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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>&#034;Spinoza et la fondation du lib&#233;ralisme politique&#034;, par Patrick Deschuyteneer</title>
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		<dc:date>2005-02-23T20:30:11Z</dc:date>
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		<dc:creator>Deschuyteneer, Patrick </dc:creator>



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		<title>&#034;Revenir &#224; Spinoza dans la conjoncture intellectuelle pr&#233;sente&#034;, par Fr&#233;d&#233;ric Lordon</title>
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		<dc:creator>Lordon, Fr&#233;d&#233;ric</dc:creator>



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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Actualite-de-Spinoza-" rel="directory"&gt;Actualit&#233; de Spinoza&lt;/a&gt;


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		<title>&#034;Nouveaux regards sur Spinoza&#034;, par Arnaud Spire</title>
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		<dc:date>2005-02-10T22:02:58Z</dc:date>
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		<dc:creator>Spire, Arnaud</dc:creator>



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		<title>Multitude, peuple et luttes. </title>
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		<dc:creator>Zarifian, Philippe</dc:creator>



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		<title>&#034;Le couple cat&#233;goriel gloria / pudor (gloire/honte) chez Descartes et Spinoza&#034;, par Pierre Macherey</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Le-couple-categoriel-gloria-pudor-gloire-honte-chez-Descartes-et-Spinoza-par</link>
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		<dc:date>2004-12-30T23:11:48Z</dc:date>
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		<dc:creator>Macherey, Pierre</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Parmi les passions et les affects auxquels l'&#226;me est en proie, il y a la constellation vari&#233;e de ceux qu'on rapporte &#224; soi-m&#234;me, au nombre desquels se trouve le couple form&#233; par la &#8220;gloire&#8221; (gloria ) et la &#8220;honte&#8221; (pudor ), dont Descartes et Spinoza proposent les d&#233;finitions suivantes : &lt;br class='autobr' /&gt;
(Descartes, Les Passions de l'&#194;me, II, art 66) &#8220;Le bien qui est ou qui a &#233;t&#233; en nous, &#233;tant rapport&#233; &#224; l'opinion que les autres en peuvent avoir, excite en nous de la gloire, et le mal de la honte.&#8221; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Psychologie-" rel="directory"&gt;Psychologie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parmi les passions et les affects auxquels l'&#226;me est en proie, il y a la constellation vari&#233;e de ceux qu'on rapporte &#224; soi-m&#234;me, au nombre desquels se trouve le couple form&#233; par la &#8220;gloire&#8221; (gloria ) et la &#8220;honte&#8221; (&lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt; ), dont Descartes et Spinoza proposent les d&#233;finitions suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Descartes, &lt;i&gt;Les Passions de l'&#194;me&lt;/i&gt;, II, art 66) &#8220;Le bien qui est ou qui a &#233;t&#233; en nous, &#233;tant rapport&#233; &#224; l'opinion que les autres en peuvent avoir, excite en nous de la gloire, et le mal de la honte.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; III, d&#233;f. aff. 30 et 31) &#8220;La gloire est une joie qu'accompagne l'id&#233;e de certaine action n&#244;tre, dont nous imaginons qu'elle est lou&#233;e par d'autres - La honte est une tristesse qu'accompagne l'id&#233;e de certaine action (n&#244;tre) dont nous imaginons qu'elle est bl&#226;m&#233;e par d'autres.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit des nuances qui les s&#233;parent (de l'id&#233;e du &#8220;bien qui est ou a &#233;t&#233; en nous&#8221; chez Descartes, on passe chez Spinoza &#224; l'id&#233;e d'une &#8220;action n&#244;tre&#8221;, ce qui revient &#224; d&#233;caler le bien dont on se fait gloire, et inversement le mal dont on a honte, du plan de qualit&#233;s int&#233;rieures &#224; la personne &#224; celui de conduites effectu&#233;es par celle-ci en ext&#233;riorit&#233; ; et d'autre part, comme il le fait dans la plupart de ses d&#233;finitions des affects, Spinoza se r&#233;f&#232;re de mani&#232;re appuy&#233;e au r&#244;le jou&#233; par l'imagination dans cette appr&#233;ciation), ces caract&#233;risations sont voisines, et il est manifeste que le contenu qu'elles d&#233;signent est le m&#234;me : &#224; savoir les sentiments d&#233;clench&#233;s en nous par l'opinion que nous pr&#234;tons &#224; autrui en ce qui concerne nous-m&#234;mes et nos actions, c'est-&#224;-dire des &#233;motions tr&#232;s personnelles, ayant nous-m&#234;mes pour objets, ressenties en pr&#233;sence et sous le regard d'autrui, dans des conditions qui paraissent faire de notre existence un th&#233;&#226;tre o&#249; nous sommes en permanence en repr&#233;sentation : et ce n'est sans doute pas un hasard si le th&#233;&#226;tre classique a particuli&#232;rement cultiv&#233; la mise en sc&#232;ne de ces passions qui sont par essence th&#233;&#226;trales.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Posons tout d'abord quelques probl&#232;mes terminologiques. Descartes parle, en fran&#231;ais, de &#8220;gloire&#8221; et de &#8220;honte&#8221;, termes ensuite rendus dans la traduction latine des Passions de l'&#226;me par gloria et &lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt;, qui sont les mots repris par Spinoza (celui-ci, g&#233;n&#233;ralement, emprunte toute sa terminologie de l'affectivit&#233; &#224; Descartes, m&#234;me s'il en renouvelle pour une part les significations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que signifient au juste ces termes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Gloire&#8221;, mot dont la signification s'est aujourd'hui appauvrie, sans doute corr&#233;lativement au fait que son contenu s'est aussi culturellement d&#233;valoris&#233;, car nous vivons dans un monde o&#249; la r&#233;f&#233;rence &#224; la gloire compte certainement moins qu'elle ne le faisait au XVIIe si&#232;cle et semble &#234;tre devenue l'apanage de certaines cat&#233;gories professionnelles comme les militaires, s'inscrit &#224; l'&#233;poque classique dans une n&#233;buleuse s&#233;mantique tr&#232;s dense, domin&#233;e &#224; l'arri&#232;re-plan par des repr&#233;sentations religieuses attach&#233;es &#224; la gloire divine, avec sa sublimit&#233; ostentatoire qui, sans rivale possible, fait plier tous les genoux. C'est ainsi que la caract&#233;rise Maurice Blanchot :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;La gloire, au sens antique, est le rayonnement de la pr&#233;sence (sacr&#233;e ou souveraine)... La gloire est la manifestation de l'&#234;tre qui s'avance dans sa magnificence d'&#234;tre, lib&#233;r&#233; de ce qui le dissimule, &#233;tabli dans la v&#233;rit&#233; de sa pr&#233;sence d&#233;couverte.&#8221; (&lt;i&gt;Le livre &#224; venir&lt;/i&gt;, &#233;d. Gallimard, 1959, p. 298)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien dans ce sens que, tout &#224; la fin de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; V, scolie de la prop. 36, &#233;d. Appuhn/GF, p. 334), Spinoza associe l'id&#233;e de la gloire &#224; celle de l'&lt;i&gt;amor&lt;/i&gt; &lt;i&gt;intellectualis&lt;/i&gt; Dei : &#8220;Nous connaissons par l&#224; en quoi consiste notre salut, c'est-&#224;-dire notre b&#233;atitude ou notre libert&#233; ; je veux dire dans un amour constant et &#233;ternel envers Dieu ou dans l'amour de Dieu envers les hommes / ayant &#233;t&#233; atteint le point extr&#234;me o&#249; ces deux figures r&#233;ciproques de l'amour de Dieu se rejoignent et s'identifient/. Cet amour ou cette b&#233;atitude est appel&#233; dans les Livres sacr&#233;s &#8220;gloire&#8221;, non sans raison. Que cet amour en effet soit rapport&#233; &#224; Dieu ou &#224; l'&#226;me / selon les deux figures de l'amour qui viennent d'&#234;tre r&#233;ciproqu&#233;es /, il peut justement &#234;tre appel&#233; &#8220;contentement int&#233;rieur&#8221; (&lt;i&gt;animi&lt;/i&gt; &lt;i&gt;acquiescentia &lt;/i&gt;), et ce contentement ne se distingue pas de la gloire. En tant en effet qu'il se rapporte &#224; Dieu, il est une joie, s'il est permis d'employer encore ce mot, qu'accompagne l'id&#233;e de soi-m&#234;me, et aussi en tant qu'il se rapporte &#224; l'&#226;me...&#8221; Autrement dit, l'&#226;me, en s'unissant &#224; Dieu, ou, pour reprendre la formule du pr&#233;ambule du Trait&#233; de la r&#233;forme de l'entendement , en parvenant &#224; la connaissance de son union avec la nature tout enti&#232;re, ce qui lui procure une joie sans m&#233;lange, constante et stable, li&#233; &#224; un profond sentiment d'apaisement int&#233;rieur (que Spinoza d&#233;signe par la formule &lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; &lt;i&gt;animi&lt;/i&gt;, qui est quelque chose d'interm&#233;diaire entre l'&lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; in se ipso et l'&lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; tout court), du m&#234;me coup participe &#224; la &#8220;gloire&#8221; de Dieu, forme parfaite de cette union &#224; soi qui d&#233;finit la b&#233;atitude. A ce niveau d'expression, indiscutablement marqu&#233; d'une dimension mystique, la r&#233;f&#233;rence au regard d'autrui se trouve comme effac&#233;e, englob&#233;e, noy&#233;e dans la perspective large et unanime de ce th&#233;&#226;tre sacr&#233; o&#249; tout est en corr&#233;lation avec tout, dans la figure de la co&#239;ncidence absolue &#224; soi et aux autres (choses ou &#234;tres) qui est la manifestation par excellence du divin. Il est int&#233;ressant de rapprocher ce passage de &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; V avec ce que Leibniz dit de la gloire de Dieu dans sa &lt;i&gt;Th&#233;odic&#233;e&lt;/i&gt; (II, par. 109). Apr&#232;s avoir d&#233;fini la gloire comme &#8220;la satisfaction qu'on trouve dans la connaissance de ses propres perfections&#8221;, il ajoute : &#8220;Et dans ce sens, Dieu la poss&#232;de toujours : mais quand la gloire signifie que les autres en prennent connaissance, l'on peut dire que Dieu ne l'acquiert que quand il se fait conna&#238;tre &#224; des cr&#233;atures intelligentes ; quoiqu'il soit vrai que Dieu n'obtient pas par l&#224; un nouveau bien, et que ce sont plut&#244;t les cr&#233;atures raisonnables qui s'en trouvent bien, lorsqu'elles envisagent comme il faut la gloire de Dieu.&#8221; La gloire attach&#233;e &#224; sa propre perfection, Dieu la d&#233;tient sans partage, comme un bien int&#233;rieur ; et lorsqu'il consent &#224; la diffuser en cr&#233;ant des &#226;mes raisonnables qui lui renvoient l'image de sa gloire, ou plut&#244;t une multiplicit&#233; d'images de celle-ci, on doit dire qu'il les en fait b&#233;n&#233;ficier sous un certain point de vue sans que cela ajoute rien &#224; celle-ci, qui est premi&#232;re par rapport aux infinies possibilit&#233;s de r&#233;flexion qui lui sont ainsi offertes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#224; ce point de vue, l'alternative &#224; la &#8220;gloire&#8221;, la &#8220;honte&#8221;, ce serait d'&#234;tre indigne d'une telle int&#233;gration en restant s&#233;par&#233; de Dieu, et du m&#234;me coup aussi de soi-m&#234;me, donc incapable, en raison de ce profond d&#233;saccord ou discordance, d'atteindre la vraie b&#233;atitude, qui correspond &#224; un sentiment de totale compl&#233;tude et accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gloire exprime donc en tout premier lieu l'&#233;tat de quelqu'un qui &#224; l'image de Dieu, se trouve &#8220;en gloire&#8221;, se montre dans tout l'&#233;clat de sa splendeur, dont les rayons se r&#233;pandent au loin et se r&#233;fl&#233;chissent par le biais de l'opinion unanime qui renvoie &#224; celui qui est en gloire l'image inalt&#233;rable de sa grandeur : vision royale, h&#233;ro&#239;que, associ&#233;e &#224; la consid&#233;ration, &#224; la r&#233;putation d'excellence, &#224; la renomm&#233;e, au lustre qui, litt&#233;ralement, rend celui qui en b&#233;n&#233;ficie illustre. Du m&#234;me coup, &#234;tre glorieux para&#238;t indissociable du fait de se glorifier (&lt;i&gt;gloriari&lt;/i&gt;, verbe utilis&#233; &#224; plusieurs reprises par Spinoza), en assumant les manifestations de cette gloire, en en int&#233;riorisant l'&#233;clat, en s'y identifiant corps et &#226;me, ce qui, tr&#232;s concr&#232;tement, se traduit par la recherche acharn&#233;e du succ&#232;s, de la r&#233;ussite, de la c&#233;l&#233;brit&#233;, anim&#233; par la volont&#233; de reconnaissance qui est le principal ressort de l'homme glorieux, vou&#233; &#224; accomplir sous le regard de tous son auto-c&#233;l&#233;bration. En fran&#231;ais moderne, o&#249; l'usage du mot gloire en ce sens s'est quelque peu perdu, on parlerait &#224; ce propos de &#8220;fiert&#233;&#8221;, qui correspond au fait d'&#234;tre poss&#233;d&#233; par un sentiment de sa propre valeur de part en part positif, allant dans le sens d'une exaltation maximale de ce qu'on est et de ce qu'on fait. Et l'alternative &#224; cette fiert&#233;, ce serait de se laisser envahir par un sentiment accablant d'opprobre, de fl&#233;trissure et d'ignominie, li&#233; &#224; la honte d'&#234;tre expos&#233; &#224; &#234;tre montr&#233; du doigt et d&#233;pr&#233;ci&#233;, c'est-&#224;-dire, comme on dit, &#224; perdre la face : et l'expression normale de cette &lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt; doit &#234;tre, au lieu de se montrer au grand jour dans l'&#233;clat de sa splendeur, le d&#233;sir irr&#233;pressible de se cacher, de s'enfoncer sous terre pour se d&#233;rober &#224; des regards dont on anticipe la d&#233;sapprobation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi compris, le couple gloire/honte &#233;voque des notions dont la dimension historique doit &#234;tre n&#233;cessairement prise en compte. C'est dans ce sens que, dans le chapitre de son Histoire de la civilisation de la Renaissance &lt;i&gt;italiennne&lt;/i&gt; qu'il consacre &#224; la &#8220;gloire moderne&#8221; (IIIe partie, chap. 3), J. Burckhardt caract&#233;rise celle-ci en l'opposant &#224; l'honneur m&#233;di&#233;val, qui joue sur fond de conformisme, alors que la gloire, sentiment dont la valorisation est concomitante &#224; la promotion de l'individu, traduit une recherche de distinction typiquement &#8220;moderne&#8221;, en rapport avec l'effort en vue de faire &#233;merger un monde nouveau, dont l'individu constitue le centre (cf. &#224; ce sujet l'ouvrage d'E. Cassirer sur &lt;i&gt;Individu et cosmos&lt;/i&gt;) ; dans ce monde, o&#249; l'individu se donne en permanence en spectacle &#224; lui-m&#234;me et aux autres, &#224; la mani&#232;re d'une oeuvre d'art, la gloire, &#224; l'articulation du public et du priv&#233;, repr&#233;sente donc, sur le plan affectif qui lui est propre, un sch&#232;me de comportement &#233;lev&#233; au rang de mod&#232;le universel, ce qui lui assigne un r&#244;le culturellement fondateur et f&#233;d&#233;rateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette mani&#232;re, vivre dans la gloire ou dans la honte, c'est s'installer dans un r&#233;gime de l'opinion, o&#249; on est expos&#233; en permanence au regard d'autrui et r&#233;v&#233;l&#233; par lui dans sa grandeur ou dans sa bassesse. Est-ce &#224; dire qu'on s'y soumet passivement ? Il semble manifeste que le honteux subit l'opprobre dont il se sent la victime tout en ayant l'obligation d'en assumer, bien malgr&#233; lui, la responsabilit&#233;. Mais le glorieux ? Sa gloire est un bien qu'il revendique comme le sien propre, parce qu'il est sa conqu&#234;te, le fruit de sa conduite et de ses actions. A moins que, et c'est l&#224; que les choses se compliquent, elle soit ressentie par lui et vue par les autres comme tellement consubstantielle &#224; son &#234;tre qu'il la revendique en partage sans estimer avoir pour cela rien &#224; faire, aucune action suppl&#233;mentaire &#224; accomplir en vue de prouver ce qui doit &#234;tre de toutes fa&#231;ons &#233;tabli et admis. Est ici en jeu un certain id&#233;al de vie, attach&#233; aux repr&#233;sentations de grandeur et de noblesse que s'arroge comme un bien naturel une &#233;lite aristocratique, soucieuse avant tout de r&#233;server son exception, en en donnant &#224; l'occasion le spectacle par des manifestations publiques, par des gestes exemplaires. Tel se pr&#233;sente, &#224; l'&#233;poque classique, le h&#233;ros corn&#233;lien, dont on imagine mal qu'il puisse &#234;tre de basse ou de m&#233;diocre condition, ce qui, au mieux, cantonne dans le r&#244;le de favoris ou de confidents. Le h&#233;ros corn&#233;lien, qui est presque toujours un prince ou une princesse, est obsessionnellement hant&#233; par la pr&#233;occupation de sa propre gloire, une volont&#233; d'exaltation de soi qui se traduit par des conduites d'exception du type de la cl&#233;mence d'Auguste, mod&#232;le d'une action vraiment grande parce qu'elle est l'illustration de ce que peut &#234;tre un pur acte de volont&#233;, li&#233; &#224; l'exercice du libre arbitre, manifestation d'une souveraine ma&#238;trise de soi qui rend celui qui en est capable &#224; l'image de la gloire divine. Dans ce contexte, on comprend que la gloire soit le bien supr&#234;me, qui passe avant tous les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du m&#234;me coup, se trouve pos&#233;e la question de la valeur &#233;thique de cette gloire : est-il possible de fonder une morale sur cet id&#233;al h&#233;ro&#239;que, sur ce culte de l'action exemplaire, comportement d'exception qui ne peut &#234;tre assum&#233; que par un individu d'exception, un seigneur ou un ma&#238;tre dirait Nietzsche ? Mais, avant d&#8216;&#234;tre morale, cette interrogation a une port&#233;e psychologique : quel type de passion ou d'affect est cette volont&#233; de valorisation de soi, qui, pour s'affirmer, a besoin du regard d'autrui ? Tr&#232;s concr&#232;tement, que signifie pour une personne le fait de se soucier de sa r&#233;putation, &#224; la mani&#232;re par exemple du personnage de Conrad, Lord Jim, qui sombre dans l'ignominie, s'en extrait pour y sombrer &#224; nouveau, et passe ainsi sa vie enti&#232;re pris dans l'engrenage de la gloire et de la honte, de la gloria et de la &lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt; ? Dans quel &#233;tat d'esprit se trouve une telle personne ? Et quelle est la valeur &#233;thique de l'engagement dont par l&#224; elle t&#233;moigne ? Comment situer cette attitude par rapport &#224; celle de ceux qui r&#233;cusent cette alternative de la gloire et de la honte, et, &#224; la mani&#232;re de sir John Falstaff, pratiquent l'impudence (&lt;i&gt;impudentia&lt;/i&gt;), dont Descartes et Spinoza s'accordent &#224; affirmer qu'elle n'est pas une passion, sans doute parce que cette attitude v&#233;ritablement monstrueuse place celui qui l'adopte compl&#232;tement en marge de la vie passionnelle et des alternatives qui la traversent, telle du moins qu'elle est v&#233;cue par la plupart des hommes, ce qui constitue &#224; nouveau, par le bas, une forme d'h&#233;ro&#239;sation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; la constellation &#233;voqu&#233;e au d&#233;part des sentiments qu'on se rapporte &#224; soi-m&#234;me, quel rapport entretient la gloire avec la g&#233;n&#233;rosit&#233;, le contentement de soi, l'orgueil, l'ambition ? Et jusqu'&#224; quel point la position occup&#233;e par la gloire &#224; l'int&#233;rieur de ce champ affectif singulier permet-elle d'en mieux comprendre la configuration d'ensemble ? Pour le savoir, il faut revenir aux textes que lui consacrent Descartes et Spinoza, et s'efforcer de comprendre jusqu'&#224; quel point les analyses qu'ils consacrent &#224; ce point convergent ou divergent.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Lorsque, dans l'article 204 de la 3e partie des &lt;i&gt;Passions de l'&#226;me&lt;/i&gt;, Descartes revient sur la passion de la gloire, il la d&#233;finit de la fa&#231;on suivante : &#8220;Ce que j'appelle ici du nom de gloire est une esp&#232;ce de joie fond&#233;e sur l'amour qu'on a pour soi-m&#234;me, et qui vient de l'opinion ou de l'esp&#233;rance qu'on a d'&#234;tre lou&#233; par quelques autres.&#8221; Ceci pr&#233;cise sans la modifier apparemment sur le fond la caract&#233;risation qui avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; donn&#233;e de la gloire dans l'art. 66 de la 2e partie : &#8220;Le bien qui est ou qui a &#233;t&#233; en nous, &#233;tant rapport&#233; &#224; l'opinion que les autres en peuvent avoir, excite en nous de la gloire, et le mal de la honte.