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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Pouvoir civil et pouvoir spirituel</title>
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		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;[...] Il y en a (...) qui pensent qu'il peut y avoir dans une R&#233;publique plus qu'une seule &#226;me, c'est-&#224;-dire plus qu'un seul souverain, et ils &#233;tablissent une supr&#233;matie qui s'oppose &#224; la souverainet&#233;, des canons qui s'opposent aux lois, et une autorit&#233; spirituelle qui s'oppose &#224; l'autorit&#233; civile, qui agissent sur les esprits des hommes avec des mots et des distinctions qui, en eux-m&#234;mes ne signifient rien, mais qui laissent entrevoir, par leur obscurit&#233;, l'existence dans les t&#233;n&#232;bres d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[...] Il y en a (...) qui pensent qu'il peut y avoir dans une R&#233;publique plus qu'une seule &#226;me, c'est-&#224;-dire plus qu'un seul souverain, et ils &#233;tablissent une supr&#233;matie qui s'oppose &#224; la souverainet&#233;, des canons qui s'opposent aux lois, et une autorit&#233; spirituelle qui s'oppose &#224; l'autorit&#233; civile, qui agissent sur les esprits des hommes avec des mots et des distinctions qui, en eux-m&#234;mes ne signifient rien, mais qui laissent entrevoir, par leur obscurit&#233;, l'existence dans les t&#233;n&#232;bres d'un autre royaume (que certains croient invisible), qui serait comme un royaume de sylphes. Or, vu qu'il est manifeste que le pouvoir civil et le pouvoir de la R&#233;publique sont la m&#234;me chose, et que la supr&#233;matie et le pouvoir de faire des canons et d'accorder des libert&#233;s impliquent une R&#233;publique ; il s'ensuit que l&#224; o&#249; l'un est souverain et un autre supr&#234;me, l&#224; o&#249; l'un peut faire des lois, et un autre des canons, il doit n&#233;cessairement y avoir deux R&#233;publiques, form&#233;es d'un unique groupe des m&#234;mes sujets, ce qui est un royaume divis&#233; en lui-m&#234;me, qui ne peut demeurer. En effet, m&#234;me si la distinction entre temporel et spirituel n'a pas de sens, il y a pourtant deux royaumes, et chaque sujet est assujetti &#224; deux ma&#238;tres. En effet, vu que le pouvoir spirituel pr&#233;tend au droit de d&#233;clarer ce qu'est le p&#233;ch&#233;, il pr&#233;tend en cons&#233;quence &#224; celui de d&#233;clarer ce qu'est la loi, le p&#233;ch&#233; n'&#233;tant rien d'autre que la transgression de la loi, et vu que, de m&#234;me, le pouvoir civil pr&#233;tend au droit de d&#233;clarer ce qu'est la loi, tout sujet doit ob&#233;ir &#224; deux ma&#238;tres qui, tous deux, veulent que leurs commandements soient observ&#233;s comme des lois, ce qui est impossible. Ou, s'il n'y a qu'un seul royaume, soit le pouvoir civil, qui est le pouvoir de la R&#233;publique, doit &#234;tre subordonn&#233; au pouvoir spirituel, et alors n'existe qu'une souverainet&#233;, la souverainet&#233; spirituelle, soit le pouvoir spirituel doit &#234;tre subordonn&#233; au pouvoir temporel, et alors il n'y a qu'une supr&#233;matie, la supr&#233;matie temporelle. Quand donc ces deux pouvoirs s'opposent l'un &#224; l'autre, la R&#233;publique ne peut qu'&#234;tre en grand danger de guerre civile et de dissolution. En effet, l'autorit&#233; civile, &#233;tant plus visible, et se trouvant dans la lumi&#232;re plus &#233;clair&#233;e de la raison naturelle, ne peut faire autrement qu'attirer &#224; elle, en tout temps, une partie tr&#232;s consid&#233;rable du peuple ; et l'autorit&#233; spirituelle, quoiqu'elle se tienne dans l'obscurit&#233; des distinctions scolastiques et des mots difficiles, cependant, parce que la crainte des t&#233;n&#232;bres et des esprits est plus importante que les autres craintes, ne peut manquer d'un parti suffisant pour troubler, et parfois d&#233;truire, une R&#233;publique [...]. Quand le pouvoir spirituel, par la terreur des ch&#226;timents et l'espoir des r&#233;compenses, qui sont les nerfs de la R&#233;publique, meut les membres de cette derni&#232;re autrement que par le pouvoir civil, qui est l'&#226;me de la R&#233;publique, et que, par des mots &#233;tranges et difficiles, il &#233;touffe la compr&#233;hension du peuple, il doit n&#233;cessairement de cette fa&#231;on affoler le peuple, et, ou &#233;craser la R&#233;publique en l'opprimant, ou la jeter dans le feu de la guerre civile [...].&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'y a donc pas en cette vie d'autre gouvernement, que ce soit de l'&#201;tat ou de la religion, que le gouvernement temporel, et il n'existe pas de doctrine l&#233;gale qui puisse &#234;tre enseign&#233;e aux sujets si le chef, aussi bien de l'&#201;tat que de la religion, a interdit cet enseignement. Et ce chef doit &#234;tre unique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Hobbes&lt;/strong&gt;, &lt;i&gt;L&#233;viathan&lt;/i&gt;, chap. XXIX, Sirey, pp. 349-352 et Chap. XXXIX, Sirey, pp.493-494&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Des choses qui sont n&#233;cessaires pour entrer au Royaume des Cieux (De Cive, III, XVIII).</title>
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		<dc:date>2006-01-25T19:50:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;I. La difficult&#233; propos&#233;e, touchant la r&#233;pugnance qu'il y a d'ob&#233;ir &#224; Dieu et aux hommes, doit &#234;tre &#212;t&#233;e par la distinction entre les choses n&#233;cessaires au salut. IL Que toutes les choses n&#233;cessaires au salut sont contenues dans la foi et dans l'ob&#233;issance. III. Quelle est cette ob&#233;issance qui est requise. IV. Ce que c'est que la foi, et comment elle est distingu&#233;e de la profession ext&#233;rieure, de la science et de l'opinion. V. Ce que c'est que croire en Christ. VI. Il est prouv&#233; par le but (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;I. La difficult&#233; propos&#233;e, touchant la r&#233;pugnance qu'il y a d'ob&#233;ir &#224; Dieu et aux hommes, doit &#234;tre &#212;t&#233;e par la distinction entre les choses n&#233;cessaires au salut. IL Que toutes les choses n&#233;cessaires au salut sont contenues dans la foi et dans l'ob&#233;issance. III. Quelle est cette ob&#233;issance qui est requise. IV. Ce que c'est que la foi, et comment elle est distingu&#233;e de la profession ext&#233;rieure, de la science et de l'opinion. V. Ce que c'est que croire en Christ. VI. Il est prouv&#233; par le but des &#233;vang&#233;listes, que ce seul article est n&#233;cessaire au salut, &#224; savoir que j&#233;sus est le Christ. VIL Et par la pr&#233;dication des ap&#244;tres. VIII. Et par la facilit&#233; de la religion chr&#233;tienne. IX. Et de ce que cet article est le fondement de la foi. X. Et des paroles tr&#232;s expresses de Christ et des ap&#244;tres. XI. Que la foi du Vieux Testament est comprise dans cet article. XII. Comment c'est que la foi et l'ob&#233;issance concourent en l'&#339;uvre du salut. XIII. Qu'en un &#201;tat chr&#233;tien, il n'y a point de r&#233;pugnance entre les commandements de Dieu et ceux de l'&#201;tat. XIV. Que les controverses de religion, qui sont aujourd'hui agit&#233;es, regardent la plupart le droit de r&#233;gner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I.&lt;/strong&gt; Personne n'a jamais ni&#233; que toute l'autorit&#233; dans les choses s&#233;culi&#232;res ne d&#233;rive de la puissance de souverain, soit qu'elle demeure tout enti&#232;re entre les mains d'un seul homme, ou qu'elle soit commise &#224; une certaine assembl&#233;e. Mais les -discours qui pr&#233;c&#232;dent font voir, que cette m&#234;me autorit&#233;, en ce qui regarde le spirituel, d&#233;pend de celle de l'&#233;glise, et de plus que tout &#201;tat chr&#233;tien est une &#233;glise pourvue de la m&#234;me puissance. D'o&#249; les plus stupides peuvent tirer ais&#233;ment cette cons&#233;quence que, dans une r&#233;publique chr&#233;tienne (c'est-&#224;-dire, en celle en laquelle un prince, ou bien une cour chr&#233;tienne, domine souverainement), toute l'autorit&#233; tant s&#233;culi&#232;re que spirituelle est r&#233;unie sous notre Seigneur J&#233;sus-Christ en ceux qui la gouvernent ; et qu'ainsi il leur faut ob&#233;ir en toutes choses. A l'encontre de cette conclusion, et sur ce qu'il faut ob&#233;ir &#224; Dieu plut&#244;t qu'aux hommes, cette difficult&#233; s'est &#233;lev&#233;e, comment c'est que l'on peut leur rendre sans danger une telle ob&#233;issance, s'il leur &#233;choit de commander quelque chose que Christ ait d&#233;fendue ? La cause de cette difficult&#233; vient de ce que Dieu ne parlant plus &#224; nous de vive voix par Christ ni par ses proph&#232;tes, mais par les Saintes &#201;critures, qui sont diversement re&#231;ues par diverses personnes, on entend bien ce que les rois et les conciles ordonnent ; mais on ne sait pas si ce qu'ils commandent est contraire &#224; la parole de Dieu. D'o&#249; il arrive que les hommes, flottant dans l'incertitude, et ne sachant &#224; qui ob&#233;ir, entre les appr&#233;hensions d'une mort &#233;ternelle et la crainte de perdre la vie pr&#233;sente, comme entre Scylla et Charybde, tombent souvent en ces deux &#233;cueils funestes. Mais ceux qui savent bien distinguer les choses n&#233;cessaires au salut d'avec celles qui ne le sont pas, ne peuvent point &#234;tre agit&#233;s de ce doute. Car, si les commandements du prince ou de l'&#201;tat sont tels qu'on peut leur ob&#233;ir sans pr&#233;judice du salut &#233;ternel, ce serait une injustice que de leur refuser ob&#233;issance, et en cette occasion, il faut mettre en usage le pr&#233;cepte de l'ap&#244;tre, Col. 3. 20. 22. Serviteurs, ob&#233;issez en toutes choses &#224; ceux qui sont vos ma&#238;tres selon la chair. Enfants, ob&#233;issez &#224; vos p&#232;res et m&#232;res en toutes choses, et le commandement de Christ, Matth. 23. verset 2. Les scribes et pharisiens sont en la chaire de Mo&#239;se : toutes les choses donc qu'ils vous diront que vous gardiez, gardez-les et les faites. Et au contraire, s'ils commandent des actions qui sont punies en l'autre monde d'une mort &#233;ternelle, ce serait la plus haute de toutes les folies, si l'on n'aimait mieux perdre en d&#233;sob&#233;issant une vie que la nature doit bient&#244;t finir, que de se mettre au hasard de mourir &#233;ternellement par une honteuse ob&#233;issance. A quoi se rapportent les paroles g&#233;n&#233;reuses de notre Seigneur : ne craignez point ceux qui tuent le corps, et qui ne peuvent point tuer P&#226;me, Matth. 10. vers. 28. Voyons donc quelles sont toutes ces choses n&#233;cessaires au salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt; Toutes les choses n&#233;cessaires au salut sont comprises dans ces deux vertus, la foi et l'ob&#233;issance. Si cette derni&#232;re pouvait &#234;tre parfaite, elle suffirait toute seule pour emp&#234;cher notre condamnation. Mais parce que nous sommes d&#233;j&#224; depuis longtemps tous coupables de r&#233;bellion contre Dieu en Adam notre premier p&#232;re ; et que d'ailleurs nous avons p&#233;ch&#233; actuellement nous-m&#234;mes, il ne suffit pas de l'ob&#233;issance, si la r&#233;mission des p&#233;ch&#233;s n'y est ajout&#233;e. Or, celle-ci est la r&#233;compense de la foi, et il n'y a point d'autre chemin pour entrer au royaume des cieux. La foi donc est la seule chose qui est requise au salut &#233;ternel. Car la porte du royaume de Dieu n'est ferm&#233;e qu'aux p&#233;cheurs, c'est-&#224;-dire &#224; ceux qui ne rendent pas &#224; la loi divine l'ob&#233;issance qui lui est due ; et m&#234;me elle est ouverte &#224; ceux-ci, pour-vu qu'ils croient les articles n&#233;cessaires de la foi chr&#233;tienne. De sorte que si nous pouvons discerner nettement en cet endroit en quoi c'est que consiste l'ob&#233;issance, et quels sont les articles n&#233;cessaires de la foi chr&#233;tienne, nous conna&#238;trons manifestement quelles sont les choses que nous sommes tenus de faire au commandement du prince ou de l'&#201;tat, et quelles sont les autres dont nous devons nous abstenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt; Or, par l'ob&#233;issance, nous ne devons pas entendre ici une action, mais la volont&#233; que nous avons, et le d&#233;sir avec lequel nous nous proposons de t&#226;cher autant qu'il nous sera possible d'ob&#233;ir dor&#233;navant. Auquel sens le mot d'ob&#233;issance vaut autant que celui de repentance. En effet, la vertu de p&#233;nitence ne consiste pas en la douleur qui accompagne le souvenir du p&#233;ch&#233;, mais en la conversion &#224; une meilleure vie, et au dessein de ne plus p&#233;cher, sans lequel cette douleur est plut&#244;t une marque du d&#233;sespoir, qu'un fruit de la repentance. Mais d'autant que ceux qui aiment Dieu ne peuvent &#234;tre qu'ils ne veuillent ob&#233;ir &#224; ses commandements, et que ceux qui aiment leur prochain du bon du c&#339;ur, doivent &#234;tre en une disposition int&#233;rieure d'accomplir la loi morale, qui consiste (comme il a &#233;t&#233; dit au chap. III) en la d&#233;fense de l'orgueil, de l'ingratitude, de l'outrage, de l'inhumanit&#233;, de la cruaut&#233;, de l'injure, et des autres offenses qui blessent notre prochain ; le terme d'ob&#233;issance signifie la m&#234;me chose que ceux d'amour ou de charit&#233;. Celui aussi de justice (qui est d&#233;finie une constante volont&#233; de rendre &#224; chacun ce qui lui appartient) tombe dans la m&#234;me signification. Maintenant donc, que la foi et la repentance suffisent au salut, il est manifeste, premi&#232;rement, de la seule alliance du bapt&#234;me : car ceux qui se convertissaient le jour de la Pentec&#244;te, demandant &#224; saint Pierre ce qu'ils avaient &#224; faire, il leur r&#233;pondit : Amendez-vous, et qu'un chacun de vous soit baptis&#233; au nom de J&#233;sus-Christ en r&#233;mission des p&#233;ch&#233;s, Act. 2. 38. Il n'y avait donc rien &#224; faire pour obtenir le sacrement du bapt&#234;me, c'est-&#224;-dire pour avoir entr&#233;e au royaume de Dieu, qu'&#224; se repentir et &#224; croire au nom du Seigneur j&#233;sus : vu que le royaume du Ciel est promis par l'alliance qui est trait&#233;e en cette sainte c&#233;r&#233;monie. La m&#234;me chose est prouv&#233;e des paroles de Christ, lorsqu'il r&#233;pond &#224; un certain homme de condition, qui l'interrogeait de ce qu'il lui faudrait faire pour h&#233;riter la vie &#233;ternelle : Tu fais les commandements, tu ne tueras point, tu ne commettras point adult&#232;re, tu ne d&#233;roberas point, tu ne diras point faux t&#233;moignage, honore ton p&#232;re et ta m&#232;re (ce qui regarde l'ob&#233;issance) et ensuite, vends tout ce que tu as et le distribue aux pauvres, et tu auras un tr&#233;sor au ciel, puis viens, et me suis (ce qui appartient &#224; la foi et ne s'ex&#233;cute point sans elle, Luc. 18. 20. Marc 10. 18). Et de ce qui est dit, le juste (remarquez que ce n'est pas qui que ce soit, mais seulement le juste) vivra de sa foi ; parce que la justice est une disposition de la volont&#233; pareille &#224; l'ob&#233;issance et &#224; la repentance. Et des paroles de saint Marc, d'autant que le temps est accompli, et que Le r&#232;gne de Dieu est approch&#233;, repentez-vous, et croyez &#224; l'&#201;vangile, qui montrent clairement que, pour entrer au royaume c&#233;leste, on n'a point besoin d'autres vertus que celles de la foi et de la repentance. De sorte que l'ob&#233;issance, qui est n&#233;cessairement requise au salut, n'est autre chose que la volont&#233; que l'on a, ou l'effort que l'on fait, d'ob&#233;ir et de vivre conform&#233;ment &#224; la loi divine, qui est la m&#234;me que la loi morale connue de tout le monde, et aux lois civiles, c'est-&#224;-dire aux &#233;dits des souverains en ce qui regarde le temporel, et aux constitutions de l'&#233;glise en ce qui touche le spirituel : lesquelles deux sortes de lois sont diverses en divers &#201;tats et en diverses &#233;glises ; mais que chacun conna&#238;t assez par la promulgation qui en est faite, et par les sentences qui en sont publiquement donn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV.&lt;/strong&gt; Afin de savoir ce que c'est que la foi chr&#233;tienne, il faut d&#233;finir la foi en g&#233;n&#233;ral, et la distinguer des autres actes de l'entendement avec lesquels on a accoutum&#233; commun&#233;ment de la confondre. L'objet de la foi, prise en une signification g&#233;n&#233;rale, &#224; savoir pour ce que l'on croit, est toujours une proposition (c'est-&#224;-dire un discours qui nie ou qui affirme quelque chose) que nous accordons &#234;tre vraie. Mais d'autant que l'on conc&#232;de des propositions pour diverses raisons, il arrive que ces concessions sont diversement nomm&#233;es. En effet, nous conc&#233;dons donc quelquefois des propositions que nous ne recevons pourtant pas dans notre croyance. Et cela, ou pour un temps, &#224; savoir jusqu'&#224; ce qu'en ayant consid&#233;r&#233; toutes les cons&#233;quences, nous en puissions examiner la v&#233;rit&#233; ; ce qui se nomme supposer ; ou simplement et absolument, comme il arrive par la crainte des lois, ce qui est professer et confesser par des signes ext&#233;rieurs ; ou par une volontaire ob&#233;issance que l'on rend &#224; quelqu'un, ce que les personnes civiles pratiquent envers ceux qu'elles respectent et m&#234;me envers ceux &#224; qui elles ne d&#233;f&#232;rent pas beaucoup, afin d'&#233;viter le bruit et de ne pas causer de la contestation, ce qui est proprement conc&#233;der quelque chose. Mais quant aux propositions que nous recevons pour vraies, nous les accordons toujours pour quelques raisons que nous en avons. Et nous puisons ces raisons, ou de la proposition m&#234;me, ou de la personne qui l'avance. Nous les d&#233;rivons de la proposition m&#234;me, en nous remettant en m&#233;moire quelles choses signifient dans l'usage commun, et comment se prennent par le commun consentement, les noms dont la proposition est form&#233;e ; apr&#232;s quoi si nous l'accordons, c'est proprement savoir que de consentir en cette judicieuse mani&#232;re. Que si nous ne pouvons pas nous ressouvenir de ce qu'on entend au vrai par ces termes-l&#224;, et qu'il nous semble tant&#244;t que c'est une chose, et tant&#244;t que c'en est une autre, alors notre certitude est une opinion, et ne passe pas les bornes de la vraisemblance. Par exemple, si l'on a propos&#233; que deux et trois font cinq ; et si, repassant en notre m&#233;moire l'ordre des noms qui servent &#224; exprimer les nombres, nous trouvons que par le commun consentement de ceux qui sont de m&#234;me langue (comme par une certaine convention n&#233;cessaire &#224; la soci&#233;t&#233; humaine) il est ainsi ordonn&#233;, que le mot de cinq sera le nom de ces unit&#233;s qui sont contenues dans les deux nombres de deux et de trois pris ensemble ; si, &#224; cause de cela, dis-je, nous avouons que la proposition, deux et trois font cinq, est vraie, le consentement que nous lui donnerons m&#233;ritera le titre de science. Et au fond, savoir cette v&#233;rit&#233; n'est autre chose que reconna&#238;tre que nous en sommes les auteurs. Car, de m&#234;me qu'il a d&#233;pendu de notre fantaisie de nommer le nombre de 2 deux, celui de 3 trois, et celui de 5 cinq, le langage &#233;tant de l'invention des hommes ; aussi nous sommes demeur&#233;s d'accord, de notre propre mouvement, que cette proposition serait vraie, deux et trois joints ensemble font cinq. Pareillement si nous nous souvenons ce que c'est qu'on nomme larcin, et ce que c'est qu'injure, nous saurons bien par la signification de ces noms, s'il est vrai, ou non, que le larcin soit une injure. La v&#233;rit&#233; est la m&#234;me chose qu'une proposition vraie, or, une proposition est vraie en laquelle le nom qui suit, et que les logiciens nomment l'attribut, embrasse dans l'&#233;tendue de sa signification le nom qui pr&#233;c&#232;de, et que les ma&#238;tres de l'art nomment le sujet. Et savoir une v&#233;rit&#233; n'est autre chose que nous ressouvenir de la mani&#232;re en laquelle nous avons voulu que les termes se prissent, ce qui est prendre garde que nous en sommes les architectes. Ainsi ce ne fut pas sans beaucoup de raison qu'autrefois, Platon assura que le savoir &#233;tait une r&#233;miniscence. Au reste, il arrive assez souvent que les paroles, bien qu'elles aient par notre ordre une signification certaine et d&#233;finie, toutefois par l'usage ordinaire, sont tellement d&#233;tourn&#233;es de leur sens propre (soit qu'en cela on se soit &#233;tudi&#233; &#224; orner la langue, ou qu'on ait eu dessein de tromper) qu'il est tr&#232;s difficile de rappeler en notre souvenir les conceptions pour lesquelles elles ont &#233;t&#233; invent&#233;es, et l'id&#233;e des choses qu'elles doivent repr&#233;senter &#224; notre m&#233;moire ; mais il faut pour en venir &#224; bout un jugement exquis, et une tr&#232;s grande diligence. Il arrive aussi qu'il y a quantit&#233; de mots sans signification propre ou d&#233;termin&#233;e, et g&#233;n&#233;ralement re&#231;ue, et que l'on n'entend point &#224; cause de leur force, mais en vertu de quelques autres signes que l'on emploie en m&#234;me temps. Enfin, il y a des noms qui sont donn&#233;s &#224; des choses inconcevables ; si bien que nous n'avons aucune id&#233;e de ce dont ils portent le titre : c'est pourquoi nous recherchons en vain par le moyen des noms la v&#233;rit&#233; des propositions qu'ils composent. En tous ces cas, lorsque, consid&#233;rant les d&#233;finitions des termes, nous recherchons la v&#233;rit&#233; d'une proposition, tant&#244;t nous la croyons v&#233;ritable, tant&#244;t nous la tenons pour fausse, suivant l'esp&#233;rance que nous avons de la trouver. C'est penser, ou avoir opinion de quelque chose, ou m&#234;me croire, que de se jeter dans l'un, puis dans l'autre de ces partis s&#233;par&#233;ment ; mais c'est douter, que de les prendre tous deux en m&#234;me temps, et d'embrasser &#233;galement l'affirmation et la n&#233;gative. Quand les raisons, pour lesquelles nous donnons notre consentement &#224; quelque proposition, ne sont pas tir&#233;es d'elle-m&#234;me, mais de la personne qui l'a mise en avant, comme si nous estimions qu'elle est si bien avis&#233;e qu'elle ne peut se m&#233;prendre, et si nous ne voyons point de sujet qu'elle voul&#251;t nous tromper, alors notre consentement se nomme foi, &#224; cause qu'il ne na&#238;t pas de notre science particuli&#232;re, mais de la confiance que nous avons en celle d'autrui ; et il est dit que nous croyons &#224; ceux auxquels nous nous en rapportons. De tout ce discours l'on voit la diff&#233;rence qu'il y a, premi&#232;rement, entre la foi et la profession ext&#233;rieure : car celle-l&#224; est toujours accompagn&#233;e d'une approbation int&#233;rieure ; et celle-ci en est quelquefois s&#233;par&#233;e ; celle-l&#224; est une int&#233;rieure persuasion de l'&#226;me ; mais celle-ci n'est qu'une ob&#233;issance ext&#233;rieure. Puis, entre la foi et l'opinion : car celle-ci est appuy&#233;e sur notre raisonnement, et l'autre sur l'estime que nous faisons d'autrui. Enfin, entre la foi et la science : car en celle-ci, une proposition qu'on examine est dissoute et m&#226;ch&#233;e longtemps avant qu'on la re&#231;oive ; mais en l'autre, on l'avale tout d'un coup et tout enti&#232;re. L'explication des noms, sous lesquels ce qu'on recherche est propos&#233;, sert &#224; acqu&#233;rir la science, voire il n'y a que la seule voie des d&#233;finitions par laquelle on puisse savoir quelque chose : mais en la foi, cette pratique est nuisible. Car les choses qui nous sont propos&#233;es &#224; croire &#233;tant au-dessus de la port&#233;e de notre esprit, l'exposition ne les rendra jamais plus &#233;videntes, et, au contraire, plus on t&#226;che de les &#233;claircir, plus obscures et plus incroyables elles deviennent. Et il en prend &#224; un homme qui t&#226;che de d&#233;montrer les myst&#232;res de la foi par raisons naturelles, de m&#234;me qu'&#224; un malade qui veut m&#226;cher des pilules, bonnes &#224; la sant&#233;, mais am&#232;res, avant que les faire descendre dans son estomac ; car l'amertume les lui fera tout incontinent rejeter, et elles n'op&#233;reront point, l&#224; o&#249;, s'il les e&#251;t promptement aval&#233;es, il n'en e&#251;t pas senti le mauvais go&#251;t et il en e&#251;t recouvr&#233; sa gu&#233;rison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V.