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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Non seulement la raison, mais encore le coeur</title>
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		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Nous connaissons la v&#233;rit&#233;, non seulement par la raison, mais encore par le c&#339;ur ; c'est de cette derni&#232;re sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement qui n'y a point de part essaye de les combattre. Les pyrrhoniens qui n'ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne r&#234;vons point ; quelque impuissance o&#249; nous soyons de le prouver par raison, cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Pascal-" rel="directory"&gt;Pascal&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Nous connaissons la v&#233;rit&#233;, non seulement par la raison, mais encore par le c&#339;ur ; c'est de cette derni&#232;re sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement qui n'y a point de part essaye de les combattre. Les pyrrhoniens qui n'ont que cela pour objet, y travaillent inutilement. Nous savons que nous ne r&#234;vons point&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pascal r&#233;pond ici &#224; l'argument du r&#234;ve de Descartes : M&#201;DITATION PREMI&#200;RE - (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; quelque impuissance o&#249; nous soyons de le prouver par raison, cette impuissance ne conclut autre chose que la faiblesse de notre raison, mais non point l'incertitude de toutes nos connaissances, comme ils le pr&#233;tendent. Car la connaissance des premiers principes, comme qu'il y a espace, temps, mouvement, nombres, est aussi ferme qu'aucune de celles que nos raisonnements nous donnent. Et c'est sur ces connaissances du c&#339;ur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie, et qu'elle y fonde tout son discours. Le c&#339;ur sent qu'il y a trois dimensions dans l'espace et que les nombres sont infinis ; et la raison d&#233;montre ensuite qu'il n'y a point deux nombres carr&#233;s dont l'un soit le double de l'autre. Les principes se sentent, les propositions se concluent ; et le tout avec certitude, quoique par diff&#233;rentes voies. Et il est aussi ridicule et inutile que la raison demande au c&#339;ur des preuves de ses premiers principes, pour vouloir y consentir, qu'il serait ridicule que le c&#339;ur demand&#226;t &#224; la raison un sentiment de toutes les propositions qu'elle d&#233;montre, pour vouloir les recevoir. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pascal r&#233;pond ici &#224; l'argument du r&#234;ve de Descartes : &lt;a href='https://caute.lautre.net/MEDITATION-PREMIERE-Des-choses-que-l-on-peut-revoquer-en-doute' class=&#034;spip_in&#034;&gt;M&#201;DITATION PREMI&#200;RE - Des choses que l'on peut r&#233;voquer en doute&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pascal, &lt;i&gt;Les pens&#233;es&lt;/i&gt;, Lafuma, 110&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>ni ange ni b&#234;te</title>
		<link>https://caute.lautre.net/ni-ange-ni-bete</link>
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		<dc:date>2009-03-01T21:26:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Bassesse de l'homme jusqu'&#224; se soumettre aux b&#234;tes, jusques &#224; les adorer. &#187; (Pens&#233;es, 53, Br. 429) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Il est dangereux de trop faire voir &#224; l'homme combien il est &#233;gal aux b&#234;tes, sans lui montrer sa grandeur. Et il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l'un et l'autre, mais il est tr&#232;s avantageux de lui repr&#233;senter l'un et l'autre.
&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas que l'homme croie qu'il est &#233;gal aux b&#234;tes ni aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Pascal-" rel="directory"&gt;Pascal&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Bassesse de l'homme jusqu'&#224; se soumettre aux b&#234;tes, jusques &#224; les adorer. &#187; (&lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;, 53, Br. 429)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il est dangereux de trop faire voir &#224; l'homme combien il est &#233;gal aux b&#234;tes, sans lui montrer sa grandeur. Et il est encore dangereux de lui trop faire voir sa grandeur sans sa bassesse. Il est encore plus dangereux de lui laisser ignorer l'un et l'autre, mais il est tr&#232;s avantageux de lui repr&#233;senter l'un et l'autre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il ne faut pas que l'homme croie qu'il est &#233;gal aux b&#234;tes ni aux anges, ni qu'il ignore l'un et l'autre, mais qu'il sache l'un et l'autre. &#187; (&lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;, Lafuma121, Br.418)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'homme n'est ni ange ni b&#234;te, et le malheur veut que qui veut faire l'ange fait la b&#234;te. &#187; (&lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;, Lafuma 678, Br. 358)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Gloire.&lt;br class='autobr' /&gt;
Les b&#234;tes ne s'admirent point. Un cheval n'admire point son compagnon. Ce n'est pas qu'il n'y ait entre eux de l'&#233;mulation &#224; la course, mais c'est sans cons&#233;quence, car &#233;tant &#224; l'&#233;table, le plus pesant et plus mal taill&#233; n'en c&#232;de pas son avoine &#224; l'autre, comme les hommes veulent qu'on leur fasse. Leur vertu se satisfait d'elle-m&#234;me. &#187; (&lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;, Lafuma 685, Br. 401)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce que le moi ?</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Qu-est-ce-que-le-moi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Qu-est-ce-que-le-moi</guid>
		<dc:date>2005-10-06T13:53:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce que le moi ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Un homme qui se met &#224; la fen&#234;tre pour voir les passants ; si-je passe par l&#224;, puis-je dire qu'il s'est mis l&#224; pour me voir ? Non ; car il ne pense pas &#224; moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu'un &#224; cause de sa beaut&#233;, l'aime-t-il ? Non : car la petite v&#233;role, qui tuera la beaut&#233; sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus. &lt;br class='autobr' /&gt;
Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma m&#233;moire, m'aime-t-on ? moi ? Non, car je puis perdre ces qualit&#233;s sans me perdre (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Pascal-" rel="directory"&gt;Pascal&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce que le moi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme qui se met &#224; la fen&#234;tre pour voir les passants ; si-je passe par l&#224;, puis-je dire qu'il s'est mis l&#224; pour me voir ? Non ; car il ne pense pas &#224; moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu'un &#224; cause de sa beaut&#233;, l'aime-t-il ? Non : car la petite v&#233;role, qui tuera la beaut&#233; sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma m&#233;moire, m'aime-t-on ? moi ? Non, car je puis perdre ces qualit&#233;s sans me perdre moi-m&#234;me. O&#249; est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'&#226;me ? et comment aimer le corps ou l'&#226;me, sinon pour ces qualit&#233;s, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont p&#233;rissables ? car aimerait-on la substance de l'&#226;me d'une personne, abstraitement, et quelques qualit&#233;s qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n'aime personne que pour des qualit&#233;s emprunt&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pascal, &lt;strong&gt;Pens&#233;es&lt;/strong&gt;, 688 (Lafuma), 323(Br.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur la condition des grands : Troisi&#232;me discours</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Troisieme-discours</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Troisieme-discours</guid>
		<dc:date>2004-10-03T14:38:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je vous veux faire conna&#238;tre, Monsieur, votre condition v&#233;ritable ; car c'est la chose du monde que les personnes de votre sorte ignorent le plus. Qu'est-ce, &#224; votre avis, d'&#234;tre grand seigneur ? C'est &#234;tre ma&#238;tre de plusieurs objets de la concupiscence des hommes, et ainsi pouvoir satisfaire aux besoins et aux d&#233;sirs de plusieurs. Ce sont ces besoins et ces d&#233;sirs qui les attirent aupr&#232;s de vous, et qui font qu'ils se soumettent &#224; vous : sans cela ils ne vous regarderaient pas seulement ; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Trois-discours-sur-la-condition-des-grands-" rel="directory"&gt;Trois discours sur la condition des grands&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Second-discours' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Je vous veux faire conna&#238;tre, Monsieur, votre condition v&#233;ritable ; car c'est la chose du monde que les personnes de votre sorte ignorent le plus. Qu'est-ce, &#224; votre avis, d'&#234;tre grand seigneur ? C'est &#234;tre ma&#238;tre de plusieurs objets de la concupiscence des hommes, et ainsi pouvoir satisfaire aux besoins et aux d&#233;sirs de plusieurs. Ce sont ces besoins et ces d&#233;sirs qui les attirent aupr&#232;s de vous, et qui font qu'ils se soumettent &#224; vous : sans cela ils ne vous regarderaient pas seulement ; mais ils esp&#232;rent, par ces services et ces d&#233;f&#233;rences qu'ils vous rendent, obtenir de vous quelque part de ces biens qu'ils d&#233;sirent et dont ils voient que vous disposez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dieu est environn&#233; de gens pleins de, charit&#233;, qui lui demandent les biens de la charit&#233; qui sont en sa puissance : ainsi il est proprement le roi de la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes de m&#234;me environn&#233; d'un petit nombre de personnes, sur qui vous r&#233;gnez en votre mani&#232;re. Ces gens sont pleins de concupiscence. Ils vous demandent les biens de la concupiscence : c'est la concupiscence qui les attache &#224; vous. Vous &#234;tes donc proprement un roi de concupiscence. Votre royaume est de peu d'&#233;tendue ; mais vous &#234;tes &#233;gal en cela aux plus grands rois de la terre : ils sont comme vous des rois de concupiscence. C'est la concupiscence qui fait leur force, c'est-&#224;-dire la possession des choses que la cupidit&#233; des hommes d&#233;sire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en connaissant votre condition naturelle, usez des moyens qu'elle vous donne, et ne pr&#233;tendez pas r&#233;gner par une autre voie que par celle qui vous fait roi. Ce n'est point votre force et votre puissance naturelle qui vous assujettit toutes ces personnes. Ne pr&#233;tendez donc point les dominer par la force, ni les traiter avec duret&#233;. Contentez leurs justes d&#233;sirs ; soulagez leurs n&#233;cessit&#233;s ; mettez votre plaisir &#224; &#234;tre bienfaisant ; avancez-les autant que vous le pourrez, et vous agirez en vrai roi de concupiscence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je vous dis ne va pas bien loin ; et si vous en demeurez l&#224;, vous ne laisserez pas de vous perdre ; mais au moins vous vous perdrez en honn&#234;te homme. Il y a des gens qui se damnent si sottement, par l'avarice, par la brutalit&#233;, par les d&#233;bauches, par la violence, par les emportements, par les blasph&#232;mes ! Le moyen que je vous ouvre est sans doute plus honn&#234;te ; mais en v&#233;rit&#233; c'est toujours une grande folie que de se damner ; et c'est pourquoi il n'en faut pas demeurer l&#224;. Il faut m&#233;priser la concupiscence et son royaume, et aspirer &#224; ce royaume de charit&#233; o&#249; tous les sujets ne respirent que la charit&#233;, et ne d&#233;sirent que les biens de la charit&#233;. D'autres que moi vous en diront le chemin : il me suffit de vous avoir d&#233;tourn&#233; de ces vies brutales o&#249; je vois que plusieurs personnes de votre condition se laissent emporter faute de bien conna&#238;tre l'&#233;tat v&#233;ritable de cette condition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sur la condition des grands : Second discours</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Second-discours</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Second-discours</guid>
		<dc:date>2004-10-03T14:38:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il est bon, Monsieur, que vous sachiez ce que l'on vous doit, afin que vous ne pr&#233;tendiez pas exiger des hommes ce qui ne vous est pas d&#251; ; car c'est une injustice visible : et cependant elle est fort commune &#224; ceux de votre, condition, parce qu'ils en ignorent la nature &lt;br class='autobr' /&gt;
Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs d'&#233;tablissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d'&#233;tablissement d&#233;pendent de la volont&#233; des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Trois-discours-sur-la-condition-des-grands-" rel="directory"&gt;Trois discours sur la condition des grands&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Premier-Discours' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Il est bon, Monsieur, que vous sachiez ce que l'on vous doit, afin que vous ne pr&#233;tendiez pas exiger des hommes ce qui ne vous est pas d&#251; ; car c'est une injustice visible : et cependant elle est fort commune &#224; ceux de votre, condition, parce qu'ils en ignorent la nature&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans le monde deux sortes de grandeurs ; car il y a des grandeurs d'&#233;tablissement et des grandeurs naturelles. Les grandeurs d'&#233;tablissement d&#233;pendent de la volont&#233; des hommes, qui ont cru avec raison devoir honorer certains &#233;tats et y attacher certains respects. Les dignit&#233;s et la noblesse sont de ce genre. En un pays on honore les nobles, en l'autre les roturiers ; en celui-ci les a&#238;n&#233;s, en cet autre les cadets. Pourquoi cela ? Parce qu'il a plu aux hommes. La chose &#233;tait indiff&#233;rente avant l'&#233;tablissement : apr&#232;s l'&#233;tablissement elle devient juste, parce qu'il est injuste de la troubler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les grandeurs naturelles sont celles qui sont ind&#233;pendantes de la fantaisie des hommes ; parce qu'elles consistent dans des qualit&#233;s r&#233;elles et effectives de l'&#226;me ou du corps, qui rendent l'une ou l'autre plus estimable, comme les sciences, la lumi&#232;re de l'esprit, la vertu, la sant&#233;, la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous devons quelque chose &#224; l'une et &#224; l'autre de ces grandeurs ; mais comme elles sont d'une nature diff&#233;rente, nous leur devons aussi diff&#233;rents respects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux grandeurs d'&#233;tablissement, nous leur devons des respects d'&#233;tablissement, c'est-&#224;-dire certaines c&#233;r&#233;monies ext&#233;rieures qui doivent &#234;tre n&#233;anmoins accompagn&#233;es, selon la raison, d'une reconnaissance int&#233;rieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir quelque qualit&#233; r&#233;elle en ceux que nous honorons de cette sorte. Il faut parler aux rois &#224; genoux ; il faut se tenir debout dans la chambre des princes. C'est une sottise et une bassesse d'esprit que de leur refuser ces devoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour les respects naturels qui consistent dans l'estime, nous ne les devons qu'aux grandeurs naturelles ; et nous devons au contraire le m&#233;pris et l'aversion aux qualit&#233;s contraires &#224; ces grandeurs naturelles. Il n'est pas n&#233;cessaire, parce que vous &#234;tes duc, que je vous estime ; mais il est n&#233;cessaire que je vous salue. Si vous &#234;tes duc et honn&#234;te homme, je rendrai ce que je dois &#224; l'une et &#224; l'autre de ces qualit&#233;s. Je ne vous refuserai point les c&#233;r&#233;monies que m&#233;rite votre qualit&#233; de duc, ni l'estime que m&#233;rite celle d'honn&#234;te homme. Mais si vous &#233;tiez duc sans &#234;tre honn&#234;te homme, je vous ferais encore justice ; car en vous rendant les devoirs ext&#233;rieurs que l'ordre des hommes a attach&#233;s &#224; votre naissance, je ne manquerais pas d'avoir pour vous le m&#233;pris int&#233;rieur que m&#233;riterait la bassesse de votre esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; en quoi consiste la justice de ces devoirs. Et l'injustice consiste &#224; attacher les respects naturels aux grandeurs d'&#233;tablissement, ou &#224; exiger les respects d'&#233;tablissement pour les grandeurs naturelles. M. N... est un plus grand g&#233;om&#232;tre que moi ; en cette qualit&#233; il veut passer devant moi : je lui dirai qu'il n'y entend rien. La g&#233;om&#233;trie est une grandeur naturelle ; elle demande une pr&#233;f&#233;rence d'estime ; mais les hommes n'y ont attach&#233; aucune pr&#233;f&#233;rence ext&#233;rieure. Je passerai donc devant lui ; et l'estimerai plus que moi, en qualit&#233; de g&#233;om&#232;tre. De m&#234;me si, &#233;tant duc et pair, vous ne vous contentez pas que je me tienne d&#233;couvert devant vous, et que vous voulussiez encore que je vous estimasse, je vous prierais de me montrer les qualit&#233;s qui m&#233;ritent mon estime. Si vous le faisiez, elle vous est acquise, et je ne vous la pourrais refuser avec justice ; mais si vous ne le faisiez pas ; vous seriez injuste de me la demander, et assur&#233;ment vous n'y r&#233;ussiriez pas, fussiez-vous le plus grand prince du monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Troisieme-discours' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Sur la condition des grands : Premier Discours</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Sur-la-condition-des-grands-Premier-Discours</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour entrer dans la v&#233;ritable connaissance de votre condition, consid&#233;rez-la dans cette image : &lt;br class='autobr' /&gt; Un homme est jet&#233; par la temp&#234;te dans une &#238;le inconnue, dont les habitants &#233;taient en peine de trouver leur roi, qui s'&#233;tait perdu ; et, ayant beaucoup de ressemblance de corps et de visage avec ce roi, il est pris pour lui, et reconnu en cette qualit&#233; par tout ce peuple. D'abord il ne savait quel parti prendre ; mais il se r&#233;solu enfin de se pr&#234;ter &#224; sa bonne fortune. Il re&#231;ut tous les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Trois-discours-sur-la-condition-des-grands-" rel="directory"&gt;Trois discours sur la condition des grands&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour entrer dans la v&#233;ritable connaissance de votre condition, consid&#233;rez-la dans cette image :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Un homme est jet&#233; par la temp&#234;te dans une &#238;le inconnue, dont les habitants &#233;taient en peine de trouver leur roi, qui s'&#233;tait perdu ; et, ayant beaucoup de ressemblance de corps et de visage avec ce roi, il est pris pour lui, et reconnu en cette qualit&#233; par tout ce peuple. D'abord il ne savait quel parti prendre ; mais il se r&#233;solu enfin de se pr&#234;ter &#224; sa bonne fortune. Il re&#231;ut tous les respects qu'on lui voulut rendre, et il se laissa traiter de roi.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais, comme il ne pouvait oublier sa condition naturelle, il songeait, en m&#234;me temps qu'il recevait ces respects, qu'il n'&#233;tait pas ce roi que ce peuple cherchait, et que ce royaume ne lui appartenait pas. Ainsi il avait une double pens&#233;e : l'une par laquelle il agissait en roi, l'autre par laquelle il reconnaissait son &#233;tat v&#233;ritable, et que ce n'&#233;tait que le hasard qui l'avait mis en place o&#249; il &#233;tait. Il cachait cette derni&#232;re pens&#233;e, et il d&#233;couvrait l'autre. C'&#233;tait par la premi&#232;re qu'il traitait avec le peuple, et par la derni&#232;re qu'il traitait avec soi-m&#234;me.