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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>L'homme n'est pas s&#233;par&#233; de la nature</title>
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		<dc:creator>D'Holbach, Pierre Henri Dietrich baron d'</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le contexte : De la nature &lt;br class='autobr' /&gt; Expliquer les texte suivant : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Tout ce que l'esprit humain a successivement invent&#233; pour changer ou perfectionner sa fa&#231;on d'&#234;tre et pour la rendre plus heureuse, ne fut jamais qu'une cons&#233;quence n&#233;cessaire de l'essence propre de l'homme et de celle des &#234;tres qui agissent sur lui. Toutes nos institutions, nos r&#233;flexions, nos connaissances n'ont pour objet que de nous procurer un bonheur vers lequel notre propre nature nous force de tendre sans cesse. Tout ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Textes-brefs-118-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le contexte : &lt;a href='https://caute.lautre.net/De-la-nature' class=&#034;spip_in&#034;&gt;De la nature&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Expliquer les texte suivant :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout ce que l'esprit humain a successivement invent&#233; pour changer ou perfectionner sa fa&#231;on d'&#234;tre et pour la rendre plus heureuse, ne fut jamais qu'une cons&#233;quence n&#233;cessaire de l'essence propre de l'homme et de celle des &#234;tres qui agissent sur lui. Toutes nos institutions, nos r&#233;flexions, nos connaissances n'ont pour objet que de nous procurer un bonheur vers lequel notre propre nature nous force de tendre sans cesse. Tout ce que nous faisons ou pensons, tout ce que nous sommes et ce que nous serons n'est jamais qu'une suite de ce que la nature universelle nous a faits. Toutes nos id&#233;es, nos volont&#233;s, nos actions sont des effets n&#233;cessaires de l'essence et des qualit&#233;s que cette nature a mises en nous, et des circonstances par lesquelles elle nous oblige de passer et d'&#234;tre modifi&#233;s. En un mot, l'art n'est que la nature agissant &#224; l'aide des instruments qu'elle a faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature envoie l'homme nu et destitu&#233; de secours dans ce monde qui doit &#234;tre son s&#233;jour ; bient&#244;t il parvient &#224; se v&#234;tir de peau ; peu &#224; peu nous le voyons filer l'or et la soie. Pour un &#234;tre &#233;lev&#233; au-dessus de notre globe, et qui du haut de l'atmosph&#232;re contemplerait l'esp&#232;ce humaine avec tous ses progr&#232;s et changements les hommes ne para&#238;traient pas moins soumis aux lois de la nature lorsqu'ils errent tout nus dans les for&#234;ts, pour y chercher p&#233;niblement leur nourriture, que lorsque vivant dans des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es, c'est-&#224;-dire enrichies d'un plus grand nombre d'exp&#233;riences finissant par se plonger dans le luxe ils inventent de jour en jour mille besoins nouveaux et d&#233;couvrent mille moyens de les satisfaire. Tous les pas que nous faisons pour modifier notre &#234;tre ne peuvent &#234;tre regard&#233;s que comme une longue suite de causes et d'effets, qui ne sont que les d&#233;veloppements des premi&#232;res impulsions que la nature nous a donn&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;D'Holbach, &lt;strong&gt;Syst&#232;me de la nature ou des lois du monde physique et du monde moral, Premi&#232;re partie, chapitre 1 &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compr&#233;hension pr&#233;cise du texte, du probl&#232;me dont il est question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>De la nature</title>
		<link>https://caute.lautre.net/De-la-nature</link>
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		<dc:date>2003-10-03T15:53:28Z</dc:date>