&lt;/strong&gt; Nous avons donc vu ce que c'est que croire en g&#233;n&#233;ral. Voyons maintenant ce que c'est que croire en Christ en particulier, ou quelle proposition est l'objet de la foi en Christ. Car lorsque nous disons, je crois en J&#233;sus-Christ, nous signifions bien &#224; qui, mais nous n'exprimons pas ce que nous croyons. Or, croire en Christ n'est autre chose que croire que J&#233;sus-Christ est le Christ, &#224; savoir celui qui devait venir au monde pour r&#233;tablir le r&#232;gne de Dieu, suivant que Mo&#239;se et les proph&#232;tes juifs l'avaient pr&#233;dit. Cela est assez manifeste des paroles de J&#233;sus-Christ m&#234;me &#224; la Marthe : Je suis, dit-il, la r&#233;surrection et la vie ; qui croit en moi, encore qu'il soit mort, vivra. Et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Crois-tu cela ? Elle lui dit, oui, Seigneur, je crois que tu es le Christ, le Fils de Dieu qui devait venir au monde, Jean Il. verset 25. 26. 27. Desquelles paroles nous apprenons que croire en moi est expliqu&#233; par : je crois que tu es le Christ. Donc croire en Christ n'est autre chose qu'ajouter foi &#224; j&#233;sus lorsqu'il assure qu'il est le Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI.&lt;/strong&gt; La foi et l'ob&#233;issance concourant toutes deux n&#233;cessairement au salut, j'ai fait voir ci-dessus, en l'article III, quelle est cette ob&#233;issance et &#224; qui elle est due. Il faut maintenant rechercher quels sont les articles de foi qui y sont requis. Sur quoi je dis qu'il n'y a aucun autre article&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Remarque : [Aucun autre article, etc.] J'ai estim&#233; n&#233;cessaire d'expliquer un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; que celui-ci, que j&#233;sus est le Christ, qui soit requis en un homme chr&#233;tien comme n&#233;cessaire au salut. Or, il faut distinguer, de m&#234;me que ci-devant en l'article quatri&#232;me, entre la foi et la profession. Si donc la profession de plusieurs dogmes est command&#233;e, elle peut &#234;tre n&#233;cessaire ; car elle est une partie de l'ob&#233;issance due aux lois. Mais ici il n'est pas question de l'ob&#233;issance n&#233;cessaire au salut, et il ne s'agit que de la foi. je prouve mon assertion, premi&#232;rement, par le but des &#233;vang&#233;listes, qui &#233;tait, en d&#233;crivant la vie de notre Sauveur, d'&#233;tablir ce seul article. Et nous verrons que tel a &#233;t&#233; le but et le dessein des &#233;vang&#233;listes, si nous en remarquons l'histoire. Saint Matthieu, commen&#231;ant par la g&#233;n&#233;alogie de Christ, montre que J&#233;sus &#233;tait de la race de David ; qu'il naquit d'une vierge, chapitre 1. Qu'il fut ador&#233; des mages comme roi des Juifs ; qu'&#224; cause de cela H&#233;rode le fit chercher pour le faire mourir, chapitre 2. Que Jean-Baptiste et lui-m&#234;me aussi pr&#234;ch&#232;rent son r&#232;gne, chapitres 3. 4. Qu'il exposa la loi, non &#224; la fa&#231;on des scribes, mais comme ayant autorit&#233;, chapitres 5. 6. 7. Qu'il gu&#233;rit miraculeusement les maladies, chapitres 8. 9. Qu'il envoya des ap&#244;tres en toutes les contr&#233;es de la Jud&#233;e pour annoncer son r&#232;gne, chapitre 10. Que les disciples envoy&#233;s de Jean lui demandant s'il &#233;tait le Christ, ou non, il leur r&#233;pondit, qu'ils lui rapportassent ce qu'ils avaient vu, &#224; savoir les miracles qui n'appartenaient qu'au Christ, chapitre 11. Qu'il d&#233;clara et prouva sa royaut&#233; aux pharisiens et aux autres par divers arguments, par des signes, des paraboles, chapitre 12 et suivants, jusqu'au 21. Qu'il fut salu&#233; comme roi entrant dans J&#233;rusalem, chapitre 21. Qu'il soutint aux pharisiens qu'il &#233;tait le Christ, qu'il avertit les autres des faux Christs, qu'il montra quelle &#233;tait sa royaut&#233; par des paraboles, chapitres 22. 23. 24. 25. Qu'il fut pris et accus&#233; sur ce qu'il se disait roi ; et que ce dicton fut &#233;crit sur la croix : Celui-ci est J&#233;sus le roi des juifs, chapitres 26. 27. Qu'enfin, apr&#232;s la r&#233;surrection, il dit aux ap&#244;tres : que toute puissance lui &#233;tait donn&#233;e au ciel et en terre, chapitre 28. Toutes lesquelles choses tendent &#224; nous persuader cette proposition que J&#233;sus est le Christ. Tel donc &#233;tait le but de saint Matthieu, en nous d&#233;crivant l'&#201;vangile. Or, tel qu'&#233;tait le sien, tel aussi &#233;tait celui des autres &#233;vang&#233;listes ; ce que saint Jean t&#233;moigne particuli&#232;rement &#224; la fin de son &#201;vangile, disant en paroles expresses, chapitres 20. 31 : Ces choses sont &#233;crites, afin que vous croyiez que J&#233;sus est Le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez vie par son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VII.&lt;/strong&gt; Secondement, je prouve la m&#234;me assertion par la pr&#233;dication des ap&#244;tres : car ils &#233;taient h&#233;rauts du royaume, et Christ ne les envoya pour pr&#234;cher autre chose que le royaume de Dieu, Luc, chapitre 9. vers. 2. Actes 15. 6. Et l'on peut conjecturer ce qu'ils ont fait apr&#232;s l'Ascension de Christ, par l'accusation qui est form&#233;e contre eux, Act. 17. vers. 7. Ils tir&#232;rent, dit saint Luc, Jason et quelques fr&#232;res vers les gouverneurs de la ville, citant, ceux-ci qui ont remu&#233; tout le monde sont aussi venus ici. Lesquels Jason a retir&#233;s chez soi, et eux tous sont contre le d&#233;cret de C&#233;sar, disant, qu'il y a un autre roi, qu'ils nomment J&#233;sus. Il appert aussi de ces paroles quel a &#233;t&#233; le sujet des pr&#233;dications des ap&#244;tres, Actes 17, 3. Leur d&#233;clarant et proposant qu'il avait fallu que le Christ souffr&#238;t, et ressuscit&#226;t des morts ; et que ce J&#233;sus &#233;tait le Christ, suivant les &#201;critures du Vieux Testament.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VIII.&lt;/strong&gt; En troisi&#232;me lieu, par les passages o&#249; est d&#233;clar&#233;e la facilit&#233; des choses que Christ dit &#234;tre requises au salut. Car, s'il &#233;tait n&#233;cessairement requis au salut de l'&#226;me une int&#233;rieure approbation de tous les points et de toutes les propositions particuli&#232;res touchant les dogmes de la foi chr&#233;tienne qui sont aujourd'hui en controverse, ou qui sont diversement d&#233;finies par diverses &#233;glises, il n'y aurait rien de plus difficile que la religion chr&#233;tienne. Comment donc serait vrai ce que dit le Seigneur, Matth. 11. 30. Mon joug est ais&#233;, et mon fardeau est l&#233;ger. Matthieu 18. 6. Les petits qui croient en moi. 1. Corinth. 1. 2 1. Le bon plaisir de Dieu a &#233;t&#233; de sauver les croyants par la folie de la pr&#233;dication, ou comment est-ce que le bon larron, pendant &#224; la croix, a pu &#234;tre suffisamment instruit pour le salut, vu que sa confession &#233;tait toute contenue en ces paroles : Seigneur, aie souvenance de moi quand tu viendras en ton r&#232;gne ? Ou m&#234;me saint Paul, comment est-ce qu'il a pu sit&#244;t devenir docteur des chr&#233;tiens, d'ennemi et de pers&#233;cuteur qu'il en &#233;tait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IX.&lt;/strong&gt; En quatri&#232;me lieu, de ce que cet article de foi est fondamental, et ne s'appuie point sur aucun autre qui lui serve de base. Si quelqu'un vous dit, voici, le Christ est ici, ou il est l&#224;, ne le croyez point, car faux Christs et faux Proph&#232;tes s'&#233;l&#232;veront et feront de grands signes, etc. Matthieu 24. 23. D'o&#249; s'ensuit qu'&#224; cause de la foi en cet article, il n'en faut point donner aux signes et aux miracles. Quand bien nous-m&#234;mes, ou un ange du ciel vous &#233;vang&#233;liserait, outre ce que nous avons &#233;vang&#233;lis&#233;, qu'il soit ex&#233;cration et anath&#232;me, dit saint Paul, &#233;crivant aux Galates, chapitre 1. 8. Donc &#224; cause de ce m&#234;me article il ne faudrait point ajouter foi aux ap&#244;tres m&#234;mes, ni aux anges (ni aussi &#224; mon avis &#224; l'&#233;glise) s'ils nous enseignaient le contraire. Bien aim&#233;s, dit saint Jean le bien-aim&#233; disciple, ne croyez point &#224; tout esprit ; mais &#233;prouvez les esprits s'ils sont de Dieu ; car plusieurs faux proph&#232;tes sont venus au monde. Connaissez par ceci l'esprit de Dieu - tout esprit qui confesse que J&#233;sus-Christ est venu en chaire est de Dieu, etc. 1. Jean 4. Cet article donc est la mesure des esprits, suivant laquelle l'autorit&#233; des docteurs est re&#231;ue ou rejet&#233;e. Certes, on ne peut nier que tous les chr&#233;tiens qu'il y a aujourd'hui au monde n'aient appris de leurs docteurs, que c'est j&#233;sus qui a fait toutes les choses par lesquelles il a &#233;t&#233; reconnu pour le Messie ; mais pourtant il ne s'ensuit pas qu'ils doivent aux docteurs ou &#224; l'&#233;glise la croyance de ce point qu'ils ne doivent qu'&#224; J&#233;sus-Christ m&#234;me. Car cet article est plus ancien que l'&#233;glise chr&#233;tienne, bien que tous les autres lui soient post&#233;rieurs. Et l'&#233;glise est fond&#233;e sur lui, plut&#244;t que lui sur elle, Matthieu 16. 18. D'ailleurs, cet article est tellement fondamental, que saint Paul assure que tous les autres ont &#233;t&#233; b&#226;tis sur lui. Personne (dit-il, 1. Corinth. 3. Il. 12. etc.) ne peut, poser autre fondement que celui qui est pos&#233;, lequel est J&#233;sus-Christ. Que si quelqu'un &#233;difie sur ce fondement, or, argent, pierres pr&#233;cieuses, bois, foin, chaume, l'&#339;uvre d'un chacun sera manifest&#233;e par feu ? Et le feu &#233;prouvera quelle sera l'&#339;uvre d'un chacun. Si l'&#339;uvre de quelqu'un qui aura &#233;difi&#233; dessus demeure, il en recevra salaire. Si l'&#339;uvre de quelqu'un br&#251;le, il en fera perte : mais il sera sauv&#233;, quant &#224; lui, toutefois ainsi comme par feu. D'o&#249; il appert que par le fondement il entend cet article, Que J&#233;sus est le Christ. Car, ce n'est pas sur la personne de Christ qu'on &#233;difie, or, argent, bois, chaume, etc. qui sont toutes choses par lesquelles les doctrines sont signifi&#233;es. Et que des fausses doctrines peuvent &#234;tre b&#226;ties sur ce fondement, sans que ceux qui les auront enseign&#233;es encourent la damnation &#233;ternelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;X.&lt;/strong&gt; Enfin, on peut prouver par une infinit&#233; de passages de l'&#201;criture sainte, dont le sens est fort ais&#233; &#224; tout le monde, que ce seul article doit &#234;tre n&#233;cessairement re&#231;u par la foi int&#233;rieure : Enqu&#233;rez-vous diligemment des &#201;critures, car vous estimez avoir par icelles vie &#233;ternelle, et ce sont elles qui portent t&#233;moignage de moi, Jean 5. 39. Auquel endroit Christ n'entend parler que des &#201;critures du Vieux Testament ; car le Nouveau n'&#233;tait point encore &#233;crit. Or, il ne se trouve point d'autre t&#233;moignage de Christ dans le Vieux Testament, si ce n'est que le roi &#233;ternel viendrait, qu'il na&#238;trait en un tel lieu, et de tels parents, qu'il enseignerait et ferait telles choses, et qu'on le reconna&#238;trait &#224; tout cela comme &#224; des marques infaillibles. Ce qui ne t&#233;moigne autre chose, sinon que j&#233;sus qui est n&#233;, qui a enseign&#233;, et qui a v&#233;cu de la fa&#231;on pr&#233;dite, est v&#233;ritablement le Christ. De sorte que la croyance d'aucun autre article n'est point n&#233;cessaire pour parvenir &#224; la vie &#233;ternelle. Quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais, Jean 11. 25. Or, croire en j&#233;sus (comme il est expliqu&#233; en ce m&#234;me lieu) n'est autre chose que croire que j&#233;sus est le Christ. Celui donc qui croit cela, ne mourra point &#233;ternellement, et par cons&#233;quent ce seul article est n&#233;cessaire au salut. Ces choses sont &#233;crites, afin que vous croyiez que J&#233;sus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez vie &#233;ternelle en son nom, Jean 20. 31. Celui donc qui croit ainsi aura la vie &#233;ternelle et par cons&#233;quent il n'a pas besoin d'aucune autre foi. Tout esprit qui confesse que J&#233;sus-Christ est venu en chaire, est de Dieu, 1. Jean 4. 2. Et tout esprit qui croit que j&#233;sus est le Christ, est n&#233; de Dieu, 1. Jean 5. 1. et l&#224; m&#234;me : Qui est-ce qui a vaincu le monde, si ce n'est celui qui a cru que j&#233;sus est Fils de Dieu ? Si donc il n'y a autre chose &#224; croire pour &#234;tre de Dieu, pour &#234;tre n&#233; de Dieu, et pour vaincre le monde, sinon que J&#233;sus est le Christ, ce seul article suffit au salut &#233;ternel. Voici de Peau, dit l'Eunuque, qui est-ce qui emp&#234;che que je sois baptis&#233; ? Philippe lui r&#233;pondit, si tu crois de tout ton c&#339;ur, il est permis. L'Eunuque repartit, disant, je crois que J&#233;sus-Christ est le Fils de Dieu, Actes 8. 36. 37. Si donc ce seul article cru du fond du c&#339;ur, c'est-&#224;-dire re&#231;u par la foi int&#233;rieure, suffit pour &#234;tre baptis&#233;, il suffit aussi au salut. Il y a une infinit&#233; d'autres passages outre ceux-ci, o&#249; le m&#234;me est clairement et tr&#232;s express&#233;ment enseign&#233;. Voire partout o&#249; nous lisons que notre Sauveur a lou&#233; la foi de quelqu'un, ou qu'il a prononc&#233;, va, ta foi t'a sauv&#233;, ou qu'il a gu&#233;ri quelqu'un &#224; cause de sa foi ; la proposition, qui &#233;tait l'objet de la croyance, n'&#233;tait directement, ou en cons&#233;quence, point autre que celle-ci. J&#233;sus est Le Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;XI.&lt;/strong&gt; Mais, parce que personne ne peut croire que j&#233;sus est le Christ, qu'il ne croie aussi &#224; Mo&#239;se et aux proph&#232;tes, sachant bien que par ce nom de Christ, on entend le roi qui avait &#233;t&#233; promis de Dieu par Mo&#239;se et par les proph&#232;tes, comme le souverain Ma&#238;tre et le Sauveur du monde ; et qu'on ne peut pas croire en ceux-ci, qu'on ne croie que Dieu existe et qu'il gouverne l'univers par sa providence ; il faut n&#233;cessairement que cette foi en Dieu, et au Vieux Testament, soit contenue en celle du Nouveau recueillie toute en ce seul article. Puis donc que sous le r&#232;gne de Dieu par la nature, l'ath&#233;isme et la n&#233;gation de la providence, &#233;taient le seul crime de l&#232;se-majest&#233; divine ; et que sous le r&#232;gne de l'ancienne alliance, l'idol&#226;trie &#233;tait une autre esp&#232;ce de semblable f&#233;lonie ; maintenant, sous la nouvelle alliance, l'apostasie y est aussi ajout&#233;e, comme &#233;tant une renonciation &#224; la croyance de ce point, que J&#233;sus est le Christ, que l'on avait auparavant embrass&#233;e. A la v&#233;rit&#233;, il ne faut pas s'amuser &#224; contredire aux autres doctrines qui ont &#233;t&#233; d&#233;finies par une &#233;glise l&#233;gitime, car ce serait commettre un p&#233;ch&#233; de d&#233;sob&#233;issance. Mais au reste, j'ai fait voir amplement dans les articles qui pr&#233;c&#232;dent, qu'il n'est pas n&#233;cessaire qu'on les croie d'une foi int&#233;rieure, ni qu'on les re&#231;oive avec une persuasion enti&#232;re et in&#233;branlable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;XII.&lt;/strong&gt; la foi et l'ob&#233;issance agissent d'une fa&#231;on diff&#233;rente au salut du chr&#233;tien. Car celle-ci contribue la puissance et la capacit&#233; ; et l'autre donne l'acte et l'effet ; mais, et l'une et l'autre est dite justifier l'homme, chacune en sa mani&#232;re. Aussi Christ ne remet pas les p&#233;ch&#233;s &#224; tous indiff&#233;remment, mais &#224; ceux qui se repentent de leurs fautes ou qui lui ob&#233;issent, c'est-&#224;-dire, aux gens de bien et aux justes (je ne dis pas aux personnes innocentes, mais aux justes, parce que la justice est la volont&#233; d'ob&#233;ir aux lois et qu'elle se peut rencontrer en un p&#233;cheur ; comme certes, notre Seigneur est si bon, qu'il tient la volont&#233; d'ob&#233;ir pour une ob&#233;issance effective) vu que ce n'est pas qui que ce soit, mais seulement le juste qui vivra de sa foi. L'ob&#233;issance donc justifie, en ce qu'elle rend une personne juste, de m&#234;me que la temp&#233;rance fait un homme temp&#233;rant et ma&#238;tre de ses affections, que la prudence le rend prudent, que la chastet&#233; le rend chaste, &#224; savoir essentiellement ; et en ce qu'elles nous met en un &#233;tat auquel nous sommes capables de recevoir le pardon de nos offenses. D'ailleurs, Christ n'a pas promis de pardonner &#224; tous les justes leurs p&#233;ch&#233;s, mais tant seulement &#224; ceux qui croient qu'il est le Christ. La loi donc justifie de la m&#234;me fa&#231;on que l'on dit que le juge justifie le criminel en lui donnant son absolution ; c'est &#224; savoir, en lui pronon&#231;ant la sentence, dont il est actuellement d&#233;livr&#233; de la peine m&#233;rit&#233;e. Et en ce sens du mot de justification (car ce terme est &#233;quivoque) la foi seule justifie ; mais en l'autre, c'est la seule ob&#233;issance. N&#233;anmoins ce n'est ni la justice, ni l'ob&#233;issance seule, mais toutes deux ensemble qui nous sauvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;XIII.&lt;/strong&gt; De tout ce que nous avons all&#233;gu&#233; jusqu'ici il sera ais&#233; de remarquer, quel est le devoir des citoyens fid&#232;les, ou des sujets chr&#233;tiens envers les rois et les puissances souveraines. Certes, tandis qu'elles font profession du christianisme, elles ne peuvent commander &#224; leurs vassaux de renier J&#233;sus-Christ, ou de lui faire quelque outrage ; car si elles faisaient cet injuste commandement, elles renonceraient &#224; la religion qu'elles professent. En effet, puisque j'ai fait voir, et par mes raisonnements naturels, et par la Sainte &#201;criture, qu'il faut que les sujets ob&#233;issent &#224; leurs princes et &#224; ceux qui les gouvernent en toutes choses, hormis en celles qui choquent les commandements de Dieu ; et que ces commandements, en ce qui concerne le temporel (c'est-&#224;-dire, les choses qui doivent &#234;tre examin&#233;es par la raison humaine), sont dans une r&#233;publique chr&#233;tienne, les lois et les ordonnances de l'&#201;tat prononc&#233;es par ceux auxquels elle a donn&#233; l'autorit&#233; de faire des lois et de d&#233;cider les controverses ; comme en ce qui regarde le spirituel (c'est-&#224;-dire, ce qu'il faut d&#233;terminer par l'&#201;criture sainte), ces m&#234;mes commandements sont aussi des lois et des constitutions de la r&#233;publique, c'est-&#224;-dire de l'&#233;glise (car j'ai d&#233;montr&#233; au chapitre pr&#233;c&#233;dent art. XX, que l'&#233;glise et la r&#233;publique sont une m&#234;me chose, l&#224; o&#249; est le christianisme), &#233;tablies par des pasteurs d&#251;ment ordonn&#233;s, et qui ont re&#231;u cette puissance de l'&#201;tat ; il s'ensuit, dis-je, manifestement, qu'en une cit&#233; chr&#233;tienne on doit ob&#233;ir au magistrat en toutes choses, tant aux spirituelles qu'aux temporelles. Mais parmi des souverains infid&#232;les, et qui ne sont pas chr&#233;tiens, on doit bien la m&#234;me ob&#233;issance en tout ce qui est du temporel et il est hors de doute que la religion chr&#233;tienne n'en exempte pas les sujets, quoiqu'en ce qui touche le spirituel, c'est-&#224;-dire les choses qui appartiennent &#224; la mani&#232;re de servir Dieu, on est oblig&#233; de suivre la coutume de quelque &#233;glise chr&#233;tienne. La raison de cela est, que c'est une hypoth&#232;se de la foi et que l'on suppose dans le christianisme, qu'aux choses surnaturelles Dieu ne parle aux hommes que par la bouche des fid&#232;les interpr&#232;tes de la Sainte &#201;criture. Quoi donc, est-il permis de r&#233;sister aux princes lorsqu'il ne faut pas leur ob&#233;ir ? Nullement : car cela est contraire &#224; la fid&#233;lit&#233; promise et ne s'accorde pas avec le pacte de la soci&#233;t&#233; civile. Que faut-il donc faire ? Il faut aller &#224; Christ par le martyre. Que si ce chemin semble bien rude &#224; quelqu'un, il est tr&#232;s assur&#233; qu'il ne croit point de tout son c&#339;ur, que J&#233;sus est le Christ, le fils de Dieu vivant ; (car il souhaiterait d'&#234;tre dissous afin de tant plut&#244;t &#234;tre avec lui) mais qu'il veut &#233;luder le trait&#233; qu'il a fait d'ob&#233;ir &#224; l'&#201;tat, sous pr&#233;texte de religion et se couvrant d'un faux z&#232;le &#224; la foi chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;XIV.