<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://caute.lautre.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Caute@lautre.net</title>
	<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://caute.lautre.net/spip.php?id_rubrique=144&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Caute@lautre.net</title>
		<url>https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L144xH25/siteon0-61142.png?1772222329</url>
		<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
		<height>25</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Spinoza et la fondation du lib&#233;ralisme politique&#034;, par Patrick Deschuyteneer</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Spinoza-et-la-fondation-du-liberalisme-politique-par-Patrick-Deschuyteneer</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Spinoza-et-la-fondation-du-liberalisme-politique-par-Patrick-Deschuyteneer</guid>
		<dc:date>2005-02-23T20:30:11Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Deschuyteneer, Patrick </dc:creator>



		<description>

-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;face &#224; l'Anomalie sauvage, par Antonio Negri</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Preface-a-l-Anomalie-sauvage-par-Antonio-Negri</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Preface-a-l-Anomalie-sauvage-par-Antonio-Negri</guid>
		<dc:date>2004-12-05T19:17:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Spinoza, c'est l'anomalie. Si Spinoza, ath&#233;e et maudit, ne finit pas ses jours en prison ou sur un b&#251;cher, comme d'autres innovateurs r&#233;volutionnaires aux seizi&#232;me et dix-septi&#232;me si&#232;cles, il ne le doit qu'&#224; ceci : sa m&#233;taphysique repr&#233;sente la polarit&#233; effective d'un rapport de forces antagonistes d&#233;j&#224; solidement &#233;tabli ; dans la Hollande du dix-septi&#232;me si&#232;cle, la tendance suivie par le d&#233;veloppement des forces productives et des rapports de production est claire : l'avenir est &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Spinoza, c'est l'anomalie. Si Spinoza, ath&#233;e et maudit, ne finit pas ses jours en prison ou sur un b&#251;cher, comme d'autres innovateurs r&#233;volutionnaires aux seizi&#232;me et dix-septi&#232;me si&#232;cles, il ne le doit qu'&#224; ceci : sa m&#233;taphysique repr&#233;sente la polarit&#233; effective d'un rapport de forces antagonistes d&#233;j&#224; solidement &#233;tabli ; dans la Hollande du dix-septi&#232;me si&#232;cle, la tendance suivie par le d&#233;veloppement des forces productives et des rapports de production est claire : l'avenir est &#224; l'antagonisme. Dans ce cadre, la m&#233;taphysique mat&#233;rialiste de Spinoza est donc l'anomalie puissante du dix-septi&#232;me si&#232;cle : non pas une anomalie marginale et vaincue, mais l'anomalie du mat&#233;rialisme vainqueur, de l'&#234;tre qui va de l'avant et pose en se constituant la possibilit&#233; id&#233;elle d'une mise en r&#233;volution du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est utile d'&#233;tudier Spinoza, c'est pour trois raisons. Chacune de ces raisons n'est pas seulement positive, elle est &#233;galement probl&#233;matique. Spinoza, autrement dit, n'est pas seulement un auteur qui pose et r&#233;sout certains probl&#232;mes de et dans son si&#232;cle ; il le fait &#233;galement, mais une dimension probl&#233;matique est aussi inscrite dans la forme m&#234;me des solutions qu'il apporte : se d&#233;ployant progressivement, elle atteint notre horizon philosophique pour s'installer en lui. Ces trois raisons sont les suivantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;rement : Spinoza fonde le mat&#233;rialisme dans la plus haute de ses figures : il d&#233;termine l'horizon propre de la sp&#233;culation philosophique moderne et contemporaine, celui d'une philosophie de l'&#234;tre immanent et donn&#233;, de l'ath&#233;isme comme refus de toute pr&#233;supposition d'un ordre ant&#233;rieur &#224; l'agir humain et &#224; la constitution de l'&#234;tre. Le mat&#233;rialisme de Spinoza, malgr&#233; sa forme productive et vivante, ne d&#233;passe toutefois pas les limites d'une conception purement &#171; spatiale &#187; - ou physico-galil&#233;enne - du monde. Il force bien entendu cette conception, il cherche &#224; d&#233;truire ses limites, mais il ne parvient pas &#224; une solution ; il laisse au contraire sans solution le probl&#232;me du rapport entre dimensions spatiales et dimensions temporelles, dynamiques et cr&#233;atives de l'&#234;tre. L'imagination, cette facult&#233; spirituelle qui parcourt le syst&#232;me spinoziste, constitue l'&#234;tre en un ordre qui n'est qu'allusivement temporel. Le probl&#232;me n'en est pas moins pos&#233; : sans solution, c'est vrai, mais en des termes n&#233;anmoins purs et forts. Avant m&#234;me l'invention de la dialectique, l'&#234;tre &#233;chappe &#224; cette esp&#232;ce de monstre qu'est le mat&#233;rialisme dialectique. La lecture socialiste et sovi&#233;tique de Spinoza n'enrichit pas le mat&#233;rialisme dialectique, elle ne fait qu'affaiblir les potentialit&#233;s de la m&#233;taphysique spinoziste, ses capacit&#233;s de d&#233;passer une vision purement spatiale et objectiviste du mat&#233;rialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;mement : Lorsqu'il affronte les questions politiques (et la politique est un des axes essentiels de sa pens&#233;e), Spinoza fonde une forme non mystifi&#233;e de d&#233;mocratie. Spinoza pose autrement dit le probl&#232;me de la d&#233;mocratie sur le terrain du mat&#233;rialisme, critiquant donc comme mystification toute conception juridique de l'&#201;tat. La fondation mat&#233;rialiste du constitutionnalisme d&#233;mocratique s'inscrit chez Spinoza dans le probl&#232;me de la production. La pens&#233;e spinoziste soude le rapport constitution-production en un lien unitaire. Il n'est pas possible d'avoir une conception juste du politique sans unir d'embl&#233;e ces deux termes. Il est impossible et abject de parler de d&#233;mocratie en dehors de ce lien : cela, nous le savons bien. Mais on a trop souvent voulu m&#234;ler Spinoza &#224; une informe bouillie &#171; d&#233;mocratique &#187; faite de transcendantalisme normatif hobbien, de volont&#233; g&#233;n&#233;rale rousseauiste et d'Aufhebung h&#233;g&#233;lienne, dont la fonction propre est de s&#233;parer production et constitution, soci&#233;t&#233; et &#201;tat. Eh bien non 1 dans l'immanentisme spinoziste, dans la conception sp&#233;cifiquement spinoziste du politique, la d&#233;mocratie est une politique de la &#171; multitude &#187; organis&#233;e dans la production, la religion est une religion des &#171; ignorants &#187; organis&#233;s dans la d&#233;mocratie. Cette construction spinoziste du politique constitue un moment fondamental de la pens&#233;e moderne ; et si elle ne parvient pas &#224; exprimer jusqu'au bout la fondation de la lutte de classe, comme antagonisme fondateur de la r&#233;alit&#233;, elle n'en parvient pas moins &#224; &#233;noncer tous les pr&#233;suppos&#233;s d'une telle conception, faisant de l'intervention des masses le fondement de l'activit&#233; de transformation, &#224; la fois sociale et politique. La pens&#233;e spinoziste est une pens&#233;e &#171; tranchante &#187; : elle rejette pour toujours toute une s&#233;rie de mystifications, toute une s&#233;rie de probl&#232;mes offerts &#224; la bourgeoisie au cours des si&#232;cles suivants par la pens&#233;e lib&#233;rale-d&#233;mocratique, tout particuli&#232;rement dans sa version jacobine (et dans la lign&#233;e th&#233;orique Rousseau-Hegel). Elle d&#233;signe avec force les probl&#232;mes que se pose aujourd'hui encore la lutte de classe communiste, en posant le probl&#232;me sous une forme pure : la multitude qui se fait &#201;tat, les ignorants qui se font religion ; un pass&#233; est mis au rencart, toute solution juridique et id&#233;aliste du probl&#232;me est &#233;limin&#233;e - et pourtant, c'est monstrueux, on ne cessera d'en reproposer au cours des si&#232;cles suivants. Constitution et production comme &#233;l&#233;ments d'un tissu dans lequel se construit l'exp&#233;rience des masses et de l'avenir. Sous la forme de l'&#233;galit&#233; radicale impos&#233;e par l'ath&#233;isme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;mement : Spinoza nous montre que l'histoire de la m&#233;taphysique enveloppe des alternatives radicales. La m&#233;taphysique, comme forme &#233;minente d'organisation de la pens&#233;e moderne, n'est pas un tout homog&#232;ne. Elle enveloppe les alternatives produites par l'histoire sous-jacente de la lutte de classe. Il y a une &#171; autre &#187; histoire de la m&#233;taphysique. Histoire sainte contre histoire maudite. Sans oublier pourtant qu'on ne peut lire l'&#233;poque moderne qu'&#224; la lumi&#232;re de la m&#233;taphysique prise dans toute sa complexit&#233;. En cons&#233;quence, si cela est vrai, ce ne sont pas le scepticisme et le cynisme qui constituent la forme positive de la pens&#233;e n&#233;gative (de la pens&#233;e qui parcourt la m&#233;taphysique pour la nier et ouvrir &#224; la positivit&#233; de l'&#234;tre) : la forme positive de la pens&#233;e n&#233;gative ne peut &#234;tre que la tension constitutive de la pens&#233;e et son aptitude &#224; se mouvoir comme m&#233;diation mat&#233;rielle du proc&#232;s historique de la multitude. La pens&#233;e constitutive poss&#232;de la radicalit&#233; de la n&#233;gation, mais elle la remue avant usage pour l'enraciner dans l'&#234;tre r&#233;el. Chez Spinoza, la puissance constitutive de la transgression qualifie la libert&#233;. L'anomalie spinoziste, c'est-&#224;-dire le rapport contradictoire de sa m&#233;taphysique avec le nouvel ordre de la production capitaliste, devient ici anomalie &#171; sauvage &#187;, c'est-&#224;-dire expression radicale d'une transgression historique de tout ordre non directement constitu&#233; par les masses, position d'un horizon de libert&#233; ind&#233;finissable autrement que comme horizon de lib&#233;ration - pens&#233;e d'autant plus n&#233;gative qu'elle est plus constitutive, qu'elle va toujours plus de l'avant. Toute la force d'antagonisme, tout le travail de la pens&#233;e novatrice de l'&#233;poque moderne, toute la gen&#232;se populaire et prol&#233;tarienne de ses r&#233;volutions et toute la gamme des positions r&#233;publicaines, de Machiavel au jeune Marx, tout cela se condense dans l'exp&#233;rience exemplaire de Spinoza. Qui pourrait nier qu'ici comme ailleurs Spinoza se trouve en plein centre du d&#233;bat philosophique des temps modernes, quasiment comme J&#233;sus enfant dans le Temple de J&#233;rusalem.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Telles sont donc nos premi&#232;res raisons d'interroger Spinoza. Mais il n'est peut-&#234;tre pas inutile d'y revenir un peu. Car cette remont&#233;e aux origines d'une alternative th&#233;orique (celle de la r&#233;volution face &#224; la gen&#232;se de l'ordre capitaliste, cette contradiction &#233;tant justement encore camp&#233;e au beau milieu du d&#233;veloppement de la pens&#233;e moderne), et d'autre part cette reconnaissance, surtout dans la pens&#233;e de Spinoza, mais pas uniquement, d'un terrain et d'un projet nous permettant de construire &#171; au-del&#224; &#187; de la tradition de la pens&#233;e bourgeoise, eh bien tout cela constitue en r&#233;alit&#233; une op&#233;ration dont le but est autre : construire &#233;galement &#171; au-del&#224; &#187; de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire, elle aussi ankylos&#233;e et essouffl&#233;e. Voil&#224; une tradition qui est all&#233;e recueillir dans la boue les &#233;tendards de la bourgeoisie. A-t-elle recueilli autre chose que la boue ? A voir son histoire, on peut se le demander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi la lecture de Spinoza a constitu&#233; pour moi une exp&#233;rience d'incroyable fra&#238;cheur r&#233;volutionnaire. Je ne suis par ailleurs pas le seul &#224; avoir eu le sentiment qu'il &#233;tait possible d'avancer dans cette direction. Les vingt derni&#232;res ann&#233;es ont &#233;t&#233; celles d'un grand renouvellement des &#233;tudes spinozistes. Sur le plan de l'interpr&#233;tation, de la stricte philologie, ce ph&#233;nom&#232;ne est bien repr&#233;sent&#233; par l'extraordinaire lecture de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, malheureusement inachev&#233;e, propos&#233;e par Martial Gueroult. Mais le plus passionnant est peut-&#234;tre ailleurs : je veux parler des tentatives de relire Spinoza &#224; l'int&#233;rieur de la probl&#233;matique critique de la philosophie contemporaine, entre autres marxiste. Dans l'&#233;cole althuss&#233;rienne, Macherey par exemple, reparcourant la lecture h&#233;g&#233;lienne de Spinoza, ne se contente pas d'en d&#233;noncer les profondes falsifications : allant beaucoup plus loin, il rep&#232;re dans la pens&#233;e de Spinoza un soubassement de critique anticip&#233;e de la dialectique h&#233;g&#233;lienne, un travail de fondation d'une m&#233;thode mat&#233;rialiste. Dans une autre perspective, et avec des pr&#233;occupations syst&#233;matiques diff&#233;rentes, mais avec une puissance d'innovation peut-&#234;tre encore plus grande, Deleuze nous a montr&#233; chez Spinoza un horizon philosophique resplendissant de pl&#233;nitude : la reconqu&#234;te du mat&#233;rialisme comme espace de la pluralit&#233; modale, comme lib&#233;ration concr&#232;te du d&#233;sir con&#231;u comme puissance constructive. Nous avons encore, sur le terrain de la philosophie de la religion et de la philosophie politique, la red&#233;finition historico-structurale de Hecker et celle, bien plus heureuse, de Matheron : la d&#233;mocratie pens&#233;e comme essence mat&#233;rielle, comme produit de l'imagination des masses, comme technique et projet constitutifs de l'&#234;tre - qui balaie d'un trait l'escroquerie dialectique. De ce point de vue, Spinoza critique l'avenir avant l'heure : c'est donc un philosophe contemporain, puisque sa philosophie est celle de notre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que je viens de dire - &#224; propos de la profonde r&#233;novation des interpr&#233;tations de la pens&#233;e spinoziste depuis la fin des ann&#233;es 60 - a sans doute contribu&#233; &#224; pr&#233;ciser en retour certaines des raisons qui ont pouss&#233; l'auteur &#224; entreprendre ce travail. Mais il est peut-&#234;tre bon de les pr&#233;ciser davantage. Il est incontestable que l'on a &#233;t&#233; incit&#233; &#224; &#233;tudier les origines de la pens&#233;e moderne et de l'histoire de l'&#201;tat moderne par l'id&#233;e que l'analyse de la crise de la gen&#232;se de l'&#201;tat bourgeois et capitaliste peut contribuer &#224; pr&#233;ciser les termes de la crise de sa p&#233;riode de dissolution. Mais je dois ajouter que, si ce projet a pu m'inciter &#224; entreprendre mes travaux pr&#233;c&#233;dents (sur Descartes, etc.), il me stimule beaucoup moins aujourd'hui. Ce qui m'int&#233;resse en effet, ce n'est plus tant la gen&#232;se de l'&#201;tat bourgeois - et sa crise - que les alternatives th&#233;oriques et les possibilit&#233;s subjectives de r&#233;volution en acte. Je m'explique : le probl&#232;me pos&#233; par Spinoza est celui de la rupture subjective de l'unidimensionnalit&#233; du d&#233;veloppement capitaliste (dans sa dimension bourgeoise et superstructurelle comme dans sa dimension proprement capitaliste et structurelle) ; on d&#233;couvre avec Spinoza l'alternative vivant comme puissance mat&#233;rielle &#224; l'int&#233;rieur du bloc m&#233;taphysique de la philosophie moderne - pour &#234;tre clair, de l'itin&#233;raire philosophique qui va de Marcile Ficin et Nicolas de Cues &#224; la mort de la philosophie au dix-neuvi&#232;me si&#232;cle (ou, pourparler comme Keynes, &#224; l'heureuse euthanasie de ce savoir du rentier). J'ai toujours trouv&#233; paradoxal le fait que les historiens de la philosophie reconstruisent les alternatives vers le bas : Gilson vers la philosophie chr&#233;tienne du Moyen Age pour la culture moderne, Wolfson vers la culture juive du Moyen Age pour Spinoza -pour s'en tenir &#224; quelques exemples. Qui sait pourquoi une telle d&#233;marche passe pour scientifique ! Qui pourrait le dire ? Selon moi, cette d&#233;marche repr&#233;sente exactement le contraire d'un discours scientifique, car elle recherche des g&#233;n&#233;alogies culturelles, et non une g&#233;n&#233;alogie mat&#233;rielle de conditions et de fonctions de pens&#233;e : la science, elle, est toujours d&#233;couverte du futur. Se lib&#233;rer d'un pass&#233; encombrant ne sert pas non plus &#224; grand-chose si l'on ne s'attache pas en m&#234;me temps &#224; la jouissance du pr&#233;sent et &#224; la production du futur. Voil&#224; pourquoi je veux renverser le paradoxe et interpeller l'avenir &#224; partir de la puissance du discours spinoziste. Et si, prudence ou paresse, je n'ai pas de succ&#232;s avec l'avenir, je veux au moins m'essayer &#224; une forme renvers&#233;e de lecture du pass&#233; : en mettant Spinoza sous nos yeux, moi, pauvre &#171; docteur &#187; parmi tant d'autres, je vais interroger un ma&#238;tre, un vrai. Je veux m'essayer &#224; une forme de lecture du pass&#233; qui me permette, en l'occurrence, de rep&#233;rer les &#233;l&#233;ments susceptibles de composer ensemble la d&#233;finition d'une ph&#233;nom&#233;nologie de la pratique r&#233;volutionnaire constitutive de l'avenir. M'essayer &#224; une lecture du pass&#233; qui me