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ne vous imaginez pas que ce soit par un moindre hasard que vous poss&#233;dez les richesses dont vous vous trouvez ma&#238;tre, que celui par lequel cet homme se trouvait roi. Vous n'y avez aucun droit de vous-m&#234;me et par votre nature, non plus que lui : et non seulement vous ne vous trouvez fils d'un duc, mais vous ne vous trouvez au monde, que par une infinit&#233; de hasards. Votre naissance d&#233;pend d'un mariage, ou plut&#244;t de tous les mariages de ceux dont vous descendez. Mais d'o&#249; ces mariages d&#233;pendent-ils ? D'une visite faite par rencontre, d'un discours en l'air, de mille occasions impr&#233;vues.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Vous tenez, dites-vous, vos richesses de vos anc&#234;tres ; mais n'est-ce pas par mille hasards que vos anc&#234;tres les ont acquises et qu'ils les ont conserv&#233;es ? Vous imaginez-vous aussi que ce soit par quelque loi naturelle que ces biens ont pass&#233;s de vos anc&#234;tres &#224; vous ? Cela n'est pas v&#233;ritable. Cet ordre n'est fond&#233; que sur la seule volont&#233; des l&#233;gislateurs qui ont pu avoir de bonnes raisons, mais dont aucune n'est prise d'un droit naturel que vous ayez sur ces choses. S'il leur avait plu d'ordonner que ces biens, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; poss&#233;d&#233;s par les p&#232;res durant leur vie, retourneraient &#224; la r&#233;publique apr&#232;s leur mort, vous n'auriez aucun sujet de vous en plaindre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ainsi tout le titre par lequel vous poss&#233;dez votre bien n'est pas un titre de nature, mais d'un &#233;tablissement humain. Un autre tour d'imagination dans ceux qui ont fait les lois vous aurait rendu pauvre ; et ce n'est que cette rencontre du hasard qui vous a fait na&#238;tre, avec la fantaisie des lois favorables &#224; votre &#233;gard, qui vous met en possession de tous ces biens.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Je ne veux pas dire qu'ils ne vous appartiennent pas l&#233;gitimement, et qu'il soit permis &#224; un autre de vous les ravir ; car Dieu, qui en est le ma&#238;tre, a permis aux soci&#233;t&#233;s de faire des lois pour les partager ; et quand ces lois sont une fois &#233;tablies, il est injuste de les violer. C'est ce qui vous distingue un peu de cet homme qui ne poss&#233;derait son royaume que par l'erreur du peuple ; parce que Dieu n'autoriserait pas cette possession et l'obligerait &#224; y renoncer, au lieu qu'il autorise la v&#244;tre. Mais ce qui vous est enti&#232;rement commun avec lui, c'est que ce droit que vous y avez n'est point fond&#233;, non plus que le sien, sur quelque qualit&#233; et sur quelque m&#233;rite qui soit en vous et qui vous en rende digne. Votre &#226;me et votre corps sont d'eux-m&#234;mes indiff&#233;rents &#224; l'&#233;tat de batelier ou &#224; celui de duc ; et il n'y a nul lien naturel qui les attache &#224; une condition plut&#244;t qu'&#224; une autre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que s'ensuit-il de l&#224; ? que vous devez avoir, comme cet homme dont nous avons parl&#233;, une double pens&#233;e ; et que si vous agissez ext&#233;rieurement avec les hommes selon votre rang, vous devez reconna&#238;tre, par une pens&#233;e plus cach&#233;e mais plus v&#233;ritable, que vous n'avez rien naturellement au-dessus d'eux. Si la pens&#233;e publique vous &#233;l&#232;ve au-dessus du commun des hommes, que l'autre vous abaisse et vous tienne dans une parfaite &#233;galit&#233; avec tous les hommes ; car c'est votre &#233;tat naturel.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le peuple qui vous admire ne conna&#238;t pas peut-&#234;tre ce secret. Il croit que la noblesse est une grandeur r&#233;elle et il consid&#232;re presque les grands comme &#233;tant d'une autre nature que les autres. Ne leur d&#233;couvrez pas cette erreur, si vous voulez ; mais n'abusez pas de cette &#233;l&#233;vation avec insolence, et surtout ne vous m&#233;connaissez pas vous-m&#234;me en croyant que votre &#234;tre a quelque chose de plus &#233;lev&#233; que celui des autres.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que diriez-vous de cet homme qui aurait &#233;t&#233; fait roi par l'erreur du peuple, s'il venait &#224; oublier tellement sa condition naturelle, qu'il s'imagin&#226;t que ce royaume lui &#233;tait d&#251;, qu'il le m&#233;ritait et qu'il lui appartenait de droit ? Vous admireriez sa sottise et sa folie. Mais y en a-t-il moins dans les personnes de condition qui vivent dans un si &#233;trange oubli de leur &#233;tat naturel ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Que cet avis est important ! Car tous les emportements, toute la violence et toute la vanit&#233; des grands vient de ce qu'ils ne connaissent point ce qu'ils sont : &#233;tant difficile que ceux qui se regarderaient int&#233;rieurement comme &#233;gaux &#224; tous les hommes, et qui seraient bien persuad&#233;s qu'ils n'ont rien en eux qui m&#233;rite ces petits avantages que Dieu leur a donn&#233;s au-dessus des autres, les traitassent avec insolence. Il faut s'oublier soi-m&#234;me pour cela, et croire qu'on a quelque excellence r&#233;elle au-dessus d'eux ; en quoi consiste cette illusion que je t&#226;che de vous d&#233;couvrir.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La coutume fait toute l'&#233;quit&#233;</title>
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		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Sur quoi la fondera-t-il, l'&#233;conomie du monde qu'il veut gouverner ? Sera-ce sur le caprice de chaque particulier ? quelle confusion ! Sera-ce sur la justice ? il l'ignore. &lt;br class='autobr' /&gt;
Certainement, s'il la connaissait, il n'aurait pas &#233;tabli cette maxime, la plus g&#233;n&#233;rale de toutes celles qui sont parmi les hommes, que chacun suive les m&#339;urs de son pays ; l'&#233;clat de la v&#233;ritable &#233;quit&#233; aurait assujetti tous les peuples, et les l&#233;gislateurs n'auraient pas pris pour mod&#232;le, au lieu de cette justice (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Pascal-" rel="directory"&gt;Pascal&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Sur quoi la fondera-t-il, l'&#233;conomie du monde qu'il veut gouverner ? Sera-ce sur le caprice de chaque particulier ? quelle confusion ! Sera-ce sur la justice ? il l'ignore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certainement, s'il la connaissait, il n'aurait pas &#233;tabli cette maxime, la plus g&#233;n&#233;rale de toutes celles qui sont parmi les hommes, que chacun suive les m&#339;urs de son pays ; l'&#233;clat de la v&#233;ritable &#233;quit&#233; aurait assujetti tous les peuples, et les l&#233;gislateurs n'auraient pas pris pour