&lt;/strong&gt; Peut-&#234;tre que quelqu'un s'&#233;tonnera, s'il est vrai qu'outre ce seul article, que 7&#233;sus est le Christ, qui est n&#233;cessaire au salut et qui appartient &#224; la loi int&#233;rieure, tous les autres ne regardent que l'ob&#233;issance, laquelle on peut rendre de vrai, bien qu'on ne croie pas du c&#339;ur tout ce qui est propos&#233; par l'&#233;glise, pourvu qu'on d&#233;sire de croire et qu'on en fasse profession ext&#233;rieure toutes fois et quantes qu'il en est de besoin ; d'o&#249; c'est qu'il est arriv&#233;, qu'aujourd'hui il y a un si grand nombre de dogmes, que l'on dit tous si essentiels &#224; la foi, que si une personne ne les croit int&#233;rieurement, elle ne peut entrer au royaume des cieux. Mais si le m&#234;me consid&#232;re, qu'en la plupart des controverses qui s'agitent avec tant de chaleur, les unes tendent &#224; l'autorit&#233; du gouvernement et &#224; l'&#233;tablissement de la puissance humaine, les autres ont pour but le gain et l'acquisition des richesses, et que quelques-uns ne se proposent que la gloire de l'esprit, et la r&#233;putation d'une suffisance extraordinaire, il en verra diminuer le sujet de son &#233;tonnement. En effet, la question des propri&#233;t&#233;s de l'&#233;glise, est une question qui regarde le droit de commander ; car, d&#232;s qu'on a d&#233;couvert ce que c'est que l'&#233;glise, on conna&#238;t par m&#234;me moyen &#224; qui c'est qu'il appartient de r&#233;gir les chr&#233;tiens. Vu que si chaque r&#233;publique chr&#233;tienne est cette &#233;glise &#224; laquelle J&#233;sus-Christ commande que tous les fid&#232;les qui en sont sujets ob&#233;issent, chaque sujet est tenu d'ob&#233;ir, non seulement en ce qui est du temporel, mais aussi en ce qui touche le spirituel, &#224; l'&#201;tat dans lequel il vit, c'est-&#224;-dire &#224; ceux qui y exercent la souveraine puissance. Et si ce n'est pas chaque r&#233;publique chr&#233;tienne en particulier qui soit cette &#233;glise, il faut qu'il y en ait quelque autre plus universelle, &#224; laquelle on doive rendre cette absolue ob&#233;issance. De sorte que tous les chr&#233;tiens lui doivent &#234;tre soumis de m&#234;me qu'ils le seraient &#224; J&#233;sus-Christ s'il revenait au monde. Or, ses commandements se feront ou par un monarque, ou par quelque assembl&#233;e. Si bien que cela tombe dans la question du droit de l'empire, C'est l&#224; m&#234;me que tend celle de l'infaillibilit&#233; ; car celui que tout le genre humain croirait vraiment et int&#233;rieurement incapable d'errer, serait tr&#232;s assur&#233; d'en avoir le gouvernement et dans le temporel et dans le spirituel, si ce n'est qu'il refus&#226;t une si vaste puissance, parce que s'il disait qu'il lui faut ob&#233;ir, m&#234;me en ce qui est du civil, on ne pourrait pas lui contester cette souverainet&#233;, puisqu'on estime ses jugements infaillibles. C'est &#224; la m&#234;me fin que se rapporte le privil&#232;ge d'interpr&#233;ter les &#201;critures ; car celui &#224; qui il appartient de d&#233;cider les controverses qui peuvent na&#238;tre des diverses expositions des &#201;critures, a le pouvoir de terminer absolument toutes les disputes. Or, celui qui a une telle autorit&#233;, a sans contredit un grand empire sur tous ceux qui reconnaissent les &#201;critures saintes pour la vraie parole de Dieu. A cela m&#234;me tend la question touchant la puissance de remettre et de retenir les p&#233;ch&#233;s, ou touchant le pouvoir d'excommunier. Car il n'y a personne, s'il ne manque de sens commun, qui n'ob&#233;isse absolument &#224; celui duquel il croit que d&#233;pende son salut, ou sa damnation &#233;ternelle. C'est &#224; cela m&#234;me que regarde la puissance d'instituer des ordres et des soci&#233;t&#233;s : car ceux qui entrent d&#233;pendent du fondateur, puisque c'est par lui qu'ils subsistent, et il a autant de sujets qu'il y a de moines qui embrassent sa religion, quoiqu'ils demeurent dans une r&#233;publique ennemie. C'est &#224; cela que vise la question du juge de mariages l&#233;gitimes, parce que celui &#224; qui il appartient de juger de ces mati&#232;res, doit conna&#238;tre aussi des causes qui concernent les h&#233;ritages et les successions en tous les biens et droits, non seulement des particuliers, mais aussi des plus grands princes. A cela m&#234;me tend en quelque fa&#231;on le c&#233;libat des eccl&#233;siastiques, car ceux qui ne sont pas li&#233;s par le mariage, sont moins attach&#233;s que les autres aux corps de la r&#233;publique. Outre que c'est un inconv&#233;nient qui n'est pas &#224; m&#233;priser, que les princes sont par l&#224; oblig&#233;s de renoncer au sacerdoce (qui est un puissant lien de l'ob&#233;issance civile), ou de se r&#233;soudre &#224; ne poss&#233;der point un royaume h&#233;r&#233;ditaire. C'est l&#224; aussi que vient aboutir la canonisation des saints, que les pa&#239;ens ont nomm&#233;e l'apoth&#233;ose. Car celui qui peut attirer les sujets d'un prince &#233;tranger par une si grande r&#233;compense, peut ais&#233;ment induire ceux qui d&#233;sireront une telle gloire &#224; oser tout entreprendre. En effet, qu'est-ce que les D&#233;cies et les autres Romains qui se sont d&#233;vou&#233;s pour leur pays, et qu'une infinit&#233; d'autres qui se sont pr&#233;cipit&#233;s en des dangers incroyables, ont recherch&#233; par leurs g&#233;n&#233;reuses r&#233;solutions, si ce n'est un honneur et une gloire immortelle en la bouche de la post&#233;rit&#233; ? Les controverses touchant le purgatoire et les indulgences sont pour le gain. Celles du franc-arbitre, de la justification, et de la mani&#232;re de recevoir Christ dans le sacrement de l'eucharistie, sont des questions philosophiques. Outre lesquelles il y en a je ne sais combien d'autres sur des coutumes et des c&#233;r&#233;monies, qui n'ont pas tant &#233;t&#233; introduites, comme elles ont &#233;t&#233; laiss&#233;es dans l'&#233;glise moins purg&#233;e des fa&#231;ons de faire du paganisme. Mais il n'est pas n&#233;cessaire que je m'arr&#234;te &#224; en faire ici une longue &#233;num&#233;ration. Tout le monde sait que les hommes sont port&#233;s naturellement &#224; se dire des injures, et &#224; fulminer par des anath&#232;mes les uns contre les autres, lorsqu'ils ne sont pas bien d'accord en des questions o&#249; il s'agit de la puissance, du gain, ou de l'excellence de l'esprit. De sorte que ce n'est pas de merveille, si les uns ou les autres, apr&#232;s qu'ils se sont &#233;chauff&#233;s dans la dispute, disent de presque tous les dogmes, qu'ils sont n&#233;cessaires pour entrer au royaume de Dieu ; et si non seulement ils accusent d'opini&#226;tret&#233; (dont certes on est coupable lorsque la d&#233;cision de l'&#233;glise y est intervenue) ceux qui ne les veulent point avouer : mais encore s'ils les condamnent et les d&#233;tectent comme atteints et convaincus du crime d'infid&#233;lit&#233;. Ce qui pourtant est faux, et en quoi j'ai fait voir que leur proc&#233;d&#233; &#233;tait injuste, par le t&#233;moignage &#233;vident de plusieurs passages de l'&#201;criture sainte ; auxquels j'ajoute celui de l'ap&#244;tre saint Paul au quatorzi&#232;me chapitre de son &#201;p&#238;tre aux Romains, apr&#232;s lequel il est temps que je finisse, et que je me repose un peu de la peine que j'ai prise &#224; traiter assez curieusement des mati&#232;res fort difficiles : Que celui qui mange sans scrupule, ne fasse pas si peu de compte du salut de celui qui s'abstient de certaines choses, que de le scandaliser par sa libert&#233;. Que celui aussi qui fait distinction des viandes, ne condamne point celui qui mange indiff&#233;remment de toutes. Sachons que Dieu a communiqu&#233; ses gr&#226;ces et la libert&#233; de son esprit &#224; celui que tu juges profane &#224; cause qu'il se dispense de ce que tu observes si religieusement, etc. Or, comme ce n'est pas en ces choses que consiste le christianisme, je permets &#224; chacun de suivre son opinion, et le sentiment de sa conscience. L'intention des uns et des autres est bonne, c'est pourquoi je ne veux pas condamner leur action.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Remarque : [Aucun autre article, etc.] J'ai estim&#233; n&#233;cessaire d'expliquer un peu plus au long cette assertion, de laquelle je vois bien que la nouveaut&#233; Pourra d&#233;plaire &#224; la plupart des th&#233;ologiens, quoique je l'aie assez confirm&#233;e par les raisons que j'ai mises ensuite. Premi&#232;rement donc, lorsque je dis que cet article, que j&#233;sus est le Christ, est seul n&#233;cessaire au salut, je ne dis pas, que la foi seule soit n&#233;cessaire pour &#234;tre sauv&#233;, mais je demande en outre, la justice ou l'ob&#233;issance due aux lois divines, c'est-&#224;-dire, la volont&#233; de bien vivre. Secondement, je ne nie point que la profession de plusieurs autres articles ne soit n&#233;cessaire au salut, si elle est command&#233;e de l'&#233;glise. Mais la foi &#233;tant interne, et la profession ext&#233;rieure, je nomme celle-l&#224; proprement foi, et tiens l'autre pour une partie de l'ob&#233;issance, de sorte que ce point-l&#224; suffit bien seul &#224; la foi int&#233;rieure, mais non pas &#224; la profession du chr&#233;tien. Enfin, de m&#234;me que si j'eusse dit, que du c&#244;t&#233; de la justice, la vraie et int&#233;rieure repentance des p&#233;ch&#233;s est seule n&#233;cessaire au salut, on n'e&#251;t pas tenu cela pour un paradoxe ; parce que j'eusse entendu, que la justice, l'ob&#233;issance et une &#226;me dispos&#233;e &#224; pratiquer toutes les vertus en une s&#233;rieuse r&#233;formation de vie, fussent contenues dans la p&#233;nitence. Ainsi, quand je dis que la foi en un seul article suffit au salut, il ne faut pas s'en &#233;tonner, puisque sous ce point j'en comprends un si grand nombre d'autres. Car ces paroles, j&#233;sus est le Christ, signifient que J&#233;sus est celui dont Dieu avait promis par les proph&#232;tes la venue au monde afin de r&#233;tablir son r&#232;gne, c'est-&#224;-dire que J&#233;sus est le Fils de Dieu, cr&#233;ateur du ciel et de la terre, n&#233; de la vierge, mort pour les p&#233;ch&#233;s de ceux qui croiront en lui ; qu'il est le Christ, c'est-&#224;-dire le roi, qu'il est ressuscit&#233; (car autrement il ne devrait pas r&#233;gner) ; qu'il jugera le monde et rendra &#224; chacun selon ses oeuvres (car autrement il ne pourrait pas &#234;tre roi) ; que les hommes aussi ressusciteront (car autrement ils ne pourraient pas &#234;tre jug&#233;s). Si bien que dans ce seul article tout le symbole des ap&#244;tres y est compris. Et j'ai pens&#233; d'en faire cet abr&#233;g&#233; ; parce que je remarque qu'en vertu de ce seul point, sans tous les autres que l'on en tire par cons&#233;quence, plusieurs personnes ont &#233;t&#233; admises, par J&#233;sus-Christ et par ses ap&#244;tres, au royaume de Dieu ; comme entre autres le bon larron en la croix, l'eunuque que Philippe baptisa, et deux mille &#226;mes que saint Pierre re&#231;ut en une seule fois en la communion de l'&#233;glise. Au reste, si quelques-uns trouvent &#224; redire &#224; ceci, que je n'estime pas que tous ceux-l&#224; doivent &#234;tre damn&#233;s &#233;ternellement, qui ne pr&#234;tent pas un consentement int&#233;rieur &#224; quelque article que l'&#233;glise a d&#233;fini, et qui cependant n'y contredisent pas, mais qui l'accordent, si on le leur commande, je ne saurais que faire &#224; cela pour leur complaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Car de changer d'avis, les t&#233;moignages &#233;vidents de l'&#201;criture sainte que je vais ajouter m'en emp&#234;chent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Du droit des ma&#238;tres sur leurs esclaves (De Cive, II, VIII).</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Du-droit-des-maitres-sur-leurs-esclaves-De-Cive-II-VIII</link>
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		<dc:date>2006-01-25T19:41:04Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;I. Ce que c'est que ma&#238;tre et esclave. Il. Distinction entre les esclaves desquels on ne se d&#233;fie point, et lesquels on laisse jouir de la libert&#233; naturelle, et ceux qu'on tient en prison ou &#224; la cha&#238;ne. III. L'obligation d'un esclave na&#238;t de ce que son ma&#238;tre lui a accord&#233; la libert&#233; de son corps. IV. Que les esclaves qu'on tient encha&#238;n&#233;s ne sont oblig&#233;s &#224; leur ma&#238;tre par aucuns pactes. VI. Que le ma&#238;tre peut vendre ou ali&#233;ner par testament son esclave. VII. Que le ma&#238;tre ne peut point (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;I. Ce que c'est que ma&#238;tre et esclave. Il. Distinction entre les esclaves desquels on ne se d&#233;fie point, et lesquels on laisse jouir de la libert&#233; naturelle, et ceux qu'on tient en prison ou &#224; la cha&#238;ne. III. L'obligation d'un esclave na&#238;t de ce que son ma&#238;tre lui a accord&#233; la libert&#233; de son corps. IV. Que les esclaves qu'on tient encha&#238;n&#233;s ne sont oblig&#233;s &#224; leur ma&#238;tre par aucuns pactes. VI. Que le ma&#238;tre peut vendre ou ali&#233;ner par testament son esclave. VII. Que le ma&#238;tre ne peut point commettre d'injure contre son esclave. VIII. Que celui qui est ma&#238;tre du ma&#238;tre, est ma&#238;tre des esclaves. IX. Par quels moyens les esclaves sont affranchis. X. Que la seigneurie sur les b&#234;tes est du droit de nature.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;I.&lt;/strong&gt; J'ai trait&#233; aux deux chapitres pr&#233;c&#233;dents de la domination institu&#233;e et politique, c'est-&#224;-dire de la soci&#233;t&#233; civile qui a &#233;t&#233; b&#226;tie du consentement de plusieurs personnes, qui se sont oblig&#233;es les unes aux autres par des contrats et par une fid&#233;lit&#233; mutuelle qu'elles se sont promise. Il reste que je dise quelque chose de la domination naturelle, nomm&#233;e despotique en termes de l'&#201;cole, comme si l'on disait seigneuriale, et de laquelle on acquiert l'usage par les forces et la puissance naturelle. Et d'abord il faut rechercher par quels moyens c'est qu'on obtient le droit de seigneurie sur une personne. Car, ce droit &#233;tant acquis, on exerce une certaine esp&#232;ce d'empire, et le ma&#238;tre devient un petit monarque. Vu que la royaut&#233; n'est autre chose qu'une domination plus &#233;tendue, et qu'une seigneurie sur un grand nombre de personnes : de sorte qu'un royaume est comme une famille fort ample, et une famille est comme un petit royaume. Afin donc que je prenne mon raisonnement du plus haut que je pourrai, il faut que nous rebroussions vers le premier &#233;tat de nature et que nous consid&#233;rions les hommes comme s'ils ne faisaient maintenant que de na&#238;tre, et comme s'ils &#233;taient sortis tout &#224; coup de la terre, ainsi que des potirons. De cette fa&#231;on, ils n'auront aucune obligation les uns aux autres et nous trouverons ensuite qu'il n'y a que trois moyens par lesquels on puisse acqu&#233;rir domination sur une personne. Le premier est lorsque quelqu'un, pour le bien de la paix et pour l'int&#233;r&#234;t de la d&#233;fense commune, s'est mis de son bon gr&#233; sous la puissance d'un certain homme, ou d'une certaine assembl&#233;e, apr&#232;s avoir convenu de quelques articles qui doivent &#234;tre observ&#233;s r&#233;ciproquement. C'est par ce moyen que les soci&#233;t&#233;s civiles se sont &#233;tablies et j'en ai trait&#233; d&#233;j&#224; assez au long. je passe donc au deuxi&#232;me, qui arrive lorsque quelqu'un &#233;tant fait prisonnier de guerre, ou vaincu par ses ennemis, ou se d&#233;fiant de ses forces, promet, pour sauver sa vie, de servir le vainqueur, c'est-&#224;-dire de faire tout ce que le plus fort lui commandera. En laquelle convention, le bien que re&#231;oit le vaincu, ou le plus faible, est la vie, qui, par le droit de la guerre, et en l'&#233;tat naturel des hommes, pouvait lui &#234;tre &#244;t&#233;e ; et l'avantage qu'il promet au vainqueur, est son service et son ob&#233;issance. De sorte qu'en vertu de ce contrat, le vaincu doit au victorieux tous ses services et une ob&#233;issance absolue, si ce n'est en ce qui r&#233;pugne aux lois divines. La raison pour laquelle j'&#233;tends si avant les devoirs de cette ob&#233;issance est, que celui qui s'est oblig&#233; d'ob&#233;ir &#224; une personne, sans s'&#234;tre inform&#233; de ce qu'elle lui commandera, est oblig&#233; absolument et sans restriction &#224; tout ce qu'elle voudra tirer de son service. Or, je nomme serf ou esclave, celui qui est oblig&#233; de cette sorte, et seigneur ou ma&#238;tre celui &#224; qui on est oblig&#233; pareillement. En troisi&#232;me lieu, on acquiert droit naturel sur une personne par la g&#233;n&#233;ration ; de quoi je parlerai, avec l'aide de Dieu, au chapitre suivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt; On ne doit point supposer que tous les prisonniers de guerre &#224; qui on a laiss&#233; la vie sauve ont trait&#233; avec leur vainqueur : on ne se fie pas tellement &#224; tous, qu'on leur laisse assez de libert&#233; naturelle pour s'enfuir, pour refuser leur service, ou pour brasser, s'ils veulent, quelque entreprise contre leur ma&#238;tre. Aussi on les tient enferm&#233;s en des prisons, et s'ils travaillent, ce n'est qu'en quelque lieu bien assur&#233;, ou sous la cha&#238;ne, comme les for&#231;ats dans les gal&#232;res, qui ne repr&#233;sentent peut-&#234;tre pas mal cette sorte d'esclaves, que les anciens nommaient Ergastulos, et dont on se servait &#224; divers ouvrages, comme il se pratique encore aujourd'hui aux villes d'Alger et de Tunis, en la c&#244;te de Barbarie. Et de vrai, notre langue met beaucoup de diff&#233;rence entre un serviteur, un valet, un serf et un esclave. J'eusse employ&#233; le mot de domestique, qui est d'une signification g&#233;n&#233;rale, si je n'eusse pens&#233; que celui d'esclave exprimait mieux la privation de libert&#233;, qui est ici suppos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt; L'obligation d'un esclave envers son ma&#238;tre, ne vient donc pas de cela simplement qu'il lui a donn&#233; la vie, mais de ce qu'il ne le tient point li&#233;, ni en prison ; car, toute obligation na&#238;t d'un pacte, et le pacte suppose qu'on se fie &#224; une personne, comme il a &#233;t&#233; dit au neuvi&#232;me article du second chapitre, o&#249; j'ai d&#233;fini que le pacte &#233;tait une promesse de celui auquel on se fie. Il y a donc, outre le b&#233;n&#233;fice accord&#233;, la fiance que le ma&#238;tre prend en celui &#224; qui il laisse la libert&#233; de sa personne ; de sorte que si l'esclave n'&#233;tait attach&#233; par l'obligation de ce tacite contrat, non seulement il pourrait s'enfuir, mais aussi &#244;ter la vie &#224; celui qui lui a conserv&#233; la sienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IV.&lt;/strong&gt; Ainsi les esclaves qui souffrent cette dure servitude qui les prive de toute libert&#233;, et qu'on tient enferm&#233;s dans les prisons, ou li&#233;s de cha&#238;nes, ou qui travail lent en des lieux publics par forme de supplice, ne sont pas ceux que je comprends en ma d&#233;finition pr&#233;c&#233;dente ; parce qu'ils ne servent pas par contrat, mais de crainte de la peine. C'est pourquoi ils ne font rien contre les lois de nature, s'ils s'enfuient, ou s'ils &#233;gorgent leur ma&#238;tre. Car celui qui lie un autre, t&#233;moigne par-l&#224; qu'il ne s'assure point de son prisonnier par quelque obligation plus forte que les cha&#238;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;V.&lt;/strong&gt; Le ma&#238;tre donc n'a pas moins de droit et de domination sur l'esclave qu'il laisse en libert&#233;, que sur celui qu'il tient &#224; la cadence : car il a sur l'un et sur l'autre une puissance souveraine ; et il peut dire de son esclave, aussi bien que de toute autre chose qui est &#224; lui : &#171; cela m'appartient &#187;. D'o&#249; s'ensuit, que tout ce qui appartenait &#224; l'esclave avant la perte de sa libert&#233;, appartient au ma&#238;tre ; et que tout ce que l'esclave acquiert, il l'acquiert &#224; son ma&#238;tre. Car celui qui dispose l&#233;gitimement d'une personne, peut disposer de tout ce dont cet homme-l&#224; avait la disposition. Il n'y a donc rien que l'esclave puisse retenir comme sien propre au pr&#233;judice de son ma&#238;tre. Toutefois, il a, par la dispensation de son ma&#238;tre, quelque propri&#233;t&#233; et domination sur les choses qui lui ont &#233;t&#233; donn&#233;es, et il en peut retenir et d&#233;fendre la possession contre tous ses compagnons de service. De la m&#234;me sorte que j'ai fait voir ci-dessus, qu'un particulier n'avait rien qui f&#251;t proprement sien contre la volont&#233; de l'&#201;tat, ou de celui qui le gouverne ; quoique &#224; l'&#233;gard de ses concitoyens, il puisse dire de quantit&#233; de choses qu'elles lui appartiennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VI.&lt;/strong&gt; Or, d'autant que l'esclave et tout ce qui est &#224; lui appartient au ma&#238;tre, et que chacun, suivant le droit de nature, peut disposer de son bien comme bon lui semble, le ma&#238;tre pourra vendre, engager et l&#233;guer par testament le droit qu'il a sur son esclave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VII.