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		<dc:creator>D'Holbach, Pierre Henri Dietrich baron d'</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;L'homme est l'ouvrage de la nature et ne peut en sortir &lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes se tromperont toujours quand ils abandonneront l'exp&#233;rience pour des syst&#232;mes enfant&#233;s par l'imagination. L'homme est l'ouvrage de la nature, il existe dans la nature, il est soumis &#224; ses lois, il ne peut s'en affranchir, il ne peut m&#234;me par la pens&#233;e en sortir ; c'est en vain que son esprit veut s'&#233;lancer au-del&#224; des bornes du monde visible, il est toujours forc&#233; d'y rentrer. Pour un &#234;tre form&#233; par la nature et circonscrit (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-D-Holbach-" rel="directory"&gt;D'Holbach&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'homme est l'ouvrage de la nature et ne peut en sortir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les hommes se tromperont toujours quand ils abandonneront l'exp&#233;rience pour des syst&#232;mes enfant&#233;s par l'imagination. L'homme est l'ouvrage de la nature, il existe dans la nature, il est soumis &#224; ses lois, il ne peut s'en affranchir, il ne peut m&#234;me par la pens&#233;e en sortir ; c'est en vain que son esprit veut s'&#233;lancer au-del&#224; des bornes du monde visible, il est toujours forc&#233; d'y rentrer. Pour un &#234;tre form&#233; par la nature et circonscrit par elle, il n'existe rien au-del&#224; du grand tout dont il fait partie, et dont il &#233;prouve les influences ; les &#234;tres que l'on suppose au-dessus de la nature ou distingu&#233;s d'elle-m&#234;me seront toujours des chim&#232;res, dont il ne nous sera jamais possible de nous former des id&#233;es v&#233;ritables, non plus que du lieu qu'elles occupent et de leur fa&#231;on d'agir. Il n'est et il ne peut rien y avoir hors de l'enceinte qui renferme tous les &#234;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que l'homme cesse donc de chercher hors du monde qu'il habite des &#234;tres qui lui procurent un bonheur que la nature lui refuse : qu'il &#233;tudie cette nature, qu'il apprenne ses lois, qu'il contemple son &#233;nergie et la fa&#231;on immuable dont elle agit ; qu'il applique ses d&#233;couvertes &#224; sa propre f&#233;licit&#233;, et qu'il se soumette en silence &#224; des lois auxquelles rien ne peut le soustraire ; qu'il consente &#224; ignorer les causes entour&#233;es pour lui d'un voile imp&#233;n&#233;trable ; qu'il subisse sans murmurer les arr&#234;ts d'une force universelle qui ne peut revenir sur ses pas, ou qui jamais ne peut s'&#233;carter des r&#232;gles que son essence lui impose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que nous sommes et ce que nous faisons est d&#233;termin&#233; n&#233;cessairement, comme toutes les choses de la nature&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On a visiblement abus&#233; de la distinction que l'on a faite si souvent de l'homme &lt;i&gt;physique &lt;/i&gt;et de l'homme &lt;i&gt;moral &lt;/i&gt;. L'homme est un &#234;tre purement physique ; l'homme moral n'est que cet &#234;tre physique consid&#233;r&#233; sous un certain point de vue, c'est-&#224;-dire, relativement &#224; quelques-unes de ses fa&#231;ons d'agir, dues &#224; son organisation particuli&#232;re. Mais cette organisation n'est-elle pas l'ouvrage de la nature ? Les mouvements ou fa&#231;ons d'agir dont elle est susceptible ne sont-ils pas physiques ? Ses actions visibles ainsi que les mouvements invisibles excit&#233;s dans son int&#233;rieur, qui viennent de sa volont&#233; ou de sa pens&#233;e, sont &#233;galement des effets naturels, des suites n&#233;cessaires de son m&#233;canisme propre, et des impulsions qu'il re&#231;oit des &#234;tres dont il est entour&#233;. Tout ce que l'esprit humain a successivement invent&#233; pour