permette surtout (qui nous y oblige) de r&#233;gler mes comptes avec toute cette coupable confusion, avec toutes ces mystifications qui - de Bobbio &#224; Della Volpe et ses derniers sous-produits - nous ont enseign&#233; d&#232;s notre plus tendre enfance la sainte doctrine d'apr&#232;s laquelle l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral &#171; sublime &#187; l'int&#233;r&#234;t particulier sous la forme de la loi, d'apr&#232;s laquelle les organes constitutionnels sont responsables devant le seul peuple dans sa totalit&#233;, d'apr&#232;s laquelle l'&#201;tat des partis&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Stato dei partiti &#187; : expression courante en italien, d&#233;signant le fait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est une magnifique m&#233;diation politique entre l'un et le multiple, et tant d'autres fac&#233;ties du m&#234;me genre. Au dix-septi&#232;me si&#232;cle, Spinoza est &#224; cent lieues de ce monceau d'infamies. La libert&#233;, la vraie, la pleine libert&#233;, celle que nous aimons et pour laquelle nous vivons et mourons, construit directement le monde, imm&#233;diatement. La multiplicit&#233; n'est pas m&#233;diatis&#233;e par le droit, mais par le proc&#232;s constitutif : et la constitution de la libert&#233; est toujours r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les raisons invoqu&#233;es pour justifier notre &#233;tude de Spinoza confluent par ailleurs toutes trois sur le terrain de ce qu'on a pris l'habitude de nommer &#171; recherche d'une nouvelle rationalit&#233; &#187;. Sous une forme radicale, Spinoza a d&#233;fini une rationalit&#233; &#171; autre &#187; que celle de la m&#233;taphysique bourgeoise. La pens&#233;e mat&#233;rialiste, celle de la production et celle de la constitution deviennent donc aujourd'hui le fondement &#233;l&#233;mentaire et incontournable de tout programme n&#233;o-rationaliste. Spinoza accomplit tout cela &#224; travers une tr&#232;s forte tension qui contribue &#224; d&#233;terminer une dynamique de projet, une dynamique de transformation de l'ontologie. Une ontologie constitutive, fond&#233;e sur la spontan&#233;it&#233;, organis&#233;e par l'imagination collective : telle est la rationalit&#233; spinoziste. Comme base. Mais il y a plus. Spinoza ne se contente pas de d&#233;finir une base, il travaille &#233;galement &#224; la d&#233;velopper ; et quelles que soient les limites d'un tel d&#233;veloppement, il convient de rep&#233;rer et de soumettre &#224; la critique l'architecture projet&#233;e. Tout particuli&#232;rement l&#224; o&#249; elle enveloppe la dialectique, non comme dispositif formel de la pens&#233;e, mais comme articulation de la base ontologique, comme d&#233;termination de l'existence et de la puissance. Ce qui supprime toute possibilit&#233; de transformer la dialectique en clef g&#233;n&#233;rique, elle qui est prise au contraire comme un mode d'organisation interne du conflit, comme une structure &#233;l&#233;mentaire de la connaissance. Et j'ai ainsi cherch&#233; &#224; saisir dans cette &#233;tude - pour ce qui est de la pens&#233;e mat&#233;rialiste - la tension spinoziste vers une d&#233;finition d'un horizon de multiplicit&#233; absolue des besoins et des d&#233;sirs, pour ce qui est de la pens&#233;e productive - la tentative spinoziste de rep&#233;rer dans la th&#233;orie de l'imagination le filigrane du rapport entre besoin et richesse, la solution de masse de la parabole platonicienne de l'amour, socialis&#233;e par les dimensions modernes de l'approche, par les pr&#233;suppos&#233;s religieux des luttes, par les conditions capitalistes du d&#233;veloppement ; pour ce qui est enfin de la pens&#233;e constitutive - la premi&#232;re d&#233;finition moderne, par Spinoza, d'un projet r&#233;volutionnaire, dans la ph&#233;nom&#233;nologie, dans la science et dans la politique, de refondation rationnelle du monde, projet bas&#233; sur la lib&#233;ration et non sur l'exploitation de l'homme par l'homme. Non pas formule et forme, mais action et contenu. Non pas positivisme, mais positivit&#233;. Non pas l&#233;gislation, mais v&#233;rit&#233;. Non pas d&#233;finition et exercice du pouvoir, mais expression et gestion de la puissance. Il faut &#233;tudier encore plus &#224; fond ces tensions. Car Spinoza constitue un v&#233;ritable scandale (pour le savoir &#171; rationnel &#187; courant du monde dans lequel nous vivons) : voil&#224; un philosophe de l'&#234;tre qui op&#232;re d'embl&#233;e un renversement total de l'enracinement de la causalit&#233; dans la transcendance, en posant une cause productive immanente, transparente et directe du monde ; voil&#224; un d&#233;mocrate radical et r&#233;volutionnaire qui &#233;limine d'embl&#233;e jusqu'&#224; la simple possibilit&#233; abstraite d'&#201;tat de droit et de jacobinisme ; voil&#224; un analyste des passions qui ne les d&#233;finit pas comme p&#226;tir, mais comme agir - agir historique, mat&#233;rialiste et donc positif. De ce point de vue, ce travail n'est qu'un premier essai d'approfondissement. Il appelle par exemple, et de mani&#232;re urgente, un compl&#233;ment d'analyse sur la question des passions, c'est-&#224;-dire des modes concrets de d&#233;ploiement du projet spinoziste de refondation. Ce sera l'objet d'un second essai, centr&#233; sur les livres III et IV de l'&#201;thique. Travail &#224; accomplir et &#224; d&#233;velopper dans toute sa puissance, non pas, on s'en doute, dans une recherche solitaire, mais dans la dimension et dans la direction d'une ph&#233;nom&#233;nologie de la pratique collective et constitutive, r&#233;seau &#224; construire pour qui veut produire une d&#233;finition actuelle et positive de la rationalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet ouvrage a &#233;t&#233; &#233;crit en prison. Mais aussi pens&#233;, pour l'essentiel, en prison. Bien entendu, je connaissais d&#233;j&#224; bien Spinoza, pour ainsi dire depuis toujours : d&#232;s le lyc&#233;e, j'&#233;tais passionn&#233; par l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; (et je pense ici avec affection &#224; mon professeur d'alors). J'ai continu&#233; par la suite &#224; y travailler, je ne laissais pas &#233;chapper une occasion de lecture. Mais le temps me manquait pour mettre un travail en chantier. Une fois en prison, j'ai tout repris &#224; z&#233;ro. Lisant et prenant des notes, harcelant mes correspondants pour qu'ils m'envoient des livres. Je les remercie de tout mon c&#339;ur. J'&#233;tais persuad&#233; qu'on avait du temps, en prison. Illusion. Pure illusion ! La prison, son rythme, les transferts, la d&#233;fense ne nous laissent pas de temps : ils dissolvent le temps ; telle est la forme principale de la peine en r&#233;gime capitaliste. C'est ainsi que ce travail, comme tous les autres, a &#233;t&#233; pris sur le sommeil, arrach&#233; au r&#233;gime de la quotidiennet&#233;. Que la quotidiennet&#233; carc&#233;rale soit moins polic&#233;e que celle des instituts universitaires, c'est incontestable ; je souhaite que ma d&#233;monstration et mon exposition n'en soient que plus concr&#232;tes. Pour le reste, qu'on veuille bien me pardonner de ne pas avoir donn&#233; de bibliographie compl&#232;te (encore que j'estime avoir vu ce qu'il &#233;tait n&#233;cessaire de voir), de n'avoir peut-&#234;tre pas suffisamment explor&#233; le tissu historique de la culture de Spinoza (encore que la lecture de Madeleine Franc&#232;s et de Kolakowski, d'eux surtout, permette de se sentir en bonne compagnie), d'avoir peut-&#234;tre trop facilement c&#233;d&#233; aux charmes des interpr&#233;tations du &#171; si&#232;cle d'or &#187; propos&#233;es par Huizinga et Kossmann (mais par quoi les remplacer ?), d'avoir joui parfois du plaisir de la th&#232;se - ph&#233;nom&#232;ne in&#233;vitable pour qui travaille hors de la communaut&#233; scientifique. Cela dit, je ne crois pas que la prison influe en quoi que ce soit sur la qualit&#233; du produit - ni en bien, ni en mal : je n'implore pas la bienveillance de la critique. Je voudrais m&#234;me me bercer d'une illusion : croire que la solitude de cette maudite cellule a &#233;t&#233; aussi f&#233;conde que celle de Spinoza dans son laboratoire optique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Antonio NEGRI.&lt;br /&gt;
Des prisons de Rovigo, Rebibbia, Fossombrone, Palmi et Trani 7 avril 1979 - 7 avril 1980&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Stato dei partiti &#187; : expression courante en italien, d&#233;signant le fait que toute la structure de l'&#201;tat est organis&#233;e en fonction du jeu des partis politiques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Antonio Negri, &lt;strong&gt;L'Anomalie sauvage&lt;/strong&gt;, PUF, 1982, pp.29-36&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;face &#224; l'Anomalie sauvage de Negri, par Gilles Deleuze</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Preface-a-l-Anomalie-sauvage-de-Negri-par-Gilles-Deleuze</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Preface-a-l-Anomalie-sauvage-de-Negri-par-Gilles-Deleuze</guid>
		<dc:date>2004-05-28T16:03:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Deleuze, Gilles</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le livre de Negri sur Spinoza, &#233;crit en prison, est un grand livre, qui renouvelle &#224; beaucoup d'&#233;gards la compr&#233;hension du spinozisme. Je voudrais insister ici sur deux des th&#232;ses principales qu'il d&#233;veloppe. &lt;br class='autobr' /&gt;
1 / L'anti-juridisme de Spinoza &lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e fondamentale de Spinoza, c'est celle d'un d&#233;veloppement spontan&#233; des forces, au moins virtuellement. C'est dire qu'il n'y a pas besoin en principe d'une m&#233;diation pour constituer les rapports correspondant aux forces. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au contraire l'id&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le livre de Negri sur Spinoza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Negri, L'anomalie sauvage, PUF, 1982&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#233;crit en prison, est un grand livre, qui renouvelle &#224; beaucoup d'&#233;gards la compr&#233;hension du spinozisme. Je voudrais insister ici sur deux des th&#232;ses principales qu'il d&#233;veloppe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1 / L'anti-juridisme de Spinoza&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e fondamentale de Spinoza, c'est celle d'un d&#233;veloppement spontan&#233; des forces, au moins virtuellement. C'est dire qu'il n'y a pas besoin en principe d'une m&#233;diation pour constituer les rapports correspondant aux forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire l'id&#233;e d'une m&#233;diation n&#233;cessaire appartient essentiellement &#224; la conception juridique du monde, telle qu'elle s'&#233;labore avec Hobbes, Rousseau, Hegel. Cette conception implique : 1) que les forces ont une origine individuelle ou priv&#233;e ; 2) qu'elles doivent &#234;tre socialis&#233;es pour engendrer les rapports ad&#233;quats qui leur correspondent ; 3) qu'il y a donc m&#233;diation d'un Pouvoir (&#171; Potestas &#187;) ; 4) que l'horizon est ins&#233;parable d'une crise, d'une guerre ou d'un antagonisme, dont le Pouvoir se pr&#233;sente comme la solution, mais la &#171; solution antagoniste &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent pr&#233;sent&#233; Spinoza comme appartenant &#224; cette lign&#233;e juridique, entre Hobbes et Rousseau. Il n'en est rien suivant Negri. Chez Spinoza, les forces sont ins&#233;parables d'une spontan&#233;it&#233; et d'une productivit&#233;, qui rendent possible leur d&#233;veloppement sans m&#233;diation, c'est-&#224;-dire leur composition. Elles sont en elles-m&#234;mes &#233;l&#233;ments de socialisation. Spinoza pense imm&#233;diatement en termes de &#171; multitude &#187; et non d'individu. Toute sa philosophie est une philosophie de la &#171; potentia &#187; contre la &#171; potestas &#187;. Elle s'ins&#232;re dans une tradition antijuridique, qui passerait par Machiavel et aboutirait &#224; Marx. C'est toute une conception de la &#171; constitution &#187; ontologique, ou de la &#171; composition &#187; physique et dynamique, qui s'oppose au contrat juridique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eric ALLIEZ, &#034;Spinoza au-del&#224; de Marx&#034;, par Eric Alliez, Critique, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chez Spinoza, le point de vue ontologique d'une production imm&#233;diate s'oppose &#224; tout appel &#224; un Devoir-Etre, &#224; une m&#233;diation et &#224; une finalit&#233; (&#171; avec Hobbes la crise connote l'horizon ontologique et le subsume, avec Spinoza la crise est subsum&#233;e sous l'horizon ontologique &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien qu'on pressente l'importance et la nouveaut&#233; de cette th&#232;se de Negri, le lecteur peut redouter l'atmosph&#232;re d'utopie qui s'en d&#233;gage. Aussi Negri marque-t-il le caract&#232;re exceptionnel de la situation hollandaise, et ce qui rend possible la position spinoziste : contre la famille d'Orange qui repr&#233;sente une &#171; potestas &#187; conforme &#224; l'Europe monarchique, la Hollande des fr&#232;res De Witt peut tenter de promouvoir un march&#233; comme spontan&#233;it&#233; des forces productives ou un capitalisme comme forme imm&#233;diate de la socialisation des forces. Anomalie spinoziste et anomalie hollandaise... Mais dans un cas comme dans l'autre, n'est-ce pas la m&#234;me utopie ? C'est ici qu'intervient le second point fort de l'analyse de Negri.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2 / L'&#233;volution de Spinoza&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le premier Spinoza, tel qu'il appara&#238;t dans le &lt;i&gt;Court Trait&#233;&lt;/i&gt; et encore au d&#233;but de &lt;i&gt;l'&#201;thique&lt;/i&gt;, reste effectivement dans les perspectives de l'utopie. Il les renouvelle toutefois, parce qu'il assure une expansion maximale aux forces, en s'&#233;levant &#224; une constitution ontologique de la substance, et des modes par la substance (panth&#233;isme). Mais pr&#233;cis&#233;ment, en vertu de la spontan&#233;it&#233; de l'op&#233;ration, ou de l'absence de m&#233;diation, la composition mat&#233;rielle du r&#233;el concret ne se manifestera pas comme puissance propre, et la connaissance et la pens&#233;e devront encore se replier sur elles-m&#234;mes, assujetties &#224; une productivit&#233; seulement id&#233;elle de l'Etre, au lieu de s'ouvrir au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le second Spinoza, tel qu'il appara&#238;t dans le &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt; et tel qu'il s'affirme dans le courant de &lt;i&gt;l'&#201;thique&lt;/i&gt;, va se reconna&#238;tre &#224; deux th&#232;mes fondamentaux : d'une part, la puissance de la substance est rabattue sur les modes auxquels elle sert d'horizon ; d'autre part, la pens&#233;e s'ouvre sur le monde et se pose comme imagination mat&#233;rielle. Alors l'utopie cesse au profit des pr&#233;misses d'un mat&#233;rialisme r&#233;volutionnaire. Non pas que l'antagonisme et la m&#233;diation soient r&#233;tablis. L'horizon de l'&#202;tre subsiste imm&#233;diatement, mais comme lieu de la constitution politique, et non plus comme utopie de la constitution id&#233;elle et substantielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les corps (et les &#226;mes) sont des forces. En tant que tels, ils ne se d&#233;finissent pas seulement par leurs rencontres et leurs chocs au hasard (&#233;tat de crise). Ils se d&#233;finissent par des rapports entre une infinit&#233; de parties qui composent chaque corps, et qui le caract&#233;risent d&#233;j&#224; comme une &#171; multitude &#187;. Il y a donc des processus de composition et de d&#233;composition des corps, suivant que leurs rapports caract&#233;ristiques conviennent ou disconviennent. Deux ou plusieurs corps formeront un tout, c'est-&#224;-dire un troisi&#232;me corps, s'ils composent leurs rapports respectifs dans des circonstances concr&#232;tes. Et c'est le plus haut exercice de l'imagination, le point o&#249; elle inspire l'entendement, de faire que les corps (et les &#226;mes) se rencontrent suivant des rapports composables. D'o&#249; l'importance de la th&#233;orie spinoziste des notions communes qui est une pi&#232;ce ma&#238;tresse de &lt;i&gt;l'&#201;thique&lt;/i&gt;, du livre II au livre V. L'imagination mat&#233;rielle soude son alliance avec l'entendement en assurant &#224; la fois, sous l'horizon de l'&#202;tre, la composition physique des corps et la constitution politique des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que Negri avait fait profond&#233;ment pour Marx &#224; propos des &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, il le fait maintenant pour Spinoza : toute une r&#233;&#233;valuation de la place respective du &lt;i&gt;Court Trait&#233;&lt;/i&gt; d'une part, du &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt; d'autre part, dans l'&#339;uvre de Spinoza. C'est en ce sens que Negri propose une &#233;volution de Spinoza : d'une utopie progressiste &#224; un &lt;i&gt;mat&#233;rialisme r&#233;volutionnaire&lt;/i&gt;. Negri est sans doute le premier &#224; donner son plein sens philosophique &#224; l'anecdote selon laquelle Spinoza s'&#233;tait lui-m&#234;me dessin&#233; en Masaniello, le r&#233;volutionnaire napolitain (cf. ce que Nietzsche dit sur l'importance des &#171; anecdotes &#187; propres &#224; la &#171; pens&#233;e, dans la vie d'un penseur &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donn&#233; des deux th&#232;ses de Negri une pr&#233;sentation extr&#234;mement rudimentaire. Je ne crois pas qu'il convienne de discuter ces th&#232;ses et de leur apporter h&#226;tivement objections ou m&#234;me confirmations. Ces th&#232;ses ont le m&#233;rite &#233;vident de rendre compte de la situation exceptionnelle de Spinoza dans l'histoire de la pens&#233;e. Ces th&#232;ses sont profond&#233;ment nouvelles, mais ce qu'elles nous font voir, c'est d'abord la nouveaut&#233; de Spinoza lui-m&#234;me, au sens d'une &#171; philosophie de l'avenir &#187;. Elles montrent le r&#244;le fondateur de la politique dans la philosophie de Spinoza. Notre premi&#232;re t&#226;che devrait &#234;tre d'appr&#233;cier la port&#233;e de ces th&#232;ses, et de comprendre ce que Negri a ainsi trouv&#233; dans Spinoza, ce en quoi il est authentiquement et profond&#233;ment spinoziste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Negri, &lt;i&gt;L'anomalie sauvage&lt;/i&gt;, PUF, 1982&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eric ALLIEZ, &lt;a href='https://caute.lautre.net/Spinoza-au-dela-de-Marx-par-Eric-Alliez' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;Spinoza au-del&#224; de Marx&#034;, par Eric Alliez&lt;/a&gt;, Critique, ao&#251;t-sept. 1981, n&#176; 411-412, pp. 812-821, analyse excellemment cette antith&#232;se.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; A. Negri, &lt;i&gt;L'anomalie sauvage&lt;/i&gt;, trad. Fran&#231;ois Matheron, P.U.F., 1982, pp.9-12.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> &#034;Spinoza pr&#233;sent&#034; (Pr&#233;face &#224; l'Anomalie sauvage, de Negri), par Pierre Macherey</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Spinoza-present-Preface-a-l-Anomalie-sauvage-de-Negri-par-Pierre-Macherey</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Spinoza-present-Preface-a-l-Anomalie-sauvage-de-Negri-par-Pierre-Macherey</guid>