&lt;/strong&gt; De plus, comme j'ai fait voir tant&#244;t, qu'en la soci&#233;t&#233; qui est d'institution politique, celui qui gouverne absolument ne peut point commettre d'injure envers son sujet, il est vrai aussi que l'esclave ne peut point &#234;tre offens&#233; par son ma&#238;tre, &#224; cause qu'il lui a soumis sa volont&#233; ; si bien que tout ce que le ma&#238;tre fait, se doit supposer du consentement de l'esclave. Or, est-il qu'on ne fait point d'injure &#224; celui qui est content de la recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;VIII.&lt;/strong&gt; Mais, s'il arrive que le ma&#238;tre devienne esclave par captivit&#233;, ou par une servitude volontaire, cet autre, en la puissance duquel il tombe, acquiert la domination sur les esclaves du premier, aussi bien que sur sa personne. Il est vrai que sa juridiction regarde l'un directement et les autres m&#233;diatement ; mais elle est sur tous &#233;galement haute et souveraine. Car ils appartiennent par un m&#234;me droit &#224; ce nouveau ma&#238;tre, et le subalterne ne peut point disposer de ceux qui &#233;taient autrefois ses esclaves, que suivant la volont&#233; de celui qui en a la haute domination. C'est pourquoi, s'il y a eu des r&#233;publiques o&#249; les ma&#238;tres avaient une puissance absolue sur leurs esclaves, ils la tiraient du droit de nature, et elle &#233;tait tol&#233;r&#233;e plut&#244;t qu'&#233;tablie par la loi civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;IX.&lt;/strong&gt; Les esclaves sont d&#233;livr&#233;s de servitude, par les m&#234;mes moyens que les sujets sont retir&#233;s de la suj&#233;tion en la r&#233;publique. Premi&#232;rement, si le ma&#238;tre les affranchit ; car il peut rendre le droit que l'esclave lui avait donn&#233;. Cette sorte d'affranchissement se nommait autrefois manumission. Ce qui ne se rapporte pas mal &#224; la permission que l'&#201;tat donne &#224; un bourgeois d'aller demeurer en un autre pays. En deuxi&#232;me lieu, si le ma&#238;tre chasse son esclave ; ce qui ressemble fort bien &#224; l'exil dont on bannit les habitants d'une ville et qui a le m&#234;me effet que la manumission, mais non pas si bonne gr&#226;ce ; car en l'une on donne la libert&#233; comme un excellent bienfait et en l'autre on la rend par forme de supplice. Toutefois, en ces deux fa&#231;ons d'affranchir, on renonce &#224; la domination. En troisi&#232;me lieu, si un esclave est fait prisonnier de guerre, cette nouvelle servitude abolit l'ancienne : car ils sont compt&#233;s parmi le butin aussi bien que toutes les autres choses ; et le nouveau ma&#238;tre doit se les conserver par une nouvelle protection de leurs personnes. En quatri&#232;me lieu, l'esclave recouvre la libert&#233;, s'il ne voit point de successeur &#224; son ma&#238;tre qui meurt sans h&#233;ritiers et sans faire testament, car on n'est point oblig&#233;, si on ne sait envers qui il faudra s'acquitter de son obligation. Enfin l'esclave qu'on maltraite, qu'on met dans les liens et auquel on &#244;te la libert&#233; corporelle qu'on lui avait promise, est d&#233;livr&#233; de l'obligation qui suppose une esp&#232;ce de contrat. Car le contrat est nul, si on ne se fie &#224; celui avec qui on contracte, et on ne peut pas manquer &#224; la fid&#233;lit&#233; de laquelle on n'a pas &#233;t&#233; estim&#233; que nous fussions capables. Mais le ma&#238;tre, qui vit lui-m&#234;me sous la servitude d'autrui, ne peut point affranchir les esclaves, en sorte qu'ils ne soient plus sous la puissance d'une plus haute domination : car alors les esclaves ne sont pas &#224; lui, comme il a &#233;t&#233; dit, mais &#224; celui qu'il reconna&#238;t en un degr&#233; plus &#233;lev&#233; pour son propre ma&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;X.&lt;/strong&gt; Le droit sur les b&#234;tes s'acquiert de la m&#234;me fa&#231;on que sur les hommes, &#224; savoir par la force et par les puissances naturelles. Car, si en l'&#233;tat de nature il &#233;tait permis aux hommes (&#224; cause de la guerre de tous contre tous) de s'assujettir et de tuer leurs semblables toutes fois et quantes que cela leur semblerait exp&#233;dient &#224; leurs affaires ; &#224; plus forte raison, la m&#234;me chose leur doit &#234;tre permise envers les b&#234;tes, dont ils peuvent s'assujettir celles qui se laissent apprivoiser et exterminer toutes les autres en leur faisant une guerre perp&#233;tuelle. D'o&#249; je conclus que la domination sur les b&#234;tes n'a pas &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; l'homme par un privil&#232;ge particulier du droit divin positif, mais par le droit commun de la nature. Car, si on n'e&#251;t joui de ce dernier droit avant la promulgation de la Sainte &#201;criture, on n'e&#251;t pas eu celui d'&#233;gorger quelques animaux pour se nourrir. En quoi la condition des hommes e&#251;t &#233;t&#233; pire que celle des b&#234;tes, qui nous eussent pu d&#233;vorer impun&#233;ment, sans qu'il nous e&#251;t &#233;t&#233; permis de leur rendre la pareille. Mais, comme c'est par le droit de nature que les b&#234;tes se jettent sur nous lorsque la faim les presse ; nous avons aussi le m&#234;me titre de nous servir d'elles et, par la m&#234;me loi, il nous est permis de les pers&#233;cuter.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les petites asembl&#233;es sont pr&#233;f&#233;rables aux grandes (De Cive, X, X).</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Les-petites-asemblees-sont-preferables-aux-grandes-De-Cive-X-X</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;D'ailleurs, il y a diverses raisons qui me font estimer que les d&#233;lib&#233;rations que l'on prend en de grandes assembl&#233;es, valent moins que celles o&#249; l'on ne recueille les sentiments que d'un petit nombre de personnes choisies. L'une de mes raisons est que, pour bien d&#233;lib&#233;rer de tout ce qui est de l'int&#233;r&#234;t public, il faut conna&#238;tre non seulement les affaires du dedans, mais aussi celles du dehors. Et pour ce qui regarde le dedans de l'&#201;tat, il faut savoir, par exemple, d'o&#249; c'est qu'il tire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D'ailleurs, il y a diverses raisons qui me font estimer que les d&#233;lib&#233;rations que l'on prend en de grandes assembl&#233;es, valent moins que celles o&#249; l'on ne recueille les sentiments que d'un petit nombre de personnes choisies. L'une de mes raisons est que, pour bien d&#233;lib&#233;rer de tout ce qui est de l'int&#233;r&#234;t public, il faut conna&#238;tre non seulement les affaires du dedans, mais aussi celles du dehors. Et pour ce qui regarde le dedans de l'&#201;tat, il faut savoir, par exemple, d'o&#249; c'est qu'il tire les moyens de sa subsistance et de sa d&#233;fense, quels sont les lieux propres &#224; recevoir de garnison ; o&#249; se doivent faire les lev&#233;es des soldats et o&#249; ils se peuvent entretenir ; comment sont port&#233;s les sujets envers leur prince, envers l'&#201;tat, ou envers ceux qui gouvernent et mille choses semblables. Pour ce qui est des affaires &#233;trang&#232;res, il ne faut pas ignorer quelle est et en quoi consiste la force des &#201;tats voisins ; quels avantages, ou quels d&#233;savantages nous en retirons ; de quelle affection ils sont port&#233;s pour nous et comment ils vivent entre eux, et quels desseins ils font. Or, d'autant que cela vient &#224; la connaissance de fort peu de personnes, dans une grande foule de peuple, &#224; quoi peut servir tout ce nombre d'ignorants et d'incapables de bon conseil, qu'&#224; donner par leurs sots avis des emp&#234;chements aux m&#251;res d&#233;lib&#233;rations ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Hobbes, Du Citoyen (De Cive), chap. X, &#167;X&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>La monarchie est le meilleur des gouvernements (De Cive, X, XVII).</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-monarchie-est-le-meilleur-des-gouvernements-De-Cive-X-XVII</link>
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		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Or, entre les preuves que la plus absolue monarchie est la meilleure de toutes les sortes de gouvernement, c'en est ici une tr&#232;s &#233;vidente, que non seulement les rois, mais aussi les r&#233;publiques populaires et aristocratiques, donnent des g&#233;n&#233;raux &#224; leurs arm&#233;es lorsque quelque guerre survient, et laissent leur puissance aussi absolue qu'elle le peut &#234;tre (sur quoi il faut remarquer en passant, qu'un roi ne peut point donner &#224; un g&#233;n&#233;ral plus de puissance sur son arm&#233;e, qu'il n'en exerce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Or, entre les preuves que la plus absolue monarchie est la meilleure de toutes les sortes de gouvernement, c'en est ici une tr&#232;s &#233;vidente, que non seulement les rois, mais aussi les r&#233;publiques populaires et aristocratiques, donnent des g&#233;n&#233;raux &#224; leurs arm&#233;es lorsque quelque guerre survient, et laissent leur puissance aussi absolue qu'elle le peut &#234;tre (sur quoi il faut remarquer en passant, qu'un roi ne peut point donner &#224; un g&#233;n&#233;ral plus de puissance sur son arm&#233;e, qu'il n'en exerce lui-m&#234;me sur ses sujets). Donc, en un camp, la monarchie est la plus excellente de toutes les sortes de gouvernements. Mais, que sont autre chose plusieurs r&#233;publiques, qu'autant de grandes arm&#233;es, qui demeurent camp&#233;es dans un pays, enferm&#233;es d'une large circonvallation et fortifi&#233;es sur la fronti&#232;re par des garnisons et des places, o&#249; l'on est toujours en arme contre ses voisins ? Or, comme ces r&#233;publiques voisines demeurant en cette posture ennemie, ne sont point soumises &#224; une commune puissance ; la paix dont elles jouissent quelquefois n'est qu'une esp&#232;ce de tr&#234;ve, et leur &#233;tat doit &#234;tre tenu pour le vrai &#233;tat de nature, qui est celui de guerre perp&#233;tuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Hobbes, Du Citoyen (De Cive), chap. X, &#167;XVII&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des causes, de la g&#233;n&#233;ration et de la d&#233;finition de la r&#233;publique (L&#233;viathan, chap.17)</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Des-causes-de-la-generation-et-de-la-definition-de-la-republique-Leviathan-chap</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Des-causes-de-la-generation-et-de-la-definition-de-la-republique-Leviathan-chap</guid>
		<dc:date>2004-04-29T12:08:27Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le but de la R&#233;publique &lt;br class='autobr' /&gt;
La cause finale, le but, le dessein, que poursuivirent les hommes, eux qui par nature aiment la libert&#233; et l'empire exerc&#233; sur autrui, lorsqu'ils se sont impos&#233; ces restrictions au sein desquelles on les voit vivre dans les R&#233;publiques, c'est le souci de pourvoir &#224; leur propre pr&#233;servation et de vivre plus heureusement par ce moyen : autrement dit, de s'arracher &#224; ce mis&#233;rable &#233;tat de guerre qui est, je l'ai montr&#233;, la cons&#233;quence n&#233;cessaire des passions naturelles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le but de la R&#233;publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La cause finale, le but, le dessein, que poursuivirent les hommes, eux qui par nature aiment la libert&#233; et l'empire exerc&#233; sur autrui, lorsqu'ils se sont impos&#233; ces restrictions au sein desquelles on les voit vivre dans les R&#233;publiques, c'est le souci de pourvoir &#224; leur propre pr&#233;servation et de vivre plus heureusement par ce moyen : autrement dit, de s'arracher &#224; ce mis&#233;rable &#233;tat de guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;De la condition naturelle des hommes en ce qui concerne leur f&#233;licit&#233; et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui est, je l'ai montr&#233;, la cons&#233;quence n&#233;cessaire des passions naturelles des hommes, quand il n'existe pas de pouvoir visible pour les tenir en respect, et de les lier, par la crainte des ch&#226;timents, tant &#224; l'ex&#233;cution de leurs conventions qu'&#224; l'observation des lois de nature qui ont &#233;t&#233; expos&#233;es aux chapitres &lt;a href='https://caute.lautre.net/Des-deux-premieres-lois-naturelles-et-des-contrats-Leviathan-chapitre-14' class=&#034;spip_in&#034;&gt;XIV&lt;/a&gt; et XV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'elles-m&#234;mes en effet, en l'absence d'un pouvoir qui les fasse observer par l'effroi qu'il inspire, les lois de nature (comme la &lt;i&gt;justice, l'&#233;quit&#233;, &lt;/i&gt;la &lt;i&gt;mod&#233;ration, &lt;/i&gt;la &lt;i&gt;piti&#233;, &lt;/i&gt;et d'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &lt;i&gt;faire aux autres ce que nous voudrions qu'on nous f&#238;t) &lt;/i&gt;sont contraires &#224; nos passions naturelles, qui nous portent &#224; la partialit&#233;, &#224; l'orgueil, &#224; la vengeance, et aux autres conduites de ce genre. Et les conventions, sans le glaive, ne sont que des paroles, d&#233;nu&#233;es de la force d'assurer aux gens la moindre s&#233;curit&#233;. C'est pourquoi, nonobstant les lois de la nature (que chacun n'observe que s'il en a la volont&#233; et s'il peut le faire sans danger), si aucun pouvoir n'a &#233;t&#233; institu&#233;, ou qu'il ne soit pas assez grand pour assurer notre s&#233;curit&#233;, tout homme se reposera (chose pleinement l&#233;gitime) sur sa force et sur son habilet&#233; pour se garantir contre tous les autres. Et partout o&#249; les hommes ont v&#233;cu en petites familles, se voler et se d&#233;pouiller les uns les autres a &#233;t&#233; une profession qu'ils &#233;taient si loin de regarder comme contraire &#224; la loi de nature qu'on &#233;tait d'autant plus honor&#233; qu'on avait acquis de plus grandes d&#233;pouilles. L'on n'observait alors pas d'autres lois que celles de l'honneur : s'abstenir de cruaut&#233;, laisser aux hommes la vie sauve, ainsi que les instruments agricoles. Et comme le faisaient alors les petites familles, de m&#234;me aujourd'hui les cit&#233;s et les royaumes, qui ne sont que des familles plus grandes, &#233;tendent, en vue de leur s&#233;curit&#233;, leurs empires, prenant pr&#233;texte du moindre danger, de la crainte d'une agression, de la crainte de l'assistance qui pourrait &#234;tre donn&#233;e aux agresseurs : s'effor&#231;ant autant qu'ils le peuvent de soumettre ou d'affaiblir leurs voisins, de vive force ou par machinations secr&#232;tes ; et en l'absence de toute autre garantie, ils agissent en cela avec justice, et leur souvenir est &#224; cause de cela entour&#233; d'honneur dans les &#226;ges suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas davantage la r&#233;union d'un petit nombre d'hommes qui peut donner cette s&#233;curit&#233; ; en effet, lorsqu'il s'agit de petits nombres, une l&#233;g&#232;re augmentation du nombre de l'un ou de l'autre camp rend la sup&#233;riorit&#233; des forces assez grande pour emporter la victoire, constituant ainsi un encouragement &#224; l'agression. La taille du groupe qui serait assez important pour que nous nous reposions sur lui du soin de notre s&#233;curit&#233; n'est pas fix&#233;e par un nombre d&#233;termin&#233;, mais par comparaison avec l'ennemi que nous craignons : elle est suffisante, lorsque l'avantage num&#233;rique de l'ennemi n'a pas une influence assez visible, assez manifeste, sur la d&#233;termination de l'issue de la guerre, pour le pousser &#224; attaquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du reste, que les hommes soient un nombre aussi grand qu'on voudra : si n&#233;anmoins leurs actions sont dirig&#233;es selon leurs jugements et app&#233;tits particuliers, ils ne peuvent attendre de leur nombre ni d&#233;fense ni protection, tant &#224; l'encontre d'un ennemi commun qu'en ce qui concerne les torts qu'ils s'infligent l'un &#224; l'autre. En effet, leurs opinions &#233;tant divis&#233;es au sujet du meilleur usage et de la meilleure application de leur force, loin de s'aider l'un l'autre, ils se font l'un &#224; l'autre obstacle, et, par leur opposition mutuelle, ils annulent leur force ; partant, non seulement un tr&#232;s petit nombre d'hommes qui s'accordent en viendront ais&#233;ment &#224; bout : mais aussi, lorsqu'il n'y a pas d'ennemi commun, ils se font la guerre l'un &#224; l'autre, &#224; propos de leurs int&#233;r&#234;ts particuliers. Car si l'on pouvait imaginer un grand nombre d'hommes unanimes dans l'observation de la justice et des autres lois de nature, en l'absence d'un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, on pourrait aussi bien imaginer toute l'humanit&#233; en faisant autant : aucun gouvernement civil, aucune esp&#232;ce de R&#233;publique, n'existerait alors, et n'aurait besoin d'exister ; il y aurait en effet la paix, sans la suj&#233;tion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas non plus, pour obtenir cette s&#233;curit&#233; que les hommes d&#233;sirent voir durer tout le temps de leur vie, qu'ils soient gouvern&#233;s et dirig&#233;s par un jugement unique pendant un temps limit&#233; pendant telle bataille, par exemple, ou telle guerre. Car, m&#234;me s'ils obtiennent la victoire par leur effort unanime contre un ennemi ext&#233;rieur, quand par la suite il n'existera plus d'ennemi commun, ou que celui qu'une partie d'entre eux tiendra pour un ennemi sera tenu pour un ami par les autres, ils devront n&#233;cessairement se diviser sous l'effet de la diff&#233;rence de leurs int&#233;r&#234;ts et tomber &#224; nouveau dans une guerre intestine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Diff&#233;rence de l'homme et des autres animaux sociaux&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que certains animaux comme les abeilles et les fourmis vivent en soci&#233;t&#233; les uns avec les autres, et sont pour ce motif rang&#233;s par Aristote au nombre des animaux politiques ; et pourtant ils n'ont pas d'autre direction que leurs jugements et app&#233;tits particuliers ; ils n'ont pas la parole, qui leur permettrait de se d&#233;clarer l'un &#224; l'autre ce qu'ils jugent profitable &#224; l'int&#233;r&#234;t commun. C'est pourquoi il se peut bien que quelqu'un d&#233;sire savoir pourquoi l'humanit&#233; est incapable d'en faire autant. A cette question je r&#233;ponds :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;premi&#232;rement, que les hommes sont dans une continuelle rivalit&#233; au sujet de l'honneur et de la dignit&#233;, ce qui n'est pas e cas e ces animaux ; et qu'en cons&#233;quence, chez les hommes, l'envie et la haine, puis enfin la guerre, prennent naissance sur ce fondement, alors qu'il n'en va pas de m&#234;me chez les animaux ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;deuxi&#232;mement, que chez ces cr&#233;atures,. le bien commun ne diff&#232;re pas du bien priv&#233; ; port&#233;es par nature vers leur bien priv&#233;, elles servent du m&#234;me coup l'int&#233;r&#234;t commun ; mais l'homme, dont la joie consiste &#224; se comparer aux autres, ne peut vraiment savourer que ce qui est au-dessus du sort commun ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;troisi&#232;mement, que ces cr&#233;atures, n'ayant pas comme l'homme l'usage de la raison, ne voient pas ou ne pensent pas voir de fautes dans l'administration de leurs affaires communes : alors que parmi les hommes, nombreux sont ceux qui se jugent plus sages que tous les autres, et plus aptes &#224; gouverner la chose publique ; s'effor&#231;ant de r&#233;former et d'innover, celui-ci d'une mani&#232;re, celui-l&#224; d'une autre, et conduisant ainsi la chose publique vers le d&#233;chirement et la guerre civile ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;quatri&#232;mement, que ces cr&#233;atures, encore qu'elles aient quelque usage de la voix pour se faire conna&#238;tre l'une &#224; l'autre leurs d&#233;sirs et leurs autres affections, manquent n&#233;anmoins de cet art des mots par lequel certains savent pr&#233;senter aux autres ce qui est bon sous les apparences du mal et ce qui est mauvais sous les apparences du bien, et augmenter ou diminuer la grandeur apparente du bien et du mal, rendant les hommes insatisfaits, et troublant leur paix &#224; leur gr&#233; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;cinqui&#232;mement, que les cr&#233;atures d&#233;nu&#233;es de raison ne peuvent distinguer entre un &lt;i&gt;tort &lt;/i&gt;et un &lt;i&gt;dommage : &lt;/i&gt;c'est pourquoi, aussi longtemps que leurs aises sont sauvegard&#233;es, elles ne se sentent pas offens&#233;es par leurs compagnes ; tandis que l'homme est le plus enclin &#224; cr&#233;er du d&#233;sordre lorsqu'il jouit le plus de ses aises : car c'est alors qu'il aime &#224; montrer sa sagesse, et &#224; censurer les actions de ceux qui gouvernent la R&#233;publique ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;enfin, l'accord de ces cr&#233;atures est naturel, alors que celui des hommes, venant seulement des conventions, est artificiel : aussi n'est-il pas &#233;tonnant qu'il faille quelque chose d'autre, en sus de la convention, pour rendre leur accord constant et durable ; cette autre chose est un pouvoir commun qui les tienne en respect et dirige leurs actions en vue de l'avantage commun.