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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>L'id&#233;alisme et le mat&#233;rialisme dans la conception de l'histoire</title>
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		<dc:date>2009-10-11T21:20:33Z</dc:date>
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		<dc:creator>Lafargue, Paul</dc:creator>



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&lt;p&gt;1895 : Discours prononc&#233; d&#233;but 1895 au d&#233;bat organis&#233; &#224; la Sorbonne par le groupe des Etudiants Collectivistes de Paris, entre J. Jaur&#232;s et P. Lafargue Paru dans La Jeunesse socialiste de 1895, n&#186; 1 et 2. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#233;ponse &#224; la Conf&#233;rence du citoyen Jean Jaur&#232;s &lt;br class='autobr' /&gt; Citoyennes et Citoyens, &lt;br class='autobr' /&gt;
Vous comprendrez que c'est avec h&#233;sitation que j'ai assum&#233; la t&#226;che de r&#233;pondre &#224; Jaur&#232;s, dont l'&#233;loquence fougueuse sait passionner les th&#232;ses les plus abstraites de la m&#233;taphysique. Pendant qu'il parlait, je me (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Lafargue-" rel="directory"&gt;Lafargue&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1895 : Discours prononc&#233; d&#233;but 1895 au d&#233;bat organis&#233; &#224; la Sorbonne par le groupe des Etudiants Collectivistes de Paris, entre J. Jaur&#232;s et P. Lafargue Paru dans La Jeunesse socialiste de 1895, n&#186; 1 et 2.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;ponse &#224; &lt;a href='https://caute.lautre.net/Idealisme-et-materialisme-dans-la-conception-de-l-histoire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;la Conf&#233;rence du citoyen Jean Jaur&#232;s&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Citoyennes et Citoyens&lt;/i&gt;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous comprendrez que c'est avec h&#233;sitation que j'ai assum&#233; la t&#226;che de r&#233;pondre &#224; Jaur&#232;s, dont l'&#233;loquence fougueuse sait passionner les th&#232;ses les plus abstraites de la m&#233;taphysique. Pendant qu'il parlait, je me suis dit et vous avez d&#251; vous dire : il est heureux que ce diable d'homme soit avec nous. Les mineurs de Carmaux ont richement pay&#233; leur dette au parti socialiste, qui a fait triompher leur gr&#232;ve, en lib&#233;rant Jaur&#232;s de l'Universit&#233; et en le rejetant dans la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, ce soir, vous n'avez pas &#233;t&#233; convi&#233;s &#224; une joute oratoire, mais &#224; un combat d'id&#233;es : si vous ne pouvez me demander l'&#233;loquence de Jaur&#232;s, vous &#234;tes en droit d'exiger que je maintienne le d&#233;bat &#224; la hauteur philosophique &#224; laquelle il l'a plac&#233;. Je le ferai. Ceci dit, entrons imm&#233;diatement dans le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes de l'&#201;cole cart&#233;sienne recommandaient de ne commencer une discussion qu'apr&#232;s avoir d&#233;fini les termes du d&#233;bat. Posons donc le probl&#232;me que nous avons &#224; r&#233;soudre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons aujourd'hui que tous les peuples, &#224; quelque degr&#233; de civilisation qu'ils soient parvenus, ont tous eu le m&#234;me point de d&#233;part : tous ont eu pour anc&#234;tres des sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment des sauvages, gitant dans les arbres, se nourrissant des produits spontan&#233;s de la terre et des eaux, s'agglom&#233;rant par petites hordes de trente &#224; quarante individus, comme les chevaux sauvages, pour se procurer leur nourriture, ont-ils pu se transformer en nations civilis&#233;es, vivant dans les villes, o&#249; s'entassent des milliers et des millions d'individus, &#233;clair&#233;s par le gaz et l'&#233;lectricit&#233;, desservies par des chemins de fer, dont les habitants, divis&#233;s en classes ennemies, sont sp&#233;cialis&#233;s dans une infinie vari&#233;t&#233; de m&#233;tiers et professions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre probl&#232;me complique ce premier. Jaur&#232;s vous l'a signal&#233; quand il vous a dit que toutes les langues, malgr&#233; leur extr&#234;me diversit&#233; pouvaient se ramener aux m&#234;mes formes grammaticales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puisque nous sommes sur la question du langage, je vais vous signaler un ph&#233;nom&#232;ne qui a trait &#224; la question qui nous occupe ; tous les mots qui ont un sens abstrait pour nous, ont commenc&#233; par avoir un sens concret dans la t&#234;te des sauvages qui les ont invent&#233;s. Par exemple, &lt;i&gt;Nomos&lt;/i&gt;, avant d'avoir en grec la signification abstraite de &lt;i&gt;loi&lt;/i&gt;, voulait dire p&#226;turage, demeure. Notre mot &lt;i&gt;Droit&lt;/i&gt;, qui signifie ce qui est d'accord avec la justice, a signifi&#233; d'abord un objet qui n'avait ni courbure, ni flexion. Doit-on conclure de ce ph&#233;nom&#232;ne linguistique que le concret aurait engendr&#233; l'abstrait dans la t&#234;te humaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'unit&#233; que Jaur&#232;s constatait dans le langage, se retrouve dans toutes les manifestations mentales de l'homme ; dans la religion, aussi bien que dans la philosophie et la litt&#233;rature. Ainsi, les contes avec lesquels nos nourrices ont amus&#233; notre jeune imagination et qui, pour la plupart, sont d'origine sauvage ou barbare, ont &#233;t&#233; retrouv&#233;s chez toutes les nations de la terre ; le roman de moeurs, cette derni&#232;re, mais non sup&#233;rieure, forme litt&#233;raire, fleurit chez tous les peuples capitalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire compar&#233;e des peuples nous les montre passant tous par les m&#234;mes formes familiales et politiques. Vico, qui, avec raison, a &#233;t&#233; nomm&#233; le &lt;i&gt;p&#232;re de la philosophie de l'histoire&lt;/i&gt;, disait qu'il y avait : &lt;i&gt;'Une histoire id&#233;ale, &#233;ternelle, que parcourent dans le temps les histoires de toutes les nations de quelque &#233;tat de sauvagerie, de f&#233;rocit&#233; et de bestialit&#233; que partent les hommes pour se domestiquer'&lt;/i&gt;. Et comme tous les peuples ne sont pas arriv&#233;s au m&#234;me point de domestication, Marx ajoute : &lt;i&gt;'Le pays le plus d&#233;velopp&#233; industriellement ne fait que montrer &#224; ceux qui le suivent sur l'&#233;chelle industrielle l'image de leur propre avenir'&lt;/i&gt;. Geoffroy Saint-Hilaire, le grand disciple de notre g&#233;nial Lamarck, pensait que dans la formation des plantes et des animaux, il y avait &lt;i&gt;'une unit&#233; de plan'.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Doit-on rechercher les causes de l'&#233;volution des hommes, des animaux et des plantes d'apr&#232;s un plan uniforme, dans le monde lui-m&#234;me, ou doit-on les chercher en dehors du monde ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;istes n'h&#233;sitent pas &#224; r&#233;pondre avec Voltaire que, comme l'horloge pr&#233;suppose un horloger, l'univers n&#233;cessite un cr&#233;ateur. Mais cette solution simpliste, qui a &#233;t&#233; trouv&#233;e par les sauvages, ne r&#233;sout pas le probl&#232;me, elle ne fait que le reculer, car si l'univers suppose un cr&#233;ateur, le cr&#233;ateur, &#224; son tour, n&#233;cessite un autre cr&#233;ateur ; les gnostiques chr&#233;tiens des premiers si&#232;cles pr&#233;tendaient que si J&#233;sus &#233;tait le fils de J&#233;hovah, celui-ci, parce qu'entach&#233; des brutales et vilaines passions des Juifs barbares, &#233;tait &#224; son tour, le fils d'un Dieu inconnu. L'explication d&#233;iste, qui n'explique rien, ne peut convenir aux esprits scientifiques. Ouvrez un livre de science quelconque, et vous n'y rencontrerez pas le nom de Dieu. Le chimiste, le physiologiste, le g&#233;ologue, l'astronome, au lieu de recourir &#224; la commode hypoth&#232;se de Dieu, s'efforcent d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes dont ils s'occupent par les seules propri&#233;t&#233;s de la mati&#232;re. Chaque savant expulse Dieu de sa propre science, alors m&#234;me qu'il a besoin d'un Dieu pour se procurer la cause des ph&#233;nom&#232;nes qui ne rentrent pas dans le domaine sp&#233;cial de ses &#233;tudes. L'historien, par ce que l'histoire n'est pas encore une science, recourt souvent &#224; Dieu pour donner l'explication des faits dont il est incapable de saisir la cause. Marx a chass&#233; Dieu de l'histoire, son dernier refuge : et c'est en nous servant de la m&#233;thode mat&#233;rialiste du penseur communiste que nous cr&#233;erons l'histoire scientifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hegel, dont Jaur&#232;s adopte en partie la th&#233;orie id&#233;aliste, ne croyait pas que Dieu pr&#233;exist&#226;t au monde ; il pensait, au contraire, qu'il &#233;tait dans un &#233;ternel Devenir. Pour lui, l'Id&#233;e pr&#233;existant &#224; tout, mais r&#233;duite &#224; une expression atomique, s'opposant &#224; elle-m&#234;me et se composant avec son opposition, engendre la premi&#232;re synth&#232;se, qui, &#224; son tour, devient th&#232;se et antith&#232;se, puis synth&#232;se. Cette deuxi&#232;me synth&#232;se devient &#224; son tour le point de d&#233;part d'une nouvelle s&#233;rie trinitaire et ainsi de suite. L'Id&#233;e, en se d&#233;veloppant de la sorte automatiquement, s'ext&#233;riorise et enfante le monde &#224; son image.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaur&#232;s ne retourne pas aussi loin en arri&#232;re : il se sert de la m&#233;thode de Platon qui, en &#233;tudiant et en hi&#233;rarchisant ses id&#233;es, remontait &#224; l'Id&#233;e supr&#234;me et absolue du Bien. Jaur&#232;s, analysant et classant les Id&#233;es de Justice et de Fraternit&#233; que nous, civilis&#233;s, nous avons dans nos t&#234;tes, arrive non &#224; l'Id&#233;e absolue de Justice et de Fraternit&#233;, mais &#224; leur expression minimum, qu'il loge dans la t&#234;te du sauvage, o&#249; elle dort inconsciente. Cette Id&#233;e, lorsqu'elle prend conscience d'elle-m&#234;me, entre en contradiction avec le monde ext&#233;rieur, avec lequel elle lutte jusqu'&#224; ce qu'elle r&#233;solve la contradiction ; de sorte que l'histoire n'est qu'une s&#233;rie ininterrompue de batailles se terminant toujours par le triomphe de l'Id&#233;e de Justice.Je ferai cette premi&#232;re objection &#224; la th&#233;orie de Jaur&#232;s : elle est impuissante &#224; fournir l'explication du monde : car ce n'est pas une id&#233;e de Justice et de Fraternit&#233; qui a guid&#233; l'&#233;volution des organismes du r&#232;gne v&#233;g&#233;tal et animal ; et aujourd'hui une philosophie doit embrasser tout l'univers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je lui dirai ensuite : Pourquoi vous arr&#234;ter &#224; la t&#234;te du sauvage ? Pourquoi ne pas descendre plus bas et ne pas chercher l'id&#233;e dans la t&#234;te des animaux ? Un chien de berger ou de garde a parfaitement le sentiment du devoir et sait tr&#232;s bien quand il a commis une faute. Vous me direz que ces id&#233;es de devoir sont anticanines et qu'elles ont &#233;t&#233; vers&#233;es dans la t&#234;te du chien par l'homme ; mais les animaux sauvages, vivant en troupeaux, comme les buffles et les corbeaux, ont des id&#233;es de devoir qui leur sont propres. Les buffles m&#226;les se font tuer pour d&#233;fendre les femelles et les jeunes du troupeau ; et les corbeaux qui sont plac&#233;s en sentinelles surveillent l'horizon et avertissent leurs camarades qui picotent le grain que vient de semer le laboureur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc retrouver &#224; l'&#233;tat conscient, chez les animaux, les id&#233;es que Jaur&#232;s place &#224; l'&#233;tat inconscient dans la t&#234;te du sauvage. Mais pourquoi s'arr&#234;ter aux animaux et ne pas chercher l'id&#233;e &#224; l'&#233;tat atomique, si je puis m'exprimer ainsi, dans le protoplasme amorphe qui doit former la cellule, point de d&#233;part de la s&#233;rie organique dont l'homme est le couronnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je dirai encore &#224; Jaur&#232;s : Pourquoi se borner &#224; la recherche des id&#233;es morales, pourquoi ne pas s'occuper de l'origine des id&#233;es scientifiques ? Pourquoi ne pas se demander si la th&#233;orie atomique, qui n'existe que dans la t&#234;te de quelques milliers de chimistes, ne dort pas inconsciente dans l'hu&#238;tre, qui n'a pas de t&#234;te ? Pourquoi ne pas dire, comme le mat&#233;rialiste, que tout doit exister dans tout, puisque la pens&#233;e n'est, en d&#233;finitive, qu'un ph&#233;nom&#232;ne physico-chimique, qu'une transformation du mouvement ? Mais dire cela ne nous explique pas comment les id&#233;es sont n&#233;es dans le cerveau humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaur&#232;s nous a dit que le sens de la vue et de l'ou&#239;e &#233;tait sup&#233;rieur, parce que les animaux qui en &#233;taient dot&#233;s pouvaient jouir des harmonies de la nature et de la splendeur du soleil : il les a plac&#233;s au-dessus de la main qui, avec son pouce opposable, est la caract&#233;ristique des singes et des hommes ! La main a cr&#233;&#233; l'homme. Mais lui r&#233;pondre que le sens de la vue et de l'ou&#239;e n'est en d&#233;finitive qu'une localisation et qu'une sp&#233;cialisation de la sensibilit&#233; tactile et que les animaux d&#233;pourvus d'yeux sont sensibles &#224; la lumi&#232;re par toute leur surface cutan&#233;e et que m&#234;me les cellules v&#233;g&#233;tales ne produisent la mati&#232;re verte que sous l'action du soleil ; dire tout cela ne nous explique pas la formation des organes des sens.Vous le voyez, le d&#233;bat entre Jaur&#232;s et nous, marxistes, revient &#224; la discussion sur l'origine et la formation des id&#233;es. Cette question a occup&#233; et occupera encore la pens&#233;e philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes pensait que nous naissions avec des id&#233;es inn&#233;es du g&#233;n&#233;ral, de cause, d'effet... Locke, d'abord, Condillac et les sensualistes ensuite, croyaient au contraire que &lt;i&gt;tout ce qui &#233;tait dans l'intelligence avait d'abord &#233;t&#233; dans les sens&lt;/i&gt;. L'intelligence, disait Diderot, est une table rase sur laquelle les ph&#233;nom&#232;nes de la nature gravent leur impression. Les Grecs que l'on trouve &#224; l'entr&#233;e de toutes les avenues de la pens&#233;e avaient d&#233;j&#224; agit&#233; la question de l'origine des id&#233;es. Platon pr&#233;tendait que nos id&#233;es de Justice &#233;taient des r&#233;miniscences de l'id&#233;e du Bien absolu ; tandis qu'Arch&#233;la&#252;s, le ma&#238;tre de Socrate, disait que les lois du pays dans lequel on vivait &#233;taient la source des id&#233;es morales qu'on avait. On peut, en effet, constater que les consciences les plus pointilleuses se sont accommod&#233;es de l'esclavage, partout o&#249; il a &#233;t&#233; reconnu par les lois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, marxistes, nous reprenons la th&#232;se d'Arch&#233;la&#252;s et de Locke, en la compl&#233;tant et en ajoutant que s'il est impossible au civilis&#233; de d&#233;terminer le moment pr&#233;cis o&#249; il a acquis certaines id&#233;es, elles ne lui sont pas tomb&#233;es du ciel, mais elles ont &#233;t&#233; acquises par l'exp&#233;rience de nos anc&#234;tres, qui nous ont transmis des cerveaux tellement entra&#238;n&#233;s par une longue s&#233;rie de g&#233;n&#233;rations, que nous acqu&#233;rons, pour ainsi dire spontan&#233;ment, certaines id&#233;es qui, pour cela, paraissent inn&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'homme et les animaux ne pensent que parce qu'ils ont un cerveau ; le cerveau transforme en id&#233;es les sensations, comme les dynamos transmutent en &#233;lectricit&#233; le mouvement qui leur est fourni. C'est la nature, ou plut&#244;t le &lt;i&gt;milieu naturel&lt;/i&gt;, pour ne pas employer une expression qui id&#233;aliserait la Nature en une entit&#233; m&#233;taphysique, comme le faisaient les philosophes du dix-huiti&#232;me si&#232;cle ; c'est le milieu naturel qui forme le cerveau et les autres organes, je dis avec intention les autres organes, parce que, de m&#234;me que les spiritualistes d&#233;tachent l'homme de la s&#233;rie animale afin de le poser en &#234;tre miraculeux, pour qui Dieu vient sur terre se faire crucifier, de m&#234;me les id&#233;alistes isolent le cerveau des autres organes, pour soumettre sa fonction, c'est-&#224;-dire la pens&#233;e, &#224; des causes qui rel&#232;vent de la sorcellerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le milieu naturel qui a cr&#233;&#233; les organes et le cerveau de l'homme les a port&#233;s &#224; un tel degr&#233; de perfection, qu'ils sont capables des plus extraordinaires et des plus merveilleuses adaptations. Ainsi, pendant des si&#232;cles, des chr&#233;tiens et des civilis&#233;s ont enlev&#233; des n&#232;gres sur la c&#244;te d'Afrique pour les vendre comme esclaves aux colonies. Ces noirs &#233;taient des barbares et des sauvages, s&#233;par&#233;s des civilis&#233;s par des dizaines de si&#232;cles de culture, et cependant, au bout de fort peu de temps, ils apprenaient les m&#233;tiers de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les J&#233;suites ont fait au Paraguay une exp&#233;rience sociale, la plus remarquable que je connaisse, qui, pour nous, socialistes, a une importance capitale, parce qu'elle montre avec quelle extraordinaire rapidit&#233; une nation se transforme d&#232;s qu'on la transplante dans un nouveau milieu social. Les J&#233;suites, ces incomparables &#233;ducateurs et ces savants exploiteurs du travail ont form&#233; un peuple polic&#233; de plus de 150000 individus avec des sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Guaranys, qu'ils ont s&#233;questr&#233;s dans les &lt;i&gt;pueblos&lt;/i&gt; du Paraguay, erraient nus dans les for&#234;ts n'ayant pour armes que l'arc et la massue de bois ; ne connaissant qu'une agriculture rudimentaire, ils ne cultivaient que le ma&#239;s ; leur intelligence &#233;tait si peu d&#233;velopp&#233;e qu'ils ne savaient compter que jusqu'&#224; vingt et encore ils &#233;taient oblig&#233;s de compter sur leurs doigts. Un doigt &#233;tait un, deux doigts &#233;taient deux, une main &#233;tait cinq, une main et un doigt de l'autre main &#233;taient six, deux mains &#233;taient dix, deux mains et un orteil &#233;taient onze, deux mains et un pied &#233;taient quinze, deux mains et deux pieds &#233;taient vingt ; apr&#232;s c'&#233;tait beaucoup. C'est toujours en se servant de leurs doigts et de leurs orteils que comptent les sauvages les plus inf&#233;rieurs. Ainsi donc, le chiffre, l'id&#233;e la plus abstraite qui existe dans la t&#234;te du civilis&#233; a &#233;t&#233; d'abord dans la t&#234;te du sauvage le reflet d'un objet mat&#233;riel. Quand nous disons ou pensons 1, 2, 5, 10, nous ne voyons aucun objet, le sauvage voit un doigt, deux doigts, une main, deux mains&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est plus que probable que les petits enfants des civilis&#233;s, ainsi que les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : ceci est tellement exact que les chiffres romains que les peuples civilis&#233;s ont employ&#233;s pendant si longtemps, avant l'introduction des chiffres arabes, &#233;taient figur&#233;s d'apr&#232;s la main : I est un doigt, II sont deux doigts, V sont une main dont les trois doigts m&#233;dians sont abaiss&#233;s, tandis que le pouce et le petit doigt sont &#233;lev&#233;s ; X sont deux V ou deux mains oppos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les J&#233;suites ont fait de ces sauvages du Paraguay des ouvriers habiles, capables d'ex&#233;cuter les t&#226;ches les plus difficiles. Voici ce que Charlevoix dit d'eux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'Les Indiens des Missions ont au supr&#234;me degr&#233; le talent de l'imitation. Il suffit, par exemple, de leur montrer une croix, un chandelier, un encensoir, pour qu'ils les reproduisent et on a peine &#224; distinguer l'ouvrage du mod&#232;le. Ils fabriquent leurs instruments de musique, des orgues les plus compliqu&#233;es, sur la seule inspection qu'ils ont eue ; ainsi que des sph&#232;res astronomiques, des tapis &#224; la mani&#232;re de Turquie et ce &lt;/i&gt;&lt;i&gt;qu'il y a de plus difficile dans la manufacture'&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Xavier de Charlevoix, Histoire du Paraguay, Paris, 1757.