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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Il y a un monde d'&#226;mes dans la moindre portion de la mati&#232;re</title>
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		<dc:creator>Leibniz, Gottfried Wilhelm</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; 64. Ainsi chaque corps organique d'un vivant est une esp&#232;ce de machine divine, ou d'un automate naturel, qui surpasse infiniment tous les automates artificiels. Parce qu'une machine faite par l'art de l'homme n'est pas une machine dans chacune de ses parties. Par exemple, la dent d'une roue de laiton a des parties ou fragments qui ne nous sont plus quelque chose d'artificiel et n'ont plus rien qui marque de la machine par rapport &#224; l'usage o&#249; la roue &#233;tait destin&#233;e. Mais les machines de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Leibniz-" rel="directory"&gt;Leibniz&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt; &#171; 64. Ainsi chaque corps organique d'un vivant est une esp&#232;ce de machine divine, ou d'un automate naturel, qui surpasse infiniment tous les automates artificiels. Parce qu'une machine faite par l'art de l'homme n'est pas une machine dans chacune de ses parties. Par exemple, la dent d'une roue de laiton a des parties ou fragments qui ne nous sont plus quelque chose d'artificiel et n'ont plus rien qui marque de la machine par rapport &#224; l'usage o&#249; la roue &#233;tait destin&#233;e. Mais les machines de la nature, c'est-&#224;- dire les corps vivants, sont encore machines dans leurs moindres parties, jusqu'&#224; l'infini. C'est ce qui fait la diff&#233;rence entre la nature et l'art, c'est-&#224;-dire entre l'art divin et le n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;65. Et l'auteur de la nature a pu pratiquer cet artifice divin et infiniment merveilleux, parce que chaque portion de la mati&#232;re n'est pas seulement divisible &#224; l'infini, comme les anciens ont reconnu, mais encore sous-divis&#233;e actuellement sans fin, chaque partie en parties dont chacune a quelque mouvement propre, autrement il serait impossible que chaque portion de la mati&#232;re p&#251;t exprimer tout l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;66. Par o&#249; l'on voit qu'il y a un monde de cr&#233;atures, de vivants, d'animaux, d'ent&#233;l&#233;chies, d'&#226;mes dans la moindre portion de la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;67. Chaque portion de la mati&#232;re peut &#234;tre con&#231;ue comme un jardin plein de plantes et comme un &#233;tang plein de poissons. Mais chaque rameau de la plante, chaque membre de l'animal, chaque goutte de ses humeurs est encore un tel jardin ou un tel &#233;tang.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Leibniz, &lt;i&gt;Monadologie&lt;/i&gt;, 1714, Delagrave, 1975, p. 178-180.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Y a-t-il dans les animaux une &#226;me sensitive ?</title>
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		<dc:creator>Leibniz, Gottfried Wilhelm</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Y a-t-il dans les animaux quelque substance incorporelle qu'on puisse appeler &#226;me sensitive ? On doit le rechercher exp&#233;rimentalement, car c'est une question de fait. Il est certain cependant, si je ne me trompe, que Dieu aurait pu cr&#233;er quelque machine semblable &#224; un animal, faisant agir sans conscience toutes les fonctions, ou certainement, plusieurs de celles que nous voyons chez les animaux. Ce qu'il aura fait, nul ne peut l'affirmer avec certitude sans r&#233;v&#233;lation. Mais qu'au contraire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Leibniz-" rel="directory"&gt;Leibniz&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Y a-t-il dans les animaux quelque substance incorporelle qu'on puisse appeler &#226;me sensitive ? On doit le rechercher exp&#233;rimentalement, car c'est une question de fait. Il est certain cependant, si je ne me trompe, que Dieu aurait pu cr&#233;er quelque machine semblable &#224; un animal, faisant agir sans conscience toutes les fonctions, ou certainement, plusieurs de celles que nous voyons chez les animaux. Ce qu'il aura fait, nul ne peut l'affirmer avec certitude sans r&#233;v&#233;lation. Mais qu'au contraire il y ait une &#226;me sensitive chez les animaux, on ne peut l'assurer non plus que si l'on cite des ph&#233;nom&#232;nes inexplicables m&#233;caniquement. Sans aucun doute, si l'on me pr&#233;sente un singe qui joue de ruses et fait une guerre de voleur ou le jeu des sacs, et m&#234;me contre un homme et avec succ&#232;s, je suis forc&#233; d'avouer qu'il y a en lui quelque chose de plus qu'une machine. Mais &#224; partir de ce moment aussi, je commencerai &#224; devenir pythagoricien et je condamnerai avec Porphyre la nourriture carnivore et la tyrannie exerc&#233;e par les hommes sur les animaux. Mais je ferai aussi des pr&#233;visions &#224; l'&#233;gard des animaux sur l'endroit o&#249; ils seront apr&#232;s la mort, car aucune substance incorporelle ne peut &#234;tre d&#233;truite (...). Il m'arrive ce qui arrive &#224; tous les mod&#233;r&#233;s : de para&#238;tre aux deux partis extr&#234;mes trop pencher vers leurs adversaires &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; &lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Leibniz, &lt;i&gt;Lettre &#224; Conring&lt;/i&gt;, mars 1678, &lt;i&gt;Oeuvres choisies&lt;/i&gt; &#233;dit&#233;es par Lucy Prenant, Aubier-Montaigne, 1972, p. 126.