mod&#232;le, au lieu de cette justice constante, les fantaisies et les caprices des Perses et des Allemands. On la verrait plant&#233;e par tous les &#201;tats du monde et dans tous les temps, au lieu qu'on ne voit rien de juste ou d'injuste qui ne change de qualit&#233; en changeant de climat. Trois degr&#233;s d'&#233;l&#233;vation du p&#244;le renversent toute la jurisprudence ; un m&#233;ridien d&#233;cide de la v&#233;rit&#233; ; en peu d'ann&#233;es de possession, les lois fondamentales changent ; le droit a ses &#233;poques ; l'entr&#233;e de Saturne au Lion nous marque l'origine d'un tel crime. Plaisante justice qu'une rivi&#232;re borne ! V&#233;rit&#233; au de&#231;&#224; des Pyr&#233;n&#233;es, erreur au del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils confessent que la justice n'est pas dans ces communes, mais qu'elle r&#233;side dans les lois naturelles, connues en tout pays. Certainement ils le soutiendraient opini&#226;trement, si la t&#233;m&#233;rit&#233; du hasard qui a sem&#233; les lois humaines en avait rencontr&#233; au moins une qui f&#251;t universelle ; mais la plaisanterie est telle, que le caprice des hommes s'est si bien diversifi&#233;, qu'il n'y en a point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le larcin, l'inceste, le meurtre des enfants et des p&#232;res, tout a eu sa place entre les actions vertueuses. Se peut-il rien de plus plaisant, qu'un homme ait droit de me tuer parce qu'il demeure au del&#224; de l'eau, et que son prince a querelle contre le mien, quoique je n'en aie aucune avec lui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a sans doute des lois naturelles ; mais cette belle raison corrompue a tout corrompu : &lt;i&gt;Nihil amplius nostrum est, quod nostrum dicimus artis est.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il n'y a plus rien qui soit n&#244;tre : ce que nous appelons n&#244;tre est &#339;uvre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ex senatus-consultis et plebiscitis crimina exercentur.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; C'est en vertu des s&#233;natus-consultes et des pl&#233;biscites qu'on commet des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Ut olim vitiis sic nunc legibus laboramus.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nous souffrions jadis de nos vices, aujourd'hui nous souffrons de nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette confusion arrive que l'un dit que l'essence de la justice est l'autorit&#233; du l&#233;gislateur ; l'autre, la commodit&#233; du souverain ; l'autre, la coutume pr&#233;sente, et c'est le plus s&#251;r : rien, suivant la seule raison, n'est juste de soi ; tout branle avec le temps. La coutume fait toute l'&#233;quit&#233;, par cette seule raison qu'elle est re&#231;ue ; c'est le fondement mystique de son autorit&#233;. Qui la ram&#232;ne &#224; son principe l'an&#233;antit. Rien n'est si fautif que ces lois qui redressent les fautes ; qui leur ob&#233;it parce qu'elles sont justes, ob&#233;it &#224; la justice qu'il imagine, mais non pas &#224; l'essence de la loi : elle est toute ramass&#233;e en soi ; elle est loi, et rien davantage. Qui voudra en examiner le motif le trouvera si faible et si l&#233;ger, que, s'il n'est accoutum&#233; &#224; contempler les prodiges de l'imagination humaine, il admirera qu'un si&#232;cle lui ait tant acquis de pompe et de r&#233;v&#233;rence. L'art de fronder, bouleverser les &#201;tats, est d'&#233;branler les coutumes &#233;tablies, en sondant jusque dans leur source pour marquer leurs d&#233;fauts d'autorit&#233; et de justice. Il faut, dit-on, recourir aux lois fondamentales et primitives de l'&#201;tat, qu'une coutume injuste a abolies. C'est un jeu s&#251;r pour tout perdre ; rien ne sera juste &#224; cette balance. Cependant le peuple pr&#234;te ais&#233;ment l'oreille &#224; ces discours. Ils secouent le joug d&#232;s qu'ils le reconnaissent ; et les grands en profitent &#224; sa ruine, et &#224; celle de ces curieux examinateurs des coutumes re&#231;ues. C'est pourquoi le plus sage des l&#233;gislateurs disait que, pour le bien des hommes, il faut souvent les piper ; et un autre, bon politique : &lt;i&gt;Cum veritatem qua liberetur ignoret, expedit quod fallatur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Comme il ignore la v&#233;rit&#233; qui lib&#232;re, il est bon qu'il soit tromp&#233;. &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; . Il ne faut pas qu'il sente la v&#233;rit&#233; de l'usurpation : elle a &#233;t&#233; introduite autrefois sans raison, elle est devenue raisonnable ; il faut la faire regarder comme authentique, &#233;ternelle, et en cacher le commencement si l'on ne veut qu'elle ne prenne bient&#244;t fin. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il n'y a plus rien qui soit n&#244;tre : ce que nous appelons n&#244;tre est &#339;uvre de convention. &#187; (Cic&#233;ron)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; C'est en vertu des s&#233;natus-consultes et des pl&#233;biscites qu'on commet des crimes. &#187; (S&#233;n&#232;que)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Nous souffrions jadis de nos vices, aujourd'hui nous souffrons de nos lois. &#187; (Tacite)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Comme il ignore la v&#233;rit&#233; qui lib&#232;re, il est bon qu'il soit tromp&#233;. &#187; (Saint Augustin)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;B.Pascal, &lt;strong&gt;Les Pens&#233;es&lt;/strong&gt;, Br. 294, Lafuma 60, Pl&#233;iade, 230.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La coutume ne doit &#234;tre suivie que parce qu'elle est coutume</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-coutume-ne-doit-etre-suivie-que-parce-qu-elle-est-coutume</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Montaigne a tort. La coutume ne doit &#234;tre suivie que parce qu'elle est coutume, et non parce qu'elle est raisonnable ou juste ; mais le peuple la suit par cette seule raison qu'il la croit juste. Sinon, il ne la suivrait plus, quoiqu'elle f&#251;t coutume ; car on ne veut &#234;tre assujetti qu'&#224; la raison ou &#224; la justice. La coutume, sans cela, passerait pour tyrannie ; mais l'empire de la raison et de la justice n'est non plus tyrannique que celui de la d&#233;lectation, ce sont les principes naturels &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Pascal-" rel="directory"&gt;Pascal&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Montaigne a tort. La coutume ne doit &#234;tre suivie que parce qu'elle est coutume, et non parce qu'elle est raisonnable ou juste ; mais le peuple la suit par cette seule raison qu'il la croit juste. Sinon, il ne la suivrait plus, quoiqu'elle