changer ou perfectionner sa fa&#231;on d'&#234;tre et pour la rendre plus heureuse, ne fut jamais qu'une cons&#233;quence n&#233;cessaire de l'essence propre de l'homme et de celle des &#234;tres qui agissent sur lui. Toutes nos institutions, nos r&#233;flexions, nos connaissances n'ont pour objet que de nous procurer un bonheur vers lequel notre propre nature nous force de tendre sans cesse. Tout ce que nous faisons ou pensons, tout ce que nous sommes et ce que nous serons n'est jamais qu'une suite de ce que la nature universelle nous a faits. Toutes nos id&#233;es, nos volont&#233;s, nos actions sont des effets n&#233;cessaires de l'essence et des qualit&#233;s que cette nature a mises en nous, et des circonstances par lesquelles elle nous oblige de passer et d'&#234;tre modifi&#233;s. En un mot, l'art n'est que la nature agissant &#224; l'aide des instruments qu'elle a faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nature envoie l'homme nu et destitu&#233; de secours dans ce monde qui doit &#234;tre son s&#233;jour ; bient&#244;t il parvient &#224; se v&#234;tir de peau ; peu &#224; peu nous le voyons filer l'or et la soie. Pour un &#234;tre &#233;lev&#233; au-dessus de notre globe, et qui du haut de l'atmosph&#232;re contemplerait l'esp&#232;ce humaine avec tous ses progr&#232;s et changements les hommes ne para&#238;traient pas moins soumis aux lois de la nature lorsqu'ils errent tout nus dans les for&#234;ts, pour y chercher p&#233;niblement leur nourriture, que lorsque vivant dans des soci&#233;t&#233;s civilis&#233;es, c'est-&#224;-dire enrichies d'un plus grand nombre d'exp&#233;riences finissant par se plonger dans le luxe ils inventent de jour en jour mille besoins nouveaux et d&#233;couvrent mille moyens de les satisfaire. Tous les pas que nous faisons pour modifier notre &#234;tre ne peuvent &#234;tre regard&#233;s que comme une longue suite de causes et d'effets, qui ne sont que les d&#233;veloppements des premi&#232;res impulsions que la nature nous a donn&#233;es. Le m&#234;me animal, en vertu de son organisation, passe successivement de besoins simples &#224; des besoins plus compliqu&#233;s, mais qui n'en sont pas moins des suites de sa nature. C'est ainsi que le papillon, dont nous admirons la beaut&#233;, commence par &#234;tre un &#339;uf inanim&#233;, duquel la chaleur fait sortir un ver, qui devient chrysalide, et puis se change en un insecte ail&#233;, que nous voyons s'orner des plus vives couleurs : parvenu &#224; cette forme, il se reproduit et se propage ; enfin d&#233;pouill&#233; de ses ornements, il est forc&#233; de dispara&#238;tre apr&#232;s avoir rempli la t&#226;che que la nature lui imposait, ou d&#233;crit le cercle des changements qu'elle a trac&#233;s aux &#234;tres de son esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons des changements et des progr&#232;s analogues dans tous les v&#233;g&#233;taux. C'est par une suite de la combinaison, du tissu, de l'&#233;nergie primitive donn&#233;s &#224; l'alo&#232;s par la nature, que cette plante insensiblement accrue et modifi&#233;e, produit au bout d'un grand nombre d'ann&#233;es des fleurs qui sont les annonces de sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de l'homme qui, dans tous ses progr&#232;s, dans toutes les variations qu'il &#233;prouve, n'agit jamais que d' apr&#232;s les lois propres &#224; son organisation et aux mati&#232;res dont la nature l'a compos&#233;. L'homme physique est l'homme agissant par l'impulsion de causes que nos sens nous font conna&#238;tre ; l'homme moral est l'homme agissant par des causes physiques que nos pr&#233;jug&#233;s nous emp&#234;chent de conna&#238;tre. L'homme sauvage est un enfant d&#233;nu&#233; d'exp&#233;rience, incapable de travailler &#224; sa f&#233;licit&#233;. L'homme polic&#233; est celui que l'exp&#233;rience et la vie sociale mettent &#224; port&#233;e de tirer parti de la nature pour son propre