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le naturaliste d'Orbigny, qui visita en 1832 les pueblos du Paraguay, d&#233;sorganis&#233;s et ruin&#233;s apr&#232;s l'expulsion des J&#233;suites, admirait les &#233;glises que ces sauvages avaient construites et orn&#233;es de peintures et de sculptures &lt;i&gt;'dans le go&#251;t du moyen-&#226;ge'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ces m&#233;tiers et ces arts, ainsi que les id&#233;es qui leur correspondaient, n'&#233;taient pas inn&#233;s dans la main et la t&#234;te des Guaranys sauvages, ils y avaient &#233;t&#233; pour ainsi dire vers&#233;s, comme on met un air de Verdi dans un orgue de barbarie : c'est par l'&#233;ducation que leur ont donn&#233;e les J&#233;suites qu'ils ont acquis ces m&#233;tiers et ces pens&#233;es diverses. Nous sommes ici en pr&#233;sence d'un cas d'action directe de l'homme sur l'homme. Mais est-ce que les organes et le cerveau de l'homme n'ont pas d'autres moyens de se perfectionner ? Est-ce que les ph&#233;nom&#232;nes du milieu social, est-ce que l'exp&#233;rience ne d&#233;veloppent pas la capacit&#233; technique de ses organes et ne modifient pas ses pens&#233;es ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de Justice qui, d'apr&#232;s Jaur&#232;s, dort inconsciente dans la t&#234;te du sauvage, ne s'est insinu&#233;e dans le cerveau humain qu'apr&#232;s la constitution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les sauvages n'ont aucune notion de justice, ils n'ont m&#234;me pas de mot pour d&#233;signer une telle id&#233;e ; tout au plus connaissent-ils la loi du talion, le coup pour coup, l'oeil pour oeil, qui n'est, en d&#233;finitive, que le mouvement r&#233;flexe transform&#233;, qui fait que la paupi&#232;re cligne quant un objet menace l'oeil, ou que le membre se d&#233;tend quand il est frapp&#233;. Chez des barbares m&#234;mes, vivant dans des milieux sociaux tr&#232;s d&#233;velopp&#233;s, mais communistes, o&#249; par cons&#233;quent la propri&#233;t&#233; priv&#233;e est &#224; peine naissante, l'id&#233;e de justice est tr&#232;s vague. Je vais vous citer &#224; ce propos l'opinion de Summer-Mayne, dont Jaur&#232;s ne contestera pas la haute valeur philosophique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'Au point de vue juridique,&lt;/i&gt; dit Mayne, &lt;i&gt;il n'existe dans un village indien, ni droit ni devoir. Une personne victime d'un dommage ne se plaint pas d'un tort individuel mais du trouble occasionn&#233; &#224; l'ordre de toute la petite soci&#233;t&#233;. De plus, la loi coutumi&#232;re n'a pas de sanction. Dans le cas inconcevable de d&#233;sob&#233;issance &#224; la d&#233;cision du conseil du village, la seule punition, ou la seule punition certaine semblerait n'&#234;tre que la d&#233;sapprobation g&#233;n&#233;rale'&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H. S. Mayne, Les communaut&#233;s de village dans l'Est et l'Ouest.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Locke, qui, comme les philosophes des dix-septi&#232;me et dix-huiti&#232;me si&#232;cles, se servait de la m&#233;thode d&#233;ductive de la g&#233;om&#233;trie, &#233;tait arriv&#233; &#224; penser que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e avait engendr&#233; l'Id&#233;e de justice ; dans son &lt;i&gt;Entendement Humain&lt;/i&gt;, il dit express&#233;ment que :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &lt;i&gt;'L&#224; o&#249; il n'y a point de propri&#233;t&#233;, il n'y a point d'injustice, est une proposition aussi certaine que n'importe quelle d&#233;monstration d'Euclide : l'id&#233;e de propri&#233;t&#233; &#233;tant un droit &#224; une chose, et l'id&#233;e &#224; laquelle correspond le mot justice &#233;tant l'invasion ou la violation de ce droit'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'id&#233;e de Justice, ainsi que le pensait Locke ne peut appara&#238;tre qu'&#224; la suite et comme cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, l'id&#233;e de vol, ou plut&#244;t la tendance irr&#233;fl&#233;chie &#224; s'emparer de ce dont on a besoin ou de ce qu'on d&#233;sire, est au contraire tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e avant la constitution de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e. Le sauvage et le barbare communiste se comportent &#224; l'&#233;gard des biens mat&#233;riels comme nos savants et nos &#233;crivains le font &#224; l'&#233;gard des biens intellectuels ; ils prennent leurs biens partout o&#249; ils les trouvent, selon l'expression de Moli&#232;re. Mais cette habitude naturelle devient vol, crime, d&#232;s que la propri&#233;t&#233; commune est remplac&#233;e par la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; commune avait mis dans la t&#234;te et le coeur des sauvages et des barbares des id&#233;es et des sentiments que les bourgeois chr&#233;tiens, ces tristes produits de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e, trouveront bien &#233;tranges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heckwelder, un missionnaire morave qui, au dix-huiti&#232;me si&#232;cle, v&#233;cut quinze ans au milieu des sauvages de l'Am&#233;rique du Nord, non encore corrompus par le Christianisme et la civilisation bourgeoise, disait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'Les Indiens croient que le Grand Esprit a cr&#233;&#233; le monde et tout ce qu'il contient pour le bien commun des hommes ; quand il peupla la terre et remplit de gibier les bois, ce n'&#233;tait pas pour l'avantage de quelques-uns, mais de tous. Toute chose est donn&#233;e en commun aux enfants des hommes. Tout ce qui respire sur terre et pousse dans les champs, tout ce qui vit dans les rivi&#232;res et les eaux, est conjointement &#224; tous et chacun a droit &#224; sa part.{}&lt;i&gt;'L'hospitalit&#233; n'est pas chez eux une vertu, mais un devoir imp&#233;rieux. Ils se coucheraient sans manger plut&#244;t que d'&#234;tre accus&#233;s d'avoir n&#233;glig&#233; leurs devoirs en ne satisfaisant pas les besoins de l'&#233;tranger, du malade, du n&#233;cessiteux, parce qu'ils ont un droit commun d'&#234;tre secourus aux d&#233;pens du fonds commun ; parce que le gibier dont on les a nourris, s'il a &#233;t&#233; pris dans la for&#234;t, &#233;tait la propri&#233;t&#233; de tous avant que le chasseur ne l'e&#251;t captur&#233;, parce que les l&#233;gumes et le ma&#239;s qu'on leur a offerts ont pouss&#233; sur la terre commune.'&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le j&#233;suite Charlevoix qui, lui aussi, avait v&#233;cu au milieu des sauvages non polic&#233;s par les vertus de la morale chr&#233;tienne et propri&#233;taire dit dans son Histoire de la Nouvelle France :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;'L'esprit fraternel des Peaux Rouges vient, sans doute, en partie de ce que le mien et tien, ces paroles glac&#233;es, comme les appelle saint Jean de Chrysostome, ne sont point encore connues des sauvages. Les soins qu'ils prennent des orphelins, des veuves et des infirmes, l'hospitalit&#233; qu'ils exercent d'une mani&#232;re si admirable, ne sont qu'une suite de la persuasion o&#249; ils sont que tout doit &#234;tre commun pour tous les hommes.'&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propri&#233;t&#233; priv&#233;e, en &#233;tablissant la distinction du tien et du mien, non seulement infiltra l'id&#233;e de justice dans la t&#234;te de l'homme, mais glissa dans son coeur des sentiments qui s'y sont tellement enracin&#233;s que nous les croyons inn&#233;s et que je vous scandaliserais en les mentionnant. Cependant il est bien &#233;tabli que l'homme ignore la jalousie et l'amour paternel tant qu'il vit dans un milieu communiste ; les femmes et les hommes sont alors polygames, la femme prend autant de maris que cela lui pla&#238;t et l'homme autant de femmes qu'il peut, et les voyageurs nous rapportent que tous ces braves gens vivent contents et plus unis que les membres de la triste et &#233;go&#239;ste famille monogamique. Mais, d&#232;s que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e s'installe, l'homme ach&#232;te sa femme et r&#233;serve pour lui seul la jouissance de son animal reproducteur : la jalousie est un sentiment propri&#233;taire transform&#233;. Le p&#232;re ne songe &#224; s'inqui&#233;ter de son enfant que lorsqu'il a une propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; transmettre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es de justice qui encombrent les t&#234;tes des civilis&#233;s et qui sont bas&#233;es sur le mien et le tien, s'&#233;vanouiront comme un mauvais r&#234;ve, d&#232;s que la propri&#233;t&#233; commune aura remplac&#233; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jaur&#232;s nous a dit que les id&#233;es de justice et de fraternit&#233; venant en contradiction avec le milieu social, produisaient le mouvement humain ; mais si cela &#233;tait vrai, il n'y aurait pas eu d'&#233;volution historique, car jamais l'homme ne serait sorti du milieu communiste primitif, dans lequel l'id&#233;e de justice n'existe pas et ne peut exister, et o&#249; les sentiments de fraternit&#233; peuvent se manifester plus librement qu'ils n'ont pu le faire dans aucun autre milieu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de justice, loin d'entrer en contradiction avec les ph&#233;nom&#232;nes du milieu social, s'y accommode au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;alistes les plus positivistes surtout, affirment que les id&#233;es de Justice et que la Morale sont en progr&#232;s : cette th&#233;orie est faite pour plaire aux capitalistes qui &#233;rigent leurs pratiques industrielles et commerciales en actes de vertu. Mais il est difficile d'admettre cette &#233;volution progressive de la Justice et de la Morale, si ch&#232;re aux Auguste Comte, Herbert Spencer et autres profonds philosophes bourgeois de m&#234;me myopie scolastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des faits nombreux contredisent cette agr&#233;able th&#233;orie. Dans les soci&#233;t&#233;s qui ne sont pas bas&#233;es sur la production marchande, o&#249; l'on produit et fait produire les esclaves non pour vendre, mais pour la consommation domestique, le commerce est tenu en grand m&#233;pris. 'Que peut-il sortir d'honorable d'une boutique ?', disait Cic&#233;ron. Seuls, des hommes m&#233;pris&#233;s et m&#233;prisables font le trafic de l'argent. L'int&#233;r&#234;t de l'argent est alors un vol, que la morale et les religions condamnent. Jehovah lui-m&#234;me d&#233;fendait aux juifs le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t ; il ne le permettait que contre l'&#233;tranger, qui est l'ennemi : l'Eglise catholique, devenue la servante &#224; tout faire de la classe capitaliste, fulminait alors ses anath&#232;mes contre l'int&#233;r&#234;t de l'argent. Mais cette morale change d&#232;s que la Bourgeoisie arrive au pouvoir : le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t devient sacro-saint ; une des premi&#232;res lois de 1789 proclame la l&#233;galit&#233; de l'int&#233;r&#234;t de l'argent qui, auparavant, n'&#233;tait que tol&#233;r&#233;. Le Grand livre de la Dette publique devient le Livre d'Or, la Bible de la Bourgeoisie. Le m&#233;tier de pr&#234;teur &#224; int&#233;r&#234;t, de banquier, devient aussi honorable qu'honor&#233; ; vivre de ses rentes, c'est-&#224;-dire de l'int&#233;r&#234;t de l'argent, est la plus haute ambition de tous les membres de la soci&#233;t&#233; bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t serait donc une forme sup&#233;rieure de la morale, si ce n'est la plus sup&#233;rieure, d'apr&#232;s Comte, Spencer et autres amateurs de la 'perfectibilit&#233; perfectible' de la Justice et de la Morale. Que des capitalistes qui vivent du trafic de l'argent, partagent sur cette question l'opinion de leurs &#233;tonnamment superficiels philosophes, rien de plus naturel ; mais nous, socialistes, qui voulons abolir le vol capitaliste, nous sommes forc&#233;s de reconna&#238;tre que les barons f&#233;odaux et les patriciens de l'antiquit&#233; gr&#233;co-latine avaient une conception plus &#233;lev&#233;e de la morale quand ils traitaient de voleurs les pr&#234;teurs &#224; int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Justice et la Morale changent d'une &#233;poque historique &#224; une autre, elles ne progressent pas, afin de s'accommoder aux int&#233;r&#234;ts et aux besoins de la classe dominante. &lt;i&gt;'Que d&#233;montre l'histoire de la pens&#233;e&lt;/i&gt;, disent Marx et Engels, dans le &lt;i&gt;Manifeste Communiste&lt;/i&gt; de 1847, &lt;i&gt;si ce n'est que la production intellectuelle se transforme avec la production mat&#233;rielle. Les id&#233;es dominantes d'une &#233;poque n'ont jamais &#233;t&#233; que les id&#233;es de la classe dominante'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Justice et la Morale, qui se modifient d'apr&#232;s les besoins et les int&#233;r&#234;ts de la classe r&#233;gnante, sont impos&#233;es par celle-ci &#224; la classe opprim&#233;e, qui finit par les accepter, bien qu'elles soient oppos&#233;es &#224; ses int&#233;r&#234;ts et &#224; ses besoins.Qui de nous n'a pas entendu des ouvriers dire : &lt;i&gt;'Il faut bien que l'argent du patron lui rapporte'&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les prol&#233;taires manuels et intellectuels pensent de m&#234;me. Le travailleur, cette victime de l'int&#233;r&#234;t de l'argent, reconna&#238;t sa l&#233;gitimit&#233; et consacre, par l&#224;, l'exploitation capitaliste qui, quotidiennement, le d&#233;pouille d'une partie des fruits de son travail pour que le patron tire profit de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La classe opprim&#233;e ne commence pas &#224; formuler ses revendications au nom de la Justice et d'une Morale sup&#233;rieures, mais au nom de celles qui ont cours ; les droits qu'elle r&#233;clame sont ceux que lui accorde la Justice accommod&#233;e aux int&#233;r&#234;ts de la classe opprimante. Voici un exemple historique :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que dans les soci&#233;t&#233;s guerri&#232;res le travail est m&#233;pris&#233; ; ce n'est pas tout &#224; fait exact. Les h&#233;ros de l'Iliade, gardaient leurs troupeaux et labouraient leurs terres ; ils se vantent souvent de pouvoir tracer un sillon en parfaite ligne droite ; les patriciens de Rome et les eupatrides de Gr&#232;ce d&#233;posaient l'&#233;p&#233;e et le bouclier pour se mettre derri&#232;re la charrue : les seigneurs f&#233;odaux du moyen &#226;ge commen&#231;aient l'apprentissage de la chevalerie en servant comme pages et valets dans une famille noble ; ce qu'on m&#233;prisait &#224; ces &#233;poques, c'est la vente du travail. L'homme qui vendait son travail, qui recevait un salaire, se d&#233;gradait au rang des esclaves, il se vendait comme esclave, il perdait sa dignit&#233; d'homme libre. Cette action d&#233;gradante est commise quotidiennement par les hommes libres de la soci&#233;t&#233; capitaliste. Les prol&#233;taires de la main comme ceux de l'intelligence, n'ont qu'une unique pr&#233;occupation : se vendre, vendre leur travail manuel, vendre leur travail intellectuel, vendre la pens&#233;e, cette chose sacr&#233;e. Xeuxis donnait ses tableaux parce que, disait-il, tout l'or du roi de Perse ne pourrait les payer ; nos Meissonier font couvrir leurs toiles de pi&#232;ces de cent sous par des marchands de porcs de Chicago ou par des Mackay, qui parfois les rel&#232;guent dans les cabinets d'aisances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le prol&#233;taire n'a et ne peut avoir qu'un id&#233;al : vendre son travail le mieux possible. &lt;i&gt;Un juste salaire pour une juste journ&#233;e de travail&lt;/i&gt; est la devise des &lt;i&gt;trade's unions&lt;/i&gt; de tous les travailleurs du monde. Le prol&#233;taire ne se plaint que lorsqu'il ne peut vendre son travail &#224; son juste prix. Et ce n'est que lorsque la classe ouvri&#232;re ne parvient pas &#224; obtenir la d&#233;gradante et avilissante justice de la classe capitaliste, qu'elle commence &#224; songer &#224; la r&#233;volte.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le milieu naturel a fa&#231;onn&#233; l'homme de mani&#232;re &#224; ce qu'il p&#251;t vivre aussi bien sous l'&#233;quateur &#224; 40 et 50 degr&#233;s de chaleur, que pr&#232;s des p&#244;les, dans des pays o&#249; le mercure cong&#232;le : il est vrai qu'il partage cette remarquable propri&#233;t&#233; avec les rats. La diversit&#233; des milieux naturels a diff&#233;renci&#233; l'esp&#232;ce humaine en races dissemblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'homme ainsi que la fourmi, le castor et d'autres animaux, s'est organis&#233; pour y vivre, des milieux &lt;i&gt;artificiels&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire produits par l'art humain. Ces milieux artificiels vont continuer l'oeuvre de la nature, ils vont modifier l'homme naturel, perfectionner certaines de ses qualit&#233;s, lui contrecarrer l'action diversifiante des milieux naturels et r&#233;tablir l'unit&#233; de l'esp&#232;ce humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les milieux naturels situ&#233;s sous la m&#234;me latitude pr&#233;sentent, &#224; peu de chose pr&#232;s, la m&#234;me faune et la m&#234;me flore : de m&#234;me les milieux artificiels qui se ressemblent par leur mode de production &#233;conomique pr&#233;sentent une grande similitude, dans les moeurs des hommes qui y vivent, dans leurs organisations familiales et politiques, dans leurs religions et leurs philosophies. Ainsi partout o&#249; domine le mode capitaliste de production, aussi bien dans le glacial Canada que dans la chaude Italie, et que dans les nouvelles contr&#233;es de l'Australie, on retrouve le parlementarisme avec le suffrage d'abord restreint, puis universel, la famille monogamique, temp&#233;r&#233;e par l'adult&#232;re et la prostitution, la philosophie d&#233;iste et id&#233;aliste. Cette similitude ne s'observe pas seulement chez les peuples qui, depuis des si&#232;cles, suivent le m&#234;me d&#233;veloppement social, mais chez des nations de races diff&#233;rentes, qui ont &#233;volu&#233; en dehors de la sph&#232;re du mouvement europ&#233;en, et qui ont br&#251;l&#233; les &#233;tapes. Les Japonais, par exemple, du moment qu'ils ont introduit dans leur pays l'industrie m&#233;canique, ont brusquement saut&#233; de leur milieu f&#233;odal dans un milieu capitaliste ; ils ont d&#251; modifier leur r&#233;gime politique, leurs lois, m&#234;me leurs v&#234;tements ; ils se coiffent de notre affreux chapeau gibus ; et, avant peu, vous pouvez &#234;tre certains, ils auront leur panama et leur rouvier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi donc, l'homme devient son propre cr&#233;ateur et le ma&#238;tre de ses destin&#233;es sociales par l'interm&#233;diaire du milieu artificiel qu'il se construit, mais son action est inconsciente et &#224; l'oppos&#233; de ses vues : car, comme disait Hegel, l'homme arrive toujours &#224; un r&#233;sultat qu'il n'a pas pr&#233;vu et qui est contraire &#224; ses desseins. Ainsi les capitalistes, pour accro&#238;tre la fortune de leur classe, ont introduit et d&#233;velopp&#233; la grande industrie m&#233;canique, sans tenir compte qu'en ruinant la petite industrie ils d&#233;truisaient la classe moyenne, qui servait de tampon entre eux et le prol&#233;tariat. En 1848, les gardes nationaux accouraient en nombre des villes avoisinantes de Paris pour massacrer les partageux des journ&#233;es de juin, et pour d&#233;fendre les P&#233;reire et les Fould, qui devaient les &#233;gorger financi&#232;rement : mais, en 1871, malgr&#233; les appels r&#233;it&#233;r&#233;s de Thiers, pas un seul garde national ne se d&#233;rangea pour combattre la Commune ; il n'y eut que Mr F&#233;lix Faure, notre pr&#233;sident, qui fit acte de pr&#233;sence : il amena le h&#226;vre, une pompe pour &#233;teindre les incendies que les Versaillais avaient allum&#233;s. Les financiers, les grands industriels et les grands commer&#231;ants, en d&#233;vorant la petite bourgeoisie, avaient d&#233;vor&#233; leurs meilleurs d&#233;fenseurs. La sagesse populaire a compris cette loi de l'histoire, quand, dans un de ses proverbes, elle dit : &lt;i&gt;'L'homme s'agite et Dieu le m&#232;ne'&lt;/i&gt;. Dieu, dans la circonstance est la production &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les n&#233;cessit&#233;s de la production qui conduisent l'humanit&#233; et non l'id&#233;e de Justice consciente ou inconsciente : et pour le d&#233;montrer, je ne connais rien de plus probant que l'histoire de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esclavage, au dire des id&#233;alistes, aurait eu cette double fortune d'avoir &#233;t&#233; introduit par philanthropie et d'avoir &#233;t&#233; aboli encore par philanthropie. L'homme aurait cess&#233; de manger son semblable du moment que l'amour du prochain aurait commenc&#233; &#224; luire dans son coeur : cependant, c'&#233;tait une belle preuve d'amour qu'on lui donnait en le mangeant : les catholiques estiment qu'ils ne peuvent donner &#224; leur Dieu de plus grande preuve d'amour, que de le manger sous la forme et l'esp&#232;ce d'une hostie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, on ne peut attribuer la cessation des repas anthropophagiques, qu'&#224; des causes &#233;conomiques et &#224; l'influence de la femme. Au d&#233;but, toute la tribu, enfants, femmes et hommes, participaient &#224; ces repas ; c'&#233;tait un vieux parent qu'on mangeait, pour lui &#233;pargner les soucis de l'&#226;ge et de la vie sauvage, si p&#233;nible pour ceux qui ont perdu la vigueur et l'&#233;lasticit&#233; de leurs membres : mais lorsque le s&#233;jour dans les contr&#233;es giboyeuses et poissonneuses, l'&#233;levage du b&#233;tail et la culture des terres, permirent de nourrir les vieillards, on les laissa mourir de leur belle mort. Mais on continua &#224; manger les cadavres des ennemis tomb&#233;s sur le champ de bataille, ainsi que les prisonniers de guerre. Les guerriers seuls prenaient part &#224; ces festins ; les femmes en &#233;taient exclues : par jalousie, sans doute, elles les prirent en horreur, et manifest&#232;rent leur d&#233;go&#251;t aux hommes qui assistaient aux repas cannibalesques ; et ceux-ci, influenc&#233;s par l'opinion f&#233;minine, finirent par les supprimer. Ils ne les conserv&#232;rent que comme c&#233;r&#233;monie religieuse ; la communion des catholiques est un souvenir des festins anthropophagiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esclavage ne s'introduit que lorsque la production agricole et industrielle est assez d&#233;velopp&#233;e pour que l'homme, en travaillant, puisse produire de quoi se suffire et quelque chose au del&#224;, dont un autre individu peut s'emparer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tribus sauvages et barbares, quand elles avaient &#233;t&#233; d&#233;cim&#233;es par leurs luttes intestines, adoptaient les prisonniers de guerre pour combler les vides faits dans les rangs de leurs guerriers ; elles les adopt&#232;rent alors pour en faire des travailleurs. Cette adoption de l'esclave s'est conserv&#233;e m&#234;me chez les peuples civilis&#233;s : les Grecs et les Romains recevaient les esclaves comme membres de la famille, apr&#232;s une c&#233;r&#233;monie religieuse qui avait lieu devant l'autel familial. L'esclave donna son nom &#224; la famille : car le mot famille provient d'un vieux mot osque, famel, qui signifie esclave. La famille patriarcale, en effet, est bas&#233;e sur l'esclavage de la femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esclavage, quand il d&#233;bute, est doux : l'esclave est un compagnon, presque un ami. Azara, qui, en qualit&#233; de commissaire pour la d&#233;limitation des possessions portugaises et espagnoles, a v&#233;cu, au si&#232;cle dernier, plus de dix ans au milieu des tribus sauvages du Br&#233;sil et du Paraguay, a pu observer l'esclavage dans sa forme naissante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'Les M'bayas (la tribu la plus belliqueuse du Paraguay) emploient,&lt;/i&gt; &#233;crit-il, &lt;i&gt;les Guaranys pour cultiver leurs terres et les servir. Il est vrai que cet esclavage est bien doux ; le Guarany s'y soumet volontairement. Les ma&#238;tres donnent peu d'ordres, ils n'emploient jamais un ton imp&#233;rieux, ni obligatoire, ils partagent tout avec leurs esclaves ; m&#234;me les plaisirs charnels. J'ai vu un M'baya grelottant de froid laisser &#224; son Guarany la couverture qu'il lui avait prise pour se couvrir, et m&#234;me ne pas lui faire sentir qu'il la voulait'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Don F&#233;lix de Azara, Voyages dans l'Am&#233;rique m&#233;ridionale de 1781 &#224; 1801.