f&#251;t coutume ; car on ne veut &#234;tre assujetti qu'&#224; la raison ou &#224; la justice. La coutume, sans cela, passerait pour tyrannie ; mais l'empire de la raison et de la justice n'est non plus tyrannique que celui de la d&#233;lectation, ce sont les principes naturels &#224; l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait donc bon qu'on ob&#233;it aux lois et aux coutumes, parce qu'elles sont lois (&lt;i&gt;par l&#224; on ne se r&#233;volterait jamais, mais on ne s'y voudrait peut-&#234;tre pas soumettre, on chercherait toujours la vraie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les passages en italiques sont ray&#233;s dans les textes originaux (jld)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;) ; qu'il s&#251;t qu'il n'y en a aucune vraie et juste &#224; introduire, que nous n'y connaissons rien, et qu'ainsi il faut seulement suivre les re&#231;ues. Par ce moyen, on ne les quitterait jamais. Mais le peuple n'est pas susceptible de cette doctrine ; et ainsi, comme il croit que la v&#233;rit&#233; se peut trouver, et qu'elle est dans les lois et coutumes, il les croit, et prend leur antiquit&#233; comme une preuve de leur v&#233;rit&#233; (et non de leur seule autorit&#233; (&lt;i&gt;t&#233;m&#233;raire&lt;/i&gt;) sans (&lt;i&gt;raison&lt;/i&gt;) v&#233;rit&#233;). Ainsi il y ob&#233;it ; mais il est sujet &#224; se r&#233;volter d&#232;s qu'on lui montre qu'elles ne valent rien ; ce qui se peut faire voir de toutes, en les regardant d'un certain c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les passages en italiques sont ray&#233;s dans les textes originaux (jld)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pascal, &lt;strong&gt;Pens&#233;es&lt;/strong&gt;, Lafuma 525 (br325)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Le divertissement (Les Pens&#233;es)</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Le-divertissement-Les-Pensees</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Le-divertissement-Les-Pensees</guid>
		<dc:date>2003-09-06T22:46:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pascal, Blaise</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;132 (170) &lt;br class='autobr' /&gt;
Divertissement - Si l'homme &#233;tait heureux il le serait d'autant plus qu'il serait moins diverti, comme les saints et Dieu. Oui ; mais n'est-ce pas &#234;tre heureux que de pouvoir &#234;tre r&#233;joui par 1e divertissement ? &lt;br class='autobr' /&gt; - Non ; car il vient d'ailleurs et de dehors ; et ainsi il est d&#233;pendant, et partout, sujet &#224; &#234;tre troubl&#233; par mille accidents, qui font les afflictions in&#233;vitables. &lt;br class='autobr' /&gt;
133 (169) &lt;br class='autobr' /&gt;
Divertissement. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes n'ayant pu gu&#233;rir la mort, la mis&#232;re, l'ignorance, ils se (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Pascal-" rel="directory"&gt;Pascal&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;132&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Num&#233;rotation Lafuma des fragments.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (170&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entre parenth&#232;ses est donn&#233;e la num&#233;rotation Brunschvicg&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Divertissement - Si l'homme &#233;tait heureux il le serait d'autant plus qu'il serait moins diverti, comme les saints et Dieu. Oui ; mais n'est-ce pas &#234;tre heureux que de pouvoir &#234;tre r&#233;joui par 1e divertissement ?&lt;br /&gt; - Non ; car il vient d'ailleurs et de dehors ; et ainsi il est d&#233;pendant, et partout, sujet &#224; &#234;tre troubl&#233; par mille accidents, qui font les afflictions in&#233;vitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;133 (169)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Divertissement.&lt;br /&gt;
Les hommes n'ayant pu gu&#233;rir la mort, la mis&#232;re, l'ignorance, ils se sont avis&#233;s, pour se rendre heureux, de n'y point penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;134 (168)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Nonobstant ces mis&#232;res il veut &#234;tre heureux et ne veut &#234;tre qu'heureux, et ne peut ne vouloir pas l'&#234;tre. Mais comment s'y prendra(-t-)il. Il faudrait pour bien faire qu'il se rend&#238;t immortel, mais ne le pouvant il s'est avis&#233; de s'emp&#234;cher d'y penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;135 (469)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Je sens que je puis n'avoir point &#233;t&#233;, car le moi consiste dans ma pens&#233;e ; donc moi qui pense n'aurais point &#233;t&#233;, si ma m&#232;re e&#251;t &#233;t&#233; tu&#233;e avant que j'eusse &#233;t&#233; anim&#233;, donc je ne suis pas un &#234;tre n&#233;cessaire. Je ne suis pas aussi &#233;ternel ni infini, mais je vois bien qu'il y a dans la nature un &#234;tre n&#233;cessaire, &#233;ternel et infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;136 (139)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Divertissement.&lt;br /&gt;
Quand je m'y suis mis quelquefois &#224; consid&#233;rer les diverses agitations des hommes, et les p&#233;rils, et les peines o&#249; ils s'exposent dans la Cour, dans la guerre d'o&#249; naissent tant de querelles, de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j'ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au si&#232;ge d'une place ; on n'ach&#232;terait une charge &#224; l'arm&#233;e si cher que parce qu'on trouverait insupportable de ne bouger de ville et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne demeure chez soi avec plaisir. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand j'ai pens&#233; de plus pr&#232;s et qu'apr&#232;s avoir trouv&#233; la cause de tous nos malheurs l'ai voulu en d&#233;couvrir les raisons, j'ai trouv&#233; qu'il y en a une bien effective qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle et si mis&#233;rable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelque condition qu'on se figure, si l'on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royaut&#233; est le plus beau poste du monde et cependant, qu'on s'en imagine, accompagn&#233; de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s'il est sans divertissement et qu'on le laisse consid&#233;rer et faire r&#233;flexion sur ce qu'il est - cette f&#233;licit&#233; languissante ne le soutiendra point -il tombera par n&#233;cessit&#233; dans les vues qui le menacent, des r&#233;voltes qui peuvent arriver et enfin de la mort et des maladies qui sont in&#233;vitables, de sorte que s'il est, sans ce qu'on appelle divertissement le voil&#224; malheureux, et plus malheureux que le moindre de ses sujets qui joue et qui se divertit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(L'unique bien des hommes consiste donc &#224; &#234;tre divertis de penser &#224; leur condition ou par une occupation qui les en d&#233;tourne, ou par quelque passion agr&#233;able et nouvelle qui les occupe, ou par le jeu, la chasse, quelque spectacle attachant, et enfin par ce qu'on appelle divertissement.)