&#8221; La structure syntaxique de la formule de l'art. 204 a pour but de faire comprendre que l'esp&#232;ce de joie qu'est la gloire est, d'une part, &#8220;fond&#233;e sur&#8221; (l'amour qu'on a pour soi-m&#234;me) et, d'autre part, &#8220;vient de&#8221; (l'opinion louangeuse concernant soi-m&#234;me qu'on impute &#224; autrui ou qu'on en attend). C'est la m&#234;me double articulation qui &#233;tait d&#233;j&#224; expos&#233;e dans l'art. 66, selon lequel ce qui &#8220;excite&#8221; la gloire, c'est le bien qu'on a ou qu'on a eu en soi-m&#234;me, sous condition d'&#234;tre &#8220;rapport&#233;&#8221; &#224; l'opinion d'autrui telle qu'on la suppose, Spinoza dirait telle qu'on l'imagine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224; la passion de gloire se trouve compl&#232;tement analys&#233;e : sa nature est d'&#234;tre une joie, c'est-&#224;-dire, rappelons le, &#8220;la consid&#233;ration d'un bien pr&#233;sent&#8221; (art. 61) ou &#8220;une agr&#233;able &#233;motion de l'&#226;me, en laquelle consiste la jouissance qu'elle a du bien que les impressions du cerveau lui repr&#233;sentent comme sien&#8221; (art. 91) ; son objet est nous-m&#234;mes, &#224; qui ce bien est rapport&#233; comme un motif d'approbation ou de louange ; sa cause est l'opinion d'autrui telle que nous nous la repr&#233;sentons et qui sert de relais &#224; cette approbation. Il est donc clair que la gloire, en m&#234;me temps qu'elle d&#233;tient un caract&#232;re ext&#233;rieur et ostentatoire, appartient &#224; la cat&#233;gorie des &#233;motions qui nous sont les plus personnelles, les plus intimes : elle exprime le fait que nous tenons particuli&#232;rement, que nous sommes &#233;troitement attach&#233;s &#224; nous-m&#234;mes, ce qu'exprime la r&#233;f&#233;rence dans l'art. 204 &#224; &#8220;l'amour qu'on a pour soi-m&#234;me&#8221;, qui constitue sans doute dans &lt;i&gt;Les Passions de l'&#226;me&lt;/i&gt; l'unique occurrence de la th&#233;matique aristot&#233;licienne de la &lt;i&gt;philautia&lt;/i&gt;. Etre glorieux, c'est, sur le fond, &#234;tre l'ami de soi-m&#234;me, dans la forme d'une amiti&#233; qui est m&#233;di&#233;e par l'opinion d'autrui telle qu'on l'interpr&#232;te ou telle qu'on la souhaite. Et inversement, &#234;tre honteux, c'est ne pas ou ne plus parvenir tout &#224; fait &#224; s'aimer soi-m&#234;me, en raison du pouvoir ali&#233;nant exerc&#233; par le regard qu'on pr&#234;te &#224; autrui retourn&#233; en regard qu'on porte sur soi-m&#234;me et qui emp&#234;che d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme on le voudrait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette m&#233;diation d'autrui qui, au point de vue de Descartes, distingue la gloire du simple contentement de soi-m&#234;me, comme l'explique la suite de l'art. 204 : &#8220;Ainsi elle est diff&#233;rente de la satisfaction int&#233;rieure qui vient de l'opinion qu'on a d'avoir fait quelque bonne action.&#8220; L'opinion, Spinoza dirait l'imagination, n'intervient pas moins dans la formation de la satisfaction de soi, de laquelle Descartes explique dans l'art. 190 qu'elle est &#8220;une esp&#232;ce de joie, laquelle je crois &#234;tre la plus douce de toutes, parce que sa cause ne d&#233;pend que de nous-m&#234;me&#8221;, que dans celle de la gloire : mais elle le fait sous la forme, peut-on dire, d'une opinion simple, tir&#233;e directement de la mani&#232;re dont on consid&#232;re soi-m&#234;me et &#233;value ses propres actions en bien ou en mal, alors que, dans le cas de la gloire, il s'agit d'une opinion d'opinion, qui consiste dans la mani&#232;re dont nous nous repr&#233;sentons que les autres se repr&#233;sentent nos actions, et s'en font les juges. La satisfaction int&#233;rieure est une passion dont l'objet et la cause sont identiques, alors que la gloire est une passion dont l'objet (nous-m&#234;mes) et la cause (l'opinion d'autrui) sont dissoci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce redoublement du processus de la repr&#233;sentation par lequel se forme l'opinion en accro&#238;t l'opacit&#233; : &#8220;Car on est quelquefois lou&#233; pour des choses qu'on ne croit point &#234;tre bonnes, et bl&#226;m&#233; pour celles qu'on croit &#234;tre meilleures.&#8221; Rien ne garantit en effet que la mani&#232;re dont on se repr&#233;sente soi-m&#234;me et ses actions et la mani&#232;re dont on se repr&#233;sente qu'autrui se les repr&#233;sente et en r&#233;fl&#233;chit en retour la repr&#233;sentation co&#239;ncident absolument : des &#233;carts qui, allant de la plus infime nuance &#224; un profond ab&#238;me, peuvent les s&#233;parer. Et c'est pourquoi la gloire est un amour qu'on se porte &#224; soi-m&#234;me affect&#233;, en raison de la m&#233;diation d'autrui sur laquelle il repose, d'un certain degr&#233; d'impuret&#233;, ou de trouble. Cette incertitude est signal&#233;e en particulier par la r&#233;f&#233;rence que fait Descartes dans l'art. 204 &#224; &#8220;l'esp&#233;rance qu'on a d'&#234;tre lou&#233; par quelques autres&#8221; : en effet, comme l'a indiqu&#233; l'art. 165, l'esp&#233;rance, tout en lui &#233;tant contraire, ne va jamais sans une certaine dose de crainte, sans laquelle elle serait, selon l'art. 166, &#8220;s&#233;curit&#233;&#8221;, que celle-ci soit ou non objectivement fond&#233;e, car tout reste ici affaire d'opinion. Le glorieux dispose-t-il de cette s&#233;curit&#233; ? Ce n'est pas du tout certain : et, m&#234;me fort de la bonne opinion qu'il peut avoir de lui-m&#234;me, d'o&#249; il tire satisfaction int&#233;rieure, contentement de soi, il n'a aucune assurance que cette bonne opinion soit partag&#233;e par les autres de mani&#232;re conforme. Et, inversement, il peut se d&#233;sesp&#233;rer de se voir lou&#233; pour des raisons qu'il estime abusives, la bonne image que lui renvoie autrui de ce qu'il est et de ce qu'il fait ayant alors pour effet pervers de cultiver en lui le doute, et en cons&#233;quence, la tristesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Cette incertitude, m&#234;me si elle affecte la passion de gloire d'un certain trouble, ne parvient pas &#224; la vicier compl&#232;tement et n'en alt&#232;re pas le caract&#232;re positif, et c'est sur ce constat optimiste que s'ach&#232;ve l'art. 204 : &#8220;Mais elles sont l'une et l'autre / il s'agit de la gloire et de la satisfaction int&#233;rieure/ des esp&#232;ces de l'estime qu'on fait de soi-m&#234;me, aussi bien que des esp&#232;ces de joie ; car c'est un sujet de s'estimer que de voir qu'on est estim&#233; par les autres&#8221;. La gloire fait &#234;tre, comme on dit vulgairement, bien dans sa peau, bien avec soi-m&#234;me, en ayant, confort&#233; en cela par l'approbation dont on se voit gratifi&#233; par autrui, un sentiment &#233;lev&#233; de sa propre valeur. L'estime qu'on se porte dans ces conditions triomphe de toutes les objections, de tous les doutes ; elle entra&#238;ne spontan&#233;ment la conviction, selon la le&#231;on de l'art. 151, qui, &#224; propos de l'estime et du m&#233;pris, signale, non sans malice, que &#8220;ces deux passions sont principalement remarquables quand c'est notre propre m&#233;rite que nous estimons et m&#233;prisons. Et le mouvement des esprits qui les cause est alors si manifeste qu'il change m&#234;me la mine, les gestes, la d&#233;marche et g&#233;n&#233;ralement toutes les actions de ceux qui con&#231;oivent une meilleure ou une plus mauvaise opinion d'eux-m&#234;mes qu'&#224; l'ordinaire.&#8221; On est alors comme exalt&#233;, port&#233; par une sorte de gr&#226;ce int&#233;rieure, dont les impressions sont tellement plaisantes que cela les rend irr&#233;sistibles : on ne peut s'emp&#234;cher d'y croire. Chacun tend &#224; profiter au maximum de ses moments de gloire, et c'est bien naturel : seule une autre passion, comme l'envie, pourrait pousser &#224; le reprocher &#224; celui qui, radieux, en est l'heureux b&#233;n&#233;ficiaire et dont la joie rayonnante attire irr&#233;sistiblement l'assentiment et la sympathie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, la r&#233;f&#233;rence &#224; l'estime, sous les esp&#232;ces de l'estime qu'on se porte &#224; soi-m&#234;me, a aussi pour cons&#233;quence de faire rentrer la gloire dans le giron de l'admiration, avec la dimension d'&#233;tonnement et de surprise qui caract&#233;rise cette derni&#232;re, dont les syncopes introduisent dans la vie passionnelle une br&#232;che, qui ouvre la voie &#224; l'irr&#233;gularit&#233; et &#224; l'esprit de rupture. L'art. 151, on l'a vu, fait de l'estime de soi l'apanage de &#8220;ceux qui con&#231;oivent une meilleure opinion d'eux-m&#234;mes qu'&#224; l'ordinaire&#8221;, en rapport donc avec une impression inattendue de nouveaut&#233; qui transfigure soudainement l'image qu'ils se font d'eux-m&#234;mes. Or ceci affecte la passion de gloire d'une certaine dose de pr&#233;carit&#233; qui en rend les d&#233;lices passagers : ils se go&#251;tent intens&#233;ment dans l'instant d'o&#249; ils tirent leur irrempla&#231;able saveur. On comprend mieux alors ce qui s&#233;pare la gloire de la satisfaction de soi : cette derni&#232;re est une joie pure et tranquille, qui suppose une permanence, une r&#233;gularit&#233;, une &#233;quanimit&#233; peu compatibles avec les &#233;lans temporels de la gloire dont il faut jouir autant qu'on le peut dans la fi&#232;vre du moment. Une gloire qui se p&#233;rennise se transforme en contentement int&#233;rieur, et tend &#224; se passer du relais de l'opinion d'autrui, ou du moins le fait passer &#224; l'arri&#232;re-plan. Mais rien n'autorise &#224; assigner cette fixation comme destin &#224; la gloire, tant celle-ci est attach&#233;e aux mortifiantes incertitudes de l'&#233;v&#233;nement et aux sursauts de l'opinion, avec ses revers et ses retours de fortune. C'est pourquoi, revenons y, on esp&#232;re la gloire dont la possession n'est jamais, par d&#233;finition, acquise : et si, non sans l&#233;g&#232;ret&#233;, on la consid&#232;re comme acquise, elle risque de d&#233;g&#233;n&#233;rer en gloriole, ou, pire, en vantardise, propres &#224; des esprits ravag&#233;s par une vaine pr&#233;tention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on esp&#232;re la gloire, on craint la honte qui, explique Descartes dans l'art 205, &#8220;est une esp&#232;ce de tristesse fond&#233;e aussi sur l'amour de soi-m&#234;me, et qui vient de l'opinion ou de la crainte qu'on a d'&#234;tre bl&#226;m&#233;&#8221;. On s'&#233;tait peut-&#234;tre trop h&#226;t&#233; de dire qu'un homme en proie &#224; la honte est emp&#234;ch&#233; d'&#234;tre tout &#224; fait ami de soi-m&#234;me : car s'il ne l'&#233;tait pas ou s'il ne l'&#233;tait plus, il n'aurait pas lieu de redouter un bl&#226;me qui ne le tourmente si profond&#233;ment que parce qu'il &#233;prouve que l'amour qu'il se porte naturellement &#224; soi-m&#234;me en est compromis et alt&#233;r&#233;. C'est donc le m&#234;me sentiment de &lt;i&gt;philautia&lt;/i&gt;, v&#233;cu dans les conditions de l'attente sous les esp&#232;ces de l'esp&#233;rance et de la crainte, qui alimente simultan&#233;ment la gloire et la honte. Et cette derni&#232;re t&#233;moigne &#224; sa mani&#232;re de la scrupuleuse attention qu'on se porte &#224; soi-m&#234;me, et c'est pourquoi, ajoute Descartes, &#8220;elle est, outre cela, une esp&#232;ce de modestie ou d'humilit&#233; et d&#233;fiance de soi-m&#234;me&#8221;. Rien n'assure le caract&#232;re vertueux de cette humilit&#233; qu'alimentent le doute et, &#224; la limite, du d&#233;sespoir li&#233; &#224; l'ins&#233;curit&#233; de sa situation. Or cette ins&#233;curit&#233;, on vient de le voir, n'&#233;pargne pas la gloire et affaiblit, en l'entachant de crainte, l'estime qu'on se porte &#224; soi-m&#234;me. Comment y rem&#233;dier ? En renfor&#231;ant l'estime de soi de mani&#232;re &#224; s'&#233;lever suffisamment au-dessus de l'opinion d'autrui pour ne plus en subir les fluctuations : &#8220;Car, lorsqu'on s'estime si fort qu'on ne se peut imaginer d'&#234;tre m&#233;pris&#233; par personne, on ne peut pas ais&#233;ment &#234;tre honteux&#8221;. Ne pouvoir imaginer &#234;tre m&#233;pris&#233; par quiconque, ce qui veut dire aussi tout faire pour ne pas encourir de l'&#234;tre, para&#238;t &#234;tre le signe d'une grande force d'&#226;me : mais cette force, qui &#233;limine les raisons qu'on pourrait avoir de se m&#233;priser, puise &#224; la m&#234;me source que la honte dont elle prot&#232;ge ; cette source, c'est la &lt;i&gt;philautia&lt;/i&gt;, qui est effort en vue de co&#239;ncider au maximum avec sa nature, on serait presque tent&#233; de dire de pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre, avec une puissance inalt&#233;r&#233;e d'adh&#233;sion et de conviction qui doit s'accommoder du recours &#224; l'opinion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; l'utilit&#233; des deux passions, qui leur est commune. Selon l'art. 206, consacr&#233; &#224; &#8220;l'usage de ces deux passions&#8221;, &#8220;la gloire et la honte ont m&#234;me usage en ce qu'elles nous inclinent &#224; la vertu, l'une par l'esp&#233;rance, l'autre par la crainte&#8221;. Si la gloire et la honte ne rendent pas fatalement vertueux, elles aident &#224; le devenir, en apprenant &#224; mieux se consid&#233;rer, s'appr&#233;cier, se juger &#224; sa juste valeur, ni trop ni trop peu, par la balance entre l'esp&#233;rance et la crainte dont proc&#232;dent les deux passions, ce qui en limite naturellement les exc&#232;s : on devient plus fort en prenant la mesure de sa fragilit&#233; et en acceptant le risque de l'exposer au grand jour, c'est-&#224;-dire d'assumer le prix de la gloire et de la honte. C'est pourquoi &#8220;il est seulement besoin d'instruire son jugement touchant ce qui est v&#233;ritablement digne de bl&#226;me ou de louange, afin de n'&#234;tre pas honteux de bien faire, et de ne point tirer vanit&#233; de ses vices, ainsi qu'il arrive &#224; plusieurs&#8221;. Il faut, quand les circonstances l'exigent, savoir oser la gloire en pr&#233;tendant &#224; l'honneur qu'il est normal de tirer de bien faire, comme aussi il faut savoir oser la honte en ayant la sagesse de renoncer &#224; tirer gloire de ce qu'on fait de mal. Cela s'appelle se soucier de son image, tout en ne perdant pas de vue qu'elle a la pr&#233;carit&#233; des choses d'apparence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car ne pas le faire est s'exposer &#224; un risque plus grand encore : celui de croire, sous pr&#233;texte d'&#233;chapper au p&#233;nible rouet de la gloire et de la honte, tant celles-ci sont &#233;troitement appari&#233;es puisqu'elles puisent au m&#234;me fond qui est l'amour de soi-m&#234;me, que l'on pourrait compl&#232;tement se passer de ces deux passions, c'est-&#224;-dire surmonter leur alternative en les rejetant toutes les deux ensemble, ce qui revient &#224; se consid&#233;rer comme &#233;tant naturellement au-dessus de tout jugement, &#224; commencer par celui de la foule. &#8220;Il n'est pas bon de se d&#233;pouiller enti&#232;rement de ces deux passions, ainsi que faisaient autrefois les cyniques. Car, encore que le peuple juge tr&#232;s mal, toutefois, &#224; cause que nous ne pouvons vivre sans lui, et qu'il nous importe d'en &#234;tre estim&#233;s, nous devrons souvent suivre ses opinions plut&#244;t que les n&#244;tres, touchant l'ext&#233;rieur de nos actions.&#8221; Faire cas de soi-m&#234;me au point de se moquer de l'opinion d'autrui, que l'on juge n&#233;gligeable, est une manifestation de cet orgueil dont l'art. 157 a expliqu&#233; qu'il repose le plus souvent sur le fait de &#8220;s'imaginer que la gloire n'est autre chose qu'une usurpation&#8221;, et donc que, &#233;tant sans fondement, elle ne poss&#232;de aucune valeur intrins&#232;que, constat d&#233;sabus&#233;, d&#233;sint&#233;ress&#233; en apparence, mais dont on tire en retour un commode sentiment d'impunit&#233;. Un tel cynisme am&#232;ne &#224; vivre sans honneur, &#224; refuser de croire au m&#233;rite sous l'unique pr&#233;texte qu'il s'obtient parfois pour des raison fragiles, voire franchement mauvaises : mais est-ce un motif suffisant pour braver l'opinion en prenant le contre-pied de ce qu'elle attend et, &#224; la limite, en choisissant de d&#233;m&#233;riter pour mieux la choquer, et ainsi se distinguer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la limite, un tel comportement am&#232;ne &#224; se mettre en marge, non seulement de la soci&#233;t&#233; commune, mais de ce qui d&#233;finit le cours de la vie passionnelle propre &#224; l'humanit&#233; normale, suivant une d&#233;rive proche de la folie. C'est ce que veut dire Descartes lorsqu'il en vient &#224; expliquer dans l'art. 207 &#224; propos de &#8220;l'impudence&#8221;, qui est la v&#233;ritable alternative &#224; la gloire et &#224; la honte, entendons au couple indissoluble form&#233; par celles-ci, qu'elle n'est pas une passion. &#8220;L'impudence ou l'effronterie, qui est un m&#233;pris de honte, et souvent aussi de gloire, n'est pas une passion, parce qu'il n'y a en nous aucun mouvement particulier des esprits qui l'excite ; mais c'est un vice oppos&#233; &#224; la honte, et aussi &#224; la gloire, en tant que l'une et l'autre sont bonnes, ainsi que l'ingratitude est oppos&#233;e &#224; la reconnaissance, et la cruaut&#233; &#224; la piti&#233;.&#8221; Affirmer que l'impudence ne correspond &#224; aucun mouvement des esprits, c'est en faire un vice de t&#234;te, qui repose sur une v&#233;ritable maladie de la volont&#233; dont l'usage est corrompu en profondeur au point de s'attaquer &#224; l'amour de soi-m&#234;me, dont on devine alors, bien que cette id&#233;e reste implicite chez Descartes, qu'il est au principe de toute la vie passionnelle, au point que sa n&#233;gation en suspende compl&#232;tement le cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer une telle d&#233;g&#233;n&#233;rescence qui exclut celui qui en est porteur de l'humanit&#233; normale ? Descartes en reconstitue la gen&#232;se de la fa&#231;on suivante : &#8220;La principale cause de l'effronterie vient de ce qu'on a re&#231;u plusieurs fois de grands affronts. Car il n'y a personne qui ne s'imagine, &#233;tant jeune, que la louange est un bien et l'infamie un mal beaucoup plus importants &#224; la vie qu'on ne trouve par exp&#233;rience qu'ils sont, lorsque, ayant re&#231;u quelques affronts signal&#233;s, on se voit enti&#232;rement priv&#233; d'honneur et m&#233;pris&#233; par un chacun. C'est pourquoi ceux-l&#224; deviennent effront&#233;s qui, ne mesurant le bien et le mal que par les commodit&#233;s du corps, voient qu'il en jouissent apr&#232;s ces affronts tout aussi bien qu'auparavant, ou m&#234;me quelquefois beaucoup mieux, &#224; cause qu'ils sont d&#233;charg&#233;s de plusieurs contraintes auxquels l'honneur les obligeait, et que, si la perte des biens est jointe &#224; leur disgr&#226;ce, il se trouve des personnes charitables qui leur en donnent.&#8221; L'effronterie, qui est l'abandon de tout respect humain, est un vice de vieux, de d&#233;&#231;us de la vie, et on peut dire de victimes, - Descartes veut faire comprendre que les impudents sont des gens qui sont surtout &#224; plaindre - ; ils ont miraculeusement surv&#233;cu &#224; de grands malheurs et en ont tir&#233; une vision am&#232;re de l'existence dans laquelle il n'y a plus de place pour la consid&#233;ration de l'honneur personnel : leur amour de soi-m&#234;me a sombr&#233; dans cette &#233;preuve, et ils n'emploient plus leurs forces qu'&#224; continuer &#224; exister au simple sens de l'accomplissement de leurs fonctions corporelles, dont ils abandonnent d'ailleurs le soin &#224; la charit&#233; publique, ce qui revient pour eux &#224; se placer dans un &#233;tat de totale d&#233;pendance, comme des parasites. Ainsi, n'avoir plus le sens ni de la gloire ni de la honte, gloire et honte, insistons y encore, allant n&#233;cessairement ensemble, c'est accepter d'&#234;tre rel&#233;gu&#233; comme une &#233;pave dans la corporation des marginaux et des mendiants, c'est-&#224;-dire d'exclus, de parias, qui, n'&#233;tant plus tout &#224; fait des hommes, doivent continuer &#224; vivre sans passions, dans des conditions voisines de la bestialit&#233; ou de l'inhumanit&#233;. C'est sur la population de l'h&#244;pital g&#233;n&#233;ral, issu du grand partage dont parle Foucault dans l'&lt;i&gt;Histoire de la folie&lt;/i&gt;, que Descartes offre ici au passage un instantan&#233; fulgurant, en montrant du doigt la triste cohorte des effront&#233;s. &#8220;Mais quoi !, ce sont des fous... ou des impudents...&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons tout de suite, pour faire la transition entre les analyses que Descartes et Spinoza consacrent &#224; la gloire et &#224; la honte que, pour ce dernier, l'impudence (&lt;i&gt;impudentia&lt;/i&gt;) n'est pas non plus un affect, comme il l'indique au passage dans l'explication qui accompagne la d&#233;finition des affects 31 &#224; la fin de &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; III. Dans cette explication, Spinoza pr&#233;sente l'impudence comme l'alternative &#224; la &#8220;r&#233;serve&#8221; (&lt;i&gt;verecundia&lt;/i&gt;, terme que Appuhn rend par &#8220;pudeur&#8221;, en maintenant la correspondance entre &lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt; et &#8220;honte&#8221; telle qu'elle se trouve dans le texte de Descartes ; on pourrait rendre aussi &lt;i&gt;verecundia&lt;/i&gt; par &#8220;retenue&#8221;) : &#8220;La r&#233;serve est la crainte ou la peur de la honte, par o&#249; l'homme est emp&#234;ch&#233; de faire quelque chose de d&#233;shonorant (&lt;i&gt;aliquid&lt;/i&gt; &lt;i&gt;turpe&lt;/i&gt;). A la r&#233;serve, on a l'habitude d'opposer l'impudence qui, en r&#233;alit&#233;, n'est pas un affect (&lt;i&gt;revera&lt;/i&gt; &lt;i&gt;affectus&lt;/i&gt; non est), comme je le montrerai en son lieu&#8221;. Le seul autre passage de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; dans lequel Spinoza revient sur le th&#232;me de l'impudence est le scolie de la prop. 58 de la 4e partie, dans lequel, ayant exclu que la honte, comme la piti&#233;, puisse &#234;tre au plein sens du terme une vertu, c'est-&#224;-dire une expression positive de puissance, il ajoute : &#8220;elle est cependant bonne pour autant qu'elle indique que subsiste chez l'individu qui est en proie &#224; la honte le d&#233;sir de vivre dans l'honn&#234;tet&#233; (&lt;i&gt;cupiditas&lt;/i&gt; &lt;i&gt;honeste&lt;/i&gt; vivendi), &#224; la fa&#231;on de la douleur qui est dite bonne pour autant qu'elle indique que la partie atteinte n'est pas encore putr&#233;fi&#233;e ; c'est pourquoi, bien que l'homme, qui a honte pour avoir fait quelque chose, soit en r&#233;alit&#233; en proie &#224; la tristesse, il est quand m&#234;me plus parfait que l'impudent qui n'a aucun d&#233;sir de vivre honn&#234;tement&#8221;. Chez l'impudent, les plaies sont tellement corrompues qu'elles ne font plus mal, ou que le mal qu'elles font n'exprime plus aucun d&#233;sir de vivre assignable : et, dans le d&#233;sir de vivre selon l'honn&#234;tet&#233; dont parle Spinoza, il y a fondamentalement ce d&#233;sir de vivre qui persiste chez le honteux &#224; qui le mal qu'il a pu faire ou qu'il craint de faire fait encore mal, ce qui est encore une mani&#232;re, m&#234;me indirecte, de se soucier de soi et de son utile propre qui est la d&#233;finition de la vertu, c'est-&#224;-dire de la puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, pourquoi l'impudence n'est-elle pas un affect ? Sur ce point, Spinoza n'apporte pas l'explication annonc&#233;e. Mais on peut supposer que c'est parce que, coup&#233;e dans les faits de tout d&#233;sir de vivre, l'impudence est une manifestation absolue d'impuissance, une d&#233;mission compl&#232;te devant les probl&#232;mes de l'existence, d&#233;mission dont la honte, si r&#233;active qu'elle soit, manifeste &#224; sa mani&#232;re le refus, de la m&#234;me mani&#232;re que la douleur signale &#224; travers la capacit&#233; de r&#233;agir un r&#233;sidu de vitalit&#233; dans l'organe l&#233;s&#233;. Cette explication rejoint d'une certaine fa&#231;on celle de Descartes : l'impudent, en m&#234;me temps que ses raisons de vivre, a perdu l'amour de soi-m&#234;me, et a cess&#233; de communiquer avec ce qui transmet son &#233;nergie &#224; tous les &#233;lans affectifs sans exception, l'effort en vue de pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre. Spinoza ne dirait pas comme Descartes de l'impudent qu'il m&#232;ne une vie de b&#234;te, mais qu'il m&#232;ne une vie de mort, &#224; qui le fait m&#234;me de vivre est devenu indiff&#233;rent, ce qui est la raison pour laquelle il n'a plus vraiment d'affects.&lt;br /&gt; &lt;br /&gt;