bonheur. L'homme de bien &#233;clair&#233; est l'homme dans sa maturit&#233; ou dans sa perfection. L'homme heureux est celui qui sait jouir des bienfaits de la nature ; l'homme malheureux est celui qui se trouve dans l'incapacit&#233; de profiter de ses bienfaits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'exp&#233;rience et la physique, seules garantes de v&#233;rit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; la physique et &#224; l'exp&#233;rience que l'homme doit recourir dans toutes ses recherches : ce sont elles qu'il doit consulter dans sa religion, dans sa morale, dans sa l&#233;gislation, dans son gouvernement politique, dans les sciences et dans les arts, dans ses plaisirs, dans ses peines. La nature agit par des lois simples, uniformes, invariables que l'exp&#233;rience nous met &#224; port&#233;e de conna&#238;tre. C'est par nos sens que nous sommes li&#233;s &#224; la nature universelle, c'est par nos sens que nous pouvons la mettre en exp&#233;rience et d&#233;couvrir ses secrets ; d&#232;s que nous quittons l'exp&#233;rience nous tombons dans le vide o&#249; notre imagination nous &#233;gare ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes les erreurs des hommes sont des erreurs de physique ; ils ne se trompent jamais que lorsqu'ils n&#233;gligent de remonter &#224; la nature, de consulter ses r&#232;gles, d'appeler l'exp&#233;rience &#224; leur secours. C'est ainsi que faute d'exp&#233;rience ils se sont form&#233;s des id&#233;es imparfaites de la mati&#232;re, de ses propri&#233;t&#233;s, de ses combinaisons, de ses forces, de sa fa&#231;on d'agir ou de l'&#233;nergie qui r&#233;sulte de son essence ; d&#232;s lors tout l'univers n'est devenu pour eux qu'une sc&#232;ne d'illusions. Ils ont ignor&#233; la nature, ils ont m&#233;connu ses lois, ils n'ont point vu les routes n&#233;cessaires qu'elle trace &#224; tout ce qu'elle renferme. Que dis-je ! Ils se sont m&#233;connus eux-m&#234;mes ; tous leurs syst&#232;mes, leurs conjectures, leurs raisonnements, dont l'exp&#233;rience fut bannie ne furent qu'un long tissu d'erreurs et d'absurdit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La religion, produit de l'ignorance et de l'imagination&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute erreur est nuisible ; c'est pour s'&#234;tre tromp&#233; que le genre humain s'est rendu malheureux. Faute de conna&#238;tre la nature, il se forma des dieux, qui sont devenus les seuls objets de ses esp&#233;rances et de ses craintes. Les hommes n'ont point senti que cette nature, d&#233;pourvue de bont&#233; comme de malice, ne fait que suivre des lois n&#233;cessaires et immuables en produisant et d&#233;truisant des &#234;tres, en faisant tant&#244;t souffrir ceux qu'elle a rendu sensibles, en leur distribuant des biens et des maux, en les alt&#233;rant sans cesse : ils n'ont point vu que c'&#233;tait dans la nature elle-m&#234;me et dans ses propres forces que l'homme devait chercher ses besoins, des rem&#232;des contre ses peines et des moyens de se rendre heureux ; ils ont attendu ces choses de quelques &#234;tres imaginaires qu'ils ont suppos&#233; les auteurs de leurs plaisirs et de leurs infortunes. D'o&#249; l'on voit que c' est &#224; l'ignorance de la nature que sont dues ces puissances inconnues, sous lesquelles le genre humain a si longtemps trembl&#233;, et ces cultes superstitieux qui furent les sources de tous ses maux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ignorance produit la servitude, le malheur, l'obscurantisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est faute de conna&#238;tre sa propre nature, sa propre tendance, ses besoins et ses droits que l'homme en soci&#233;t&#233; est tomb&#233; de la libert&#233; dans l'esclavage. Il m&#233;connut ou se crut forc&#233; d'&#233;touffer les d&#233;sirs de son c&#339;ur, et de sacrifier son bien-&#234;tre aux caprices de ses chefs ; il ignora le