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherch&#233;s. Ce n'est pas qu'il y ait en effet du bonheur, ni qu'on s'imagine que la vraie b&#233;atitude, soit d'avoir l'argent qu'on peut gagner au jeu, ou dans le li&#232;vre qu'on court ; on n'en voudrait pas s'il &#233;tait offert. Ce n'est pas cet usage mol et paisible et qui nous laisse penser &#224; notre malheureuse condition qu'on recherche ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c'est le tracas qui nous d&#233;tourne d'y penser et nous divertit. Raison pourquoi on aime mieux la chasse que la prise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement. De l&#224; vient que la prison est un supplice si horrible, de l&#224; vient que le plaisir de la solitude est une chose incompr&#233;hensible. Et c'est enfin le plus grand sujet d&#233;' f&#233;licit&#233; de la condition des rois, de ce qu'on essaie sans cesse &#224; les divertir et &#224; leur procurer toutes sortes de plaisirs. Le roi est environn&#233; de gens qui ne pensent qu'&#224; divertir le roi et &#224; l'emp&#234;cher de penser &#224; lui. Car il est malheureux tout roi qu'il est s'il y pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux et ceux qui font sur cela les philosophes et qui croient que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour &#224; courir apr&#232;s un li&#232;vre qu'ils ne voudraient pas avoir achet&#233;, ne connaissent gu&#232;re notre nature. Ce li&#232;vre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des mis&#232;res qui nous en d&#233;tournent, mais la chasse nous en garantit. Et ainsi le conseil qu'on donnait &#224; Pyrrhus de prendre le repos qu'il allait chercher par tant de fatigues, recevait bien des difficult&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Dire d'un homme qu'il soit en repos, c'est lui dire qu'il vive heureux. C'est lui conseiller d'avoir une condition toute heureuse et laquelle il puisse consid&#233;rer &#224; loisir, sans y trouver sujet d'affliction. ( Ce n'est donc pas entendre la nature.) Aussi les hommes qui sentent naturellement leur condition n'&#233;vitent rien tant que le repos ; il n'y a rien qu'ils ne fassent pour chercher le trouble.&lt;br /&gt;
Ainsi on se prend mal pour les bl&#226;mer ; leur faute n'est pas en ce qu'ils cherchent le tumulte. S'ils ne le cherchaient comme un divertissement, mais le mal est qu'ils le recherchent comme si la possession des choses qu'ils recherchent les devait rendre v&#233;ritablement heureux, et c est en quoi on a raison d'accuser leur recherche de vanit&#233; de sorte qu'en tout cela et ceux qui bl&#226;ment et ceux qui sont bl&#226;m&#233;s n'entendent la v&#233;ritable nature de l'homme.)&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Et ainsi quand on leur reproche que ce qu'ils recherchent avec tant d'ardeur ne saurait les satisfaire, s'ils r&#233;pondaient comme ils devraient le faire, s'ils y pensaient bien, qu'ils ne recherchent en cela qu'une occupation violente et imp&#233;tueuse qui les d&#233;tourne de penser &#224; soi et que c'est pour cela qu'ils se proposent un objet attirant qui les charme et les attire avec ardeur ils laisseraient leurs adversaires sans r&#233;partie... - La vanit&#233;, le plaisir de la montrer aux autres. - La danse, il faut bien penser o&#249; l'on mettra ses pieds - mais ils ne r&#233;pondent pas cela parce qu'ils ne se connaissent pas eux-m&#234;mes. Ils ne savent pas que ce n'est que la chasse et non la prise qu'ils recherchent. - Le gentilhomme croit sinc&#232;rement que la chasse est un plaisir grand et un plaisir royal, mais son piqueur n'est pas de ce sentiment-l&#224;. - Ils s'imaginent que s'ils avaient obtenu cette charge, ils se reposeraient ensuite avec plaisir et ne sentent pas la nature insatiable de la cupidit&#233;. Ils croient chercher sinc&#232;rement le repos et ne cherchent en effet que l'agitation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils ont un instinct secret qui les porte &#224; chercher le divertissement et l'occupation au-dehors, qui vient du ressentiment de leurs mis&#232;res continuelles. Et ils ont un autre instinct secret qui reste de la grandeur de notre premi&#232;re nature, qui leur fait conna&#238;tre que le bonheur n'est en effet que dans le repos et non pas dans le tumulte. Et de ces deux instincts contraires il se forme en eux un projet confus qui se cache &#224; leur vue dans le fond de leur &#226;me qui les porte &#224; tendre au repos par l'agitation et &#224; se figurer toujours que la satisfaction qu'ils n'ont point leur arrivera si en surmontant quelques difficult&#233;s qu'ils envisagent ils peuvent s'ouvrir par l&#224; la porte au repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'&#233;coule toute la vie ; on cherche le repos en combattant quelques obstacles et si on les a surmont&#233;s le repos devient insupportable par l'ennui qu'il engendre. Il en faut sortir et mendier le tumulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ou l'on pense aux mis&#232;res qu'on a ou &#224; celles qui nous menacent. Et quand on se verrait m&#234;me assez &#224; l'abri de toutes parts l'ennui de son autorit&#233; priv&#233;e ne laisserait pas de sortir du fond du c&#339;ur o&#249; il a des racines naturelles, et de remplir l'esprit de son venin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi l'homme est si malheureux qu'il s'ennuierait m&#234;me sans aucune cause d'ennui par l'&#233;tat propre de sa complexion. Et il est si vain qu'&#233;tant plein de mille causes essentielles d'ennui la moindre chose comme un billard et une balle qu'il pousse, suffisent pour le divertir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais direz-vous quel objet a-t-il en tout cela ? celui de se vanter demain entre ses amis de ce qu'il a mieux jou&#233; qu'un autre. Ainsi les autres suent dans leur cabinet pour montrer aux savants qu'ils ont r&#233;solu une question d'alg&#232;bre qu'on n'aurait pu trouver jusqu'ici, et tant d'autres s'exposent aux derniers p&#233;rils pour se vanter ensuite d'une place qu'ils auront prise aussi sottement &#224; mon gr&#233;. Et enfin les autres se tuent pour remarquer toutes ces choses, non pas pour en devenir plus sages, mais seulement pour montrer qu'ils les savent, et ceux-l&#224; sont les plus sots de la bande puisqu'ils le sont avec connaissance, au