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gen&#232;se de la R&#233;publique,&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;ou L&#233;viathan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La seule fa&#231;on d'&#233;riger un tel pouvoir commun, apte &#224; d&#233;fendre les gens de l'attaque des &#233;trangers, et des torts qu'ils pourraient se faire les uns aux autres, et ainsi &#224; les prot&#233;ger de telle sorte que par leur industrie et par les productions de la terre, ils puissent se nourrir et vivre satisfaits, c'est de confier tout leur pouvoir et toute leur force &#224; un seul homme, ou &#224; une seule assembl&#233;e, qui puisse r&#233;duire toutes leurs volont&#233;s, par la r&#232;gle de la majorit&#233;, en une seule volont&#233;. Cela revient &#224; dire : d&#233;signer un homme, ou une assembl&#233;e, pour assumer leur personnalit&#233; ; et que chacun s'avoue et se reconnaisse comme l'auteur de tout ce qu'aura fait ou fait faire, quant aux choses qui concernent la paix et la s&#233;curit&#233; commune, celui qui a ainsi assum&#233; leur personnalit&#233;, que chacun par cons&#233;quent soumette sa volont&#233; et son jugement &#224; la volont&#233; et au jugement de cet homme ou de cette assembl&#233;e. Cela va plus loin que le consensus, ou concorde : il s'agit d'une unit&#233; r&#233;elle de tous en une seule et m&#234;me personne, unit&#233; r&#233;alis&#233;e par une convention de chacun avec chacun pass&#233;e de telle sorte que c'est comme si chacun disait &#224; chacun : &lt;i&gt;j'autorise cet homme ou cette assembl&#233;e, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-m&#234;me, &#224; cette condition que tu lui abandonnes ton droit et que tu autorises toutes ses actions de la m&#234;me mani&#232;re. &lt;/i&gt;Cela fait, la multitude ainsi unie en une seule personne est appel&#233;e une R&#201;PUBLIQUE, en latin CIVITAS (34). Telle est la g&#233;n&#233;ration de ce grand L&#201;VIATHAN, ou plut&#244;t pour en parler avec plus de r&#233;v&#233;rence, de ce dieu mortel, auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection. Car en vertu de cette autorit&#233; qu'il a re&#231;ue de chaque individu de la R&#233;publique, l'emploi lui est conf&#233;r&#233; d'une tel pouvoir et d'une telle force, que l'effroi qu'ils inspirent lui permet de modeler les volont&#233;s de tous, en vue de la paix &#224; l'int&#233;rieur et de l'aide mutuelle contre les ennemis de l'ext&#233;rieur. En lui r&#233;side l'essence de la R&#233;publique, qui se d&#233;finit : &lt;i&gt;une personne unique telle qu'une grande multitude d'hommes se sont faits, chacun d'entre eux, par des conventions mutuelles qu'ils ont pass&#233;e l'un avec l'autre, l'auteur de ses actions, afin qu'elle use de la force et des ressources de tous, comme elle le jugera exp&#233;dient, en vue de leur paix et de leur commune d&#233;fense.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;positaire de cette personnalit&#233; est appel&#233; &lt;i&gt;SOUVERAIN, &lt;/i&gt;et l'on dit qu'il poss&#232;de le &lt;i&gt;pouvoir souverain ; &lt;/i&gt;tout autre homme est son &lt;i&gt;SUJET.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Il existe deux mani&#232;res d'obtenir ce pouvoir souverain. La premi&#232;re est la force naturelle : c'est le cas lorsqu'un homme oblige ses enfants &#224; se soumettre, avec leurs propres enfants, &#224; son gouvernement, parce qu'il peut les d&#233;truire s'ils refusent, ou lorsque par le moyen de la guerre il soumet ses ennemis &#224; sa volont&#233;, leur accordant la vie sauve &#224; cette condition. L'autre mani&#232;re appara&#238;t quand les hommes s'entendent entre eux pour se soumettre &#224; tel homme ou &#224; telle assembl&#233;e, volontairement, parce qu'ils leur font confiance pour les prot&#233;ger contre tous les autres. Dans ce deuxi&#232;me cas, on peut parler de R&#233;publique politique, ou de R&#233;publique d'institution ; dans le premier cas, c'est une R&#233;publique d'acquisition. Je parlerai d'abord de la R&#233;publique d'institution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/De-la-condition-naturelle-des-hommes-en-ce-qui-concerne-leur-felicite-et-leur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;De la condition naturelle des hommes en ce qui concerne leur f&#233;licit&#233; et leur mis&#232;re (L&#233;viathan, chap.13)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Th. Hobbes, &lt;strong&gt;L&#233;viathan&lt;/strong&gt;, chap. 17.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des deux premi&#232;res lois naturelles et des contrats (L&#233;viathan, chapitre 14)</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Des-deux-premieres-lois-naturelles-et-des-contrats-Leviathan-chapitre-14</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Des-deux-premieres-lois-naturelles-et-des-contrats-Leviathan-chapitre-14</guid>
		<dc:date>2004-04-29T10:39:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;voyez le chapitre pr&#233;c&#233;dent : De la condition naturelle des hommes en ce qui concerne leur f&#233;licit&#233; et leur mis&#232;re (L&#233;viathan, chap.13). &lt;br class='autobr' /&gt; Le droit de nature et la libert&#233; &lt;br class='autobr' /&gt;
LE DROIT DE NATURE, que les auteurs appellent g&#233;n&#233;ralement jus naturale, est la libert&#233; qu'a chacun d'user comme il le veut de son pouvoir propre, pour la pr&#233;servation de sa propre nature, autrement dit de sa propre vie, et en cons&#233;quence de faire tout ce qu'il consid&#233;rera, selon son jugement et sa raison propres, comme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;voyez le chapitre pr&#233;c&#233;dent : &lt;a href='https://caute.lautre.net/De-la-condition-naturelle-des-hommes-en-ce-qui-concerne-leur-felicite-et-leur' class=&#034;spip_in&#034;&gt;De la condition naturelle des hommes en ce qui concerne leur f&#233;licit&#233; et leur mis&#232;re (L&#233;viathan, chap.13)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le droit de nature et la libert&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;LE DROIT DE NATURE, que les auteurs appellent g&#233;n&#233;ralement &lt;i&gt;jus naturale, &lt;/i&gt;est la libert&#233; qu'a chacun d'user comme il le veut de son pouvoir propre, pour la pr&#233;servation de sa propre nature, autrement dit de sa propre vie, et en cons&#233;quence de faire tout ce qu'il consid&#233;rera, selon son jugement et sa raison propres, comme le moyen le mieux adapt&#233; &#224; cette fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On entend par LIBERT&#201;, selon la signification propre de ce mot, l'absence d'obstacles ext&#233;rieurs, lesquels peuvent souvent enlever &#224; un homme une part du pouvoir qu'il a de faire ce qu'il voudrait, mais ne peuvent l'emp&#234;cher d'user du pouvoir qui lui est laiss&#233;, conform&#233;ment &#224; ce que lui dicteront son jugement et sa raison.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Qu'est-ce qu'une loi de nature ; le droit et la loi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;UNE LOI DE NATURE &lt;i&gt;(lex naturalis) &lt;/i&gt;est un pr&#233;cepte, une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, d&#233;couverte par la raison, par laquelle il est interdit aux gens de faire ce qui m&#232;ne &#224; la destruction de leur vie ou leur enl&#232;ve le moyen de la pr&#233;server, et d'omettre ce par quoi ils pensent qu'ils peuvent &#234;tre le mieux pr&#233;serv&#233;s. En effet, encore que ceux qui parlent de ce sujet aient coutume de confondre &lt;i&gt;jus &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;lex, droit &lt;/i&gt;et loi, on doit n&#233;anmoins les distinguer, car le DROIT consiste dans la libert&#233; de faire une chose ou de s'en abstenir, alors que la LOI vous d&#233;termine, et vous lie &#224; l'un ou &#224; l'autre ; de sorte que la loi et le droit diff&#232;rent exactement comme l'obligation et la libert&#233;, qui ne sauraient coexister sur un seul et m&#234;me point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et parce que l'&#233;tat de l'homme, comme il a &#233;t&#233; expos&#233; dans le pr&#233;c&#233;dent chapitre, est un &#233;tat de guerre de chacun contre chacun situation o&#249; chacun est gouvern&#233; par sa propre raison, et qu'il n'existe rien, dans ce dont on a le pouvoir d'user, qui ne puisse &#233;ventuellement vous aider &#224; d&#233;fendre votre vie contre vos ennemis : il s'ensuit que dans cet &#233;tat tous les hommes ont un droit sur toutes choses, et m&#234;me les uns sur le corps des autres. C'est pourquoi, aussi longtemps que dure ce droit naturel de tout homme sur toute chose, nul, aussi fort ou sage f&#251;t-il, ne peut &#234;tre assur&#233; de parvenir au terme du temps de vie que la nature accorde ordinairement aux hommes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La premi&#232;re loi de nature&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En cons&#233;quence c'est un pr&#233;cepte, une r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, de la raison, &lt;i&gt;que tout homme doit s'efforcer &#224; la paix, aussi longtemps qu'il a un espoir de l'obtenir ; et quand il ne peut pas l'obtenir, qu'il lui est loisible de rechercher et d'utiliser tous les secours et tous les avantages de la guerre. &lt;/i&gt;La premi&#232;re partie de cette r&#232;gle contient la premi&#232;re et fondamentale loi de nature, qui est &lt;i&gt;de rechercher et de poursuivre la paix. &lt;/i&gt;La seconde r&#233;capitule l'ensemble du droit de nature, qui est le droit &lt;i&gt;de se d&#233;fendre par tous les moyens dont on dispose.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La seconde loi de nature&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De cette fondamentale loi de nature, par laquelle il est ordonn&#233; aux hommes de s'efforcer &#224; la paix, d&#233;rive la seconde loi &lt;i&gt;que l'on consente, quand les autres y consentent aussi, &#224; se dessaisir, dans toute la mesure ou l'on pensera que cela est n&#233;cessaire &#224; la paix et &#224; sa propre d&#233;fense, du droit qu'on a sur toute chose ; et qu'on se contente d'autant de libert&#233; &#224; l'&#233;gard des autres qu'on en conc&#233;derait aux autres &#224; l'&#233;gard de soi-m&#234;me. &lt;/i&gt;Car, aussi longtemps que chacun conserve ce droit de faire tout ce qui lui pla&#238;t, tous les hommes sont dans l'&#233;tat de guerre. Mais si les autres hommes, ne veulent pas se dessaisir de leur droit aussi bien que lui-m&#234;me, nul homme n'a de raison de se d&#233;pouiller du sien, car ce serait l&#224; s'exposer &#224; la violence (ce &#224; quoi nul n'est tenu) plut&#244;t que se disposer &#224; la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loi est celle de l'&#201;vangile qui dit : &lt;i&gt;tout ce que tu r&#233;clames que les autres te fassent, fais-le leur&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Matthieu, VII,12.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;ainsi que la loi commune &#224; tous les hommes qui dit &lt;i&gt;quod tibi fieri non vis, alteri ne feceris&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ce que tu ne veux pas qu'on te fasse, ne le fais pas &#224; autrui &#187;, Vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Se dessaisir d'un droit, y renoncer, le transmettre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Se dessaisir de &lt;/i&gt;son droit sur une chose, c'es&lt;i&gt;t &lt;/i&gt;se d&#233;pouiller&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de la libert&#233; d'emp&#234;cher autrui de profiter de son propre droit sur la m&#234;me chose. Car celui qui renonce &#224; son droit ou le fait passer en d'autres mains&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ne donne pas &#224; quelque autre homme un droit&lt;i&gt; &lt;/i&gt;que celui-ci ne poss&#233;dait pas auparavant :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;il n'est rien en effet sur quoi tout homme n'ait pas, par nature, un droit ; il se borne &#224; s'&#244;ter de son chemin, afin que cet homme puisse jouir de son droit originaire, sans emp&#234;chement de sa part &#224; lui ; mais non pas sans emp&#234;chement de la part des tiers. Ce qui &#233;choit &#224; un homme lorsqu'un droit d'un autre s'efface n'est donc qu'une diminution correspondante des obstacles qui nuisaient &#224; l'exercice de son propre droit originaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se d&#233;met d'un droit ; soit en y renon&#231;ant purement et simplement, soit en le transmettant &#224; un autre. En y RENON&#199;ANT &lt;i&gt;purement et simplement, &lt;/i&gt;quand on ne se soucie pas de savoir &#224; qui &#233;choit le b&#233;n&#233;fice d'un tel geste. En le &lt;i&gt;transmettant, &lt;/i&gt;quand on destine le b&#233;n&#233;fice de son acte &#224; une ou plusieurs personnes d&#233;termin&#233;es. Et quand un homme a, de l'une ou l'autre mani&#232;re, abandonn&#233; ou accord&#233; &#224; autrui son droit, on dit alors qu'il est OBLIG&#201;, ou TENU, de ne pas emp&#234;cher de b&#233;n&#233;ficier de ce droit ceux auxquels il l'a accord&#233; ou abandonn&#233; ; qu'il &lt;i&gt;doit, &lt;/i&gt;car tel est son DEVOIR, ne pas rendre nul l'acte volontaire qu'il a ainsi pos&#233; ; et qu'un tel acte d'emp&#234;chement est une INJUSTICE et un TORT, &#233;tant accompli &lt;i&gt;sine jure&lt;/i&gt; (puisque le droit a fait pr&#233;c&#233;demment l'objet d'une renonciation ou d'une transmission). Ainsi le &lt;i&gt;tort ou injustice &lt;/i&gt;est, dans les disputes du monde, quelque chose d'assez semblable &#224; ce qui est appel&#233; absurdit&#233; dans les discussions des hommes d'&#233;tude. Car de m&#234;me que dans ces discussions on appelle absurdit&#233; le fait de contredire ce qu'on soutenait au d&#233;but, de m&#234;me dans le monde appelle-t-on injustice et tort l'acte de d&#233;faire volontairement ce que d&#232;s le d&#233;but on a volontairement fait. La fa&#231;on dont on renonce simplement &#224; un droit, ou dont on le transmet, consiste &#224; d&#233;clarer ou &#224; signifier par un ou plusieurs signes suffisants et volontaires, soit qu'on renonce &#224; son droit ou qu'on le transmet, soit qu'on y a renonc&#233; ou qu'on l'a transmis &#224; celui qui le re&#231;oit. Ces signes sont constitu&#233;s, soit seulement par des paroles, soit par des actes seulement, soit (c'est le cas le plus fr&#233;quent) &#224; la fois par des paroles et par des actes. Ce sont l&#224; des LIENS par lesquels les hommes sont tenus et oblig&#233;s&lt;i&gt; ; &lt;/i&gt;liens qui ne tiennent pas leur force de leur nature propre (car rien , ne vole en &#233;clats plus facilement que la parole d'un homme), mais de la crainte de subir quelque cons&#233;quence f&#226;cheuse au cas o&#249; on les romprait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;On ne peut se dessaisir de tous ses droits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Chaque fois qu'un homme transmet son droit ou y renonce, c'est soit en consid&#233;ration de quelque droit qui lui est r&#233;ciproquement transmis, soit &#224; cause de-quelque autre bien qu'il esp&#232;re pour ce motif. C'est en effet un acte volontaire, et l'objet des actes volontaires de&lt;i&gt; &lt;/i&gt;chaque homme est quelque &lt;i&gt;bien pour lui-m&#234;me. &lt;/i&gt;C'est pourquoi il existe certains droits tels qu'on ne peut concevoir qu'aucun homme les ait abandonn&#233;s ou transmis par quelques paroles que ce soit, ou par d'autres signes. Ainsi, pour commencer, un homme ne peut pas se dessaisir du droit de r&#233;sister &#224; ceux qui l'attaquent de vive force pour lui enlever la vie : car on ne saurait concevoir qu'il vise par l&#224; quelque bien pour lui-m&#234;me. On peut en dire autant &#224; propos des blessures, des cha&#238;nes et de l'emprisonnement, &#224; la fois parce qu'il n'y a pas d'avantage cons&#233;cutif au fait de souffrir ces choses (comme il y en a au fait de souffrir qu'un autre soit bless&#233; ou emprisonn&#233;), et parce qu'il n'est pas possible de dire, quand vous voyez des gens qui usent de violence &#224; votre &#233;gard, s'ils recherchent votre mort ou non. Enfin, le motif et la fin qui donnent lieu au fait de renoncer &#224; un droit et de le transmettre n'est rien d'autre que la s&#233;curit&#233; de la personne du bailleur, tant pour ce qui regarde sa vie que pour ce qui est des moyens de la conserver dans des conditions qui ne la rendent pas p&#233;nible &#224; supporter. C'est pourquoi, si un homme, par la parole ou par d'autres signes, para&#238;t se d&#233;poss&#233;der lui-m&#234;me de la fin &#224; laquelle ces signes sont destin&#233;s, on ne doit pas le comprendre comme si c'&#233;tait bien ce qu'il voulait dire, et que telle f&#251;t sa volont&#233;, mais conclure qu'il ignorait comment ces paroles et ces actions devaient &#234;tre interpr&#233;t&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les contrats et conventions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La transmission mutuelle de droit est ce qu on nomme CONTRAT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une diff&#233;rence entre la transmission du droit qu'on a sur une chose, et la transmission ou cession, autrement dit la remise, de la chose elle-m&#234;me. La chose peut en effet &#234;tre remise au moment du transfert du droit, comme lorsqu'on ach&#232;te et qu'on vend comptant, ou que l'on &#233;change des biens ou des terres, mais elle peut aussi &#234;tre remise un peu plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, un des contractants peut remettre la chose pour laquelle il s'engage par contrat, et accepter que l'autre partie s'ex&#233;cute pour son compte en un moment ult&#233;rieur d&#233;termin&#233;, cependant que dans l'intervalle on lui fera confiance. Le contrat, pour ce qui regarde le second, est alors appel&#233; PACTE ou CONVENTION. Ou encore, les deux parties peuvent stipuler maintenant, par contrat, qu'elles s'ex&#233;cuteront plus tard. Dans ces cas o&#249; il faut faire confiance &#224; celui qui doit s'ex&#233;cuter dans le futur, on dit quand il s'ex&#233;cute qu'il &lt;i&gt;tient sa promesse, &lt;/i&gt;qu'il garde sa foi ; et s'il manque &#224; s'ex&#233;cuter, on dit (si c'est volontaire) qu'il &lt;i&gt;viole sa &lt;/i&gt;foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la transmission de droit n'est pas mutuelle, mais qu'une des parties transmet son droit dans l'espoir de s'assurer par l&#224; l'amiti&#233; ou les services d'un autre ou des amis de celui-ci ; ou bien dans l'espoir de s'assurer une r&#233;putation de charit&#233; ou de grandeur d'&#226;me ; ou bien de soulager son esprit des souffrances de la compassion ; ou enfin dans l'espoir d'&#234;tre r&#233;compens&#233; au ciel : tout cela n'est pas contrat, mais DON, DON GRACIEUX, FAVEUR, lesquels mots d&#233;signent une seule et m&#234;me chose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les signes du contrat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les signes du contrat sont tels, soit &lt;i&gt;express&#233;ment, &lt;/i&gt;soit &lt;i&gt;par inf&#233;rence. &lt;/i&gt;Les signes expr&#232;s sont des paroles qu'on prononce en comprenant leur signification. De telles paroles concernent le &lt;i&gt;pr&#233;sent ou &lt;/i&gt;le &lt;i&gt;pass&#233; &lt;/i&gt;(ainsi : &lt;i&gt;je donne, j'accorde, j'ai donn&#233;, j'ai accord&#233;, je veux que cela t'appartienne), ou &lt;/i&gt;le &lt;i&gt;futur &lt;/i&gt;(ainsi : &lt;i&gt;je donnerai, j'accorderai) ; &lt;/i&gt;ces paroles qui visent le futur se nomment PROMESSE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les signes par inf&#233;rence sont tant&#244;t ce que l'on conclut &#224; partir de certaines paroles ; tant&#244;t ce que l'on conclut d'un silence ; tant&#244;t ce que l'on conclut d'actions ; tant&#244;t ce que l'on conclut de l'omission d'une action. D'une fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, est un signe par inf&#233;rence d'un contrat quelconque tout ce qui d&#233;montre suffisamment la volont&#233; du contractant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les seules paroles, quand elles concernent l'avenir et contiennent une simple promesse, sont un signe insuffisant de don gracieux, et par suite ne cr&#233;ent pas d'obligations. Car si elles concernent l'avenir, comme dans &lt;i&gt;demain je donnerai, &lt;/i&gt;elles sont le signe que je n'ai pas encore donn&#233;, et que par suite mon droit n'est pas transmis, et demeure jusqu'&#224; ce que je le transmette par quelque autre acte. Mais si les paroles concernent le pr&#233;sent, ou le pass&#233;, comme dans &lt;i&gt;j'ai donn&#233;, ou je donne pour &#234;tre remis demain, &lt;/i&gt;alors mon droit de demain est donn&#233; &#224; un autre d&#232;s aujourd'hui, et cela par la vertu de mes paroles, m&#234;me s'il n'y avait pas d'autre indice de ma volont&#233;. Car il y a une grande diff&#233;rence de signification entre les formules : &lt;i&gt;Volo&lt;/i&gt; &lt;i&gt;hoc tuum esse cras &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Cras dabo &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire entre &lt;i&gt;I will&lt;/i&gt; &lt;i&gt;that this be thine to morrow&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je veux que ceci t'appartienne demain.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &lt;i&gt;I will&lt;/i&gt; &lt;i&gt;give it thee to morrow&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je te le donnerai demain.