		<dc:date>2004-05-28T16:01:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Macherey, Pierre</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Un je ne sais quoi de disproportionn&#233; et de surhumain &#187; : c'est ainsi qu'A. Negri caract&#233;rise l'aventure th&#233;orique dans laquelle Spinoza s'est engag&#233; ; et il restitue dans toute sa force sa virulence exceptionnelle d'&#233;v&#233;nement qui, faisant irruption dans le temps, en brise l'apparente continuit&#233; et, par cette provocante d&#233;mesure, nous appelle nous-m&#234;mes &#224; revenir au mouvement d'o&#249; elle surgit. Nous pourrions reprendre les m&#234;mes termes pour pr&#233;senter l'interpr&#233;tation qu'il nous donne de (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Un je ne sais quoi de disproportionn&#233; et de surhumain &#187; : c'est ainsi qu'A. Negri caract&#233;rise l'aventure th&#233;orique dans laquelle Spinoza s'est engag&#233; ; et il restitue dans toute sa force sa virulence exceptionnelle d'&#233;v&#233;nement qui, faisant irruption dans le temps, en brise l'apparente continuit&#233; et, par cette provocante d&#233;mesure, nous appelle nous-m&#234;mes &#224; revenir au mouvement d'o&#249; elle surgit. Nous pourrions reprendre les m&#234;mes termes pour pr&#233;senter l'interpr&#233;tation qu'il nous donne de cette exp&#233;rience, car sa puissance sauvage bouleverse les cadres ordinaires &#224; travers lesquels se comprend une philosophie, et non seulement celle de Spinoza : elle nous force &#224; la relire selon une perspective renversante, et nous fait d&#233;couvrir, &#224; la place de cette doctrine que nous croyions bien conna&#238;tre, rang&#233;e dans le r&#233;pertoire immuable des syst&#232;mes, &#171; une pens&#233;e vivante &#187;, qui appartient effectivement &#224; l'histoire, &#224; notre histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela signifie, concevoir Spinoza comme un penseur historique ? Cela veut d'abord dire, &#233;videmment, l'exposer dans son temps, dans cette Hollande de la seconde moiti&#233; du dix-septi&#232;me si&#232;cle, elle-m&#234;me en rupture avec l'ordre &#233;conomique, politique et id&#233;ologique du monde f&#233;odal, en avant duquel elle invente les formes d'une soci&#233;t&#233; nouvelle, avec les modes de production, d'&#233;change et de conscience qui lui correspondent : c'est dans &#171; cet extraordinaire champ de production m&#233;taphysique &#187; que Spinoza intervient en &#339;uvrant lui-m&#234;me des concepts et des mani&#232;res de raisonner qui lui permettent de contribuer &#224; ce processus de transformation. Mais, de ce temps en r&#233;volte contre son temps, et contre le temps, il faut lui-m&#234;me qu'il s'&#233;carte, pour se projeter vers un autre temps, qui n'est plus seulement le sien mais aussi le n&#244;tre. Negri, parlant de la constitution politique du r&#233;el par Spinoza, qui est l'aboutissement de toute sa pens&#233;e, dit son &#171; extraordinaire modernit&#233; &#187; : si cette philosophie est une a philosophie de l'avenir &#187;, c'est parce qu'elle est &#171; dans une d&#233;termination qui d&#233;passe les limites du temps historique &#187;. Spinoza repr&#233;sente son temps dans la mesure o&#249; il exc&#232;de les limites d'une simple actualit&#233; : c'est ce qui lui permet d'exister, pour nous aussi, non seulement au pass&#233; mais au pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il faut lire Spinoza au pr&#233;sent. Cela veut-il dire qu'on doit l'actualiser, c'est-&#224;-dire le transposer dans une autre actualit&#233;, qui serait la n&#244;tre, le r&#233;cup&#233;rer pour notre temps &#224; travers une interpr&#233;tation r&#233;currente, n&#233;cessairement r&#233;ductrice ? Nullement, car cette actualit&#233; n'est pas le pr&#233;sent de Spinoza, qui fait que, en son temps comme dans le n&#244;tre, il est toujours pr&#233;sent : or cette pr&#233;sence n'est pas celle d'une permanence intemporelle, mais celle d'une histoire qui, dans la mesure o&#249; elle garde un sens, poursuit irr&#233;sistiblement sa marche en avant en lui et en nous. Qu'est-ce qui est toujours pr&#233;sent, ou si l'on veut &#171; &#233;ternel &#187;, dans la pens&#233;e de Spinoza ? C'est son historicit&#233;, c'est-&#224;-dire cette puissance immanente qui l'emporte au-del&#224; du cadre arr&#234;t&#233; d'une actualit&#233; donn&#233;e, et d'o&#249; aussi elle tire sa productivit&#233; th&#233;orique. Spinoza n'est pas dans l'histoire, comme un point immobile sur une trajectoire qui se d&#233;roulerait en dehors de lui, mais c'est l'histoire qui continue en lui son mouvement, le projetant vers cet avenir qui est aussi son pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Negri nous fait d&#233;couvrir Spinoza apr&#232;s Spinoza, passant d'une &#171; premi&#232;re fondation &#187; &#224; une &#171; seconde fondation &#187;. Spinoza apr&#232;s Spinoza, ce n'est pas Spinoza d'apr&#232;s Spinoza, renvoy&#233; &#224; lui-m&#234;me, et en quelque sorte repli&#233; sur lui-m&#234;me, dans la jubilation sp&#233;culative, et sp&#233;culaire, de son identit&#233; imaginaire &#224; soi : identit&#233; dans laquelle les commentateurs trouvent leur satisfaction et leur apaisement, par la saisie d&#233;finitive d'une structure achev&#233;e, qu'ils nomment &#171; syst&#232;me &#187;. Cette structure, Negri la fait imploser en affirmant la &#171; d&#233;mesure &#187; de l'&#339;uvre de Spinoza, qui d&#233;borde le cadre strict dans lequel on cherche &#224; la ramener. Car une philosophie c'est toute une histoire, avec laquelle on n'a pas fini de compter, et qu'on ne se lasse pas de raconter, s'il s'agit d'une pens&#233;e vivante, dont le processus ne cesse de s'accomplir &#224; travers les limites qui le constituent puisque son existence m&#234;me les remet en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation que Negri nous propose de la philosophie spinoziste est bouleversante parce qu'elle en r&#233;v&#232;le la processivit&#233;, qui dans son ordre propre la met en mouvement et la d&#233;place. Or cette processivit&#233; est immanente, elle correspond &#224; &#171; la maturation interne de la pens&#233;e de Spinoza &#187; : elle ne r&#233;sulte pas de la pression des circonstances ext&#233;rieures, d'une histoire objective et ind&#233;pendante qui en infl&#233;chirait l'orientation, mais elle est la cons&#233;quence d'une &#171; crise &#187;, que la philosophie partage avec son temps, vis-&#224;-vis de laquelle elle d&#233;veloppe son propre projet et constitue elle-m&#234;me son objet. Ainsi &#171; la d&#233;mesure ne vient pas tant de la (relative) disproportion entre ce projet et une p&#233;riode de crise, que de la forme absolue d'organisation imprim&#233;e par la conscience de la crise au projet de la surmonter &#187; : sa dimension politique, la m&#233;taphysique spinoziste ne la re&#231;oit pas d'un coup de force arbitraire, mais de cette violence qu'elle se fait &#224; elle-m&#234;me, qui la contraint &#224; reconstruire tout son &#233;difice. Dans un des chapitres les plus extraordinaires de son livre, Negri lit le &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt;, non apr&#232;s l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; ou &#224; c&#244;t&#233; d'elle, mais dans l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire dans l'intervalle que creuse en elle la &#171; disproportion &#187; de son raisonnement et de ses concepts : il montre ainsi comment la th&#233;orie politique joue le r&#244;le d'un op&#233;rateur m&#233;taphysique, puisqu'elle est &#224; la fois le sympt&#244;me et l'agent de sa transformation. &#171; Mesure et d&#233;mesure de l'exigence spinoziste : la th&#233;orie politique absorbe et projette cette anomalie dans la pens&#233;e m&#233;taphysique. La m&#233;taphysique, post&#233;e aux premi&#232;res lignes de la lutte politique, englobe la proportion disproportionn&#233;e, la mesure d&#233;mesur&#233;e propre &#224; l'ensemble de l'&#339;uvre de Spinoza &#187;. Si la philosophie de Spinoza n'est pas seulement de l'ordre de la th&#233;orie, mais aussi de la pratique, c'est dans la mesure o&#249;, se disjoignant d'elle-m&#234;me, elle d&#233;couvre dans son syst&#232;me l'urgente n&#233;cessit&#233; de le transgresser. Cette maturation interne n'est pas un d&#233;veloppement continu : comme nous l'avons dit, elle proc&#232;de d'une &#171; crise &#187;, crise d'un temps qui est aussi crise de la pens&#233;e, et provoque en elle ce d&#233;calage interne qui est &#224; la fois coupure th&#233;orique et fracture pratique. &#171; Le temps historique se coupe du temps r&#233;el de la philosophie. La d&#233;mesure, rendue consciente d'elle-m&#234;me par la crise, r&#233;organise les termes de son projet. Et elle se d&#233;finit comme telle, justement, par diff&#233;rence, par coupure &#187;. En prenant distance par rapport &#224; son temps et &#224; lui-m&#234;me, en proc&#233;dant &#224; &#171; une refondation m&#233;taphysique de son syst&#232;me &#187;, qui le conduit &#224; &#171; mettre en crise le processus de production des choses &#224; partir des essences &#187;, et ainsi donne lieu &#224; son nouveau projet constitutif, Spinoza op&#232;re &#171; un saut logique d'une incalculable port&#233;e &#187;. Si sa pens&#233;e est efficace et vraie, donc toujours pr&#233;sente, c'est parce qu'elle est anim&#233;e par une telle volont&#233; de rompre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En se redoublant de cette scission, la philosophie fait retour sur elle-m&#234;me, non point pour se refermer sur la certitude r&#233;concili&#233;e de son syst&#232;me, mais pour s'ouvrir &#224; la tension et au risque de son projet. Lorsqu'au niveau de la &#171; seconde fondation &#187;, dans les passages du livre V de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;consacr&#233;s &#224; la connaissance du troisi&#232;me genre, Negri retrouve les &#233;l&#233;ments de la &#171; premi&#232;re fondation &#187;, dont s'&#233;tayaient les livres I et II, il interpr&#232;te cette r&#233;p&#233;tition, en un sens tr&#232;s proche de celui que lui donnerait la technique analytique, comme &#171; un incident &#224; fonction cathartique &#187;. &#171; Nous assistons &#224; la reproduction de la c&#233;sure th&#233;orique de la pens&#233;e de Spinoza, simul&#233;e pour &#234;tre sublim&#233;e &#187;, &#171; comme pour inscrire d&#233;finitivement une diff&#233;rence au c&#339;ur de la continuit&#233; d'une exp&#233;rience &#187;, dans une sorte de &#171; drame didactique &#187;. En affrontant une telle &#233;preuve, la philosophie atteint le r&#233;el, conquiert une r&#233;alit&#233; : elle s'effectue &#224; travers ce mouvement qui l'ext&#233;riorise en elle-m&#234;me, non dans une perspective h&#233;g&#233;lienne de r&#233;solution, mais jusqu'&#224; la manifestation de cet &#233;cart insurmontable qui donne lieu &#224; l'histoire pour qu'elle s'y av&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la production d'une telle v&#233;rit&#233; que tend toute la pens&#233;e de Spinoza, qui n'est pas seulement pour Negri pens&#233;e th&#233;orique du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, dont la notion est formul&#233;e au moment m&#234;me o&#249; la doctrine entre en crise, dans le livre III de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, mais aussi pratique v&#233;cue du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, en tant que celui-ci exprime le d&#233;s&#233;quilibre dynamique d'un &#233;tat momentan&#233; qui se projette vers un avenir n&#233;cessaire. &#171; Rien &#224; voir avec une essence finalis&#233;e : le &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; au contraire est lui-m&#234;me acte, donn&#233;, &#233;mergence consciente de l'existant non finalis&#233; &#187;. &#171; L'existence pose l'essence, de mani&#232;re dynamique et constitutive ; la pr&#233;sence pose donc la tendance : la philosophie, d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, penche vers l'avenir &#187;. Au moment m&#234;me o&#249; elle forge l'id&#233;e du d&#233;s&#233;quilibre, la philosophie de Spinoza se lance dans la br&#232;che qui est ainsi perc&#233;e, et bascule vers ce pr&#233;sent qui outrepasse sa simple actualit&#233;. Cette co&#239;ncidence, remarquons-le, fait probl&#232;me : soudant &#233;troitement la doctrine &#224; elle-m&#234;me, dans la fusion d'une th&#233;orie et d'une pratique, &#224; laquelle nous ne pouvons plus que nous identifier, ne rappelle-t-elle pas l'illusion d'une t&#233;l&#233;ologie immanente du vrai, garante de son sens et de son unit&#233; ? Ceci est la question que nous pourrions nous-m&#234;mes poser &#224; Negri.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, avant de chercher une r&#233;ponse &#224; cette question, laissons-nous d'abord envahir par la tension irr&#233;sistible d'une lecture d&#233;vastatrice, qui pousse le discours de Spinoza jusqu'&#224; l'extr&#234;me limite de ce qu'il peut, &#171; comme si, apr&#232;s une longue accumulation de forces, un orage terrifiant &#233;tait sur le point d'&#233;clater &#187;. &#201;coutons l'orage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; A. Negri, &lt;i&gt;L'anomalie sauvage&lt;/i&gt;, trad. Fran&#231;ois Matheron, P.U.F., 1982, pp.13-16.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Les lois de l'ob&#233;issance : sur la th&#233;orie spinoziste des transferts de droits&#034;, par Christian Lazzeri</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Les-lois-de-l-obeissance-sur-la-theorie-spinoziste-des-transferts-de-droits-par</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Les-lois-de-l-obeissance-sur-la-theorie-spinoziste-des-transferts-de-droits-par</guid>
		<dc:date>2004-05-10T14:33:24Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lazzeri, Christian</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Qu'est-ce que transf&#233;rer un droit ? Qu'est-ce que placer le pouvoir dont on dispose - ou une partie de celui-ci - sous la d&#233;pendance d'autrui qui acquiert ainsi la capacit&#233; d'en assumer la direction ? A cette question, qu'elle demeure confin&#233;e dans la sph&#232;re des rapports interindividuels ou qu'elle s'&#233;tende &#224; la constitution d'un corps politique, il a &#233;t&#233; souvent r&#233;pondu par la distinction de l'ob&#233;issance de droit et de la soumission de fait : la premi&#232;re relevant d'un ordre normatif dont le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce que transf&#233;rer un droit ? Qu'est-ce que placer le pouvoir dont on dispose - ou une partie de celui-ci - sous la d&#233;pendance d'autrui qui acquiert ainsi la capacit&#233; d'en assumer la direction ? A cette question, qu'elle demeure confin&#233;e dans la sph&#232;re des rapports interindividuels ou qu'elle s'&#233;tende &#224; la constitution d'un corps politique, il a &#233;t&#233; souvent r&#233;pondu par la distinction de l'ob&#233;issance de droit et de la soumission de fait : la premi&#232;re relevant d'un ordre normatif dont le concept d'obligation juridique est le centre, la seconde, r&#233;duite &#224; un ensemble de d&#233;pendances factuelles dont la contingence et l'instabilit&#233; constituent les caract&#233;ristiques principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force et l'originalit&#233; de la th&#233;orie politique spinoziste consistent &#224; refuser cette alternative en chacun de ses termes et &#224; lui substituer une analyse des diff&#233;rents types de transferts de droit et de leurs transformations r&#233;gl&#233;es &#224; partir de la conjonction entre la th&#233;orie des passions d&#233;velopp&#233;e au livre III de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;et une d&#233;finition du droit qui le r&#233;duit purement et simplement &#224; la puissance. Cette th&#233;orie dont la valeur et la port&#233;e demeurent intactes peut &#234;tre expos&#233;e en trois temps : le premier est consacr&#233; &#224; l'analyse du concept spinoziste de droit, le second examine les questions li&#233;es aux conditions du transfert de droit, le troisi&#232;me en fournit une d&#233;finition et analyse ses diff&#233;rentes formes en rapport avec la th&#233;orie des passions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but du chapitre II du &lt;i&gt;Trait&#233; politique, &lt;/i&gt;Spinoza d&#233;finit le concept du droit de fa&#231;on d&#233;monstrative au moyen de sept propositions explicitement r&#233;f&#233;r&#233;es au &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique &lt;/i&gt;et &#224; l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ L'existence et la pers&#233;v&#233;rance dans l'&#234;tre des choses naturelles ne sont pas comprises dans leur essence et ne peuvent, en cons&#233;quence, s'en d&#233;duire. Or, toute chose qui existe et agit est n&#233;cessairement d&#233;termin&#233;e &#224; le faire par sa puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#167; 2 (dor&#233;navant cit&#233; TP). La trad. cit&#233;e est celle de P.-F. Moreau, Ed. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; donc&lt;br /&gt;