but de l'association et du gouvernement ; il se soumit sans r&#233;serve &#224; des hommes comme lui, que ses pr&#233;jug&#233;s lui firent regarder comme des &#234;tres d'un ordre sup&#233;rieur, comme des dieux sur la terre ; ceux-ci profit&#232;rent de son erreur pour l'asservir, le corrompre, le rendre vicieux et mis&#233;rable. Ainsi c'est pour avoir ignor&#233; sa propre nature que le genre humain tomba dans la servitude, et fut mal gouvern&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour s'&#234;tre m&#233;connu lui-m&#234;me et pour avoir ignor&#233; les rapports n&#233;cessaires qui subsistent entre lui et les &#234;tres de son esp&#232;ce, que l'homme a m&#233;connu ses devoirs envers les autres. Il ne sentit point qu'ils &#233;taient n&#233;cessaires &#224; sa propre f&#233;licit&#233;. Il ne vit pas plus ce qu'il se devait &#224; lui-m&#234;me, les exc&#232;s qu'il devait &#233;viter pour se rendre solidement heureux, les passions auxquelles il devait r&#233;sister ou se livrer pour son propre bonheur ; en un mot il ne connut point ses v&#233;ritables int&#233;r&#234;ts. De-l&#224; tous ses d&#233;r&#232;glements, son intemp&#233;rance, ses volupt&#233;s honteuses, et tous les vices auxquels il se livra aux d&#233;pens de sa conservation propre et de son bien-&#234;tre durable. Ainsi c'est l'ignorance de la nature humaine qui emp&#234;cha l'homme de s'&#233;clairer sur la morale. D'ailleurs les gouvernements d&#233;prav&#233;s auxquels il fut soumis l'emp&#234;ch&#232;rent toujours de la pratiquer quand m&#234;me il l'aurait connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est encore faute d'&#233;tudier la nature et ses lois, de chercher &#224; d&#233;couvrir ses ressources et ses propri&#233;t&#233;s que l'homme croupit dans l'ignorance, ou fait des pas si lents et si incertains pour am&#233;liorer son sort. Sa paresse trouve son compte &#224; se laisser guider par l'exemple, par la routine, par l'autorit&#233; plut&#244;t que par l'exp&#233;rience, qui demande de l'activit&#233;, et par la raison qui exige de la r&#233;flexion. De l&#224; cette aversion que les hommes montrent pour tout ce qui leur parait s'&#233;carter des r&#232;gles auxquelles ils sont accoutum&#233;s ; de l&#224; leur respect stupide et scrupuleux pour l'antiquit&#233; et pour les institutions les plus insens&#233;es de leurs p&#232;res ; de l&#224; les craintes qui les saisissent quand on leur propose les changements les plus avantageux ou les tentatives les plus probables. Voil&#224; pourquoi nous voyons les nations languir dans une honteuse l&#233;thargie, g&#233;mir sous des abus transmis de si&#232;cle en si&#232;cle, et fr&#233;mir de l'id&#233;e m&#234;me de ce qui pourrait rem&#233;dier &#224; leurs maux. C'est par cette m&#234;me inertie et par le d&#233;faut d'exp&#233;rience que la m&#233;decine, la physique, l'agriculture, en un mot toutes les sciences utiles font des progr&#232;s si peu sensibles et demeurent si longtemps dans les entraves de l'autorit&#233;. Ceux qui professent ces sciences aiment mieux suivre les routes qui leur sont trac&#233;es que de s'en frayer de nouvelles. Ils pr&#233;f&#232;rent les d&#233;lires de leur imagination et leurs conjectures gratuites &#224; des exp&#233;riences laborieuses, qui seules seraient capables d'arracher &#224; la nature ses secrets.