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; : &lt;/i&gt;car les mots &lt;i&gt;I will&lt;/i&gt; dans la premi&#232;re formule, signifient un acte pr&#233;sent de la volont&#233;, alors que dans la seconde, ils signifient un acte &#224; venir de la volont&#233;. C'est pourquoi la premi&#232;re phrase concernant le pr&#233;sent, transmet un droit futur, alors que la seconde, concernant le futur, ne transmet rien du tout. Mais s'il existe d'autres signes, en sus des paroles, de la volont&#233; de transmettre un droit, alors, quoique le don soit gracieux, on peut cependant conclure que le droit passe &#224; autrui par la vertu de paroles qui concernent le futur : ainsi, si un homme offre un prix &#224; celui qui arrive le premier au terme d'une course, le don est gracieux ; mais, quoique les mots concernent le futur, le droit passe n&#233;anmoins &#224; autrui : en effet, s'il ne voulait pas que ses paroles fussent ainsi comprises, il ne lui fallait pas laisser partir les coureurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les contrats, le droit passe &#224; autrui non seulement quand les paroles portent sur le pr&#233;sent ou le pass&#233;, mais aussi quand elles portent sur le futur, parce que tout contrat est un transfert mutuel, un &#233;change de droits : c'est pourquoi celui qui ne fournit qu'une promesse, doit, du fait qu'il a d&#233;j&#224; re&#231;u l'avantage qui motive sa promesse, &#234;tre r&#233;put&#233; avoir l'intention que son droit passe &#224; autrui ; en effet, s'il n'avait pas consenti &#224; ce que ses paroles fussent comprises de la sorte, l'autre ne se serait pas ex&#233;cut&#233; le premier. Pour ce motif, dans les achats, dans les ventes, et dans les autres actes contractuels, une promesse &#233;quivaut &#224; une convention, et par suite cr&#233;e une obligation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De celui qui s'ex&#233;cute le premier en cas de contrat, on dit qu'il M&#201;RITE&lt;i&gt; &lt;/i&gt;ce qu'il doit recevoir par l'ex&#233;cution de l'autre partie ; il le re&#231;oit comme un d&#251;. De m&#234;me, quand un prix est offert &#224; un certain nombre d'hommes, mais destin&#233; &#224; &#234;tre donn&#233; &#224; celui seulement qui remporte la victoire ; ou qu'on jette de l'argent &#224; un certain nombre de gens, pour qu'en profitent ceux qui s'en saisiront : encore que ce soit latin don gracieux, cependant gagner &#224; ce jeu et se saisir ainsi de la chose offerte, c'est la &lt;i&gt;m&#233;riter, &lt;/i&gt;la recevoir comme un D&#251;. Car le droit est transmis par le fait de proposer le prix ou de jeter l'argent, bien que celui &#224; qui on le transmet ne soit d&#233;termin&#233; que par l'issue de la comp&#233;tition. Mais il existe cette diff&#233;rence entre les deux sortes de m&#233;rite, que dans le contrat je m&#233;rite en vertu de mon propre pouvoir et du besoin o&#249; se trouve mon cocontractant, alors que dans le cas du don gracieux, c'est par la seule g&#233;n&#233;rosit&#233; du donateur que je suis habilit&#233; &#224; m&#233;riter. Dans le contrat, ce que je re&#231;ois de mon co-contractant, c'est de pouvoir m&#233;riter qu'il renonce &#224; son droit. Dans le cas d'un don, je ne m&#233;rite pas que le donateur renonce &#224; son droit, mais seulement que celui-ci soit &#224; moi, plut&#244;t qu'&#224; un autre, une fois que le donateur y a renonc&#233;. Je pense que c'est l&#224; la distinction que font les &#201;coles entre &lt;i&gt;meritum congrui&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement : &#171; m&#233;rite de conformit&#233; &#187;. Il consiste &#224; simplement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &lt;i&gt;meritum condigni&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement : &#171; m&#233;rite de dignit&#233; &#187;. Il suppose, &#224; la diff&#233;rence du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, le Dieu Tout-Puissant ayant promis le Paradis &#224; ceux des hommes qui, bien qu'aveugl&#233;s par les d&#233;sirs charnels, auront su marcher en ce monde conform&#233;ment aux pr&#233;ceptes et aux limites qu'il a prescrits, on dit que celui qui aura ainsi march&#233; m&#233;ritera le Paradis &lt;i&gt;ex congruo&lt;/i&gt;. Inversement, puisque personne ne peut exiger d'avoir droit au Paradis par sa propre justice ou par quelque autre pouvoir qui r&#233;siderait en lui-m&#234;me, mais seulement par la libre gr&#226;ce de Dieu, ils disent que nul ne peut m&#233;riter le Paradis &lt;i&gt;ex condigno&lt;/i&gt;. Je dis que je crois que c'est l&#224; ce que cette distinction veut dire ; mais &#233;tant donn&#233; que ces disputeurs ne s'accordent sur la signification de leurs propres termes techniques qu'aussi longtemps que cela sert leur cause, je n'affirmerai rien quant &#224; ce qu'ils veulent dire. Je dis seulement ceci : quand une donation est ind&#233;termin&#233;e quant &#224; son b&#233;n&#233;ficiaire, comme c'est le cas du prix qui fait l'objet d'une comp&#233;tition, celui qui gagne m&#233;rite le prix et peut le r&#233;clamer comme son d&#251;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Validit&#233; et Invalidit&#233; des conventions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si une convention est faite, telle qu'aucune des deux parties ne s'ex&#233;cute sur le champ, car elles se fient l'une &#224; l'autre dans l'&#233;tat de simple nature (qui est l'&#233;tat de guerre de chacun contre chacun) elle est selon toute attente raisonnable, nulle. Mais s'il existe un pouvoir commun &#233;tabli au-dessus des deux parties, dot&#233; d'un droit et d'une force qui suffisent &#224; leur imposer l'ex&#233;cution, alors elle n'est pas nulle. Car celui qui s'ex&#233;cute le premier n'a aucune assurance de voir l'autre s'ex&#233;cuter &#224; son tour les liens constitu&#233;s par les paroles sont en effet trop fragiles pour tenir en lisi&#232;re l'ambition, la cupidit&#233; et la col&#232;re des hommes, s'ils n'ont pas la crainte de quelque pouvoir coercitif, et une telle crainte, dans l'&#233;tat de simple nature, o&#249; tous les hommes sont &#233;gaux et juges du bien-fond&#233; de leurs craintes personnelles, ne peut pas &#234;tre suppos&#233;e avec quelque vraisemblance. Par suite, celui qui s'ex&#233;cute le premier ne fait que se livrer &#224; son ennemi, contrairement au droit, qu'il ne peut jamais abandonner, de d&#233;fendre sa vie et ce qui est n&#233;cessaire &#224; celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans une condition civile, o&#249; il existe un pouvoir &#233;tabli pour contraindre ceux qui, autrement, violeraient leur foi, une telle crainte n'est plus raisonnable : pour cette cause celui qui doit, selon la convention, s'ex&#233;cuter le premier, est oblig&#233; de le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cause de crainte qui invalide une telle convention doit toujours &#234;tre une circonstance surgie apr&#232;s la passation de la convention, &#234;tre par exemple quelque action nouvelle, ou quelque autre chose de laquelle on, puisse conclure que l'autre partie ne veut pas s'acquitter. En dehors de ce cas, la cause de crainte ne peut rendre nulle la convention. En effet, ce qui n'a pas emp&#234;ch&#233; la promesse ne doit pas &#234;tre admis comme emp&#234;chant l'ex&#233;cution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui transmet un droit transmet aussi, dans la mesure o&#249; cela d&#233;pend de lui, ce qui est n&#233;cessaire pour en jouir. Ainsi, celui qui vend un champ est r&#233;put&#233; transf&#233;rer aussi l'herbe et tout ce qui pousse sur cette terre. De m&#234;me, celui qui vend un moulin ne peut pas d&#233;tourner le cours d'eau qui le meut. Et ceux qui donnent &#224; un homme le droit de gouverner souverainement sont r&#233;put&#233;s lui donner le droit de lever des taxes pour entretenir une arm&#233;e et de nommer des magistrats destin&#233;s &#224; rendre la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire des conventions avec les b&#234;tes brutes est impossible. En effet, ne comprenant pas notre langage, elles ne comprennent ou acceptent aucun transfert de droit, et ne peuvent transf&#233;rer aucun droit &#224; une autre partie. Or, sans acceptation mutuelle, il n'est pas de convention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer une convention avec Dieu n'est pas possible, sauf par l'interm&#233;diaire de ceux &#224; qui Dieu parle, que ce soit par une r&#233;v&#233;lation surnaturelle, ou par ses repr&#233;sentants qui gouvernent sous lui et en son nom : en effet, hormis ce cas, nous ne savons pas si nos conventions sont accept&#233;es ou non. C'est pourquoi ceux qui s'engagent par un v&#339;u &#224; quelque chose de contraire &#224; une loi de nature font un v&#339;u sans valeur, puis que l'ex&#233;cution de ce v&#339;u est chose injuste. Et s'il s'agit d'une chose ordonn&#233;e par la loi de nature, ce n'est pas le v&#339;u qui les lie, mais la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mati&#232;re ou objet d'une convention est toujours quelque chose qui tombe sous le coup d'une d&#233;lib&#233;ration (la convention est en effet un acte de la volont&#233;, ce qui revient &#224; dire l'acte - et le dernier - d'une d&#233;lib&#233;ration) ; aussi est-il toujours entendu que cet objet est une chose &#224; venir, chose que celui qui passe la convention juge possible d'ex&#233;cuter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, promettre ce que l'on sait impossible n'est pas conclure une convention. Mais si une chose se montre ult&#233;rieurement impossible, qui d'abord &#233;tait jug&#233;e possible, la convention est valide et elle vous lie, non pas sans doute &#224; vous acquitter de la chose elle-m&#234;me, mais du moins de sa valeur ; ou bien, si cela aussi est impossible, &#224; vous efforcer sans feinte de l'ex&#233;cuter dans toute la mesure du possible : nul en effet ne peut &#234;tre oblig&#233; &#224; davantage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est lib&#233;r&#233; de ses conventions de deux mani&#232;res si l'on s'ex&#233;cute, si l'on vous remet votre obligation. L'ex&#233;cution est en effet le terme naturel de l'obligation. Et la remise d'obligation est la restitution de la libert&#233;, &#233;tant la retransmission du droit sur lequel reposait l'obligation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conventions pass&#233;es sous l'effet de la crainte, dans l'&#233;tat de simple nature, cr&#233;ent obligation. Par exemple, si je m'engage par une convention &#224; payer une ran&#231;on ou &#224; fournir un service &#224; un ennemi, je suis li&#233; par cet engagement. C'est en effet un contrat o&#249; l'un re&#231;oit le bienfait de la vie sauve et o&#249; l'autre doit recevoir de l'argent ou un service en &#233;change de ce bienfait. En cons&#233;quence, l&#224; o&#249; aucune autre loi n'interdit l'ex&#233;cution (ce qui est le cas dans l'&#233;tat de pure nature), la convention est valide. Aussi les prisonniers de guerre, si on leur fait confiance pour le paiement de leur ran&#231;on, sont-ils oblig&#233;s de la payer. Et si un prince plus faible conclut une paix d&#233;savantageuse avec un plus fort, sous l'empire de la crainte, il est tenu de la respecter, &#224; moins (comme on l'a dit ci-dessus) qu'il ne surgisse quelque nouvelle et juste cause de crainte, telle qu'elle fasse reprendre les hostilit&#233;s. Et m&#234;me dans les R&#233;publiques, si je suis forc&#233; de racheter ma vie &#224; un brigand en lui promettant de l'argent, je suis tenu de payer cet argent, aussi longtemps que la loi civile ne me d&#233;charge pas de cette obligation. En effet, tout ce que je peux faire l&#233;gitimement sans y &#234;tre oblig&#233;, je peux l&#233;gitimement, sous l'empire de la crainte, m'engager par convention &#224; le faire. Et la convention que je forme l&#233;gitimement, je ne peux pas l&#233;gitimement la rompre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une convention ant&#233;rieure annule une convention ult&#233;rieure. En effet, celui qui aujourd'hui a fait passer son droit aux mains d'un autre n'en dispose plus pour le faire passer demain aux mains d'un nouveau b&#233;n&#233;ficiaire ; aussi la seconde promesse ne fait-elle passer aucun droit aux mains d'autrui : elle est nulle et non avenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une convention o&#249; je m'engage &#224; ne pas me d&#233;fendre de la violence par la violence est toujours nulle. En effet, ainsi que je l'ai montr&#233; plus haut, nul ne peut transmettre son droit de se prot&#233;ger de la mort, des blessures et de l'emprisonnement, ou s'en dessaisir, puisque c'est &#224; la seule fin d'&#233;viter ces choses qu'on se dessaisit de quelque droit que ce soit. Aussi la promesse de ne pas r&#233;sister &#224; la violence ne transmet-elle des droits dans aucune convention, et ne cr&#233;e-t-elle pas d'obligation. En effet, encore qu'un homme puisse stipuler dans une convention : Si &lt;i&gt;je ne fais pas ceci ou cela, tue-moi, il &lt;/i&gt;ne saurait stipuler : Si &lt;i&gt;je ne fais pas cela, je ne r&#233;sisterai pas quand tu viendras me tuer. &lt;/i&gt;Car l'homme choisit naturellement le moindre des deux maux, c'est-&#224;-dire le risque de mourir au cas o&#249; il r&#233;sisterait de pr&#233;f&#233;rence au plus grand, qui est la mort certaine et imm&#233;diate au cas o&#249; il ne r&#233;sisterait pas. La v&#233;rit&#233; de cela est conc&#233;d&#233;e par tous les hommes, en ce qu'ils font mener les criminels au supplice ou &#224; la prison par des hommes arm&#233;s, nonobstant le fait que ces criminels aient accept&#233; la loi qui les condamne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une convention o&#249; l'on stipule qu'on s'accusera soi-m&#234;me, sans &#234;tre assur&#233; d'une exemption de peine, est &#233;galement invalide. En effet, dans l'&#233;tat de nature, o&#249; chacun est juge, l'accusation n'a pas sa place ; et dans l'&#233;tat civil, l'accusation est suivie du ch&#226;timent ; or, celui-ci &#233;tant une violence, personne n'est oblig&#233; de ne pas y r&#233;sister. La m&#234;me chose est vraie aussi lorsque l'accusation concerne ceux dont la condamnation vous plongerait dans la d&#233;tresse : un p&#232;re, une &#233;pouse, un bienfaiteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le t&#233;moignage d'un tel accusateur n'est pas apport&#233; spontan&#233;ment, on doit pr&#233;sumer que sa nature m&#234;me en fait un t&#233;moignage corrompu : aussi ne doit-il pas &#234;tre re&#231;u. Et lorsque le t&#233;moignage d'un homme ne doit pas recevoir de cr&#233;dit, il n'est pas tenu de le donner. De m&#234;me, les accusations prof&#233;r&#233;es sous la torture ne doivent pas &#234;tre tenues pour des t&#233;moignages. En effet la torture ne doit &#234;tre employ&#233;e que comme un instrument de conjecture, une lumi&#232;re pour l'enqu&#234;te ult&#233;rieure et la recherche de la v&#233;rit&#233; ; ce qui est confess&#233; dans ce cas tend au soulagement de celui que l'on torture, et non &#224; l'information des tortionnaires ; c'est pourquoi cela ne doit pas recevoir le cr&#233;dit d'un t&#233;moignage suffisant : qu'on se lib&#232;re en effet par une vraie ou une fausse accusation, c'est en vertu du droit de pr&#233;server sa propre vie qu'on le fait.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'o&#249; les conventions peuvent-elles tirer leur force ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La force des mots &#233;tant, ainsi que je l'ai signal&#233; plus haut, trop faible pour contraindre les hommes &#224; ex&#233;cuter leurs conventions, il n'existe dans la nature humaine que deux auxiliaires imaginables qui puissent leur donner de la force. Ce sont, ou bien la crainte des cons&#233;quences d'une violation de sa parole, ou bien la fiert&#233;, l'orgueil de ne pas para&#238;tre avoir besoin de la violer. Ce deuxi&#232;me motif constitue un trait de noblesse d'&#226;me qui se rencontre trop rarement pour qu'on puisse pr&#233;sumer de son existence, sp&#233;cialement chez ceux qui poursuivent la richesse, l'autorit&#233; ou le plaisir sensuel ; or, ils composent la plus grande partie du genre humain. La passion sur laquelle il convient de compter, c'est la crainte. Celle-ci a deux objets tout &#224; fait g&#233;n&#233;raux : l'un est le pouvoir des esprits invisibles ; l'autre, le pouvoir des hommes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La R&#233;publique, ou L&#233;viathan, est cette force capable d'imposer le respect (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;qu'on offensera en cette circonstance. Si de ces deux pouvoirs le premier est le plus grand, n&#233;anmoins la crainte du second est commun&#233;ment la plus forte. La crainte du premier est en chacun sa propre religion, laquelle trouve place dans la nature de l'homme avant la soci&#233;t&#233; civile. La seconde n'y trouve pas une place suffisante pour que les hommes soient forc&#233;s de se tenir &#224; ce qu'ils ont promis, car dans l'&#233;tat de nature, l'in&#233;galit&#233; de pouvoir ne se discerne pas, si ce n'est par l'issue des combats. De la sorte, avant le temps de la soci&#233;t&#233; civile, ou lorsque celle-ci est interrompue par la guerre, il n'est rien qui puisse donner &#224; une convention de paix, sur laquelle on s'est entendu, la force de r&#233;sister aux tentations de la cupidit&#233;, de l'ambition, de la concupiscence, ou de quelque autre d&#233;sir violent, si ce n'est la crainte de cette puissance invisible qui est, en tant que Dieu, l'objet du culte de tous les hommes, et, en tant que devant tirer vengeance de leur perfidie, l'objet de leur crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, tout ce qu'on peut faire &#224; l'&#233;gard de deux hommes non assujettis au pouvoir civil, est de les faire se pr&#234;ter serment l'un &#224; l'autre par le Dieu qu'ils craignent : cet &lt;i&gt;acte de jurer, &lt;/i&gt;ou SERMENT est une &lt;i&gt;fa&#231;on de parler qui s'ajoute &#224; une promesse et par laquelle celui qui promet d&#233;clare que s'il ne s'ex&#233;cute pas, il renonce &#224; la piti&#233; de son Dieu ou l'invite &#224; exercer sur lui sa vengeance. &lt;/i&gt;Telle &#233;tait la formule pa&#239;enne : &lt;i&gt;Sinon, que Jupiter me tue comme je tue&lt;/i&gt; &lt;i&gt;cet animal. &lt;/i&gt;Telle est notre formule : &lt;i&gt;Je le ferai, et que Dieu veuille m'assister en cela. &lt;/i&gt;Et cela va de pair avec les rites et c&#233;r&#233;monies que chacun emploie dans sa propre religion afin d'accro&#238;tre d'autant la crainte qui s'attache au fait de violer sa foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appert de l&#224; qu'un serment pr&#234;t&#233; selon toute autre forme ou rite que ceux du jureur est sans valeur, et n'est pas un serment ; et qu'on ne jure pas par quelque objet qui n'est pas consid&#233;r&#233; comme Dieu par le jureur. En effet, bien que les hommes aient eu parfois coutume de jurer par leurs rois, par crainte ou par flatterie, ils voulaient n&#233;anmoins faire entendre par l&#224; qu'ils leur attribuaient un honneur divin. Il appert aussi qu'en jurant par Dieu sans n&#233;cessit&#233;, on ne fait que profaner son nom ; et que jurer par d'autres choses, comme on le fait dans la conversation courante, n'est pas jurer, mais commettre une pratique impie, issue d'une v&#233;h&#233;mence excessive de l'&#233;locution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il appert aussi que le serment n'ajoute rien &#224; l'obligation. Car une convention, si elle est l&#233;gitime, vous lie aux yeux de Dieu, en l'absence de serment aussi bien qu'en cas de serment ; et si elle est ill&#233;gitime, elle ne lie pas du tout, f&#251;t-elle m&#234;me confirm&#233;e par un serment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Matthieu, VII,12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ce que tu ne veux pas qu'on te fasse, ne le fais pas &#224; autrui &#187;, Vie d'Alexandre S&#232;v&#232;re, chap.51)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je veux que ceci t'appartienne demain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je te le donnerai demain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement : &#171; m&#233;rite de conformit&#233; &#187;. Il consiste &#224; simplement s'acquitter de conditions impos&#233;es par la remise d'un don gracieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement : &#171; m&#233;rite de dignit&#233; &#187;. Il suppose, &#224; la diff&#233;rence du pr&#233;c&#233;dent, un m&#233;rite &#171; personnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La R&#233;publique, ou L&#233;viathan, est cette force capable d'imposer le respect des conventions : &lt;a href='https://caute.lautre.net/Des-causes-de-la-generation-et-de-la-definition-de-la-republique-Leviathan-chap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Des causes, de la g&#233;n&#233;ration et de la d&#233;finition de la r&#233;publique (L&#233;viathan, chap.17)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Th. Hobbes, &lt;strong&gt;L&#233;viathan&lt;/strong&gt;, Premi&#232;re partie, chapitre 13&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De la condition naturelle des hommes en ce qui concerne leur f&#233;licit&#233; et leur mis&#232;re (L&#233;viathan, chap.13)</title>
		<link>https://caute.lautre.net/De-la-condition-naturelle-des-hommes-en-ce-qui-concerne-leur-felicite-et-leur</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/De-la-condition-naturelle-des-hommes-en-ce-qui-concerne-leur-felicite-et-leur</guid>
		<dc:date>2004-04-29T08:06:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les hommes sont &#233;gaux par nature &lt;br class='autobr' /&gt;