Voyons &#224; pr&#233;sent quelle analyse Spinoza propose des affects de &#8220;gloire&#8221; et de &#8220;honte&#8221;. Lorsque ceux-ci sont r&#233;pertori&#233;s dans la liste de d&#233;finitions d'affects plac&#233;e en appendice de E III, dans les d&#233;finitions 30 et 31, c'est au terme de la pr&#233;sentation de d&#233;riv&#233;s de la joie et de la tristesse se rapportant au sujet m&#234;me de l'affect qu'ils prennent aussi pour objet. Cette pr&#233;sentation a commenc&#233; avec la d&#233;finition 25 consacr&#233;e &#224; l'&lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; in se ipso (&#8220;joie n&#233;e de ce que la personne consid&#232;re soi-m&#234;me et sa puissance d'agir&#8221;), de l&#224; est pass&#233;e &#224; l'&lt;i&gt;humilitas&lt;/i&gt; (&#8220;tristesse n&#233;e de ce que la personne consid&#232;re son impuissance ou sa faiblesse&#8221;), puis &#224; la &lt;i&gt;paenitentia&lt;/i&gt; (&#8220;tristesse ayant pour accompagnement l'id&#233;e d'une action que nous nous figurons avoir accomplie en vertu d'un libre d&#233;cret de l'&#226;me&#8221;), &#224; la &lt;i&gt;superbia&lt;/i&gt; (&#8220;le fait d'en ressentir par amour &#224; son propre sujet plus qu'il n'est juste&#8221;), &#224; l'&lt;i&gt;abjectio&lt;/i&gt; (&#8220;en ressentir par tristesse &#224; son propre sujet moins qu'il n'est juste&#8221;), pour s'achever avec le couple gloria /&lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt; (&#8220;joie ou tristesse ayant pour accompagnement l'id&#233;e de certaine de nos actions que nous imaginons lou&#233;e ou bl&#226;m&#233;e par d'autres&#8221;). A cette liste on peut ajouter deux autres affects qui, eux, sont pr&#233;sent&#233;s comme des modalit&#233;s du d&#233;sir : l'&lt;i&gt;humanitas&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;modestia&lt;/i&gt; (&#8220;d&#233;sir de faire ce qui pla&#238;t aux gens et de s'abstenir de faire ce qui leur d&#233;pla&#238;t&#8221;) et l'&lt;i&gt;ambitio&lt;/i&gt; (&#8220;d&#233;sir immod&#233;r&#233; de gloire&#8220;), auxquels sont consacr&#233;es les d&#233;finitions 43 et 44.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A propos de ce dernier affect, l'&lt;i&gt;ambitio&lt;/i&gt;, Spinoza remarque dans l'explication qui accompagne la d&#233;finition 44 qu'elle est &#8220;un d&#233;sir par lequel tous les affects sont enflamm&#233;s et renforc&#233;s (&lt;i&gt;foventur&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;corroborantur&lt;/i&gt;)&#8221;, et ceci a pour cons&#233;quence que &#8220;c'est &#224; peine s'il peut &#234;tre domin&#233;&#8221; (&lt;i&gt;vix&lt;/i&gt; &lt;i&gt;superari&lt;/i&gt; &lt;i&gt;potest&lt;/i&gt;), ce qui veut dire que, il est vain de s'illusionner &#224; ce sujet, il est extr&#234;mement difficile de l'&#233;liminer ; on ne s'en d&#233;barrasse jamais compl&#232;tement : si on la fait sortir par la porte, l'ambition rentre par la fen&#234;tre, ce dont, &#224; la fin de cette explication, va t&#233;moigner l'exemple du philosophe qui, sans m&#234;me en avoir conscience, continue &#224; d&#233;sirer se mettre en valeur en vitup&#233;rant contre ce d&#233;sir m&#234;me et en expliquant que la gloire n'est rien, explication dont il attend tirer lui-m&#234;me une gloire personnelle. En effet, en vue d'illustrer sa th&#232;se, Spinoza ajoute que &#8220;pendant le temps o&#249; quelqu'un est en proie &#224; un d&#233;sir, il est simultan&#233;ment en proie &#224; celle-ci (l'ambition)&#8221;, ce qu'il confirme par la r&#233;f&#233;rence suivante &#224; Cic&#233;ron : &#8220;Le meilleur homme (&lt;i&gt;optimus&lt;/i&gt; &lt;i&gt;quisque&lt;/i&gt;) se laisse conduire au plus haut point par la gloire (maxime gloria &lt;i&gt;ducitur&lt;/i&gt; ) ; les philosophes inscrivent leur nom m&#234;me sur la couverture des livres qu'ils &#233;crivent pour faire m&#233;priser la gloire&#8221;. Autrement dit, l'ambition porte sur l'ensemble de la vie affective sa marque ind&#233;l&#233;bile : elle en double en permanence le d&#233;roulement, de mani&#232;re &#224; offrir &#224; tous les autres affects une sorte de caisse de r&#233;sonance qui en amplifie les manifestations ; c'est ce que veut dire Spinoza lorsqu'il &#233;crit que l'ambition &#8220;enflamme et renforce&#8221; tous les affects. Ceci permet d'ailleurs de mieux comprendre pourquoi chez l'impudent, qui a perdu le sens de sa gloire, et a renonc&#233; en ce sens &#224; l'ambition, la vie affective, &#224; laquelle manque pour s'entretenir la flamme de l'ambition, s'&#233;tiole, litt&#233;ralement s'&#233;teint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ambition n'est certainement pas la source de tous les sentiments, mais elle accompagne leur formation, et surtout leur d&#233;veloppement, leur conf&#233;rant ainsi une amplitude et une durabilit&#233; sans laquelle ils ne tiendraient pas longtemps, dispara&#238;traient aussit&#244;t que n&#233;s, et en tout cas n'occuperaient pas l'esprit comme ils le font. C'est sans doute parce qu'elle dispose de cette capacit&#233; d'amplification que l'ambition est &#8220;un d&#233;sir immod&#233;r&#233; de gloire&#8221; (&lt;i&gt;immodica&lt;/i&gt; &lt;i&gt;gloriae&lt;/i&gt; &lt;i&gt;cupiditas&lt;/i&gt;), ce qui la distingue de l'&lt;i&gt;humanitas&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;modestia&lt;/i&gt;, qui est un d&#233;sir de plaire, ou plut&#244;t de ne pas d&#233;plaire, par nature temp&#233;r&#233;. Immod&#233;r&#233; veut donc dire deux choses : d'une part, que l'ambition est un d&#233;sir en lui-m&#234;me excessif, qui tend par lui-m&#234;me &#224; d&#233;passer les bornes du convenable, et donc pourrait bien retourner la recherche de l'utile propre qui d&#233;finit la vertu en nocivit&#233;, donc en vice, mais aussi, d'autre part, qu'elle est un &#233;lan affectif vou&#233; de par son mouvement spontan&#233; &#224; l'expansion, et qui, pour cette raison, ne se laisse renfermer facilement dans aucune limite. Ceci permet de mieux cerner l'une des caract&#233;ristiques essentielles de la gloire, et probablement aussi de la honte : ce sont des sentiments difficiles &#224; contenir, et qui, de ce fait, sont peu conciliables avec une conduite de vie raisonnable, ce qui incite &#224; leur pr&#234;ter une grande attention, &#224; en surveiller de pr&#232;s le cours pour pouvoir le contr&#244;ler. Mais, en m&#234;me temps, ce sont des donn&#233;es parfaitement naturelles de la vie affective, qui, sans elles, serait gravement mutil&#233;e, et comme atrophi&#233;e, ce qui irait en sens exactement contraire de l'affirmation de puissance qu'est la vraie vertu. Nous en revenons &#224; l'id&#233;e d&#233;j&#224; avanc&#233;e : une vie sans gloire ni honte, comme celle men&#233;e par l'impudent, serait une vie d'homme mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier la th&#232;se &#224; premi&#232;re vue surprenante selon laquelle l'ambition constitue l'accompagnement oblig&#233; de tous les affects, Spinoza indique sans s'y arr&#234;ter la r&#233;f&#233;rence aux propositions 27 et 31 de E III. Ces deux propositions jouent un r&#244;le tr&#232;s important dans l'analyse que propose Spinoza de l'ensemble de la vie affective, et repr&#233;sentent sans doute ce qui constitue pour cette analyse son apport le plus caract&#233;ristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la proposition 27, &#8220;du fait que nous imaginons qu'une chose semblable &#224; nous &#224; laquelle nous ne vouons aucun affect est affect&#233;e d'un affect, par cela m&#234;me nous sommes affect&#233;s d'un affect semblable&#8221; : ceci est l'&#233;nonc&#233; de base de la th&#233;orie de &#8220;l'imitation des affects&#8221; (&lt;i&gt;affectuum&lt;/i&gt; &lt;i&gt;imitatio&lt;/i&gt;), qui est expos&#233;e dans le scolie de cette proposition 27. Il y a une circulation naturelle des affects entre les personnes, qui fait qu'il suffit que l'une ait l'air d'&#234;tre affect&#233;e d'une certaine mani&#232;re, par exemple par de la joie, pour que toutes les autres &#224; qui cette apparence se communique &#233;prouvent automatiquement un affect de m&#234;me type, par propagation ou par contagion sympathique : il y a &#224; cet &#233;gard, explique le scolie de la proposition 27, une esp&#232;ce d'&#233;mulation (&lt;i&gt;aemulatio&lt;/i&gt;) permanente, qui fait par exemple que les d&#233;sir des uns se communiquent aussit&#244;t aux autres. Cette remarque est, bien s&#251;r, extr&#234;mement importante, car elle indique ce qui, sous une forme spontan&#233;e et, pourrait-on presque dire, sauvage, constitue au point de vue de Spinoza l'origine de la socialit&#233; qui, en tout premier lieu consiste dans le fait de partager ainsi des sentiments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la proposition 31, &#8220;si nous imaginons que quelqu'un aime, ou d&#233;sire, ou a en haine quelque chose que nous m&#234;mes aimons, d&#233;sirons ou avons en haine, par cela m&#234;me nous aimerons, etc., la chose avec plus de pers&#233;v&#233;rance (&lt;i&gt;constantius&lt;/i&gt;) ; mais si nous imaginons qu'il a en aversion ce que nous aimons, ou l'inverse (qu'il aime ce que nous avons en aversion), nous p&#226;tirons de confusion mentale (&lt;i&gt;fluctuatio&lt;/i&gt; &lt;i&gt;animi&lt;/i&gt;)&#8221;, c'est-&#224;-dire que nous nous trouverons dans cet &#233;tat d'esprit insupportable d&#233;crit dans le scolie de la proposition 17 qui consiste &#224; &#234;tre simultan&#233;ment en proie &#224; deux affects de sens contraire, de l'amour et de la haine par exemple. L'enseignement qui se d&#233;gage de la proposition 31 recoupe et compl&#232;te celui de la proposition 27 : il confirme que nous ne vivons pas nos sentiments en restant en t&#234;te &#224; t&#234;te avec nous-m&#234;mes, mais en communaut&#233;, m&#234;me si c'est dans le cadre de communaut&#233;s de rencontre, que l'occasion fait et d&#233;fait, et qui ne r&#233;pondent &#224; aucun principe organis&#233; : les sentiments que nous &#233;prouvons ne cessent d'interf&#233;rer avec ceux d'autrui, et, en se communiquant ou en se transmettant de personne &#224; personne, comme l'explique la proposition 27, ils entrent, montre la proposition 31, dans des combinaisons complexes o&#249; ils se compl&#232;tent ou se soustraient. Du m&#234;me coup, on comprend mieux pourquoi l'ambition enflamme toute la vie affective : en faisant intervenir dans la fa&#231;on dont chacun &#233;prouve ses propres affects l'opinion d'autrui, qui prend elle-m&#234;me la forme d'un affect, elle participe &#224; cette circulation des sentiments par laquelle ils s'intensifient, s'exacerbent, au point parfois de provoquer des tensions mentales auxquelles il est bien difficile de r&#233;sister en se retenant, comme on dit, de &#8220;craquer&#8221;, tant est forte la pression exerc&#233;e par des affects dont les forces devenues ind&#233;pendantes, inaccessibles &#224; toute prise personnelle, ont &#233;t&#233; multipli&#233;es par le fait d'&#234;tre pass&#233;es de personne en personne, ce qui les a fait entrer dans un cercle infernal o&#249;, sans contr&#244;le, sans frein, elles s'associent ou s'opposent librement. Alors, la vie mentale risque de prendre la forme de ce que la 4e partie de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, nomme la servitude, on pourrait justement parler de l'ali&#233;nation, qui rend les passions dangereuses en les soustrayant au contr&#244;le de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition 31 de E III fait imm&#233;diatement suite &#224; la proposition 30 dans le scolie de laquelle ont &#233;t&#233; introduites les caract&#233;risations des affects de gloria et de &lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt;, pr&#233;sent&#233;s &#224; l'&#233;tat naissant, avant qu'ils aient &#233;t&#233; emport&#233;s dans ce cycle imitatif qui, in&#233;vitablement les enfi&#232;vre et les emballe. Selon la proposition 30, &#8220;si quelqu'un a fait quelque chose qui, imagine-t-il, affecte les autres de joie, celui-l&#224; sera affect&#233; de joie accompagn&#233;e de l'id&#233;e de soi en en tant que cause, c'est-&#224;-dire qu'il se consid&#233;rera lui-m&#234;me avec un sentiment de joie ; en revanche, s'il a fait quelque chose qui, imagine-t-il, affecte les autres de tristesse, il se consid&#233;rera lui-m&#234;me en revanche avec tristesse&#8221; : et on comprend imm&#233;diatement que, dans le premier cas, il sera envahi par un sentiment de &#8220;gloire&#8221; (gloria ), et, dans le deuxi&#232;me cas, par un sentiment de &#8220;honte&#8221; (&lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt;). On s'appr&#233;cie d'autant mieux qu'on est appr&#233;ci&#233; par d'autres, et au contraire on a davantage tendance &#224; se d&#233;pr&#233;cier si on se voit d&#233;pr&#233;ci&#233; : et ceci en vertu d'un automatisme issu du fonctionnement de l'imagination, donc avant toute r&#233;flexion. Pour justifier le contenu de la proposition 30, Spinoza s'appuie, d'une part, sur les propositions 19 (et non 17 comme l'indique fautivement Appuhn) et 23 de E II, qui ont expliqu&#233; comment se forme la repr&#233;sentation qu'on a de soi-m&#234;me en fonction de la mani&#232;re dont le corps est affect&#233; par d'autres, et par l&#224; m&#234;me engag&#233; &#224; agir dans tel ou tel sens, et, d'autre part, sur la proposition 27 de E III dont il vient d&#233;j&#224; d'&#234;tre question, o&#249; est exploit&#233;e la th&#233;matique de l'imitation affective. Sans cette imitation, on ne serait pas confirm&#233; dans la repr&#233;sentation de soi-m&#234;me comme cause de l'action qui procure de la joie : on a fait quelque chose, pouss&#233; &#224; cela spontan&#233;ment par un affect issu de la tendance naturelle &#224; pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre ; et, si on ne voyait pas cette action approuv&#233;e, voire admir&#233;e par d'autres, on n'aurait pas occasion de s'y arr&#234;ter, de se la rapporter &#224; soi-m&#234;me, d'en &#234;tre &#8220;conscient&#8221; (&lt;i&gt;conscius&lt;/i&gt;), de s'en sentir l'auteur v&#233;ritable, ce qui est la condition pour qu'on s'en fasse gloire. Et il en va de m&#234;me dans le cas de l'action qui se rapporte &#224; une tristesse et, relay&#233;e par le jugement d'autrui, provoque un sentiment de honte. On peut d&#233;j&#224; ici remarquer l'effet d'amplification attach&#233; &#224; ces deux affects imitatifs, qui est la cause de leur fixation durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mouvement d'amplification est explicit&#233; dans la proposition 34 selon laquelle &#8220;plus nous imaginons grand l'affect dont la chose aim&#233;e est affect&#233;e &#224; notre &#233;gard, plus nous nous glorifierons (&lt;i&gt;eo&lt;/i&gt; &lt;i&gt;magis&lt;/i&gt; &lt;i&gt;gloriabimur&lt;/i&gt;)&#8221;. Remarquons que le cas de figure ici envisag&#233; ne rentre plus dans le dispositif de l'imitation affective qui joue entre personnes n'&#233;prouvant aucun affect les unes &#224; l'&#233;gard des autres, donc indiff&#233;rentes entre elles. Cette neutralit&#233; est &#224; pr&#233;sent effac&#233;e : une personne en aime une autre et elle se voit aim&#233;e par elle, ce qui lui procure une exaltation proportionnelle au degr&#233; de l'affect dont elle s'imagine gratifi&#233;e : elle ne pourra alors s'emp&#234;cher de se glorifier int&#233;rieurement et ext&#233;rieurement, en &#233;talant la satisfaction dont elle se sent envahie sans avoir la capacit&#233;, ni donc a fortiori la volont&#233;, d'y r&#233;sister. Nous nous trouvons alors en plein commerce affectif, o&#249; les affects, non seulement circulent mais s'&#233;changent &#224; taux d'intensit&#233; proportionnelle, selon une mesure, un &#233;talonnage qui s'applique naturellement, sans intervention de la r&#233;flexion, selon une logique de croissance tendanciellement ind&#233;finie. Dans ce cas, l'amour qu'on porte &#224; une autre personne et celui qu'on se porte &#224; soi-m&#234;me par l'interm&#233;diaire de cette personne, sentiments qui se nourrissent l'un de l'autre, se m&#234;lent au point de se confondre, ce qui est &#233;videmment dangereux, car cela a in&#233;vitablement pour effet de lib&#233;rer les forces des affects, d'en d&#233;cha&#238;ner le cours, ce qui ne peut &#234;tre &#224; terme qu'ali&#233;nant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces consid&#233;rations nous ram&#232;nent au scolie de la proposition 30 o&#249; la th&#233;matique de la gloire est directement raccord&#233;e &#224; celle de &#8220;l'assurance en soi-m&#234;me&#8221; ou &#8220;confiance en soi-m&#234;me&#8221; (&lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; in se ipso), dont la gloire est proche sans pourtant se confondre tout &#224; fait avec elle : sur ce point, l'analyse de Spinoza recoupe manifestement celle propos&#233;e par Descartes dans l'art. 204 des Passions de l'&#226;me. Le scolie de la proposition 30 commence par expliquer que les sentiments de joie ou de tristesse que nous nous rapportons &#224; nous-m&#234;mes par l'interm&#233;diaire de l'opinion concernant certaines de nos actions que nous pr&#234;tons &#224; autrui sont des figures de l'amour et de la haine. Et il rappelle &#224; ce propos les d&#233;finitions de l'amour et de la haine, qui sont une joie et une tristesse rapport&#233;es &#224; l'id&#233;e d'une cause ext&#233;rieure, ce qui l'am&#232;ne &#224; pr&#233;ciser que gloire et honte sont ces formes tr&#232;s particuli&#232;res d'amour et de haine qui ne se rapportent pas &#224; des objets ext&#233;rieurs, mais &#224; une &#8220;cause int&#233;rieure&#8221;, donc &#224; nous-m&#234;mes : lorsque nous sommes en proie &#224; la gloire ou &#224; la honte, nous estimons qu'&#224; travers le jugement port&#233; par autrui sur certaines de nos actions, c'est ce que nous sommes en nous-m&#234;mes, en tant que sujets de ces actions, qui est concern&#233;, c'est-&#224;-dire que nous sommes nous-m&#234;mes dignes d'amour et de haine. C'est donc la th&#233;matique de la &lt;i&gt;philautia&lt;/i&gt; qui, comme chez Descartes, est implicitement convoqu&#233;e en vue de faire comprendre ce qui singularise la gloire et la honte : ces derni&#232;res sont des sentiments personnels dont nous constituons l'objet, la cause de ces sentiments consistant dans le fait que nous nous voyons lou&#233;s ou bl&#226;m&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que, sans davantage s'expliquer &#224; ce sujet, Spinoza indique que &lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; in se ipso et &lt;i&gt;paenitentia&lt;/i&gt;, qui sont &#233;galement une joie et une tristesse rapport&#233;es &#224; l'id&#233;e d'une cause int&#233;rieure sont, telles qu'il les