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'imagination fait taire l'exp&#233;rience, et produit cr&#233;dulit&#233; et crainte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En un mot, les hommes, soit par paresse, soit par crainte, ayant renonc&#233; au t&#233;moignage de leurs sens, n'ont plus &#233;t&#233; guid&#233;s dans toutes leurs actions et leurs entreprises que par l'imagination, l'enthousiasme, l'habitude, le pr&#233;jug&#233; et surtout par l'autorit&#233;, qui sut profiter de leur ignorance pour les tromper. Des syst&#232;mes imaginaires prirent la place de l'exp&#233;rience, de la r&#233;flexion, de la raison : des &#226;mes &#233;branl&#233;es par la terreur, et enivr&#233;es du merveilleux, ou engourdies par la paresse et guid&#233;es par la cr&#233;dulit&#233;, que produit l'inexp&#233;rience, se cr&#233;&#232;rent des opinions ridicules ou adopt&#232;rent sans examen toutes les chim&#232;res dont on voulut les repa&#238;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que pour avoir m&#233;connu la nature et ses voies, pour avoir d&#233;daign&#233; l'exp&#233;rience, pour avoir m&#233;pris&#233; la raison ; pour avoir d&#233;sir&#233; du merveilleux et du surnaturel ; enfin pour avoir trembl&#233;, le genre humain est demeur&#233; dans une longue enfance dont il a tant de peine &#224; se tirer. Il n'eut que des hypoth&#232;ses pu&#233;riles dont il n'osa jamais examiner les fondements et les preuves ; il s'&#233;tait accoutum&#233; &#224; les regarder comme sacr&#233;es, comme des v&#233;rit&#233;s reconnues dont il ne lui &#233;tait point permis de douter un instant. Son ignorance le rendit cr&#233;dule ; sa curiosit&#233; lui fit avaler &#224; longs traits le merveilleux ; le temps le confirma dans ses opinions et fit passer de race en race ses conjectures pour des r&#233;alit&#233;s. La force tyrannique le maintint dans ses notions devenues n&#233;cessaires pour asservir la soci&#233;t&#233; ; enfin la science des hommes en tout genre ne fut qu'un amas de mensonges, d'obscurit&#233;s, de contradictions, entrem&#234;l&#233; quelquefois de faibles lueurs de v&#233;rit&#233;, fournies par la nature dont l'on ne put jamais totalement s'&#233;carter, parce que la n&#233;cessit&#233; y ramena toujours.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il faut prendre l'exp&#233;rience pour guide, et consulter la nature&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;levons-nous donc au-dessus du nuage du pr&#233;jug&#233;. Sortons de l'atmosph&#232;re &#233;paisse qui nous entoure pour consid&#233;rer les opinions des hommes et leurs syst&#232;mes divers. D&#233;fions-nous d'une imagination d&#233;r&#233;gl&#233;e, prenons l'exp&#233;rience pour guide ; consultons la nature ; t&#226;chons de puiser en elle-m&#234;me des id&#233;es vraies sur les objets qu'elle renferme ; recourons &#224; nos sens que l'on nous a faussement fait regarder comme suspects ; interrogeons la raison que l'on a honteusement calomni&#233;e et d&#233;grad&#233;e ; contemplons attentivement le monde visible, et voyons s'il ne suffit point pour nous faire juger des terres inconnues du monde intellectuel ; peut-&#234;tre trouverons-nous que l'on n'a point eu de raisons pour les distinguer, et que c'est sans motifs que l'on a s&#233;par&#233; deux empires qui sont &#233;galement du domaine de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mat&#233;rialisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'univers, ce vaste assemblage de tout ce qui existe, ne nous offre partout que de la mati&#232;re et du mouvement : son ensemble ne nous montre qu'une cha&#238;ne immense et non interrompue de causes et d'effets : quelques-unes de ces causes nous sont connues parce qu'elles frappent imm&#233;diatement nos sens ; d'autres nous sont inconnues, parce qu'elles n'agissent sur nous que par des effets souvent tr&#232;s &#233;loign&#233;s de leurs premi&#232;res causes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mati&#232;res tr&#232;s vari&#233;es et combin&#233;es d'une infinit&#233; de fa&#231;ons re&#231;oivent et communiquent sans cesse des mouvements divers. Les diff&#233;rentes propri&#233;t&#233;s de ces mati&#232;res, leurs diff&#233;rentes combinaisons, leurs fa&#231;ons d'agir si vari&#233;es qui en sont des suites n&#233;cessaires, constituent pour nous les &lt;i&gt;essences &lt;/i&gt;des &#234;tres ; et c'est de ces essences diversifi&#233;es que r&#233;sultent les diff&#233;rents ordres, rangs ou syst&#232;mes que ces &#234;tres occupent, dont la somme totale fait ce que nous appelons &lt;i&gt;la nature.