La nature a fait les hommes si &#233;gaux quant aux facult&#233;s du corps et de l'esprit, que, bien qu'on puisse parfois trouver un homme manifestement plus fort, corporellement, ou d'un esprit plus prompt qu'un autre, n&#233;anmoins, tout bien consid&#233;r&#233;, la diff&#233;rence d'un homme &#224; un autre n'est pas si consid&#233;rable qu'un homme puisse de ce chef r&#233;clamer pour lui-m&#234;me un avantage auquel un autre ne puisse pr&#233;tendre aussi bien que lui. En effet, pour ce qui est de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les hommes sont &#233;gaux par nature&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La nature a fait les hommes si &#233;gaux quant aux facult&#233;s du corps et de l'esprit, que, bien qu'on puisse parfois trouver un homme manifestement plus fort, corporellement, ou d'un esprit plus prompt qu'un autre, n&#233;anmoins, tout bien consid&#233;r&#233;, la diff&#233;rence d'un homme &#224; un autre n'est pas si consid&#233;rable qu'un homme puisse de ce chef r&#233;clamer pour lui-m&#234;me un avantage auquel un autre ne puisse pr&#233;tendre aussi bien que lui. En effet, pour ce qui est de la force corporelle, l'homme le plus faible en a assez pour tuer l'homme le plus fort, soit par une machination secr&#232;te, soit en s'alliant &#224; d'autres qui courent le m&#234;me danger que lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux facult&#233;s de l'esprit (mis &#224; part les arts fond&#233;s sur les mots, et sp&#233;cialement cet art de proc&#233;der selon des r&#232;gles g&#233;n&#233;rales et infaillibles qui se nomme science, art que tr&#232;s peu poss&#232;dent, et encore relativement &#224; un domaine restreint, car il ne s'agit ni d'une facult&#233; naturelle et inn&#233;e, ni d'une facult&#233; qu'on acquiert en s'occupant d'autre chose, comme la prudence), j'y trouve, entre les hommes, une &#233;galit&#233; plus parfaite encore que leur &#233;galit&#233; de forces. Car la prudence n'est que de l'exp&#233;rience, laquelle, en des intervalles de temps &#233;gaux, est &#233;galement dispens&#233;e &#224; tous les hommes pour les choses auxquelles ils s'appliquent &#233;galement. Ce qui risque peut-&#234;tre d'emp&#234;cher de croire &#226; une telle &#233;galit&#233;, c'est seulement la vaine conception que chacun se fait de sa propre sagesse, presque tous pensant en &#234;tre dot&#233;s &#224; un plus haut point que le vulgaire, entendez par l&#224; : que tous les autres hommes, &#224; l'exception d'eux-m&#234;mes et d'un petit nombre d'autres auxquels ils accordent leur approbation &#224; cause de leur renomm&#233;e ou parce qu'il y a convergence entre les vues de ces hommes et les leurs. Car telle est la nature des hommes, que, quelque sup&#233;riorit&#233; qu'ils puissent reconna&#238;tre &#224; beaucoup d'autres dans le domaine de l'esprit, de l'&#233;loquence ou des connaissances, n&#233;anmoins, ils auront du mal &#224; croire qu'il existe beaucoup de gens aussi sages qu'eux-m&#234;mes. Car ils voient leur propre esprit de tout pr&#232;s et celui des autres de loin. Mais cela prouve l'&#233;galit&#233; des hommes sur ce point, plut&#244;t que leur in&#233;galit&#233;. Car d'ordinaire, il n'y a pas de meilleur signe d'une distribution &#233;gale de quoi que ce soit, que le fait que chacun soit satisfait de sa part.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De l'&#233;galit&#233; d&#233;coule la m&#233;fiance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De cette &#233;galit&#233; des aptitudes d&#233;coule une &#233;galit&#233; dans l'espoir d'atteindre nos fins. C'est pourquoi, si deux hommes d&#233;sirent la m&#234;me chose alors qu'il n'est pas possible qu'ils en jouissent tous les deux, ils deviennent ennemis : et dans leur poursuite de cette fin (qui est, principalement, leur propre conservation, mais parfois seulement leur agr&#233;ment), chacun s'efforce de d&#233;truire ou de dominer l'autre. Et de l&#224; vient que, l&#224; ou l'agresseur n'a rien de plus &#224; craindre que la puissance individuelle d'un autre homme, on peut s'attendre avec vraisemblance, si quelqu'un plante, s&#232;me, b&#226;tit, ou occupe un emplacement commode, &#224; ce que d'autres arrivent tout &#233;quip&#233;s, ayant uni leurs forces, pour le d&#233;poss&#233;der et lui enlever non seulement le fruit de son travail, mais aussi la vie ou la libert&#233;. Et l'agresseur &#224; son tour court le m&#234;me risque &#224; l'&#233;gard d'un nouvel agresseur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et de la m&#233;fiance d&#233;coule la guerre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du fait de cette d&#233;fiance de l'un &#224; l'&#233;gard de l'autre, il n'existe pour nul homme aucun moyen de se garantir qui soit aussi raisonnable que le fait de prendre les devants, autrement dit, de se rendre ma&#238;tre, par la violence ou par la ruse, de la personne de tous les hommes pour lesquels cela est possible, jusqu'&#224; ce qu'il n'aper&#231;oive plus d'autre puissance assez forte pour le mettre en danger. Il n'y a rien l&#224; de plus que n'en exige la conservation de soi-m&#234;me, et en g&#233;n&#233;ral on estime cela permis. &#201;galement, du fait qu'il existe quelques hommes qui, prenant plaisir &#224; contempler leur propre puissance &#224; l'&#339;uvre dans les conqu&#234;tes, poursuivent celles-ci plus loin que leur s&#233;curit&#233; ne le requiert, les autres, qui autrement se fussent content&#233;s de vivre tranquilles &#224; l'int&#233;rieur de limites modestes, ne pourraient pas subsister longtemps s'ils n'accroissaient leur puissance [power] par l'agression et s'ils restaient simplement sur la d&#233;fensive. En cons&#233;quence, un tel accroissement de l'empire d'un homme sur les autres, &#233;tant n&#233;cessaire &#224; sa conservation, doit &#234;tre permis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, les hommes ne retirent pas d'agr&#233;ment (mais au contraire un grand d&#233;plaisir) de la vie en compagnie, l&#224; o&#249; il n'existe pas de pouvoir capable de les tenir tous en respect. Car chacun attend que son compagnon l'estime aussi haut qu'il s'appr&#233;cie lui-m&#234;me, et &#224; chaque	chaque signe de d&#233;dain, ou de m&#233;sestime il s'efforce naturellement, dans toute la mesure o&#249; il l'ose (ce qui suffit largement, parmi des hommes qui n'ont pas de commun pouvoir qui les tienne en repos, pour les conduire &#224; se d&#233;truire mutuellement), d'arracher la reconnaissance d'une valeur plus haute : &#224; ceux qui le d&#233;daignent, en leur nuisant ; aux autres, par de tels exemples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la sorte, nous pouvons trouver dans la- nature humaine trois causes principales de querelle : premi&#232;rement, la rivalit&#233; ; deuxi&#232;mement, la m&#233;fiance ; troisi&#232;mement, la fiert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces choses fait prendre l'offensive aux hommes en vue de leur profit. La seconde, en vue de leur s&#233;curit&#233;. La troisi&#232;me, en vue de leur r&#233;putation. Dans le premier cas, ils usent de violence pour se rendre ma&#238;tres de la personne d'autres hommes, de leurs femmes, de leurs enfants, de leurs biens. Dans le second cas, pour d&#233;fendre ces choses. Dans le troisi&#232;me cas, pour des bagatelles, par exemple pour un mot, un sourire, une opinion qui diff&#232;re de la leur, ou quelque autre signe de m&#233;sestime, que celle-ci porte directement sur eux-m&#234;mes, ou qu'elle rejaillisse sur eux, &#233;tant adress&#233;e &#224; leur parent&#233;, &#224; leurs amis, &#224; leur nation, &#224; leur profession, &#224; leur nom.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sans un pouvoir commun coercitif, la guerre de chacun contre chacun dure&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il appara&#238;t clairement par l&#224; qu'aussi longtemps que les hommes vivent sans un pouvoir commun qui les tienne tous en respect, ils sont dans cette condition qui se nomme guerre, et cette guerre est guerre de chacun contre chacun. Car la GUERRE ne consiste pas seulement dans la bataille et dans des combats effectifs ; mais dans un espace de temps o&#249; la volont&#233; de s'affronter en des batailles est suffisamment av&#233;r&#233;e : on doit par cons&#233;quent tenir compte, relativement &#224; la nature de la guerre, de la notion de dur&#233;e, comme on en tient compte, relativement &#224; la nature du temps qu'il fait. De m&#234;me en effet que la nature du mauvais temps ne r&#233;side pas dans une ou deux averses, mais dans une tendance qui va dans ce sens, pendant un grand nombre de jours cons&#233;cutifs, de m&#234;me la nature de la guerre ne consiste pas dans un combat effectif, mais dans une disposition av&#233;r&#233;e, allant dans ce sens, aussi longtemps qu'il n'y a pas d'assurance du contraire. Tout autre temps se nomme PAIX.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mis&#232;re du temps de la guerre de chacun contre chacun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi toutes les cons&#233;quences d'un temps de guerre o&#249; chacun est l'ennemi de chacun, se retrouvent aussi en un temps o&#249; les hommes vivent saris autre s&#233;curit&#233; que celle dont les munissent leur propre force ou leur propre ing&#233;niosit&#233;. Dans un tel &#233;tat, il n'y a pas de place pour une activit&#233; industrieuse, parce que le fruit n'en est pas assur&#233; : et cons&#233;quemment il ne s'y trouve ni agriculture, ni navigation, ni usage des richesses qui peuvent &#234;tre import&#233;es par mer ; pas de constructions commodes ; pas d'appareils capables de mouvoir et d'enlever les choses qui pour ce faire exigent beaucoup de force ; pas de connaissances de la face de la terre ; pas de computation du temps ; pas d'arts ; pas de lettres ; pas de soci&#233;t&#233; ; et ce qui est le pire de tout, la crainte et le risque continuels d'une mort violente ; la vie de l'homme est alors solitaire, besogneuse, p&#233;nible, quasi-animale, et br&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut sembler &#233;trange, &#224; celui qui n'a pas bien pes&#233; ces choses, que la nature puisse ainsi dissocier les hommes et les rendre enclins &#224; s'attaquer et &#224; se d&#233;truire les uns les autres : c'est pourquoi peut-&#234;tre, incr&#233;dule &#224; l'&#233;gard de cette inf&#233;rence tir&#233;e des passions, cet homme d&#233;sirera la voir confirm&#233;e par l'exp&#233;rience. Aussi, faisant un retour sur lui-m&#234;me, alors que partant en voyage, il s'arme et cherche &#224; &#234;tre bien accompagn&#233;, qu'allant se coucher, il verrouille ses portes ; que, dans sa maison m&#234;me, il ferme ses coffres &#224; clef ; et tout cela sachant qu'il existe des lois, et des fonctionnaires publics arm&#233;s, pour venger tous les torts qui peuvent lui &#234;tre faits : qu'il se demande quelle opinion il a de ses compatriotes, quand il voyage arm&#233; ; de ses concitoyens, quand il verrouille ses portes ; de ses enfants et de ses domestiques, quand il ferme ses coffres &#224; clef. N'incrimine-t-il pas l'humanit&#233; par ses actes autant que je le fais par mes paroles ? Mais ni lui ni moi n'incriminons la nature humaine en cela. Les d&#233;sirs et les autres passions de l'homme ne sont pas en eux-m&#234;mes des p&#233;ch&#233;s. Pas davantage ne le sont les actions qui proc&#232;dent de ces passions, tant que les hommes ne connaissent pas de loi qui les interdise ; et ils ne peuvent pas conna&#238;tre de lois tant qu'il n'en a pas &#233;t&#233; fait ; or, aucune loi ne peut &#234;tre faite tant que les hommes ne se sont pas entendus sur la personne qui doit la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pensera peut-&#234;tre qu'un tel temps n'a jamais exist&#233;, ni un &#233;tat de guerre tel que celui-ci. Je crois en effet qu'il n'en a jamais &#233;t&#233; ainsi, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, dans le monde entier. Mais il y a beaucoup d'endroits o&#249; les hommes vivent ainsi actuellement. En effet, en maint endroit de l'Am&#233;rique, les sauvages, mis &#224; part le gouvernement de petites familles dont la concorde d&#233;pend de la concupiscence naturelle, n'ont pas de gouvernement du tout, et ils vivent &#224; ce jour de la mani&#232;re quasi-animale que j'ai dite plus haut. De toute fa&#231;on, on peut discerner le genre de vie qui pr&#233;vaudrait s'il n'y avait pas de pouvoir commun &#224; craindre, par le genre de vie o&#249; tombent ordinairement, lors d'une guerre civile, les hommes qui avaient jusqu'alors v&#233;cu sous un gouvernement pacifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me s'il n'y avait jamais eu aucun temps o&#249; les particuliers fussent en &#233;tat de guerre les uns contre les autres, cependant &#224; tous moments les rois et les personnes qui d&#233;tiennent l'autorit&#233; souveraine sont &#224; cause de leur ind&#233;pendance dans une continuelle suspicion, et dans la situation et la posture des gladiateurs, leurs armes point&#233;es, les yeux de chacun fix&#233;s sur l'autre : je veux ici parler des forts, des garnisons, des canons qu'ils ont aux fronti&#232;res de leurs royaumes, et des espions qu'ils entretiennent continuellement chez leurs voisins, toutes choses qui constituent une attitude de guerre. Mais parce qu'ils prot&#232;gent par l&#224; l'activit&#233; industrieuse de leurs sujets, il ne s'ensuit pas de l&#224; cette mis&#232;re qui accompagne la libert&#233; des particuliers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Justice et injustice n'ont pas leur place dans cet &#233;tat de guerre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette guerre de chacun contre chacun a une autre cons&#233;quence : &#224; savoir, que rien ne peut &#234;tre injuste. Les notions de l&#233;gitime et d'ill&#233;gitime, de justice et d'injustice, n'ont pas ici leur place. L&#224; o&#249; il n'est pas de pouvoir commun, il n'est pas de loi ; l&#224; o&#249; il n'est pas de loi, il n'est pas d'injustice. La violence et la ruse sont en temps de guerre les deux vertus cardinales. Justice et injustice ne sont en rien des facult&#233;s du corps ou de l'esprit. Si elles l'&#233;taient, elles pourraient appartenir &#224; un homme qui serait seul au monde, aussi bien que ses sensations et ses passions. Ce sont des qualit&#233;s relatives &#224; l'homme en soci&#233;t&#233;, et non &#224; l'homme solitaire. Enfin cet &#233;tat a une derni&#232;re cons&#233;quence qu'il n'y existe pas de propri&#233;t&#233;, pas d'empire sur quoi que ce soit, pas de distinction du mien et du tien ; cela seul dont il peut se saisir appartient &#224; chaque homme, et seulement peur aussi longtemps qu'il peut le garder. Cela suffit comme description de la triste condition o&#249; l'homme est effectivement plac&#233; par la pure nature, avec cependant la possibilit&#233; d'en sortir, possibilit&#233; qui r&#233;side partiellement dans les passions et partiellement dans sa raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les passions qui inclinent les hommes &#224; la paix sont la crainte de la mort, le d&#233;sir des choses n&#233;cessaires &#224; une vie agr&#233;able, l'espoir de les obtenir par leur industrie. Et la raison sugg&#232;re des clauses appropri&#233;es d'accord pacifique, sur lesquelles on peut amener les hommes &#224; s'entendre. Ces clauses sont ce qu'on appelle en d'autres termes les lois naturelles. J'en parlerai de fa&#231;on plus d&#233;taill&#233;e dans les deux chapitres suivants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des deux premi&#232;res lois naturelles et des contrats (L&#233;viathan, chapitre 14)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Des-deux-premieres-lois-naturelles-et-des-contrats-Leviathan-chapitre-14' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Des deux premi&#232;res lois naturelles et des contrats (L&#233;viathan, chapitre 14)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Th. Hobbes, &lt;strong&gt;L&#233;viathan&lt;/strong&gt;, Premi&#232;re partie, chapitre 13&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme n'est pas n&#233; avec une disposition naturelle &#224; la soci&#233;t&#233; </title>
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		<dc:date>2004-04-29T07:06:49Z</dc:date>
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		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; L'homme n'est pas n&#233; avec une disposition naturelle &#224; la soci&#233;t&#233; (...). Il est vrai que selon la nature ce serait une chose f&#226;cheuse &#224; l'homme, en tant qu'homme, c'est-&#224;-dire, d&#232;s qu'il est n&#233;, de vivre dans une perp&#233;tuelle solitude. Car, et les enfants pour vivre, et les plus avanc&#233;s en &#226;ge pour mieux vivre ont besoin de l'assistance des autres hommes. De sorte que je ne nie pas que la nature ne nous contraigne &#224; d&#233;sirer la compagnie de nos semblables. Mais les soci&#233;t&#233;s civiles ne sont (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'homme n'est pas n&#233; avec une disposition naturelle &#224; la soci&#233;t&#233; (...). Il est vrai que selon la nature ce serait une chose f&#226;cheuse &#224; l'homme, en tant qu'homme, c'est-&#224;-dire, d&#232;s qu'il est n&#233;, de vivre dans une perp&#233;tuelle solitude. Car, et les enfants pour vivre, et les plus avanc&#233;s en &#226;ge pour mieux vivre ont besoin de l'assistance des autres hommes. De sorte que je ne nie pas que la nature ne nous contraigne &#224; d&#233;sirer la compagnie de nos semblables. Mais les soci&#233;t&#233;s civiles ne sont pas de simples assembl&#233;es, o&#249; il n'y ait qu'un concours de plusieurs animaux de m&#234;me esp&#232;ce : elles sont outre cela des alliances et des ligues soutenues par des articles qu'on a dress&#233;es et ciment&#233;es par une fid&#233;lit&#233; qu'on s'est promise. La force de ces pactes est ignor&#233;e des enfants et des idiots ; et leur utilit&#233; n'est pas connue de ceux qui n'ont point &#233;prouv&#233; les incommodit&#233;s que le d&#233;faut de soci&#233;t&#233; entra&#238;ne. D'o&#249; vient que ni ceux-l&#224; ne peuvent point contracter de soci&#233;t&#233;, parce qu'ils ne savent ce que c'est ; ni ceux-ci ne se soucient point de la contracter, parce qu'ils en ignorent les avantages. Et de l&#224; il appert que, puisque les hommes sont enfants lorsqu'ils naissent ; ils ne peuvent pas &#234;tre n&#233;s capables de soci&#233;t&#233; civile ; et que plusieurs (ou peut-&#234;tre la plupart) par maladie d'esprit, ou par faute de discipline, en demeurent incapables toute leur vie. Cependant les uns et les autres, les enfants et les adultes, ne laissent pas de participer &#224; la nature humaine. Ce n'est donc pas la nature, mais la discipline qui rend l'homme propre &#224; la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Hobbes, &lt;strong&gt;De Cive&lt;/strong&gt;, Section I,chap.1,remarque p.93&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des ch&#226;timents et des r&#233;compenses (L&#233;viathan, chap. 18)</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Des-chatiments-et-des-recompenses</link>
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		<dc:date>2003-10-06T14:19:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hobbes, Thomas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;D&#233;finition du ch&#226;timent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Un CH&#194;TIMENT est un mal inflig&#233; de par l'autorit&#233; publique &#224; celui qui a accompli (ou omis) une action que cette autorit&#233; juge &#234;tre une transgression de la loi, afin que la volont&#233; des hommes soit par l&#224; d'autant mieux dispos&#233;e &#224; l'ob&#233;issance. &lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; nient le droit de ch&#226;tier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avant de rien inf&#233;rer de cette d&#233;finition, il faut r&#233;pondre &#224; une question de grande importance, &#224; savoir : par quelle porte s'introduisent le droit, l'autorit&#233;, qui habilitent, dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Hobbes-" rel="directory"&gt;Hobbes&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;finition du ch&#226;timent. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un CH&#194;TIMENT est un mal inflig&#233; de par l'autorit&#233; publique &#224; celui qui a accompli (ou omis) une action que cette autorit&#233; juge &#234;tre une transgression de la loi, afin que la volont&#233; des hommes soit par l&#224; d'autant mieux dispos&#233;e &#224; l'ob&#233;issance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'o&#249; nient le droit de ch&#226;tier. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avant de rien inf&#233;rer de cette d&#233;finition, il faut r&#233;pondre &#224; une question de grande importance, &#224; savoir : par quelle porte s'introduisent le droit, l'autorit&#233;, qui habilitent, dans quelque cas que ce soit, &#224; ch&#226;tier ? En effet, d'apr&#232;s ce qui a &#233;t&#233; dit ci-dessus, nul n'est r&#233;put&#233; oblig&#233; par ses propres conventions &#224; ne pas r&#233;sister &#224; la violence ; en cons&#233;quence, rien ne saurait permettre de conclure qu'un homme a abandonn&#233; &#224; quelque autre le droit de lui faire violence en portant la main sur lui. Dans l'institution de la R&#233;publique, chaque homme abandonne le droit de d&#233;fendre autrui, mais non de se d&#233;fendre lui-m&#234;me. Il s'oblige aussi &#224; assister celui qui d&#233;tient la souverainet&#233;, quand-il s'agit de ch&#226;tier autrui : mais non quand il s'agit d'&#234;tre lui-m&#234;me ch&#226;ti&#233;. Du reste, s'engager par convention &#224; assister le souverain quand il s'agit de nuire &#224; autrui, ce n'est pas, &#224; moins que celui qui passe cette convention n'ait lui-m&#234;me ce droit, lui donner le droit de ch&#226;tier. Il est donc &#233;vident que le droit de ch&#226;tier que poss&#232;de la R&#233;publique (c'est-&#224;-dire celui ou ceux qui le repr&#233;sentent) n'est pas fond&#233; sur quelque concession ou quelque don de la part des sujets. Mais t ai aussi montre plus haut, qu avant l'institution de la R&#233;publique caque homme avait un droit sur toutes choses, c'est-&#224;-dire le droit de faire tout ce qu'il jugerait n&#233;cessaire &#224; sa pr&#233;servation, et donc, en vue de cette pr&#233;servation, de soumettre tout autre homme de lui nuire, ou de le tuer. Tel est le fondement du droit de ch&#226;tier qui s'exerce dans toute R&#233;publique : en effet, ce ne sont pas les sujets qui l'ont donn&#233; au souverain ; mais en se dessaisissant des leurs, ils ont fortifi&#233; celui-ci dans l'usage qu'il jugera opportun de faire du sien pour leur pr&#233;servation &#224; tous. Bref, on ne le lui a pas donn&#233; : on le lui a laiss&#233;, et on ne l'a laiss&#233; qu'&#224; lui ; et, abstraction faite des limites impos&#233;es par la loi de nature, on le lui a laiss&#233; aussi entier qu'il existe dans l'&#233;tat de simple nature et de guerre de chacun contre son prochain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ne sont pas des ch&#226;timents&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;De la d&#233;finition du ch&#226;timent j'inf&#232;re, premi&#232;rement, que ni les vengeances priv&#233;es ni les torts caus&#233;s par des hommes priv&#233;s ne peuvent &#234;tre nomm&#233;s, &#224; proprement parler, des ch&#226;timents, parce qu'ils ne proc&#232;dent pas de l'autorit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement, que de se voir n&#233;glig&#233; par la faveur officielle, et de ne pas en recevoir de nominations flatteuses, n'est pas un ch&#226;timent, parce qu'un tel traitement n'inflige aucun mal nouveau : il vous laisse seulement dans l'&#233;tat o&#249; vous vous trouviez auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement, qu'un mauvais traitement inflig&#233; de par l'autorit&#233; publique, mais sans qu'il y ait eu ant&#233;rieurement une condamnation officielle, ne doit pas recevoir le nom de ch&#226;timent, mais celui d'acte hostile, car l'action pour laquelle on est ch&#226;ti&#233; &lt;br /&gt;