nomme, &#8220;autres&#8221; (alias &lt;i&gt;vocabo&lt;/i&gt;). Pourquoi sont-elles autres ? Probablement en raison de l'&#233;quivoque attach&#233;e &#224; &#8220;l'id&#233;e d'une cause int&#233;rieure&#8221; : dans le cas de la gloire et de la honte, cette id&#233;e, c'est sans doute nous qui la formons et c'est pourquoi elle nous rend joyeux ou tristes ; mais nous ne la formons pas directement : tout se passe comme si nous la recevions telle qu'elle nous est envoy&#233;e de la part d'autrui. Spinoza ne fait pas intervenir dans son analyse les jeux de l'esp&#233;rance et de la crainte express&#233;ment mentionn&#233;s par Descartes en vue de faire comprendre ce que l'id&#233;e d'une cause int&#233;rieure en tant qu'elle est pr&#233;sent&#233;e comme venant de l'ext&#233;rieur comporte d'incertain, et il ne fait pas non plus r&#233;f&#233;rence &#224; l'admiration qui, selon Descartes, entache la gloire et la honte d'une certaine pr&#233;carit&#233; : mais on peut estimer qu'il ne dit pas quelque chose de tout &#224; fait diff&#233;rent, et que, &#224; son point de vue, ce qui distingue gloria et &lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; in se ipso , comme aussi &lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;paenitentia&lt;/i&gt;, c'est le fait que, dans un cas, l'id&#233;e d'une cause int&#233;rieure est form&#233;e directement par nous, ce qui ne signifie d'ailleurs pas que l'imagination n'intervient pas dans sa formation, et alors nous &#233;prouvons de l'&lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; in se ipso ou de la &lt;i&gt;paenitentia&lt;/i&gt;, alors que, dans l'autre cas, elle est form&#233;e indirectement, par le relais de l'opinion que nous pr&#234;tons &#224; autrui, ce qui lui conf&#232;re un relief particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette explication est confirm&#233;e par la remarque que Spinoza propose &#224; la fin du scolie de la proposition 30 : &#8220;Enfin, comme il peut se faire que la joie dont une personne imagine &#234;tre affect&#233;e de la part des autres soit seulement imaginaire, et comme chacun s'efforce d'imaginer (&lt;i&gt;imaginari&lt;/i&gt; &lt;i&gt;conatur&lt;/i&gt;) tout ce dont il imagine que cela l'affecte de joie, en cons&#233;quence, il peut ais&#233;ment se faire (facile &lt;i&gt;fieri&lt;/i&gt; &lt;i&gt;potest&lt;/i&gt;) que le glorieux (&lt;i&gt;gloriosus&lt;/i&gt;) soit un orgueilleux (&lt;i&gt;superbus&lt;/i&gt;), et s'imagine &#234;tre dans les bonnes gr&#226;ces de tous (se &lt;i&gt;ominibus&lt;/i&gt; &lt;i&gt;gratum&lt;/i&gt; esse &lt;i&gt;imaginatur&lt;/i&gt;) alors qu'il leur est p&#233;nible (omnibus &lt;i&gt;molestus&lt;/i&gt; est)&#8221;. En fait, l'id&#233;e indirecte d'une cause int&#233;rieure que forme le glorieux et qu'il re&#231;oit comme si elle lui &#233;tait communiqu&#233;e de l'ext&#233;rieur, ce qui le confirme dans l'estime naturelle qu'il se porte &#224; soi-m&#234;me, c'est lui-m&#234;me qui la concocte : et il peut tr&#232;s bien s'imaginer que le regard qu'on porte sur lui est des plus favorables alors que c'est tout le contraire qui se passe en r&#233;alit&#233;. La r&#233;f&#233;rence &#224; l'autre dont se nourrit la gloire peut se ramener &#224; une simple fiction, issue de la compulsion irr&#233;sistible qui est en chacun &#224; &#8220;imaginer tout ce dont il imagine que cela l'affecte de joie&#8221;, selon la le&#231;on de la proposition 25 de E III. L'exaltation procur&#233;e dans ces conditions a bien sa source dans le conatus, mais elle est transmise de telle mani&#232;re que l'&#233;lan originel de celui-ci se trouve gravement d&#233;form&#233;, gauchi, distordu, de telle mani&#232;re qu'il est difficile de la consid&#233;rer comme une affirmation de puissance, c'est-&#224;-dire comme une vertu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le glorieux est donc quelqu'un qui prend le risque, emport&#233; par une sorte d'ivresse int&#233;rieure, de d&#233;railler compl&#232;tement : en se mirant dans le regard d'autrui qui, croit-il, lui renvoie l'image de sa gloire, il peut &#234;tre seulement la proie d'un mirage, et il est vain d'escompter que l'affirmation de soi obtenue au prix d'une telle d&#233;marche soit r&#233;ellement stable. Nous venons de le voir, il suffit d'un rien pour que la gloire se transforme en une fausse superbe, &#224; terme insupportable et, virtuellement ridicule. Et alors, s'il s'en rend compte, c'est-&#224;-dire s'il s'imagine que le regard de l'autre, au lieu d'&#234;tre approbateur et admiratif, est devenu critique &#224; son &#233;gard, l'homme en proie &#224; la gloria est bien pr&#232;s de sombrer en sens inverse dans la &lt;i&gt;pudor&lt;/i&gt; : il rougit de ses propres illusions, et, ayant reconnu sa m&#233;prise, ne sait plus o&#249; se mettre pour cacher sa d&#233;ception. Cette analyse, implicite chez Spinoza, recoupe l'argument de Descartes selon lequel la gloire est fonci&#232;rement appari&#233;e &#224; la honte : et alors, nous voyons se profiler &#224; l'horizon de la gloire la menace de la &lt;i&gt;fluctuatio&lt;/i&gt; &lt;i&gt;animi&lt;/i&gt;, dont il est d'ailleurs question aussit&#244;t apr&#232;s dans la proposition 31, qui &#233;voque le cas d'une personne en proie simultan&#233;ment &#224; l'amour et &#224; la haine, ce qui est le propre d'un esprit occasionnellement ou durablement d&#233;rang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il en conclure qu'il vaudrait mieux se passer de gloire en vue de se pr&#233;munir contre ses d&#233;rives ? Mais ne prendrait-on pas alors un risque plus grand encore, celui de pratiquer l'impudence, par laquelle, nous l'avons vu, sont mises en p&#233;ril les valeurs fondamentales de la vie ? C'est pourquoi, dans la 4e partie de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, consacr&#233;e, apr&#232;s l'analyse objective qui en a &#233;t&#233; propos&#233;e dans la 3e partie, au probl&#232;me de l'usage des affects, Spinoza &#233;crit, dans la proposition 58, que &#8220;la gloire n'est pas en alternative &#224; la raison mais peut trouver en elle sa source (gloria &lt;i&gt;rationi&lt;/i&gt; non &lt;i&gt;repugnat&lt;/i&gt; &lt;i&gt;sed&lt;/i&gt; ab &lt;i&gt;ea&lt;/i&gt; &lt;i&gt;oriri&lt;/i&gt; &lt;i&gt;potest&lt;/i&gt;)&#8221;, ce qui recoupe la th&#232;se d&#233;velopp&#233;e par Descartes dans l'art. 206 des &lt;i&gt;Passions de l'&#226;me&lt;/i&gt;. L'&#233;nonc&#233; de la proposition 58 rime avec celui de la proposition 52 selon laquelle &#8220;l'&lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; in se ipso peut avoir sa source dans la raison, et seule cette &lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; qui a sa source dans la raison est la plus grande (&lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt;, assurance) dont on puisse disposer&#8221;. Nous voyons donc &#224; nouveau la gloire osciller dans le sens du contentement int&#233;rieur dont il est clair que, lorsqu'il est acquis dans des conditions rationnellement contr&#244;l&#233;es, il est une vertu, et m&#234;me peut-&#234;tre la vertu par excellence, puisqu'il nous permet de co&#239;ncider au maximum avec notre nature, ce qui est la forme m&#234;me de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d&#233;montrer que la gloire peut trouver sa source dans la raison, et ainsi devenir une vraie vertu, Spinoza se contente de renvoyer &#224; la d&#233;finition 30 des affects et &#224; la d&#233;finition de l'honn&#234;tet&#233; donn&#233;e dansle scolie 1 de la proposition 37 de &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; IV . Selon ce scolie, l'honn&#234;tet&#233; est &#8220;le d&#233;sir en vertu duquel une personne vivant sous la conduite de la raison se lie d'amiti&#233; avec les autres (&lt;i&gt;reliquos&lt;/i&gt; &lt;i&gt;sibi&lt;/i&gt; &lt;i&gt;amicitia&lt;/i&gt; &lt;i&gt;jungat&lt;/i&gt;), et l'honn&#234;te est &#8220;ce que louent les hommes vivant sous la conduite de la raison, alors que le scandaleux (&lt;i&gt;turpe&lt;/i&gt;) est ce qui d&#233;tourne de s'attirer de l'amiti&#233; (quod &lt;i&gt;conliliandae&lt;/i&gt; &lt;i&gt;amicitiae&lt;/i&gt; &lt;i&gt;repugnat&lt;/i&gt;)&#8221;. Ces formules paraissent directement emprunt&#233;es aux &#233;thiques d'Aristote, et aux passages de celles-ci o&#249; il est expliqu&#233; que les hommes vertueux, les &lt;i&gt;kalo&#239;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;kagatho&#239;&lt;/i&gt;, ont toutes raisons de se lier d'amiti&#233;, en se donnant motif de se louer les uns les autres. Et elles paraissent pr&#233;parer la proposition 71 de &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; IV, selon laquelle &#8220;seuls les hommes libres sont dans les meilleures gr&#226;ces les uns &#224; l'&#233;gard des autres (soli &lt;i&gt;homines&lt;/i&gt; &lt;i&gt;liberi&lt;/i&gt; &lt;i&gt;erga&lt;/i&gt; se &lt;i&gt;invicem&lt;/i&gt; &lt;i&gt;gratissimi&lt;/i&gt; &lt;i&gt;sunt&lt;/i&gt;)&#8221;, proposition dans la d&#233;monstration de laquelle la proposition 37 est donn&#233;e en r&#233;f&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci pose un grave probl&#232;me. La gloire, qui prend alors la forme de la louange r&#233;ciproque, trouve sa source dans la raison lorsqu'elle est pratiqu&#233;e entre gens honn&#234;tes, qui confortent leur honn&#234;tet&#233; en la partageant avec d'autres. Et elle d&#233;p&#233;rit, ou se d&#233;grade, lorsqu'elle sort de ce cercle, par d&#233;finition &#233;troit. C'est ce qu'explique pr&#233;cis&#233;ment le scolie de la proposition 58 selon lequel &#8220;ce qui est appel&#233; vaine gloire est l'&lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt; in se ipso qu'enflamme la seule opinion du vulgaire (&lt;i&gt;quae&lt;/i&gt; &lt;i&gt;sola&lt;/i&gt; &lt;i&gt;vulgi&lt;/i&gt; &lt;i&gt;opinione&lt;/i&gt; &lt;i&gt;fovetur&lt;/i&gt;)&#8221; : en effet, cette opinion fluctue au gr&#233; des engouements de rencontre, se nourrit de ragots, et, visc&#233;ralement port&#233;e &#224; l'ingratitude et &#224; l'oubli, risque de virer &#224; tous moments . Et, dans la suite du scolie de la proposition 58, Spinoza a des mots extr&#234;mement durs &#224; l'encontre de &#8220;applaudissements du vulgaire&#8221; et des fausses r&#233;putations que ceux-ci font et d&#233;font sans cesse. Mais alors, c'est le probl&#232;me que nous &#233;voquions &#224; l'instant, le souci l&#233;gitime d'&#233;viter cette vaine gloire, en ne pratiquant, entre gens honn&#234;tes, que la gloire qui trouve sa source, non dans l'opinion mais dans la raison, n'a-t-elle pas pour cons&#233;quence de faire entrer les hommes de bien en compl&#232;te s&#233;cession, pour vivre &#224; part, et cultiver entre eux leurs vertus, comme le font les membres du &#8220;jardin&#8221; &#233;picurien, compl&#232;tement en marge de la vie commune ? Sur ce point Descartes, qui d&#233;clare dans l'art. 206 des &lt;i&gt;Passions de l'&#226;me&lt;/i&gt; que, &#8220;encore que le peuple juge tr&#232;s mal, toutefois, &#224; cause que nous ne pouvons vivre sans lui, et qu'il nous importe d'en &#234;tre estim&#233;s, nous devons souvent suivre ses opinions plut&#244;t que les n&#244;tres touchant l'ext&#233;rieur de nos action&#8221;, par ce simple rappel du fait que nous ne pouvons vivre sans le peuple, c'est-&#224;-dire nous isoler dans une sorte de cit&#233; id&#233;ale o&#249; ne cohabiteraient plus qu'une &#233;lite de sages, est peut-&#234;tre plus &#8220;politique&#8221; que ne l'est Spinoza, dont la d&#233;fense de la gloire, et sa r&#233;habilitation en tant que vertu, en d&#233;pit des risques qu'elle comporte, pr&#233;sente apparemment une dimension utopiste, surprenante de la part du philosophe qui, &#224; l'&#233;poque classique a entrepris de nouer un lien fort entre &#233;thique et politique, et de montrer que la vie en soci&#233;t&#233; est ins&#233;parable du jeu des affects, dont elle doit savoir aussi assumer les contradictions. Des sages vivant dans une sorte de r&#233;clusion volontaire &#224; part de la foule des ignorants pour pouvoir mieux cultiver ensemble leur gloire, n'est-ce pas finalement le mythe impolitique par excellence ? Et comment fonder sur un tel mythe une &#233;thique unanime conduisant, selon les termes de Spinoza, &#224; l'&lt;i&gt;amor&lt;/i&gt; &lt;i&gt;intellectualis&lt;/i&gt; Dei, par lequel celui qui le pratique s'unit avec la nature tout enti&#232;re, et par l&#224; m&#234;me ne distingue plus son sort de celui des autres hommes ? L&#224; est sans doute la contradiction sur laquelle butte pour finir la philosophie pratique de Spinoza.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Introduction au Trait&#233; th&#233;ologico-politique de Spinoza&#034;, par F. Akkerman, J. Lagr&#233;e et P.-F. Moreau</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Introduction-au-Traite-theologico-politique-de-Spinoza-par-F-Akkerman-J-Lagree</link>
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		<dc:date>2004-12-30T22:50:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Akkerman, Fokke, Lagr&#233;e, Jacqueline, Moreau, Pierre-Fran&#231;ois</dc:creator>



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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Theologie-" rel="directory"&gt;Th&#233;ologie&lt;/a&gt;


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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;face &#224; l'Anomalie sauvage, par Antonio Negri</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Preface-a-l-Anomalie-sauvage-par-Antonio-Negri</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Preface-a-l-Anomalie-sauvage-par-Antonio-Negri</guid>
		<dc:date>2004-12-05T19:17:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



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&lt;p&gt;Spinoza, c'est l'anomalie. Si Spinoza, ath&#233;e et maudit, ne finit pas ses jours en prison ou sur un b&#251;cher, comme d'autres innovateurs r&#233;volutionnaires aux seizi&#232;me et dix-septi&#232;me si&#232;cles, il ne le doit qu'&#224; ceci : sa m&#233;taphysique repr&#233;sente la polarit&#233; effective d'un rapport de forces antagonistes d&#233;j&#224; solidement &#233;tabli ; dans la Hollande du dix-septi&#232;me si&#232;cle, la tendance suivie par le d&#233;veloppement des forces productives et des rapports de production est claire : l'avenir est &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Spinoza, c'est l'anomalie. Si Spinoza, ath&#233;e et maudit, ne finit pas ses jours en prison ou sur un b&#251;cher, comme d'autres innovateurs r&#233;volutionnaires aux seizi&#232;me et dix-septi&#232;me si&#232;cles, il ne le doit qu'&#224; ceci : sa m&#233;taphysique repr&#233;sente la polarit&#233; effective d'un rapport de forces antagonistes d&#233;j&#224; solidement &#233;tabli ; dans la Hollande du dix-septi&#232;me si&#232;cle, la tendance suivie par le d&#233;veloppement des forces productives et des rapports de production est claire : l'avenir est &#224; l'antagonisme. Dans ce cadre, la m&#233;taphysique mat&#233;rialiste de Spinoza est donc l'anomalie puissante du dix-septi&#232;me si&#232;cle : non pas une anomalie marginale et vaincue, mais l'anomalie du mat&#233;rialisme vainqueur, de l'&#234;tre qui va de l'avant et pose en se constituant la possibilit&#233; id&#233;elle d'une mise en r&#233;volution du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est utile d'&#233;tudier Spinoza, c'est pour trois raisons. Chacune de ces raisons n'est pas seulement positive, elle est &#233;galement probl&#233;matique. Spinoza, autrement dit, n'est pas seulement un auteur qui pose et r&#233;sout certains probl&#232;mes de et dans son si&#232;cle ; il le fait &#233;galement, mais une dimension probl&#233;matique est aussi inscrite dans la forme m&#234;me des solutions qu'il apporte : se d&#233;ployant progressivement, elle atteint notre horizon philosophique pour s'installer en lui. Ces trois raisons sont les suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement : Spinoza fonde le mat&#233;rialisme dans la plus haute de ses figures : il d&#233;termine l'horizon propre de la sp&#233;culation philosophique moderne et contemporaine, celui d'une philosophie de l'&#234;tre immanent et donn&#233;, de l'ath&#233;isme comme refus de toute pr&#233;supposition d'un ordre ant&#233;rieur &#224; l'agir humain et &#224; la constitution de l'&#234;tre. Le mat&#233;rialisme de Spinoza, malgr&#233; sa forme productive et vivante, ne d&#233;passe toutefois pas les limites d'une conception purement &#171; spatiale &#187; - ou physico-galil&#233;enne - du monde. Il force bien entendu cette conception, il cherche &#224; d&#233;truire ses limites, mais il ne parvient pas &#224; une solution ; il laisse au contraire sans solution le probl&#232;me du rapport entre dimensions spatiales et dimensions temporelles, dynamiques et cr&#233;atives de l'&#234;tre. L'imagination, cette facult&#233; spirituelle qui parcourt le syst&#232;me spinoziste, constitue l'&#234;tre en un ordre qui n'est qu'allusivement temporel. Le probl&#232;me n'en est pas moins pos&#233; : sans solution, c'est vrai, mais en des termes n&#233;anmoins purs et forts. Avant m&#234;me l'invention de la dialectique, l'&#234;tre &#233;chappe &#224; cette esp&#232;ce de monstre qu'est le mat&#233;rialisme dialectique. La lecture socialiste et sovi&#233;tique de Spinoza n'enrichit pas le mat&#233;rialisme dialectique, elle ne fait qu'affaiblir les potentialit&#233;s de la m&#233;taphysique spinoziste, ses capacit&#233;s de d&#233;passer une vision purement spatiale et objectiviste du mat&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement : Lorsqu'il affronte les questions politiques (et la politique est un des axes essentiels de sa pens&#233;e), Spinoza fonde une forme non mystifi&#233;e de d&#233;mocratie. Spinoza pose autrement dit le probl&#232;me de la d&#233;mocratie sur le terrain du mat&#233;rialisme, critiquant donc comme mystification toute conception juridique de l'&#201;tat. La fondation mat&#233;rialiste du constitutionnalisme d&#233;mocratique s'inscrit chez Spinoza dans le probl&#232;me de la production. La pens&#233;e spinoziste soude le rapport constitution-production en un lien unitaire. Il n'est pas possible d'avoir une conception juste du politique sans unir d'embl&#233;e ces deux termes. Il est impossible et abject de parler de d&#233;mocratie en dehors de ce lien : cela, nous le savons bien. Mais on a trop souvent voulu m&#234;ler Spinoza &#224; une informe bouillie &#171; d&#233;mocratique &#187; faite de transcendantalisme normatif hobbien, de volont&#233; g&#233;n&#233;rale rousseauiste et d'Aufhebung h&#233;g&#233;lienne, dont la fonction propre est de s&#233;parer production et constitution, soci&#233;t&#233; et &#201;tat. Eh bien non 1 dans l'immanentisme spinoziste, dans la conception sp&#233;cifiquement spinoziste du politique, la d&#233;mocratie est une politique de la &#171; multitude &#187; organis&#233;e dans la production, la religion est une religion des &#171; ignorants &#187; organis&#233;s dans la d&#233;mocratie. Cette construction spinoziste du politique constitue un moment fondamental de la pens&#233;e moderne ; et si elle ne parvient pas &#224; exprimer jusqu'au bout la fondation de la lutte de classe, comme antagonisme fondateur de la r&#233;alit&#233;, elle n'en parvient pas moins &#224; &#233;noncer tous les pr&#233;suppos&#233;s d'une telle conception, faisant de l'intervention des masses le fondement de l'activit&#233; de transformation, &#224; la fois sociale et politique. La pens&#233;e spinoziste est une pens&#233;e &#171; tranchante &#187; : elle rejette pour toujours toute une s&#233;rie de mystifications, toute une s&#233;rie de probl&#232;mes offerts &#224; la bourgeoisie au cours des si&#232;cles suivants par la pens&#233;e lib&#233;rale-d&#233;mocratique, tout particuli&#232;rement dans sa version jacobine (et dans la lign&#233;e th&#233;orique Rousseau-Hegel). Elle d&#233;signe avec force les probl&#232;mes que se pose aujourd'hui encore la lutte de classe communiste, en posant le probl&#232;me sous une forme pure : la multitude qui se fait &#201;tat, les ignorants qui se font religion ; un pass&#233; est mis au rencart, toute solution juridique et id&#233;aliste du probl&#232;me est &#233;limin&#233;e - et pourtant, c'est monstrueux, on ne cessera d'en reproposer au cours des si&#232;cles suivants. Constitution et production comme &#233;l&#233;ments d'un tissu dans lequel se construit l'exp&#233;rience des masses et de l'avenir. Sous la forme de l'&#233;galit&#233; radicale impos&#233;e par l'ath&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement : Spinoza nous montre que l'histoire de la m&#233;taphysique enveloppe des alternatives radicales. La m&#233;taphysique, comme forme &#233;minente d'organisation de la pens&#233;e moderne, n'est pas un tout homog&#232;ne. Elle enveloppe les alternatives produites par l'histoire sous-jacente de la lutte de classe. Il y a une &#171; autre &#187; histoire de la m&#233;taphysique. Histoire sainte contre histoire maudite. Sans oublier pourtant qu'on ne peut lire l'&#233;poque moderne qu'&#224; la lumi&#232;re de la m&#233;taphysique prise dans toute sa complexit&#233;. En cons&#233;quence, si cela est vrai, ce ne sont pas le scepticisme et le cynisme qui constituent la forme positive de la pens&#233;e n&#233;gative (de la pens&#233;e qui parcourt la m&#233;taphysique pour la nier et ouvrir &#224; la positivit&#233; de