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Je ne sais pas si le plus grand plaisir est possible</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Je-ne-sais-pas-si-le-plus-grand-plaisir-est-possible</link>
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		<dc:date>2009-03-15T17:37:16Z</dc:date>
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		<dc:creator>Leibniz, Gottfried Wilhelm</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;PHILAL&#200;THE. Si on demande outre cela ce que c'est qui excite le d&#233;sir, nous r&#233;pondons que c'est le bonheur et rien autre chose. Le bonheur et la mis&#232;re sont des noms de deux extr&#233;mit&#233;s dont les derni&#232;res bornes nous sont inconnues. C'est ce que l'oeil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu et que le coeur de l'homme n'a jamais compris. Mais il se fait en nous de vives impressions de l'un et de l'autre par diff&#233;rentes esp&#232;ces de satisfaction et de joie, de tourments et de chagrin, que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Leibniz-" rel="directory"&gt;Leibniz&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;PHILAL&#200;THE. &lt;i&gt;Si on demande outre cela ce que c'est qui excite le d&#233;sir, nous r&#233;pondons que c'est le bonheur et rien autre chose. Le bonheur et la mis&#232;re sont des noms de deux extr&#233;mit&#233;s dont les derni&#232;res bornes nous sont inconnues. C'est ce que l'oeil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu et que le coeur de l'homme n'a jamais compris. Mais il se fait en nous de vives impressions de l'un et de l'autre par diff&#233;rentes esp&#232;ces de satisfaction et de joie, de tourments et de chagrin, que je comprends, pour abr&#233;ger, sous les noms de plaisir et de douleur, qui conviennent l'un et l'autre &#224; l'esprit aussi bien qu'au corps, ou qui, pour parler plus exactement, n'appartiennent qu'&#224; l'esprit, quoique tant&#244;t ils prennent leur origine dans l'esprit &#224; l'occasion de certaines pens&#233;es et tant&#244;t dans le corps &#224; l'occasion de certaines modifications du mouvement. Ainsi le bonheur pris dans toute son &#233;tendue est le plus grand plaisir dont nous soyons capables, comme la mis&#232;re, prise de m&#234;me, est la plus grande douleur que nous puissions ressentir. Et le plus bas degr&#233; de ce qu'on peut appeler bonheur, c'est cet &#233;tat o&#249;, d&#233;livr&#233; de toute douleur, on jouit d'une telle mesure de plaisir pr&#233;sent qu'on ne saurait &#234;tre content avec moins. Nous appelons bien ce qui est propre &#224; produire en nous du plaisir, et nous appelons mal ce qui est propre &#224; produire en nous de la douleur. Cependant il arrive souvent que nous ne le nommons pas ainsi, lorsque l'un ou l'autre de ces biens ou de ces maux se trouvent en concurrence avec un plus grand bien ou un plus grand mal.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;TH&#201;OPHILE. Je ne sais si le plus grand plaisir est possible ; je croirais plut&#244;t qu'il peut cro&#238;tre &#224; l'infini, car nous ne savons pas jusqu'o&#249; nos connaissances et nos organes peuvent &#234;tre port&#233;s dans toute cette &#233;ternit&#233; qui nous attend. Je croirais donc que le bonheur est un plaisir durable, ce qui ne saurait avoir lieu sans une progression continuelle &#224; de nouveaux plaisirs. Ainsi de deux dont l'un ira incomparablement plus vite et par de plus grands plaisirs que l'autre, chacun sera heureux en soi m&#234;me et &#224; part soi, quoique leur bonheur soit fort in&#233;gal. Le bonheur est donc pour ainsi dire un chemin par des plaisirs ; et le plaisir n'est qu'un pas et un avancement vers le bonheur, le plus court qui se peut faire suivant les pr&#233;sentes impressions, mais non pas toujours le meilleur (...). On peut manquer le vrai chemin, en voulant suivre le plus court, comme la pierre allant droit peut rencontrer trop t&#244;t des obstacles, qui l'emp&#234;chent d'avancer assez vers le centre de la terre. Ce qui fait conna&#238;tre que c'est la raison et la volont&#233; qui nous m&#232;nent vers le bonheur, mais que le sentiment et l'app&#233;tit ne nous portent que vers le plaisir. Or quoique le