Seigneur n'aurait pas dit : &#034; je ne suis pas venu apporter la paix &#034; (Mt 10, 34). Toutes choses ne d&#233;sirent donc pas la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Ce que toutes choses d&#233;sirent para&#238;t &#234;tre le souverain bien, qui est la fin ultime. Mais la paix n'est pas un bien de ce genre, puisqu'on peut l'avoir d&#232;s ici-bas ; autrement, le Seigneur aurait vainement recommand&#233; (Mc 9, 49) : &#034; Ayez la paix entre vous. &#034; Donc toutes choses ne d&#233;sirent pas la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, S. Augustin et Denys affirment que toutes choses d&#233;sirent la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Le fait de d&#233;sirer quelque chose implique le d&#233;sir d'entrer en sa possession et donc de voir dispara&#238;tre tout ce qui pourrait y mettre obstacle. Or l'obtention du bien d&#233;sir&#233; peut &#234;tre emp&#234;ch&#233;e par un d&#233;sir contraire venant soit de celui qui d&#233;sire soit d'un autre ; or, comme on vient de le dire, la paix le fait dispara&#238;tre dans les deux cas. Il en r&#233;sulte que quiconque a un d&#233;sir, d&#233;sire par le fait m&#234;me la paix, en tant qu'il d&#233;sire obtenir tranquillement et sans emp&#234;chement l'objet qu'il convoite ; c'est en cela que consiste justement la paix, que S. Augustin d&#233;finit : &#034; la tranquillit&#233; de l'ordre &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. La paix comporte l'union non seulement de l'app&#233;tit intellectuel ou rationnel et de l'app&#233;tit sensitif, o&#249; il peut y avoir consentement, mais aussi de l'app&#233;tit naturel. C'est pourquoi Denys pr&#233;cise : &#034; La paix produit le consentement et la connaturalit&#233;. &#034; Dans le consentement est impliqu&#233;e l'union des app&#233;tits r&#233;sultant de la connaissance. Par la connaturalit&#233; est impliqu&#233;e l'union des app&#233;tits naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. M&#234;me ceux qui cherchent les guerres et les dissensions ne d&#233;sirent en r&#233;alit&#233; que la paix, qu'ils estiment ne pas poss&#233;der. Comme nous venons de le dire, une entente que l'on conclut contre ses pr&#233;f&#233;rences personnelles n'est pas la paix. Aussi les hommes cherchent &#224; rompre, en faisant la guerre, de telles ententes, qui ne sont que des paix d&#233;fectueuses, pour parvenir &#224; une paix o&#249; rien ne sera plus contraire &#224; leur volont&#233;. Voil&#224; pourquoi tous ceux qui font la guerre n'ont d'autre but que d'arriver &#224; une paix plus parfaite que celle qu'ils avaient auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La paix consiste dans le repos et l'unit&#233; de l'app&#233;tit. Mais, de m&#234;me que l'app&#233;tit peut tendre &#224; un bien v&#233;ritable ou &#224; un bien apparent, de m&#234;me la paix peut &#234;tre r&#233;elle ou seulement apparente. Mais la vraie paix n'est compatible qu'avec le d&#233;sir d'un bien v&#233;ritable, car le mal, m&#234;me s'il a quelque apparence de bien, et s'il est capable de satisfaire pour une part l'app&#233;tit, comporte pourtant beaucoup de d&#233;fauts, &#224; cause desquels l'app&#233;tit demeure inquiet et troubl&#233;. La vraie paix ne peut donc exister que chez les bons et entre les bons. Et la paix des m&#233;chants est apparente, non v&#233;ritable. La Sagesse le d&#233;clare (Sg 14, 22) : &#034; Ils vivent, sans en avoir conscience, dans un &#233;tat de lutte violente et donnent &#224; de tels maux le nom de paix. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. La vraie paix ne peut concerner que le bien ; mais comme on peut poss&#233;der un vrai bien de deux fa&#231;ons, parfaitement ou imparfaitement, de m&#234;me il y a deux sortes de paix v&#233;ritable. L'une, parfaite, qui consiste dans la jouissance parfaite du bien supr&#234;me, qui unit et apaise tous les d&#233;sirs : l&#224; est la fin derni&#232;re de la cr&#233;ature raisonnable, selon la parole du Psaume (147, 14) : &#034; Il a &#233;tabli la paix &#224; tes fronti&#232;res. &#034; L'autre, imparfaite, est celle que l'on poss&#232;de en ce monde. Parce que, si le d&#233;sir primordial de l'&#226;me trouve son repos en Dieu, bien des assauts, et du dedans et du dehors, viennent troubler cette paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 3 :&lt;/strong&gt; La paix est-elle l'effet de la charit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Objections : 1. Il ne semble pas. On ne peut en effet avoir la charit&#233; si l'on n'a pas la gr&#226;ce sanctifiante. Or il y a des hommes qui ont la paix sans cette gr&#226;ce, ainsi qu'on le voit chez les pa&#239;ens eux-m&#234;mes. La paix n'est donc pas l'effet de la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Ce dont le contraire peut exister avec la charit&#233; n'est pas l'effet de la charit&#233;. Or il peut y avoir, conjointement avec la charit&#233;, des dissensions qui sont contraires &#224; la paix ; nous voyons en effet de saints docteurs comme S, Augustin et S. J&#233;r&#244;me diverger d'opinions sur certains points ; nous lisons m&#234;me que S. Paul et S. Barnab&#233; ont eu des d&#233;saccords (Ac 15, 37). La paix ne semble donc pas &#234;tre l'effet de la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Une m&#234;me chose ne peut pas &#234;tre l'effet propre de causes diverses. Or la paix est l'effet de la justice, selon Isa&#239;e (32, 17) : &#034; La paix sera l'&#339;uvre de la justice. &#034; Elle n'est donc pas l'effet de la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, il est dit dans le Psaume (1 19, 165) &#034; Grande paix pour ceux qui aiment la loi. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; La paix, nous venons de le dire, implique une double union ; l'une qui r&#233;sulte de l'ordination de nos app&#233;tits propres &#224; un seul but ; l'autre qui se r&#233;alise par l'accord de notre app&#233;tit propre avec celui d'autrui. Ces deux unions sont produites par la charit&#233;. La premi&#232;re, selon que nous aimons Dieu de tout notre c&#339;ur au point de lui rapporter tout ; et ainsi tous nos app&#233;tits sont unifi&#233;s. La seconde, parce que, en aimant le prochain comme nous-m&#234;me, nous voulons l'accomplissement de sa volont&#233; comme de la n&#244;tre. C'est pourquoi Aristote a mis l'identit&#233; du choix parmi les &#233;l&#233;ments de l'amiti&#233;, et que Cic&#233;ron affirme : &#034; Chez des amis il y a m&#234;me vouloir et m&#234;me non-vouloir. &#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. Nul n'est priv&#233; de la gr&#226;ce sanctifiante qu'en raison du p&#233;ch&#233; ; par celui-ci l'homme se trouve d&#233;tourn&#233; de sa vraie fin et choisit une fin interdite ; son d&#233;sir, de ce fait, ne s'attache pas principalement au vrai bien ultime, mais &#224; son apparence. Et c'est pourquoi, sans la gr&#226;ce sanctifiante, il ne peut y avoir de paix v&#233;ritable, mais seulement une paix apparente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. L'amiti&#233;, remarque Aristote, ne comporte pas l'accord en mati&#232;re d'opinions, mais en mati&#232;re de biens utiles &#224; la vie, et surtout des plus importants ; car le dissentiment dans les petites choses est compt&#233; pour rien. C'est ce qui explique que les hommes ayant la charit&#233; aient des opinions diff&#233;rentes, ce qui d'ailleurs ne s'oppose pas &#224; la paix, puisque les opinions sont affaire d'intelligence et que celle-ci vient avant l'app&#233;tit, qui par la paix fait l'unit&#233;. De m&#234;me, pourvu que l'on soit d'accord sur les biens fondamentaux, un d&#233;saccord sur des choses minimes ne va pas contre la charit&#233;. Il provient en effet d'une diversit&#233; d'opinions ; l'un pense que ce qui est en question est essentiel pour tel bien sur lequel on est d'accord, et l'autre ne le croit pas. Ainsi pareil dissentiment en mati&#232;re l&#233;g&#232;re, et portant sur de simples opinions, n'est pas compatible, en v&#233;rit&#233;, avec la paix parfaite, qui suppose la v&#233;rit&#233; pleinement connue et tous les d&#233;sirs combl&#233;s. Mais il peut coexister avec cette paix imparfaite qui est notre lot ici-bas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. La justice produit la paix indirectement, en &#233;cartant ce qui lui ferait obstacle. Mais la charit&#233; la produit directement, parce qu'elle la cause en raison de sa nature propre. L'amour est en effet, selon la parole de Denys, &#034; une force unifiante &#034;, et la paix est l'union des inclinations