2/ La puissance par laquelle les choses naturelles sont n&#233;cessairement d&#233;termin&#233;es &#224; exister et &#224; agir est la puissance m&#234;me de Dieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'effort &lt;i&gt;(conatus) &lt;/i&gt;par lequel chaque chose pers&#233;v&#232;re dans son &#234;tre exprime donc directement la puissance de Dieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., et &#201;thique, 1, prop. 25, et III, prop. 6.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
3/ Le droit de Dieu s'identifie &#224; sa puissance en tant qu'on la consid&#232;re comme absolument libre d&#232;s lors qu'il produit tout ce qu'il peut selon la n&#233;cessit&#233; int&#233;rieure du d&#233;ploiement de son essence sans que rien d'ext&#233;rieur ne le contraigne &#224; agir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, &#167;&#167; 3, 7, et &#201;thique, I, prop. 17, coroll.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
4/ Selon la proposition 2/ la puissance de Dieu s'exprime dans le &lt;i&gt;conatus &lt;/i&gt;de toute chose naturelle ; or, sa puissance s'&#233;tend &#224; la totalit&#233; des choses naturelles, donc il poss&#232;de un droit sur toute choses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, &#167; 3.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
5/ Il en r&#233;sulte que chaque chose naturelle tient de la puissance de Dieu autant de droit qu'elle a elle-m&#234;me de puissance pour exister et pour agir, &#171; car la puissance de chaque chose naturelle par laquelle elle existe et agit n'est rien d'autre que la puissance de Dieu &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique, &lt;/i&gt;Spinoza avait formul&#233;, d&#232;s le d&#233;but du chapitre XVI, une d&#233;finition du droit naturel identifi&#233; aux r&#232;gles (lois naturelles) suivant lesquelles nous concevons chaque &#234;tre comme d&#233;termin&#233; &#224; exister et &#224; agir d'une certaine mani&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trait&#233; th&#233;ologico politique, &#233;d. GF, p. 261 (dor&#233;navant cit&#233; TTP).&#034; id=&#034;nh3-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette d&#233;finition &#233;tait d&#233;velopp&#233;e et expliqu&#233;e par l'identification du droit de Dieu &#224; sa puissance &#233;tendue &#224; toute chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et par l'identification directe, cette fois-ci, de la puissance de la nature &#224; la puissance m&#234;me de Dieu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'o&#249; il d&#233;coule que la nature &#233;tend son droit souverain aussi loin que sa puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais comme la nature universelle se r&#233;duit &#224; l'ensemble des individus naturels, il en r&#233;sulte que chaque individu naturel &#233;tend son droit &#224; tout ce &#224; quoi s'&#233;tend sa puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Suivait alors la d&#233;finition du contenu du terme &#171; loi &#187;, pris dans son universalit&#233;. Il d&#233;signe la loi supr&#234;me de la nature qui est que chaque chose s'efforce de pers&#233;v&#233;rer dans son &lt;i&gt;&#233;tat &lt;/i&gt;(Spinoza n'a pas encore construit le concept de &lt;i&gt;conatus) &lt;/i&gt;autant qu'il est en elle, sans tenir compte des autres choses, mais seulement d'elle-m&#234;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 262.&#034; id=&#034;nh3-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, le chapitre IV du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt; d&#233;finit une loi de nature comme la r&#232;gle de production des cons&#233;quences de la d&#233;finition d'un objet ou des effets d'une nature&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 85.&#034; id=&#034;nh3-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et cette loi est &lt;i&gt;n&#233;cessaire &lt;/i&gt;(d'une &#171; n&#233;cessit&#233; de nature &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, parce que les cons&#233;quences ou les effets suivent n&#233;cessairement de la d&#233;finition ou de la nature pos&#233;e. D'autre part, les lois de la nature sont &lt;i&gt;universelles, &lt;/i&gt;puisque toutes choses sont d&#233;termin&#233;es en vertu de ces lois &#224; exister et &#224; agir d'une certaine mani&#232;re bien d&#233;termin&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, selon la d&#233;finition de la &#171; loi supr&#234;me de la nature &#187;, chacun s'efforce n&#233;cessairement de pers&#233;v&#233;rer dans son &#233;tat, en ne tenant compte que de soi-m&#234;me et il ne peut faire autrement, c'est-&#224;-dire que sa puissance (ou son droit) n'est autre que sa puissance (ou son droit) d'exister et d'agir, en tant qu'il y est n&#233;cessairement d&#233;termin&#233; par les lois de sa nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique, &lt;/i&gt;Spinoza ne part pas de la d&#233;finition du droit naturel qui ouvre le chapitre XVI du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, mais il y aboutit car de ce qu'on vient juste d'&#233;tablir, et de 4 / et 5 /, il d&#233;coule en effet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6/ Que le droit ou la puissance de la nature n'est autre que &#171; la production r&#233;gl&#233;e de toute chose &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, &#167; 4.&#034; id=&#034;nh3-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ou les r&#232;gles (&#171; les lois m&#234;mes de la nature &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par quoi elles sont d&#233;termin&#233;es &#224; exister et &#224; agir.&lt;br /&gt;
7/ Et comme la nature est compos&#233;e d'individus, le droit de chaque individu s'&#233;tend aussi loin que la puissance d'exister et d'agir en tant qu'il y est d&#233;termin&#233; par les &#171; lois de sa propre nature &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#167; 5 du chapitre II du &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, comme les chapitres IV et XVI du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt; nous apprennent ce que l'on doit exactement entendre par &#171; lois de la nature &#187;, lorsque l'on applique le contenu de la proposition 7/ &#224; &lt;i&gt;l'individu humain. &lt;/i&gt;On a vu que le chapitre IV du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt; d&#233;finit une loi de nature comme la r&#232;gle de production n&#233;cessaire des cons&#233;quences de la d&#233;finition d'un objet ou des effets d'une nature, mais cette d&#233;finition enveloppe deux cas :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Lorsque, de la nature d'un &#234;tre, il d&#233;coule un effet ou une s&#233;rie d'effets, d&#232;s lors que celle-ci est affect&#233;e par une cause ext&#233;rieure selon un rapport n&#233;cessaire et constant, on a affaire &#224; une loi de la nature. C'est ainsi que la loi de contigu&#239;t&#233; des images par laquelle, lorsqu'un homme est affect&#233; simultan&#233;ment par deux objets, le souvenir de l'un rappelle le souvenir de l'autre est une &lt;i&gt;loi de la nature humaine&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, IV, p. 85.&#034; id=&#034;nh3-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;en tant qu'elle est affect&#233;e par des causes externes. Il en va de m&#234;me des affections &lt;i&gt;(affectus) &lt;/i&gt;humaines qui r&#233;sultent de l'augmentation ou de la diminution de la puissance de l'&#226;me selon ses lois propres sous l'effet de causes ext&#233;rieures qui agissent selon un strict d&#233;terminisme&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, pr&#233;f., IV, 4, coroll. ; TP, II, &#167; 5.&#034; id=&#034;nh3-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;
2/ Lorsqu'un homme est d&#233;termin&#233; &#224; conserver son &#234;tre par la production d'id&#233;es ad&#233;quates qui l'auto-affectent positivement et augmentent sa puissance de penser et d'agir, on peut dire qu'agissant selon la raison pour r&#233;aliser son utile propre, il agit par &lt;i&gt;vertu &lt;/i&gt;ou &lt;i&gt;par les lois de sa nature propre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., IV, d&#233;f. 8, prop. 24 ; TTP, IV, p. 87-88 ; TP, II, &#167;&#167; 4, 7-8&#034; id=&#034;nh3-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; (ex legibus suae naturae) &lt;/i&gt;puisque rien d'ext&#233;rieur ne le contraint ou ne le d&#233;termine &#224; produire de tels effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le contenu de la proposition 7/ ne porte-t-il pas &#224; conclure, lorsqu'on l'applique aux hommes, que le droit de chacun s'&#233;tend aussi loin que sa puissance d'exister et d'agir selon les lois de la raison pour pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre ? En cons&#233;quence, le droit naturel individuel d&#233;pendrait de l'aptitude des individus &#224; vivre selon de telles lois dans la recherche de l'utile propre et seuls les sages disposeraient pleinement d'un tel droit. Et sans doute, ceux qui agissent selon les lois de la raison satisfont-ils pleinement &#224; la d&#233;finition de celui-ci, mais il n'en r&#233;sulte pas, &#224; l'inverse, que les ignorants en soient exclus. Toutes leurs actions, en effet, s'expliquent par leur &lt;i&gt;conatus, &lt;/i&gt;mais en ce que celui-ci est principalement modifi&#233; par des causes ext&#233;rieures qui d&#233;terminent son orientation et sa puissance. Or, comme celui du sage, le &lt;i&gt;conatus &lt;/i&gt;de l'ignorant exprime la puissance de la nature. Et de l'essence de celle-ci, consid&#233;r&#233;e comme un individu, d&#233;coule n&#233;cessairement une infinit&#233; de lois qui r&#232;glent les rapports de toutes les choses naturelles. Donc la puissance de la nature s'exprime dans la production r&#233;gl&#233;e de toute chose y compris la d&#233;termination du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; de l'ignorant sous l'aspect de sa direction et de sa quantit&#233; de puissance en rapport avec tous les autres modes de la nature. Le droit de l'ignorant s'&#233;tend donc aussi loin que sa puissance d'exister et d'agir et par cons&#233;quent, le droit naturel de chaque individu ne se d&#233;finit pas par la raison mais bien par &#171; le d&#233;sir et la puissance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVI, p. 262.&#034; id=&#034;nh3-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le concept de loi de nature enveloppe ainsi les deux acceptions qu'on vient d'&#233;tablir et l'on doit, dans la proposition 7/, compl&#233;ter &#171; lois de sa propre nature &#187; par &#171; en tant qu'elles peuvent &#234;tre modifi&#233;es par des causes ext&#233;rieures n&#233;cessairement r&#233;gl&#233;es &#187;, ce que fait Spinoza au &#167; 5 du chapitre II du TP&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, &#167; 5 : &#171; L'homme, qu'il soit conduit par la raison ou le seul d&#233;sir, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En introduisant le concept de loi de nature dans la d&#233;finition du droit, Spinoza &#233;tablit ainsi que le droit naturel de tout individu, loin de demeurer identique, subit des &lt;i&gt;variations produites et d&#233;termin&#233;es par les lois naturelles &lt;/i&gt;&#224; l'&#233;chelle de la nature enti&#232;re. Chaque individu s'efforce &#224; tout moment de faire tout ce qui est en son pouvoir pour pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre, &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;mais selon que les causes ext&#233;rieures qui agissent sur lui favorisent ou entravent cette puissance, celle-ci augmente ou diminue&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 11.&#034; id=&#034;nh3-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et en cons&#233;quence le droit de l'individu varie selon que les rencontres qu'il fait lui sont ou non favorables. Or les causes ext&#233;rieures d&#233;favorables peuvent modifier le &lt;i&gt;conatus &lt;/i&gt;individuel au point que ce d&#233;sir de pers&#233;v&#233;rer dans l'&#234;tre se transforme en son contraire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., IV, prop. 20, scolie.&#034; id=&#034;nh3-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; mais, m&#234;me dans une situation de ce genre o&#249; la puissance individuelle est &#224; son degr&#233; le plus bas, l'individu n'en continue pas moins &#224; faire n&#233;cessairement tout ce qu'il peut et il en a le droit. Ainsi, rien de ce que nous pouvons faire ne peut &#234;tre tenu pour ill&#233;gitime parce que nous le faisons en fonction des lois naturelles. Quelles cons&#233;quences d&#233;coulent d'une telle d&#233;finition ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a) &lt;/i&gt;L'identification spinoziste du droit &#224; la puissance &#233;limine toute possibilit&#233; de penser le droit au-del&#224; ou ind&#233;pendamment de la puissance qu'on poss&#232;de &lt;i&gt;effectivement &lt;/i&gt;comme le faisaient encore ses pr&#233;d&#233;cesseurs imm&#233;diats, Grotius et Hobbes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. A. Matheron, &#171; Le droit du plus fort, Hobbes contre Spinoza &#187;, in Revue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce dernier, au chapitre XIV du &lt;i&gt;L&#233;viathan, &lt;/i&gt;avait d&#233;fini le droit naturel : &#171; La libert&#233; qu'a chacun d'user comme il le veut de son pouvoir propre pour la pr&#233;servation de sa propre nature, autrement dit de sa propre vie et en cons&#233;quence de faire tout ce qu'il consid&#233;rera selon son jugement et sa raison propres comme le moyen le mieux adapt&#233; &#224; cette fin &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ed. Sirey, trad. Tricaud, p. 128.&#034; id=&#034;nh3-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quels que soient les obstacles qui peuvent emp&#234;cher chacun d'utiliser ses pouvoirs naturels ou instrumentaux, la libert&#233; de vouloir utiliser ces pouvoirs demeure&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hobbes compl&#232;te en effet sa d&#233;finition du droit en posant que les obstacles (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Distincte de la puissance factuelle de chacun, elle lui permet de disposer d'un droit sur &lt;i&gt;toute chose, &lt;/i&gt;ind&#233;pendamment de ses capacit&#233;s r&#233;elles et &#233;chappe ainsi aux cat&#233;gories de la physique du &lt;i&gt;De Corpore, &lt;/i&gt;qui &#233;tudie justement les conditions effectives sous lesquelles un corps exerce sa puissance ou en est emp&#234;ch&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour le droit sur toute chose, L&#233;v., XIV, p. 129 ; pour la th&#233;orie de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le droit naturel hobb&#233;sien n'a aucun fondement dans sa physique. En identifiant le droit &#224; la puissance, Spinoza simplifie radicalement la position de Hobbes : nul, en effet, n'a plus de droit qu'il n'a de puissance factuelle, le droit se superpose exactement au fait ; tout ce que nous faisons, nous avons le droit de le faire, mais cette superposition, parce que notre puissance d'exister et d'agir est n&#233;cessairement d&#233;termin&#233;e, implique que tout ce que nous ne faisons pas, nous n'avons pas le droit de le faire : soit parce que nous ne le voulons pas et nous y sommes d&#233;termin&#233;s par les lois de la nature, soit parce que, bien que nous le voulions, nous ne le pouvons pas du fait que des causes ext&#233;rieures dont la puissance surpasse la n&#244;tre nous en emp&#234;chent, toujours selon les lois de la nature. Et elles ont autant le droit de le faire que nous en sommes d&#233;pourvus. Nul n'a donc de droit sur ce qu'il ne peut faire ou, en d'autres termes, n'est interdit que ce qu'on ne peut r&#233;aliser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVI, p. 263.