l'&#234;tre) : la forme positive de la pens&#233;e n&#233;gative ne peut &#234;tre que la tension constitutive de la pens&#233;e et son aptitude &#224; se mouvoir comme m&#233;diation mat&#233;rielle du proc&#232;s historique de la multitude. La pens&#233;e constitutive poss&#232;de la radicalit&#233; de la n&#233;gation, mais elle la remue avant usage pour l'enraciner dans l'&#234;tre r&#233;el. Chez Spinoza, la puissance constitutive de la transgression qualifie la libert&#233;. L'anomalie spinoziste, c'est-&#224;-dire le rapport contradictoire de sa m&#233;taphysique avec le nouvel ordre de la production capitaliste, devient ici anomalie &#171; sauvage &#187;, c'est-&#224;-dire expression radicale d'une transgression historique de tout ordre non directement constitu&#233; par les masses, position d'un horizon de libert&#233; ind&#233;finissable autrement que comme horizon de lib&#233;ration - pens&#233;e d'autant plus n&#233;gative qu'elle est plus constitutive, qu'elle va toujours plus de l'avant. Toute la force d'antagonisme, tout le travail de la pens&#233;e novatrice de l'&#233;poque moderne, toute la gen&#232;se populaire et prol&#233;tarienne de ses r&#233;volutions et toute la gamme des positions r&#233;publicaines, de Machiavel au jeune Marx, tout cela se condense dans l'exp&#233;rience exemplaire de Spinoza. Qui pourrait nier qu'ici comme ailleurs Spinoza se trouve en plein centre du d&#233;bat philosophique des temps modernes, quasiment comme J&#233;sus enfant dans le Temple de J&#233;rusalem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont donc nos premi&#232;res raisons d'interroger Spinoza. Mais il n'est peut-&#234;tre pas inutile d'y revenir un peu. Car cette remont&#233;e aux origines d'une alternative th&#233;orique (celle de la r&#233;volution face &#224; la gen&#232;se de l'ordre capitaliste, cette contradiction &#233;tant justement encore camp&#233;e au beau milieu du d&#233;veloppement de la pens&#233;e moderne), et d'autre part cette reconnaissance, surtout dans la pens&#233;e de Spinoza, mais pas uniquement, d'un terrain et d'un projet nous permettant de construire &#171; au-del&#224; &#187; de la tradition de la pens&#233;e bourgeoise, eh bien tout cela constitue en r&#233;alit&#233; une op&#233;ration dont le but est autre : construire &#233;galement &#171; au-del&#224; &#187; de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire, elle aussi ankylos&#233;e et essouffl&#233;e. Voil&#224; une tradition qui est all&#233;e recueillir dans la boue les &#233;tendards de la bourgeoisie. A-t-elle recueilli autre chose que la boue ? A voir son histoire, on peut se le demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi la lecture de Spinoza a constitu&#233; pour moi une exp&#233;rience d'incroyable fra&#238;cheur r&#233;volutionnaire. Je ne suis par ailleurs pas le seul &#224; avoir eu le sentiment qu'il &#233;tait possible d'avancer dans cette direction. Les vingt derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; celles d'un grand renouvellement des &#233;tudes spinozistes. Sur le plan de l'interpr&#233;tation, de la stricte philologie, ce ph&#233;nom&#232;ne est bien repr&#233;sent&#233; par l'extraordinaire lecture de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, malheureusement inachev&#233;e, propos&#233;e par Martial Gueroult. Mais le plus passionnant est peut-&#234;tre ailleurs : je veux parler des tentatives de relire Spinoza &#224; l'int&#233;rieur de la probl&#233;matique critique de la philosophie contemporaine, entre autres marxiste. Dans l'&#233;cole althuss&#233;rienne, Macherey par exemple, reparcourant la lecture h&#233;g&#233;lienne de Spinoza, ne se contente pas d'en d&#233;noncer les profondes falsifications : allant beaucoup plus loin, il rep&#232;re dans la pens&#233;e de Spinoza un soubassement de critique anticip&#233;e de la dialectique h&#233;g&#233;lienne, un travail de fondation d'une m&#233;thode mat&#233;rialiste. Dans une autre perspective, et avec des pr&#233;occupations syst&#233;matiques diff&#233;rentes, mais avec une puissance d'innovation peut-&#234;tre encore plus grande, Deleuze nous a montr&#233; chez Spinoza un horizon philosophique resplendissant de pl&#233;nitude : la reconqu&#234;te du mat&#233;rialisme comme espace de la pluralit&#233; modale, comme lib&#233;ration concr&#232;te du d&#233;sir con&#231;u comme puissance constructive. Nous avons encore, sur le terrain de la philosophie de la religion et de la philosophie politique, la red&#233;finition historico-structurale de Hecker et celle, bien plus heureuse, de Matheron : la d&#233;mocratie pens&#233;e comme essence mat&#233;rielle, comme produit de l'imagination des masses, comme technique et projet constitutifs de l'&#234;tre - qui balaie d'un trait l'escroquerie dialectique. De ce point de vue, Spinoza critique l'avenir avant l'heure : c'est donc un philosophe contemporain, puisque sa philosophie est celle de notre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je viens de dire - &#224; propos de la profonde r&#233;novation des interpr&#233;tations de la pens&#233;e spinoziste depuis la fin des ann&#233;es 60 - a sans doute contribu&#233; &#224; pr&#233;ciser en retour certaines des raisons qui ont pouss&#233; l'auteur &#224; entreprendre ce travail. Mais il est peut-&#234;tre bon de les pr&#233;ciser davantage. Il est incontestable que l'on a &#233;t&#233; incit&#233; &#224; &#233;tudier les origines de la pens&#233;e moderne et de l'histoire de l'&#201;tat moderne par l'id&#233;e que l'analyse de la crise de la gen&#232;se de l'&#201;tat bourgeois et capitaliste peut contribuer &#224; pr&#233;ciser les termes de la crise de sa p&#233;riode de dissolution. Mais je dois ajouter que, si ce projet a pu m'inciter &#224; entreprendre mes travaux pr&#233;c&#233;dents (sur Descartes, etc.), il me stimule beaucoup moins aujourd'hui. Ce qui m'int&#233;resse en effet, ce n'est plus tant la gen&#232;se de l'&#201;tat bourgeois - et sa crise - que les alternatives th&#233;oriques et les possibilit&#233;s subjectives de r&#233;volution en acte. Je m'explique : le probl&#232;me pos&#233; par Spinoza est celui de la rupture subjective de l'unidimensionnalit&#233; du d&#233;veloppement capitaliste (dans sa dimension bourgeoise et superstructurelle comme dans sa dimension proprement capitaliste et structurelle) ; on d&#233;couvre avec Spinoza l'alternative vivant comme puissance mat&#233;rielle &#224; l'int&#233;rieur du bloc m&#233;taphysique de la philosophie moderne - pour &#234;tre clair, de l'itin&#233;raire philosophique qui va de Marcile Ficin et Nicolas de Cues &#224; la mort de la philosophie au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle (ou, pourparler comme Keynes, &#224; l'heureuse euthanasie de ce savoir du rentier). J'ai toujours trouv&#233; paradoxal le fait que les historiens de la philosophie reconstruisent les alternatives vers le bas : Gilson vers la philosophie chr&#233;tienne du Moyen Age pour la culture moderne, Wolfson vers la culture juive du Moyen Age pour Spinoza -pour s'en tenir &#224; quelques exemples. Qui sait pourquoi une telle d&#233;marche passe pour scientifique ! Qui pourrait le dire ? Selon moi, cette d&#233;marche repr&#233;sente exactement le contraire d'un discours scientifique, car elle recherche des g&#233;n&#233;alogies culturelles, et non une g&#233;n&#233;alogie mat&#233;rielle de conditions et de fonctions de pens&#233;e : la science, elle, est toujours d&#233;couverte du futur. Se lib&#233;rer d'un pass&#233; encombrant ne sert pas non plus &#224; grand-chose si l'on ne s'attache pas en m&#234;me temps &#224; la jouissance du pr&#233;sent et &#224; la production du futur. Voil&#224; pourquoi je veux renverser le paradoxe et interpeller l'avenir &#224; partir de la puissance du discours spinoziste. Et si, prudence ou paresse, je n'ai pas de succ&#232;s avec l'avenir, je veux au moins m'essayer &#224; une forme renvers&#233;e de lecture du pass&#233; : en mettant Spinoza sous nos yeux, moi, pauvre &#171; docteur &#187; parmi tant d'autres, je vais interroger un ma&#238;tre, un vrai. Je veux m'essayer &#224; une forme de lecture du pass&#233; qui me permette, en l'occurrence, de rep&#233;rer les &#233;l&#233;ments susceptibles de composer ensemble la d&#233;finition d'une ph&#233;nom&#233;nologie de la pratique r&#233;volutionnaire constitutive de l'avenir. M'essayer &#224; une lecture du pass&#233; qui me permette surtout (qui nous y oblige) de r&#233;gler mes comptes avec toute cette coupable confusion, avec toutes ces mystifications qui - de Bobbio &#224; Della Volpe et ses derniers sous-produits - nous ont enseign&#233; d&#232;s notre plus tendre enfance la sainte doctrine d'apr&#232;s laquelle l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#171; sublime &#187; l'int&#233;r&#234;t particulier sous la forme de la loi, d'apr&#232;s laquelle les organes constitutionnels sont responsables devant le seul peuple dans sa totalit&#233;, d'apr&#232;s laquelle l'&#201;tat des partis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Stato dei partiti &#187; : expression courante en italien, d&#233;signant le fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est une magnifique m&#233;diation politique entre l'un et le multiple, et tant d'autres fac&#233;ties du m&#234;me genre. Au dix-septi&#232;me si&#232;cle, Spinoza est &#224; cent lieues de ce monceau d'infamies. La libert&#233;, la vraie, la pleine libert&#233;, celle que nous aimons et pour laquelle nous vivons et mourons, construit directement le monde, imm&#233;diatement. La multiplicit&#233; n'est pas m&#233;diatis&#233;e par le droit, mais par le proc&#232;s constitutif : et la constitution de la libert&#233; est toujours r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons invoqu&#233;es pour justifier notre &#233;tude de Spinoza confluent par ailleurs toutes trois sur le terrain de ce qu'on a pris l'habitude de nommer &#171; recherche d'une nouvelle rationalit&#233; &#187;. Sous une forme radicale, Spinoza a d&#233;fini une rationalit&#233; &#171; autre &#187; que celle de la m&#233;taphysique bourgeoise. La pens&#233;e mat&#233;rialiste, celle de la production et celle de la constitution deviennent donc aujourd'hui le fondement &#233;l&#233;mentaire et incontournable de tout programme n&#233;o-rationaliste. Spinoza accomplit tout cela &#224; travers une tr&#232;s forte tension qui contribue &#224; d&#233;terminer une dynamique de projet, une dynamique de transformation de l'ontologie. Une ontologie constitutive, fond&#233;e sur la spontan&#233;it&#233;, organis&#233;e par l'imagination collective : telle est la rationalit&#233; spinoziste. Comme base. Mais il y a plus. Spinoza ne se contente pas de d&#233;finir une base, il travaille &#233;galement &#224; la d&#233;velopper ; et quelles que soient les limites d'un tel d&#233;veloppement, il convient de rep&#233;rer et de soumettre &#224; la critique l'architecture projet&#233;e. Tout particuli&#232;rement l&#224; o&#249; elle enveloppe la dialectique, non comme dispositif formel de la pens&#233;e, mais comme articulation de la base ontologique, comme d&#233;termination de l'existence et de la puissance. Ce qui supprime toute possibilit&#233; de transformer la dialectique en clef g&#233;n&#233;rique, elle qui est prise au contraire comme un mode d'organisation interne du conflit, comme une structure &#233;l&#233;mentaire de la connaissance. Et j'ai ainsi cherch&#233; &#224; saisir dans cette &#233;tude - pour ce qui est de la pens&#233;e mat&#233;rialiste - la tension spinoziste vers une d&#233;finition d'un horizon de multiplicit&#233; absolue des besoins et des d&#233;sirs, pour ce qui est de la pens&#233;e productive - la tentative spinoziste de rep&#233;rer dans la th&#233;orie de l'imagination le filigrane du rapport entre besoin et richesse, la solution de masse de la parabole platonicienne de l'amour, socialis&#233;e par les dimensions modernes de l'approche, par les pr&#233;suppos&#233;s religieux des luttes, par les conditions capitalistes du d&#233;veloppement ; pour ce qui est enfin de la pens&#233;e constitutive - la premi&#232;re d&#233;finition moderne, par Spinoza, d'un projet r&#233;volutionnaire, dans la ph&#233;nom&#233;nologie, dans la science et dans la politique, de refondation rationnelle du monde, projet bas&#233; sur la lib&#233;ration et non sur l'exploitation de l'homme par l'homme. Non pas formule et forme, mais action et contenu. Non pas positivisme, mais positivit&#233;. Non pas l&#233;gislation, mais v&#233;rit&#233;. Non pas d&#233;finition et exercice du pouvoir, mais expression et gestion de la puissance. Il faut &#233;tudier encore plus &#224; fond ces tensions. Car Spinoza constitue un v&#233;ritable scandale (pour le savoir &#171; rationnel &#187; courant du monde dans lequel nous vivons) : voil&#224; un philosophe de l'&#234;tre qui op&#232;re d'embl&#233;e un renversement total de l'enracinement de la causalit&#233; dans la transcendance, en posant une cause productive immanente, transparente et directe du monde ; voil&#224; un d&#233;mocrate radical et r&#233;volutionnaire qui &#233;limine d'embl&#233;e jusqu'&#224; la simple possibilit&#233; abstraite d'&#201;tat de droit et de jacobinisme ; voil&#224; un analyste des passions qui ne les d&#233;finit pas comme p&#226;tir, mais comme agir - agir historique, mat&#233;rialiste et donc positif. De ce point de vue, ce travail n'est qu'un premier essai d'approfondissement. Il appelle par exemple, et de mani&#232;re urgente, un compl&#233;ment d'analyse sur la question des passions, c'est-&#224;-dire des modes concrets de d&#233;ploiement du projet spinoziste de refondation. Ce sera l'objet d'un second essai, centr&#233; sur les livres III et IV de l'&#201;thique. Travail &#224; accomplir et &#224; d&#233;velopper dans toute sa puissance, non pas, on s'en doute, dans une recherche solitaire, mais dans la dimension et dans la direction d'une ph&#233;nom&#233;nologie de la pratique collective et constitutive, r&#233;seau &#224; construire pour qui veut produire une d&#233;finition actuelle et positive de la rationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage a &#233;t&#233; &#233;crit en prison. Mais aussi pens&#233;, pour l'essentiel, en prison. Bien entendu, je connaissais d&#233;j&#224; bien Spinoza, pour ainsi dire depuis toujours : d&#232;s le lyc&#233;e, j'&#233;tais passionn&#233; par l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; (et je pense ici avec affection &#224; mon professeur d'alors). J'ai continu&#233; par la suite &#224; y travailler, je ne laissais pas &#233;chapper une occasion de lecture. Mais le temps me manquait pour mettre un travail en chantier. Une fois en prison, j'ai tout repris &#224; z&#233;ro. Lisant et prenant des notes, harcelant mes correspondants pour qu'ils m'envoient des livres. Je les remercie de tout mon c&#339;ur. J'&#233;tais persuad&#233; qu'on avait du temps, en prison. Illusion. Pure illusion ! La prison, son rythme, les transferts, la d&#233;fense ne nous laissent pas de temps : ils dissolvent le temps ; telle est la forme principale de la peine en r&#233;gime capitaliste. C'est ainsi que ce travail, comme tous les autres, a &#233;t&#233; pris sur le sommeil, arrach&#233; au r&#233;gime de la quotidiennet&#233;. Que la quotidiennet&#233; carc&#233;rale soit moins polic&#233;e que celle des instituts universitaires, c'est incontestable ; je souhaite que ma d&#233;monstration et mon exposition n'en soient que plus concr&#232;tes. Pour le reste, qu'on veuille bien me pardonner de ne pas avoir donn&#233; de bibliographie compl&#232;te (encore que j'estime avoir vu ce qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de voir), de n'avoir peut-&#234;tre pas suffisamment explor&#233; le tissu historique de la culture de Spinoza (encore que la lecture de Madeleine Franc&#232;s et de Kolakowski, d'eux surtout, permette de se sentir en bonne compagnie), d'avoir peut-&#234;tre trop facilement c&#233;d&#233; aux charmes des interpr&#233;tations du &#171; si&#232;cle d'or &#187; propos&#233;es par Huizinga et Kossmann (mais par quoi les remplacer ?), d'avoir joui parfois du plaisir de la th&#232;se - ph&#233;nom&#232;ne in&#233;vitable pour qui travaille hors de la communaut&#233; scientifique. Cela dit, je ne crois pas que la prison influe en quoi que ce soit sur la qualit&#233; du produit - ni en bien, ni en mal : je n'implore pas la bienveillance de la critique. Je voudrais m&#234;me me bercer d'une illusion : croire que la solitude de cette maudite cellule a &#233;t&#233; aussi f&#233;conde que celle de Spinoza dans son laboratoire optique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Antonio NEGRI.&lt;br /&gt;
Des prisons de Rovigo, Rebibbia, Fossombrone, Palmi et Trani 7 avril 1979 - 7 avril 1980&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Stato dei partiti &#187; : expression courante en italien, d&#233;signant le fait que toute la structure de l'&#201;tat est organis&#233;e en fonction du jeu des partis politiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Antonio Negri, &lt;strong&gt;L'Anomalie sauvage&lt;/strong&gt;, PUF, 1982, pp.29-36&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>&#034;Spinoza-Derrida&#034;, par Charles Ramond</title>
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		<dc:creator>Ramond, Charles</dc:creator>



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		<title>&#034;Ubiquit&#233; de la libert&#233; : groupe et action commune, entre Spinoza et Sartre&#034;, par Hadi Risk</title>
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		<dc:creator>Risk, Hadi</dc:creator>



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&lt;p&gt;La probl&#233;matique du Contrat social ne va pas sans quelques embarras. Apr&#232;s avoir &#233;nonc&#233; que, &#034;chacun contractant pour ainsi dire avec lui-m&#234;me&#034;, il n'en est pas moins engag&#233; selon un double rapport avec les autres, membre du Souverain envers les particuliers et de l'&#201;tat envers le Souverain, Rousseau &#233;voque une certaine dissym&#233;trie entre le Souverain et les particuliers. Le Souverain se confond avec les particuliers qui le composent par leur volont&#233; g&#233;n&#233;rale, il ne peut donc avoir d'int&#233;r&#234;ts (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La probl&#233;matique du &lt;i&gt;Contrat social &lt;/i&gt;ne va pas sans quelques embarras. Apr&#232;s avoir &#233;nonc&#233; que, &#034;chacun contractant pour ainsi dire avec lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du Contrat social ; l.1, chap. 7 : Du souverain (CS, I, 7).&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;, il n'en est pas moins engag&#233; selon un double rapport avec les autres, membre du Souverain envers les particuliers et de l'&#201;tat envers le Souverain, Rousseau &#233;voque une certaine dissym&#233;trie entre le Souverain et les particuliers. Le Souverain se confond avec les particuliers qui le composent par leur volont&#233; g&#233;n&#233;rale, il ne peut donc avoir d'int&#233;r&#234;ts contraires aux leurs ; le cas &#233;ch&#233;ant, il se d&#233;truit lui-m&#234;me. Il n'a donc aucune garantie &#224; leur procurer. En revanche, ces derniers peuvent, en tant qu'individus, manifester une volont&#233; particuli&#232;re h&#233;t&#233;rog&#232;ne &#224; l'unit&#233; m&#234;me que la souverainet&#233; conf&#232;re au peuple, tel qu'il est institu&#233; dans l'acte inaugural du pacte. L'alt&#233;rit&#233; fait ainsi son apparition - au c&#339;ur du peuple : n'est-ce pas l'effet pervers d'une formule d'association&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du contrat social ; l.1, chap. 6, Du pacte social (CS, I, 6) : &#034;trouver une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, qui cherche &#224; &lt;i&gt;d&#233;duire &lt;/i&gt;la communaut&#233; &#224; partir de &lt;i&gt;chacun&lt;/i&gt;, en mettant entre parenth&#232;ses les modalit&#233;s pratiques et concr&#232;tes de la &lt;i&gt;relation humaine&lt;/i&gt; ? Rousseau insiste alors sur l'engagement tacite que le pacte fondamental contient, &#034;qui seul peut donner de la force aux autres, que quiconque refusera d'ob&#233;ir &#224; la volont&#233; g&#233;n&#233;rale y sera contraint par tout le corps : ce qui ne signifie autre chose sinon qu'on le forcera d'&#234;tre libre...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du Contrat social ; l.1 chap. 7, Du souverain (CS, I, 7)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Engagement tacite qui consacre la s&#233;paration du peuple &lt;i&gt;virtuel &lt;/i&gt;du peuple &lt;i&gt;r&#233;el&lt;/i&gt;, cens&#233; &#234;tre d&#233;duit du pacte ; en effet, cet engagement, contenu dans le pacte lui-m&#234;me, qui fonde tous les autres, doit en quelque sorte garantir le premier de ces engagements, qui n'est autre que le pacte lui-m&#234;me. Aussi le fondement n'est-il pas vraiment fondateur mais s'av&#232;re fond&#233; par cela m&#234;me qu'il doit fonder, ou action &#224; rebours de la volont&#233; g&#233;n&#233;rale sur ses conditions de possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'imitation affective d&#233;finie par Spinoza dans la partie III de &lt;i&gt;l'&#201;thique &lt;/i&gt;tisse l'&#034;&#201;tat de nature&#034; comme un r&#233;seau de passions inter-humaines, engendrant des rapports de d&#233;pendance et de pouvoir, par la seule vertu des activit&#233;s individuelles et de la dynamique relationnelle du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;. Nous souhaitons en effet que l'autre partage nos propres affects : or, m&#234;me si nous parvenons &#224; faire d&#233;sirer par l'autre les m&#234;mes &#234;tres et les m&#234;mes choses que nous, la satisfaction, elle, reste exclusive&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique ; EIV - Proposition 32 &#224; EIV - Proposition 34.