app&#233;titives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;ARTICLE 4 :&lt;/strong&gt; La paix est-elle une vertu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Objections :&lt;/i&gt; 1. Il semble qu'elle en soit une, car il n'y a de pr&#233;ceptes que pour les actes des vertus. Or il y a des pr&#233;ceptes qui nous commandent la paix, comme le montre cette parole en S. Marc (9, 49) : &#034; Ayez la paix entre vous. &#034; Donc la paix est une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Il n'y a de m&#233;ritoires que les actes des vertus ; or, c'est une chose m&#233;ritoire que de procurer la paix, selon Matthieu (5, 9) : &#034; Bienheureux les artisans de paix, car ils seront appel&#233;s fils de Dieu. &#034; Donc la paix est une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Les vices sont oppos&#233;s aux vertus. Or les dissensions qui sont oppos&#233;es &#224; la paix, sont compt&#233;es parmi les vices, comme on le voit dans l'&#233;p&#238;tre aux Galates (5, 20). Donc la paix est une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, la vertu n'est pas la fin ultime mais la voie qui y conduit ; or, pour S. Augustin, la paix est d'une certaine mani&#232;re la fin ultime ; elle n'est donc pas une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse :&lt;/i&gt; Comme nous l'avons dit, lorsqu'il se produit une succession d'actes, proc&#233;dant selon une m&#234;me raison d'un m&#234;me agent, tous proviennent d'une seule et unique vertu, et non pas chacun d'une vertu particuli&#232;re. C'est ce qu'on voit dans la nature : le feu en chauffant, liqu&#233;fie et dilate &#224; la fois, non qu'il y ait en lui une vertu liqu&#233;fiante et une vertu dilatante qui seraient distinctes, mais c'est par sa seule vertu chauffante qu'il produit ces effets. Donc, puisque la paix est produite par la charit&#233;, selon la raison m&#234;me de l'amour de Dieu et du prochain, comme on l'a montr&#233;, il n'y a pas d'autre vertu dont elle soit l'acte propre que la charit&#233; ; comme on vient de le voir &#233;galement pour la joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Solutions :&lt;/i&gt; 1. La paix est de pr&#233;cepte, parce qu'elle est un acte de charit&#233;. Et c'est aussi ce qui la rend m&#233;ritoire. Et enfin c'est ce qui lui donne une place parmi les b&#233;atitudes, qui sont les actes d'une vertu parfaite, nous l'avons dit pr&#233;c&#233;demment. Elle est &#233;galement nomm&#233;e parmi les fruits, en tant qu'elle est comme un bien final, rempli de douceur spirituelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. La r&#233;ponse vient d'&#234;tre donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Plusieurs vices s'opposent &#224; une seule vertu selon ses actes diff&#233;rents. Sont ainsi contraires &#224; la charit&#233;, non seulement la haine qui s'oppose &#224; elle du point de vue o&#249; elle est dilection, mais l'ac&#233;die et l'envie qui s'opposent &#224; elle du point de vue o&#249; elle est joie, et la dissension, du point de vue o&#249; elle est paix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Saint Thomas d'Aquin, &lt;strong&gt;Somme th&#233;ologique&lt;/strong&gt;, IIa-IIae, Question 29&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que l'&#233;tat de guerre na&#238;t de l'&#233;tat social</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Que-l-etat-de-guerre-nait-de-l-etat-social</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Que-l-etat-de-guerre-nait-de-l-etat-social</guid>
		<dc:date>2003-08-03T22:04:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>


		<dc:subject>guerre</dc:subject>
		<dc:subject>paix</dc:subject>

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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; Mais, quand il serait vrai que cette convoitise illimit&#233;e et indomptable serait d&#233;velopp&#233;e dans tous les hommes au point que le suppose notre sophiste, encore ne produirait-elle pas cet &#233;tat de guerre universelle de chacun contre tous, dont Hobbes ose tracer l'odieux tableau. Ce d&#233;sir effr&#233;n&#233; de s'approprier toutes choses est incompatible avec celui de d&#233;truire tous ses semblables ; et le vainqueur, qui, ayant tout tu&#233; aurait le malheur de rester (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais, quand il serait vrai que cette convoitise illimit&#233;e et indomptable serait d&#233;velopp&#233;e dans tous les hommes au point que le suppose notre sophiste, encore ne produirait-elle pas cet &#233;tat de guerre universelle de chacun contre tous, dont Hobbes ose tracer l'odieux tableau. Ce d&#233;sir effr&#233;n&#233; de s'approprier toutes choses est incompatible avec celui de d&#233;truire tous ses semblables ; et le vainqueur, qui, ayant tout tu&#233; aurait le malheur de rester seul au monde, n 'y jouirait de rien parce la m&#234;me qu'il aurait tout. Les richesses elles-m&#234;mes, &#224; quoi sont-elles bonnes si ce n'est &#224; &#234;tre communiqu&#233;es ; que lui servirait la possession de tout l'univers s'il en &#233;tait l'unique habitant ? Quoi ? Son estomac d&#233;vorera-t-il tous les fruits de la terre ? Qui lui rassemblera les productions de tous les climats ; qui portera le t&#233;moignage de son empire dans les vastes solitudes qu'il n 'habitera point ? Que fera-t-il de ses tr&#233;sors, qui consommera ses denr&#233;es, &#224; quels yeux &#233;talera-t-il son pouvoir ? J'entends. Au lieu de tout massacrer, il mettra tout dans les fers pour avoir au moins des esclaves. Cela change &#224; l'instant tout l'&#233;tat de la question ; et puisqu'il n'est plus question de d&#233;truire, l'&#233;tat de guerre est an&#233;anti. Que le lecteur suspende ici son jugement. Je n'oublierai pas de traiter ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L 'homme est naturellement pacifique et craintif, au moindre danger son premier mouvement est de fuir ; il ne s'aguerrit qu'&#224; force d'habitude et d'exp&#233;rience. L'honneur, l'int&#233;r&#234;t, les pr&#233;jug&#233;s, la vengeance, toutes les passions qui peuvent lui faire braver les p&#233;rils et la mort, sont loin de lui dans l'&#233;tat de nature. Ce n'est qu'apr&#232;s avoir fait soci&#233;t&#233; avec quelque homme qu'il se d&#233;termine &#224; en attaquer un autre ; et il ne devient soldat qu'apr&#232;s avoir &#233;t&#233; citoyen . On ne voit pas l&#224; de grandes dispositions &#224; faire la guerre &#224; tous ses semblables. Mais c'est trop m'arr&#234;ter sur un syst&#232;me aussi r&#233;voltant qu'absurde, qui a d&#233;j&#224; cent fois &#233;t&#233; r&#233;fut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n 'y a donc point de guerre g&#233;n&#233;rale d'homme &#224; homme ; et l'esp&#232;ce humaine n'a pas &#233;t&#233; form&#233;e uniquement pour s'entre-d&#233;truire. Reste &#224; consid&#233;rer la guerre accidentelle et particuli&#232;re qui peut na&#238;tre entre deux ou plusieurs individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la loi naturelle n'&#233;tait &#233;crite que dans la raison humaine elle serait peu capable de diriger la plupart de nos actions, mais elle est encore grav&#233;e dans le c&#339;ur de l'homme en caract&#232;res ineffa&#231;ables et c'est l&#224; qu'elle lui parle plus fortement que tous les pr&#233;ceptes des philosophes ; c'est l&#224; qu'elle lui crie qu'il ne lui est permis de sacrifier la vie de son semblable qu'&#224; la conservation de la sienne, et qu'elle lui fait horreur de verser le sang humain sans col&#232;re, m&#234;me quand il s'y voit oblig&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je con&#231;ois que dans les querelles sans arbitres qui peuvent s'&#233;lever dans l'&#233;tat de nature un homme irrit&#233; pourra quelquefois en tuer un autre soit &#224; force ouverte, soit par surprise . Mais s'il s'agit d'une guerre v&#233;ritable qu'on imagine dans quelle &#233;trange position doit &#234;tre ce m&#234;me homme pour ne pouvoir conserver sa vie qu'aux d&#233;pens de celle d'un autre et que par un rapport &#233;tabli entre eux il faille que l'un meure pour que l'autre vive. La guerre est un &#233;tat permanent qui suppose des relations constantes, et ces relations ont tr&#232;s rarement lieu d'homme &#224; homme, o&#249; tout est entre les individus dans un flux continuel qui change incessamment les rapports et les int&#233;r&#234;ts. De sorte qu'un sujet de dispute s'&#233;l&#232;ve et cesse presqu'au m&#234;me instant, qu'une querelle commence et finit en un jour, et qu'il peut y avoir des combats et des meurtres mais jamais ou tr&#232;s rarement