plaisir ne puisse point recevoir une d&#233;finition nominale, non plus que la lumi&#232;re ou la chaleur, il en peut pourtant recevoir une causale comme elles, et je crois que dans le fond le plaisir est un sentiment de perfection et la douleur un sentiment d'imperfection, pourvu qu'il soit assez notable pour faire qu'on s'en puisse apercevoir ; car les petites perceptions insensibles de quelque perfection ou imperfection, qui sont comme les &#233;l&#233;ments du plaisir et de la douleur, et dont j'ai parl&#233; tant de fois, forment des inclinations et des penchants, mais pas encore les passions m&#234;mes. Ainsi il y a des inclinations insensibles et dont on ne s'aper&#231;oit pas ; il y en a de sensibles, dont on conna&#238;t l'existence et l'objet, mais dont on ne sent pas la formation, et ce sont des inclinations confuses, que nous attribuons au corps quoiqu'il y ait toujours quelque chose qui y r&#233;ponde dans l'esprit ; enfin il y a des inclinations distinctes, que la raison nous donne, dont nous sentons et la force et la formation ; et les plaisirs de cette nature qui se trouvent dans la connaissance et la production de l'ordre et l'harmonie sont les plus estimables. L'auteur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit de John Locke.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a raison de dire que g&#233;n&#233;ralement toutes ces inclinations, passions, plaisirs et douleurs n'appartiennent qu'&#224; l'esprit, ou &#224; l'&#226;me. J'ajouterai m&#234;me que l'origine de chacune est dans l'&#226;me m&#234;me, en prenant les choLeibniz, &lt;i&gt;Nouveaux essais sur l'entendement humain&lt;/i&gt;, livre II, Chapitre XXI, &#167;41-46&lt;br class='autobr' /&gt;
ses dans une certaine rigueur m&#233;taphysique, mais que n&#233;anmoins on a raison de dire que les pens&#233;es confuses viennent du corps, parce que l&#224;-dessus la consid&#233;ration du corps et non pas celle de l'&#226;me fournit quelque chose de distinct et d'explicable. Le bien est ce qui sert ou conf&#232;re au plaisir, comme le mal ce qui conf&#232;re &#224; la douleur. Mais dans le conflit avec un plus grand bien, le bien qui nous en priverait pourrait devenir v&#233;ritablement un mal, en tant qu'il conf&#233;rerait &#224; la douleur qui en devrait na&#238;tre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il s'agit de John Locke.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Leibniz, &lt;i&gt;Nouveaux essais sur l'entendement humain&lt;/i&gt;, livre II, Chapitre XXI, &#167;41-46&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je suis ce moi qui a &#233;t&#233; dans le berceau, m&#234;me si je ne m'en souviens pas.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Je-suis-ce-moi-qui-a-ete-dans-le-berceau-meme-si-je-ne-m-en-souviens-pas</link>
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		<dc:creator>Leibniz, Gottfried Wilhelm</dc:creator>



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&lt;p&gt;Leibniz r&#233;pond ici au texte suivant de Locke : La conscience seule constitue le soi. &lt;br class='autobr' /&gt; Je ne voudrais point dire non plus que l'identit&#233; personnelle et m&#234;me le soi ne demeurent point en nous et que je ne suis point ce moi qui ai &#233;t&#233; dans le berceau, sous pr&#233;texte que je ne me souviens plus de rien de tout ce que j'ai fait alors. Il suffit pour trouver l'identit&#233; morale par soi-m&#234;me qu'il y ait une moyenne liaison de consciosit&#233; d'un &#233;tat voisin ou m&#234;me un peu &#233;loign&#233; &#224; l'autre, quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Leibniz-" rel="directory"&gt;Leibniz&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Leibniz r&#233;pond ici au texte suivant de Locke : &lt;a href='https://caute.lautre.net/La-conscience-seule-constitue-le-soi' class=&#034;spip_in&#034;&gt;La conscience seule constitue le soi&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je ne voudrais point dire non plus que l'&lt;i&gt;identit&#233; personnelle &lt;/i&gt;et m&#234;me le &lt;i&gt;soi&lt;/i&gt; ne demeurent point en nous et que je ne suis point ce &lt;i&gt;moi&lt;/i&gt; qui ai &#233;t&#233; dans le berceau, sous pr&#233;texte que je ne me souviens plus de rien de tout ce que j'ai fait alors. Il suffit pour trouver l'identit&#233; morale par soi-m&#234;me qu'il y ait une &lt;i&gt;moyenne liaison de consciosit&#233;&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;d'&#233;tat conscient.