&#034; id=&#034;nh3-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est ainsi, par exemple, qu'un souverain peut contraindre ses sujets &#224; faire ou ne pas faire une action donn&#233;e. Comme il a plus de puissance que chacun d'eux pris s&#233;par&#233;ment, ils n'auront pas le droit de faire cette action, mais ils peuvent, en retour, le ha&#239;r et ils en auront autant le droit qu'il est d&#233;pourvu de la puissance d'emp&#234;cher directement cette affection&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., XVII, p. 277, XX, p. 327-330 ; TP, II, &#167; 15.&#034; id=&#034;nh3-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et si, en cons&#233;quence de cette affection, les sujets d&#233;cident collectivement de ne plus ob&#233;ir au souverain, d&#232;s lors qu'ils ont plus de puissance que lui ils en auront le droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si, cependant, on disposait ant&#233;rieurement d'un droit sur une chose, il n'est pas exclu que, n'en disposant plus, on puisse continuer &#224; penser qu'il existe encore. Puisque l'on d&#233;sire toujours poss&#233;der la chose, ce d&#233;sir s'&#233;tend au-del&#224; de ce que l'on peut et risque d'engendrer l'illusion que ; le droit sur la chose ne d&#233;pend plus de cette puissance, mais du pouvoir en g&#233;n&#233;ral qu'on aurait de la poss&#233;der si rien ne s'y opposait. Mais ce droit, &#233;videmment, &#171; est plus imaginaire que r&#233;el puisqu'on n'a aucune fa&#231;on s&#251;re de le faire pr&#233;valoir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, &#167; 15.&#034; id=&#034;nh3-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Telle est, sans doute, pour Spinoza, l'illusion qui sous-tend la conception hobb&#233;sienne du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; La loi naturelle qui d&#233;termine les variations et les limites du droit est strictement &lt;i&gt;immanente &lt;/i&gt;&#224; la production des effets qui en d&#233;coulent ; elle ne peut donc appara&#238;tre, &#224; la mani&#232;re de Hobbes, comme un &#171; th&#233;or&#232;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;viathan, XV, p. 160 ; De Cive, XVII, &#167; 13.&#034; id=&#034;nh3-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une &#171; r&#232;gle g&#233;n&#233;rale d&#233;couverte par la raison (...) qui interdit aux gens de faire ce qui m&#232;ne &#224; la destruction de leur vie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., XIV, p. 128.&#034; id=&#034;nh3-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La d&#233;finition hobb&#233;sienne du droit naturel exclut en effet de la sph&#232;re du droit toute utilisation de moyens qui ne se ferait pas en vue de la conservation de soi, quand bien m&#234;me on aurait la libert&#233; physique d'y recourir. Mais le jugement &#233;tant lui-m&#234;me un moyen, il est exclu que nous l'utilisions pour d&#233;cider qu'une action manifestement contraire &#224; notre conservation puisse &#234;tre faite en vue de cette fin : cela est impossible, nous n'en avons donc pas la libert&#233; et par cons&#233;quent pas le droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Matheron, op. cit., p. 162.&#034; id=&#034;nh3-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette limitation de notre libert&#233; de choisir n'importe quel moyen pour notre conservation et qui d&#233;coule de la d&#233;finition m&#234;me du droit, c'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment &lt;i&gt;l'obligation &lt;/i&gt;que nous fait la loi naturelle de faire ce qui pr&#233;serve notre vie et de nous abstenir du contraire. Sans doute, cette loi est-elle conditionnelle, au moins pour ce qui rel&#232;ve de notre comportement envers les autres : elle ne peut nous obliger &#224; recourir &#224; tel moyen ou nous l'interdire que dans la mesure o&#249; cette action ou cette abstention d'action ne constituent pas un danger pour notre conservation. Or il existe au moins une situation dans laquelle, si aucune garantie ne nous est donn&#233;e concernant le comportement d'autrui, nous ne pouvons faire inconditionnellement ce que prescrit la loi naturelle &#224; son &#233;gard : cette situation est l'&#233;tat de nature. La guerre universelle qui y pr&#233;vaut ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e par nous comme le meilleur moyen de pr&#233;server notre vie. C'est pourquoi la premi&#232;re loi naturelle nous oblige &#224; rechercher la paix en renon&#231;ant &#224; notre droit sur toute chose&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., XIV, p. 129.&#034; id=&#034;nh3-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais rien ne nous assure r&#233;ellement qu'il en ira de m&#234;me pour autrui sur ce dernier point, m&#234;me s'il le d&#233;clare express&#233;ment. C'est pourquoi cette loi ne nous oblige que lorsque nous jugeons les garanties offertes par autrui comme suffisantes, ce dont personne d'ext&#233;rieur &#224; nous ne peut juger &#224; notre place&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., XV, p. 158.&#034; id=&#034;nh3-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En ce sens, nul dans l'&#233;tat de nature n'est oblig&#233; d'appliquer les lois naturelles au &#171; for externe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais elles n'en obligent pas moins au &lt;i&gt;for interne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/i&gt;Chacun est tenu par elles de d&#233;sirer qu'elles prennent effet lorsque les conditions de leur application sont r&#233;unies ou de s'efforcer seulement de faire en sorte qu'elles le soient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ces conditions, c'est nous qui jugerons de la possibilit&#233; de leur r&#233;alisation et tant qu'elles ne seront pas consid&#233;r&#233;es comme possibles, nous pourrons continuer d'employer tous les moyens jug&#233;s n&#233;cessaires &#224; notre conservation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition spinoziste de la loi de nature qui admet, comme celle de Hobbes, qu'elle d&#233;termine l'extension du droit, identifie cependant son obligation &#224; la n&#233;cessit&#233; qui r&#233;git les variations de la puissance &#224; laquelle elle est immanente. R&#233;glant aussi bien la puissance du sage que celle de l'ignorant, elle ne se confond plus avec un pouvoir normatif de la raison, bien qu'elle puisse &#234;tre rationnellement comprise. Nous ne sommes donc pas oblig&#233;s en permanence de calculer les moyens l&#233;gitimes de notre conservation, mais seulement de faire ce que nous faisons, quoique nous fassions, au &lt;i&gt;moment m&#234;me &lt;/i&gt;o&#249; nous le faisons, parce que nous y sommes d&#233;termin&#233;s. Le concept d'obligation &#171; au for interne &#187; de Hobbes ne signifie plus rien pour Spinoza : si nous &#233;tions toujours oblig&#233;s en conscience par la premi&#232;re loi naturelle de Hobbes, nous nous efforcerions toujours de faire ce qu'elle prescrit, mais nous ne pourrions d&#233;sirer nous en abstenir au for externe &#224; tel ou tel moment parce que nous l'aurions jug&#233; opportun : c'est seulement la puissance de causes ext&#233;rieures qui nous en emp&#234;cherait. Pour admettre &#224; la fois et que cette loi continue &#224; nous obliger et que nous d&#233;sirons nous abstenir de l'appliquer dans telle ou telle circonstance, il faudrait admettre que nous sommes d&#233;termin&#233;s au m&#234;me moment &#224; faire deux choses incompatibles : mais en toute rigueur, nous ne serions oblig&#233;s &#224; rien puisque nous serions purement et simplement paralys&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Cf. &#201;th., III, prop. 17, scolie, qui &#233;tablit que deux affects oppos&#233;s dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois obtenues les d&#233;finitions du droit et de la loi naturels, il devient possible de d&#233;finir ce qu'est un transfert de droit. Mais pour pr&#233;ciser la position de Spinoza recourons une derni&#232;re fois &#224; celle de Hobbes, ce qui conduit &#224; soulever plusieurs questions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La position de Hobbes relative au transfert de droit est en parfait accord avec sa d&#233;finition du droit ou de la loi naturelle. Les chapitres X-XIII du &lt;i&gt;L&#233;viathan &lt;/i&gt;&#233;tablissent le fondement anthropologique du d&#233;sir de puissance : ils d&#233;duisent les raisons que nous pouvons avoir de d&#233;sirer acqu&#233;rir du pouvoir sur le plus grand nombre d'individus possible afin d'utiliser le leur pour nos propres fins. La d&#233;finition du droit du chapitre XIV &#233;tablit, dans un premier temps, que nous avons le droit &#224; une telle domination. Mais en pr&#233;cisant que ce droit n'est tel que s'il a pour cons&#233;quence effective notre conservation, cette m&#234;me d&#233;finition nous impose, dans un second temps, de ne pas utiliser nos pouvoirs pour une fin contraire &#224; celle-l&#224;. Or, comme leur utilisation d&#233;pend de notre volont&#233; et de notre jugement, nous devons renoncer &#224; la libert&#233; de disposer du pouvoir d'&#234;tre seuls juges des moyens de conserver notre vie, car nous pourrions choisir des moyens oppos&#233;s en &lt;i&gt;croyant &lt;/i&gt;qu'ils y conduisent (la loi naturelle, c'est justement le choix &lt;i&gt;objectif &lt;/i&gt;des moyens). Et puisqu'une telle libert&#233; d'utilisation d&#233;finit le droit naturel, cette renonciation &#233;quivaut &#224; un abandon de droit : non pas celui de nous conserver, car c'est physiquement et juridiquement impossible (par d&#233;finition), mais celui de choisir &#224; volont&#233; les moyens d'une telle fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet abandon de droit, c'est tr&#232;s exactement, pour Hobbes, la d&#233;finition du &lt;i&gt;transfert de droit &lt;/i&gt;qui se r&#233;v&#232;le ainsi purement &lt;i&gt;n&#233;gative. &lt;/i&gt;En effet, disposer d'un droit sur une chose ou sur une action consiste &#224; pouvoir s'opposer au pouvoir d'autrui de faire cette action ou de poss&#233;der cette chose selon sa volont&#233;. Que fait-on exactement lorsque l'on renonce &#224; un tel droit ? On se d&#233;fait de la libert&#233; d'emp&#234;cher autrui de profiter de son propre droit ou, ce qui revient au m&#234;me, on s'oblige &#224; ne plus s'opposer &#224; l'utilisation par autrui de ce droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., XIV, p. 130 ; De Cive, Il, &#167; 4.&#034; id=&#034;nh3-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant, comme dans l'&#233;tat de nature, chacun dispose d'un droit sur toute chose, abandonner notre droit ne conf&#232;re &#224; autrui rien de plus que ce dont il disposait d&#233;j&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Simplement, comme on vient de l'indiquer, nous &#233;liminons un obstacle &#224; la r&#233;alisation effective de son droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, abandonner un droit revient n&#233;cessairement &#224; l'ali&#233;ner &#224; autrui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hobbes distingue deux sortes d'abandon de droit : une renonciation pure et simple qui consiste &#224; abandonner ce (ou ces) droit d'opposition &#224; l'&#233;gard du droit de tous, puisque nul b&#233;n&#233;ficiaire particulier de cet abandon n'est d&#233;sign&#233;. Il suffit simplement de le signifier &#171; par un ou plusieurs signes suffisants et volontaires &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., ibid., p. 131 ; De Cive, II, &#167; 6.&#034; id=&#034;nh3-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, paroles ou actes. D'autre part, on peut abandonner un droit en le transmettant &#224; une ou plusieurs personnes d&#233;termin&#233;es au moyen des m&#234;mes signes non &#233;quivoques que pr&#233;c&#233;demment. Et s'il se fait que deux (ou plusieurs) individus renoncent &#224; leur droit les uns envers les autres, on aura affaire &#224; une transmission mutuelle de droit ou contrat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., ibid., p. 133 ; De Cive, II, &#167; 8.&#034; id=&#034;nh3-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux questions ne peuvent manquer de se poser dans le cadre de ce transfert mutuel :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Qu'est-il permis exactement (ou ce qui revient au m&#234;me qu'est-il interdit) de transf&#233;rer dans le cadre de ce contrat ? Et dans quelles conditions sommes-nous tenus de transf&#233;rer un droit ? Telle est la question de l'obligation contractuelle.&lt;br /&gt;
2/ Une fois ce transfert r&#233;alis&#233;, pourrions-nous vouloir utiliser &#224; nouveau ce &#224; quoi nous avons renonc&#233;, autrement dit, si elle existe, sur quoi se fonde l'obligation du respect des pactes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui rel&#232;ve de la premi&#232;re question, nous connaissons d&#233;j&#224; la r&#233;ponse de Hobbes : renoncer &#224; notre droit sur tout n'est pas renoncer &#224; tout droit. Lorsque l'on renonce &#224; un ou plusieurs droits que ce soit au b&#233;n&#233;fice de tous ou d'un co-contractant, c'est toujours en vue d'obtenir un bien relatif &#224; notre pr&#233;servation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., ibid., p. 131.&#034; id=&#034;nh3-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc inconcevable, tant au plan juridique qu'anthropologique, que la cons&#233;quence de cet abandon de droit soit pr&#233;cis&#233;ment la destruction de notre &#234;tre. Aussi est-il impossible &#224; quiconque d'ali&#233;ner &#224; quiconque le droit de r&#233;sister &#224; toute action dont le but ou l'effet serait une menace pour sa propre vie : le contrat, dans ce cas, serait tenu pour juridiquement nul. M&#234;me si nous autorisons explicitement autrui &#224; nous punir en cas de d&#233;rogation de notre part aux clauses du contrat, encore ne lui avons-nous pas ali&#233;n&#233; le droit de nous d&#233;fendre. Il est donc tout aussi fond&#233;, dans un tel cas, &#224; vouloir nous d&#233;truire que nous le sommes &#224; lui r&#233;sister&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., ibid., p. 159, et De Cive, II, &#167; 18.&#034; id=&#034;nh3-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il maintenant de l'obligation contractuelle, lorsque le contrat prend la forme d'un pacte ou d'une convention d&#233;finie par l'ex&#233;cution diff&#233;r&#233;e d'au moins l'un des partenaires&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., p. 133, et De Cive, II, &#167; 9 ; aucun probl&#232;me ne se pose dans le cas de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Hobbes la fonde &#224; partir de l'analyse de la notion de m&#233;rite. Lorsque deux co-contractants veulent effectuer un transfert de droit, aucun d'entre eux n'est oblig&#233; &#224; transf&#233;rer quoi que ce soit &#224; l'autre : ils ont simplement l'intention de le faire et ne s'engagent &#224; abandonner leur droit que si l'abandon est r&#233;ciproque. Si l'un d'entre eux transf&#232;re son droit &#224; l'autre et que ce transfert s'accompagne d'une ex&#233;cution, celui qui s'ex&#233;cute r&#233;alise pleinement les conditions auxquelles doit s'effectuer un transfert : en effet, celui qui re&#231;oit ne peut refuser de transf&#233;rer son droit &#224; son tour, du fait qu'il a pr&#233;cis&#233;ment li&#233; son propre transfert &#224; la r&#233;alisation de celui de l'autre. Compte tenu de cette condition de r&#233;ciprocit&#233; qui pr&#233;cise initialement le mode de validation du transfert, quiconque s'est ex&#233;cut&#233; le premier obtient le droit d'exiger qu'autrui renonce &#224; son propre droit, puisque, sans cela, il n'aurait pas transf&#233;r&#233;. Telle est la d&#233;finition du m&#233;rite : le droit d'exiger le transfert du droit d'autrui, d&#232;s lors qu'on a rempli les conditions auxquelles ce transfert devait se r&#233;aliser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De celui qui s'ex&#233;cute le premier en cas de contrat, on dit qu'il m&#233;rite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour le dire autrement, celui qui transf&#232;re son droit et s'ex&#233;cute le premier obtient qu'autrui s'emp&#234;che de l'emp&#234;cher d'utiliser le droit qui lui est d&#251; et ce non-emp&#234;chement c'est l'ex&#233;cution de ce &#224; quoi le second contractant s'est engag&#233;. Par l&#224;, chacun des deux contractants perd le droit qui &#233;tait l'objet du transfert et son obligation de transf&#233;rer se trouve &#233;tablie, m&#234;me &#224; l'&#233;gard d'un brigand qui, en &#233;change de la vie qu'il nous laisse, requiert que nous lui ali&#233;nions une partie de nos pouvoirs : en effet, d&#232;s lors qu'il ex&#233;cute ce qu'il avait d&#233;clar&#233;, il acquiert le droit d'exiger de nous que nous ne l'emp&#234;chions pas d'utiliser les pouvoirs que nous avons d&#233;clar&#233; lui ali&#233;ner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 138.&#034; id=&#034;nh3-51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois d&#233;finie l'obligation contractuelle proprement dite, sommes-nous tenus du respect des conventions institu&#233;es ? La r&#233;ponse se d&#233;duit des deux premi&#232;res lois naturelles d&#233;j&#224; &#233;tablies par Hobbes : si, pour obtenir la paix (premi&#232;re loi naturelle), on doit se dessaisir de son droit sur toute chose et conclure des conventions avec autrui (seconde loi naturelle), on est donc tenu de s'acquitter de ses conventions une fois qu'elles sont pass&#233;es, ce qui est la troisi&#232;me loi naturelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. ; XV, p. 143.