de longues inimiti&#233;s et des guerres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'&#233;tat civil, o&#249; la vie de tous les citoyens est au pouvoir du souverain et o&#249; nul n'a droit de disposer de la sienne ni de celle d'autrui, l'&#233;tat de guerre ne peut avoir lieu non plus entre les particuliers ; et quant aux duels, d&#233;fis, cartels, appels en combat singulier, outre que c'&#233;tait un abus ill&#233;gitime et barbare d'une constitution toute militaire, il n'en r&#233;sultait pas un v&#233;ritable &#233;tat de guerre, mais une affaire particuli&#232;re qui se vidait en temps et lieu limit&#233;s, tellement que pour un second combat il fallait un nouvel appel. On en doit excepter les guerres priv&#233;es qu'on suspendait par des tr&#234;ves journali&#232;res appel&#233;es la paix de Dieu et qui re&#231;urent la sanction par les &#233;tablissements de saint Louis. Mais cet exemple est unique dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut demander encore si les rois qui dans le fait sont ind&#233;pendants de puissance humaine pourraient &#233;tablir entre eux des guerres personnelles et particuli&#232;res, ind&#233;pendantes de celles de l'&#201;tat. C'est l&#224; certainement une question oiseuse, car ce n'est pas comme on sait la coutume des princes d'&#233;pargner autrui pour s'exposer personnellement. De plus cette question d&#233;pend d'une autre qu'il ne m'appartient pas de d&#233;cider : savoir si le prince est soumis lui-m&#234;me aux lois de l'&#201;tat ou non ; car s'il y est soumis, sa personne est li&#233;e et sa vie appartient &#224; l'&#201;tat, comme celle du dernier citoyen Mais si le prince est au-dessus des lois il vit dans le pur &#233;tat de nature et ne doit compte ni &#224; ses sujets ni &#224; personne d'aucune de ses actions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DE L'&#201;TAT SOCIAL&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous entrons maintenant dans un nouvel ordre de choses. Nous allons voir les hommes unis par une concorde artificielle se rassembler pour s'entr&#233;gorger et toutes les horreurs de la guerre na&#238;tre des soins qu'on avait pris pour la pr&#233;venir. Mais il importe premi&#232;rement de se former sur l'essence du corps politique des notions plus exactes que l'on n'a fait jusqu'ici. Que le lecteur songe seulement qu'il s'agit moins ici d'histoire et de faits, que de droit et de justice, et que j'examine les choses par leur nature plut&#244;t que par nos pr&#233;jug&#233;s. De la premi&#232;re soci&#233;t&#233; form&#233;e s'ensuit n&#233;cessairement la formation de toutes les autres. Il faut en faire partie ou s'unir pour lui r&#233;sister. Il faut l'imiter ou se laisser engloutir par elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi toute la face de la terre est chang&#233;e ; partout la nature a disparu ; partout l'art humain a pris sa place, l'ind&#233;pendance et la libert&#233; naturelle ont fait place aux lois et &#224; l'esclavage, il n'existe plus d'&#234;tre libre ; le philosophe cherche un homme et n'en trouve plus. Mais c'est en vain qu'on pense an&#233;antir la nature, elle rena&#238;t et se montre o&#249; l'on l'attendait le moins. L'ind&#233;pendance qu'on &#244;te aux hommes se r&#233;fugie dans les soci&#233;t&#233;s, et ces grands corps, livr&#233;s &#224; leurs propres impulsions, produisent des chocs plus terribles &#224; proportion que leurs masses l'emportent sur celles des individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dira-t-on chacun de ces corps ayant une assiette aussi solide comment est-il possible qu'ils viennent jamais &#224; s'entre-heurter ? Leur propre constitution ne devrait-elle pas les maintenir entre eux dans une paix &#233;ternelle ? Sont-ils oblig&#233;s comme les hommes d'aller chercher au-dehors de quoi pourvoir &#224; leurs besoins ? N'ont-ils pas en eux-m&#234;mes tout ce qui est n&#233;cessaire &#224; leur conservation ? La concurrence et les &#233;changes sont-ils une source de discorde in&#233;vitable et dans tous les pays du monde les habitants n'ont-ils pas exist&#233; avant le commerce, preuve invincible qu'ils y pouvaient subsister sans lui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Fin du chapitre. il n 'y a point de guerre entre les hommes : il n'y en a qu'entre les &#201;tats. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela, je pourrais me contenter de r&#233;pondre par les faits et je n'aurais point de r&#233;plique &#224; craindre mais je n'ai pas oubli&#233; que je raisonne ici sur la nature des choses et non sur des &#233;v&#233;nements qui peuvent avoir mille causes particuli&#232;res, ind&#233;pendantes du principe commun. Mais consid&#233;rons attentivement la constitution des corps politiques et quoiqu'&#224; la rigueur chacun suffise &#224; sa propre conservation, nous trouverons que leurs mutuelles relations ne laissent pas d'&#234;tre beaucoup plus intimes que celles des individus. Car l 'homme, au fond n'a nul rapport n&#233;cessaire avec ses semblables, il peut subsister sans leur concours dans toute la vigueur possible ; il n'a pas tant besoin des soins de l'homme que des fruits de la terre ; et la terre produit plus qu'il ne faut pour nourrir tous ses habitants. Ajoutez que l'homme a un terme de force et de grandeur fix&#233; par la nature et qu'il ne saurait passer. De quelque sens qu'il s'envisage, il trouve toutes ses facult&#233;s limit&#233;es. Sa vie est courte, ses ans sont compt&#233;s Son estomac ne s'agrandit pas avec ses richesses, ses passions ont beau s'accro&#238;tre, ses plaisirs ont leur mesure, son c&#339;ur est born&#233; comme tout le reste, sa capacit&#233; de jouir est toujours la m&#234;me. Il a beau s'&#233;lever en id&#233;e, il demeure toujours petit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat au contraire &#233;tant un corps artificiel n'a nulle mesure d&#233;termin&#233;e, la grandeur qui lui est propre est ind&#233;finie, il peut toujours l'augmenter, il se sent faible tant qu'il en est de plus forts que lui. Sa s&#251;ret&#233;, sa conservation, demandent qu'il se rende plus puissant que tous ses voisins. Il ne peut augmenter, nourrir, exercer ses forces qu'&#224; leurs d&#233;pens, et s'il n'a pas besoin de chercher sa subsistance hors de lui-m&#234;me, il y cherche sans cesse de nouveaux membres qui lui donnent une consistance plus in&#233;branlable. Car l'in&#233;galit&#233; des hommes a des bornes pos&#233;es par les mains de la nature, mais celle des soci&#233;t&#233;s peut cro&#238;tre incessamment, jusqu'&#224; ce qu'une seule absorbe toutes les autres. Ainsi la grandeur du corps politique &#233;tant purement relative, il est forc&#233; de se comparer sans cesse pour se conna&#238;tre ; il d&#233;pend de tout ce qui l'environne, et doit prendre int&#233;r&#234;t &#224; tout ce qui s'y passe car il aurait beau vouloir se tenir au-dedans de lui sans rien gagner ni perdre ; il devient petit ou grand, faible ou fort, selon que son voisin s'&#233;tend ou se resserre et se renforce ou s'affaiblit. Enfin sa solidit&#233; m&#234;me, en rendant ses rapports plus constants donne un effet plus s&#251;r &#224; toutes ses actions et rend toutes ses querelles plus dangereuses&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'on ait pris &#224; t&#226;che de renverser toutes les vraies id&#233;es des choses. Tout porte l'homme naturel au repos ; manger et dormir sont les seuls besoins qu'il connaisse ; et la faim seule l'arrache &#224; la paresse. On en a fait un furieux toujours prompt &#224; tourmenter ses semblables par des passions qu'il ne conna&#238;t point ; au contraire ces passions exalt&#233;es au sein de la soci&#233;t&#233; par tout ce qui peut les enflammer passent pour n 'y pas exister. Mille &#233;crivains ont os&#233; dire que le corps politique est sans passions et qu'il n 'y a point d'autre raison d'&#233;tat que la raison m&#234;me. Comme si l'on ne voyait pas au contraire que l'essence de la soci&#233;t&#233; consiste dans l'activit&#233; de ses membres et qu'un &#201;tat sans mouvement ne serait qu'un corps mort. Comme si toutes les histoires du monde ne nous montraient pas les soci&#233;t&#233;s les mieux constitu&#233;es &#234;tre aussi les plus actives, et soit au-dedans soit au-dehors l'action et r&#233;action continuelle de tous leurs membres porter t&#233;moignage de la vigueur du corps entier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diff&#233;rence de l'art humain &#224; l'ouvrage de la nature se fait sentir dans ses effets, les citoyens ont beau s'appeler membres