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; d'un &#233;tat voisin ou m&#234;me un peu &#233;loign&#233; &#224; l'autre, quand quelque saut ou intervalle oubli&#233; y serait m&#234;l&#233;. Ainsi, si une maladie avait fait une interruption de la continuit&#233; de la liaison de consciosit&#233;, en sorte que je ne susse point comment je serais devenu dans l'&#233;tat pr&#233;sent, quoique je me souviendrais des choses plus &#233;loign&#233;es, le t&#233;moignage des autres pourrait remplir le vide de ma r&#233;miniscence. On me pourrait m&#234;me punir sur ce t&#233;moignage, si je venais de faire quelque mal de propos d&#233;lib&#233;r&#233; dans un intervalle, que j'eusse oubli&#233; un peu apr&#232;s par cette maladie. Et si je venais &#224; oublier toutes les choses pass&#233;es, et serais oblig&#233; de me laisser enseigner de nouveau jusqu'&#224; mon nom et jusqu'&#224; lire et &#233;crire, je pourrais toujours apprendre des autres ma vie pass&#233;e dans mon pr&#233;c&#233;dent &#233;tat, comme j'ai gard&#233; mes droits, sans qu'il soit n&#233;cessaire de me partager en deux personnes, et de me faire h&#233;ritier de moi-m&#234;me. Et tout cela suffit pour maintenir l'identit&#233; morale qui fait la m&#234;me personne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;d'&#233;tat conscient.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Gottfried Wilhelm Leibniz, &lt;strong&gt;Nouveaux Essais sur l'entendement humain&lt;/strong&gt; (1703), Livre II, chap. 27, GF, pp. 201-202.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Des modes du plaisir et de la douleur</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Des-modes-du-plaisir-et-de-la</link>
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		<dc:date>2003-09-18T12:07:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Leibniz, Gottfried Wilhelm</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans les Nouveaux essais sur l'entendement humain, Leibniz propose un dialogue fictif entre Philal&#232;the (qui pr&#233;sente les th&#232;ses du philosophe anglais John Locke dans son Essai concernant l'entendement humain) et Th&#233;ophile par lequel Leibniz expose ses propres th&#232;ses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comparez ce chapitre &#224; celui de l'Essai de Locke : Le d&#233;sir est inqui&#233;tude &lt;br class='autobr' /&gt; &#167; 1. PHILAL&#200;THE Comme les sensations du corps de m&#234;me que les pens&#233;es de (esprit sont ou indiff&#233;rentes ou suivies de plaisir ou de douleur, on ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Leibniz-" rel="directory"&gt;Leibniz&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les &lt;i&gt;Nouveaux essais sur l'entendement humain&lt;/i&gt;, Leibniz propose un dialogue fictif entre Philal&#232;the (qui pr&#233;sente les th&#232;ses du philosophe anglais John Locke dans son &lt;i&gt;Essai concernant l'entendement humain&lt;/i&gt;) et Th&#233;ophile par lequel Leibniz expose ses propres th&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparez ce chapitre &#224; celui de l'&lt;i&gt;Essai&lt;/i&gt; de Locke : &lt;a href='https://caute.lautre.net/Le-desir-est-inquietude' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le d&#233;sir est inqui&#233;tude&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 1. PHILAL&#200;THE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comme les sensations du corps de m&#234;me que les pens&#233;es de (esprit sont ou indiff&#233;rentes ou suivies de plaisir ou de douleur, on ne peut d&#233;crire ces id&#233;es non plus que toutes les autres id&#233;es simples ni donner aucune d&#233;finition des mots dont on se sert pour les d&#233;signer.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il n'y a point de perceptions qui nous soient tout &#224; fait indiff&#233;rentes, mais c'est assez que leur effet ne soit point notable pour qu'on les puisse appeler ainsi, car le plaisir ou la douleur para&#238;t consister dans une aide ou dans un emp&#234;chement notable. J'avoue que cette d&#233;finition n'est point nominale, et qu'on n'en peut point donner.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 2. PHILAL&#200;THE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le bien est ce qui est propre &#224; produire et &#224; augmenter le plaisir en nous, ou &#224; diminuer et abr&#233;ger quelque douleur. Le mal est propre &#224; produire ou augmenter la douleur en nous ou &#224; diminuer quelque plaisir.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je suis aussi de cette opinion. On divise le bien en honn&#234;te, agr&#233;able et utile, mais dans le fond je crois qu'il faut qu'il soit ou agr&#233;able lui-m&#234;me, ou servant &#224; quelque autre, qui nous puisse donner un sentiment agr&#233;able, c'est-&#224;-dire le bien est agr&#233;able ou utile, et l'honn&#234;te lui-m&#234;me consiste dans un plaisir d'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 4, 5. PHILAL&#200;THE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Du plaisir et de la douleur viennent les passions : on a de l'amour pour ce qui peut produire du plaisir, et la pens&#233;e de la tristesse ou de la douleur, qu'une cause pr&#233;sente ou absente peut produire, est la haine. Mais la haine ou l'amour qui se rapportent &#224; des &#234;tres capables de bonheur ou de malheur, est souvent un d&#233;plaisir ou un contentement que nous sentons &#234;tre produit en nous par la consid&#233;ration de leur existence ou du bonheur dont ils jouissent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;J'ai donn&#233; aussi &#224; peu pr&#232;s cette d&#233;finition de l'amour lorsque j'ai expliqu&#233; les principes de la justice, dans la pr&#233;face de mon &lt;i&gt;Codex juris gentium diplomaticus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#338;uvre de Leiniz (1693) : Code diplomatique du droit des gens.