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esclavage, tel que nous le d&#233;peint l'Odyss&#233;e, bien qu'&#233;tablissant encore des rapports d'amiti&#233; entre le ma&#238;tre et l'esclave, a d&#233;j&#224; perdu son caract&#232;re humain primitif ; et, &#224; mesure que la civilisation progresse, que la philosophie &#233;claire les hommes, que la Justice r&#232;gle les droits des citoyens libres et que la Morale pare leurs vices de pr&#233;ceptes, l'esclavage devient de plus en plus inhumain ; aux temps les plus beaux d'Ath&#232;nes et de Rome, il &#233;tait intol&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, cet esclavage inhumain et intol&#233;rable &#233;tait accept&#233; par les philosophes les plus id&#233;alistes. Platon introduit des esclaves dans sa R&#233;publique utopique, et Aristote pensait que la nature marquait certains hommes par la servitude ; le vilain Dieu des Juifs et des Chr&#233;tiens avait d&#233;sign&#233; la race de Cham pour fournir les esclaves. Mais le penseur grec entrevit, ce que ne put jamais Jehovah, l'abolition de l'esclavage, lorsque les machines se mettraient en mouvement et accompliraient d'elles-m&#234;mes leur travail sacr&#233;, comme les tr&#233;pieds de Vulcain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pr&#234;tres catholiques, qui, dans l'&#233;tude de la th&#233;ologie ont appris l'art du mensonge, s'en vont r&#233;p&#233;tant que le christianisme a aboli l'esclavage ; tandis que c'est le christianisme qui l'a introduit en Am&#233;rique et qui l'a conserv&#233; dans l'ancien monde. Saint Paul renvoyait &#224; leurs ma&#238;tres les esclaves chr&#233;tiens fugitifs ; et ainsi que saint Pierre, saint Augustin et toute la s&#233;quelle des saints des premiers si&#232;cles, ils enseignaient aux esclaves &#224; ob&#233;ir et &#224; servir fid&#232;lement leurs ma&#238;tres terrestres pour m&#233;riter les faveurs du ma&#238;tre c&#233;leste, le protecteur n&#233; des esclavagistes et des despotes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Si, pour tromper l'opinion, les pr&#234;tres catholiques condamnent en public (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esclavage, que la philosophie et le christianisme n'avaient jamais song&#233; &#224; combattre, et encore moins &#224; supprimer, disparut d&#232;s que les moyens de production furent assez d&#233;velopp&#233;s pour en faire un mode chanceux et dispendieux d'exploitation de l'homme. Comparez le salariat &#224; l'esclavage. Le ma&#238;tre doit acheter son esclave et supporter les pertes provenant des accidents et de la mort ; il est forc&#233; de le nourrir, alors m&#234;me que l'esclave tombe malade ou ch&#244;me, et de l'entretenir dans sa vieillesse ; car il ne peut l'abattre comme un chien. Le capitaliste est d&#233;barrass&#233; de ces soucis ; sans bourse d&#233;lier, il se procure autant de travailleurs qu'il d&#233;sire, et le salaire qu'il leur donne pour la journ&#233;e de travail correspond, &#224; peu de chose pr&#232;s &#224; la somme que l'esclavagiste doit d&#233;penser pour nourrir sa b&#234;te de somme. Les Compagnies d'omnibus de Paris d&#233;pensent plus pour l'entretien d'un cheval que pour le salaire d'un conducteur ; et elles font travailler moiti&#233; moins leurs esclaves &#224; quatre pattes que leurs salari&#233;s libres. C'est par des raisons &#233;conomiques et non par des fantaisies sentimentales et id&#233;alistes que l'on peut expliquer pourquoi les capitalistes, qui exploitent si f&#233;rocement les hommes et les femmes libres, sont de si ardents abolitionnistes de l'esclavage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'esclavage, approuv&#233; par la Justice et la Morale, &#233;tait non seulement accept&#233; par la classe dominante, comme une institution divine et naturelle, mais encore par la classe opprim&#233;e. Les malheureux esclaves de la soci&#233;t&#233; antique n'entrevoyaient m&#234;me pas la possibilit&#233; de son abolition. La servitude avait &#233;teint tout sentiment de r&#233;volte dans leurs coeurs, comme elle avait emp&#234;ch&#233; l'&#233;closion de toute id&#233;e de Justice dans la t&#234;te des ma&#238;tres ; ainsi pendant la guerre de s&#233;cession de l'Am&#233;rique du Nord, on ne put recruter un nombre suffisant de Noirs pour en former un r&#233;giment contre leurs oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en fut pas de m&#234;me durant le moyen &#226;ge : la f&#233;odalit&#233; ne put &#233;tendre son oppression sur tout le pays que par une lutte incessante, et elle eut &#224; vaincre une s&#233;rie ininterrompue de r&#233;voltes et &#224; &#233;touffer tous les sentiments d'&#233;galit&#233; et d'ind&#233;pendance des paysans, qui vivaient dans des villages collectivistes. &#201;coutez ce cri de r&#233;volte du paysan du X&#186; si&#232;cle, et vous me direz si vous en avez entendu de plus superbe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;'Les seigneurs ne nous font que du mal ; ils ont tout, peuvent tout, mangent tout et nous font vivre en pauvret&#233; et douleurs... Pourquoi nous laisser traiter de la sorte ? Nous sommes hommes comme eux, nous avons les m&#234;mes membres, la m&#234;me taille, la m&#234;me force pour souffrir, et nous sommes cent contre un... D&#233;fendons-nous contre les chevaliers, tenons-nous tous ensemble, et nul homme n'aura seigneurie sur nous, et nous pourrons couper les arbres, prendre le gibier dans les for&#234;ts et le poisson dans les &#233;tangs, et nous ferons notre volont&#233; aux bois, dans les pr&#233;s et sur les eaux'&lt;/i&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Roman de Roult. (On le fait remonter au IX&#186; ou au X&#186; si&#232;cle.)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paysans n'ont pas eu besoin d'attendre les bourgeois de 1789 pour avoir des sentiments d'&#233;galit&#233;. Mais que pouvaient les pauvres paysans, couverts de peaux de b&#234;tes et de sayons de laine et arm&#233;s de b&#226;tons et de faux contre les barons f&#233;odaux bard&#233;s de fer ? Partout, en France, comme en Angleterre, en Allemagne, ils furent battus et horriblement massacr&#233;s et tortur&#233;s avec l'aide et la complicit&#233; des pr&#234;tres et des bourgeois. &#201;tienne Marcel, le h&#233;ros bourgeois, dont la statue, &#233;rig&#233;e par les r&#233;publicains lib&#233;raux et radicaux s'&#233;l&#232;ve en face de l'H&#244;tel-de-Ville, apr&#232;s s'&#234;tre servi des Jacques, les trahit et les livra &#224; Charles-le-Mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque la poudre de canon sortit du laboratoire de l'alchimiste pour tomber dans le domaine de l'industrie, elle r&#233;tablit l'&#233;galit&#233; sur le champ de bataille et d&#233;cr&#233;ta l'arr&#234;t de mort de la f&#233;odalit&#233;. Mais si la poudre &#224; canon d&#233;barrassa l'Europe des seigneurs f&#233;odaux, elle introduisit d'autres fl&#233;aux : les arm&#233;es permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie a horreur du militarisme ; elle d&#233;teste les tra&#238;neurs de sabre, et comme elle est anim&#233;e de la noble ambition d'exploiter tous les hommes sans distinction de nationalit&#233;s, elle a proclam&#233; la fraternit&#233; des peuples et a annonc&#233; que sous sa domination sociale, la paix et le commerce r&#233;gneraient. Les t&#234;tes fortes de la bourgeoisie europ&#233;enne fond&#232;rent une &lt;i&gt;ligue internationale&lt;/i&gt; de la paix, pour h&#226;ter la venue de ce r&#232;gne pacifique ; ils tinrent des congr&#232;s internationaux qui d&#233;p&#234;ch&#232;rent aupr&#232;s des rois et des despotes des missionnaires pour leur d&#233;noncer les horreurs de la guerre et les effrayer avec les d&#233;penses folles qu'occasionnaient les arm&#233;es permanentes. Ces ap&#244;tres de la Justice et de la Fraternit&#233; ont fini par se d&#233;courager en voyant les arm&#233;es permanentes se multiplier en Europe, et augmenter leurs effectifs et les guerres devenir de plus en plus meurtri&#232;res ; ils se sont d&#233;cid&#233;s &#224; se d&#233;guiser en imp&#233;tueux patriotes ; et si aujourd'hui ils ne pr&#234;chent pas l'&#233;gorgement des peuples, apr&#232;s avoir &#233;vang&#233;lis&#233; sur leur fraternit&#233;, c'est par peur. C'est qu'aujourd'hui les bourgeois sont devenus de la chair &#224; canon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, d'un coeur aussi l&#233;ger que celui d'Emile Ollivier, voter une exp&#233;dition coloniale contre les amazones du Dahomey ou contre les Hovas de Madagascar, parce que ce sont des paysans et des ouvriers qu'on envoie l&#224;-bas se faire trouer la peau mais dans une guerre europ&#233;enne, il faudrait que les bourgeois marchent et paient de leur personne. Et cela ne leur sourit gu&#232;re, depuis surtout que les fusils perfectionn&#233;s et les nouveaux explosifs sont destin&#233;s &#224; transformer les champs de bataille en abattoirs de plusieurs kilom&#232;tres carr&#233;s, o&#249; des centaines de mille hommes seront massacr&#233;s sans gloire et sans h&#233;ro&#239;sme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La famine succ&#233;derait &#224; la boucherie. En effet, une guerre europ&#233;enne enr&#244;lerait sous les drapeaux tous les hommes valides : les ateliers se videraient, les moissons dans les campagnes pourriraient sur pied et la terre, non labour&#233;e et ensemenc&#233;e, ne porterait pas de r&#233;coltes. Quand la guerre, victorieuse ou malheureuse, se serait termin&#233;e, la population des deux pays ennemis serait ruin&#233;e et sans pain : les ouvriers auraient les armes &#224; la main. &lt;i&gt;'Qui a des fusils a du pain !'&lt;/i&gt; disait Blanqui. Une guerre europ&#233;enne d&#233;cha&#238;nerait la r&#233;volution sociale dans le monde capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a que des fous ou des criminels qui peuvent d&#233;sirer une guerre europ&#233;enne. La guerre est devenue impossible par le d&#233;veloppement et le perfectionnement des engins de destruction et par la militarisation de tous les citoyens ; le moment est donc venu de r&#233;aliser l'id&#233;al de la bourgeoisie et d'abolir les arm&#233;es permanentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques, plus puissants que la volont&#233; des bourgeois, ne veulent pas la r&#233;alisation de leur id&#233;al. On maintient aujourd'hui des arm&#233;es permanentes, non pour faire la guerre mais faire marcher l'industrie et le commerce. En effet, si en France, comme en Allemagne, en Italie, en Russie, on licenciait les troupes, on ruinerait toutes les industries qui vivent de l'arm&#233;e, on jetterait sur le march&#233; du travail trois ou quatre cent mille hommes valides, jeunes ; ce serait le ch&#244;mage g&#233;n&#233;ral, ce serait la R&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, par hasard, la triste bourgeoisie poss&#232;de un id&#233;al raisonnable dont elle poursuit la r&#233;alisation depuis qu'elle est arriv&#233;e &#224; la domination sociale, les forces &#233;conomiques qu'elle-m&#234;me a mises en mouvement s'opposent &#224; ce qu'elle le fasse passer dans les faits, et lui prouvent qu'elle n'est pas ma&#238;tresse de ses propres destin&#233;es, mais qu'elle est soumise aux forces du monde &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un id&#233;al vit dans la t&#234;te humaine depuis des milliers d'ann&#233;es : ce n'est pas un id&#233;al de justice, mais un id&#233;al de paix et de bonheur, l'id&#233;al d'une soci&#233;t&#233; o&#249; il n'y aurait ni &lt;i&gt;mien&lt;/i&gt; ni &lt;i&gt;tien&lt;/i&gt;, o&#249; tout serait &#224; tous, o&#249; l'&#233;galit&#233; et la fraternit&#233; seraient les seuls liens qui r&#233;uniraient les hommes : aux &#233;poques troubl&#233;es de l'histoire, des penseurs g&#233;n&#233;reux, Platon, Morus, Campanella, ont d&#233;crit cette soci&#233;t&#233; id&#233;ale en d'enchanteresses utopies, et des h&#233;ros se sont lev&#233;s et se sont sacrifi&#233;s pour l'&#233;tablir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;al n'est pas une production spontan&#233;e du cerveau humain, il est une r&#233;miniscence de cet &lt;i&gt;&#226;ge d'or&lt;/i&gt;, de ce &lt;i&gt;paradis terrestre&lt;/i&gt;, dont nous parlent les religions, il est un souvenir lointain de cette &#233;poque communiste que l'homme a d&#251; traverser avant d'arriver &#224; la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et dont les citations que je vous ai faites d'Heckwelder et de Charlevoix d&#233;montrent l'existence dans le pass&#233; de l'humanit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les pl&#233;b&#233;iens et les pauvres des cit&#233;s grecques ont &#233;chou&#233; dans leurs nombreuses r&#233;voltes contre les praticiens et les riches, pour r&#233;introduire la communaut&#233; des biens ; si les sectes h&#233;r&#233;tiques populaires du moyen &#226;ge ont &#233;chou&#233; dans leurs tentatives r&#233;p&#233;t&#233;es de r&#233;tablir l'&#233;galit&#233; et la fraternit&#233; sur terre, c'est qu'au temps de la d&#233;cadence gr&#233;co-latine, comme durant les derniers si&#232;cles du moyen &#226;ge, les ph&#233;nom&#232;nes &#233;conomiques s'opposaient au retour de la communaut&#233; des biens ; au lieu de vouloir ce retour, ils travaillaient &#224; d&#233;truire les derniers restes du communisme et &#233;laboraient les &#233;l&#233;ments de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e bourgeoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;al du communisme revit d'une nouvelle flamme dans nos intelligences ; mais cet id&#233;al n'est plus une r&#233;miniscence, il sort des entrailles de la r&#233;alit&#233;, il est le reflet du monde &#233;conomique. Nous ne sommes pas des utopistes, des r&#234;veurs, comme les &lt;i&gt;lollards&lt;/i&gt; d'Angleterre et comme les pl&#233;b&#233;iens de la Gr&#232;ce, nous sommes des hommes de science, qui n'inventons pas des soci&#233;t&#233;s, mais qui les d&#233;gagerons du milieu capitaliste.Si nous sommes communistes, c'est que nous sommes convaincus que les forces &#233;conomiques de la production capitaliste entra&#238;nent fatalement la soci&#233;t&#233; au communisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, nous, qu'on accuse de cr&#233;er les classes, demandons, au contraire, leur abolition, c'est que nous savons que les n&#233;cessit&#233;s de la production qui ont impos&#233; la division des hommes en classes exploitantes et exploit&#233;es, sont r&#233;solues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristote, ce g&#233;ant de la pens&#233;e, avait pr&#233;vu que lorsque les machines accompliraient d'elles-m&#234;mes leur travail, les citoyens libres n'auraient plus besoin d'un peuple d'esclaves pour leur procurer des loisirs : si nous, nous pr&#233;voyons la fin du salariat, cette derni&#232;re forme de l'esclavage, c'est que nous savons que l'homme poss&#232;de l'esclave de fer, la machine-outil automotrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jamais dans l'antiquit&#233;, jamais &#224; aucune &#233;poque, les citoyens libres n'ont poss&#233;d&#233; un nombre aussi consid&#233;rable d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques chiffres extraits de l'&lt;i&gt;Annuaire de Statistique&lt;/i&gt;, publi&#233; en 1890, par le Minist&#232;re du Commerce :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1887, le nombre de machines &#224; feu employ&#233;es dans l'industrie, l'agriculture, les chemins de fer et la navigation &#224; vapeur, s'&#233;levait, en France, au chiffre de 135748, fournissant une force de neuf millions de chevaux-vapeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration sup&#233;rieure des mines estime que chaque cheval-vapeur repr&#233;sente le travail de 21 manoeuvres. Les neuf millions de chevaux-vapeur repr&#233;sentent donc le travail de 189 millions d'esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le recensement de 1886 portait la population &#224; 39 millions : il y avait donc 4,8 esclaves par chaque habitant ou 24 esclaves de fer par famille de cinq personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le travail de ces 189 millions d'esclaves de fer monopolis&#233; par une classe incapable de le diriger et de le contr&#244;ler, engendre la mis&#232;re des producteurs au sein de la plus extraordinaire abondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque les moyens de production arrach&#233;s des mains oisives et impuissantes de la classe capitaliste seront devenus la propri&#233;t&#233; commune de la nation, la paix et le bonheur refleuriront sur la terre, car la soci&#233;t&#233; domptera les forces &#233;conomiques, comme ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dompt&#233;es les forces naturelles : alors, et alors seulement, l'homme sera libre, parce qu'il sera devenu le ma&#238;tre de ses destin&#233;es sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#232;gne de l'inconscient sera clos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est plus que probable que les petits enfants des civilis&#233;s, ainsi que les sauvages, se repr&#233;sentent toujours des objets mat&#233;riels quand ils &#233;num&#232;rent des chiffres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Xavier de Charlevoix, &lt;i&gt;Histoire du Paraguay&lt;/i&gt;, Paris, 1757.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H. S. Mayne, &lt;i&gt;Les communaut&#233;s de village dans l'Est et l'Ouest&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Don F&#233;lix de Azara, &lt;i&gt;Voyages dans l'Am&#233;rique m&#233;ridionale de 1781 &#224; 1801&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Si, pour tromper l'opinion, les pr&#234;tres catholiques condamnent en public l'esclavage, ils le d&#233;fendent dans leur enseignement priv&#233; donn&#233; dans les s&#233;minaires.Le j&#233;suite Gury, mort il y a une quinzaine d'ann&#233;es, dans sa &lt;i&gt;Th&#233;ologie Morale&lt;/i&gt;, qui est un ouvrage classique mis entre les mains de tous les s&#233;minaristes et qui, d'apr&#232;s Mgr Guibert, archev&#234;que de Paris, 'avait heureusement transform&#233;, dans ces trente derni&#232;res ann&#233;es, l'esprit du clerg&#233; fran&#231;ais', dit &#224; ce sujet :'Demande : L'homme peut-il avoir le droit de propri&#233;t&#233; sur un autre homme ?'R&#233;ponse : 1&#186; L'homme peut, d' apr&#232;s le Droit naturel, se vendre &#224; perp&#233;tuit&#233; &#224; un autre, comme propri&#233;t&#233; utile. Car s'il peut passer cette propri&#233;t&#233; &#224; un autre pour quelque temps, il le peut pour toujours, puisqu'il peut c&#233;der ce qu'il poss&#232;de ;'2&#186; En principe, n'est pas contraire au droit naturel l'esclavage ou suj&#233;tion perp&#233;tuelle, dans laquelle, en &#233;change de la nourriture, on dispose de tout son travail pour un autre.'R.P. Gury, &lt;i&gt;Compendium theologioe moralis, Chap. II : 'Des principales propri&#233;t&#233;s. Trait&#233; de la Justice et du Droit&lt;/i&gt;.'Le j&#233;suite Gury, en subtil logicien, d&#233;rive l'esclavage du salariat et du Droit naturel : sa th&#232;se est irr&#233;futable pour tous ceux qui d&#233;fendent la classe capitaliste ou qui admettent qu'il existe un Droit naturel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Roman de Roult&lt;/i&gt;. (On le fait remonter au IX&#186; ou au X&#186; si&#232;cle.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href=&#034;http://www.marxists.org/francais/index.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.marxists.org/francais/index.htm&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Le droit &#224; la paresse - Texte &#224; t&#233;l&#233;charger - Format RTF</title>