de l'&#201;tat, ils ne sauraient s'unir &#224; lui comme de vrais membres le sont au corps ; il est impossible de faire que chacun d'eux n'ait pas une existence individuelle et s&#233;par&#233;e, par laquelle il peut seul suffire &#224; sa propre conservation ; les nerfs sont moins sensibles, les muscles ont moins de vigueur, tous les liens sont plus l&#226;ches, le moindre accident peut tout d&#233;sunir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'on consid&#232;re combien dans l'agr&#233;gation du corps politique, la force publique est inf&#233;rieure &#224; la somme des forces particuli&#232;res, combien il y a, pour ainsi dire, de frottement dans le jeu de toute la machine et l'on trouvera que toute proportion gard&#233;e I 'homme le plus d&#233;bile a plus de force pour sa propre conservation que l'&#201;tat le plus robuste n'en a pour la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc, pour que cet &#201;tat subsiste que la vivacit&#233; de ses passions suppl&#233;e &#224; celle de ses mouvements, et que sa volont&#233; s'anime autant que son pouvoir se rel&#226;che. C'est la loi conservatrice que la nature elle-m&#234;me &#233;tablit entre les esp&#232;ces et qui les maintient toutes malgr&#233; leur in&#233;galit&#233;. C'est aussi, pour le dire en passant, la raison pour quoi les petits &#201;tats ont &#224; proportion plus de vigueur que les grands, car la sensibilit&#233; publique n'augmente pas avec le territoire, plus il s'&#233;tend, plus la volont&#233; s'atti&#233;dit, plus les mouvements s'affaiblissent et ce grand corps surcharg&#233; de son propre poids, s'affaisse, tombe en langueur et d&#233;p&#233;rit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exemples suffisent pour donner une id&#233;e des divers moyens dont on peut affaiblir un &#233;tat et de ceux dont la guerre semble autoriser l'usage pour nuire &#224; son ennemi ; &#224; l'&#233;gard des trait&#233;s dont quelqu'un de ces moyens sont les conditions, que sont au fond de pareilles paix, sinon une guerre continu&#233;e avec d'autant plus de cruaut&#233; que l'ennemi vaincu n'a plus le droit de se d&#233;fendre ? J'en parlerai dans un autre lieu .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joignez &#224; tout cela les t&#233;moignages sensibles de mauvaise volont&#233;, qui annoncent l'intention de nuire comme de refuser &#224; une puissance les titres qui lui sont dus, de m&#233;conna&#238;tre ses droits, rejeter ses pr&#233;tentions, d'&#244;ter &#224; ses sujets la libert&#233; du commerce, de lui susciter des ennemis ; enfin, d'enfreindre &#224; son &#233;gard le droit des gens, sous quelque pr&#233;texte que ce puisse &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diverses mani&#232;res d'offenser un corps politique ne sont toutes ni &#233;galement pratiquables, ni &#233;galement utiles &#224; celui qui les emploie ; et celles dont r&#233;sulte &#224; la fois notre propre avantage et le pr&#233;judice de l'ennemi sont naturellement pr&#233;f&#233;r&#233;es. La terre, l'argent, les hommes, toutes les d&#233;pouilles qu'on peut s'approprier, deviennent ainsi les principaux objets des hostilit&#233;s r&#233;ciproques. Cette basse avidit&#233; changeant insensiblement les id&#233;es des choses, la guerre enfin d&#233;g&#233;n&#232;re en brigandage, et d'ennemis et guerriers on devient peu &#224; peu tyrans et voleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De peur d'adopter sans y songer ces changements d'id&#233;es, fixons d'abord les n&#244;tres par une d&#233;finition, et t&#226;chons de la rendre si simple qu'il soit impossible d'en abuser .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'appelle donc guerre de puissance &#224; puissance l'effet d'une disposition mutuelle, constante et manifest&#233;e de d&#233;truire l'&#201;tat ennemi, ou de l'affaiblir au moins par tous les moyens qu'on le peut. Cette disposition r&#233;duite en acte est la guerre proprement dite ; tant qu'elle reste sans effet, elle n'est que l'&#233;tat de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pr&#233;vois une objection : puisque selon moi l'&#233;tat de guerre est naturel entre les puissances, pourquoi la disposition dont elle r&#233;sulte a-t-elle besoin d'&#234;tre manifest&#233;e ? A cela je r&#233;ponds que j'ai parl&#233; ci-devant de l'&#233;tat naturel, que je parle ici de l'&#233;tat l&#233;gitime, et que je ferai voir ci-apr&#232;s comment, pour le rendre tel, la guerre a besoin d'une d&#233;claration.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;DISTINCTIONS FONDAMENTALES &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je prie les lecteurs de ne point oublier que je ne cherche pas ce qui rend la guerre avantageuse &#224; celui qui la fait, mais ce qui la rend l&#233;gitime. Il en co&#251;te presque toujours pour &#234;tre juste. Est-on pour cela dispens&#233; de l'&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il n'y eut jamais, et qu'il ne puisse y avoir, de v&#233;ritable guerre entre les particuliers, qui sont donc ceux entre lesquels elle a lieu et qui peuvent s'appeler r&#233;ellement ennemis ? Je r&#233;ponds que ce sont les personnes publiques. Et qu'est-ce qu'une personne publique ? Je r&#233;ponds que c'est cet &#234;tre moral qu'on appelle souverain, &#224; qui le pacte social a donn&#233; l'existence, et dont toutes les volont&#233;s portent le nom de lois. Appliquons ici les distinctions pr&#233;c&#233;dentes ; on peut dire, dans les effets de la guerre, que c'est le souverain qui fait le dommage et l'&#201;tat qui le re&#231;oit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la guerre n'a lieu qu'entre des &#234;tres moraux, on n'en veut point aux hommes, et l'on peut la faire sans &#244;ter la vie &#224; personne. Mais ceci demande explication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A n'envisager les choses que selon la rigueur du pacte social, la terre, l'argent, les hommes, et tout ce qui est compris dans l'enceinte de l'&#201;tat, lui appartient sans r&#233;serve. Mais les droits de la soci&#233;t&#233;, fond&#233;s sur ceux de la nature, ne pouvant les an&#233;antir, tous ces objets doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s sous un double rapport : savoir, le sol comme territoire public et comme patrimoine 163 des particuliers ; les biens comme appartenant dans un sens au souverain et dans un autre aux propri&#233;taires ; les habitants comme citoyens et comme hommes. Au fond, le corps politique, n'&#233;tant qu'une personne morale, n'est qu'un &#234;tre de raison. &#212;tez la convention publique, &#224; l'instant l'&#201;tat est d&#233;truit sans 1a moindre alt&#233;ration dans tout ce qui le compose ; et jamais toutes les conventions des hommes ne sauraient changer rien dans le physique des choses 16. Qu'est-ce donc que faire la guerre &#224; un souverain ? C'est attaquer la convention publique et tout ce qui en r&#233;sulte ; car l'essence de l'&#201;tat ne consiste qu'en cela. Si le pacte social pouvait &#234;tre tranch&#233; d'un seu1 coup, &#224; l'instant il n 'y aurait plus de guerre ; et de ce seul coup l'&#201;tat serait tu&#233;, sans qu'il mour&#251;t un seul homme. Aristote dit que pour autoriser les cruels traitements qu'on faisait souffrir &#224; Sparte aux Ilotes, les &#201;phores, en entrant en charge. leur d&#233;claraient solennellement la guerre .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;claration &#233;tait aussi superflue que barbare. L'&#233;tat de guerre subsistait n&#233;cessairement entre eux par cela seul que les uns &#233;taient les ma&#238;tres, et les autres les esclaves. Il n'est pas douteux que, puisque les Lac&#233;d&#233;moniens tuaient les Ilotes, les Ilotes ne fussent en droit de tuer les Lac&#233;d&#233;moniens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ouvre les livres de droit et de morale, j'&#233;coute les savants et les jurisconsultes et p&#233;n&#233;tr&#233; de leurs discours insinuants, je d&#233;plore les mis&#232;res de la nature, j'admire la paix et la justice &#233;tablies par l'ordre civil, je b&#233;nis la sagesse des institutions publiques et me console d'&#234;tre homme en me voyant citoyen. Bien instruit de mes devoirs et de mon bonheur, je ferme le livre, sors de la classe, et regarde autour de moi ; je vois des peuples infortun&#233;s g&#233;missants sous un joug de fer, le genre humain &#233;cras&#233; par une poign&#233;e d'oppresseurs, une foule affam&#233;e, accabl&#233;e de peine et de faim, dont le riche boit en paix le sang et les larmes, et partout le fort arm&#233; contre le faible du redoutable pouvoir des lois .