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;, savoir qu'aimer est &#234;tre port&#233; &#224; prendre du plaisir dans la perfection, bien ou bonheur de l'objet aim&#233;. Et pour cela on ne consid&#232;re et ne demande point d'autre plaisir propre que celui-l&#224; m&#234;me qu'on trouve dans le bien ou plaisir de celui qu'on aime ; mais dans ce sens nous n'aimons point proprement ce qui est incapable de plaisir ou de bonheur, et nous jouissons des choses de cette nature sans les aimer pour cela, si ce n'est par une prosopop&#233;e, et comme si nous imaginions qu'elles jouissent elles-m&#234;mes de leur perfection. Ce n'est donc pas proprement de l'amour, lorsqu'on dit qu'on aime un beau tableau par le plaisir qu'on prend &#224; en sentir les perfections. Mais il est permis d'&#233;tendre le sens des termes, et l'usage y varie. Les philosophes et th&#233;ologiens m&#234;me distinguent deux esp&#232;ces d'amour, savoir l'amour qu'ils appellent de concupiscence, qui n'est autre chose que le d&#233;sir ou le sentiment qu'on a pour ce qui nous donne du plaisir, sans que nous nous int&#233;ressions s'il en re&#231;oit, et l'amour de bienveillance, qui est le sentiment qu'on a pour celui qui par son plaisir ou bonheur nous en donne. Le premier nous fait avoir en vue notre plaisir et le second celui d'autrui, mais comme faisant ou plut&#244;t constituant le n&#244;tre, car s'il ne rejaillissait pas sur nous en quelque fa&#231;on, nous ne pourrions pas nous y int&#233;resser, puisqu'il est impossible, quoi qu'on dise, d'&#234;tre d&#233;tach&#233; du bien propre. Et voil&#224; comment il faut entendre l'amour d&#233;sint&#233;ress&#233; ou non mercenaire, pour en bien concevoir la noblesse, et pour ne point tomber cependant dans le chim&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 6. PHILAL&#200;THE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'inqui&#233;tude (&lt;/i&gt;uneasiness&lt;i&gt; en anglais) qu'un homme ressent en lui-m&#234;me par l'absence d'une chose qui lui donnerait du plaisir si elle &#233;tait pr&#233;sente, c'est ce qu'on nomme d&#233;sir. L'inqui&#233;tude est le principal, pour ne pas dire le seul aiguillon qui excite l'industrie et (activit&#233; des hommes ; car quelque bien qu'on propose &#224; l'homme, si l'absence de ce bien n'est suivie d'aucun d&#233;plaisir ni d'aucune douleur et que celui qui en est priv&#233; puisse &#234;tre content et &#224; son aise sans le poss&#233;der, il ne s'avise pas de le d&#233;sirer et mains encore de faire des efforts pour en jouir. Il ne sent pour cette esp&#232;ce de bien qu'une pure vell&#233;it&#233;, terme qu'on a employ&#233; pour signifier le plus bas degr&#233; du d&#233;sir, qui approche le plus de cet &#233;tat o&#249; se trouve l'&#226;me &#224; l'&#233;gard d'une chose qui lui est tout &#224; fait indiff&#233;rente, lorsque le d&#233;plaisir que cause l'absence d'une chose est si peu consid&#233;rable qu'il ne porte qu'&#224; de faibles souhaits sans engager de se servir des moyens de l'obtenir. Le d&#233;sir est encore &#233;teint ou ralenti par (opinion o&#249; l'on est que le bien souhait&#233; ne peut &#234;tre obtenu &#224; proportion que l'inqui&#233;tude de l'&#226;me est gu&#233;rie ou diminu&#233;e par cette consid&#233;ration. &lt;/i&gt;Au reste j'ai trouv&#233; ce que je vous dis de l'inqui&#233;tude dans ce c&#233;l&#232;bre auteur anglais dont je vous rapporte souvent les sentiments. J'ai &#233;t&#233; un peu en peine de la signification du mot anglais &lt;i&gt;uneasiness&lt;/i&gt;. Mais l'interpr&#232;te fran&#231;ais, dont l'habilit&#233; &#224; s'acquitter de cet emploi ne saurait &#234;tre r&#233;voqu&#233;e en doute, remarque au bas de la page (chap. 20, &#167; 6)&lt;i&gt; que par ce mot anglais l'auteur entend l'&#233;tat d'un homme qui n'est pas &#224; son aise, le manque d'aise et de tranquillit&#233; dans l'&#226;me, qui &#224; cet &#233;gard est purement passive, et qu'il a fallu rendre ce mot par celui d'inqui&#233;tude, qui n'exprime pas pr&#233;cis&#233;ment la m&#234;me id&#233;e, mais qui en approche le plus pr&#232;s. Cet avis (ajoute-t-il) est surtout n&#233;cessaire par rapport au chapitre suivant, &lt;/i&gt;De la puissance&lt;i&gt;, o&#249; l'auteur raisonne beaucoup sur cette esp&#232;ce d'inqui&#233;tude, car si l'on n'attachait pas &#224; ce mot l'id&#233;e qui vient d'&#234;tre marqu&#233;e, il ne serait pas possible de comprendre exactement les mati&#232;res qu'on traite dans ce chapitre et qui sont des plus importantes, et des plus d&#233;licates de tout l'ouvrage.