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est lui ou nous-m&#234;mes, au c&#339;ur d'une domination qui reste fragile et r&#233;versible. A nouveau apparaissent la menace et l'impuissance : un danger d'alt&#233;rit&#233; risque de d&#233;truire la quasi-r&#233;ciprocit&#233; que nous essayions de construire. Le retour de l'impuissance conduit &#224; une sorte de fuite en avant : moins nous sommes forts, dans la mesure o&#249; nos rapports de domination se transforment en d&#233;pendance, et plus nous d&#233;sirons le pouvoir, encore plus de pouvoir. Le d&#233;sir de pouvoir est pratiquement proportionnel &#224; la domination subie, inversement proportionnel &#224; la puissance effective. Une double aporie constitue alors la v&#233;rit&#233; du pouvoir : d'une part, la domination manifeste la plus grande passivit&#233; qui soit de l'aptitude &#224; &#234;tre affect&#233; et la puissance d'agir la plus faible (d'o&#249; le ressentiment et la haine de soi et de la vie qui l'accompagnent) ; d'autre part, dominer l'autre exige de pouvoir disposer d'une plus-value de puissance, seule capable de le s&#233;duire, de l'encourager, pour son profit propre, &#224; se soumettre &#224; nous. Or, cette condition est contraire &#224; l'hypoth&#232;se : si nous &#233;tions effectivement puissants, c'est-&#224;-dire non domin&#233;s, nous ne chercherions pas &#224; dominer &#224; notre tour. Difficult&#233; &#224; peu pr&#232;s insoluble : la domination d'autrui suppose que l'on puisse mobiliser une force plus grande que la sienne, mais nous voulons en fait le dominer parce que nous ne sommes pas plus forts que lui, mais au contraire soumis, relativement &#224; lui, &#224; une inad&#233;quation de rapports au moins aussi forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, Trait&#233; politique ; chap. II ; &#167; 10.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#233;voque cette difficult&#233; : il y a une premi&#232;re mani&#232;re d'exercer du pouvoir sur l'autre, qui consiste &#224; disposer de lui au sens o&#249; nous l'immobilisons, l'encha&#238;nons. Mais qu'apporte une telle domination ? Une autre mani&#232;re vise &#224; faire que l'autre, redoutant notre force ou calculant le b&#233;n&#233;fice qu'il peut en tirer, accepte de fixer ses d&#233;sirs par rapport aux n&#244;tres. Ali&#233;nation au sens le plus fort : il consent &#034;&#224; vivre selon le d&#233;sir de son ma&#238;tre plut&#244;t que selon son propre d&#233;sir&#034;. Pourtant, ajoute Spinoza, cette domination a pour condition que l'autre soit tenu &#034;par la crainte et l'esp&#233;rance&#034; : elle ne dure que tant que persistent la crainte et l'esp&#233;rance. En effet, nul ne peut tout simplement renoncer &#224; sa puissance, puisqu'elle se confond avec le fait de pers&#233;v&#233;rer dans l'existence. Nous retrouvons l'aporie de l'impossible domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule l'illusion, effet de la passivit&#233; et de l'inad&#233;quation, peut conduire l'autre &#224; &#034;d&#233;sirer sa propre servitude comme s'il y allait de sa libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, Trait&#233; th&#233;ologico-politique, Pr&#233;face.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Il faut en quelque sorte que sa soumission pr&#233;c&#232;de et constitue notre pouvoir, r&#233;alisant sa propre puissance - l'aptitude &#224; &#234;tre affect&#233; est toujours remplie, f&#251;t-ce par des affections qui r&#233;duisent la puissance d'agir et se composent peu ou mal avec notre individualit&#233; -, sur le mode de la fiction. Dans tous les cas de figure, il faut que la puissance sous-tende le pouvoir et la domination : la soumission est elle-m&#234;me constitu&#233;e par le droit naturel. Aussi faut-il non seulement avoir usurp&#233; le pouvoir sur quelqu'un, mais encore que ce dernier consente &#224; sa servitude volontaire. Spinoza transforme le paradoxe d&#233;nonc&#233; par La Bo&#233;tie et Pascal en fiction, c'est-&#224;-dire en m&#233;canisme r&#233;el d'illusion. La question du pouvoir se concentre sur &lt;i&gt;l'imaginaire de l'adh&#233;sion &lt;/i&gt; : dominer consiste bel et bien &#224; &lt;i&gt;&#034;faire d&#233;sirer&#034; &lt;/i&gt;et &#224; plus qu'&#224; emp&#234;cher : l'autre doit se faire complice de sa servitude, et la vivre comme l'expression de son propre d&#233;sir. Assur&#233;ment, cette repr&#233;sentation est passive, imaginaire, pour tout dire extorqu&#233;e, mais qu'est-ce que cela change, quant au r&#233;sultat ? Pourtant, en d&#233;pla&#231;ant ainsi la question du pouvoir, nous n'avons r&#233;solu qu'une moiti&#233; de la difficult&#233;, &#224; savoir l'ali&#233;nation de la puissance. Mais comment persuader de l'adh&#233;sion, de l'amour de la servitude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc que j'aie du pouvoir sur l'autre, ou que ma puissance lui paraisse exc&#233;der la sienne, si je veux le d&#233;terminer &#224; m'ali&#233;ner la sienne : cela revient &#224; lui demander d'&#234;tre d&#233;pendant de moi, donc il faut que j'aie &lt;i&gt;d&#233;j&#224; &lt;/i&gt;du pouvoir sur lui, et ainsi de suite. Il y a l&#224; un &lt;i&gt;cercle, &lt;/i&gt;puisque je n'ai d'autre pouvoir sur l'autre que celui qu'il me conc&#232;de. Comme mon propre app&#233;tit &lt;i&gt;de &lt;/i&gt;pouvoir vient de mon impuissance, c'est-&#224;-dire de rapports passifs tiss&#233;s dans l'alt&#233;rit&#233;, je suis condamn&#233; &#224; &lt;i&gt;jouer &lt;/i&gt;de cette inad&#233;quation et de cette d&#233;pendance. Nul X ne peut en effet dominer A s'il ne fait croire &#224; ce dernier que B ou C sont d&#233;j&#224; en son pouvoir, et en l'augmentant du m&#234;me coup. N'&#233;tant pas assez fort pour dominer A, il pratique une surench&#232;re en attaquant B et C ; cependant, pour que cette attaque ait quelques chances de succ&#232;s, encore faut-il qu'il leur fasse croire qu'il est le plus fort... en s'attaquant &#224; A, D et E. Il faut sans cesse s'en prendre &#224; d'autres, pour consolider un pouvoir fragile et fuyant sur les premiers. Ce processus est r&#233;current : mon rapport &#224; A suppose A + 1, &#224; B suppose (B + 1) = C, &#224; N suppose (A + B + C +... N) + 1. La r&#233;ciprocit&#233; est ainsi vici&#233;e de l'int&#233;rieur : la structure de domination se d&#233;veloppe en un rapport ind&#233;finiment prolif&#233;rant. L'unit&#233; est &#224; l'horizon fuyant de cette r&#233;currence, qui n'en produit pas moins un v&#233;ritable rapport avec &lt;i&gt;l'autre de tous les autres + 1&lt;/i&gt;. La croyance et l'illusion forment d'ailleurs le corr&#233;lat de cette v&#233;ritable union en alt&#233;rit&#233;, ou &lt;i&gt;s&#233;rie : &lt;/i&gt;la violence qui attache les individus les uns aux autres s'accro&#238;t du redoublement de l'impuissance, puisque l'union en alt&#233;rit&#233; s'applique &#224; tous. Chacun devient le foyer centrip&#232;te d'une r&#233;currence induite par &lt;i&gt;son&lt;/i&gt; app&#233;tit de domination, en m&#234;me temps que le foyer centrifuge des cycles de violence venus des autres. Aussi la r&#233;currence fortifie-t-elle l'impuissance en lieu et place de ma situation de tiers entre l'un et l'autre, j'&#233;prouve passivement l'unification de tous les autres &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt;moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun, il est vrai, relance la relation r&#233;currente de pouvoir, op&#233;rant le rassemblement de tous les autres comme agents de cette violence tournante qu'il subit lui-m&#234;me. De chacun comme tiers na&#238;t ainsi la s&#233;rie, qui de proche en proche investit tous les autres. Cette union en alt&#233;rit&#233; est renouvel&#233;e autant de fois qu'il y a d'individus, puis retourne sur lui, d&#233;multipli&#233;e par le nombre des autres : elle devient &lt;i&gt;l'unification contre lui de tous les autres. &lt;/i&gt;Les autres sont ainsi affect&#233;s d'une synth&#232;se passive en &lt;i&gt;reste, &lt;/i&gt;qui se confond avec le rassemblement, moins lui d'eux tous. Il est &lt;i&gt;uni &lt;/i&gt;&#224; ce reste, constitu&#233; dans la s&#233;rie comme son &lt;i&gt;r&#233;ciproque in&#233;gal&lt;/i&gt;, dans un &lt;i&gt;rapport &lt;/i&gt;d'alt&#233;rit&#233;, de domination r&#233;elle et d'exclusion potentielle. Dans ces conditions, l'union en alt&#233;rit&#233;, en d&#233;terminant les autres comme reste, a constitu&#233; le pouvoir. Chacun a contribu&#233;, par le jeu inad&#233;quat de sa propre puissance &#224; former cet &#234;tre collectif qui s'empare de tous, mais personne ne se reconna&#238;t pour autant en lui. Ainsi, l'&#201;tat dit de nature est-il de part en part politique : il n'y a pas d'ind&#233;termination originelle des individus, mais de r&#233;els et effectifs rapports de domination et de d&#233;pendance, tiss&#233;s dans une relation humaine immanente &#224; l'action et au d&#233;sir de chacun. Les passions expriment cette relation premi&#232;re, encore que sous le mode passif de l'inad&#233;quation et de l'impuissance. D&#232;s lors, &#224; la rupture inaugurale qui institue l'&#201;tat civil, il est possible de pr&#233;f&#233;rer la tension pratique entre la s&#233;rie d'une part, qui est d&#233;j&#224; un rassemblement, quoique en alt&#233;rit&#233; (ce qui explique ce fait que la s&#233;rie puisse &#234;tre aussi le destin des groupes, lorsque ceux-ci se d&#233;composent en formes r&#233;gressives de l'&#234;tre-ensemble) et le groupe d'autre part, comme modalit&#233; libre d'une action commune. Le groupe, ubiquit&#233; de la libert&#233;, &#233;chappe &#224; tous les dualismes politiques de l'Un et du multiple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, Sartre pose dans &lt;i&gt;la Critique de la raison dialectique &lt;/i&gt;cette question : &#224; quelles conditions une praxis commune est-elle possible, &#233;tant entendu que la seule praxis intelligible est celle de l'organisme individuel ? En effet, la domination du pratico-inerte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pratico-inerte : il s'agit du pouvoir des choses ouvr&#233;es sur l'homme, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; induit cette liaison de fait du collectif : la S&#201;RIE. Ce type nouveau de rapport conjugue la r&#233;ciprocit&#233; d'opposition entre les individus (l'opposition suppose un rapport d'int&#233;riorit&#233; entre eux) et la solitude pure, irr&#233;m&#233;diable des organismes (rapport d'ext&#233;riorit&#233;). Chacun s'y constitue comme identique &#224; l'autre dans l'exacte mesure o&#249; il est constitu&#233;, par les autres, comme un autre que lui-m&#234;me, agissant sur&lt;i&gt; &lt;/i&gt;les autres. En quelque sorte l'Autre s&#233;riel correspond &#224; un objet fuyant, objet pratico-inerte : c'est moi en tout autre et tout autre en moi : et, de m&#234;me, chacun se faisant autre que lui-m&#234;me, en tous les autres, et par eux. Dans ces conditions, les rassemblements comme &lt;i&gt;restes &lt;/i&gt;s&#233;riels, unissant en alt&#233;rit&#233; chacun &#224; tous les autres, dans la synth&#232;se passive du collectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique, pp. 376-377 :&#034;J'appelle collectif la relation &#224; double sens d'un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, pr&#233;sentent une m&#234;me unit&#233; d'impuissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient d'&#233;voquer maintenant les modalit&#233;s d'une formation de l'&#201;tat, qui ne fasse pas appel &#224; un &#034;contrat&#034; social. Alexandre Matheron a &#233;tabli&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre Matheron : Le probl&#232;me de l'&#233;volution de Spinoza du Trait&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; la rupture entre le &lt;i&gt;Trait&#233; politique &lt;/i&gt;et le &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique, &lt;/i&gt;en d&#233;montrant la pr&#233;sence dans le &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt; d'une synth&#232;se de la multitude par le seul fonctionnement de l'imitation affective, enrichie cependant d'une passion nouvelle l'indignation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous n'insisterons pas ici sur le fait que le r&#244;le d&#233;cisif de l'indignation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Rappelons pour m&#233;moire que le jeu des passions inter-humaines, amplement analys&#233; dans &lt;i&gt;l'&#201;thique &lt;/i&gt;et rappel&#233; dans le &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, laisse appara&#238;tre une solution naturelle &#224; l'alt&#233;rit&#233; s&#233;rielle du pouvoir : cette solution passe par une esp&#232;ce de calcul, o&#249; chacun utilise la sociabilit&#233; naturelle de tous contre l'insociabilit&#233; de quelques-uns, jusqu'&#224; ce que la s&#233;rie de ces conduites aboutisse &#224; la formation progressive d'un pouvoir collectif unifi&#233; et d'affects communs de la multitude. L'inconv&#233;nient majeur de ce calcul, qui a pourtant le m&#233;rite de &lt;i&gt;retourner&lt;/i&gt; la s&#233;rialit&#233; contre elle-m&#234;me, tient en ce qu'il manifeste un d&#233;passement. Induit par la raison, ce &#034;d&#233;passement&#034; peut n&#233;anmoins s'apparenter &#224; un saut, d&#251; &#224; une m&#233;diation ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza rappelle dans le &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt; que les hommes s'accordent pour vivre en soci&#233;t&#233; politique, moins en vertu de la raison que sous l'influence d'une passion commune, &#034;telle que l'esp&#233;rance, la crainte ou le d&#233;sir de tirer vengeance d'un dommage souffert&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, chap. VI, &#167; 1.&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#171; . Et l'indignation se voit d&#233;finie dans un alin&#233;a qui porte sur les &lt;i&gt;causes de dissolution de l'&#201;tat&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, chap. III, &#167; 9.&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Hypoth&#232;se f&#233;conde : les m&#234;mes causes contribuent &#224; la formation des &#201;tats comme &#224; leur dissolution. On ne peut mieux d&#233;montrer l'interaction s&#233;rie-groupe, au sein d'une immanence de la relation humaine aux activit&#233;s individuelles, quels que soient les r&#233;gimes politiques d'existence de la multitude. Le Souverain a d'autant moins de droits que ses sujets s'indignent de sa conduite, et viennent &#224; former des ligues contre lui. L'indignation exerce un effet de &#034;catalyseur&#034; sur la crainte par &#034;contagion&#034; affective, celle-ci se mue en crainte commune, renforc&#233;e par l'indignation. Le souverain peut perdre sa souverainet&#233; lorsque la crainte que suscite son pouvoir c&#232;de la place &#224; l'indignation que provoquent ses exc&#232;s. La continuation du droit naturel transforme cette effervescence en droit de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indignation est une haine que nous &#233;prouvons &#224; l'&#233;gard de celui qui fait du mal &#224; un &#234;tre semblable &#224; nous. L'imitation des sentiments de la victime a pour cons&#233;quence de supprimer le rapport de solitude, ou unit&#233; en alt&#233;rit&#233; de chacun avec chacun. Elle intervient en brisant le rapport s&#233;riel entre les sujets : celui-ci permettait au souverain de se maintenir en suscitant la croyance qu'il pouvait &#233;ventuellement mobiliser la puissance du reste, pour r&#233;primer les r&#233;calcitrants. En effet tant que la crainte est v&#233;cue dans la solitude, la haine du tyran ne pr&#233;sente aucun danger pour ce dernier : rien ne se passe : tous n'&#233;tant pas r&#233;prim&#233;s au m&#234;me instant, leur haine se disperse en alt&#233;rit&#233; d'impuissance. Mais la puissance s&#233;rielle de l'indignation peut dissoudre l'alt&#233;rit&#233; de s&#233;paration : je commence &#224; &#233;prouver de la haine envers le tyran, m&#234;me si je ne suis pas au m&#234;me instant victime de ses exactions. Comme le tyran &lt;i&gt;&#034;tyrannise&#034; &lt;/i&gt;toujours quelqu'un, &#224; tout moment, la quasi-r&#233;ciprocit&#233; de l'indignation fait ressentir &#224; chaque instant le caract&#232;re insupportable de son gouvernement. A l'inverse l'indignation &#233;prouv&#233;e par les autres apprend &#224; chacun qu'il n'est pas seul : la possibilit&#233; de s'unir se fait jour, par un retournement de l'alt&#233;rit&#233; contre elle-m&#234;me, c'est-&#224;-dire contre l'unit&#233; de s&#233;paration qui favorisait le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'indignation engendre l'&#201;tat, en raison des m&#234;mes facteurs qui font d'elle, aussi, la cause des r&#233;volutions. La solitude de chacun face au tyran, dans l'&#233;tat civil, est &#233;quivalente &#224; la solitude de l'individu dans l'&#233;tat de nature, confront&#233; &#224; l'ensemble de tous ses agresseurs potentiels, en m&#234;me temps qu'uni en alt&#233;rit&#233; &#224; ses semblables, victimes &#233;galement de cette violence tournante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, chap. III, &#167; 9 et chap. VI, &#167; 1.&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chacun, soumis &#224; la finitude d'inad&#233;quation, peut b&#233;n&#233;ficier par quasi-r&#233;ciprocit&#233; de l'aide des autres ; cette aide, induite par l'ambition de gloire a t&#244;t fait de se changer, la raret&#233; aidant, en ambition de domination. Mais alors, le jeu de la r&#233;currence am&#232;ne d'autres individus, par identification passive, &#224; lui venir en aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rival se retrouve dans la position de domin&#233; : le cycle reprend. Ces multiples circuits d'union s&#233;rielle v&#233;rifient l'instabilit&#233; m&#234;me du rapport de domination : l'indignation est un processus lui-m&#234;me s&#233;riel qui ronge l'union en alt&#233;rit&#233;, fournissant &#224; ces liaisons et d&#233;-liaisons &#034;prolif&#233;rantes&#034; un p&#244;le d'unit&#233; personnelle. Chacun, &#233;tant d'ores et d&#233;j&#224; en &#233;tat d'indignation continuelle contre l'Autre ind&#233;termin&#233;, s'indigne encore plus quand il est t&#233;moin d'un conflit : il se projette sur le cas de figure consid&#233;r&#233; et prend parti en faveur de celui qu'il juge &#234;tre la victime. Il unit alors sa propre action &#224; la fuite en avant de l'autre, dans l'effervescence de l'unit&#233; &lt;i&gt;contre &lt;/i&gt;le danger commun. Ainsi, il se forme dans l'action une totalit&#233; par &#034;opposition&#034; : l'&#201;tat de nature, &#233;tat de domination, implose en raison de sa structure politique intenable, qui appelle une premi&#232;re forme d'appropriation collective de la puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse par Sartre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sartre, Critique de la raison dialectique, Gallimard (nouvelle &#233;dition).&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; des journ&#233;es r&#233;volutionnaires m&#233;rite d'&#234;tre rapproch&#233;e du r&#244;le mis &#224; jour par Spinoza, dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique, &lt;/i&gt;de l'indignation. Dans les journ&#233;es, par exemple, qui pr&#233;c&#232;dent le 14 juillet, le gouvernement a constitu&#233; &lt;i&gt;du dehors &lt;/i&gt;Paris comme une totalit&#233;, que les troupes doivent encercler. La praxis de l'&#201;tat de si&#232;ge ordonne le champ pratique selon la configuration n&#233;gative de son objet : l'encerclement rend tangible le danger de l'inhumain, car il d&#233;termine la ville comme totalit&#233;-&#224;-r&#233;primer. Chaque habitant de la ville est d&#233;sign&#233;, par la praxis d'encerclement, comme &#233;l&#233;ment quelconque devant &#234;tre d&#233;truit. Cette menace, ind&#233;termin&#233;e mais r&#233;elle, est v&#233;cue dans la s&#233;rialit&#233; comportements divers d'effervescence et d'imitation, o&#249; les gens se rassemblent, crient, saccagent des symboles de l'autorit&#233;. Il faut reconna&#238;tre ici le sens de cette effervescence : une r&#233;v&#233;lation imm&#233;diate, encore passive, de soi-m&#234;me dans l'autre. L'imitation qui l'accompagne manifeste une &lt;i&gt;alt&#233;rit&#233; de quasi-r&#233;ciprocit&#233;. &lt;/i&gt;En effet, le &lt;i&gt;sort commun qui &lt;/i&gt;p&#232;se sur la ville, &lt;i&gt;scell&#233;e &lt;/i&gt;par la praxis des troupes d'encerclement en une totalit&#233; qui recouvre les modalit&#233;s s&#233;rielles d'existence, va agir sur la s&#233;rialit&#233;, en motivant des conduites de panique. Mais cette fuite o&#249; tous se retrouvent... sans l'avoir d&#233;lib&#233;r&#233;ment cherch&#233;, trace en pointill&#233; la n&#233;gation en chacun de l'union en alt&#233;rit&#233;. L'imitation demeure entach&#233;e de passivit&#233; : non pas reconnaissance r&#233;ciproque, puisque &#034;chacun continue &#224; se voir en l'Autre mais il s'y voit comme soi-m&#234;me, c'est-&#224;-dire ici comme totalisation en lui de la population parisienne, par le coup de sabre ou le coup de fusil qui l'exterminera&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique, t.1, p. 458.