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se fait paisiblement et sans r&#233;sistance ; c'est la tranquillit&#233; des compagnons d'Ulysse enferm&#233;s dans la caverne du Cyclope, en attendant qu'ils soient d&#233;vor&#233;s. Il faut g&#233;mir et se taire. Tirons un voile &#233;ternel sur ces objets d'horreur. J'&#233;l&#232;ve les yeux et regarde au loin. J'aper&#231;ois des feux et des flammes, des campagnes d&#233;sertes , des villes au pillage. Hommes farouches, o&#249; tra&#238;nez-vous ces infortun&#233;s ? J'entends un bruit affreux ; quel tumulte ! quels cris ! J'approche ; je vois un th&#233;&#226;tre de meurtres, dix mille hommes &#233;gorg&#233;s, les morts entass&#233;s par monceaux, les mourants foul&#233;s aux pieds des chevaux, partout l'image de la mort et de l'agonie. C'est donc l&#224; le fruit de ces institutions pacifiques ! La piti&#233;, l'indignation s'&#233;l&#232;vent au fond de mon c&#339;ur. Ah philosophe barbare ! viens nous lire ton livre sur un champ de bataille !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles entrailles d'hommes ne seraient &#233;mues &#224; ces tristes objets ? Mais il n'est plus permis d'&#234;tre homme et de plaider la cause de l'humanit&#233;. La justice et la v&#233;rit&#233; doivent &#234;tre pli&#233;es &#224; l'int&#233;r&#234;t des plus puissants : c'est la r&#232;gle. Le peuple ne donne ni pensions, ni emplois, ni chaires, ni places d'acad&#233;mies ; en vertu de quoi le prot&#233;gerait-on ? Princes magnanimes je parle au nom du corps litt&#233;raire ; opprimez le peuple en s&#251;ret&#233; de conscience ; c'est de vous seuls que nous attendons tout ; le peuple ne nous est bon &#224; rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment une aussi faible voix se ferait-elle entendre &#224; travers tant de clameurs v&#233;nales ? H&#233;las ! il faut me taire ; mais la voix de mon c&#339;ur ne saurait-elle percer &#224; travers un si triste silence ? Non ; sans entrer dans d'odieux d&#233;tails qui passeraient pour satiriques par cela seul qu'ils seraient vrais, je me bornerai, comme j'ai toujours fait, &#224; examiner les &#233;tablissements humains par leurs principes ; &#224; corriger, s'il se peut, les fausses id&#233;es que nous en donnent des auteurs int&#233;ress&#233;s ; et &#224; faire au moins que l'injustice et la violence ne prennent pas impudemment le nom de droit et d'&#233;quit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re chose que je remarque, en consid&#233;rant la position du genre humain, c'est une contradiction manifeste dans sa constitution, qui la rend toujours vacillante. D'homme &#224; homme, nous vivons dans l'&#233;tat civil et soumis aux lois. de peuple &#224; peuple, chacun jouit de la libert&#233; naturelle : ce qui rend au fond notre situation pire que si ces distinctions &#233;taient inconnues. Car vivant &#224; la fois dans l'ordre social et dans l'&#233;tat de nature, nous sommes assujettis aux inconv&#233;nients de l'un et de l'autre, sans trouver la s&#251;ret&#233; dans aucun des deux. La perfection de l'ordre social consiste, il est vrai, dans le concours de la force et de la loi ; mais il faut pour cela que la loi dirige la force ; au lieu que, dans les id&#233;es de l'ind&#233;pendance absolue des princes, la seule force, parlant aux citoyens sous le nom de loi et aux &#233;trangers sous le nom de raison d'&#201;tat, &#244;te &#224; ceux-ci le pouvoir et aux autres la volont&#233; de r&#233;sister, en sorte que le vain nom de justice ne sert partout que de sauvegarde &#224; la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ce qu'on appelle commun&#233;ment le droit des gens, il est certain que, faute de sanction, ses lois ne sont que des chim&#232;res plus faibles encore que la loi de nature. Celle-ci parle au moins au c&#339;ur des particuliers au lieu que, le droit des gens n'ayant d'autre garant que l'utilit&#233; de celui qui s'y soumet, ses d&#233;cisions ne sont respect&#233;es qu'autant que l'int&#233;r&#234;t les confirme. Dans la condition mixte o&#249; nous nous trouvons, auquel des deux syst&#232;mes qu'on donne la pr&#233;f&#233;rence, en faisant trop ou trop peu, nous n'avons rien fait, et nous sommes mis dans le pire &#233;tat o&#249; nous puissions nous trouver . Voil&#224;, ce me semble, la v&#233;ritable origine des calamit&#233;s publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettons un moment ces id&#233;es en opposition avec l'horrible syst&#232;me de Hobbes ; et nous trouverons, tout au rebours de son absurde doctrine, que bien loin que l'&#233;tat de guerre soit naturel &#224; l'homme, la guerre est n&#233;e de la paix, ou du moins des pr&#233;cautions que les hommes ont prises pour s'assurer une paix durable. Mais, avant que d'entrer dans cette discussion, t&#226;chons d'expliquer ce qu'il..&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui peut avoir imagin&#233; sans fr&#233;mir le syst&#232;me insens&#233; de la guerre naturelle de chacun contre tous ? Quel &#233;trange animal que celui qui croirait son bien attach&#233; &#224; la destruction de toute son esp&#232;ce et comment concevoir que cette esp&#232;ce, aussi monstrueuse et aussi d&#233;testable, p&#251;t durer seulement deux g&#233;n&#233;rations ? Voil&#224; pourtant jusqu'o&#249; le d&#233;sir ou plut&#244;t la fureur d'&#233;tablir le despotisme et l'ob&#233;issance passive ont conduit un des plus beaux g&#233;nies qui aient exist&#233;. Un principe aussi f&#233;roce &#233;tait digne de son objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;tat de soci&#233;t&#233; qui contraint toutes nos inclinations naturelles ne les saurait pourtant an&#233;antir . malgr&#233; nos pr&#233;jug&#233;s et malgr&#233; nous-m&#234;mes, elles parlent encore au fond de nos c&#339;urs et nous ram&#232;nent souvent au vrai que nous quittons pour des chim&#232;res. Si cette inimiti&#233; mutuelle et destructive &#233;tait attach&#233;e &#224; notre constitution, elle se ferait donc sentir encore et nous repousserait malgr&#233; nous, &#224; travers toutes les cha&#238;nes sociales. L'affreuse haine de l'humanit&#233; rongerait le c&#339;ur de l'homme. Il s'affligerait &#224; la naissance de ses propres enfants . il se r&#233;jouirait &#224; la mort de ses fr&#232;res ; et lorsqu'il trouverait quelqu'un endormi son premier mouvement serait de le tuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bienveillance qui nous fait prendre part au bonheur de nos semblables, la compassion qui nous identifie avec celui qui souffre et nous afflige de sa douleur, seraient des sentiments inconnus et directement contraires &#224; la nature. Ce serait un monstre qu'un homme sensible et pitoyable ; et nous serions naturellement ce que nous avons bien de la peine &#224; devenir au milieu de la d&#233;pravation qui nous poursuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sophiste dirait en vain que cette mutuelle inimiti&#233; n'est pas inn&#233;e et imm&#233;diate, mais fond&#233;e sur la concurrence in&#233;vitable du droit de chacun sur toutes choses. Car le sentiment de ce pr&#233;tendu droit n'est pas plus naturel &#224; l'homme que la guerre qu'il en fait na&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai d&#233;j&#224; dit et je ne puis trop le r&#233;p&#233;ter l'erreur de Hobbes et des philosophes est de confondre l'homme naturel avec les hommes qu'ils ont sous les yeux, et de transporter dans un syst&#232;me un &#234;tre qui ne peut subsister que dans un autre. L 'homme veut son bien-&#234;tre et tout ce qui peut y contribuer ; cela est incontestable. Mais naturellement ce bien-&#234;tre de l'homme se borne au n&#233;cessaire physique ; car, quand il a l'&#226;me saine et que son corps ne souffre pas, que lui manque-t-il pour &#234;tre heureux selon sa constitution ? Celui qui n'a rien d&#233;sire peu de chose ; celui qui ne commande &#224; personne a peu d'ambition. Mais le superflu &#233;veille la convoitise ; plus on obtient, plus on d&#233;sire. Celui qui a beaucoup veut tout avoir ; et la folie de la monarchie universelle n'a jamais tourment&#233; que le c&#339;ur d'un grand roi. Voil&#224; la marche de la nature, voil&#224; le d&#233;veloppement des passions. Un philosophe superficiel observe des &#226;mes cent fois rep&#233;tries et ferment&#233;es dans le levain de la soci&#233;t&#233; et croit avoir observ&#233; l'homme. Mais pour le bien conna&#238;tre, il faut savoir d&#233;m&#234;ler la gradation naturelle de ses sentiments et ce n'est point chez les habitants d'une grande ville qu'il faut chercher le premier trait de la nature dans l'empreinte du c&#339;ur humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, cette m&#233;thode analytique n'offre-t-elle qu'ab&#238;mes et myst&#232;res, o&#249; le plus sage comprend le moins. Qu'on demande pourquoi les m&#339;urs se corrompent &#224; mesure que les esprits s'&#233;clairent ; n'en pouvant trouver la cause, ils auront le front de nier le fait. Qu'on demande pourquoi les sauvages transport&#233;s parmi nous ne partagent ni nos passions ni nos plaisirs , et ne se soucient point de tout ce que nous d&#233;sirons avec tant d'ardeur. Ils ne l'expliqueront jamais, ou ne l'expliqueront que par mes principes. Ils ne connaissent que ce qu'ils voient et n'ont jamais vu la nature. Ils savent fort bien ce que c'est qu'un bourgeois de Londres ou de Paris ; mais ils ne sauront jamais ce que c'est qu'un homme.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;strong&gt;Que l'&#233;tat de guerre na&#238;t de l'&#233;tat social&lt;/strong&gt;, Seuil, L'Int&#233;grale, t.II, p.381-397&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Autres fragments sur la guerre</title>