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		<dc:creator>Lafargue, Paul</dc:creator>



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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Le-droit-a-la-paresse-" rel="directory"&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_35 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/IMG/rtf/lafargue.rtf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='RTF - 102.8 kio' type=&#034;application/rtf&#034;&gt;&lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L64xH64/rtf-a14e8.svg?1778863578' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Le droit &#224; la paresse - RTF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Chapitre V : Appendice </title>
		<link>https://caute.lautre.net/Chapitre-V-Appendice</link>
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		<dc:date>2004-01-06T23:07:17Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lafargue, Paul</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avant-propos &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre II : B&#233;n&#233;dictions du travail &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre III : Ce qui suit la surproduction &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre IV : A nouvel air, chanson nouvelle &lt;br class='autobr' /&gt; Nos moralistes sont gens bien modestes ; s'ils ont invent&#233; le dogme du travail, ils doutent de son efficacit&#233; pour tranquilliser l'&#226;me, r&#233;jouir l'esprit et entretenir le bon fonctionnement des reins et autres organes ; ils veulent en exp&#233;rimenter l'usage sur le populaire &#034;in anima vili&#034;, avant de le tourner (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Le-droit-a-la-paresse-" rel="directory"&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Avant-propos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-I-Un-dogme-desastreux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-II-Benedictions-du-travail' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre II : B&#233;n&#233;dictions du travail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-III-Ce-qui-suit-la-surproduction' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre III : Ce qui suit la surproduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-IV-A-nouvel-air-chanson-nouvelle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre IV : A nouvel air, chanson nouvelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nos moralistes sont gens bien modestes ; s'ils ont invent&#233; le dogme du travail, ils doutent de son efficacit&#233; pour tranquilliser l'&#226;me, r&#233;jouir l'esprit et entretenir le bon fonctionnement des reins et autres organes ; ils veulent en exp&#233;rimenter l'usage sur le populaire &#034;in anima vili&#034;, avant de le tourner contre les capitalistes, dont ils ont mission d'excuser et d'autoriser les vices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, philosophes &#224; quatre sous la douzaine, pourquoi vous battre ainsi la cervelle &#224; &#233;lucubrer une morale dont vous n'osez conseiller la pratique &#224; vos ma&#238;tres ? Votre dogme du travail, dont vous faites tant les fiers, voulez-vous le voir bafou&#233;, honni ? Ouvrons l'histoire des peuples antiques et les &#233;crits de leurs philosophes et de leurs l&#233;gislateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne saurais affirmer, dit le p&#232;re de l'histoire, H&#233;rodote, si les Grecs tiennent des &#201;gyptiens le m&#233;pris qu'ils font du travail, parce que je trouve le m&#234;me m&#233;pris &#233;tabli parmi les Thraces, les Scythes, les Perses, les Lydiens ; en un mot parce que chez la plupart des barbares, ceux qui apprennent les arts m&#233;caniques et m&#234;me leurs enfants sont regard&#233;s comme les derniers des citoyens... Tous les Grecs ont &#233;t&#233; &#233;lev&#233;s dans ces principes, particuli&#232;rement les Lac&#233;d&#233;moniens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;rodote, t. ll, trad. Larcher, 1876.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Ath&#232;nes, les citoyens &#233;taient de v&#233;ritables nobles qui ne devaient s'occuper que de la d&#233;fense et de l'administration de la communaut&#233;, comme les guerriers sauvages dont ils tiraient leur origine. Devant donc &#234;tre libres de tout leur temps pour veiller, par leur force intellectuelle et corporelle, aux int&#233;r&#234;ts de la R&#233;publique, ils chargeaient les esclaves de tout travail. De m&#234;me &#224; Lac&#233;d&#233;mone, les femmes m&#234;mes ne devaient ni filer ni tisser pour ne pas d&#233;roger &#224; leur noblesse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Biot, &#034;De l'abolition de l'esclavage ancien en Occident&#034;, 1840.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Romains ne connaissaient que deux m&#233;tiers nobles et libres, l'agriculture et les armes ; tous les citoyens vivaient de droit aux d&#233;pens du Tr&#233;sor, sans pouvoir &#234;tre contraints de pourvoir &#224; leur subsistance par aucun des &#034;sordidoe artes&#034; (ils d&#233;signaient ainsi les m&#233;tiers) qui appartenaient de droit aux esclaves. Brutus, l'ancien, pour soulever le peuple, accusa surtout Tarquin, le tyran, d'avoir fait des artisans et des ma&#231;ons avec des citoyens libres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tite-Live, livre premier.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les philosophes anciens se disputaient sur l'origine des id&#233;es, mais ils tombaient d'accord s'il s'agissait d'abhorrer le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La nature, dit Platon, dans son utopie sociale, dans sa &#034;R&#233;publique&#034; mod&#232;le, la nature n'a fait ni cordonnier, ni forgeron ; de pareilles occupations d&#233;gradent les gens qui les exercent, vils mercenaires, mis&#233;rables sans nom qui sont exclus par leur &#233;tat m&#234;me des droits politiques. Quant aux marchands accoutum&#233;s &#224; mentir et &#224; tromper, on ne les souffrira dans la cit&#233; que comme un mal n&#233;cessaire. Le citoyen qui se sera avili par le commerce de boutique sera poursuivi pour ce d&#233;lit. S'il est convaincu, il sera condamn&#233; &#224; un an de prison. La punition sera double &#224; chaque r&#233;cidive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon, &#034;R&#233;publique&#034;, livre V.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#034;&#201;conomique&#034;, X&#233;nophon &#233;crit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gens qui se livrent aux travaux manuels ne sont jamais &#233;lev&#233;s aux charges, et on a bien raison. La plupart, condamn&#233;s &#224; &#234;tre assis tout le jour, quelques-uns m&#234;me &#224; &#233;prouver un feu continuel, ne peuvent manquer d'avoir le corps alt&#233;r&#233; et il est bien difficile que l'esprit ne s'en ressente. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que peut-il sortir d'honorable d'une boutique ? professe Cic&#233;ron, et qu'est-ce que le commerce peut produire d'honn&#234;te ? Tout ce qui s'appelle boutique est indigne d'un honn&#234;te homme [...], les marchands ne pouvant gagner sans mentir, et quoi de plus honteux que le mensonge ! Donc, on doit regarder comme quelque chose de bas et de vil le m&#233;tier de tous ceux qui vendent leur peine et leur industrie ; car quiconque donne son travail pour de l'argent se vend lui-m&#234;me et se met au rang des esclaves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cic&#233;ron, &#034;Des devoirs&#034;, I, tit. ll, chap. XLII.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prol&#233;taires, abrutis par le dogme du travail, entendez-vous le langage de ces philosophes, que l'on vous cache avec un soin jaloux : un citoyen qui donne son travail pour de l'argent se d&#233;grade au rang des esclaves, il commet un crime, qui m&#233;rite des ann&#233;es de prison. La tartuferie chr&#233;tienne et l'utilitarisme capitaliste n'avaient pas perverti ces philosophes des R&#233;publiques antiques ; professant pour des hommes libres, ils parlaient na&#239;vement leur pens&#233;e. Platon, Aristote, ces penseurs g&#233;ants, dont nos Cousin, nos Caro, nos Simon ne peuvent atteindre la cheville qu'en se haussant sur la pointe des pieds, voulaient que les citoyens de leurs R&#233;publiques id&#233;ales v&#233;cussent dans le plus grand loisir, car, ajoutait X&#233;nophon, &#171; le travail emporte tout le temps et avec lui on n'a nul loisir pour la R&#233;publique et les amis &#187;. Selon Plutarque, le grand titre de Lycurgue, &#171; le plus sage des hommes &#187; &#224; l'admiration de la post&#233;rit&#233;, &#233;tait d'avoir accord&#233; des loisirs aux citoyens de la R&#233;publique en leur interdisant un m&#233;tier quelconque&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Platon, &#034;R&#233;publique&#034;, V, et les &#034;Lois&#034;, III ; Aristote, &#034;Politique&#034;, II et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, r&#233;pondront les Bastiat, Dupanloup, Beaulieu et compagnie de la morale chr&#233;tienne et capitaliste, ces penseurs, ces philosophes pr&#233;conisaient l'esclavage. -Parfait, mais pouvait- il en &#234;tre autrement, &#233;tant donn&#233; les conditions &#233;conomiques et politiques de leur &#233;poque ? La guerre &#233;tait l'&#233;tat normal des soci&#233;t&#233;s antiques ; l'homme libre devait consacrer son temps &#224; discuter les affaires de l'&#201;tat et &#224; veiller &#224; sa d&#233;fense ; les m&#233;tiers &#233;taient alors trop primitifs et trop grossiers pour que, les pratiquant, on p&#251;t exercer son m&#233;tier de soldat et de citoyen ; afin de poss&#233;der des guerriers et des citoyens, les philosophes et les l&#233;gislateurs devaient tol&#233;rer les esclaves dans les R&#233;publiques h&#233;ro&#239;ques. -Mais les moralistes et les &#233;conomistes du capitalisme ne pr&#233;conisent-ils pas le salariat, l'esclavage moderne ? Et &#224; quels hommes l'esclavage capitaliste fait-il des loisirs ? -&#192; des Rothschild, &#224; des Schneider, &#224; des Mme Boucicaut, inutiles et nuisibles esclaves de leurs vices et de leurs domestiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le pr&#233;jug&#233; de l'esclavage dominait l'esprit de Pythagore et d'Aristote &#187;, a-t-on &#233;crit d&#233;daigneusement ; et cependant Aristote pr&#233;voyait que &#171; si chaque outil pouvait ex&#233;cuter sans sommation, ou bien de lui-m&#234;me, sa fonction propre, comme les chefs-d'&#339;uvre de D&#233;dale se mouvaient d'eux-m&#234;mes, ou comme les tr&#233;pieds de Vulcain se mettaient spontan&#233;ment &#224; leur travail sacr&#233; ; si, par exemple, les navettes des tisserands tissaient d'elles-m&#234;mes, le chef d'atelier n'aurait plus besoin d'aides, ni le ma&#238;tre d'esclaves &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#234;ve d'Aristote est notre r&#233;alit&#233;. Nos machines au souffle de feu, aux membres d'acier, infatigables, &#224; la f&#233;condit&#233; merveilleuse, in&#233;puisable, accomplissent docilement d'elles- m&#234;mes leur travail sacr&#233; ; et cependant le g&#233;nie des grands philosophes du capitalisme reste domin&#233; par le pr&#233;jug&#233; du salariat, le pire des esclavages. Ils ne comprennent pas encore que la machine est le r&#233;dempteur de l'humanit&#233;, le Dieu qui rach&#232;tera l'homme des &#034;sordidoe artes&#034; et du travail salari&#233;, le Dieu qui lui donnera des loisirs et la libert&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;H&#233;rodote, t. ll, trad. Larcher, 1876.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Biot, &#034;De l'abolition de l'esclavage ancien en Occident&#034;, 1840.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Tite-Live, livre premier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon, &#034;R&#233;publique&#034;, livre V.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cic&#233;ron, &#034;Des devoirs&#034;, I, tit. ll, chap. XLII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Platon, &#034;R&#233;publique&#034;, V, et les &#034;Lois&#034;, III ; Aristote, &#034;Politique&#034;, II et VII ; X&#233;nophon, &#034;Economique&#034;, IV et VI ; Plutarque, &#034;Vie de Lycurgue&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Chapitre IV : A nouvel air, chanson nouvelle</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Chapitre-IV-A-nouvel-air-chanson-nouvelle</link>
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		<dc:date>2004-01-06T23:06:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lafargue, Paul</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avant-propos &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre II : B&#233;n&#233;dictions du travail &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre III : Ce qui suit la surproduction &lt;br class='autobr' /&gt; Si, en diminuant les heures de travail, on conquiert &#224; la production sociale de nouvelles forces m&#233;caniques, en obligeant les ouvriers &#224; consommer leurs produits, on conquerra une immense arm&#233;e de forces de travail. La bourgeoisie, d&#233;charg&#233;e alors de sa t&#226;che de consommateur universel, s'empressera de licencier la cohue de soldats, de magistrats, de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Le-droit-a-la-paresse-" rel="directory"&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Avant-propos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-I-Un-dogme-desastreux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-II-Benedictions-du-travail' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre II : B&#233;n&#233;dictions du travail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-III-Ce-qui-suit-la-surproduction' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre III : Ce qui suit la surproduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si, en diminuant les heures de travail, on conquiert &#224; la production sociale de nouvelles forces m&#233;caniques, en obligeant les ouvriers &#224; consommer leurs produits, on conquerra une immense arm&#233;e de forces de travail. La bourgeoisie, d&#233;charg&#233;e alors de sa t&#226;che de consommateur universel, s'empressera de licencier la cohue de soldats, de magistrats, de figaristes, de prox&#233;n&#232;tes, etc., qu'elle a retir&#233;e du travail utile pour l'aider &#224; consommer et &#224; gaspiller. C'est alors que le march&#233; du travail sera d&#233;bordant, c'est alors qu'il faudra une loi de fer pour mettre l'interdit sur le travail : il sera impossible de trouver de la besogne pour cette nu&#233;e de ci-devant improductifs, plus nombreux que les poux des bois. Et apr&#232;s eux il faudra songer &#224; tous ceux qui pourvoyaient &#224; leurs besoins et go&#251;ts futiles et dispendieux. Quand il n'y aura plus de laquais et de g&#233;n&#233;raux &#224; galonner, plus de prostitu&#233;es libres et mari&#233;es &#224; couvrir de dentelles, plus de canons &#224; forer, plus de palais &#224; b&#226;tir, il faudra, par des lois s&#233;v&#232;res, imposer aux ouvri&#232;res et ouvriers en passementeries, en dentelles, en fer, en b&#226;timents, du canotage hygi&#233;nique et des exercices chor&#233;graphiques pour le r&#233;tablissement de leur sant&#233; et le perfectionnement de la race. Du moment que les produits europ&#233;ens consomm&#233;s sur place ne seront pas transport&#233;s au diable, il faudra bien que les marins, les hommes d'&#233;quipe, les camionneurs s'assoient et apprennent &#224; se tourner les pouces. Les bienheureux Polyn&#233;siens pourront alors se livrer &#224; l'amour libre sans craindre les coups de pied de la V&#233;nus civilis&#233;e et les sermons de la morale europ&#233;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plus. Afin de trouver du travail pour toutes les non-valeurs de la soci&#233;t&#233; actuelle, afin de laisser l'outillage industriel se d&#233;velopper ind&#233;finiment, la classe ouvri&#232;re devra, comme la bourgeoisie, violenter ses go&#251;ts abstinents, et d&#233;velopper ind&#233;finiment ses capacit&#233;s consommatrices. Au lieu de manger par jour une ou deux onces de viande coriace, quand elle en mange, elle mangera de joyeux biftecks d'une ou deux livres ; au lieu de boire mod&#233;r&#233;ment du mauvais vin, plus catholique que le pape, elle boira &#224; grandes et profondes rasades du bordeaux, du bourgogne, sans bapt&#234;me industriel, et laissera l'eau aux b&#234;tes. Les prol&#233;taires ont arr&#234;t&#233; en leur t&#234;te d'infliger aux capitalistes des dix heures de forge et de raffinerie ; l&#224; est la grande faute, la cause des antagonismes sociaux et des guerres civiles. D&#233;fendre et non imposer le travail, il le faudra. Les Rothschild, les Say seront admis &#224; faire la preuve d'avoir &#233;t&#233;, leur vie durant, de parfaits vauriens ; et s'ils jurent vouloir continuer &#224; vivre en parfaits vauriens, malgr&#233; l'entra&#238;nement g&#233;n&#233;ral pour le travail, ils seront mis en carte et, &#224; leurs mairies respectives, ils recevront tous les matins une pi&#232;ce de vingt francs pour leurs menus plaisirs. Les discordes sociales s'&#233;vanouiront. Les rentiers, les capitalistes, tout les premiers, se rallieront au parti populaire, une fois convaincus que, loin de leur vouloir du mal, on veut au contraire les d&#233;barrasser du travail de surconsommation et de gaspillage dont ils ont &#233;t&#233; accabl&#233;s d&#232;s leur naissance. Quant aux bourgeois incapables de prouver leurs titres de vauriens, on les laissera suivre leurs instincts : il existe suffisamment de m&#233;tiers d&#233;go&#251;tants pour les caser -Dufaure nettoierait les latrines publiques ; Galliffet chourinerait les cochons galeux et les chevaux forcineux ; les membres de la commission des gr&#226;ces, envoy&#233;s &#224; Poissy, marqueraient les b&#339;ufs et les moutons &#224; abattre ; les s&#233;nateurs, attach&#233;s aux pompes fun&#232;bres, joueraient les croque-morts. Pour d'autres, on trouverait des m&#233;tiers &#224; port&#233;e de leur intelligence. Lorgeril, Broglie, boucheraient les bouteilles de champagne, mais on les musellerait pour les emp&#234;cher de s'enivrer ; Ferry, Freycinet, Tirard d&#233;truiraient les punaises et les vermines des minist&#232;res et autres auberges publiques. Il faudra cependant mettre les deniers publics hors de la port&#233;e des bourgeois, de peur des habitudes acquises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dure et longue vengeance on tirera des moralistes qui ont perverti l'humaine nature, des cagots, des cafards, des hypocrites &#171; et autres telles sectes de gens qui se sont d&#233;guis&#233;s pour tromper le monde. Car donnant entendre au populaire commun qu'ils ne sont occup&#233;s sinon &#224; contemplation et d&#233;votion, en jeusnes et masc&#233;ration de la sensualit&#233;, sinon vrayement pour sustenter et alimenter la petite fragilit&#233; de leur humanit&#233; : au contraire font chi&#232;re. Dieu sait qu'elle ! &#034;et Curios simulant sed Bacchanalia vivunt&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ils simulent des Curius et vivent comme aux &#034;Bacchanales&#034; &#187; (Juv&#233;nal) .&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Vous le pouvez lire en grosse lettre et enlumineure de leurs rouges muzeaulx et ventre &#224; poulaine, sinon quand ils se parfument de souphlre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Pantagruel&#034;, livre II, chap. LXXIV.