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le syst&#232;me de la nature : l'homme n'est pas &#171; un empire dans un empire &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ainsi la nature, dans sa signification la plus &#233;tendue, est le grand tout qui r&#233;sulte de l'assemblage des diff&#233;rentes mati&#232;res, de leurs diff&#233;rentes combinaisons, et des diff&#233;rents mouvements que nous voyons dans l'univers. La nature, dans un sens moins &#233;tendu, ou consid&#233;r&#233;e dans chaque &#234;tre, est le tout qui r&#233;sulte de l'essence, c'est-&#224;-dire, des propri&#233;t&#233;s, des combinaisons, des mouvements ou fa&#231;ons d'agir qui le distinguent des autres &#234;tres. C'est ainsi que l'homme est un tout, r&#233;sultant des combinaisons de certaines mati&#232;res, dou&#233;es de propri&#233;t&#233;s particuli&#232;res, dont l'arrangement se nomme &lt;i&gt;organisation,&lt;/i&gt; et dont l'essence est de sentir, de penser, d'agir, en un mot de se mouvoir d'une fa&#231;on qui le distingue des autres &#234;tres avec lesquels il se compare : d' apr&#232;s cette comparaison l'homme se range dans un ordre, un syst&#232;me, une classe &#224; part, qui diff&#232;re de celle des animaux dans lesquels il ne voit pas les m&#234;mes propri&#233;t&#233;s qui sont en lui. Les diff&#233;rents syst&#232;mes des &#234;tres, ou, si l'on veut, leurs &lt;i&gt;natures particuli&#232;res,&lt;/i&gt; d&#233;pendent du syst&#232;me g&#233;n&#233;ral, du grand tout, de la nature universelle dont ils font partie, et &#224; qui tout ce qui existe est n&#233;cessairement li&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;N B.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir fix&#233; le sens que l'on doit attacher au mot &lt;i&gt;nature,&lt;/i&gt; je crois devoir avertir le lecteur, une fois pour toutes, que lorsque dans le cours de cet ouvrage, je dis que la nature produit un effet, je ne pr&#233;tends point personnifier cette nature, qui est un &#234;tre abstrait ; mais j'entends que l'effet dont je parle est le r&#233;sultat n&#233;cessaire des propri&#233;t&#233;s de quelqu'un des &#234;tres qui composent le grand ensemble que nous voyons. Ainsi quand je dis &lt;i&gt;la nature veut que l'homme travaille &#224; son bonheur,&lt;/i&gt; c'est pour &#233;viter les circonlocutions et les redites, et j'entends par-l&#224; qu'il est de l'essence d'un &#234;tre qui sent, qui pense, qui veut, qui agit, de travailler &#224; son bonheur. Enfin j'appelle &lt;i&gt;naturel &lt;/i&gt;ce qui est conforme &#224; l'essence des choses ou aux lois que la nature prescrit &#224; tous les &#234;tres qu'elle renferme, dans les ordres diff&#233;rents que ces &#234;tres occupent, et dans les diff&#233;rentes circonstances par lesquelles ils sont oblig&#233;s de passer. Ainsi la sant&#233; est &lt;i&gt;naturelle &lt;/i&gt;&#224; l'homme dans un certain &#233;tat ; la maladie est un &#233;tat &lt;i&gt;naturel &lt;/i&gt;pour lui dans d'autres circonstances, la mort est un &#233;tat &lt;i&gt;naturel &lt;/i&gt;du corps priv&#233; de quelques-unes des choses n&#233;cessaires au maintien, &#224; l'existence de l'animal etc. Par &lt;i&gt;essence,&lt;/i&gt; j'entends ce qui constitue un &#234;tre ce qu'il est, la somme de ses propri&#233;t&#233;s ou des qualit&#233;s d' apr&#232;s lesquelles il existe et agit comme il fait. Quand on dit qu'il est de &lt;i&gt;l'essence de la pierre de tomber,&lt;/i&gt; c'est comme si l'on disait que sa chute est un effet n&#233;cessaire de son poids, de sa densit&#233;, de la liaison de ses parties, des &#233;l&#233;ments dont elle est compos&#233;e. En un mot &lt;i&gt;l'essence &lt;/i&gt;d'un &#234;tre est sa nature individuelle et particuli&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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