&#034; id=&#034;nh3-52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; s'il n'en &#233;tait pas ainsi, on s'opposerait aux deux premi&#232;res lois apr&#232;s avoir fait ce que justement elles nous obligeaient de faire, ce qui reviendrait tout &#224; la fois &#224; reconna&#238;tre qu'elles nous obligent et qu'elles ne nous obligent pas !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il n'en demeure pas moins vrai que, dans l'&#233;tat de nature, hormis ces contrats &#224; ex&#233;cution mutuelle imm&#233;diate et ceux conclu sous l'effet de la crainte et qui constituent pour Hobbes le mod&#232;le des r&#233;publiques d'acquisition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. L&#233;v., chap. XX : &#171; Des dominations paternelles ou despotiques &#187; obtenues (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est peu probable qu'aucun des partenaires d'un contrat &#224; ex&#233;cution diff&#233;r&#233;e accepte jamais de s'ex&#233;cuter le premier. Il peut, selon son jugement propre, consid&#233;rer qu'il n'existe aucune garantie qu'autrui ex&#233;cutera l'action qui d&#233;coule des termes m&#234;mes de la d&#233;claration du transfert de droit, une fois qu'il se sera lui-m&#234;me ex&#233;cut&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., XIV, p. 137, et De Cive, II, &#167; 11.&#034; id=&#034;nh3-54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est seulement dans le cadre de la configuration juridique du contrat constituant la puissance souveraine que celui-ci obtiendra non point sa valeur juridique (il en dispose d&#233;j&#224;), mais son application r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Hobbes, la premi&#232;re loi naturelle qui d&#233;finit le moyen de conserver notre vie - faire la paix - et nous oblige &#224; y recourir, comme les autres lois naturelles qui en d&#233;coulent sont produites par la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il affirme aussi, en parfait accord avec sa th&#233;orie des passions, que la crainte nous d&#233;termine &#224; rechercher la paix&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., XIII, p. 126-127 ; De Cive, I, &#167;&#167; 1-2, 14.&#034; id=&#034;nh3-55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette passion ne rend cependant nullement superflu le recours &#224; la raison ; elle nous conduit simplement jusqu'au point o&#249; la r&#233;flexion d&#233;couvre dans l'analyse des concepts de droit et de loi naturels que nous &#233;tions oblig&#233;s de vouloir la paix et d'en mettre en oeuvre les moyens juridiques, ind&#233;pendamment de la situation de fait que repr&#233;sente notre comportement domin&#233; par la crainte. Orient&#233;e, quant &#224; ses effets, dans la m&#234;me direction que la raison, elle n'est que &lt;i&gt;l'adjuvant &lt;/i&gt;de celle-ci qui tient le &lt;i&gt;r&#226;le fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Dans la soci&#233;t&#233; civile, la crainte inspir&#233;e par les moyens de coercition dont dispose le d&#233;tenteur du pouvoir souverain a pour objet l'application des lois civiles promulgu&#233;es, que celles-ci sp&#233;cifient ou non les lois naturelles. Bref, la crainte a bien pour objet l'ob&#233;issance des sujets, mais les pouvoirs du souverain, ce sont eux qui les lui ont conf&#233;r&#233;s en s'obligeant par contrat &#224; ne pas faire obstacle &#224; l'exercice de ses pouvoirs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., XVIII, p. 180-181.&#034; id=&#034;nh3-56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout se passe comme si les sujets avaient eu suffisamment de raison pour s'apercevoir qu'ils n'auraient pas toujours suffisamment de raison pour ob&#233;ir au souverain afin d'assurer leur conservation. Ils se sont donc oblig&#233;s par avance &#224; ne pas lui refuser les moyens de se faire punir si, &#224; tel moment, ils refusent d'ob&#233;ir : la contrainte factuelle de la crainte est donc la cons&#233;quence d'un pouvoir de droit du souverain et d'une soumission de droit pr&#233;alable et rationnellement fond&#233;e de la part des sujets. La passion de crainte est, dans ce cas, certainement plus qu'un adjuvant de la raison, mais elle est sous la d&#233;pendance d'une situation juridique rationnellement construite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens, Spinoza est parfaitement d'accord avec Hobbes sur le &lt;i&gt;premier point ; &lt;/i&gt;ce sont bien les lois de nature qui nous d&#233;terminent &#224; ne plus agir selon notre seul app&#233;tit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVI, p. 263.&#034; id=&#034;nh3-57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et cela sous une double modalit&#233; d'une part, les lois naturelles r&#232;glent la production des affections et dans un &#233;tat o&#249; aucune puissance collective n'oriente les d&#233;sirs particuliers vers une conservation collective, chaque individu vit sous la domination permanente des affects de crainte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., TP, 11, &#167; 15.&#034; id=&#034;nh3-58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, &#171; il n'est personne qui ne t&#226;che en cons&#233;quence d'y &#233;chapper autant qu'il est en lui &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVI, p. 263.&#034; id=&#034;nh3-59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'autre part, agir selon la raison pour r&#233;aliser notre utile propre, c'est aussi &#234;tre d&#233;termin&#233; par les lois de (notre seule) nature. Or la raison nous conduit pr&#233;cis&#233;ment &#224; vouloir &#233;chapper &#224; une situation essentiellement d&#233;finie par la n&#233;gation de cet utile propre. Ainsi, selon le &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, nous sommes d&#233;termin&#233;s &#224; la fois par la raison et les passions&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 263, 266.&#034; id=&#034;nh3-60&#034;&gt;60&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; d&#233;sirer la paix pour nous conserver. &lt;i&gt;Mais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;quant au second point la primaut&#233; cette fois-ci est du c&#244;t&#233; des passions que la raison ne fait que seconder. &lt;/i&gt;En effet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ Toutes deux d&#233;terminent chaque individu &#224; d&#233;sirer la paix ;&lt;br /&gt;
2/ La raison d&#233;duit le moyen par lequel celle-ci peut &#234;tre obtenue : conclusion d'un pacte selon lequel chacun accepte que son droit propre soit d&#233;termin&#233; non par son d&#233;sir et son jugement propre, mais par la volont&#233; de la puissance collective justement constitu&#233;e par cette d&#233;cision de chacun. Cette puissance est d&#233;termin&#233;e &#224; exister aussi longtemps que chacun dirige sa conduite selon la seule injonction de la raison et refr&#232;ne ses affections dont la cons&#233;quence est conflictuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVI, p. 264.&#034; id=&#034;nh3-61&#034;&gt;61&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire aussi longtemps qu'il maintient ce pacte ;&lt;br /&gt;
3/ D'o&#249; la question de la garantie de celui-ci une fois conclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard du r&#244;le de la raison dans les deux premiers moments, c'est &#224; elle que devrait revenir comme chez Hobbes la t&#226;che d'&#233;noncer les raisons pour lesquelles il faut respecter le pacte conclu et qui d&#233;termineraient chacun &#224; le faire. Encore faut-il ne pas d&#233;sirer seulement s'engager &#224; vivre selon les injonctions de la raison mais y &lt;i&gt;vivre r&#233;ellement &lt;/i&gt;pour produire les id&#233;es ad&#233;quates capables de d&#233;terminer notre comportement. Or, lorsqu'on a conclu un pacte, si des affections passives font croire &#224; tort ou &#224; raison qu'il en r&#233;sultera un d&#233;savantage, on sera oblig&#233; non de le respecter, mais justement de ne pas le respecter et si on en a la puissance, on en aura le droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 265.&#034; id=&#034;nh3-62&#034;&gt;62&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L&#224; o&#249; Hobbes aurait soutenu que quel que soit notre comportement de fait nous demeurons quand m&#234;me oblig&#233;s par la raison, Spinoza soutient que nous ne sommes oblig&#233;s &#224; penser et agir de telle ou telle mani&#232;re que par des causes internes ou externes qui nous d&#233;terminent n&#233;cessairement et aussi longtemps qu'elles nous d&#233;terminent &#224; cela. Pour Hobbes, la raison nous enjoint de ne pas conclure de pacte si nous avons des raisons de penser qu'une ex&#233;cution diff&#233;r&#233;e risque de nous nuire, mais nous devons les respecter une fois qu'autrui s'est ex&#233;cut&#233;, m&#234;me dans l'&#233;tat de nature. Pour Spinoza &#224; l'inverse, la raison peut bien nous faire voir la n&#233;cessit&#233; de conclure des pactes, mais si les affections passives produites par des causes ext&#233;rieures nous d&#233;terminent avec une puissance sup&#233;rieure &#224; agir contrairement &#224; la raison, nous serons conduits &#224; rompre les pactes conclus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-63&#034;&gt;63&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, dans l'&#233;tat de nature, c'est bien cette situation qui pr&#233;vaut. Les passions qui sont cause et cons&#233;quence du conflit interindividuel font obstacle &#224; la production d'id&#233;es ad&#233;quates par la raison&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., mais je me r&#233;f&#232;re ici &#224; la traduction de La Pl&#233;iade, p. 827 ; pour la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-64&#034;&gt;64&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui n'en poss&#232;de ainsi qu'un petit nombre, lequel ne pourra se d&#233;velopper que dans le cadre de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#201;th., IV, scolie 2, de la prop. 37.&#034; id=&#034;nh3-65&#034;&gt;65&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Certes, les affections passives n'auront pas disparu une fois celle-ci constitu&#233;e et si ses institutions sont bien agenc&#233;es, elles utiliseront ces affections pour leur bon fonctionnement. Mais il en r&#233;sulte cette fois que, r&#233;gl&#233;es dans le sens de la coop&#233;ration et de la s&#233;curit&#233; collective, les passions appara&#238;tront comme les conditions de d&#233;veloppement de la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette domination des premi&#232;res sur la seconde dans l'&#233;tat de nature &#233;tablit du m&#234;me coup que l'intervention de la raison dans les deux premiers moments de la gen&#232;se de la soci&#233;t&#233; n'est pas celle d'une puissance d&#233;terminante qui conduirait les individus &#224; la paix - elle aurait d&#251; les conduire aussi au respect effectif des pactes. Simplement, les quelques id&#233;es ad&#233;quates de la raison pour sortir de l'&#233;tat de nature, loin de s'opposer &#224; la crainte de la mort et au d&#233;sir de paix, &lt;i&gt;vont exactement dans le m&#234;me sens&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. TTP, XVI, p. 263 ; III, p. 72.&#034; id=&#034;nh3-66&#034;&gt;66&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette convergence semble &lt;i&gt;au minimum &lt;/i&gt;les placer sur le m&#234;me plan, mais leur opposition r&#233;v&#232;le que la puissance des passions est dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Spinoza &#233;prouve le besoin de faire intervenir si peu que ce soit la raison dans ces deux premiers moments, c'est qu'&#224; l'&#233;poque du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt; il ne dispose pas des moyens conceptuels qui lui permettraient d'expliquer la gen&#232;se de la soci&#233;t&#233; ind&#233;pendamment du recours au pacte social&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'examen du rapport entre lois &#171; juridiques &#187; et lois naturelles au chapitre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-67&#034;&gt;67&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et que ce dernier ne peut &#234;tre. con&#231;u dans sa forme et son contenu que par la raison. Celle-ci n'appara&#238;t donc que comme le &lt;i&gt;moyen &lt;/i&gt;de concevoir le contrat et non comme la puissance qui nous oblige r&#233;ellement &#224; le d&#233;sirer et &#224; le respecter une fois conclu. C'est ce qui explique qu'&#224; c&#244;t&#233; du pacte proprement dit, Spinoza admette un transfert de droit fond&#233; sur la pure coercition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVI, p. 266.&#034; id=&#034;nh3-68&#034;&gt;68&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette primaut&#233; des passions sur la raison dans la gen&#232;se de la soci&#233;t&#233;, d&#233;j&#224; pr&#233;sente dans le &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, sera pleinement affirm&#233;e dans le &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt; o&#249; toute r&#233;f&#233;rence au r&#244;le de la raison quant &#224; l'obligation qu'elle nous ferait de d&#233;sirer la paix, de concevoir les moyens juridiques de la mettre en &#339;uvre et d'en assurer la conservation a disparu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est impossible d'&#233;tudier ici l'&#233;volution qui conduit Spinoza de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-69&#034;&gt;69&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut donc conclure que si Spinoza est en accord avec Hobbes lorsqu'il admet lui aussi que ce sont les lois naturelles qui nous obligent &#224; vouloir d&#233;passer la situation de l'&#233;tat de nature et &#224; d&#233;sirer la paix, c'est au prix d'une modification du concept de loi naturelle. Celle-ci n'appara&#238;t plus comme un produit de la raison qui, ind&#233;pendamment de toute situation de fait, nous oblige en conscience &#224; tel ou tel type d'actions. La loi naturelle est au contraire strictement &lt;i&gt;immanente &lt;/i&gt;&#224; la production des effets par leurs causes et nous dirige conform&#233;ment &#224; la nature de celles-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la puissance des causes externes soit sup&#233;rieure &#224; celle de notre seule nature dans la d&#233;termination de notre &lt;i&gt;conatus &lt;/i&gt;et nous serons oblig&#233;s d'agir selon les lois de la nature en g&#233;n&#233;ral aussi longtemps que ces causes seront les plus puissantes. D'o&#249;, dans l'&#233;tat de nature, la sup&#233;riorit&#233; des passions sur la raison et l'obligation qu'elles nous font de d&#233;sirer la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais puisque la puissance collective ne peut se constituer que si chaque individu lui transf&#232;re - et quelle qu'en soit la forme - son droit, qu'est-ce que Spinoza entend exactement par &lt;i&gt;transfert de droit &lt;/i&gt; ?&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Quiconque dispose du pouvoir de repousser toute violence, de faire r&#233;parer un dommage qui lui a &#233;t&#233; caus&#233; et de vivre selon son propre jugement et ses propres inclinations, conserve pleinement sa puissance et ne rel&#232;ve donc que de son propre &lt;i&gt;droit &lt;/i&gt;tant du point de vue de son corps que de celui de sa volont&#233;. Il est &lt;i&gt;sui juris&lt;/i&gt; aussi longtemps que cette situation se maintient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-70&#034;&gt;70&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;A contrario, &lt;/i&gt;on rel&#232;ve du droit d'autrui - on est &lt;i&gt;alterius juris - &lt;/i&gt;lorsqu'on est en son pouvoir et aussi longtemps qu'on s'y trouve&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-71&#034;&gt;71&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais qu'est-ce que relever du droit d'autrui ? C'est lui transf&#233;rer le droit ou la puissance dont on dispose. Or, notre puissance, c'est notre essence actuelle en tant qu'elle s'efforce de produire tout ce qu'elle peut. Comment pourrions-nous &lt;i&gt;r&#233;ellement &lt;/i&gt;la transf&#233;rer &#224; autrui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. sur ce point A. Matheron, &#171; Spinoza et la probl&#233;matique juridique de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-72&#034;&gt;72&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? Et si nous la lui transf&#233;rions, y aurait-il comme chez Hobbes une limite &#224; ce transfert ? Qu'est-ce donc que transf&#233;rer notre puissance ? Telle est la &lt;i&gt;premi&#232;re question &lt;/i&gt;&#224; laquelle il faut r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, si le transfert de droit se r&#233;alise volontairement et si ce transfert est &#224; ex&#233;cution diff&#233;r&#233;e, sommes-nous tenus comme chez Hobbes de transf&#233;rer un droit quelconque &#224; celui qui nous en a d&#233;j&#224; transf&#233;r&#233; un ? Et si ce transfert mutuel se r&#233;alise, chacun des deux parties est-elle tenue de le maintenir ? A ces deux questions correspondant &#224; celles de l'obligation contractuelle et du respect des pactes chez Hobbes, on a d&#233;j&#224; r&#233;pondu avant m&#234;me de savoir en quoi consiste un transfert de droit. Il suffit simplement de restituer le fondement de cette r&#233;ponse et d'en tirer les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chapitre XVI du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt; nous apprend que c'est une loi universelle de la nature que nul ne renonce &#224; ce qu'il juge &#234;tre bon sinon par espoir d'un bien plus grand ou par crainte d'un dommage plus grand, ni n'accepte un mal, sinon pour &#233;viter un mal pire ou par espoir d'un plus grand bien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVI, p. 264.