doit d'abord avoir &#233;t&#233; jug&#233;e, de par l'autorit&#233; publique, constituer une transgression de la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;mement, que le mal inflig&#233; par le d&#233;tenteur d'un pouvoir usurp&#233;, ou par des juges non autoris&#233;s par le souverain, n'est pas un ch&#226;timent, mais un acte d'hostilit&#233;. En effet, les actes d'un pouvoir usurpe n'ont pas pour auteur la personne condamn&#233;e : ils ne sont donc pas des actes de l'autorit&#233; publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;mement, que tout mal inflig&#233; sans aucune intention ou possibilit&#233; de disposer le d&#233;linquant, ou, par son exemple, d'autres hommes, &#224; ob&#233;ir aux lois, n'est pas un ch&#226;timent, mais un acte d'hostilit&#233;. En effet, sans une telle fin, aucun mauvais traitement ne saurait entrer dans la cat&#233;gorie des ch&#226;timents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sixi&#232;mement, bien que diverses cons&#233;quences f&#226;cheuses soient par nature attach&#233;es &#224; certaines actions - quand par exemple un homme est tu&#233; ou bless&#233; alors qu'il attaquait quelqu'un, ou qu'il tombe malade du fait de l'accomplissement de quelque action ill&#233;gale - encore qu'eu &#233;gard &#226; Dieu, auteur de la nature, on puisse dire qu'un tel mal a &#233;t&#233; inflig&#233;, et qu'il est donc un ch&#226;timent divin, il ne saurait, eu &#233;gard aux hommes, porter le nom de ch&#226;timent, parce qu'il n'est pas inflig&#233; de par une autorit&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Septi&#232;mement, si le mal inflig&#233; est moindre que l'avantage ou la satisfaction qui d&#233;coulent naturellement du crime commis, ce mal ne tombe pas sous la d&#233;finition du ch&#226;timent : c'est le prix, la ran&#231;on du crime, plut&#244;t que son ch&#226;timent. En effet, il est de la nature du ch&#226;timent d'avoir pour fin de disposer les hommes &#224; ob&#233;ir &#224; la loi : or, si le ch&#226;timent est moindre que l'avantage de la transgression, loin d'atteindre cette fin, il agit en sens contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Huiti&#232;mement, si un ch&#226;timent est fix&#233; et prescrit dans la loi m&#234;me, et qu'une fois le crime commis on inflige un ch&#226;timent plus s&#233;v&#232;re, ce qui vient en sus n'est pas un ch&#226;timent, mais un un mal acte d'hostilit&#233;. &#201;tant donn&#233; en effet que le but du ch&#226;timent n'est pas la vengeance, mais la frayeur, et que la frayeur d'un ch&#226;timent s&#233;v&#232;re, mais encore inconnu, est supprim&#233;e par la promulgation d'un ch&#226;timent moindre, le suppl&#233;ment impr&#233;vu ne fait pas partie du ch&#226;timent. Mais la o&#249; aucun ch&#226;timent n'est d&#233;termin&#233; par la loi, tout ce qui est inflig&#233; a la nature d'un ch&#226;timent. En effet, celui qui entreprend de violer la loi, l&#224; o&#249; la peine n'est pas d&#233;termin&#233;e, encourt un ch&#226;timent ind&#233;termin&#233;, c'est-&#224;-dire discr&#233;tionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuvi&#232;mement, le mal inflig&#233; &#224; cause d'un acte accompli avant qu'il n'existe une loi pour l'interdire n'est pas un ch&#226;timent, mais un acte d'hostilit&#233;. En effet, avant qu'une loi n'existe, il ne saurait y avoir transgression de cette loi. Or, le ch&#226;timent suppose qu'un certain acte a &#233;t&#233; jug&#233; &#234;tre une transgression de la loi. Un mal inflig&#233; avant que la loi ne soit faite n'est donc pas un ch&#226;timent mais un acte d'hostilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le repr&#233;sentant de la R&#233;publique ne saurait jamais &#234;tre ch&#226;ti&#233;.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dixi&#232;mement, un mal inflig&#233; au repr&#233;sentant de la R&#233;publique n'est pas un ch&#226;timent, mais un acte d'hostilit&#233;. Il est en effet de la nature du ch&#226;timent d'&#234;tre inflig&#233; de par l'autorit&#233; publique, laquelle autorit&#233; n'appartient qu'au repr&#233;sentant lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mal inflig&#233; aux sujets qui ont rompu leur all&#233;geance l'est en vertu du droit des bellig&#233;rants et non en mani&#232;re de ch&#226;timent.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le mal inflig&#233; &#224; un ennemi d&#233;clar&#233; ne tombe pas sous l'appellation de ch&#226;timent : &#233;tant donn&#233; en effet que cet ennemi, ou bien n'a jamais &#233;t&#233; assujetti &#224; cette loi, et par cons&#233;quent ne pouvait pas la transgresser, ou bien, apr&#232;s y avoir &#233;t&#233; assujetti, fait profession de ne plus l'&#234;tre, et nie par cons&#233;quent qu'il puisse la transgresser, tous les maux qu'on peut lui infliger doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des actes d'hostilit&#233;. Or, dans un &#233;tat d'hostilit&#233; d&#233;clar&#233;e, toute infliction de maux est l&#233;gitime. Il s'ensuit que si, dans ses actions ou dans ses paroles, un sujet nie consciemment et d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'autorit&#233; du repr&#233;sentant de la R&#233;publique, on peut l&#233;gitimement, quelle que soit la peine pr&#233;c&#233;demment pr&#233;vue pour le cas de trahison, lui faire subir tout ce qu'il plaira au repr&#233;sentant. En effet, en r&#233;cusant sa suj&#233;tion, il a r&#233;cus&#233; le ch&#226;timent pr&#233;vu par la loi : il p&#226;tit donc en qualit&#233; d'ennemi de la R&#233;publique, autrement dit, au gr&#233; de la volont&#233; du repr&#233;sentant. Car les ch&#226;timents &#233;tablis par la loi sont destin&#233;s aux sujets, non aux ennemis : et sont des ennemis ceux qui, apr&#232;s avoir &#233;t&#233;, de leur propre fait, des sujets, rompent d&#233;lib&#233;r&#233;ment cette all&#233;geance et r&#233;cusent le pouvoir souverain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Classification des ch&#226;timents&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re classification des ch&#226;timents, et la plus g&#233;n&#233;rale, les divise en ch&#226;timents &lt;i&gt;divins&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;humains&lt;/i&gt;. J'aurai l'occasion de parler des premiers, ci-dessous, &#224; un endroit plus opportun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ch&#226;timents &lt;i&gt;humains&lt;/i&gt; sont ceux qui sont inflig&#233;s en vertu d'un commandement humain : ce sont les peines &lt;i&gt;corporelles&lt;/i&gt;, les peines &lt;i&gt;p&#233;cuniaires&lt;/i&gt;, les peines &lt;i&gt;infamantes&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;emprisonnement&lt;/i&gt;, l'&lt;i&gt;exil&lt;/i&gt;, ou une combinaison de ces divers &#233;l&#233;ments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;ch&#226;timent corporel&lt;/i&gt; est celui qui est inflig&#233; directement au corps, et d'une mani&#232;re conforme &#224; l'intention de celui qui l'inflige : il consiste, par exemple, en coups, en blessures, ou dans la privation des plaisirs du corps dont auparavant on jouissait l&#233;gitimement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les ch&#226;timents corporels, les uns sont &lt;i&gt;capitaux&lt;/i&gt;, les autres &lt;i&gt;plus l&#233;gers&lt;/i&gt;. Le ch&#226;timent capital, c'est l'infliction de la mort, laquelle infliction peut &#234;tre simple ou accompagn&#233;e de supplices. Les peines plus l&#233;g&#232;res sont les coups, les blessures, les fers, et toute autre souffrance corporelle qui ne soit pas mortelle par nature. Si en effet la mort suit l'infliction du ch&#226;timent sans que cela ait &#233;t&#233; dans l'intention de celui qui l'a inflig&#233;, le ch&#226;timent ne doit pas &#234;tre r&#233;put&#233; capital, quand bien m&#234;me le mal inflig&#233; se montrerait mortel par suite d'un accident impr&#233;visible : car dans ce cas, la mort n'a pas &#233;t&#233; inflig&#233;e, mais h&#226;t&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;ch&#226;timent p&#233;cuniaire&lt;/i&gt; est celui qui consiste dans la privation d'une somme d'argent, et &#233;galement de terres ou de tout autre bien qui est commun&#233;ment achet&#233; ou vendu &#224; prix d'argent. Mais dans le cas o&#249; la loi qui pr&#233;voit un tel ch&#226;timent est faite dans l'intention de tirer de l'argent de ceux qui la transgresseront, ce n'est pas &#224; proprement parler un ch&#226;timent, mais le prix d'un privil&#232;ge par lequel on est exempt&#233; d'une loi qui n'interdit pas l'acte d'une mani&#232;re absolue, mais seulement &#224; ceux qui ne peuvent pas payer cette somme - sauf lorsque cette loi, ou bien est une loi de nature, ou bien fait partie de la religion : dans ce cas en effet, il ne s'agit plus d'une exemption, mais d'une transgression de la loi. Ainsi, quand la loi impose une amende p&#233;cuniaire &#224; ceux qui prennent en vain le nom de Dieu, le paiement de l'amende n'est pas le prix &#224; payer pour &#234;tre dispens&#233; de l'interdiction de jurer, mais le ch&#226;timent de ceux qui transgressent une loi qui n'est pas sujette &#224; dispenses. De m&#234;me aussi, si la loi impose de payer une certaine somme &#224; celui qui a subi un tort, ce n'est l&#224; qu'une satisfaction destin&#233;e &#224; r&#233;parer le mal qu'il a subi : ce paiement &#233;teint l'accusation de la victime, mais non le crime de l'offenseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &lt;i&gt;peine infamante&lt;/i&gt;, c'est l'infliction d'un mal dont la R&#233;publique a fait un sujet de d&#233;shonneur, ou la privation d'un bien dont elle a fait un sujet d'honneur. Certaines choses en effet sont un sujet d'honneur par nature : ainsi les effets du courage, de la magnanimit&#233;, de la force, de la sagesse, et de toutes les autres-aptitudes du corps et de l'esprit. Il en est d'autres dont c'est la R&#233;publique qui fait un sujet d'honneur tels sont les d&#233;corations, les titres, les charges, et toute autre marque personnelle de la faveur du souverain. Les premi&#232;res, encore qu'elles puissent venir &#224; manquer naturellement ou par accident, ne peuvent pas &#234;tre supprim&#233;es par une loi : leur perte n'est donc pas un ch&#226;timent. Quant aux secondes, elles peuvent &#234;tre supprim&#233;es de par la m&#234;me autorit&#233; publique qui en avait fait un sujet d'honneur : il s'agit alors de ch&#226;timents &#224; proprement parler. Il en est ainsi quand on d&#233;met les condamn&#233;s de leurs d&#233;corations, titres ou charges, ou qu'on les d&#233;clare incapables de telles distinctions pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;emprisonnement&lt;/i&gt; est la privation de libert&#233; impos&#233;e de par l'autorit&#233; publique. Ce traitement peut correspondre &#224; deux fins distinctes : l'une d'entre elles, c'est de s'assurer de la personne d'un accus&#233; ; l'autre, c'est d'infliger une souffrance &#224; un condamn&#233;. Dans le premier cas, ce n'est pas un ch&#226;timent, parce qu'on n'est cens&#233; punir aucun homme avant de l'avoir entendu en justice et d&#233;clar&#233; coupable : aussi, tout mal qu'on peut faire souffrir &#224; un homme, avant que sa cause soit entendue, en supprimant ou en restreignant sa libert&#233; physique, en sus de ce qui est n&#233;cessaire pour s'assurer de sa personne, est contraire &#224; la loi de nature. Dans le second cas au contraire, c'est un ch&#226;timent, &#233;tant un mal inflig&#233; de par l'autorit&#233; publique &#224; cause d'un acte qui a &#233;t&#233; jug&#233; de par la m&#234;me autorit&#233;, constituer une transgression de la loi. Je range sous ce mot d'emprisonnement toutes les mani&#232;res de restreindre les mouvements d'un homme par le moyen d'un obstacle externe, qu'il s'agisse d'une maison (qui re&#231;oit alors ce nom g&#233;n&#233;rique de prison), d'une &#238;le (comme quand on dit que des hommes y sont rel&#233;gu&#233;s), d'un endroit o&#249; les hommes sont astreints &#224; un travail (ainsi, dans l'Antiquit&#233; des hommes &#233;taient condamn&#233;s aux carri&#232;res, comme de nos jours aux gal&#232;res), de fers ou de tout autre obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;exil&lt;/i&gt;, ou bannissement, est le fait qu'un homme soit, &#224; cause d'un crime, condamn&#233; &#224; quitter l'empire de la R&#233;publique, ou une certaine partie de celui-ci, et &#224; ne pas y retourner, soit pour une dur&#233;e d&#233;termin&#233;e, soit d&#233;finitivement. Par sa nature propre et si rien d'autre ne s'y adjoint, il ne semble pas que l'exil soit un ch&#226;timent : c'est plut&#244;t une fuite, ou l'ordre donn&#233; par la R&#233;publique d'&#233;viter le ch&#226;timent par la fuite. Cic&#233;ron dit du reste que l'exil n'a jamais fait partie des ch&#226;timents pr&#233;vus dans la cit&#233; de Rome : il l'appelle au contraire, le refuge des hommes en danger. En effet, si on permet &#224; un homme, bien qu'il soit banni, de jouir de ses biens et du revenu de ses terres, le simple changement de climat n'est pas un ch&#226;timent ; il ne tend pas, au demeurant, &#224; procurer &#224; la R&#233;publique l'avantage en vue duquel les ch&#226;timents ont &#233;t&#233; institu&#233;s : &#224; savoir, fa&#231;onner les volont&#233;s des hommes au respect de la loi ; au contraire, il tend souvent &#224; nuire &#226; la R&#233;publique : un banni, en effet, est le l&#233;gitime ennemi de la R&#233;publique qui l'a banni, et non plus un de ses membres. Et si le banni est en m&#234;me temps priv&#233; de ses terres ou de ses autres biens, le ch&#226;timent, alors, ne consiste pas dans l'exil : on doit le ranger au nombre des ch&#226;timents p&#233;cuniaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le ch&#226;timent de sujets innocents est contraire &#224; la loi de nature.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout ch&#226;timent de sujets innocents, qu'il soit lourd ou l&#233;ger est contraire &#224; la loi de nature, car le ch&#226;timent ne s'applique qu'&#224; la transgression de la loi, et par cons&#233;quent il ne saurait exister de ch&#226;timent de l'innocent. C'est donc une violation, premi&#232;rement, de cette loi de nature qui interdit &#224; tous les hommes, dans leurs vengeances, d'avoir &#233;gard &#224; autre chose qu'&#224; quelque bien &#224; venir : en effet, aucun bien ne peut arriver &#224; la R&#233;publique du fait du ch&#226;timent de l'innocent. C'est une violation, deuxi&#232;mement, de la loi qui interdit l'ingratitude : &#233;tant donn&#233;, en effet, que tout pouvoir souverain est accord&#233; &#224; l'origine par le consentement de chacun des sujets, afin qu'ils soient par l&#224; prot&#233;g&#233;s aussi longtemps qu'ils ob&#233;iront, le ch&#226;timent de l'innocent revient &#224; rendre le mal pour le bien. Et troisi&#232;mement, c'est une violation de la loi qui ordonne l'&#233;quit&#233;, c'est-&#224;-dire une &#233;gale distribution de la justice, loi qui n'est pas observ&#233;e lorsqu'on ch&#226;tie l'innocent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si l'on inflige un mal quelconque &#224; un innocent qui n'est pas un sujet, que cela ait lieu pour le bien de la R&#233;publique, et sans violation dune convention ant&#233;rieure, ce n'est pas la une infraction a la loi de nature. En effet, tous les hommes qui ne sont pas des sujets, ou bien sont des ennemis, ou bien ont cess&#233; de l'&#234;tre en vertu de conventions ant&#233;rieures. Mais aux ennemis que la R&#233;publique juge aptes &#224; nuire &#224; ses sujets, il est l&#233;gitime, en vertu du droit de nature originel, de faire la guerre : or dans celle-ci l'&#233;p&#233;e ne juge point, et le vainqueur ne fait nulle distinction relative au pass&#233; entre homme nuisible et homme innocent : il ne conna&#238;t pas d'autre piti&#233; que celle qui sert au bien de ses concitoyens. C'est en vertu du m&#234;me principe que lorsqu'il s'agit de sujets qui r&#233;cusent d&#233;lib&#233;r&#233;ment l'autorit&#233; de la R&#233;publique &#233;tablie, la vengeance s'&#233;tend l&#233;gitimement, non seulement aux p&#232;res, mais aussi &#224; la troisi&#232;me ou &#224; la quatri&#232;me g&#233;n&#233;ration encore &#224; na&#238;tre, innocente par cons&#233;quent de l'action &#224; cause de laquelle elle est frapp&#233;e : en effet, la nature de ce d&#233;lit est telle que son auteur renonce &#224; sa suj&#233;tion, ce qui constitue cette rechute dans l'&#233;tat de guerre qu'on appelle commun&#233;ment r&#233;bellion. Et ceux qui commettent un tel d&#233;lit ne souffrent pas en qualit&#233; de sujets, mais d'ennemis : en effet, la r&#233;bellion n'est que la reprise de l'&#233;tat de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les r&#233;compenses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une R&#201;COMPENSE est conf&#233;r&#233;e en mani&#232;re de &lt;i&gt;don&lt;/i&gt;, ou en vertu d'un &lt;i&gt;contrat&lt;/i&gt;. Dans le second cas, on l'appelle &lt;i&gt;salaire&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;r&#233;mun&#233;ration&lt;/i&gt; ; c'est alors un avantage d&#251; en &#233;change d'un service accompli ou promis. Dans le premier cas, c'est un avantage qui proc&#232;de de la faveur de ceux qui le conf&#232;rent afin d'encourager les gens &#224; leur rendre service, ou pour leur en donner les moyens. C'est pourquoi, lorsque le souverain d'une R&#233;publique attache un salaire &#224; une charge publique, celui qui le per&#231;oit est tenu en justice de s'acquitter de cette charge ; dans l'hypoth&#232;se inverse, il a seulement une dette d'honneur : celle de reconna&#238;tre la faveur re&#231;ue et de s'efforcer de la payer de retour. En effet, bien qu'on n'ait aucun recours l&#233;gal quand on re&#231;oit l'ordre d'abandonner ses affaires priv&#233;es pour servir la R&#233;publique sans recevoir en &#233;change nulle r&#233;compense ou salaire, on n'y est cependant pas tenu par la loi de nature ou en vertu de l'institution de la R&#233;publique, &#224; moins que ce service ne puisse pas &#234;tre accompli dans d'autres conditions : le souverain, en effet, est r&#233;put&#233; pouvoir user de toutes les ressources des sujets, de telle sorte que le soldat du rang le plus bas puisse r&#233;clamer comme son d&#251; la solde corres pondant &#224; ses campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avantages qu'un souverain conf&#232;re &#224; un sujet par peur de son pouvoir et de sa capacit&#233; de nuire &#224; la R&#233;publique ne sont pas proprement des r&#233;compenses. En effet, ce n'est pas un salaire, parce qu'en l'esp&#232;ce aucun contrat ne peut &#234;tre cens&#233; avoir eu lieu, tout homme &#233;tant d&#233;j&#224; oblig&#233; de ne pas desservir la R&#233;publique. Et ce ne sont pas non plus des faveurs, parce que ces avantages ont &#233;t&#233; extorqu&#233;s par la peur, chose &#224; laquelle le pouvoir souverain ne doit pas &#234;tre expos&#233;. Ce sont plut&#244;t des sacrifices que le souverain, consid&#233;r&#233; dans sa personne naturelle, et non dans celle de la R&#233;publique, fait pour apaiser le m&#233;contentement d'un homme qu'il juge plus puissant que lui. Du reste, ces avantages n'encouragent pas &#224; l'ob&#233;issance, mais plut&#244;t &#224; poursuivre ces extorsions et &#224; les accro&#238;tre &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains salaires sont r&#233;guliers et proc&#232;dent du tr&#233;sor public, d'autres ne le sont pas : ils sont casuels, et proc&#232;dent de l'activit&#233; correspondant &#224; la charge pour laquelle ce salaire a &#233;t&#233; pr&#233;vu. Cette deuxi&#232;me solution est parfois nuisible &#224; la R&#233;publique . il en est ainsi pour ce qui touche &#224; l'administration de la justice. En effet, lorsque les juges et les autres ministres des cours de justice tirent avantage du grand nombre des causes port&#233;es &#224; leur connaissance, deux inconv&#233;nients s'ensuivent n&#233;cessairement : le premier, c'est qu'ils favorisent l'&#233;closion de proc&#232;s, puisque, plus les proc&#232;s seront nombreux, plus grand sera leur avantage. Le second, qui d&#233;coule du premier, consiste dans les conflits de juridiction, chaque tribunal attirant vers lui autant de causes qu'il le peut. Mais dans les charges d'ex&#233;cution, ces inconv&#233;nients n'existent pas, car ici les gens ne peuvent pas accro&#238;tre leurs responsabilit&#233;s par leur propre effort. En voil&#224; assez pour ce qui touche &#224; la nature du ch&#226;timent et de la r&#233;compense, qui sont pour ainsi dire les nerfs et les tendons qui meuvent les membres et les articulations de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, j'ai montr&#233; la nature de l'homme, que son orgueil et ses autres passions ont contraint de se soumettre &#224; un gouvernement, ainsi que le grand pouvoir de celui qui le gouverne, que j'ai compar&#233; &#224; &lt;i&gt;L&#233;viathan&lt;/i&gt;, tirant cette comparaison des deux derniers versets du 41&#232;me chapitre du livre de &lt;i&gt;Job&lt;/i&gt; : en cet endroit, Dieu, apr&#232;s avoir montr&#233; le grand pouvoir de &lt;i&gt;L&#233;viathan&lt;/i&gt;, l'appelle le roi des orgueilleux &lt;i&gt; : il n'y a rien sur terre&lt;/i&gt;, dit-il, &lt;i&gt;qui puisse lui &#234;tre compar&#233;. Il est fait de telle sorte que rien ne peut l'effrayer. Toute chose &#233;lev&#233;e, il la voit au-dessous de lui. Il est le roi de tous les enfants de l'orgueil&lt;/i&gt;. Mais parce qu'il est mortel, et expos&#233;, comme toutes les autres cr&#233;atures terrestres, &#226; la d&#233;cr&#233;pitude ; et parce qu'existe, non, certes, sur terre, mais dans les cieux, ce qu'il doit redouter, et dont il doit respecter les lois, je parlerai, dans les chapitres qui viennent, de ses maladies, de ce qui le rend mortel, et des lois de nature auxquelles il est tenu d'ob&#233;ir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Thomas Hobbes, &lt;strong&gt;L&#233;viathan&lt;/strong&gt;, chapitre 18&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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