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		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>


		<dc:subject>guerre</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; Autres fragments sur la guerre &lt;br class='autobr' /&gt;
1. Pour conna&#238;tre exactement quels sont les droits de la guerre examinons avec soin la nature de la chose et n'admettons pour vrai que ce qui s'en d&#233;duit n&#233;cessairement. Que deux hommes se battent dans l'&#233;tat de nature voil&#224; la guerre allum&#233;e entre eux. Mais pourquoi se battent-ils ? Est-ce pour se manger l'un l'autre ? Cela n'arrive m&#234;me parmi les animaux qu'entre diff&#233;rentes esp&#232;ces. Entre les hommes de m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Autres fragments sur la guerre&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1. Pour conna&#238;tre exactement quels sont les droits de la guerre examinons avec soin la nature de la chose et n'admettons pour vrai que ce qui s'en d&#233;duit n&#233;cessairement. Que deux hommes se battent dans l'&#233;tat de nature voil&#224; la guerre allum&#233;e entre eux. Mais pourquoi se battent-ils ? Est-ce pour se manger l'un l'autre ? Cela n'arrive m&#234;me parmi les animaux qu'entre diff&#233;rentes esp&#232;ces. Entre les hommes de m&#234;me qu'entre les loups le sujet de la querelle est toujours enti&#232;rement &#233;tranger &#224; la vie des combattants Il peut tr&#232;s bien arriver que l'un des deux p&#233;risse dans le combat, mais alors sa mort est le moyen et non l'objet de la victoire, car sit&#244;t que le vaincu c&#232;de, le vainqueur s'empare de la chose contest&#233;e, le combat cesse et la guerre est finie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut remarquer que l'&#233;tat social rassemblant autour de nous une multitude de choses qui tiennent plus &#224; nos fantaisies qu'&#224; nos besoins et qui nous &#233;taient naturellement indiff&#233;rentes, la plupart des sujets de guerre deviennent encore beaucoup plus &#233;trangers &#224; la vie des hommes que dans l'&#233;tat de nature et que cela va souvent au point que les particuliers se soucient fort peu des &#233;v&#233;nements de la guerre publique. On prend les armes pour disputer de puissance, de richesses, ou de consid&#233;ration et le sujet de la querelle se trouve enfin si &#233;loign&#233; de la personne des citoyens qu'ils n'en sont ni mieux ni plus mal d'&#234;tre vainqueurs ou vaincus. Il serait bien &#233;trange qu'une guerre ainsi constitu&#233;e e&#251;t quelque rapport &#224; leur vie et qu'on se cr&#251;t en droit d'&#233;gorger des hommes seulement pour montrer qu'on est plus fort qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tue pour vaincre, mais il n'y a point d 'homme si f&#233;roce qu'il cherche &#224; vaincre pour tuer .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2. Maintenant que l'&#233;tat de nature est aboli parmi nous, la guerre n'existe plus entre particuliers et les hommes qui de leur chef en attaquent d'autres m&#234;me apr&#232;s avoir re&#231;u d'eux quelque injure ne sont point regard&#233;s comme leurs ennemis mais comme de v&#233;ritables brigands. Cela est si vrai qu'un sujet qui prenant &#224; la lettre les termes d'une d&#233;claration de guerre voudrait sans brevet ni lettres de marque courre sus aux ennemis de son prince en serait puni ou devrait l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3. Il n 'y a que des peuples tranquillement &#233;tablis depuis tr&#232;s longtemps qui puissent imaginer de faire de la guerre un v&#233;ritable m&#233;tier &#224; part et des gens qui l'exercent une classe particuli&#232;re. Chez un nouveau peuple o&#249; l'int&#233;r&#234;t commun est encore en toute sa vigueur, tous les citoyens sont soldats en temps de guerre et il n 'y a plus de soldats en temps de paix. C'est un des meilleurs signes de la jeunesse et de la vigueur d'une nation 181. Il faut n&#233;cessairement que des hommes toujours arm&#233;s soient par &#233;tat les ennemis de tous les autres ou n'emploient jamais ces forces artificielles que comme une ressource contre l'affaiblissement int&#233;rieur et les premi&#232;res troupes r&#233;gl&#233;es sont en quelque sorte les premi&#232;res rides qui annoncent la prochaine d&#233;cr&#233;pitude du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4. Gr&#226;ce &#224; Dieu on ne voit plus rien de pareil parmi les Europ&#233;ens. On aurait horreur d'un prince qui ferait massacrer ses prisonniers. On s'indigne m&#234;me contre ceux qui les traitent mal et ces maximes abominables qui r&#233;voltent la raison et font fr&#233;mir l'humanit&#233; ne sont plus connues que des jurisconsultes qui en font tranquillement la base de leurs syst&#232;mes politiques et qui au lieu de nous montrer l'autorit&#233; souveraine comme la source du bonheur des hommes osent nous la montrer comme le supplice des vaincus .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour peu qu'on marche de cons&#233;quence en cons&#233;quence l'erreur du principe se fait sentir &#224; chaque pas ; et l'on voit partout que dans une aussi t&#233;m&#233;raire d&#233;cision l'on n'a pas plus consult&#233; la raison que la nature. Si je voulais approfondir la notion de l'&#233;tat de guerre je d&#233;montrerais ais&#233;ment qu'il ne peut r&#233;sulter que du libre consentement des parties bellig&#233;rantes, que si l'une veut attaquer et que l'autre ne veuille pas se d&#233;fendre il n'y a point d'&#233;tat de guerre mais seulement violence et agression, que l'&#233;tat de guerre &#233;tant &#233;tabli par le libre consentement des parties, ce libre et mutuel consentement est aussi n&#233;cessaire pour r&#233;tablir la paix et qu'&#224; moins que l'un des adversaires ne soit an&#233;anti, la guerre ne peut finir entre eux qu'&#224; l'instant que tous deux en libert&#233; d&#233;clarent qu'ils y renoncent, de sorte qu'en vertu de la relation du ma&#238;tre &#224; l'esclave ils continuent et m&#234;me malgr&#233; eux d'&#234;tre toujours dans l'&#233;tat de guerre. Je pourrais mettre en question si les promesses arrach&#233;es par la force et pour &#233;viter la mort sont obligatoires dans l'&#233;tat de libert&#233;, et si toutes celles que le prisonnier fait &#224; son ma&#238;tre dans cet &#233;tat peuvent signifier autre chose que celle-ci. &lt;i&gt;Je m'engage &#224; vous ob&#233;ir aussi longtemps qu'&#233;tant le plus fort vous n'attenterez pas &#224; ma vie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plus. Qu'on me dise lesquels doivent l'emporter des engagements solennels et irr&#233;vocables pris avec la patrie en pleine libert&#233; ou de ceux que l'effroi de la mort nous fera contracter avec l'ennemi vainqueur. Le pr&#233;tendu droit d'esclavage auquel sont asservis les prisonniers de guerre est sans bornes. Les jurisconsultes le d&#233;cident formellement. Il n'y a rien, dit Grotius, qu'on ne puisse impun&#233;ment faire souffrir &#224; de tels esclaves. Il n'est point d'action qu'on ne puisse leur commander, ou &#224; laquelle on ne puisse les contraindre, de quelque mani&#232;re que ce soit. Mais si leur faisant gr&#226;ce de mille tourments on se contente d'exiger qu'ils portent les armes contre leur pays, je demande lequel ils doivent remplir : du serment qu'ils ont fait librement &#224; leur patrie ou de celui que l'ennemi vient d'arracher &#224; leur