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#232;te a raison, et la lecture de son excellent auteur m'a fait voir que cette consid&#233;ration de l'inqui&#233;tude est un point capital, o&#249; cet auteur a montr&#233; particuli&#232;rement son esprit p&#233;n&#233;trant et profond. C'est pourquoi je me suis donn&#233; quelque attention, et apr&#232;s avoir bien consid&#233;r&#233; la chose, il me para&#238;t quasi que le mot d'inqui&#233;tude, s'il n'exprime pas assez le sens de l'auteur, convient pourtant assez &#224; mon avis &#224; la nature de la chose et celui d'&lt;i&gt;uneasiness&lt;/i&gt;, s'il marquait un d&#233;plaisir, un chagrin, une incommodit&#233;, et en un mot quelque douleur effective, n'y conviendrait pas. Car j'aimerais mieux dire que dans le d&#233;sir en lui-m&#234;me il y a plut&#244;t une disposition et pr&#233;paration &#224; la douleur que de la douleur m&#234;me. Il est vrai que cette perception quelquefois ne diff&#232;re de celle qu'il y a dans la douleur que du moins au plus, mais c'est que le degr&#233; est de l'essence de la douleur, car c'est une perception notable. On voit aussi cela par la diff&#233;rence qu'il y a entre l'app&#233;tit et la faim, car quand l'irritation de l'estomac devient trop forte, elle incommode, de sorte qu'il faut encore appliquer ici notre doctrine des perceptions trop petites pour &#234;tre aper&#231;ues, car si ce qui se passe en nous lorsque nous avons de l'app&#233;tit et du d&#233;sir &#233;tait assez grossi, il nous causerait de la douleur. C'est pourquoi l'auteur infiniment sage de notre &#234;tre l'a fait pour notre bien, quand il a fait en sorte que nous soyons souvent dans l'ignorance et dans des perceptions confuses, c'est afin que nous agissions plus promptement par instinct, et nous ne soyons pas incommod&#233;s par des sensations trop distinctes de quantit&#233; d'objets, qui ne nous reviennent pas tout &#224; fait, et dont la nature n'a pu se passer pour obtenir ses fins. Combien d'insectes n'avalons-nous pas sans nous en apercevoir, combien voyons-nous de personnes qui, ayant l'odorat trop subtil, en sont incommod&#233;es et combien verrions-nous d'objets d&#233;go&#251;tants, si notre vue &#233;tait assez per&#231;ante ? C'est aussi par cette adresse que la nature nous a donn&#233; des aiguillons du d&#233;sir, comme des rudiments ou &#233;l&#233;ments de la douleur ou pour ainsi dire des demi-douleurs, ou (si vous voulez parler abusivement pour vous exprimer plus fortement) des petites douleurs imperceptibles, afin que nous jouissions de l'avantage du mal sans en recevoir l'incommodit&#233; : car autrement, si cette perception &#233;tait trop distincte, on serait toujours mis&#233;rable en attendant le bien, au lieu que cette continuelle victoire sur ces demi-douleurs, qu'on sent en suivant son d&#233;sir et satisfaisant en quelque fa&#231;on &#224; cet app&#233;tit ou &#224; cette d&#233;mangeaison, nous donne quantit&#233; de demi-plaisirs, dont la continuation et l'amas (comme dans la continuation de l'impulsion d'un corps pesant qui descend et qui acquiert de l'imp&#233;tuosit&#233;) devient enfin un plaisir entier et v&#233;ritable. Et dans le fond, sans ces demi-douleurs il n'y aurait point de plaisir, et il n'y aurait pas moyen de s'apercevoir que quelque chose nous aide et nous soulage, en &#244;tant quelques obstacles qui nous emp&#234;chent de nous mettre &#224; notre aise. C'est encore en cela qu'on reconna&#238;t l'affinit&#233; du plaisir et de la douleur, que Socrate remarque dans le &lt;i&gt;Ph&#233;don&lt;/i&gt; de Platon&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon, Ph&#233;don, 60 b-c : cet &#233;pisode vient apr&#232;s qu'on ait enlev&#233; &#224; Socrate (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; lorsque les pieds lui d&#233;mangent. Cette consid&#233;ration de petites aides ou petites d&#233;livrances et d&#233;gagements imperceptibles de la tendance arr&#234;t&#233;e, dont r&#233;sulte enfin un plaisir notable, sert aussi &#224; donner quelque connaissance plus distincte de l'id&#233;e confuse que nous avons et devons avoir du plaisir et de la douleur ; tout comme le sentiment de la chaleur ou de la lumi&#232;re r&#233;sulte de quantit&#233; de petits mouvements, qui expriment ceux des objets, suivant ce que j'ai dit ci-dessus (chap. 9, $ 13) et n'en diff&#232;rent qu'en apparence et parce que nous ne nous apercevons pas de cette analyse : au lieu que plusieurs croient aujourd'hui que nos id&#233;es des qualit&#233;s sensibles diff&#232;rent &lt;i&gt;toto genere&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est-&#224;-dire compl&#232;tement, ou de tout au tout.