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux jours de grandes r&#233;jouissances populaires, o&#249;, au lieu d'avaler de la poussi&#232;re comme aux 15 ao&#251;t et aux 14 juillet du bourgeoisisme, les communistes et les collectivistes feront aller les flacons, trotter les jambons et voler les gobelets, les membres de l'Acad&#233;mie des sciences morales et politiques, les pr&#234;tres &#224; longue et courte robe de l'&#233;glise &#233;conomique, catholique, protestante, juive, positiviste et libre penseuse, les propagateurs du malthusianisme et de la morale chr&#233;tienne, altruiste, ind&#233;pendante ou soumise, v&#234;tus de jaune, tiendront la chandelle &#224; s'en br&#251;ler les doigts et vivront en famine aupr&#232;s des femmes galloises et des tables charg&#233;es de viandes, de fruits et de fleurs, et mourront de soif aupr&#232;s des tonneaux d&#233;bond&#233;s. Quatre fois l'an, au changement des saisons, ainsi que les chiens des r&#233;mouleurs, on les enfermera dans les grandes roues et pendant dix heures on les condamnera &#224; moudre du vent. Les avocats et les l&#233;gistes subiront la m&#234;me peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;gime de paresse, pour tuer le temps qui nous tue seconde par seconde, il y aura des spectacles et des repr&#233;sentations th&#233;&#226;trales toujours et toujours ; c'est de l'ouvrage tout trouv&#233; pour nos bourgeois l&#233;gislateurs. On les organisera par bandes courant les foires et les villages, donnant des repr&#233;sentations l&#233;gislatives. Les g&#233;n&#233;raux, en bottes &#224; l'&#233;cuy&#232;re, la poitrine chamarr&#233;e d'aiguillettes, de crachats, de croix de la L&#233;gion d'honneur, iront par les rues et les places, racolant les bonnes gens. Gambetta et Cassagnac, son comp&#232;re, feront le boniment de la porte. Cassagnac, en grand costume de matamore, roulant des yeux, tordant la moustache, crachant de l'&#233;toupe enflamm&#233;e, menacera tout le monde du pistolet de son p&#232;re et s'ab&#238;mera dans un trou d&#232;s qu'on lui montrera le portrait de Lullier ; Gambetta discourra sur la politique &#233;trang&#232;re, sur la petite Gr&#232;ce qui l'endoctorise et mettrait l'Europe en feu pour filouter la Turquie ; sur la grande Russie qui le stultifie avec la compote qu'elle promet de faire avec la Prusse et qui souhaite &#224; l'ouest de l'Europe plaies et bosses pour faire sa pelote &#224; l'Est et &#233;trangler le nihilisme &#224; l'int&#233;rieur ; sur M. de Bismarck, qui a &#233;t&#233; assez bon pour lui permettre de se prononcer sur l'amnistie... puis, d&#233;nudant sa large bedaine peinte aux trois couleurs, il battra dessus le rappel et &#233;num&#233;rera les d&#233;licieuses petites b&#234;tes, les ortolans, les truffes, les verres de margaux et d'yquem qu'il y a engloutonn&#233;s pour encourager l'agriculture et tenir en liesse les &#233;lecteurs de Belleville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la taraque, on d&#233;butera par la &#034;Farce &#233;lectorale&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant les &#233;lecteurs, &#224; t&#234;tes de bois et oreilles d'&#226;ne, les candidats bourgeois, v&#234;tus en paillasses, danseront la danse des libert&#233;s politiques, se torchant la face et la postface avec leurs programmes &#233;lectoraux aux multiples promesses, et parlant avec des larmes dans les yeux des mis&#232;res du peuple et avec du cuivre dans la voix des gloires de la France ; et les t&#234;tes des &#233;lecteurs de braire en ch&#339;ur et solidement : hi han ! hi han !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis commencera la grande pi&#232;ce : &#034;Le Vol des biens de la nation&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France capitaliste, &#233;norme femelle, velue de la face et chauve du cr&#226;ne, avachie, aux chairs flasques, bouffies, blafardes, aux yeux &#233;teints, ensommeill&#233;e et b&#226;illant, s'allonge sur un canap&#233; de velours ; &#224; ses pieds, le Capitalisme industriel, gigantesque organisme de fer, &#224; masque simiesque, d&#233;vore m&#233;caniquement des hommes, des femmes, des enfants dont les cris lugubres et d&#233;chirants emplissent l'air ; la Banque &#224; museau de fouine, &#224; corps d'hy&#232;ne et mains de harpie, lui d&#233;robe prestement les pi&#232;ces de cent sous de la poche. Des hordes de mis&#233;rables prol&#233;taires d&#233;charn&#233;s, en haillons, escort&#233;s de gendarmes, le sabre au clair, chass&#233;s par des furies les cinglant avec les fouets de la faim, apportent aux pieds de la France capitaliste des monceaux de marchandises, des barriques de vin, des sacs d'or et de bl&#233;. Langlois, sa culotte d'une main, le testament de Proudhon de l'autre, le livre du budget entre les dents, se campe &#224; la t&#234;te des d&#233;fenseurs des biens de la nation et monte la garde. Les fardeaux d&#233;pos&#233;s, &#224; coups de crosse et de ba&#239;onnette, ils font chasser les ouvriers et ouvrent la porte aux industriels, aux commer&#231;ants et aux banquiers. P&#234;le-m&#234;le, ils se pr&#233;cipitent sur le tas, avalant des cotonnades, des sacs de bl&#233;, des lingots d'or, vidant des barriques ; n'en pouvant plus, sales, d&#233;go&#251;tants, ils s'affaissent dans leurs ordures et leurs vomissements... Alors le tonnerre &#233;clate, la terre s'&#233;branle et s'entrouvre, la Fatalit&#233; historique surgit ; de son pied de fer elle &#233;crase les t&#234;tes de ceux qui hoquettent, titubent, tombent et ne peuvent plus fuir, et de sa large main elle renverse la France capitaliste, ahurie et suante de peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, d&#233;racinant de son c&#339;ur le vice qui la domine et avilit sa nature, la classe ouvri&#232;re se levait dans sa force terrible, non pour r&#233;clamer les &#034;Droits de l'homme&#034;, qui ne sont que les droits de l'exploitation capitaliste, non pour r&#233;clamer le &#034;Droit au travail&#034;, qui n'est que le droit &#224; la mis&#232;re, mais pour forger une loi d'airain, d&#233;fendant &#224; tout homme de travailler plus de trois heures par jour, la Terre, la vieille Terre, fr&#233;missant d'all&#233;gresse, sentirait bondir en elle un nouvel univers... Mais comment demander &#224; un prol&#233;tariat corrompu par la morale capitaliste une r&#233;solution virile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le Christ, la dolente personnification de l'esclavage antique, les hommes, les femmes, les enfants du Prol&#233;tariat gravissent p&#233;niblement depuis un si&#232;cle le dur calvaire de la douleur : depuis un si&#232;cle, le travail forc&#233; brise leurs os, meurtrit leurs chairs, tenaille leurs nerfs ; depuis un si&#232;cle, la faim tord leurs entrailles et hallucine leurs cerveaux !... &#212; Paresse, prends piti&#233; de notre longue mis&#232;re ! &#212; Paresse, m&#232;re des arts et des nobles vertus, sois le baume des angoisses humaines !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Ils simulent des Curius et vivent comme aux &#034;Bacchanales&#034; &#187; (Juv&#233;nal) .&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;Pantagruel&#034;, livre II, chap. LXXIV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-V-Appendice' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre V : Appendice &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chapitre III : Ce qui suit la surproduction</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Chapitre-III-Ce-qui-suit-la-surproduction</link>
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		<dc:date>2004-01-06T23:06:38Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lafargue, Paul</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avant-propos &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre II : B&#233;n&#233;dictions du travail &lt;br class='autobr' /&gt; Un po&#232;te grec du temps de Cic&#233;ron, Antipatros, chantait ainsi l'invention du moulin &#224; eau (pour la mouture du grain) : il allait &#233;manciper les femmes esclaves et ramener l'&#226;ge d'or : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; &#201;pargnez le bras qui fait tourner la meule, &#244; meuni&#232;res, et dormez paisiblement ! Que le coq vous avertisse en vain qu'il fait jour ! Dao a impos&#233; aux nymphes le travail des esclaves et les voil&#224; qui sautillent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Le-droit-a-la-paresse-" rel="directory"&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Avant-propos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-I-Un-dogme-desastreux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-II-Benedictions-du-travail' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre II : B&#233;n&#233;dictions du travail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un po&#232;te grec du temps de Cic&#233;ron, Antipatros, chantait ainsi l'invention du moulin &#224; eau (pour la mouture du grain) : il allait &#233;manciper les femmes esclaves et ramener l'&#226;ge d'or :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;pargnez le bras qui fait tourner la meule, &#244; meuni&#232;res, et dormez paisiblement ! Que le coq vous avertisse en vain qu'il fait jour ! Dao a impos&#233; aux nymphes le travail des esclaves et les voil&#224; qui sautillent all&#232;grement sur la roue et voil&#224; que l'essieu &#233;branl&#233; roule avec ses rais, faisant tourner la pesante pierre roulante. Vivons de la vie de nos p&#232;res et oisifs r&#233;jouissons-nous des dons que la d&#233;esse accorde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;las ! les loisirs que le po&#232;te pa&#239;en annon&#231;ait ne sont pas venus : la passion aveugle, perverse et homicide du travail transforme la machine lib&#233;ratrice en instrument d'asservissement des hommes libres : sa productivit&#233; les appauvrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bonne ouvri&#232;re ne fait avec le fuseau que cinq mailles &#224; la minute, certains m&#233;tiers circulaires &#224; tricoter en font trente mille dans le m&#234;me temps. Chaque minute &#224; la machine &#233;quivaut donc &#224; cent heures de travail de l'ouvri&#232;re : ou bien chaque minute de travail de la machine d&#233;livre &#224; l'ouvri&#232;re dix jours de repos. Ce qui est vrai pour l'industrie du tricotage est plus ou moins vrai pour toutes les industries renouvel&#233;es par la m&#233;canique moderne. Mais que voyons-nous ? &#192; mesure que la machine se perfectionne et abat le travail de l'homme avec une rapidit&#233; et une pr&#233;cision sans cesse croissantes, l'Ouvrier, au lieu de prolonger son repos d'autant, redouble d'ardeur, comme s'il voulait rivaliser avec la machine. &#212; concurrence absurde et meurtri&#232;re !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que la concurrence de l'homme et de la machine pr&#238;t libre carri&#232;re, les prol&#233;taires ont aboli les sages lois qui limitaient le travail des artisans des antiques corporations ; ils ont supprim&#233; les jours f&#233;ri&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous l'Ancien R&#233;gime, les lois de l'&#201;glise garantissaient au travailleur 90 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce que les producteurs d'alors ne travaillaient que cinq jours sur sept, croient-ils donc, ainsi que le racontent les &#233;conomistes menteurs, qu'ils ne vivaient que d'air et d'eau fra&#238;che ? Allons donc ! Ils avaient des loisirs pour go&#251;ter les joies de la terre, pour faire l'amour et rigoler ; pour banqueter joyeusement en l'honneur du r&#233;jouissant dieu de la Fain&#233;antise. La morose Angleterre, encagot&#233;e dans le protestantisme, se nommait alors la &#171; joyeuse Angleterre &#187; (&#034;Merry England&#034;). Rabelais, Quevedo, Cervant&#232;s, les auteurs inconnus des romans picaresques, nous font venir l'eau &#224; la bouche avec leurs peintures de ces monumentales ripailles&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces f&#234;tes pantagru&#233;liques duraient des semaines. Don Rodrigo de Lara gagne (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dont on se r&#233;galait alors entre deux batailles et deux d&#233;vastations, et dans lesquelles tout &#171; allait par escuelles &#187;. Jordaens et l'&#233;cole flamande les ont &#233;crites sur leurs toiles r&#233;jouissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sublimes estomacs gargantuesques, qu'&#234;tes-vous devenus ? Sublimes cerveaux qui encercliez toute la pens&#233;e humaine, qu'&#234;tes-vous devenus ? Nous sommes bien amoindris et bien d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s. La vache enrag&#233;e, la pomme de terre, le vin fuchsin&#233; et le schnaps prussien savamment combin&#233;s avec le travail forc&#233; ont d&#233;bilit&#233; nos corps et rapetiss&#233; nos esprits. Et c'est alors que l'homme r&#233;tr&#233;cit son estomac et que la machine &#233;largit sa productivit&#233;, c'est alors que les &#233;conomistes nous pr&#234;chent la th&#233;orie malthusienne, la religion de l'abstinence et le dogme du travail ? Mais il faudrait leur arracher la langue et la jeter aux chiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que la classe ouvri&#232;re, avec sa bonne foi simpliste, s'est laiss&#233; endoctriner, parce que, avec son imp&#233;tuosit&#233; native, elle s'est pr&#233;cipit&#233;e en aveugle dans le travail et l'abstinence, la classe capitaliste s'est trouv&#233;e condamn&#233;e &#224; la paresse et &#224; la jouissance forc&#233;e, &#224; l'improductivit&#233; et &#224; la surconsommation. Mais, si le surtravail de l'ouvrier meurtrit sa chair et tenaille ses nerfs, il est aussi f&#233;cond en douleurs pour le bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abstinence &#224; laquelle se condamne la classe productive oblige les bourgeois &#224; se consacrer &#224; la surconsommation des produits qu'elle manufacture d&#233;sordonn&#233;ment. Au d&#233;but de la production capitaliste, il y a un ou deux si&#232;cles de cela, le bourgeois &#233;tait un homme rang&#233;, de m&#339;urs raisonnables et paisibles ; il se contentait de sa femme ou &#224; peu pr&#232;s ; il ne buvait qu'&#224; sa soif et ne mangeait qu'&#224; sa faim. Il laissait aux courtisans et aux courtisanes les nobles vertus de la vie d&#233;bauch&#233;e. Aujourd'hui, il n'est fils de parvenu qui ne se croie tenu de d&#233;velopper la prostitution et de mercurialiser son corps pour donner un but au labeur que s'imposent les ouvriers des mines de mercure ; il n'est bourgeois qui ne s'empiffre de chapons truff&#233;s et de lafite navigu&#233;, pour encourager les &#233;leveurs de la Fl&#232;che et les vignerons du Bordelais. &#192; ce m&#233;tier, l'organisme se d&#233;labre rapidement, les cheveux tombent, les dents se d&#233;chaussent, le tronc se d&#233;forme, le ventre s'entripaille, la respiration s'embarrasse, les mouvements s'alourdissent, les articulations s'ankylosent, les phalanges se nouent. D'autres, trop malingres pour supporter les fatigues de la d&#233;bauche, mais dot&#233;s de la bosse du prudhommisme, dess&#232;chent leur cervelle comme les Garnier de l'&#233;conomie politique, les Acollas de la philosophie juridique. &#224; &#233;lucubrer de gros livres soporifiques pour occuper les loisirs des compositeurs et des imprimeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les femmes du monde vivent une vie de martyr. Pour essayer et faire valoir les toilettes f&#233;eriques que les couturi&#232;res se tuent &#224; b&#226;tir, du soir au matin elles font la navette d'une robe dans une autre ; pendant des heures, elles livrent leur t&#234;te creuse aux artistes capillaires qui, &#224; tout prix, veulent assouvir leur passion pour l'&#233;chafaudage des faux chignons. Sangl&#233;es dans leurs corsets, &#224; l'&#233;troit dans leurs bottines, d&#233;collet&#233;es &#224; faire rougir un sapeur, elles tournoient des nuits enti&#232;res dans leurs bals de charit&#233; afin de ramasser quelques sous pour le pauvre monde. Saintes &#226;mes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour remplir sa double fonction sociale de nonproducteur et de surconsommateur, le bourgeois dut non seulement violenter ses go&#251;ts modestes, perdre ses habitudes laborieuses d'il y a deux si&#232;cles et se livrer au luxe effr&#233;n&#233;, aux indigestions truff&#233;es et aux d&#233;bauches syphilitiques, mais encore soustraire au travail productif une masse &#233;norme d'hommes afin de se procurer des aides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelques chiffres qui prouvent combien colossale est cette d&#233;perdition de forces productives :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'apr&#232;s le recensement de 1861, la population de l'Angleterre et du pays de Galles comprenait 20 066 224 personnes, dont 9 776 259 du sexe masculin et 10 289 965 du sexe f&#233;minin. Si l'on en d&#233;duit ce qui est trop vieux ou trop jeune pour travailler, les femmes, les adolescents et les enfants improductifs, puis les professions &#034;id&#233;ologiques&#034; telles que gouvernement, police, clerg&#233;, magistrature, arm&#233;e, savants, artistes, etc., ensuite les gens exclusivement occup&#233;s &#224; manger le travail d'autrui, sous forme de rente fonci&#232;re, d'int&#233;r&#234;ts, de dividendes, etc., et enfin les pauvres, les vagabonds, les criminels, etc., il reste en gros huit millions d'individus des deux sexes et de tout &#226;ge, y compris les capitalistes fonctionnant dans la production, le commerce, la finance, etc. Sur ces huit millions, on compte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Travailleurs agricoles (y compris les bergers, les valets et les filles de ferme habitant chez le fermier) : 1 098 261 ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ouvriers des fabriques de coton, de laine, de &#034;worsted&#034;, de lin, de chanvre, de soie, de dentelle et ceux des m&#233;tiers &#224; bras : 642 607 ; &lt;br /&gt; -Ouvriers des mines de charbon et de m&#233;tal : 565 835 ; &lt;br /&gt; -Ouvriers employ&#233;s dans les usines m&#233;tallurgiques (hauts fourneaux, laminoirs, etc.) et dans les manufactures de m&#233;tal de toute esp&#232;ce : 396 998 ; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Classe domestique : 1 208 648.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous additionnons les travailleurs des fabriques textiles et ceux des mines de charbon et de m&#233;tal, nous obtenons le chiffre de 1 208 442 ; si nous additionnons les premiers et le personnel de toutes les usines et de toutes les manufactures de m&#233;tal, nous avons un total de 1 039 605 personnes ; c'est-&#224;-dire chaque fois un nombre plus petit que celui des esclaves domestiques modernes. Voil&#224; le magnifique r&#233;sultat de l'exploitation capitaliste des machines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, &#034;Le Capital&#034;, livre premier, ch. XV, &#167; 6.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; toute cette classe domestique, dont la grandeur indique le degr&#233; atteint par la civilisation capitaliste, il faut ajouter la classe nombreuse des malheureux vou&#233;s exclusivement &#224; la satisfaction des go&#251;ts dispendieux et futiles des classes riches, tailleurs de diamants, dentelli&#232;res, brodeuses, relieurs de luxe, couturi&#232;res de luxe, d&#233;corateurs des maisons de plaisance, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La proportion suivant laquelle la population d'un pays est employ&#233;e comme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois accroupie dans la paresse absolue et d&#233;moralis&#233;e par la jouissance forc&#233;e, la bourgeoisie, malgr&#233; le mal qu'elle en eut, s'accommoda de son nouveau genre de vie. Avec horreur elle envisagea tout changement. La vue des mis&#233;rables conditions d'existence accept&#233;es avec r&#233;signation par la classe ouvri&#232;re et celle de la d&#233;gradation organique engendr&#233;e par la passion d&#233;prav&#233;e du travail augmentaient encore sa r&#233;pulsion pour toute imposition de travail et pour toute restriction de jouissances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment alors que, sans tenir compte de la d&#233;moralisation que la bourgeoisie s'&#233;tait impos&#233;e comme un devoir social, les prol&#233;taires se mirent en t&#234;te d'infliger le travail aux capitalistes. Les na&#239;fs, ils prirent au s&#233;rieux les th&#233;ories des &#233;conomistes et des moralistes sur le travail et se sangl&#232;rent les reins pour en infliger la pratique aux capitalistes. Le prol&#233;tariat arbora la devise : &#034;Qui ne travaille pas, ne mange pas&#034; ; Lyon, en 1831, se leva pour du plomb ou du travail, les f&#233;d&#233;r&#233;s de mars 1871 d&#233;clar&#232;rent leur soul&#232;vement la &#034;R&#233;volution du travail&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces d&#233;cha&#238;nements de fureur barbare, destructive de toute jouissance et de toute paresse bourgeoises, les capitalistes ne pouvaient r&#233;pondre que par la r&#233;pression f&#233;roce, mais ils savaient que, s'ils ont pu comprimer ces explosions r&#233;volutionnaires, ils n'ont pas noy&#233; dans le sang de leurs massacres gigantesques l'absurde id&#233;e du prol&#233;tariat de vouloir infliger le travail aux classes oisives et repues, et c'est pour d&#233;tourner ce malheur qu'ils s'entourent de pr&#233;toriens, de policiers, de magistrats, de ge&#244;liers entretenus dans une improductivit&#233; laborieuse. On ne peut plus conserver d'illusion sur le caract&#232;re des arm&#233;es modernes, elles ne se sont maintenues en permanence que pour comprimer &#171; l'ennemi int&#233;rieur &#187; ; c'est ainsi que les forts de Paris et de Lyon n'ont pas &#233;t&#233; construits pour d&#233;fendre la ville contre l'&#233;tranger, mais pour l'&#233;craser en cas de r&#233;volte. Et s'il fallait un exemple sans r&#233;plique citons l'arm&#233;e de la Belgique, de ce pays de Cocagne du capitalisme ; sa neutralit&#233; est garantie par les puissances europ&#233;ennes, et cependant son arm&#233;e est une des plus fortes proportionnellement &#224; la population. Les glorieux champs de bataille de la brave arm&#233;e belge sont les plaines du Borinage et de Charleroi ; c'est dans le sang des mineurs et des ouvriers d&#233;sarm&#233;s que les officiers belges trempent leurs &#233;p&#233;es et ramassent leurs &#233;paulettes. Les nations europ&#233;ennes n'ont pas des arm&#233;es nationales, mais des arm&#233;es mercenaires, elles prot&#232;gent les capitalistes contre la fureur populaire qui voudrait les condamner &#224; dix heures de mine ou de filature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, en se serrant le ventre, la classe ouvri&#232;re a d&#233;velopp&#233; outre mesure le ventre de la bourgeoisie condamn&#233;e &#224; la surconsommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#234;tre soulag&#233;e dans son p&#233;nible travail, la bourgeoisie a retir&#233; de la classe ouvri&#232;re une masse d'hommes de beaucoup sup&#233;rieure &#224; celle qui restait consacr&#233;e &#224; la production utile et l'a condamn&#233;e &#224; son tour &#224; l'improductivit&#233; et &#224; la surconsommation. Mais ce troupeau de bouches inutiles, malgr&#233; sa voracit&#233; insatiable, ne suffit pas &#224; consommer toutes les marchandises que les ouvriers, abrutis par le dogme du travail, produisent comme des maniaques, sans vouloir les consommer, et sans m&#234;me songer si l'on trouvera des gens pour les consommer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pr&#233;sence de cette double folie des travailleurs, de se tuer de surtravail et de v&#233;g&#233;ter dans l'abstinence, le grand probl&#232;me de la production capitaliste n'est plus de trouver des producteurs et de d&#233;cupler leurs forces, mais de d&#233;couvrir des consommateurs, d'exciter leurs app&#233;tits et de leur cr&#233;er des besoins factices. Puisque les ouvriers europ&#233;ens, grelottant de froid et de faim, refusent de porter les &#233;toffes qu'ils tissent, de boire les vins qu'ils r&#233;coltent, les pauvres fabricants, ainsi que des d&#233;rat&#233;s, doivent courir aux antipodes chercher qui les portera et qui les boira : ce sont des centaines de millions et de milliards que l'Europe exporte tous les ans, aux quatre coins du monde, &#224; des peuplades qui n'en ont que faire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux exemples : le gouvernement anglais, pour complaire aux pays indiens (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais les continents explor&#233;s ne sont plus assez vastes, il faut des pays vierges. Les fabricants de l'Europe r&#234;vent nuit et jour de l'Afrique, du lac saharien, du chemin de fer du Soudan ; avec anxi&#233;t&#233;, ils suivent les progr&#232;s des Livingstone, des Stanley, des Du Chaillu, des de Brazza ; bouche b&#233;ante, ils &#233;coutent les histoires mirobolantes de ces courageux voyageurs. Que de merveilles inconnues renferme le &#171; continent noir &#187; ! Des champs sont plant&#233;s de dents d'&#233;l&#233;phant, des fleuves d'huile de coco charrient des paillettes d'or, des millions de culs noirs, nus comme la face de Dufaure ou de Girardin, attendent les cotonnades pour apprendre la d&#233;cence, des bouteilles de schnaps et des bibles pour conna&#238;tre les vertus de la civilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tout est impuissant : bourgeois qui s'empiffrent, classe domestique qui d&#233;passe la classe productive, nations &#233;trang&#232;res et barbares que l'on engorge de marchandises europ&#233;ennes ; rien, rien ne peut arriver &#224; &#233;couler les montagnes de produits qui s'entassent plus hautes et plus &#233;normes que les pyramides d'&#201;gypte : la productivit&#233; des ouvriers europ&#233;ens d&#233;fie toute consommation, tout gaspillage. Les fabricants, affol&#233;s, ne savent plus o&#249; donner de la t&#234;te, ils ne peuvent plus trouver la mati&#232;re premi&#232;re pour satisfaire la passion d&#233;sordonn&#233;e, d&#233;prav&#233;e, de leurs ouvriers pour le travail. Dans nos d&#233;partements lainiers, on effiloche les chiffons souill&#233;s et &#224; demi pourris, on en fait des draps dits de &#034;renaissance&#034;, qui durent ce que durent les promesses &#233;lectorales ; &#224; Lyon, au lieu de laisser &#224; la fibre soyeuse sa simplicit&#233; et sa souplesse naturelle, on la surcharge de sels min&#233;raux qui, en lui ajoutant du poids, la rendent friable et de peu d'usage. Tous nos produits sont adult&#233;r&#233;s pour en faciliter l'&#233;coulement et en abr&#233;ger l'existence. Notre &#233;poque sera appel&#233;e l'&#034;&#226;ge de la falsification&#034;, comme les premi&#232;res &#233;poques de l'humanit&#233; ont re&#231;u les noms d'&#034;&#226;ge de pierre&#034;, d'&#034;&#226;ge de bronze&#034;, du caract&#232;re de leur production. Des ignorants accusent de fraude nos pieux industriels, tandis qu'en r&#233;alit&#233; la pens&#233;e qui les anime est de fournir du travail aux ouvriers, qui ne peuvent se r&#233;signer &#224; vivre les bras crois&#233;s. Ces falsifications, qui ont pour unique mobile un sentiment humanitaire, mais qui rapportent de superbes profits aux fabricants qui les pratiquent, si elles sont d&#233;sastreuses pour la qualit&#233; des marchandises, si elles sont une source intarissable de gaspillage du travail humain, prouvent la philanthropique ing&#233;niosit&#233; des bourgeois et l'horrible perversion des ouvriers qui, pour assouvir leur vice de travail, obligent les industriels &#224; &#233;touffer les cris de leur conscience et &#224; violer m&#234;me les lois de l'honn&#234;tet&#233; commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, en d&#233;pit de la surproduction de marchandises, en d&#233;pit des falsifications industrielles, les ouvriers encombrent le march&#233; innombrablement, implorant : du travail ! du travail ! Leur surabondance devrait les obliger &#224; refr&#233;ner leur passion ; au contraire, elle la porte au paroxysme. Qu'une chance de travail se pr&#233;sente, ils se ruent dessus ; alors c'est douze, quatorze heures qu'ils r&#233;clament pour en avoir leur saoul, et le lendemain les voil&#224; de nouveau rejet&#233;s sur le pav&#233;, sans plus rien pour alimenter leur vice. Tous les ans, dans toutes les industries, des ch&#244;mages reviennent avec la r&#233;gularit&#233; des saisons. Au surtravail meurtrier pour l'organisme succ&#232;de le repos absolu, pendant des deux et quatre mois ; et plus de travail, plus de pitance. Puisque le vice du travail est diaboliquement chevill&#233; dans le c&#339;ur des ouvriers ; puisque ses exigences &#233;touffent tous les autres instincts de la nature ; puisque la quantit&#233; de travail requise par la soci&#233;t&#233; est forc&#233;ment limit&#233;e par la consommation et par l'abondance de la mati&#232;re premi&#232;re, pourquoi d&#233;vorer en six mois le travail de toute l'ann&#233;e ? Pourquoi ne pas le distribuer uniform&#233;ment sur les douze mois et forcer tout ouvrier &#224; se contenter de six ou de cinq heures par jour, pendant l'ann&#233;e, au lieu de prendre des indigestions de douze heures pendant six mois ? Assur&#233;s de leur part quotidienne de travail, les ouvriers ne se jalouseront plus, ne se battront plus pour s'arracher le travail des mains et le pain de la bouche ; alors, non &#233;puis&#233;s de corps et d'esprit, ils commenceront &#224; pratiquer les vertus de la paresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ab&#234;tis par leur vice, les ouvriers n'ont pu s'&#233;lever &#224; l'intelligence de ce fait que, pour avoir du travail pour tous, il fallait le rationner comme l'eau sur un navire en d&#233;tresse. Cependant les industriels, au nom de l'exploitation capitaliste, ont depuis longtemps demand&#233; une limitation l&#233;gale de la journ&#233;e de travail. Devant la Commission de 1860 sur l'enseignement professionnel, un des plus grands manufacturiers de l'Alsace, M. Bourcart, de Guebwiller, d&#233;clarait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que la journ&#233;e de douze heures &#233;tait excessive et devait &#234;tre ramen&#233;e &#224; onze heures, que l'on devait suspendre le travail &#224; deux heures le samedi. Je puis conseiller l'adoption de cette mesure quoiqu'elle paraisse on&#233;reuse &#224; premi&#232;re vue ; nous l'avons exp&#233;riment&#233;e dans nos &#233;tablissements industriels depuis quatre ans et nous nous en trouvons bien, et la production moyenne, loin d'avoir diminu&#233;, a augment&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son &#233;tude sur les &#034;machines&#034;, M. F. Passy cite la lettre suivante d'un grand industriel belge, M. M. Ottavaere :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nos machines, quoique les m&#234;mes que celles des filatures anglaises, ne produisent pas ce qu'elles devraient produire et ce que produiraient ces m&#234;mes machines en Angleterre, quoique les filatures travaillent deux heures de moins par jour. [...] Nous travaillons tous &#034;deux grandes heures de trop&#034; ; j'ai la conviction que si l'on ne travaillait que onze heures au lieu de treize, nous aurions la m&#234;me production et produirions par cons&#233;quent plus &#233;conomiquement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, M. Leroy-Beaulieu affirme que &#171; c'est une observation d'un grand manufacturier belge que les semaines o&#249; tombe un jour f&#233;ri&#233; n'apportent pas une production inf&#233;rieure &#224; celle des semaines ordinaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paul Leroy-Beaulieu, &#034;La Question ouvri&#232;re au XIVe si&#232;cle&#034;, 1872.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le peuple, pip&#233; en sa simplesse par les moralistes, n'a jamais os&#233;, un gouvernement aristocratique l'a os&#233;. M&#233;prisant les hautes consid&#233;rations morales et industrielles des &#233;conomistes, qui, comme les oiseaux de mauvais augure, croassaient que diminuer d'une heure le travail des fabriques c'&#233;tait d&#233;cr&#233;ter la ruine de l'industrie anglaise, le gouvernement de l'Angleterre a d&#233;fendu par une loi, strictement observ&#233;e, de travailler plus de dix heures par jour ; et apr&#232;s comme avant, l'Angleterre demeure la premi&#232;re nation industrielle du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande exp&#233;rience anglaise est l&#224;, l'exp&#233;rience de quelques capitalistes intelligents est l&#224;, elle d&#233;montre irr&#233;futablement que, pour puissancer la productivit&#233; humaine, il faut r&#233;duire les heures de travail et multiplier les jours de paye et de f&#234;tes, et le peuple fran&#231;ais n'est pas convaincu. Mais si une mis&#233;rable r&#233;duction de deux heures a augment&#233; en dix ans de pr&#232;s d'un tiers la production anglaise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voici, d'apr&#232;s le c&#233;l&#232;bre statisticien R. Giffen, du Bureau de statistique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, quelle marche vertigineuse imprimera &#224; la production fran&#231;aise une r&#233;duction l&#233;gale de la journ&#233;e de travail &#224; trois heures ? Les ouvriers ne peuvent-ils donc comprendre qu'en se surmenant de travail, ils &#233;puisent leurs forces et celles de leur prog&#233;niture ; que, us&#233;s, ils arrivent avant l'&#226;ge &#224; &#234;tre incapables de tout travail ; qu'absorb&#233;s, abrutis par un seul vice, ils ne sont plus des hommes, mais des tron&#231;ons d'hommes ; qu'ils tuent en eux toutes les belles facult&#233;s pour ne laisser debout, et luxuriante, que la folie furibonde du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah ! comme des perroquets d'Arcadie ils r&#233;p&#232;tent la le&#231;on des &#233;conomistes : &#171; Travaillons, travaillons pour accro&#238;tre la richesse nationale. &#187; &#212; idiots ! c'est parce que vous travaillez trop que l'outillage industriel se d&#233;veloppe lentement. Cessez de braire et &#233;coutez un &#233;conomiste ; il n'est pas un aigle, ce n'est que M. L. Reybaud, que nous avons eu le bonheur de perdre il y a quelques mois :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en g&#233;n&#233;ral sur les conditions de la main d'&#339;uvre que se r&#232;gle la r&#233;volution dans les m&#233;thodes du travail. Tant que la main-d'&#339;uvre fournit ses services &#224; bas prix, on la prodigue ; on cherche &#224; l'&#233;pargner quand ses services deviennent plus co&#251;teux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Reybaud, &#034;Le Coton, son r&#233;gime, ses probl&#232;mes&#034;, 1863.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour forcer les capitalistes &#224; perfectionner leurs machines de bois et de fer, il faut hausser les salaires et diminuer les heures de travail des machines de chair et d'os. Les preuves &#224; l'appui ? C'est par centaines qu'on peut les fournir. Dans la filature, le m&#233;tier renvideur (&#034;self acting mule&#034;) fut invent&#233; et appliqu&#233; &#224; Manchester, parce que les fileurs se refusaient &#224; travailler aussi longtemps qu'auparavant. &lt;br /&gt;
En Am&#233;rique, la machine envahit toutes les branches de la production agricole, depuis la fabrication du beurre jusqu'au sarclage des bl&#233;s : pourquoi ? Parce que l'Am&#233;ricain, libre et paresseux. aimerait mieux mille morts que la vie bovine du paysan fran&#231;ais. Le labourage, si p&#233;nible en notre glorieuse France, si riche en courbatures, est, dans l'Ouest am&#233;ricain, un agr&#233;able passe-temps au grand air que l'on prend assis, en fumant nonchalamment sa pipe. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sous l'Ancien R&#233;gime, les lois de l'&#201;glise garantissaient au travailleur 90 jours de repos (52 dimanches et 38 jours f&#233;ri&#233;s) pendant lesquels il &#233;tait strictement d&#233;fendu de travailler. C'&#233;tait le grand crime du catholicisme, la cause principale de l'irr&#233;ligion de la bourgeoisie industrielle et commer&#231;ante. Sous la R&#233;volution, d&#232;s qu'elle fut ma&#238;tresse, elle abolit les jours f&#233;ri&#233;s et rempla&#231;a la semaine de sept jours par celle de dix. Elle affranchit les ouvriers du joug de l'&#201;glise pour mieux les soumettre au joug du travail. &lt;br class='autobr' /&gt;
La haine contre les jours f&#233;ri&#233;s n'appara&#238;t que lorsque la moderne bourgeoisie industrielle et commer&#231;ante prend corps, entre les XVe et XVIe si&#232;cles. Henri IV demanda leur r&#233;duction au pape ; il refusa parce que &#171; l'une des h&#233;r&#233;sies qui courent le jourd'hui, est touchant les f&#234;tes &#187; (lettre du cardinal d'Ossat). Mais, en 1666, P&#233;r&#233;fixe, archev&#234;que de Paris, en supprima 17 dans son dioc&#232;se. Le protestantisme, qui &#233;tait la religion chr&#233;tienne, accommod&#233;e aux nouveaux besoins industriels et commerciaux de la bourgeoisie, fut moins soucieux du repos populaire ; il d&#233;tr&#244;na au ciel les saints pour abolir sur terre leurs f&#234;tes. &lt;br class='autobr' /&gt;
La r&#233;forme religieuse et la libre pens&#233;e philosophique n'&#233;taient que des pr&#233;textes qui permirent &#224; la bourgeoisie j&#233;suite et rapace d'escamoter les jours de f&#234;te du populaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ces f&#234;tes pantagru&#233;liques duraient des semaines. Don Rodrigo de Lara gagne sa fianc&#233;e en expulsant les Maures de Calatrava la vieille, et le &#034;Romancero&#034; narre que : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Las bodas fueron en Burgos, Las tornabodas en Salas : En bodas y tornabodas Pasaron siete semanas Tantas vienen de las gentes, Que no caben por las plazas. . .&#034; &lt;br class='autobr' /&gt;
(Les noces furent &#224; Burgos, les retours de noces &#224; Salas : en noces et retours de noces, sept semaines pass&#232;rent ; tant de gens accourent que les places ne peuvent les contenir. . . ) &lt;br class='autobr' /&gt;
Les hommes de ces noces de sept semaines &#233;taient les h&#233;ro&#239;ques soldats des guerres de l'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &#034;Le Capital&#034;, livre premier, ch. XV, &#167; 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; La proportion suivant laquelle la population d'un pays est employ&#233;e comme domestique au service des classes ais&#233;es, indique son progr&#232;s en richesse nationale et en civilisation. &#187; (R. M. Martin &#034;Ireland before and after the Union&#034;, 1818.) Gambetta, qui niait la question sociale, depuis qu'il n'&#233;tait plus l'avocat n&#233;cessiteux du Caf&#233; Procope, voulait sans doute parler de cette classe domestique sans cesse grandissante quand il r&#233;clamait l'av&#232;nement des nouvelles couches sociales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deux exemples : le gouvernement anglais, pour complaire aux pays indiens qui, malgr&#233; les famines p&#233;riodiques d&#233;solant le pays, s'ent&#234;tent &#224; cultiver le pavot au lieu du riz ou du bl&#233;, a d&#251; entreprendre des guerres sanglantes, afin d'imposer au gouvernement chinois la libre introduction de l'opium indien. Les sauvages de la Polyn&#233;sie, malgr&#233; la mortalit&#233; qui en fut la cons&#233;quence, durent se v&#234;tir et se saouler &#224; l'anglaise, pour consommer les produits des distilleries de l'&#201;cosse et des ateliers de tissage de Manchester.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Paul Leroy-Beaulieu, &#034;La Question ouvri&#232;re au XIVe si&#232;cle&#034;, 1872.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voici, d'apr&#232;s le c&#233;l&#232;bre statisticien R. Giffen, du Bureau de statistique de Londres, la progression croissante de la richesse nationale de l'Angleterre et de l'Irlande : en 1814, elle &#233;tait de 55 milliards de francs ; en 1865, elle &#233;tait de 162,5 milliards de francs, en 1875, elle &#233;tait de 212,5 milliards de francs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Reybaud, &#034;Le Coton, son r&#233;gime, ses probl&#232;mes&#034;, 1863.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-IV-A-nouvel-air-chanson-nouvelle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre IV : A nouvel air, chanson nouvelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-V-Appendice' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre V : Appendice &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chapitre II : B&#233;n&#233;dictions du travail</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Chapitre-II-Benedictions-du-travail</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Chapitre-II-Benedictions-du-travail</guid>
		<dc:date>2004-01-06T23:06:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lafargue, Paul</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avant-propos &lt;br class='autobr' /&gt;
Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux &lt;br class='autobr' /&gt; En 1770 parut, &#224; Londres, un &#233;crit anonyme intitul&#233; : &#034;An Essay on Trade and Commerce&#034;. Il fit &#224; l'&#233;poque un certain bruit. Son auteur, grand philanthrope, s'indignait de ce que &#171; la pl&#232;be manufacturi&#232;re d'Angleterre s'&#233;tait mis dans la t&#234;te l'id&#233;e fixe qu'en qualit&#233; d'Anglais, tous les individus qui la composent ont, par droit de naissance, le privil&#232;ge d'&#234;tre plus libres et plus ind&#233;pendants que les ouvriers de n'importe quel autre pays de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Le-droit-a-la-paresse-" rel="directory"&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Avant-propos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-I-Un-dogme-desastreux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1770 parut, &#224; Londres, un &#233;crit anonyme intitul&#233; : &#034;An Essay on Trade and Commerce&#034;. Il fit &#224; l'&#233;poque un certain bruit. Son auteur, grand philanthrope, s'indignait de ce que &#171; la pl&#232;be manufacturi&#232;re d'Angleterre s'&#233;tait mis dans la t&#234;te l'id&#233;e fixe qu'en qualit&#233; d'Anglais, tous les individus qui la composent ont, par droit de naissance, le privil&#232;ge d'&#234;tre plus libres et plus ind&#233;pendants que les ouvriers de n'importe quel autre pays de l'Europe. Cette id&#233;e peut avoir son utilit&#233; pour les soldats dont elle stimule la bravoure ; mais moins les ouvriers des manufactures en sont imbus, mieux cela vaut pour eux-m&#234;mes et pour l'&#201;tat. Des ouvriers ne devraient jamais se tenir pour ind&#233;pendants de leurs sup&#233;rieurs. Il est extr&#234;mement dangereux d'encourager de pareils engouements dans un &#201;tat commercial comme le n&#244;tre, o&#249;, peut-&#234;tre, les sept huiti&#232;mes de la population n'ont que peu ou pas de propri&#233;t&#233;. La cure ne sera pas compl&#232;te tant que nos pauvres de l'industrie ne se r&#233;signeront pas &#224; travailler six jours pour la m&#234;me somme qu'ils gagnent maintenant en quatre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, pr&#232;s d'un si&#232;cle avant Guizot, on pr&#234;chait ouvertement &#224; Londres le travail comme un frein aux nobles passions de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Plus mes peuples travailleront, moins il y aura de vices, &#233;crivait d'Osterode, le 5 mai 1807, Napol&#233;on. Je suis l'autorit&#233; [...] et je serais dispos&#233; &#224; ordonner que le dimanche, pass&#233; l'heure des offices, les boutiques fussent ouvertes et les ouvriers rendus &#224; leur travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour extirper la paresse et courber les sentiments de fiert&#233; et d'ind&#233;pendance qu'elle engendre, l'auteur de l'&#034;Essay on Trade&#034; proposait d'incarc&#233;rer les pauvres dans les maisons id&#233;ales du travail (&#034;ideal workhouses&#034;) qui deviendraient &#171; des maisons de terreur o&#249; l'on ferait travailler quatorze heures par jour, de telle sorte que, le temps des repas soustrait, il resterait douze heures de travail pleines et enti&#232;res &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douze heures de travail par jour, voil&#224; l'id&#233;al des philanthropes et des moralistes du XVIIIe si&#232;cle. Que nous avons d&#233;pass&#233; ce &#034;nec plus ultra&#034; ! Les ateliers modernes sont devenus des maisons id&#233;ales de correction o&#249; l'on incarc&#232;re les masses ouvri&#232;res, o&#249; l'on condamne aux travaux forc&#233;s pendant douze et quatorze heures, non seulement les hommes, mais les femmes et