faiblesse. D&#233;sob&#233;iront-ils &#224; leurs ma&#238;tres ou massacreront-ils leurs concitoyens ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre osera-t-on me dire que l'&#233;tat d'esclavage assujettissant les prisonniers &#224; leur ma&#238;tre, ils changent d'&#233;tat &#224; l'instant et que devenant sujets de leur nouveau souverain ils renoncent &#224; leur ancienne patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5. Quand mille peuples f&#233;roces auraient massacr&#233; leurs prisonniers, quand mille docteurs vendus &#224; la tyrannie auraient excus&#233; ces crimes, qu'importe &#224; la v&#233;rit&#233; l'erreur des hommes et leur barbarie &#224; la justice ? Ne cherchons point ce qu'on a fait mais ce qu'on doit faire et rejetons de viles et mercenaires autorit&#233;s qui ne tendent qu'&#224; rendre les hommes esclaves, m&#233;chants et malheureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6. Plusieurs sans doute aimeraient-ils mieux n'&#234;tre pas que d'&#234;tre esclaves ; mais comme l'acte de mourir est rude, ils aiment mieux &#234;tre esclaves que d'&#234;tre tu&#233;s ; et, charg&#233;s de fers, ils existent malgr&#233; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7. Premi&#232;rement, le vainqueur n'&#233;tant pas plus en droit de faire cette menace que de l'ex&#233;cuter, l'effet n'en saurait &#234;tre l&#233;gitime. En second lieu, si jamais serment extorqu&#233; par force fut nul, c'est surtout celui qui nous soumet &#224; l'engagement le plus &#233;tendu que des hommes puissent prendre, et qui par cons&#233;quent suppose la plus parfaite libert&#233; dans ceux qui le contractent. Le serment ant&#233;rieur qui nous lie &#224; la patrie annule d'autant mieux en pareil cas celui qui nous soumet &#224; un autre souverain, que le premier a &#233;t&#233; contract&#233; en pleine libert&#233;, et le second dans les fers. Pour juger si l'on peut contraindre un homme &#224; se faire naturaliser dans un &#201;tat &#233;tranger, il faut toujours remonter &#224; l'objet essentiel et primordial des soci&#233;t&#233;s politiques, qui est le bonheur des peuples. Or, il r&#233;pugne &#224; la loi de raison de dire &#224; autrui : Je veux que vous soyez heureux autrement que vous ne voulez vous-m&#234;me. Si l'on ne peut pas [...].&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;strong&gt;Autres fragments sur la guerre&lt;/strong&gt;, Seuil, L'Int&#233;grale, t.II, p. 387&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Fragment sur la guerre</title>
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		<dc:creator>Rousseau, Jean-Jacques</dc:creator>


		<dc:subject>guerre</dc:subject>
		<dc:subject>paix</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; Apr&#232;s avoir vu couvrir la terre de nouveaux &#201;tats, apr&#232;s avoir d&#233;couvert entre eux un rapport g&#233;n&#233;ral qui tend &#224; leur destruction mutuelle, il nous reste &#224; voir en quoi pr&#233;cis&#233;ment consiste leur existence, leur bien-&#234;tre et leur vie ; afin de trouver ensuite par quels genres d'hostilit&#233;s ils peuvent s'attaquer et s'entre-nuire l'un l'autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
C'est du pacte social que le corps politique re&#231;oit l'unit&#233; et le moi commun ; son gouvernement et ses (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-paix-+" rel="tag"&gt;paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir vu couvrir la terre de nouveaux &#201;tats, apr&#232;s avoir d&#233;couvert entre eux un rapport g&#233;n&#233;ral qui tend &#224; leur destruction mutuelle, il nous reste &#224; voir en quoi pr&#233;cis&#233;ment consiste leur existence, leur bien-&#234;tre et leur vie ; afin de trouver ensuite par quels genres d'hostilit&#233;s ils peuvent s'attaquer et s'entre-nuire l'un l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est du pacte social que le corps politique re&#231;oit l'unit&#233; et le moi commun ; son gouvernement et ses lois rendent sa constitution plus ou moins robuste, sa vie est dans les c&#339;urs des citoyens, leur courage et leurs m&#339;urs le rendent plus ou moins durable, les seules actions qu'il commet librement et qu'on peut lui imputer sont dict&#233;es par la volont&#233; g&#233;n&#233;rale et c'est par la nature de ces actions qu'on peut juger si l'&#234;tre qui les produit est bien ou mal constitu&#233;. Ainsi tant qu'il existe une volont&#233; commune d'observer le pacte social et les lois, ce pacte subsiste encore, et tant que cette volont&#233; se manifeste par des actes ext&#233;rieurs, l'&#201;tat n'est point an&#233;anti. Mais sans cesser d'exister, il peut se trouver dans un point de vigueur ou de d&#233;p&#233;rissement, par o&#249; faible, sain ou malade, et tendant &#224; se d&#233;truire ou &#224; s'affermir , son bien-&#234;tre peut s'augmenter ou s'alt&#233;rer d'une infinit&#233; de mani&#232;res, qui presque toutes d&#233;pendent de lui. Ce d&#233;tail immense n'est pas de mon sujet ; mais en voici le sommaire qui s'y rapporte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ID&#201;E G&#201;N&#201;RALE DE LA GUERRE D'&#201;TAT A &#201;TAT &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le principe de vie du corps politique, et si l'on peut parler ainsi le c&#339;ur de l'&#201;tat est le pacte social par o&#249; sit&#244;t qu'on le blesse, &#224; l'instant il meurt, tombe et se dissout, mais ce pacte n'est point une chartre en parchemin qu'il suffise de d&#233;chirer pour le d&#233;truire, il est &#233;crit dans la volont&#233; g&#233;n&#233;rale et c'est l&#224; qu'il n'est pas facile de l'annuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pouvant donc d'abord diviser le tout, on l'atteint par ses parties, si le corps est invuln&#233;rable on blesse les membres pour l'affaiblir, si l'on ne lui peut &#244;ter l'existence on alt&#232;re au moins son bien-&#234;tre, si l'on ne peut arriver au si&#232;ge de la vie, on d&#233;truit ce qui la maintient, on attaque le gouvernement, les lois, les m&#339;urs, les biens, les possessions, les hommes. Il faut bien que l'&#201;tat p&#233;risse quand tout ce qui le conserve est an&#233;anti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ces moyens sont employ&#233;s ou peuvent l'&#234;tre dans la guerre d'une puissance &#224; une autre et ils sont souvent encore les conditions impos&#233;es par les vainqueurs pour continuer de nuire au vaincu d&#233;sarm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'objet de tout le mal qu'on fait &#224; son ennemi par la guerre est de le forcer &#224; souffrir qu'on lui en fasse encore plus par la paix. Il n 'y a point de ces sortes d'hostilit&#233;s dont l'histoire ne fournisse des exemples. Je n'ai pas besoin de parler des contributions p&#233;cuniaires en marchandises ou en denr&#233;es ni du territoire enlev&#233; ni des habitants transplant&#233;s. Le tribut annuel des hommes n'est pas m&#234;me une chose rare. Sans remonter &#224; Minos et aux Ath&#233;niens, on sait que les empereurs du Mexique n'attaquaient leurs voisins que pour avoir des captifs &#224; sacrifier et de nos jours les guerres des rois de Guin&#233;e entre eux et leurs trait&#233;s avec les peuples d'Europe n'ont pour objet que des tributs et trait&#233;s d'esclaves. Que le but et l'effet de la guerre ne soit quelquefois que d'alt&#233;rer la constitution de l'&#201;tat ennemi, cela n'est pas non plus difficile &#224; justifier . Les r&#233;publiques de la Gr&#232;ce s'attaquaient moins entre elles pour s'&#244;ter mutuellement la libert&#233; que pour changer la forme de leur gouvernement, et ne changeaient le gouvernement des vaincus que pour les mieux tenir dans leur d&#233;pendance. Les Mac&#233;doniens et tous les vainqueurs de Sparte se sont toujours fait une affaire importante d 'y abolir les lois de Lycurgue, et les Romains croyaient ne pouvoir donner une plus grande marque de cl&#233;mence &#224; un peuple soumis que de lui laisser ses propres lois. On sait encore que c'&#233;tait une des maximes de leur politique de fomenter chez leurs ennemis et d'&#233;loigner d'eux-m&#234;mes les arts eff&#233;min&#233;s et s&#233;dentaires qui &#233;nervent et amollissent les hommes. Laissons aux Tarentins leurs dieux irrit&#233;s, disait Fabius, sollicit&#233; d'emporter &#224; Rome les statues et les tableaux dont Tarente &#233;tait orn&#233;e et l'on impute justement &#224; Marcellus la premi&#232;re d&#233;cadence des m&#339;urs romaines pour n'avoir pas suivi la m&#234;me politique &#224; Syracuse. Tant il est vrai qu'un conqu&#233;rant habile