&#034; id=&#034;nh3-73&#034;&gt;73&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Chaque individu, selon son jugement, choisira donc de deux biens le plus grand et de deux maux le moindre. C'est pourquoi chacun, dans l'&#233;tat de nature, jugera qu'il vaut mieux fuir un grand mal (vivre constamment dans la crainte) pour un moindre mal (renoncer &#224; vivre selon ses inclinations individuelles) dont il na&#238;tra un bien (la paix obtenue et l'utile propre r&#233;alis&#233;). Cependant, si dans le cadre d'un transfert mutuel de droit &#224; ex&#233;cution diff&#233;r&#233;e (un voleur nous lib&#232;re si nous acceptons de lui remettre tous nos biens)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 264.&#034; id=&#034;nh3-74&#034;&gt;74&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, autrui s'est ex&#233;cut&#233; le premier (le voleur nous lib&#232;re), sommes-nous tenus de nous ex&#233;cuter &#224; notre tour conform&#233;ment &#224; ce que nous avons promis ? La loi de nature nous oblige &#224; promettre dans le premier moment (nous obtenons la libert&#233;) et nous oblige &#224; ne pas nous ex&#233;cuter dans le second moment (nous perdrions notre fortune). Et ce qui vaut pour l'obligation contractuelle vaut de la m&#234;me mani&#232;re pour l'obligation de respecter les pactes conclus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., et TP, II, &#167; 12..&#034; id=&#034;nh3-75&#034;&gt;75&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En cons&#233;quence, nous ne sommes oblig&#233;s de transf&#233;rer notre droit sur une chose ou une action et de respecter ce transfert qu'aussi longtemps que la loi naturelle nous fait juger qu'il en r&#233;sulte pour nous un avantage. Ni plus ni moins. D'o&#249; une &lt;i&gt;seconde question &lt;/i&gt;&#224; laquelle il faut r&#233;pondre : en l'absence d'une norme juridique capable d'obliger les individus, qu'est-ce qui peut &lt;i&gt;garantir la stabilit&#233; des transferts de droit &lt;/i&gt; ?&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Autrement dit, qu'est-ce qui peut garantir que chacun, trouvant toujours un avantage &#224; la cession de son droit, consentira en permanence au maintien d'une telle situation ? Et comme le transfert de droit est constitutif de la puissance collective, qu'est-ce qui garantit la stabilit&#233; et la reproduction de celle-ci ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour r&#233;pondre aux deux questions pos&#233;es, il suffit de reprendre deux propositions d&#233;j&#224; &#233;tablies :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Le droit naturel de chaque individu ne se d&#233;finit pas par la raison, mais par le &#171; d&#233;sir et la puissance &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 262.&#034; id=&#034;nh3-76&#034;&gt;76&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ;&lt;br /&gt;
&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; Dans l'&#233;tat de nature, nous sommes d&#233;termin&#233;s &#224; transf&#233;rer notre soit non par la raison mais par les passions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; il suit que le transfert de droit consid&#233;r&#233; en lui-m&#234;me se r&#233;duit purement et simplement au d&#233;sir que nous avons de mettre notre puissance &#224; la disposition d'autrui qui la d&#233;terminera &#224; produire les effets selon ses inclinations et son jugement propre. Le transfert de puissance se r&#233;duit &#224; une forme de d&#233;pendance passionnelle et ne peut &#234;tre compris qu'&#224; travers la &lt;i&gt;th&#233;orie des m&#233;canismes passionnels qui produisent les rapports interhumains&lt;/i&gt;. Or, c'est exactement ce qu'affirme le d&#233;but du &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;. Le &#167; 5 du chapitre I place toute la th&#233;orie politique - y compris par cons&#233;quent l'&#233;tude des transferts de droit - sous les principes d'une th&#233;orie des affects d&#233;velopp&#233;e au livre III de &lt;i&gt;l'&#201;thique &lt;/i&gt;&#224; partir de la proposition 27 qui fonde la d&#233;duction des passions proprement humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette proposition d&#233;finit et explique le m&#233;canisme d'imitation des affections entre les individus humains. Il se d&#233;duit d'elle, en premier lieu, que nous cherchons &#224; &#233;carter les passions tristes d'autrui parce que nous les &#233;prouvons nous-m&#234;mes par imitation. Nous aidons donc autrui &#224; s'en d&#233;livrer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;thique, III, prop, 27, scolie : d&#233;finition de la commis&#233;ration, et TP, II, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-77&#034;&gt;77&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aussi, il nous aimera selon la d&#233;finition spinoziste de l'amour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 13, scolie et d&#233;finition 6 des affections.&#034; id=&#034;nh3-78&#034;&gt;78&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; toujours par imitation des affections, nous nous aimerons &#224; travers lui, ce qui engendre l'affect de Gloire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 30, scolie.&#034; id=&#034;nh3-79&#034;&gt;79&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et nous nous efforcerons de continuer &#224; pers&#233;v&#233;rer dans cette situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, si nous aimons quelque chose et qu'autrui l'aime en nous imitant, nous l'imiterons et cela. rendra notre amour pour la chose plus constant&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., prop. 31.&#034; id=&#034;nh3-80&#034;&gt;80&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et si cette chose ne peut &#234;tre partag&#233;e, il en r&#233;sultera une affection d'envie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., prop. 32, et TP, II, &#167; 5 : les hommes plaignent les malheureux et &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-81&#034;&gt;81&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quant &#224; nous, si nous sommes bienfaiteurs, c'est que nous avons eu la puissance de d&#233;livrer autrui de ses affections tristes ; nous pouvons donc, par cette m&#234;me puissance, redoubler nos bienfaits. Et plus grande sera la joie d'autrui, plus nous nous glorifierons. Nous chercherons alors &#224; reproduire et augmenter cette gloire, ce qui donne lieu &#224; la d&#233;finition de l'Ambition comme &#171; d&#233;sir immod&#233;r&#233; de Gloire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 31, scolie.&#034; id=&#034;nh3-82&#034;&gt;82&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : nous voulons plaire &#224; tous pour &#234;tre aim&#233;s et pour faire aimer ce que nous aimons. Et si nous aimons d&#233;j&#224; beaucoup de choses, nous voudrons que notre (nos) oblig&#233;(s) aime(nt) tout ce que nous aimons, c'est-&#224;-dire qu'il(s) vive(nt) purement et simplement selon &#171; (notre) propre complexion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-83&#034;&gt;83&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, faisant exactement tout ce que nous aimons, chacun fera exactement ce que nous voulons sous notre propre direction. Mais comme nous ha&#239;ssons certaines choses, nous nous efforcerons aussi de les faire ha&#239;r par tous, &#171; il suit de l&#224; que chacun, autant qu'il peut, fait effort pour que tous aiment ce qu'il aime et ha&#239;ssent ce qu'il a lui-m&#234;me en haine &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., corollaire, et TP, II, &#167; 5 : &#171; Chacun d&#233;sire que les autres vivent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-84&#034;&gt;84&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le rapport de pouvoir ou de domination chez Spinoza se fonde donc sur l' &#171; assimilation &#187; &lt;i&gt;ou l'incorporation &lt;/i&gt;d'autrui &#224; nous-m&#234;mes. Et comme autrui n'est pas pr&#234;t &#224; abandonner ses propres d&#233;sirs (aimer ce qu'il hait, et ha&#239;r ce qu'il aime), il cherchera bien plut&#244;t &#224; nous faire abandonner les n&#244;tres : &#171; Nous voyons ainsi que chacun a, de nature, l'app&#233;tit de voir vivre les autres selon sa propre complexion et comme tous ont pareil app&#233;tit, on se fait ensuite obstacle l'un &#224; l'autre et parce que tous veulent &#234;tre lou&#233;s ou aim&#233;s par tous, on en vient &#224; une haine mutuelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 31, scolie, et TP, II, &#167; 5 : &#171; Puisque tous d&#233;sirent la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-85&#034;&gt;85&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et par cons&#233;quent &#224; un conflit. &lt;i&gt;On est donc pass&#233; de la domination par bienfait &#224; la domination par violence. &lt;/i&gt;Or la seconde, bien &#233;videmment, conduira &#224; la premi&#232;re, car les domin&#233;s &#233;prouveront des affects de tristesse et, par imitation des affections, les dominants d&#233;sireront &#233;carter ces affections, d'o&#249; des bienfaits qui engendreront &#224; nouveau la Gloire, l'Ambition de gloire, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. A. Matheron, Individu et communaut&#233; chez Spinoza, Ed. Minuit, 1969, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-86&#034;&gt;86&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de ces alternances de bienfait et de violence des sentiments d'espoir (de recevoir des bienfaits) et de crainte (de la coercition) eux-m&#234;mes altern&#233;s. De ce point de vue, la sp&#233;cificit&#233; de l'&#233;tat de nature consiste en ce que ces sentiments seront &#224; peu pr&#232;s partag&#233;s par tous, car nul ne dispose de suffisamment de puissance pour pouvoir &#233;chapper &#224; ces rapports de pouvoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, 15.&#034; id=&#034;nh3-87&#034;&gt;87&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que ces m&#233;canismes de domination passionnelle nous apprennent sur la nature des transferts de droits, leurs limites et leur stabilit&#233; ? le &#167; 10 du TP qui succ&#232;de au paragraphe dans lequel Spinoza d&#233;finit les notions de sui &lt;i&gt;juris &lt;/i&gt;et d'&lt;i&gt;alterius juris &lt;/i&gt;fournit la r&#233;ponse. Ce paragraphe distingue quatre formes de transfert :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/ &#171; Un homme en tient un autre en son pouvoir lorsqu'il le garde encha&#238;n&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, &#167; 10.&#034; id=&#034;nh3-88&#034;&gt;88&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est le rapport de pouvoir le plus imm&#233;diat qui r&#233;duit la. puissance &#224; la pure coercition et se donne lui-m&#234;me pour le r&#233;sultat d'un rapport de force. Fond&#233; sur la pure contrainte physique, ce pouvoir s'exerce sur le corps d'autrui, mais non sur son esprit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-89&#034;&gt;89&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : il cesse donc avec la fin de cette contrainte. Le mod&#232;le du domin&#233;, dans ce cas, c'est &lt;i&gt;le prisonnier&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2/ En un second sens, le pouvoir d'un homme sur un autre s'exerce &#171; lorsqu'il lui a &#244;t&#233; ses armes et ses moyens de se d&#233;fendre ou de s'&#233;chapper &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-90&#034;&gt;90&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On voit mal au premier abord la diff&#233;rence avec le cas pr&#233;c&#233;dent puisque le mod&#232;le de domination pr&#233;c&#233;demment d&#233;crit correspond en tout point &#224; celui-ci. La situation n'est cependant pas identique. La domination pr&#233;c&#233;dente s'identifie &#224; une pure contrainte physique qui implique &lt;i&gt;a fortiori &lt;/i&gt;des caract&#233;ristiques de la seconde, mais celle-ci se d&#233;finit comme un pouvoir qui n'interdit au domin&#233; que l'agression, la d&#233;fense ou la fuite. On a donc affaire, dans ces limites, &#224; une ind&#233;pendance corporelle relative. Le mod&#232;le du domin&#233; est ici &lt;i&gt;l'esclave ou le &lt;/i&gt;serf, libres de leurs mouvements mais ne pouvant faire autrement qu'ob&#233;ir sans r&#233;sistance, ne pouvant s'enfuir et contraints &#224; ex&#233;cuter les t&#226;ches command&#233;es. Comme dans le cas pr&#233;c&#233;dent, le ma&#238;tre ne dispose que d'un pouvoir sur le corps mais non sur l'esprit du domin&#233;. Or contraindre le corps ne conduit nullement le ma&#238;tre &#224; dominer les affects du domin&#233; et &#224; lui faire d&#233;sirer faire ce qu'il fait ou se soumettre &#224; son pouvoir. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce qu'il ne d&#233;sire pas se soumettre &#224; son ma&#238;tre qu'on ne peut parler r&#233;ellement de transfert dans ce cas : il y a bien d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard du pouvoir d'un autre mais le pouvoir du domin&#233; n'a pas &#233;t&#233; transf&#233;r&#233;. D'autre part, l'efficace ou la stabilit&#233; de ce type de pouvoir est singuli&#232;rement limit&#233;e. Uniquement r&#233;duit &#224; la contrainte physique, ce pouvoir prend fin avec elle ; d&#232;s qu'on peut d&#233;sob&#233;ir impun&#233;ment, on le peut l&#233;gitimement. A la moindre occasion favorable, ce sera la fuite ou le soul&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3 / En un troisi&#232;me sens, un homme en tient un autre en son pouvoir lorsqu' &#171; il lui a inspir&#233; de la crainte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, &#167; 10.&#034; id=&#034;nh3-91&#034;&gt;91&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le rapport de domination dans ce cas n'est plus fond&#233; sur la simple ma&#238;trise du corps du domin&#233;, mais sur celle de son &#226;me puisqu'il devient possible de produire en elle un affect de crainte selon la loi de production des affections. Cette affection de crainte est une tristesse n&#233;e de l'id&#233;e d'une chose future ou pass&#233;e qui diminuera ou a diminu&#233; notre puissance d'agir et de penser&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 18, scolie 2, et d&#233;finition des affections, 13.&#034; id=&#034;nh3-92&#034;&gt;92&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais comme il existe un doute &#224; l'&#233;gard de l'existence pass&#233;e ou future de cette chose, c'est-&#224;-dire comme il existe concurremment &#224; l'id&#233;e de cette chose, d'autres id&#233;es de choses qui excluent celle-l&#224;, il en r&#233;sulte que l'affection n&#233;e de cette id&#233;e n'est pas constante. Comme c'est une tristesse, l'id&#233;e de la chose qui l'exclut, conform&#233;ment &#224; la proposition 20, III, nous rend joyeux. La crainte est donc une tristesse inconstante toujours accompagn&#233;e d'une affection d'espoir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;finition des affections, 13, et &#201;th., III, prop. 49, scolie.&#034; id=&#034;nh3-93&#034;&gt;93&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La d&#233;duction de l'espoir &#233;tant sym&#233;trique, il est donc une joie inconstante toujours accompagn&#233;e d'une affection de crainte. Plusieurs cons&#233;quences d&#233;coulent de cela. En premier lieu, lorsqu'un individu produit chez un autre individu l'id&#233;e d'une chose future ha&#239;e qui surviendra s'il n'ob&#233;it pas aux commandements qui lui sont faits, il provoque ainsi la soumission du second par l'affect de tristesse qui en d&#233;coule. Ce dernier cherchera donc &#224; &#233;carter cet affect en s'effor&#231;ant constamment de faire ou de ne pas faire ce qui tend ou non &#224; le produire ; dans le cas pr&#233;sent, c'est l'ob&#233;issance qui est l'effet de cet affect&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-94&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, II, p. 61, et V, p. 106.&#034; id=&#034;nh3-94&#034;&gt;94&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il faudra donc s'efforcer constamment d'ob&#233;ir pour &#233;viter une diminution de la puissance d'agir et ce moyen d'&#233;viter une tristesse future produira de l'espoir. Or, si l'individu domin&#233; se trouve d&#233;termin&#233; par des causes ext&#233;rieures &#224; ne plus ob&#233;ir, il &#233;prouvera imm&#233;diatement la crainte d'un ch&#226;timent, contrebalanc&#233;e par l'espoir d'y &#233;chapper en ob&#233;issant. D'o&#249; une oscillation entre espoir et crainte aussi constante que les &#233;ventualit&#233;s de d&#233;sob&#233;issance que le domin&#233; peut rencontrer. L'oscillation entre ces deux passions s'explique ainsi par celle du comportement du domin&#233;. Mais si la crainte et l'espoir sont ins&#233;parables concernant l'ob&#233;issance (comme pour toute autre chose), pourquoi Spinoza d&#233;finit-il un pouvoir sp&#233;cifiquement fond&#233; sur la crainte ? C'est que dans le rapport de ces deux affects, la crainte constitue ici &lt;i&gt;l'affect fondamental direct&lt;/i&gt; qui a d&#233;termin&#233; la soumission et continue de la reproduire, alors que l'espoir n'est qu'une &lt;i&gt;affection indirecte&lt;/i&gt; concernant la possibilit&#233; d'&#233;viter cette tristesse, qu'il s'agisse de la domination sur un individu ou sur une multitude&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-95&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, V, p. 106 ; TP, IV, &#167;&#167; 4-6, et A. Matheron, ouvr. cit., p. 128 sq.