les enfants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au premier congr&#232;s de bienfaisance tenu &#224; Bruxelles, en 1857, un des plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ! Et dire que les fils des h&#233;ros de la Terreur se sont laiss&#233; d&#233;grader par la religion du travail au point d'accepter apr&#232;s 1848, comme une conqu&#234;te r&#233;volutionnaire, la loi qui limitait &#224; douze heures le travail dans les fabriques ; ils proclamaient comme un principe r&#233;volutionnaire le &#034;droit au travail&#034;. Honte au prol&#233;tariat fran&#231;ais ! Des esclaves seuls eussent &#233;t&#233; capables d'une telle bassesse. Il faudrait vingt ans de civilisation capitaliste &#224; un Grec des temps h&#233;ro&#239;ques pour concevoir un tel avilissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si les douleurs du travail forc&#233;, si les tortures de la faim se sont abattues sur le prol&#233;tariat, plus nombreuses que les sauterelles de la Bible, c'est lui qui les a appel&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce travail, qu'en juin 1848 les ouvriers r&#233;clamaient les armes &#224; la main, ils l'ont impos&#233; &#224; leurs familles ; ils ont livr&#233;, aux barons de l'industrie, leurs femmes et leurs enfants. De leurs propres mains, ils ont d&#233;moli leur foyer domestique ; de leurs propres mains, ils ont tari le lait de leurs femmes ; les malheureuses, enceintes et allaitant leurs b&#233;b&#233;s, ont d&#251; aller dans les mines et les manufactures tendre l'&#233;chine et &#233;puiser leurs nerfs ; de leurs propres mains, ils ont bris&#233; la vie et la vigueur de leurs enfants. -Honte aux prol&#233;taires ! O&#249; sont ces comm&#232;res dont parlent nos fabliaux et nos vieux contes, hardies au propos, franches de la gueule, amantes de la dive bouteille ? O&#249; sont ces luronnes, toujours trottant, toujours cuisinant, toujours chantant, toujours semant la vie en engendrant la joie, enfantant sans douleurs des petits sains et vigoureux ? ...Nous avons aujourd'hui les filles et les femmes de fabrique, ch&#233;tives fleurs aux p&#226;les couleurs, au sang sans rutilance, &#224; l'estomac d&#233;labr&#233;, aux membres alanguis !... Elles n'ont jamais connu le plaisir robuste et ne sauraient raconter gaillardement comment l'on cassa leur coquille ! -Et les enfants ? Douze heures de travail aux enfants. &#212; mis&#232;re ! -Mais tous les Jules Simon de l'Acad&#233;mie des sciences morales et politiques, tous les Germinys de la j&#233;suiterie, n'auraient pu inventer un vice plus abrutissant pour l'intelligence des enfants, plus corrupteur de leurs instincts, plus destructeur de leur organisme que le travail dans l'atmosph&#232;re vici&#233;e de l'atelier capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre &#233;poque est, dit-on, le si&#232;cle du travail ; il est en effet le si&#232;cle de la douleur, de la mis&#232;re et de la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, les philosophes, les &#233;conomistes bourgeois, depuis le p&#233;niblement confus Auguste Comte, jusqu'au ridiculement clair Leroy-Beaulieu ; les gens de lettres bourgeois, depuis le charlatanesquement romantique Victor Hugo, jusqu'au na&#239;vement grotesque Paul de Kock, tous ont entonn&#233; les chants naus&#233;abonds en l'honneur du dieu Progr&#232;s, le fils a&#238;n&#233; du Travail. &#192; les entendre, le bonheur allait r&#233;gner sur la terre : d&#233;j&#224; on en sentait la venue. Ils allaient dans les si&#232;cles pass&#233;s fouiller la poussi&#232;re et la mis&#232;re f&#233;odales pour rapporter de sombres repoussoirs aux d&#233;lices des temps pr&#233;sents. - Nous ont-ils fatigu&#233;s, ces repus, ces satisfaits, nagu&#232;re encore membres de la domesticit&#233; des grands seigneurs, aujourd'hui valets de plume de la bourgeoisie, grassement rent&#233;s ; nous ont-ils fatigu&#233;s avec le paysan du rh&#233;toricien La Bruy&#232;re ? Eh bien ! voici le brillant tableau des jouissances prol&#233;tariennes en l'an de progr&#232;s capitaliste 1840, peint par l'un des leurs, par le Dr Villerm&#233;, membre de l'Institut, le m&#234;me qui, en 1848, fit partie de cette soci&#233;t&#233; de savants (Thiers, Cousin, Passy, Blanqui, l'acad&#233;micien, en &#233;taient) qui propagea dans les masses les sottises de l'&#233;conomie et de la morale bourgeoises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est de l'Alsace manufacturi&#232;re que parle le Dr Villerm&#233;, de l'Alsace des Kestner, des Dollfus, ces fleurs de la philanthropie et du r&#233;publicanisme industriel. Mais avant que le docteur ne dresse devant nous le tableau des mis&#232;res prol&#233;tariennes, &#233;coutons un manufacturier alsacien, M. Th. Mieg, de la maison Dollfus, Mieg et Cie, d&#233;peignant la situation de l'artisan de l'ancienne industrie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; Mulhouse, il y a cinquante ans (en 1813, alors que la moderne industrie m&#233;canique naissait), les ouvriers &#233;taient tous enfants du sol, habitant la ville et les villages environnants et poss&#233;dant presque tous une maison et souvent un petit champ&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discours prononc&#233; &#224; la Soci&#233;t&#233; internationale d'&#233;tudes pratiques d'&#233;conomie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait l'&#226;ge d'or du travailleur. Mais, alors, l'industrie alsacienne n'inondait pas le monde de ses cotonnades et n'emmillionnait pas ses Dollfus et ses Koechlin. Mais vingt-cinq ans apr&#232;s, quand Villerm&#233; visita l'Alsace, le minotaure moderne, l'atelier capitaliste, avait conquis le pays ; dans sa boulimie de travail humain, il avait arrach&#233; les ouvriers de leurs foyers pour mieux les tordre et pour mieux exprimer le travail qu'ils contenaient. C'&#233;tait par milliers que les ouvriers accouraient au sifflement de la machine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un grand nombre, dit Villerm&#233;, cinq mille sur dix-sept mille, &#233;taient contraints, par la chert&#233; des loyers, &#224; se loger dans les villages voisins. Quelques-uns habitaient &#224; deux lieues et quart de la manufacture o&#249; ils travaillaient. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Mulhouse, &#224; Dornach, le travail commen&#231;ait &#224; cinq heures du matin et finissait &#224; cinq heures du soir, &#233;t&#233; comme hiver. [...] Il faut les voir arriver chaque matin en ville et partir chaque soir. Il y a parmi eux une multitude de femmes p&#226;les, maigres, marchant pieds nus au milieu de la boue et qui &#224; d&#233;faut de parapluie, portent, renvers&#233;s sur la t&#234;te, lorsqu'il pleut ou qu'il neige, leurs tabliers ou jupons de dessus pour se pr&#233;server la figure et le cou, et un nombre plus consid&#233;rable de jeunes enfants non moins sales, non moins h&#226;ves, couverts de haillons, tout gras de l'huile des m&#233;tiers qui tombe sur eux pendant qu'ils travaillent. Ces derniers, mieux pr&#233;serv&#233;s de la pluie par l'imperm&#233;abilit&#233; de leurs v&#234;tements, n'ont m&#234;me pas au bras, comme les femmes dont on vient de parler, un panier o&#249; sont les provisions de la journ&#233;e ; mais ils portent &#224; la main, ou cachent sous leur veste ou comme ils peuvent, le morceau de pain qui doit les nourrir jusqu'&#224; l'heure de leur rentr&#233;e &#224; la maison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, &#224; la fatigue d'une journ&#233;e d&#233;mesur&#233;ment longue, puisqu'elle a au moins quinze heures, vient se joindre pour ces malheureux celle des all&#233;es et venues si fr&#233;quentes, si p&#233;nibles. Il r&#233;sulte que le soir ils arrivent chez eux accabl&#233;s par le besoin de dormir, et que le lendemain ils sortent avant d'&#234;tre compl&#232;tement repos&#233;s pour se trouver &#224; l'atelier &#224; l'heure de l'ouverture. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici maintenant les bouges o&#249; s'entassaient ceux qui logeaient en ville :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai vu &#224; Mulhouse, &#224; Dornach et dans des maisons voisines, de ces mis&#233;rables logements o&#249; deux familles couchaient chacune dans un coin, sur la paille jet&#233;e sur le carreau et retenue par deux planches... Cette mis&#232;re dans laquelle vivent les ouvriers de l'industrie du coton dans le d&#233;partement du Haut-Rhin est si profonde qu'elle produit ce triste r&#233;sultat que, tandis que dans les familles des fabricants n&#233;gociants, drapiers, directeurs d'usines, la moiti&#233; des enfants atteint la vingt et uni&#232;me ann&#233;e, cette m&#234;me moiti&#233; cesse d'exister avant deux ans accomplis dans les familles de tisserands et d'ouvriers de filatures de coton. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parlant du travail de l'atelier, Villerm&#233; ajoute : &#171; Ce n'est pas l&#224; un travail, une t&#226;che, c'est une torture, et on l'inflige &#224; des enfants de six &#224; huit ans. [...] C'est ce long supplice de tous les jours qui mine principalement les ouvriers dans les filatures de coton. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#224; propos de la dur&#233;e du travail, Villerm&#233; observait que les for&#231;ats des bagnes ne travaillaient que dix heures, les esclaves des Antilles neuf heures en moyenne, tandis qu'il existait dans la France qui avait fait la R&#233;volution de 89, qui avait proclam&#233; les pompeux Droits de l'homme, des manufactures o&#249; la journ&#233;e &#233;tait de seize heures, sur lesquelles on accordait aux ouvriers une heure et demie pour les repas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L.-R. Villerm&#233;, &#034;Tableau de l'&#233;tat physique et moral des ouvriers dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; mis&#233;rable avortement des principes r&#233;volutionnaires de la bourgeoisie ! &#244; lugubre pr&#233;sent de son dieu Progr&#232;s ! Les philanthropes acclament bienfaiteurs de l'humanit&#233; ceux qui, pour s'enrichir en fain&#233;antant, donnent du travail aux pauvres ; mieux vaudrait semer la peste, empoisonner les sources que d'&#233;riger une fabrique au milieu d'une population rustique. Introduisez le travail de fabrique, et adieu joie, sant&#233;, libert&#233; ; adieu tout ce qui fait la vie belle et digne d'&#234;tre v&#233;cue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Indiens des tribus belliqueuses du Br&#233;sil tuent leurs infirmes et leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et les &#233;conomistes s'en vont r&#233;p&#233;tant aux ouvriers : Travaillez pour augmenter la fortune sociale ! et cependant un &#233;conomiste, Destut de Tracy, leur r&#233;pond : &lt;br /&gt;
&#171; Les nations pauvres, c'est l&#224; o&#249; le peuple est &#224; son aise ; les nations riches, c'est l&#224; o&#249; il est ordinairement pauvre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et son disciple Cherbuliez de continuer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les travailleurs eux-m&#234;mes, en coop&#233;rant &#224; l'accumulation des capitaux productifs, contribuent &#224; l'&#233;v&#233;nement qui, t&#244;t ou tard, doit les priver d'une partie de leur salaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, assourdis et idiotis&#233;s par leurs propres hurlements, les &#233;conomistes de r&#233;pondre : Travaillez, travaillez toujours pour cr&#233;er votre bien-&#234;tre ! Et, au nom de la mansu&#233;tude chr&#233;tienne, un pr&#234;tre de l'&#201;glise anglicane, le r&#233;v&#233;rend Townshend, psalmodie : Travaillez, travaillez nuit et jour ; en travaillant, vous faites cro&#238;tre votre mis&#232;re, et votre mis&#232;re nous dispense de vous imposer le travail par la force de la loi. L'imposition l&#233;gale du travail &#171; donne trop de peine, exige trop de violence et fait trop de bruit ; la faim, au contraire, est non seulement une pression paisible, silencieuse, incessante, mais comme le mobile le plus naturel du travail et de l'industrie, elle provoque aussi les efforts les plus puissants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Travaillez, travaillez, prol&#233;taires, pour agrandir la fortune sociale et vos mis&#232;res individuelles, travaillez, travaillez, pour que, devenant plus pauvres, vous avez plus de raisons de travailler et d'&#234;tre mis&#233;rables. Telle est la loi inexorable de la production capitaliste. Parce que, pr&#234;tant l'oreille aux fallacieuses paroles des &#233;conomistes, les prol&#233;taires se sont livr&#233;s corps et &#226;me au vice du travail, ils pr&#233;cipitent la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re dans ces crises industrielles de surproduction qui convulsent l'organisme social. Alors, parce qu'il y a pl&#233;thore de marchandises et p&#233;nurie d'acheteurs, les ateliers se ferment et la faim cingle les populations ouvri&#232;res de son fouet aux mille lani&#232;res. Les prol&#233;taires, abrutis par le dogme du travail, ne comprenant pas que le surtravail qu'ils se sont inflig&#233; pendant le temps de pr&#233;tendue prosp&#233;rit&#233; est la cause de leur mis&#232;re pr&#233;sente, au lieu de courir au grenier &#224; bl&#233; et de crier : &#171; Nous avons faim et nous voulons manger ! ... Vrai, nous n'avons pas un rouge liard, mais tout gueux que nous sommes, c'est nous cependant qui avons moissonn&#233; le bl&#233; et vendang&#233; le raisin... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'assi&#233;ger les magasins de M. Bonnet, de Jujurieux, l'inventeur des couvents industriels, et de clamer :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Monsieur Bonnet, voici vos ouvri&#232;res ovalistes, moulineuses, fileuses, tisseuses, elles grelottent sous leurs cotonnades rapetass&#233;es &#224; chagriner l'&#339;il d'un juif et, cependant, ce sont elles qui ont fil&#233; et tiss&#233; les robes de soie des cocottes de toute la chr&#233;tient&#233;. Les pauvresses, travaillant treize heures par jour, n'avaient pas le temps de songer &#224; la toilette, maintenant, elles ch&#244;ment et peuvent faire du frou-frou avec les soieries qu'elles ont ouvr&#233;es. D&#232;s qu'elles ont perdu leurs dents de lait, elles se sont d&#233;vou&#233;es &#224; votre fortune et ont v&#233;cu dans l'abstinence ; maintenant, elles ont des loisirs et veulent jouir un peu des fruits de leur travail. Allons, Monsieur Bonnet, livrez vos soieries, M. Harmel fournira ses mousselines, M. Pouyer-Quertier ses calicots, M. Pinet ses bottines pour leurs chers petits pieds froids et humides... V&#234;tues de pied en cap et fringantes, elles vous feront plaisir &#224; contempler. Allons, pas de tergiversations -vous &#234;tes l'ami de l'humanit&#233;, n'est-ce pas, et chr&#233;tien par- dessus le march&#233; ? -Mettez &#224; la disposition de vos ouvri&#232;res la fortune qu'elles vous ont &#233;difi&#233;e avec la chair de leur chair. Vous &#234;tes ami du commerce ? -Facilitez la circulation des marchandises ; voici des consommateurs tout trouv&#233;s ; ouvrez-leur des cr&#233;dits illimit&#233;s. Vous &#234;tes bien oblig&#233; d'en faire &#224; des n&#233;gociants que vous ne connaissez ni d'Adam ni d'&#200;ve, qui ne vous ont rien donn&#233;, m&#234;me pas un verre d'eau. Vos ouvri&#232;res s'acquitteront comme elles le pourront : si, au jour de l'&#233;ch&#233;ance, elles gambettisent et laissent protester leur signature, vous les mettrez en faillite, et si elles n'ont rien &#224; saisir, vous exigerez qu'elles vous paient en pri&#232;res : elles vous enverront en paradis, mieux que vos sacs noirs, au nez gorg&#233; de tabac. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de profiter des moments de crise pour une distribution g&#233;n&#233;rale des produits et un gaudissement universel, les ouvriers, crevant de faim, s'en vont battre de leur t&#234;te les portes de l'atelier. Avec des figures h&#226;ves, des corps amaigris, des discours piteux, ils assaillent les fabricants : &#171; Bon M. Chagot, doux M. Schneider, donnez-nous du travail, ce n'est pas la faim, mais la passion du travail qui nous tourmente ! &#187; Et ces mis&#233;rables, qui ont &#224; peine la force de se tenir debout, vendent douze et quatorze heures de travail deux fois moins cher que lorsqu'ils avaient du pain sur la planche. Et les philanthropes de l'industrie de profiter des ch&#244;mages pour fabriquer &#224; meilleur march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les crises industrielles suivent les p&#233;riodes de surtravail aussi fatalement que la nuit le jour, tra&#238;nant apr&#232;s elles le ch&#244;mage forc&#233; et la mis&#232;re sans issue, elles am&#232;nent aussi la banqueroute inexorable. Tant que le fabricant a du cr&#233;dit, il l&#226;che la bride &#224; la rage du travail, il emprunte et emprunte encore pour fournir la mati&#232;re premi&#232;re aux ouvriers. Il fait produire, sans r&#233;fl&#233;chir que le march&#233; s'engorge et que, si ses marchandises n'arrivent pas &#224; la vente, ses billets viendront &#224; l'&#233;ch&#233;ance. Accul&#233;, il va implorer le juif, il se jette &#224; ses pieds, lui offre son sang, son honneur. &#171; Un petit peu d'or ferait mieux mon affaire, r&#233;pond le Rothschild, vous avez 20 000 paires de bas en magasin, ils valent vingt sous, je les prends &#224; quatre sous. &#187; Les bas obtenus, le juif les vend six et huit sous, et empoche les fr&#233;tillantes pi&#232;ces de cent sous qui ne doivent rien &#224; personne : mais le fabricant a recul&#233; pour mieux sauter. Enfin la d&#233;b&#226;cle arrive et les magasins d&#233;gorgent ; on jette alors tant de marchandises par la fen&#234;tre, qu'on ne sait comment elles sont entr&#233;es par la porte. C'est par centaines de millions que se chiffre la valeur des marchandises d&#233;truites ; au si&#232;cle dernier, on les br&#251;lait ou on les jetait &#224; l'eau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au Congr&#232;s industriel tenu &#224; Berlin le 21 janvier 1879, on estimait &#224; 568 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais avant d'aboutir &#224; cette conclusion, les fabricants parcourent le monde en qu&#234;te de d&#233;bouch&#233;s pour les marchandises qui s'entassent ; ils forcent leur gouvernement &#224; s'annexer des Congo, &#224; s'emparer des Tonkin, &#224; d&#233;molir &#224; coups de canon les murailles de la Chine, pour y &#233;couler leurs cotonnades. Aux si&#232;cles derniers, c'&#233;tait un duel &#224; mort entre la France et l'Angleterre, &#224; qui aurait le privil&#232;ge exclusif de vendre en Am&#233;rique et aux Indes. Des milliers d'hommes jeunes et vigoureux ont rougi de leur sang les mers, pendant les guerres coloniales des XIe, XVIe et XVIIIe si&#232;cles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les capitaux abondent comme les marchandises. Les financiers ne savent plus o&#249; les placer ; ils vont alors chez les nations heureuses qui l&#233;zardent au soleil en fumant des cigarettes, poser des chemins de fer, &#233;riger des fabriques et importer la mal&#233;diction du travail. Et cette exportation de capitaux fran&#231;ais se termine un beau matin par des complications diplomatiques : en &#201;gypte, la France, l'Angleterre et l'Allemagne &#233;taient sur le point de se prendre aux cheveux pour savoir quels usuriers seraient pay&#233;s les premiers ; par des guerres du Mexique o&#249; l'on envoie les soldats fran&#231;ais faire le m&#233;tier d'huissier pour recouvrer de mauvaises dettes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;La Justice&#034;, de M. Clemenceau dans sa partie financi&#232;re, disait le 6 avril (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mis&#232;res individuelles et sociales, pour grandes et innombrables qu'elles soient, pour &#233;ternelles qu'elles paraissent, s'&#233;vanouiront comme les hy&#232;nes et les chacals &#224; l'approche du lion, quand le prol&#233;tariat dira : &#171; Je le veux. &#187; Mais pour qu'il parvienne &#224; la conscience de sa force, il faut que le prol&#233;tariat foule aux pieds les pr&#233;jug&#233;s de la morale chr&#233;tienne, &#233;conomique, libre penseuse ; il faut qu'il retourne &#224; ses instincts naturels, qu'il proclame les &#034;Droits de la paresse&#034;, mille et mille fois plus nobles et plus sacr&#233;s que les phtisiques &#034;Droits de l'homme&#034;, concoct&#233;s par les avocats m&#233;taphysiciens de la r&#233;volution bourgeoise ; qu'il se contraigne &#224; ne travailler que trois heures par jour, &#224; fain&#233;anter et bombancer le reste de la journ&#233;e et de la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'ici, ma t&#226;che a &#233;t&#233; facile, je n'avais qu'&#224; d&#233;crire des maux r&#233;els bien connus de nous tous, h&#233;las ! Mais convaincre le prol&#233;tariat que la parole qu'on lui a inocul&#233;e est perverse, que le travail effr&#233;n&#233; auquel il s'est livr&#233; d&#232;s le commencement du si&#232;cle est le plus terrible fl&#233;au qui ait jamais frapp&#233; l'humanit&#233;, que le travail ne deviendra un condiment de plaisir de la paresse, un exercice bienfaisant &#224; l'organisme humain, une passion utile &#224; l'organisme social que lorsqu'il sera sagement r&#233;glement&#233; et limit&#233; &#224; un maximum de trois heures par jour, est une t&#226;che ardue au-dessus de mes forces ; seuls des physiologistes, des hygi&#233;nistes, des &#233;conomistes communistes pourraient l'entreprendre. Dans les pages qui vont suivre, je me bornerai &#224; d&#233;montrer qu'&#233;tant donn&#233; les moyens de production modernes et leur puissance reproductive illimit&#233;e, il faut mater la passion extravagante des ouvriers pour le travail et les obliger &#224; consommer les marchandises qu'ils produisent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au premier congr&#232;s de bienfaisance tenu &#224; Bruxelles, en 1857, un des plus riches manufacturiers de Marquette, pr&#232;s de Lille, M. Scrive, aux applaudissements des membres du congr&#232;s, racontait, avec la plus noble satisfaction d'un devoir accompli : &#171; Nous avons introduit quelques moyens de distraction pour les enfants. Nous leur apprenons &#224; chanter pendant le travail, &#224; compter &#233;galement en travaillant : cela les distrait et leur fait accepter avec courage &#034;ces douze heures de travail qui sont n&#233;cessaires pour leur procurer des moyens d'existence.