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; des mouvements et de ce qui se passe dans les objets, et sont quelque chose de primitif et d'inexplicable, et m&#234;me d'arbitraire, comme si Dieu faisait sentir &#224; l'&#226;me ce que bon lui semble, au lieu de ce qui se passe dans le corps, ce qui est bien &#233;loign&#233; de l'analyse v&#233;ritable de nos id&#233;es. Mais pour revenir &#224; l'inqui&#233;tude, c'est-&#224;-dire aux petites sollicitations imperceptibles qui nous tiennent toujours en haleine, ce sont des d&#233;terminations confuses, en sorte que souvent nous ne savons pas ce qui nous manque, au lieu que dans les inclinations et passions nous savons au moins ce que nous demandons, quoique les perceptions confuses entrent aussi dans leur mani&#232;re d'agir, et que les m&#234;mes passions causent aussi cette inqui&#233;tude ou d&#233;mangeaison. Ces impulsions sont comme autant de petits ressorts qui t&#226;chent de se d&#233;bander et qui font agir notre machine. Et j'ai d&#233;j&#224; remarqu&#233; ci-dessus que c'est par l&#224; que nous ne sommes jamais indiff&#233;rents, lorsque nous paraissons l'&#234;tre le plus, par exemple de nous tourner &#224; droite plut&#244;t qu'&#224; gauche au bout d'une all&#233;e. Car le parti que nous prenons vient de ces d&#233;terminations insensibles, m&#234;l&#233;es des actions des objets et de l'int&#233;rieur du corps, qui nous fait trouver plus &#224; notre aise dans l'une que dans l'autre mani&#232;re de nous remuer. On appelle &lt;i&gt;Unruhe&lt;/i&gt; en allemand, c'est-&#224;-dire inqui&#233;tude, le balancier d'une horloge. On peut dire qu'il en est de m&#234;me de notre corps, qui ne saurait jamais &#234;tre parfaitement &#224; son aise : parce que quand il le serait, une nouvelle impression des objets, un petit changement dans les organes, dans les vases et dans les visc&#232;res changera d'abord la balance et les fera faire quelque petit effort pour se remettre dans le meilleur &#233;tat qu'il se peut ; ce qui produit un combat perp&#233;tuel qui fait pour ainsi dire l'inqui&#233;tude de notre horloge, de sorte que cette appellation est assez &#224; mon gr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 7. PHILALETHE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La joie est un plaisir que l'&#226;me ressent lorsqu'elle consid&#232;re la possession d'un bien pr&#233;sent ou futur comme assur&#233;e, et nous sommes en possession d'un bien lorsqu'il est de telle sorte en notre pouvoir que nous en pouvons jouir quand nous voulons.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On manque dans les langues de termes assez propres pour distinguer des notions voisines. Peut-&#234;tre que le latin &lt;i&gt;gaudium&lt;/i&gt; approche davantage de cette d&#233;finition de la joie que &lt;i&gt;laetitia&lt;/i&gt;, qu'on traduit aussi par le mot de joie ; mais alors elle me para&#238;t signifier un &#233;tat o&#249; le plaisir pr&#233;domine en nous, car pendant la plus profonde tristesse et au milieu des plus cuisants chagrins on peut prendre quelque plaisir comme de boire ou d'entendre la musique, mais le d&#233;plaisir pr&#233;domine ; et de m&#234;me au milieu des plus aigu&#235;s douleurs l'esprit peut &#234;tre dans la joie, ce qui arrivait aux martyrs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 8. PHILALETHE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La tristesse est une inqui&#233;tude de l'&#226;me lorsqu'elle pense &#224; un bien perdu dont elle aurait pu jouir plus longtemps, ou quand elle est tourment&#233;e d'un mal actuellement pr&#233;sent.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Non seulement la pr&#233;sence actuelle, mais encore la crainte d'un mal &#224; venir peut rendre triste, de sorte que, je crois, les d&#233;finitions de la joie et de la tristesse que je viens de donner conviennent le mieux &#224; l'usage. Quant &#224; l' inqui&#233;tude, il y a dans la douleur et par cons&#233;quent dans la tristesse quelque chose de plus : et l'inqui&#233;tude est m&#234;me dans la joie, car elle rend l'homme &#233;veill&#233;, actif, plein d'esp&#233;rance pour aller plus loin. La j oie a &#233;t&#233; capable de faire mourir par trop d'&#233;motion, et alors il y avait en cela encore plus que de l'inqui&#233;tude.