&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Pourtant, d&#232;s que les premiers incidents se produisent entre ces &#034;rassemblements d'imitation&#034; et les troupes, voil&#224; qu'on se met &#224; attaquer des armureries : conduites mim&#233;tiques o&#249; chacun agit personnellement de la m&#234;me action que l'autre. Chacun se voit accomplir la m&#234;me action que l'autre - sans concertation - : il r&#233;alise par ses propres actes la m&#234;me inertie passive qui impr&#232;gne la conduite des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, dans le champ contradictoire de la praxis, cette action encore inad&#233;quate du collectif quasi insurrectionnel, sans autre unit&#233; et efficience que celle &lt;i&gt;du nombre &lt;/i&gt;n'en est pas moins l'incarnation d'un acte : le peuple s'est arm&#233; contre le Roi ! Du moins, c'est ainsi que les choses sont per&#231;ues par le gouvernement, comme si l'inertie s&#233;rielle du rassemblement passait du c&#244;t&#233; de l'adversaire, se d&#233;signant &#224; lui-m&#234;me comme affrontant l'action concert&#233;e d'un groupe pourvu de ce fait d'une certaine unit&#233;. Par exemple, la foule r&#233;clame des armes &#224; l'H&#244;tel-de-Ville : elle se sent dup&#233;e par Flesselles lorsqu'elle trouve des chiffons dans les caisses ; l'attitude de Flesselles suscite l'indignation, c'est-&#224;-dire, pratiquement, une esp&#232;ce de r&#233;f&#233;rence personnalis&#233;e qui constitue un p&#244;le d'unification (violente !) &#224; l'union en alt&#233;rit&#233;, qui reste la structure de ce rassemblement &#034;en &#233;bullition&#034;. Telle est &lt;i&gt;l'apocalypse &lt;/i&gt;ou premier moment du &#034;groupe en fusion&#034; : le groupe amorphe. Il n'est d&#233;j&#224; plus s&#233;rie, il n'est pas encore groupe, mais, &#034;chacun r&#233;agit d'une mani&#232;re nouvelle, ni en tant qu'individu ni en tant qu'Autre mais comme incarnation singuli&#232;re de la personne commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique, t.1, p. 461.&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034; ; ce groupe amorphe est le contraire imm&#233;diat de l'alt&#233;rit&#233;, sous l'effet de cette m&#234;me alt&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le groupe en formation d&#233;chiffre l'inscription d'une double menace : &#224; l'ouest, par les troupes royales qui seraient d&#233;j&#224; intervenues aux Tuileries ; par la Bastille, menace au c&#339;ur du quartier, per&#231;ue comme la place-forte contenant ces armes qui manquent. La nouvelle de l'intervention aux Tuileries parvient au Quartier St-Antoine sur le mode contagionnel, imaginaire, de l'union en alt&#233;rit&#233; : &#034; ... rapport&#233;e par les Autres et crue en tant qu'elle est autre, (elle) est n&#233;cessairement saisie, dans le pratico-inerte, comme la v&#233;rit&#233; du quartier en tant qu'autre, c'est-&#224;-dire en tant qu'elle se donne par d'Autres comme un &#233;v&#233;nement &lt;i&gt;autre, &lt;/i&gt;arriv&#233; &#224; d'Autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Critique, t.1, p. 463.&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;. Tout se passe, dans la crainte et la confusion, comme si c'&#233;tait le Quartier St-Antoine &lt;i&gt;&#034;qui avait &#233;t&#233; extermin&#233; dans l'avenir par le prince de Lambesc&#034;. &lt;/i&gt;La configuration du quartier rend concret le destin d'impuissance et d'inad&#233;quation pratique de ses habitants : il faut des armes pour se prot&#233;ger ; &#034;Tous &#224; la Bastille !&#034; devient le cri de ralliement de la libert&#233; commune projet&#233;e par le rassemblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, la menace d'an&#233;antissement, r&#233;fl&#233;chie en ext&#233;riorit&#233; par les structures pratico-inertes du quartier, dessine l'unit&#233; formelle, r&#233;elle quoique ind&#233;termin&#233;e, de la totalit&#233;-&#224;-an&#233;antir : unit&#233; qui entre en contradiction avec la s&#233;rialit&#233; d'impuissance. Pourtant, cette m&#234;me contradiction reste prise dans les formes fuyantes, ind&#233;finies et multiples, de l'union en alt&#233;rit&#233; : les conduites de mim&#233;tique affective, marques de cette quasi-r&#233;ciprocit&#233;, la condamnent &#224; une impuissance r&#233;currente. En d'autres termes, le b&#233;n&#233;fice reste limit&#233; si chaque individu ne fait que &lt;i&gt;ressentir la possibilit&#233; &lt;/i&gt;d'une unit&#233; avec tous, si celle-ci ne l'affecte que dans la solitude d'une r&#233;ciprocit&#233; passive et impuissante. L'union en alt&#233;rit&#233; fait appara&#238;tre le reste - unit&#233; n&#233;gative des autres auxquels m'unit le rapport d'exclusion et de s&#233;paration - comme synth&#232;se passive des individus. C'est la relation humaine qui va fonder le d&#233;passement de l'impuissance vers l'unit&#233; dialectique en chacun de &lt;i&gt;l'Autre &lt;/i&gt;et du &lt;i&gt;Tiers. &lt;/i&gt;Chacun est, &#224; des degr&#233;s divers, Autre et tiers : le plus souvent, dans la liaison en alt&#233;rit&#233;, le tiers est absorb&#233; par la s&#233;rialit&#233;, Autre que chacun et que tous, tout au long d'un glissement des relations inter-individuelles les unes par rapport aux autres. Mais le &lt;i&gt;Danger commun &lt;/i&gt;&#233;manant de la totalit&#233; totalisante de la praxis adverse, du milieu environnant et des choses ouvr&#233;es - o&#249; chacun peut d&#233;chiffrer l'itin&#233;raire de r&#233;alisation d'une finalit&#233; ennemie, r&#233;organisant par rapport &#224; elle le mode d'utilisation pratico-inerte des choses - lib&#232;re pr&#233;cis&#233;ment chacun de son &#234;tre-Autre en tant que tiers s&#233;par&#233; ou ind&#233;fini. Une &#034;sympathie&#034; par identification se forme et se g&#233;n&#233;ralise, en opposition au danger commun, qui lib&#232;re du m&#234;me coup une relation humaine imm&#233;diate, libre relation inter-individuelle, ou imitation affective proche de celle &#233;voqu&#233;e par Spinoza dans le livre III de &lt;i&gt;l'&#201;thique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re ind&#233;termin&#233; et tournant de la menace induit cette sympathie : le &lt;i&gt;reste &lt;/i&gt;&#233;tait form&#233; de la synth&#232;se d'une &lt;i&gt;r&#233;ciprocit&#233; &lt;/i&gt;par immanence aux autres et d'une &lt;i&gt;exclusion, &lt;/i&gt;en raison de l'alt&#233;rit&#233; et de la passivit&#233; induite par l'impuissance. D'une part, communaut&#233; ; de l'autre, alt&#233;rit&#233; et opposition, mais l'une avec l'autre, l'une par l'autre. L'indignation produisait pr&#233;cis&#233;ment la fusion de ces deux aspects. Nous assistons ici &#224; un processus identique, qui va nous livrer le sens de la &lt;i&gt;puissance synth&#233;tique &lt;/i&gt;de faction commune, distincte de la fausse identit&#233; de la s&#233;rie comme de l'unit&#233; par m&#233;diation ext&#233;rieure. En effet, le redoublement de la structure dedans-dehors de la r&#233;ciprocit&#233; humaine, op&#233;r&#233; par cette relation &lt;i&gt;ternaire, &lt;/i&gt;selon les deux structures corr&#233;latives de tiers et d'autre, d&#233;bouche sur un rapprochement apparemment contradictoire de la &lt;i&gt;transcendance &lt;/i&gt;et de &lt;i&gt;l'immanence : &lt;/i&gt;chaque habitant du quartier le totalise selon ses fins, par une synth&#232;se transcendante qui, par l&#224; m&#234;me, l'exclut de cette totalit&#233; qu'il constitue. En m&#234;me temps, son appartenance s&#233;rielle &#224; la totalit&#233; menac&#233;e, le d&#233;signe, dans l'immanence pratique d'une reconnaissance de sa propre alt&#233;rit&#233; dans l'alt&#233;rit&#233; de &lt;i&gt;chaque &lt;/i&gt;Autre et par rapport &#224; la &lt;i&gt;m&#234;me &lt;/i&gt;menace de mort, comme &#233;tant &lt;i&gt;d&#233;j&#224; &lt;/i&gt;int&#232;gre &#224; cette totalit&#233;. L'avantage th&#233;orique est certain nous comprenons, non seulement l'unit&#233; qui advient au groupe de la liquidation s&#233;rielle de la s&#233;rialit&#233;, mais aussi la synth&#232;se qui d&#233;finit ce groupe comme &lt;i&gt;cr&#233;ation &lt;/i&gt;active par ses membres. La &#034;pluralit&#233; des &#233;picentres&#034; - beau terme sartrien pour d&#233;finir l'irr&#233;ductibilit&#233; individuelle de l'activit&#233; - demeure, mais elle est unifi&#233;e par une exigence commune, de surcro&#238;t &#233;quivalente &#224; la praxis de chacun. Il reste cependant &#224; r&#233;aliser pratiquement cette int&#233;gration, puisque chacun se rend au rassemblement comme tiers. Ce n'est pas un hasard si Sartre &#233;voque la &lt;i&gt;panique : &lt;/i&gt;un rassemblement a mal tourn&#233;, il provoque des affrontements, une fuite puis un regroupement... La panique pr&#233;sente de contagionnel ce fait que chacun fuie de la m&#234;me fuite que l'autre. L'union en alt&#233;rit&#233; s'incarne une nouvelle fois comme imp&#233;ratif de fuite venu de l'Autre. Mais, en m&#234;me temps qu'il est Autre, s'ali&#233;nant dans le dispositif pratico-inerte de la panique, chacun est aussi tiers : il donne un sens unitaire &#224; la constellation des fuites dont il est t&#233;moin, constituant du m&#234;me coup cette fuite comme r&#233;ponse totalisante. Synth&#232;se qui n'est aucunement contemplative, mais &lt;i&gt;pratique : &lt;/i&gt;l'immanence et la transcendance, qui caract&#233;risent le rapport aux autres, vont conjuguer leurs effets. Le mouvement synth&#233;tique &#233;manant de chacun fait retour sur lui, d&#233;signant sa propre int&#233;gration comme t&#226;che qu'il doit remplir. Il ne peut dissoudre son &#234;tre s&#233;riel que dans une activit&#233; commune. Ainsi, l'action trace la possibilit&#233; d'un rapport actif au reste : elle dissout l'union en alt&#233;rit&#233; au profit, non pas de quelque totalit&#233; que ce soit, mais de la &lt;i&gt;structure communautaire &lt;/i&gt;de l'action individuelle. La multitude est donc bien &lt;i&gt;liaison &lt;/i&gt;plus que &lt;i&gt;ordre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience historique r&#233;v&#232;le ce fait : la naissance du groupe en fusion, en rupture avec la passivit&#233; et l'inertie des rassemblements s&#233;riels. L'histoire semble accoucher de cette r&#233;alit&#233; nouvelle, v&#233;cue dans &lt;i&gt;l'Apocalypse &lt;/i&gt;de la prise de la Bastille : la Nation comme &#034;nature naturante&#034;, &lt;i&gt;r&#233;volution permanente ou &lt;/i&gt;&#034;totalit&#233; se remaniant perp&#233;tuellementelle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;CRD,p.484.&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lapraxislibreappara&#238;ticicommeunestructure premi&#232;re, irr&#233;ductible &#224; l'inertie inh&#233;rente &#224; la masse ; elle op&#232;re le remaniement de tous les rapports d'impuissance et de s&#233;paration. Ce caract&#232;re limpide et premier du groupe en fusion, qui marque l'av&#232;nement de la praxis libre, met &#224; nu le probl&#232;me central de la constitution du groupe en tant que groupe : puisque celui-ci proc&#232;de, comme nous l'avons vu, de la puissance synth&#233;tique propre &#224; &lt;i&gt;chaque &lt;/i&gt;praxis, comment donc toutes ces synth&#232;ses peuvent-elles former &lt;i&gt;une seule unit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Le groupe, &#224; condition que nous abandonnions totalement l'illusion de type organiciste, n'existe en r&#233;alit&#233; ni en lui-m&#234;me ni pour lui-m&#234;me : la &#034;multiplicit&#233; tournante&#034; des synth&#232;ses individuelles, effectu&#233;es par chaque tiers en direction des autres tiers, r&#233;pond &#224; l'urgence de certains objectifs, motiv&#233;s ext&#233;rieurement par l'int&#233;gration totalisante &#224; une certaine configuration pratico-inerte de l'environnement, et par une praxis adverse, hostile. Pour cette raison, le groupe concret n'existe qu'&#224; titre de moyen, engendr&#233; par la puissance constituante des rapports pratiques interindividuels. Il surgit donc comme sollicitation &#233;manant du tiers, de chacun en tant que tiers, dans la mesure o&#249; chaque tiers se fait m&#233;diateur entre la praxis individuelle et une structure collective de l'action, requise pour le remaniement de la totalit&#233; externe. Il n'est donc pas &#233;tonnant que le groupe, dont le caract&#232;re imm&#233;diat est de se constituer en processus &lt;i&gt;orient&#233;, &lt;/i&gt;soit tout entier tendu vers une certaine objectivation pratique, dans laquelle il vise &#224; s'an&#233;antir. Une &#233;quivalence stricte prend forme, entre la constitution du groupe et sa temporalisation pratique, pour r&#233;pondre &#224; une certaine urgence : cette relation synth&#233;tique unit les individus en fonction d'un certain acte. L'originalit&#233; du groupe en fusion vient donc du fait que l'unification se dessine &#224; rebours d'une impossible unit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par chaque individu, l'action du groupe devient praxis totale, c'est-&#224;-dire ni tout qui int&#232;gre ses parties ni &lt;i&gt;pars totalis : &lt;/i&gt;comme individu, chacun se fait d&#233;terminer, dans son action, par la totalisation qu'il effectue en tant que tiers. Il r&#233;alise par l&#224; m&#234;me cette indistinction de l'acte individuel et de l'acte collectif, &lt;i&gt;tour &#224; tour moyens l'un de l'autre, &lt;/i&gt;afin de reprendre et de transformer la passivit&#233; et la d&#233;pendance s&#233;rielle. Ce moment actif de la praxis oppose &#224; l'union en alt&#233;rit&#233; &#034;la &lt;i&gt;libre ubiquit&#233; du moi&#034; : &lt;/i&gt;je suis moi-m&#234;me partout, en chaque autre. Ce libre d&#233;veloppement de l'acte commun est en &#233;troite corr&#233;lation avec l'affirmation individuelle de la libert&#233; comme remaniement du champ pratique. Mais cette libert&#233; prend en quelque sorte les moyens de son objectivation, puisqu'elle int&#233;riorise la multiplicit&#233; en &lt;i&gt;praxis commune de chaque individu. &lt;/i&gt;Elle peut d&#232;s lors s'opposer &#224; l'unit&#233; en ext&#233;riorit&#233;, ou multiplicit&#233; de s&#233;paration, que lui fait subir la domination du pratico-inerte. Pour cette raison, toute action du groupe se d&#233;couvre, apr&#232;s sa r&#233;alisation, comme &lt;i&gt;neuve : &lt;/i&gt;l'expression &lt;i&gt;&#034;Le Peuple a pris la Bastille&#034;, &lt;/i&gt;signifie que chaque membre du groupe d&#233;couvre apr&#232;s coup sa libre praxis, munie du caract&#232;re de conduite commune. E n'y a l&#224; ni hypersynth&#232;se, ni coexistence, mais tout simplement le lien pratique de chaque activit&#233; &#224; la synth&#232;se vivante de l'action commune, qui est produite par la multitude des activit&#233;s individuelles. Ce lien &lt;i&gt;&#034;du dedans&#034; &lt;/i&gt;tient au caract&#232;re ins&#233;parablement r&#233;gulateur et r&#233;gul&#233; de chaque activit&#233; : chacun doit produire ici - dans la mesure o&#249; il re&#231;oit sa r&#232;gle de quelque tiers - le &lt;i&gt;m&#234;me &lt;/i&gt;qu'il constitue l&#224;-bas, en tant qu'il est lui-m&#234;me le tiers. En ce sens, le groupe en fusion n'a aucun &#234;tre substantiel : il na&#238;t d'une contestation par la libert&#233; des structures d'impuissance propres au collectif. Aussi la totalit&#233; relative au pratico-inerte (union en alt&#233;rit&#233; command&#233;e par la mati&#232;re ouvr&#233;e) est-elle v&#233;cue et d&#233;pass&#233;e dans la dimension pratique d'une libert&#233; singuli&#232;re, &#224; ceci pr&#232;s que toutes les r&#233;ciprocit&#233;s inter-individuelles s'unifient, dans l'urgence commune de l'objectif &#224; atteindre. Contre l'unit&#233; &lt;i&gt;n&#233;gative &lt;/i&gt;de tous avec tous (un m&#234;me danger de l'inhumain), il s'agit de susciter le groupe, c'est-&#224;-dire la &lt;i&gt;n&#233;gation &lt;/i&gt;de cette n&#233;gation : le groupe n'est autre que la r&#233;alit&#233; m&#233;ta-stable d'une totalisation en cours des synth&#232;ses, effectu&#233;e par chaque synth&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, il est possible de dire que l'intelligibilit&#233; du groupe rel&#232;ve de la seule praxis individuelle. Cependant, l'organisme individuel est simultan&#233;ment agent, moyen et fin de sa propre pr&#233;servation. La praxis commune d&#233;coule, quant &#224; elle, de la n&#233;cessaire invention, par chacun, d'une r&#233;ponse &#224; une menace qui pr&#233;sente cette insigne caract&#233;ristique : se pr&#233;senter, dans le champ pratique domin&#233; par le pratico-inerte, sous les traits d'un danger &lt;i&gt;commun. Aussi &lt;/i&gt;l'individu invente-t-il la praxis commune comme moyen de nier cette unit&#233; en ext&#233;riorit&#233; (totalisation par n&#233;gation) en s'appropriant la multiplicit&#233; m&#234;me comme moyen d'affranchissement. L'unification est donc &lt;i&gt;en &lt;/i&gt;cours, jamais donn&#233;e, jamais termin&#233;e. Et l'unit&#233; du groupe est inh&#233;rente &#224; la multiplicit&#233; irr&#233;ductible des synth&#232;ses : chacune d'entre elles se donne pour t&#226;che de reprendre l'impuissance du rapport s&#233;riel (union en alt&#233;rit&#233;), en praxis nouvelle et commune du rapport humain.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Du Contrat social&lt;/i&gt; ; l.1, chap. 7 : &lt;a href='https://caute.lautre.net/Du-souverain-CS-I-7' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du souverain (CS, I, 7)&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Du contrat social&lt;/i&gt; ; l.1, chap. 6, &lt;a href='https://caute.lautre.net/Du-pacte-social-CS-I-6' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du pacte social (CS, I, 6)&lt;/a&gt; : &#034;trouver une forme d'association qui d&#233;fende et prot&#232;ge de toute la force commune la personne et les biens de chaque associ&#233;, et par laquelle chacun s'unissant &#224; tous n'ob&#233;isse pourtant qu'&#224; lui-m&#234;me et reste aussi libre qu'auparavant&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Du Contrat social&lt;/i&gt; ; l.1 chap. 7, &lt;a href='https://caute.lautre.net/Du-souverain-CS-I-7' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Du souverain (CS, I, 7)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; ; &lt;a href='https://caute.lautre.net/EIV-Proposition-32' class=&#034;spip_in&#034;&gt;EIV - Proposition 32&lt;/a&gt; &#224; &lt;a href='https://caute.lautre.net/EIV-Proposition-34' class=&#034;spip_in&#034;&gt;EIV - Proposition 34&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt; ; chap. II ; &#167; 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt;, &lt;a href='https://caute.lautre.net/Preface' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pr&#233;face&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;strong&gt;Pratico-inerte&lt;/strong&gt; : il s'agit du pouvoir des choses ouvr&#233;es sur l'homme, qui consiste en une inversion de la puissance humaine d'agir sur la mati&#232;re brute.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, pp. 376-377 :&#034;J'appelle collectif la relation &#224; double sens d'un objet mat&#233;riel, inorganique et ouvr&#233; &#224; une multiplicit&#233; qui trouve en lui son unit&#233; d'ext&#233;riorit&#233;. Cette relation d&#233;finit un objet social : elle comporte deux sens (fausse r&#233;ciprocit&#233;) parce que je peux aussi bien saisir l'objet inorganique comme mat&#233;rialit&#233; rong&#233;e par une fuite s&#233;rielle et aussi bien la pluralit&#233; totalis&#233;e comme mat&#233;rialis&#233;e hors de soi en tant qu'exigence commune en l'objet&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre Matheron : &lt;i&gt;Le probl&#232;me de l'&#233;volution de Spinoza du Trait&#233; th&#233;ologico-politique au Trait&#233; politique&lt;/i&gt;. (Conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; Chicago).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous n'insisterons pas ici sur le fait que le r&#244;le d&#233;cisif de l'indignation procure &#224; Spinoza un malaise certain : l'indignation est un sentiment inad&#233;quat, totalement n&#233;gatif, dont il ne peut th&#233;oriquement sortir aucun bien. Or, cette m&#234;me indignation est &#224; la racine de l'&#201;tat et des conditions du politique...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, chap. VI, &#167; 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, chap. III, &#167; 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, chap. III, &#167; 9 et chap. VI, &#167; 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sartre, &lt;i&gt;Critique de la raison dialectique&lt;/i&gt;, Gallimard (nouvelle &#233;dition).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, t.1, p. 458.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, t.1, p. 461.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Critique&lt;/i&gt;, t.1, p. 463.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;CRD&lt;/i&gt;,p.484.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Futur Ant&#233;rieur 9&lt;/strong&gt;, 1992/1, L'Harmattan, pp.115-128.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Einstein et Spinoza&#034;, par Gustavo Cevolani</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Einstein-et-Spinoza-par-Gustavo-Cevolani</link>