&#034; &#187; -Douze heures de travail, et quel travail ! impos&#233;es &#224; des enfants qui n'ont pas douze ans ! -Les mat&#233;rialistes regretteront toujours qu'il n'y ait pas un enfer pour y clouer ces chr&#233;tiens, ces philanthropes, bourreaux de l'enfance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Discours prononc&#233; &#224; la Soci&#233;t&#233; internationale d'&#233;tudes pratiques d'&#233;conomie sociale de Paris, en mai 1863, et publi&#233; dans &#034;L'Economiste fran&#231;ais&#034; de la m&#234;me &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L.-R. Villerm&#233;, &#034;Tableau de l'&#233;tat physique et moral des ouvriers dans les fabriques de coton, de laine et de soie&#034;, 1848. Ce n'&#233;tait pas parce que les Dollfus, les Koechlin et autres fabricants alsaciens &#233;taient des r&#233;publicains, des patriotes et des philanthropes protestants qu'ils traitaient de la sorte leurs ouvriers ; car Blanqui, l'acad&#233;micien Reybaud, le prototype de J&#233;r&#244;me Paturot, et Jules Simon, le ma&#238;tre Jacques politique, ont constat&#233; les m&#234;mes am&#233;nit&#233;s pour la classe ouvri&#232;re chez les fabricants tr&#232;s catholiques et tr&#232;s monarchiques de Lille et de Lyon. Ce sont l&#224; des vertus capitalistes s'harmonisant &#224; ravir avec toutes les convictions politiques et religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les Indiens des tribus belliqueuses du Br&#233;sil tuent leurs infirmes et leurs vieillards ; ils t&#233;moignent leur amiti&#233; en mettant fin &#224; une vie qui n'est plus r&#233;jouie par des combats, des f&#234;tes et des danses. Tous les peuples primitifs ont donn&#233; aux leurs ces preuves d'affection : les Massag&#232;tes de la mer Caspienne (H&#233;rodote), aussi bien que les Wens de l'Allemagne et les Celtes de la Gaule. Dans les &#233;glises de Su&#232;de, derni&#232;rement encore, on conservait des massues dites &#034;massues familiales&#034;, qui servaient &#224; d&#233;livrer les parents des tristesses de la vieillesse. Combien d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s sont les prol&#233;taires modernes pour accepter en patience les &#233;pouvantables mis&#232;res du travail de fabrique !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Au Congr&#232;s industriel tenu &#224; Berlin le 21 janvier 1879, on estimait &#224; 568 millions de francs la perte qu'avait &#233;prouv&#233;e l'industrie du fer en Allemagne pendant la derni&#232;re crise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#034;La Justice&#034;, de M. Clemenceau dans sa partie financi&#232;re, disait le 6 avril 1880 : &#171; Nous avons entendu soutenir cette opinion que, &#224; d&#233;faut de la Prusse, les milliards de la guerre de 1870 eussent &#233;t&#233; &#034;&#233;galement perdus&#034; pour la France, et ce, sous forme d'emprunts p&#233;riodiquement &#233;mis pour l'&#233;quilibre des budgets &#233;trangers ; telle est &#233;galement notre opinion. &#187; On estime &#224; cinq milliards la perte des capitaux anglais dans les emprunts des R&#233;publiques de l'Am&#233;rique du Sud. Les travailleurs fran&#231;ais ont non seulement produit les cinq milliards pay&#233;s &#224; M. Bismarck ; mais ils continuent &#224; servir les int&#233;r&#234;ts de l'indemnit&#233; de guerre aux Ollivier, aux Girardin, aux Bazaine et autres porteurs de titres de rente qui ont amen&#233; la guerre et la d&#233;route. Cependant il leur reste une fiche de consolation : ces milliards n'occasionneront pas de guerre de recouvrement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-III-Ce-qui-suit-la-surproduction' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre III : Ce qui suit la surproduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-IV-A-nouvel-air-chanson-nouvelle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre IV : A nouvel air, chanson nouvelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-V-Appendice' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre V : Appendice &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lafargue, Paul</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avant-propos &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Paresseux en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Lessing Une &#233;trange folie poss&#232;de les classes ouvri&#232;res des nations o&#249; r&#232;gne la civilisation capitaliste. Cette folie tra&#238;ne &#224; sa suite des mis&#232;res individuelles et sociales qui, depuis des si&#232;cles, torturent la triste humanit&#233;. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, pouss&#233;e jusqu'&#224; l'&#233;puisement des forces vitales de l'individu et de sa prog&#233;niture. Au lieu de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Le-droit-a-la-paresse-" rel="directory"&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Avant-propos' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Avant-propos&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Paresseux en toutes choses, hormis en aimant et en buvant, hormis en paressant &#187;&lt;/i&gt; &lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Lessing &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;trange folie poss&#232;de les classes ouvri&#232;res des nations o&#249; r&#232;gne la civilisation capitaliste. Cette folie tra&#238;ne &#224; sa suite des mis&#232;res individuelles et sociales qui, depuis des si&#232;cles, torturent la triste humanit&#233;. Cette folie est l'amour du travail, la passion moribonde du travail, pouss&#233;e jusqu'&#224; l'&#233;puisement des forces vitales de l'individu et de sa prog&#233;niture. Au lieu de r&#233;agir contre cette aberration mentale, les pr&#234;tres, les &#233;conomistes, les moralistes, ont sacro-sanctifi&#233; le travail. Hommes aveugles et born&#233;s, ils ont voulu &#234;tre plus sages que leur Dieu ; hommes faibles et m&#233;prisables, ils ont voulu r&#233;habiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d'&#234;tre chr&#233;tien, &#233;conome et moral, j'en appelle de leur jugement &#224; celui de leur Dieu ; des pr&#233;dications de leur morale religieuse, &#233;conomique, libre penseuse, aux &#233;pouvantables cons&#233;quences du travail dans la soci&#233;t&#233; capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, le travail est la cause de toute d&#233;g&#233;n&#233;rescence intellectuelle, de toute d&#233;formation organique. Comparez le pur-sang des &#233;curies de Rothschild, servi par une valetaille de bimanes, &#224; la lourde brute des fermes normandes, qui laboure la terre, chariote le fumier, engrange la moisson. Regardez le noble sauvage que les missionnaires du commerce et les commer&#231;ants de la religion n'ont pas encore corrompu avec le christianisme, la syphilis et le dogme du travail, et regardez ensuite nos mis&#233;rables servants de machines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les explorateurs europ&#233;ens s'arr&#234;tait &#233;tonn&#233;s devant la beaut&#233; physique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, dans notre Europe civilis&#233;e, on veut retrouver une trace de beaut&#233; native de l'homme, il faut l'aller chercher chez les nations o&#249; les pr&#233;jug&#233;s &#233;conomiques n'ont pas encore d&#233;racin&#233; la haine du travail. L'Espagne, qui, h&#233;las ! d&#233;g&#233;n&#232;re, peut encore se vanter de poss&#233;der moins de fabriques que nous de prisons et de casernes ; mais l'artiste se r&#233;jouit en admirant le hardi Andalou, brun comme des castagnes, droit et flexible comme une tige d'acier ; et le c&#339;ur de l'homme tressaille en entendant le mendiant, superbement drap&#233; dans sa &#034;capa&#034; trou&#233;e, traiter d'&#034;amigo&#034; des ducs d'Ossuna. Pour l'Espagnol, chez qui l'animal primitif n'est pas atrophi&#233;, le travail est le pire des esclavages&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le proverbe espagnol dit : &#034;Descansar es salud&#034; (Se reposer est sant&#233;).&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les Grecs de la grande &#233;poque n'avaient, eux aussi, que du m&#233;pris pour le travail : aux esclaves seuls il &#233;tait permis de travailler : l'homme libre ne connaissait que les exercices corporels et les jeux de l'intelligence. C'&#233;tait aussi le temps o&#249; l'on marchait et respirait dans un peuple d'Aristote, de Phidias, d'Aristophane ; c'&#233;tait le temps o&#249; une poign&#233;e de braves &#233;crasait &#224; Marathon les hordes de l'Asie qu'Alexandre allait bient&#244;t conqu&#233;rir. Les philosophes de l'Antiquit&#233; enseignaient le m&#233;pris du travail, cette d&#233;gradation de l'homme libre ; les po&#232;tes chantaient la paresse, ce pr&#233;sent des Dieux :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;O Meliboe, Deus nabis hoec otia fecit&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#212; M&#233;lib&#233;e, un Dieu nous a donn&#233; cette oisivet&#233; &#187;, Virgile, &#034;Bucoliques&#034;.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christ, dans son discours sur la montagne, pr&#234;cha la paresse : &#171; Contemplez la croissance des lis des champs, ils ne travaillent ni ne filent, et cependant, je vous le dis, Salomon, dans toute sa gloire, n'a pas &#233;t&#233; plus brillamment v&#234;tu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;vangile selon saint Matthieu, chap. VI.&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&#233;hovah, le dieu barbu et r&#233;barbatif, donna &#224; ses adorateurs le supr&#234;me exemple de la paresse id&#233;ale ; apr&#232;s six jours de travail, il se reposa pour l'&#233;ternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, quelles sont les races pour qui le travail est une n&#233;cessit&#233; organique ? Les Auvergnats ; les &#201;cossais, ces Auvergnats des &#238;les Britanniques ; les Gallegos, ces Auvergnats de l'Espagne ; les Pom&#233;raniens, ces Auvergnats de l'Allemagne ; les Chinois, ces Auvergnats de l'Asie. Dans notre soci&#233;t&#233;, quelles sont les classes qui aiment le travail pour le travail ? Les paysans propri&#233;taires, les petits bourgeois, les uns courb&#233;s sur leurs terres, les autres acoquin&#233;s dans leurs boutiques, se remuent comme la taupe dans sa galerie souterraine, et jamais ne se redressent pour regarder &#224; loisir la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cependant, le prol&#233;tariat, la grande classe qui embrasse tous les producteurs des nations civilis&#233;es, la classe qui, en s'&#233;mancipant, &#233;mancipera l'humanit&#233; du travail servile et fera de l'animal humain un &#234;tre libre, le prol&#233;tariat trahissant ses instincts, m&#233;connaissant sa mission historique, s'est laiss&#233; pervertir par le dogme du travail. Rude et terrible a &#233;t&#233; son ch&#226;timent. Toutes les mis&#232;res individuelles et sociales sont n&#233;es de sa passion pour le travail.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Les explorateurs europ&#233;ens s'arr&#234;tait &#233;tonn&#233;s devant la beaut&#233; physique et la fi&amp;eg rave ;re allure des hommes des peuplades primitives, non souill&#233;s par ce que P&#230;ppig appelait le &#171; souffle empoisonn&#233; de la civilisation &#187;. Parlant des aborig&#232;nes des &#238;les oc&#233;aniennes, lord George Campbell &#233;crit : &#171; il n'y a pas de peuple au monde qui frappe davantage au premier abord. Leur peau unie et d'une teinte l&#233;g&#232;rement cuivr&#233;e, leurs cheveux dor&#233;s et boucl&#233;s, leur belle et joyeuse figure, en un mot toute leur personne, formaient un nouvel et splendide &#233;chantillon du &#034;genus homo&#034; ; leur apparence physique donnait l'impression d'une race sup&#233;rieure &#224; la n&#244;tre. &#187; Les civilis&#233;s de l'ancienne Rome, les C&#233;sar, les Tacite, contemplaient avec la m&#234;me admiration les Germains des tribus communistes qui envahissaient l'Empire romain. - Ainsi que Tacite, Salvien, le pr&#234;tre du Ve si&#232;cle, qu'on surnommait le &#034;ma&#238;tre des &#233;v&#234;ques&#034;, donnait les barbares en exemple aux civilis&#233;s et aux chr&#233;tiens : &#171; Nous sommes impudiques au milieu des barbares, plus chastes que nous. Bien plus, les barbares sont bless&#233;s de nos impudicit&#233;s, les Goths ne souffrent pas qu'il y ait parmi eux des d&#233;bauch&#233;s d e leur nation ; seuls au milieu d'eux, par le triste privil&#232;ge de leur nationalit&#233; et de leur nom, les Romains ont le droit d'&#234;tre impurs. [La p&#233;d&#233;rastie &#233;tait alors en grande mode parmi les pa&#239;ens et les chr&#233;tiens...] Les opprim&#233;s s'en vont chez les barbares chercher de l'humanit&#233; et un abri. &#187; (&#034;De Gubernatione Dei&#034;.) La vieille civilisation et le christianisme vieilli et la moderne civilisation capitaliste corrompent les sauvages du nouveau monde. &lt;br class='autobr' /&gt;
M. F. Le Play, dont on doit reconna&#238;tre le talent d'observation, alors m&#234;me que l'on rejette ses conclusions sociologiques, entach&#233;es de prudhommisme philanthropique et chr&#233;tien, dit dans son livre &#034;Les Ouvriers europ&#233;ens&#034; (1885) : &#171; La propension des Bachkirs pour la paresse [les Bachkirs sont des pasteurs semi-nomades du versant asiatique de l'Oural] ; les loisirs de la vie nomade, les habitudes de m&#233;ditation qu'elles font na&#238;tre chez les individus les mieux dou&#233;s communiquent souvent &#224; ceux-ci une distinction de mani&#232;res, une finesse d'intelligence et de jugement qui se remarquent rarement au m&#234;me niveau social dans une civilisation plus d&#233;velopp&#233;e... Ce qui leur r&#233;pugne le plus, ce sont les travaux agricoles ; ils font tout plut&#244;t que d'accepter le m&#233;tier d'agriculteur. &#187; L'agriculture est, en effet, la premi&#232; ;re manifestation du travail servile dans l'humanit&#233;. Selon la tradition biblique, le premier criminel, Ca&#239;n, est un agriculteur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le proverbe espagnol dit : &#034;Descansar es salud&#034; (Se reposer est sant&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; &#212; M&#233;lib&#233;e, un Dieu nous a donn&#233; cette oisivet&#233; &#187;, Virgile, &#034;Bucoliques&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;vangile selon saint Matthieu, chap. VI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-II-Benedictions-du-travail' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre II : B&#233;n&#233;dictions du travail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-III-Ce-qui-suit-la-surproduction' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre III : Ce qui suit la surproduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-IV-A-nouvel-air-chanson-nouvelle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre IV : A nouvel air, chanson nouvelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-V-Appendice' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre V : Appendice &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Avant-propos</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Avant-propos</link>
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		<dc:date>2004-01-06T23:05:41Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lafargue, Paul</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l'instruction primaire de 1849, disait : &#171; Je veux rendre toute-puissante l'influence du clerg&#233;, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend &#224; l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire &#224; l'homme : &#034;Jouis&#034;. &#187; M. Thiers formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l'&#233;go&#239;sme f&#233;roce et l'intelligence &#233;troite. &lt;br class='autobr' /&gt;
La bourgeoisie, alors qu'elle luttait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Le-droit-a-la-paresse-" rel="directory"&gt;Le droit &#224; la paresse&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;M. Thiers, dans le sein de la Commission sur l'instruction primaire de 1849, disait : &#171; Je veux rendre toute-puissante l'influence du clerg&#233;, parce que je compte sur lui pour propager cette bonne philosophie qui apprend &#224; l'homme qu'il est ici-bas pour souffrir et non cette autre philosophie qui dit au contraire &#224; l'homme : &#034;Jouis&#034;. &#187; M. Thiers formulait la morale de la classe bourgeoise dont il incarna l'&#233;go&#239;sme f&#233;roce et l'intelligence &#233;troite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bourgeoisie, alors qu'elle luttait contre la noblesse, soutenue par le clerg&#233;, arbora le libre examen et l'ath&#233;isme ; mais, triomphante, elle changea de ton et d'allure ; et, aujourd'hui, elle entend &#233;tayer de la religion sa supr&#233;matie &#233;conomique et politique. Aux XVe et XVIe si&#232;cles, elle avait all&#232;grement repris la tradition pa&#239;enne et glorifiait la chair et ses passions, r&#233;prouv&#233;es par le christianisme ; de nos jours, gorg&#233;e de biens et de jouissances, elle renie les enseignements de ses penseurs, les Rabelais, les Diderot, et pr&#234;che l'abstinence aux salari&#233;s. La morale capitaliste, piteuse parodie de la morale chr&#233;tienne, frappe d'anath&#232;me la chair du travailleur ; elle prend pour id&#233;al de r&#233;duire le producteur au plus petit minimum de besoins, de supprimer ses joies et ses passions et de le condamner au r&#244;le de machine d&#233;livrant du travail sans tr&#234;ve ni merci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les socialistes r&#233;volutionnaires ont &#224; recommencer le combat qu'ont combattu les philosophes et les pamphl&#233;taires de la bourgeoisie ; ils ont &#224; monter &#224; l'assaut de la morale et des th&#233;ories sociales du capitalisme ; ils ont &#224; d&#233;molir, dans les t&#234;tes de la classe appel&#233;e &#224; l'action, les pr&#233;jug&#233;s sem&#233;s par la classe r&#233;gnante ; ils ont &#224; proclamer, &#224; la face des cafards de toutes les morales, que la terre cessera d'&#234;tre la vall&#233;e de larmes du travailleur ; que, dans la soci&#233;t&#233; communiste de l'avenir que nous fonderons &#171; pacifiquement si possible, sinon violemment &#187;, les passions des hommes auront la bride sur le cou : car &#171; toutes sont bonnes de leur nature, nous n'avons rien &#224; &#233;viter que leur mauvais usage et leurs exc&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descartes, &#034;Les Passions de l'&#226;me&#034;.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, et ils ne seront &#233;vit&#233;s que par leur mutuel contrebalancement, que par le d&#233;veloppement harmonique de l'organisme humain, car, dit le Dr Beddoe, &#171; ce n'est que lorsqu'une race atteint son maximum de d&#233;veloppement physique qu'elle atteint son plus haut point d'&#233;nergie et de vigueur morale &#187;. Telle &#233;tait aussi l'opinion du grand naturaliste, Charles Darwin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Docteur Beddoe, &#034;Memoirs of the Anthropological Society&#034; ; Ch. Darwin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;futation du Droit au travail, que je r&#233;&#233;dite avec quelques notes additionnelles, parut dans &#034;L'&#201;galit&#233; hebdomadaire&#034; de 1880, deuxi&#232;me s&#233;rie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. L. &lt;br /&gt;
Prison de Sainte-P&#233;lagie, 1883.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Descartes, &#034;Les Passions de l'&#226;me&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Docteur Beddoe, &#034;Memoirs of the Anthropological Society&#034; ; Ch. Darwin, &#034;Descent of Man&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-I-Un-dogme-desastreux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre I : Un dogme d&#233;sastreux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-II-Benedictions-du-travail' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre II : B&#233;n&#233;dictions du travail&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-III-Ce-qui-suit-la-surproduction' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre III : Ce qui suit la surproduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-IV-A-nouvel-air-chanson-nouvelle' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre IV : A nouvel air, chanson nouvelle&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Chapitre-V-Appendice' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chapitre V : Appendice &lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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