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 9. PHILAL&#200;THE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'esp&#233;rance est le contentement de l'&#226;me qui pense &#224; la jouissance qu'elle doit probablement avoir d'une chose propre &#224; lui donner du plaisir. (&#167; 10) Et la crainte est une inqui&#233;tude de l'&#226;me lorsqu'elle pense &#224; un mal futur qui peut arriver&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'inqui&#233;tude signifie un d&#233;plaisir, j'avoue qu'elle accompagne toujours la crainte ; mais la prenant pour cet aiguillon insensible qui nous pousse, on peut l'appliquer encore &#224; l'esp&#233;rance. Les sto&#239;ciens prenaient les passions pour des opinions ainsi l'esp&#233;rance leur &#233;tait l'opinion d'un bien futur, et la crainte l'opinion d'un mal futur. Mais j'aime mieux dire que les passions ne sont ni des contentements ou des d&#233;plaisirs, ni des opinions, mais des tendances ou plut&#244;t des modifications de la tendance, qui viennent de l'opinion ou du sentiment, et qui sont accompagn&#233;es de plaisir ou de d&#233;plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 11. PHILAL&#200;THE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;sespoir est la pens&#233;e qu'on a qu'un bien ne peut &#234;tre obtenu, ce qui peut causer de l'affliction et quelquefois le repos.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sespoir pris pour la passion sera une mani&#232;re de tendance forte qui se trouve tout &#224; fait arr&#234;t&#233;e, ce qui cause un combat violent et beaucoup de d&#233;plaisir. Mais lorsque le d&#233;sespoir est accompagn&#233; de repos et d'indolence, ce sera une opinion plut&#244;t qu'une passion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 12. PHILAL&#200;THE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La col&#232;re est cette inqui&#233;tude ou ce d&#233;sordre que nous ressentons apr&#232;s avoir re&#231;u quelque injure, et qui est accompagn&#233; d'un d&#233;sir pr&#233;sent de nous venger.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il semble que la col&#232;re est quelque chose de plus simple et de plus g&#233;n&#233;ral, puisque les b&#234;tes en sont susceptibles, &#224; qui on ne fait point d'injure. Il y a dans la col&#232;re un effort violent qui tend &#224; se d&#233;faire du mal. Le d&#233;sir de la vengeance peut demeurer quand on est de sang-froid, et quand on a plut&#244;t de la haine que de la col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 13. PHILAL&#200;THE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'envie est l'inqui&#233;tude (le d&#233;plaisir) de l'&#226;me qui vient de la consid&#233;ration d'un bien que nous d&#233;sirons, mais qu'un autre poss&#232;de, qui &#224; notre avis n'aurait pas d&#251; l'avoir pr&#233;f&#233;rablement &#224; nous.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Suivant cette notion l'envie serait toujours une passion louable et toujours fond&#233;e sur la justice, au moins suivant notre opinion. Mais je ne sais si on ne porte pas souvent envie au m&#233;rite reconnu, qu'on ne se soucierait pas de maltraiter si l'on en &#233;tait le ma&#238;tre. On porte m&#234;me envie aux gens d'un bien qu'on ne se soucierait point d'avoir. On serait content de les en voir priv&#233;s sans penser &#224; profiter de leurs d&#233;pouilles et m&#234;me sans pouvoir l'esp&#233;rer. Car quelques biens sont comme des tableaux peints &lt;i&gt;in fresco&lt;/i&gt; qu'on peut d&#233;truire, mais qu'on ne peut point &#244;ter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#167; 17. PHILAL&#200;THE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La plupart des passions font en plusieurs personnes des impressions sur le corps, et y causent divers changements, mais ces changements ne sont pas toujours sensibles : par exemple, la honte, qui est une inqui&#233;tude de l'&#226;me qu'on ressent quand on vient &#224; consid&#233;rer qu'on a fait quelque chose d'ind&#233;cent ou qui peut diminuer l'estime que d'autres font de nous, n'est pas toujours accompagn&#233;e de rougeur.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;TH&#201;OPHILE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si les hommes s'&#233;tudiaient davantage &#224; observer les mouvements ext&#233;rieurs qui accompagnent les passions, il serait difficile de les dissimuler. Quant &#224; la honte, il est digne de consid&#233;ration que des personnes modestes quelquefois ressentent des mouvements semblables &#224; ceux de la honte, lorsqu'elles sont t&#233;moins seulement d'une action ind&#233;cente.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#338;uvre de Leiniz (1693) : &lt;i&gt;Code diplomatique du droit des gens&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon, &lt;i&gt;Ph&#233;don&lt;/i&gt;, 60 b-c : cet &#233;pisode vient apr&#232;s qu'on ait enlev&#233; &#224; Socrate les cha&#238;nes qu'il portait aux pieds.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est-&#224;-dire &lt;i&gt;compl&#232;tement&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;de tout au tout&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Leibniz, &lt;strong&gt;Nouveaux essais sur l'entendement humain&lt;/strong&gt;, Livre II, chap. 20.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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