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		<dc:date>2004-06-14T11:14:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Cevolani, Gustavo </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Une confrontation entre Spinoza et Albert Einstein, g&#233;nial scientifique du d&#233;but du XXe si&#232;cle et p&#232;re de la physique contemporaine, pourrait sembler hasardeuse s'il n'y avait pas le tr&#232;s grand nombre de citations qu'Einstein lui-m&#234;me d&#233;die au philosophe dans ses ouvrages non strictement math&#233;matiques. Ce fait pourrait &#224; son tour appara&#238;tre comme rien d'autre qu'une curiosit&#233;, mais c'est en r&#233;alit&#233; l'indice d'une profonde familiarit&#233; du physicien allemand avec la pens&#233;e et les id&#233;es de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Spinoza-et-les-autres-" rel="directory"&gt;Spinoza et les autres&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une confrontation entre Spinoza et Albert Einstein, g&#233;nial scientifique du d&#233;but du XXe si&#232;cle et p&#232;re de la physique contemporaine, pourrait sembler hasardeuse s'il n'y avait pas le tr&#232;s grand nombre de citations qu'Einstein lui-m&#234;me d&#233;die au philosophe dans ses ouvrages non strictement math&#233;matiques. Ce fait pourrait &#224; son tour appara&#238;tre comme rien d'autre qu'une curiosit&#233;, mais c'est en r&#233;alit&#233; l'indice d'une profonde familiarit&#233; du physicien allemand avec la pens&#233;e et les id&#233;es de Spinoza, comme je voudrais le montrer dans les br&#232;ves notes qui suivent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que les principaux fils qui lient Einstein &#224; l'exp&#233;rience intellectuelle de Spinoza sont au nombre de trois. En premier lieu et au niveau g&#233;n&#233;ral, le sentiment qu'Einstein appelle &#034;religiosit&#233; cosmique&#034; ; li&#233; &#224; celui-ci, la conviction &#034;m&#233;taphysique&#034; d'une causalit&#233; physique compl&#232;te ; et enfin, &#224; un niveau biographique m&#234;me, l'appartenance &#224; cette &#034;communaut&#233; des h&#233;r&#233;tiques&#034; qu'Einstein entendait partager avec le philosophe d'Amsterdam. Dans les lignes qui suivent, je chercherai &#224; illustrer ces points au moyen de plusieurs citations des &#339;uvres d'Einstein et de quelques brefs commentaires.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; La &lt;i&gt;religiosit&#233; cosmique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est la traduction de l'expression anglaise &#8220;cosmic religious feeling&#8221;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est l'expression la plus haute du sentiment religieux de l'homme, en tant qu'oppos&#233;e &#224; l'ensemble des normes et doctrines qui constituent, inversement, la religion traditionnelle. Selon Einstein, toutes les doctrines religieuses conventionnelles, telles qu'elles sont incarn&#233;es par les diverses &#233;glises existantes, sont erron&#233;es en tant qu'elles sont dogmatiques et par l&#224; oppos&#233;es &#224; la pens&#233;e rationnelle et &#224; la science. Une telle r&#233;futation, toutefois n'&#233;quivaut pas ni ne porte &#224; l'ath&#233;isme, &#224; moins que par &#034;ath&#233;e&#034; on ne veuille d&#233;signer celui qui ne croit pas en dieu anthropomorphe et agissant dans le monde en tant que sujet sup&#233;rieur et distinct&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En ce sens, cette attitude porte plut&#244;t &#224; l'h&#233;r&#233;sie. On le voit &#224; la fin de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dogmes traditionnels &#233;tant exclus, reste pour Einstein un sentiment religieux plus g&#233;n&#233;ral et plus profond, commun &#224; tous les hommes, impersonnel mais non oppos&#233; &#224; la pens&#233;e rationnelle et scientifique et duquel les doctrines traditionnelles elles-m&#234;mes ont peut-&#234;tre tir&#233; leur origine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La naissance des cultes anthropomorphes ou d&#233;moniaques (c'est-&#224;-dire de ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un tel sentiment consiste dans la reconnaissance d'une unit&#233; dans le monde ou dans la nature, une sorte &#034;d'harmonie pr&#233;&#233;tablie&#034; leibnizienne qui se r&#233;v&#232;le en premier lieu dans notre connaissance du monde lui-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Invention lors de la c&#233;l&#233;bration des soixante ans de Max Planck (1918) &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;cis&#233;ment, dans la connaissance scientifique, c'est-&#224;-dire dans la connaissance rationnelle des liens de causalit&#233; entre les choses, Einstein trouve les fondements tant du refus de la religion conventionnelle que de l'interpr&#233;tation correcte du sentiment religieux, et cons&#233;quemment de l'&#233;thique et de la morale. Pour le scientifique, en effet, les m&#234;mes lois g&#233;n&#233;rales causales de la physique gouvernent tous les &#233;v&#232;nements naturels : de la chute d'une pierre, au lancer d'un projectile et jusqu'&#224; la volont&#233; humaine elle-m&#234;me. En ce sens, la n&#233;cessit&#233; physique exclut par principe l'existence d'un &#234;tre d'un &#234;tre sup&#233;rieur, semblable &#224; nous et qui, sur un mode semblable au n&#244;tre peut agir dans la nature et en dehors de ces lois n&#233;cessaires. Les religions traditionnelles, bas&#233;es sur une telle image de l'&#234;tre supr&#234;me sont donc tout simplement dans l'erreur ; un accord entre science et religion est alors impossible et, dans la confrontation, la derni&#232;re doit succomber.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, dans la connaissance rationnelle elle-m&#234;me se fonde la religiosit&#233; de l'homme : &#034;le savant, lui, [est] convaincu de la loi causalit&#233; de tout &#233;v&#232;nement [...] Sa religiosit&#233; consiste &#224; s'&#233;tonner, &#224; s'extasier devant l'harmonie des lois de la nature d&#233;voilant une intelligence si sup&#233;rieure que toutes les pens&#233;es humaines et toute leur ing&#233;niosit&#233; ne peuvent r&#233;v&#233;ler, face &#224; elle, que leur n&#233;ant d&#233;risoire&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comment je vois le monde, p.20&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Pour lui, au contraire de la religion traditionnelle, la religiosit&#233; cosmique est dans un &#034;admirable accord&#034; avec la science et la pens&#233;e rationnelle, et de cela il se nourrit :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Il est certain qu'&#224; la base de tout travail scientifique un peu d&#233;licat se trouve la conviction, analogue au sentiment religieux, que le monde est fond&#233; sur la raison et peut &#234;tre compris. [...] Cette conviction li&#233;e au sentiment profond de l'existence d'un esprit sup&#233;rieur qui se manifeste dans le monde l'exp&#233;rience constitue pour moi l'id&#233;e de Dieu ; en langage courant on peut l'appeler &#034;panth&#233;isme&#034; (Spinoza)&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est peut-&#234;tre la d&#233;finition la plus exacte de la position d'Einstein, que lui-m&#234;me pr&#233;cise en citant le nom de Spinoza. Dans cette vision je crois que doit &#234;tre lu le c&#233;l&#232;bre mot d'Einstein, &#034;Dieu ne joue pas aux d&#232;s&#034;, plusieurs fois r&#233;affirm&#233;, en particulier dans les lettres &#224; son ami et coll&#232;gue Max Born relativement &#224; l'interpr&#233;tation non d&#233;terministe et relativiste de la m&#233;canique quantique. Le ferme refus de la solution de Born &#224; ces probl&#232;mes na&#238;t v&#233;ritablement de l'identification entre le caract&#232;re n&#233;cessaire des lois causales et la compr&#233;hensibilit&#233; de la nature, qui, selon Einstein, est ni&#233;e par l'interpr&#233;tation th&#233;orique de son ami&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le recueil Scienza e vita. Lettere 1916-1955, Einaudi, Torino, 1973 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la religiosit&#233; cosmique se trouve donc l'id&#233;e m&#234;me de la possibilit&#233; de conna&#238;tre le monde, en tant qu'harmonie des lois causales. Il est int&#233;ressant de souligner que c'est la m&#234;me foi dans une causalit&#233; physique absolue, c'est-&#224;-dire dans une vision substantiellement mat&#233;rialiste et d&#233;terministe du monde, qui porte Einstein &#224; tenir pour impossible l'existence d'une divinit&#233; au sens traditionnel mais en m&#234;me temps &#224; reconna&#238;tre une empreinte sup&#233;rieure et divine dans la structure du monde m&#234;me. Reconna&#238;tre et admirer l'absolue n&#233;cessit&#233; des choses (d&#233;voil&#233;e par moments par les lois de la physique), c'est le premier pas vers une authentique pens&#233;e religieuse : un pas accompli selon Einstein par les grands penseurs de tous les temps, et en particulier par D&#233;mocrite et Spinoza, les seuls qui soient aussi radicaux et aussi cons&#233;quents &#034;dans la ferme croyance dans la causalit&#233; physique, une causalit&#233; qui ne s'arr&#234;te pas face &#224; la volont&#233; de l'homo sapiens&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce jugement sur les deux philosophes est exprim&#233; par Einstein dans une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La n&#233;cessit&#233; naturelle, donc, non seulement ne d&#233;truit en aucune mani&#232;re la possibilit&#233; du sentiment religieux (en constituant au contraire le fondement) mais, en particulier, elle n'interdit pas la possibilit&#233; d'une morale authentique. Il pourrait sembler que, dans une vision parfaitement causale de la nature, la dimension spirituelle humaine serait rel&#233;gu&#233;e comme un engrenage insignifiant du m&#233;canisme : au contraire, c'est v&#233;ritablement dans la contemplation de la causalit&#233; que l'homme peu reconna&#238;tre la pr&#233;sence de quelque chose transcendant l'individu et la voie pour une v&#233;ritable r&#233;alisation en tant qu'&#234;tre libre : &#034;&#202;tre religieux&#034;, dit Einstein, signifie &#034;&#234;tre lib&#233;r&#233; des cha&#238;nes des d&#233;sirs &#233;go&#239;stes propres&#034; et ces cha&#238;nes sont bris&#233;es en premier lieu dans la reconnaissance de la dimension &#034;divine&#034; du monde, ind&#233;pendamment de son identification avec une quelconque &#202;tre supr&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Einstein, Out of my later years, 1950&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce sens, non seulement la science et la religion s'accordent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais la premi&#232;re peut constituer une voie d'acc&#232;s &#224; la seconde : &#034;Comment cette religiosit&#233; peut-elle se communiquer d'homme &#224; homme, puisqu'elle ne peut aboutir &#224; aucun concept d&#233;termin&#233; de Dieu ni &#224; aucune th&#233;ologie ? Pour moi, le r&#244;le le plus important de l'art et de la science consiste &#224; &#233;veiller et maintenir &#233;veill&#233; ce sentiment dans ceux qui lui sont r&#233;ceptifs&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comment je vois le monde, p.18&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si le v&#233;ritable but de la religion est d'indiquer &#224; l'homme la route pour se lib&#233;rer des app&#233;tits et des peurs &#233;gocentriques, en cela elle coop&#232;re avec la science qui montre la possibilit&#233; m&#234;me de ce but dans son effort continu d'unification rationnelle transcendant l'individu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pens&#233;es&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, en ce moment de tension morale vers une dimension sup&#233;rieure r&#233;side l'essence m&#234;me de l'&#233;thique, dont l'exercice devient indispensable &#224; partir du moment o&#249; la science (entendue comme pens&#233;e rationnelle) nous dit &#034;ce qui est mais non ce qui devrait &#234;tre&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#034;La v&#233;ritable valeur d'un homme se d&#233;termine en examinant dans quelle mesure et dans quel sens il est parvenu &#224; se lib&#233;rer du &#034;je&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comment je vois le monde.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Einstein exprimait &#224; maintes reprises sa v&#233;ritable religiosit&#233;, l'extran&#233;it&#233; &#224; l'&#233;gard de toute &#233;glise et sa proximit&#233; de la philosophie &#233;thique de Spinoza :&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Les g&#233;nies religieux de tous les temps se sont distingu&#233;s par cette religiosit&#233; face au cosmos. Elle ne conna&#238;t ni dogme, ni Dieu con&#231;u &#224; l'image de l'homme et donc aucune &#233;glise n'enseigne la religion cosmique. Nous imaginons aussi que les h&#233;r&#233;tiques de tous les temps de l'histoire humaine se nourrissaient de cette forme sup&#233;rieure de la religion. Pourtant leurs contemporains les suspectaient souvent d'ath&#233;isme mais parfois aussi de saintet&#233;. Consid&#233;r&#233;s ainsi, des hommes comme D&#233;mocrite, Fran&#231;ois d'Assise et Spinoza se ressemblent profond&#233;ment&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit., p.18&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affinit&#233; qui l'unit &#224; Spinoza est per&#231;ue par Einstein aussi sous cet aspect : ils comptent tous deux au nombre des &#034;h&#233;r&#233;tiques&#034;, c'est-&#224;-dire de ceux qui nient l'existence d'un Dieu anthropomorphe et juge du bien et du mal. Un Dieu qui r&#233;compense et punit est inconcevable pour Einstein puisque les actions d'un homme sont &#034;d&#233;termin&#233;es par la n&#233;cessit&#233; externe et interne, de sorte qu'aux yeux de Dieu il ne peut pas &#234;tre plus responsable qu'un objet inanim&#233; est responsable du mouvement dont il participe&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid.&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ceci ne signifie toutefois pas &#234;tre immoral, comme nous l'avons dit, du moment que les bases de l'&#233;thique sont compl&#232;tement humaines et non divines. &#034;Pour le sage, le futur est en tout n&#233;cessaire et d&#233;termin&#233; comme le pass&#233; ; la morale n'a rien de divin, c'est une question purement humaine&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;ibid.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion entre dogmatisme et moralit&#233; est pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'origine des incompr&#233;hensions et des condamnations que rencontre celui qui comme Einstein ou Russell&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bertrand Russell perdit plusieurs charges d'enseignement (par exemple au (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; soutient une religion &#034;humaine&#034; et libre des liens doctrinaux.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces incompr&#233;hensions, qui, &#224; Einstein (au contraire de Spinoza) ne co&#251;t&#232;rent probablement rien d'autre que le bl&#226;me des bigots, s'ajoutent toutefois dans son cas aux amertumes que lui ont caus&#233; dans les derni&#232;res ann&#233;es soit la situation allemande, soit celle de la physique math&#233;matique. Jusqu'au moment de son exil volontaire en Am&#233;rique, Einstein se battra contre le militarisme, l'antis&#233;mitisme et le racisme toujours plus r&#233;pandus et pas seulement en Allemagne ; dans le m&#234;me temps, il se trouvera &#224; r&#233;futer l'interpr&#233;tation de la physique des quanta d&#233;sormais accept&#233;e par toute la g&#233;n&#233;ration nouvelle des physiciens, par lesquels il sera plus d'une fois consid&#233;r&#233; comme &#034;un fossile survivant d'un &#233;poque pr&#233;historique&#034;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;voir les lettres &#224; Born dans Science et vie, cit&#233;e en note 7, dans laquelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce fut peut-&#234;tre de cette situation sombre que naquit le commentaire ironique d'Einstein : &#034;il n'y a que deux choses infinies, l'univers et la stupidit&#233; humaine ; et je ne suis pas s&#251;r pour le premier&#034;. Certainement, pour sa m&#234;me reconnaissance, ce qui lui permit de surmonter cette situation, ce furent ses convictions religieuses dans le sens d&#233;fini plus haut&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Comment je vois le monde.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les br&#232;ves notes ci-dessus j'ai cherch&#233; &#224; illustrer avec exactitude les points de contact qui me semblent exister entre la pens&#233;e &#034;philosophique&#034; d'Einstein et la personnalit&#233; et les id&#233;es de Spinoza. S&#251;rement la r&#233;flexion d'Einstein en morale ne tente pourtant pas de parvenir &#224; l'ach&#232;vement et &#224; la syst&#233;maticit&#233; de la th&#233;orie spinozienne ; il me semble toutefois ind&#233;niable qu'il y a entre les deux penseurs une profonde familiarit&#233;. Je laisse juge le lecteur de la mesure dans laquelle une telle affinit&#233; peut &#234;tre justifi&#233;e &#224; partir des pages du texte m&#234;me de Spinoza.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est la traduction de l'expression anglaise &#8220;&lt;i&gt;cosmic religious feeling&lt;/i&gt;&#8221;, utilis&#233;e par Einstein dans &#034;Religion and Science&lt;/i&gt;, un article &#233;crit pour le &lt;i&gt;New York Times Magazine&lt;/i&gt; en 1930 et r&#233;imprim&#233; dans &lt;i&gt;Comment je vois le monde&lt;/i&gt; (Champs-Flammarion pour la traduction fran&#231;aise). Philosophical Library, New York, 1949&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;En ce sens, cette attitude porte plut&#244;t &#224; l'h&#233;r&#233;sie. On le voit &#224; la fin de cet essai.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La naissance des cultes anthropomorphes ou d&#233;moniaques (c'est-&#224;-dire de ce qu'Einstein appelle &#034;religion de la terreur&#034;) est au contraire expliqu&#233;e par Einstein justement par le manque d'une physique &#233;volu&#233;e parmi les peuples primitifs. Voir &lt;i&gt;Comment je vois le monde&lt;/i&gt;, p.16&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Invention lors de la c&#233;l&#233;bration des soixante ans de Max Planck (1918) &#224; l'Acad&#233;mie de Berlin. Repris dans &lt;i&gt;Comment je vois le monde&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Comment je vois le monde&lt;/i&gt;, p.20&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir le recueil &lt;i&gt;Scienza e vita. Lettere 1916-1955&lt;/i&gt;, Einaudi, Torino, 1973 ; traduction italienne de &lt;i&gt;Briefwechsel 1915-1955&lt;/i&gt;, 1965, publi&#233; par Born lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce jugement sur les deux philosophes est exprim&#233; par Einstein dans une lettre &#224; son ami Maurice Solovine (in Einstein, &lt;i&gt;Opere scelte&lt;/i&gt;, Bollati Boringhieri, Torino, 1988 ; p. 732), responsable d'une &#233;dition des fragments de l'atomiste grec et fondateur en 1903, avec Einstein lui-m&#234;me et Konrad Habicht, d'une c&#233;nacle philosophique dans lequel Spinoza &#233;tait mis en discussion aux c&#244;t&#233;s de Hume, Mach, Riemann et Poincar&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Einstein, &lt;i&gt;Out of my later years&lt;/i&gt;, 1950&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle&#8221;, &#233;crivait Einstein en 1941 (voir Einstein, &lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Comment je vois le monde&lt;/i&gt;, p.18&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Pens&#233;es&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Comment je vois le monde.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;, p.18&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Bertrand Russell perdit plusieurs charges d'enseignement (par exemple au coll&#232;ge de New York), &#224; cause de ses id&#233;es &#8220;immorales&#8221;. En au moins une occasion, Einstein, d&#233;j&#224; en Am&#233;rique depuis 1933, intervint en sa d&#233;fense, en t&#233;moignage d'une amiti&#233; qui dura jusqu'&#224; la mort du physicien en 1955. &#192; Russell Einstein laissa aussi un Testament spirituel, un appel aux politiques de la Terre en faveur du d&#233;sarmement nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;voir les lettres &#224; Born dans &lt;i&gt;Science et vie&lt;/i&gt;, cit&#233;e en note 7, dans laquelle Einstein discute plusieurs fois avec son ami soit des probl&#232;mes politiques et sociaux soit de ces &#034;dialogues de sourds&#034; (Born) qui d&#233;sormais s&#233;parent Einstein de la communaut&#233; de ses coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Comment je vois le monde.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://perso.wanadoo.fr/denis.collin/Einstein-Spinoza.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://perso.wanadoo.fr/denis.collin/Einstein-Spinoza.htm&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;
[Ce texte est traduit de l'italien. Il est publi&#233; dans le num&#233;ro de mai 2001 du bulletin Ethica et disponible sur le site &lt;a href=&#034;http://www.fogliospinoziano.it/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;http://www.fogliospinoziano.it/&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;]&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

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