lieu qu'on peut penser des autres qu'ils ne le seraient plus s'ils avaient cette connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel homme passe sa vie sans ennui en jouant tous les jours peu de chose. Donnez-lui tous les matins l'argent qu'il peut gagner chaque jour, &#224; la charge qu'il ne joue point, vous le rendez malheureux. On dira peut-&#234;tre que c'est qu'il recherche l'amusement du jeu et non pas le gain. Faites-le donc jouer pour rien, il ne s'y &#233;chauffera pas et s'y ennuiera. Ce n'est donc pas l'amusement seul qu'il recherche. Un amusement languissant et sans passion l'ennuiera. Il faut qu'il s'y &#233;chauffe, et qu'il se pipe lui-m&#234;me en s'imaginant qu'il serait heureux de gagner ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui donn&#226;t &#224; condition de ne point jouer, afin qu'il se forme un sujet de passion et qu'il excite sur cela son d&#233;sir, sa col&#232;re, sa crainte pour cet objet qu'il s'est comme les enfants qui s'effraient d&#251; visage qu'ils ont barbouill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; vient que cet homme qui a perdu depuis peu de mois son fils unique et qui accabl&#233; de proc&#232;s et de querelles &#233;tait ce matin si troubl&#233;, n'y pense plus maintenant. Ne vous en &#233;tonnez pas, il est tout occup&#233; &#224; voir par o&#249; passera ce sanglier que ses chiens pour'' suivent avec tant d'ardeur depuis six heures. Il n'en faut pas davantage. L'homme, quelque plein de tristesse qu'il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer en quelque divertissement le voil&#224; heureux pendant ce temps-l&#224;, et l'homme quelqu'heureux qu'il soit s'il n'est diverti et occup&#233; par quelque passion ou quelque amusement, qui emp&#234;che l'ennui de se r&#233;pandre, sera bient&#244;t chagrin et malheureux. Sans divertissement il n'y a point de joie ; avec le divertissement il n'y a point de tristesse. Et c'est aussi ce qui forme le bonheur des personnes de grande condition qu'ils ont un nombre de personnes qui les divertissent et qu'ils ont le pouvoir de se maintenir en cet &#233;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenez-y garde, qu'est-ce autre chose d'&#234;tre surintendant, chancelier, premier pr&#233;sident sinon d'&#234;tre en une condition o&#249; l'on a le matin un grand nombre de gens qui viennent de tous c&#244;t&#233;s pour ne leur laisser pas une heure en la journ&#233;e o&#249; ils puissent penser &#224; eux-m&#234;mes, et quand ils sont dans la disgr&#226;ce, et qu'on les renvoie &#224; leurs maisons des champs o&#249; ils ne manquent ni de biens ni de domestiques pour les assister dans leur besoin ils ne laissent pas d'&#234;tre mis&#233;rables et abandonn&#233;s parce que personne ne les emp&#234;che de songer &#224; eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;137 (142)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Divertissement.&lt;br /&gt;
La dignit&#233; royale n'est-elle pas assez grande d'elle-m&#234;me pour celui qui la poss&#232;de pour le rendre heureux par la seule vue de ce qu'il est ; faudra-t-il le divertir de cette pens&#233;e comme les gens du commun ? Je vois bien que c'est rendre un homme heureux de le divertir de la vue de ses mis&#232;res domestiques pour remplir toute sa pens&#233;e du soin de bien danser, mais en sera-t-il de m&#234;me d'un roi et sera-t-il plus heureux en s'attachant &#224; ces vains amusements qu'&#224; la vue de sa grandeur. Et quel objet plus satisfaisant pourrait-on donner &#224; son esprit ? ne serait-ce donc pas faire tort &#224; sa joie d'occuper son &#226;me &#224; penser &#224; ajuster ses pas &#224; la cadence d'un air ou &#224; placer adroitement une barre, au lieu de le laisser jouir en repos, de la contemplation de la gloire majestueuse qui l'environne. Qu'on en fasse les preuves, qu'on laisse un roi tout seul sans aucune satisfaction des sens, sans aucun soin dans l'esprit, sans compagnies et sans divertissements, penser &#224; lui tout &#224; loisir, et l'on verra qu'un roi sans divertissement est un homme plein de mis&#232;res. Aussi on &#233;vite cela soigneusement et il ne manque jamais d'y avoir aupr&#232;s des personnes des rois un grand nombre de gens qui veillent &#224; faire succ&#233;der le divertissement &#224; leurs affaires et qui observent tout le temps de leur loisir pour leur fournir des plaisirs et des jeux en sorte qu'il n'y ait point de vide. C'est-&#224;-dire qu'ils sont environn&#233;s de personnes qui ont un soin merveilleux de prendre garde que le roi ne soit seul et en &#233;tat de penser &#224; soi, sachant bien qu'il sera mis&#233;rable, tout roi qu'il est, s'il y pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne parle point en tout cela des rois chr&#233;tiens comme chr&#233;tiens, mais seulement comme rois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;138 (166)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Divertissement.&lt;br /&gt;
La mort est plus ais&#233;e &#224; supporter sans y penser que la pens&#233;e de mort sans p&#233;ril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;139 (143)&lt;br /&gt;
&lt;/strong&gt;Divertissement.&lt;br /&gt;
On charge les hommes d&#232;s l'enfance du soin de leur honneur, de leur bien, de leurs amis, et encore du bien et de l'honneur de leurs amis, on les accable d'affaires, de l'apprentissage des langues et d'exercices, et on leur fait entendre qu'ils ne sauraient &#234;tre heureux, sans que leur sant&#233;, leur honneur, leur fortune, et celles de leurs amis soient en bon &#233;tat, et qu'une seule chose qui manque les rendra malheureux. Ainsi i' on leur donne des charges et des affaires qui les font tracasser d&#232;s la pointe du jour. Voil&#224; direz-vous une &#233;trange mani&#232;re de les rendre heureux ; que pourrait-on faire de mieux pour les rendre malheureux ? Comment, ce qu'on pourrait faire : il ne faudrait que leur &#244;ter tous ces soucis, car alors ils se verraient, ils penseraient &#224; ce qu'ils sont, d'o&#249; ils viennent, o&#249; ils vont, et ainsi on ne peut trop les occuper et les d&#233;tourner. Et c'est pourquoi, apr&#232;s leur avoir tant pr&#233;par&#233; d'affaires, s'ils ont quelque temps de rel&#226;che, on leur conseille de l'employer &#224; se divertir, et jouer, et s'occuper toujours tout entiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que le c&#339;ur de l'homme est creux et plein d'ordure.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Num&#233;rotation Lafuma des fragments.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Entre parenth&#232;ses est donn&#233;e la num&#233;rotation Brunschvicg&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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