nuit quelquefois plus aux vaincus par ce qu'il leur laisse que par ce qu'il leur &#244;te et qu'au contraire un avide usurpateur se nuit souvent plus qu'&#224; son ennemi par le mal qu'il lui fait indirectement. Cette influence des m&#339;urs a toujours &#233;t&#233; regard&#233;e comme tr&#232;s importante par les princes vraiment &#233;clair&#233;s. Toute la peine que Cyrus imposa aux Lydiens r&#233;volt&#233;s fut une vie molle et eff&#233;min&#233;e et la mani&#232;re dont s'y prit le tyran Aristod&#232;me pour maintenir les habitants de Cumes dans sa d&#233;pendance est trop curieuse pour ne la pas rapporter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;CE QUE C'EST QUE L'&#201;TAT DE GUERRE &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quoique ces deux mots de guerre et de paix paraissent exactement corr&#233;latifs, le second renferme une signification beaucoup plus &#233;tendue, attendu qu'on peut interrompre et troubler la paix en plusieurs mani&#232;res sans aller jusqu'&#224; la guerre. Le repos, l'union, la concorde, toutes les id&#233;es de bienveillance et d'affection mutuelle semblent renferm&#233;es dans ce doux mot de paix. Il porte &#224; l'&#226;me une pl&#233;nitude de sentiment qui nous fait aimer &#224; la fois notre propre existence et celle d'autrui, il repr&#233;sente le lien des &#234;tres qui les unit dans le syst&#232;me universel, il n'a toute son &#233;tendue que dans l'esprit de Dieu &#224; qui rien de ce qui est ne peut nuire et qui veut la conservation de tous les &#234;tres qu'il a cr&#233;&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constitution de cet univers ne permet pas que tous les &#234;tres sensibles qui le composent concourent &#224; la fois &#224; leur bonheur mutuel, mais le bien-&#234;tre de l'un faisant le mal de l'autre, chacun selon la loi de nature se donne &#224; lui-m&#234;me la pr&#233;f&#233;rence et quand il travaille &#224; son avantage ou bien au pr&#233;judice d'autrui ; &#224; l'instant la paix est troubl&#233;e &#224; l'&#233;gard de celui qui souffre, alors non seulement il est naturel de repousser le mal qui nous poursuit, mais quand un &#234;tre intelligent voit que ce mal lui vient par la mauvaise volont&#233; d'un autre, il s'en irrite et cherche &#224; Je repousser. De l&#224; naissent la discorde, les querelles, quelquefois les combats et point encore la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin quand les choses en sont au point qu'un &#234;tre dou&#233; de raison est convaincu que le soin de sa conservation est incompatible non seulement avec le bien-&#234;tre d'un autre mais avec son existence ; alors il s'arme contre sa vie et cherche &#224; le d&#233;truire avec la m&#234;me ardeur dont il cherche &#224; se conserver soi-m&#234;me et par la m&#234;me raison. L'attaqu&#233; sentant que la s&#251;ret&#233; de son existence est incompatible avec l'existence de l'agresseur attaque &#224; son tour de toutes ses forces la vie de celui qui en veut &#224; la sienne. Cette volont&#233; manifest&#233;e de s'entre-d&#233;truire et tous les actes qui en d&#233;pendent produisent entre les deux ennemis une relation qu'on appelle guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; il s'ensuit que la guerre ne consiste point dans un ou plusieurs combats non pr&#233;m&#233;dit&#233;s, pas m&#234;me dans l'homicide et le meurtre commis par un emportement de col&#232;re, mais dans la volont&#233; constante, r&#233;fl&#233;chie et manifest&#233;e de d&#233;truire son ennemi, car pour juger que l'existence de cet ennemi est incompatible avec notre bien-&#234;tre, il faut du sang-froid, et de la raison, ce qui produit une r&#233;solution durable ; et pour que le rapport soit mutuel, il faut qu'&#224; son tour l'ennemi connaissant qu'on en veut &#224; sa vie ait dessein de la d&#233;fendre aux d&#233;pens de la n&#244;tre. Toutes ces id&#233;es sont renferm&#233;es dans le mot de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets publics de cette mauvaise volont&#233; r&#233;duite en acte s'appellent hostilit&#233;s : mais qu'il y ait des hostilit&#233;s ou non, la relation de guerre une fois &#233;tablie ne peut cesser que par une paix formelle. Autrement chacun des deux ennemis n'ayant nul t&#233;moignage que l'autre a cess&#233; d'en vouloir &#224; sa vie, ne pourrait ou ne devrait pas cesser de la d&#233;fendre aux d&#233;pens de celle de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rences donnent lieu &#224; quelque distinction dans les termes. Quand on se tient r&#233;ciproquement en haleine par de continuelles hostilit&#233;s, c'est proprement ce qu'on appelle faire la guerre. Au contraire quand deux ennemis d&#233;clar&#233;s demeurent tranquilles et ne font l'un contre l'autre aucun acte offensif, leur relation ne change pas pour cela, mais tant qu'elle n'a point d'effet actuel elle s'appelle seulement &#233;tat de guerre. De longues guerres dont on se lasse et qu'on ne peut terminer produisent ordinairement cet &#233;tat. Quelquefois loin de s'endormir dans l'inaction, l'animosit&#233; ne fait qu'attendre un moment favorable pour surprendre l'ennemi, et souvent l'&#233;tat de guerre qui produit le rel&#226;chement est plus dangereux que la guerre m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a disput&#233; si la tr&#234;ve, la suspension d'armes, la paix de Dieu &#233;taient un &#233;tat de guerre ou de paix ? Il est clair par les notions pr&#233;c&#233;dentes que tout cela n'est qu'un &#233;tat de guerre modifi&#233;, dans lequel les deux ennemis se lient les mains sans perdre ni d&#233;guiser la volont&#233; de se nuire. On fait des pr&#233;paratifs, on amasse des armes, des mat&#233;riaux pour les si&#232;ges, toutes les op&#233;rations militaires qui ne sont pas sp&#233;cifi&#233;es se continuent. C'est montrer assez que les intentions ne sont pas chang&#233;es. Il en est de m&#234;me encore quand deux ennemis se rencontrent en lieu neutre sans s'attaquer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Rousseau, &lt;strong&gt;Fragment sur la guerre&lt;/strong&gt;, Seuil, L'Int&#233;grale, t.II, p.379&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La fin et les moyens dans la vie de l' homme libre </title>
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&lt;p&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ? &lt;br class='autobr' /&gt; La vie aussi se divise : en loisir et labeur, guerre et paix, et parmi les actions les unes concernent ce qui est indispensable et utile, les autres ce qui est beau. En ces domaines le choix est n&#233;cessairement le m&#234;me pour les parties de l'&#226;me et leurs actions : la guerre doit &#234;tre choisie en vue de la paix, le labeur en vue du loisir, les choses indispensables et utiles en vue de celles qui sont belles. C'est donc en consid&#233;rant tout cela qu'il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Peut-il-etre-juste-de-vouloir-la-guerre' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Peut-il &#234;tre juste de vouloir la guerre ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La vie aussi se divise : en loisir et labeur, guerre et paix, et parmi les actions les unes concernent ce qui est indispensable et utile, les autres ce qui est beau. En ces domaines le choix est n&#233;cessairement le m&#234;me pour les parties de l'&#226;me et leurs actions : la guerre doit &#234;tre choisie en vue de la paix, le labeur en vue du loisir, les choses indispensables et utiles en vue de celles qui sont belles. C'est donc en consid&#233;rant tout cela qu'il revient &#224; l'homme d'&#201;tat de l&#233;gif&#233;rer, selon les parties de l'&#226;me aussi bien que leurs actions, et de pr&#233;f&#233;rence en prenant en compte les choses meilleures et les fins. Il en va de m&#234;me &#224; propos des genres de vie et de la distinction entre nos actions . Car il faut &#234;tre capable de travailler et de faire la guerre mais encore plus de vivre en paix et dans le loisir, &#234;tre capable d'accomplir les t&#226;ches indispensables et utiles mais encore plus les belles actions. De sorte que c'est en vue de tels buts qu'il faut aussi &#233;duquer ceux qui sont encore des enfants et ceux d'autres &#226;ges dans la mesure o&#249; ils ont besoin d'&#233;ducation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi VII, 15,1-3&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Aristote, &lt;strong&gt;Les Politiques&lt;/strong&gt;, VII, 14, 12-14, 1333a31-b5&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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