&#034; id=&#034;nh3-95&#034;&gt;95&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette crainte, en tout &#233;tat de cause, peut &#234;tre produite sous une double modalit&#233; dans laquelle ceux qui ob&#233;issent peuvent &#234;tre serviteurs &lt;i&gt;d'un ma&#238;tre ou (non exclusif) citoyens d'un &lt;/i&gt;&#201;tat. La premi&#232;re aborde l'&#233;tude des rapports interindividuels dans l'&#233;tat de nature en consid&#233;rant abstraitement les individus sans que rien ne soit pr&#233;suppos&#233; du d&#233;veloppement de leurs m&#339;urs, de leurs rapports avec la nature, de leur conception de celle-ci, de leurs diff&#233;rences d'aptitudes, bref, il s'agit l&#224; d'une multitude &#171; abstraite &#187; telle que l'envisage le &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;. La seconde consid&#232;re les individus selon toutes les caract&#233;ristiques pr&#233;c&#233;dentes telles que les d&#233;crit le &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;. Il n'y a aucune opposition entre ces deux modalit&#233;s et la seconde n'est qu'un cas particulier de la premi&#232;re, comme le montrera plus loin le recours au &#167;11 du chapitre II du &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;. On les pr&#233;sente n&#233;anmoins distinctement car la restitution de leur lien logique requerrait un trop long d&#233;tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Une affection de crainte peut d&#233;river d'un rapport entre deux individus d&#232;s lors que l'un des deux dispose d'une puissance physique sup&#233;rieure &#224; l'autre par laquelle il peut exercer une coercition sur lui. Mais une telle sup&#233;riorit&#233; physique n'a rien de vraiment av&#233;r&#233; car, pour paraphraser ce que Spinoza dit d'un monarque qui voudrait gouverner absolument seul, celui qui domine &#171; est accabl&#233; chaque jour par le sommeil, souvent par la maladie et par le chagrin... &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-96&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, III, &#167; 11.&#034; id=&#034;nh3-96&#034;&gt;96&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, d'o&#249; la difficult&#233; de rendre vraiment op&#233;rante la contrainte physique qui doit entra&#238;ner la soumission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il n'est pas impossible qu'un individu ayant extorqu&#233; s&#233;par&#233;ment la soumission de plusieurs individus utilise leur puissance de fa&#231;on distributive pour obtenir en permanence la soumission de chacun d'eux par crainte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-97&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. Matheron, op. cit., n. 71.&#034; id=&#034;nh3-97&#034;&gt;97&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Celle-ci est donc tout &#224; la fois op&#233;rante et constante &#224; condition, bien entendu, qu'&#224; tout moment la puissance de tous p&#232;se sur celle de chacun, sans quoi l'ob&#233;issance n'a plus de cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b)&lt;/i&gt; D'autre part, Spinoza distingue au &#167; 11 du chapitre II du TP une autre modalit&#233; par laquelle la domination sur autrui peut &#234;tre obtenue : &#171; La facult&#233; de juger peut relever du droit d'autrui dans la mesure o&#249; notre esprit peut &#234;tre tromp&#233; par quelqu'un d'autre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-98&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, &#167; 11 ; TTP, XX, p. 327.&#034; id=&#034;nh3-98&#034;&gt;98&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sans doute le &#167; 6 du chapitre III du TP explique-t-il que chacun dans l'&#201;tat ne peut agir suivant son propre jugement et qu'il le subordonnera &#224; celui des gouvernantspour d&#233;ciderdece qui est permis ou d&#233;fendu. Sans doute le &#167; 8 du m&#234;me chapitre montre-t-il qu'&#224; l'inverse les gouvernants ne peuvent se subordonner totalement le jugement de leurs sujets au point de les inciter &#224; croire, par exemple, que &#171; le tout n'est pas plus grand que la partie &#187; sous l'effet de menace ou de r&#233;compenses. Mais cela ne recouvre pas l'&#233;nonc&#233; du &#167; 11 du chapitre II qui fait explicitement de la &lt;i&gt;tromperie &lt;/i&gt;la cause du transfert de la facult&#233; de juger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si un individu A est capable de produire chez un individu B des id&#233;es fausses mais que ce dernier les croit vraies parce que sa volont&#233; et son jugement sont trop faibles pour s'y opposer, il agira en cons&#233;quence selon les id&#233;es de son imagination mais sous la direction du premier. Voyons-en l'application &#224; l'affect de crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on est attach&#233; &#224; l'obtention de biens ext&#233;rieurs, celle-ci d&#233;pend pour une large mesure de la fortune car la s&#233;rie des causes externes qui les produit est difficilement connaissable et ses encha&#238;nements peu pr&#233;visibles. D'o&#249;, une fois ces biens obtenus, le probl&#232;me de l'incertitude de leur reproduction future. De l&#224; d&#233;coule, en l'absence m&#234;me de ces biens, une oscillation entre la crainte et l'espoir, d&#233;termin&#233;e par la &#171; plus l&#233;g&#232;re impulsion &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-99&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, pr&#233;f., p. 19.&#034; id=&#034;nh3-99&#034;&gt;99&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et comme on d&#233;sire mettre fin &#224; cette oscillation constante entre ces deux affects, on d&#233;sire disposer d'une id&#233;e qui permette de pr&#233;voir ce qui va advenir et de se prot&#233;ger contre le pire. Aussi toute id&#233;e capable d'&#233;liminer cette inconstance sera tenue pour bonne et c'est pourquoi chacun demande conseil &#224; tous, s'appr&#234;te &#224; suivre tous les avis, m&#234;me les plus ineptes et absurdes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-100&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-100&#034;&gt;100&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, si l'on est sous l'empire d'un affect de crainte et si un incident quelconque survenu en connexion avec un bien ou un mal pass&#233; se reproduit, on pensera qu'il s'agit l&#224; d'un &#171; pr&#233;sage &#187; favorable ou funeste, capable d'indiquer en quel sens la situation &#233;voluera. Par ailleurs, si l'on ne dispose d'aucune id&#233;e ad&#233;quate des lois n&#233;cessaires et universelles de la nature et que son ordre se confonde avec ce &#224; quoi on est accoutum&#233;, cet incident ou &#233;v&#233;nement, s'il appara&#238;t insolite, portera &#224; conclure qu'il s'agit l&#224; d'une manifestation de la col&#232;re des dieux (ou de Dieu)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-101&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'id&#233;e inad&#233;quate des lois de la nature, cf. TTP, VI, p. 120-121 ; sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-101&#034;&gt;101&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Appendice du livre 1er de &lt;i&gt;l'&#201;thique &lt;/i&gt;a pr&#233;cis&#233;ment rendu compte de la mani&#232;re dont se forme l'id&#233;e de leur nature et de leur existence. Par l&#224; s'explique la. naissance d'un v&#233;ritable &#171; syst&#232;me de d&#233;cryptage &#187; des signes que ces Dieux emploient pour manifester leurs intentions et l'apparition de cultes ritualis&#233;s destin&#233;s &#224; satisfaire symboliquement aux exigences divines&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-102&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, pr&#233;f., p. 20.&#034; id=&#034;nh3-102&#034;&gt;102&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si certains individus pr&#233;tendent disposer de capacit&#233;s sp&#233;ciales, aptes &#224; leur conf&#233;rer le pouvoir d'interpr&#233;ter ces manifestations divines et de prescrire les formes de culte correspondantes et, s'ils nous en convainquent - ce qui sera relativement facile tant que dure la crainte -, nous les tiendrons alors pour des &#171; devins &#187;, des proph&#232;tes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-103&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 20-21 ; pour les proph&#232;tes, cf. les deux premiers chapitres du TTP.&#034; id=&#034;nh3-103&#034;&gt;103&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et comme ils ne sont pas exempts d'ambition de domination, ils chercheront &#224; nous convaincre que le meilleur moyen de satisfaire aux exigences divines consiste &#224; se soumettre &#224; leurs plus fid&#232;les interpr&#232;tes qui se trouvent ainsi investis par la divinit&#233; de la mission de diriger les hommes, pour les fins qu'elle leur prescrit. Ainsi, ils seront directement ou indirectement &#224; l'origine des maux &#233;prouv&#233;s par chacun s'il ne se soumet pas. Or, les conflits qui pr&#233;valent dans l'&#233;tat de nature peuvent pr&#233;cis&#233;ment appara&#238;tre comme des sanctions inflig&#233;es par l'interm&#233;diaire de celui qui requiert l'ob&#233;issance et entra&#238;ner par cons&#233;quent la soumission d'une multitude &#224; ceux qu'elle instituera comme ses gouvernants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-104&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, pr&#233;face, p. 23.&#034; id=&#034;nh3-104&#034;&gt;104&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est exactement ainsi que proc&#233;deront Mo&#239;se et tous les monarques dont les capacit&#233;s que leur reconna&#238;t la multitude sont en g&#233;n&#233;ral le signe d'un investissement divin&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-105&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, V, p. 107 ; XX, p. 327 ; cf. aussi les exemples d'Auguste et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-105&#034;&gt;105&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et c'est parce que le jugement de cette multitude est trop peu d&#233;velopp&#233; qu'elle poss&#232;de tout &#224; la fois des id&#233;es inad&#233;quates sur la nature de Dieu et sur celle de ses gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est au moyen de cette &lt;i&gt;puissance imaginaire &lt;/i&gt;que leur conf&#232;re ce jugement que ces derniers obtiendront une &lt;i&gt;puissance r&#233;elle. &lt;/i&gt;Il&lt;i&gt; &lt;/i&gt;est vrai qu'au sens strict du terme, celui ou ceux qui sont dits avoir transf&#233;r&#233; leur puissance n'en continuent pas moins d'agir sous l'effet de celle-ci, qui demeure pleine et enti&#232;re : c'est par sa propre puissance que chacun d&#233;cide et agit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-106&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVII, p. 278.&#034; id=&#034;nh3-106&#034;&gt;106&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, simplement il est convaincu par son jugement et par son d&#233;sir propres qu'elle ne lui appartient pas et, qu'elle est &#224; la disposition du ma&#238;tre ou du monarque parce que leur statut exceptionnel est le signe de l'exigence divine d'ob&#233;issance. Bien &#233;videmment, comme dans le cas &lt;i&gt;a)&lt;/i&gt;, ces derniers ne manqueront pas d'utiliser la puissance collective de fa&#231;on distributive afin de contraindre chacun &#224; ali&#233;ner sa puissance &#224; tout moment. On devrait donc conclure que le transfert constant de puissance de la multitude &#224; ses gouvernants perp&#233;tue leur pouvoir et qu'on dispose ainsi d'une garantie de la stabilit&#233; de ce transfert &#233;quivalente &#224; celle recherch&#233;e dans le cadre d'une obligation normative. Et pourtant, rien n'est moins s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul moyen d'&#233;chapper aux sanctions redout&#233;es consiste, dans les cas &lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;b)&lt;/i&gt;, &#224; ob&#233;ir &#224; ceux qui d&#233;tiennent la puissance d'&#234;tre cause et objet de l'affection de crainte. Mais par l&#224; m&#234;me, ils deviennent cause et objet de haine - tristesse &#224; laquelle est jointe l'id&#233;e d'une cause ext&#233;rieure que l'on cherche &#224; &#233;carter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-107&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 13, scolie.&#034; id=&#034;nh3-107&#034;&gt;107&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tant que leur puissance demeure sup&#233;rieure &#224; la n&#244;tre, nous l'avons vu, nous nous abstiendrons de leur infliger des maux car nous craindrons que des maux futurs plus grands n'en r&#233;sultent pour nous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-108&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., prop. 39.&#034; id=&#034;nh3-108&#034;&gt;108&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela peut ne pas durer et si, &#224; tel ou tel moment, leur puissance n'est pas si grande que la peur doive nous paralyser, nous n'aurons plus de crainte d'un mal plus grand. Nous nous efforcerons alors d'&#233;liminer les gouvernants par la violence et si nous le pouvons, nous en aurons le droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-109&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Il leur (aux gouvern&#233;s) est impossible de ne pas prendre plaisir au mal et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-109&#034;&gt;109&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela, les gouvernants le savent et c'est pourquoi ils &#233;prouvent, &#224; leur tour, de la crainte et de la haine pour ceux qu'ils gouvernent. Il en r&#233;sulte qu'ils ne gouvernent plus que pour &#233;carter la crainte de ne plus gouverner : ils accentuent la r&#233;pression, &#171; tendent des pi&#232;ges &#224; la multitude &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-110&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, III, &#167; 9, VI, &#167; 7 ; TTP, XVII, p. 279.&#034; id=&#034;nh3-110&#034;&gt;110&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui les craint et les hait en retour, avec l'intensit&#233; sup&#233;rieure de l'indignation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-111&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., IV, &#167; 4.&#034; id=&#034;nh3-111&#034;&gt;111&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#232;s lors, le probl&#232;me de l'occasion ne se pose plus et ce cycle de violence d&#233;bouche n&#233;cessairement sur une alternative : ou les gouvernants l'emportent et ce pouvoir tyrannique parvient &#224; son dernier degr&#233; d'oppression qui est le despotisme, gouvernement par la terreur et esclavage o&#249; chacun ne pense plus qu'&#224; survivre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-112&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., V, &#167;&#167; 4-5.&#034; id=&#034;nh3-112&#034;&gt;112&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais ce pouvoir n'a rien de plus solide que le pr&#233;c&#233;dent : qu'une agression ext&#233;rieure se produise et nul ne d&#233;fendra un pouvoir de ce type&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-113&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. Individu et communaut&#233; chez Spinoza, p. 419.&#034; id=&#034;nh3-113&#034;&gt;113&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ou les sujets l'emportent et &#233;liminent leurs gouvernants, mais comme la domination subie ant&#233;rieurement n'a en rien contribu&#233; &#224; d&#233;velopper leurs m&#339;urs et leurs jugements, ils se retrouveront dans la situation de d&#233;part et ali&#233;neront de nouveau leur puissance dans les m&#234;mes conditions. Et ce qui vaut pour les rapports d'une multitude &#224; ses gouvernants vaudra, &#224; peu de choses pr&#232;s, pour les rapports de domination interindividuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce transfert de droit s'av&#232;re donc &lt;i&gt;particuli&#232;rement instable &lt;/i&gt;et aucun pouvoir ne peut r&#233;ellement s'&#233;difier et durer &#224; partir de m&#233;canismes de d&#233;pendance passionnelle, principalement fond&#233;s sur la crainte parce que les gouvern&#233;s cesseront t&#244;t ou tard d'ali&#233;ner leur puissance et la retourneront contre leurs oppresseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4/ Enfin, un homme en tient un autre en son pouvoir &#171; lorsqu'il se l'est attach&#233; par un bienfait pour que l'oblig&#233; pr&#233;f&#232;re se soumettre aux d&#233;sirs du bienfaiteur plut&#244;t que de suivre les siens propres et r&#233;gler sa vie sur le jugement du bienfaiteur plut&#244;t que d'en d&#233;cider par lui-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-114&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, II, &#167; 10, et &#201;th., IV, chap. XVII.&#034; id=&#034;nh3-114&#034;&gt;114&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce type de pouvoir est sym&#233;trique inverse et compl&#233;mentaire du troisi&#232;me. Sym&#233;trique inverse puisqu'il se fonde sur un affect de joie engendr&#233; chez l'oblig&#233; par le bienfaiteur et qui le d&#233;termine &#224; produire ce qui est n&#233;cessaire pour reproduire cet affect. En cons&#233;quence, si l'oblig&#233; aime ce qu'aime le bienfaiteur et le reproduit sous sa direction, il obtiendra en retour des bienfaits et pourra esp&#233;rer obtenir ces bienfaits dans le futur &#224; la condition de continuer &#224; se soumettre. Pouvoir compl&#233;mentaire d'autre part, car l'espoir est une joie inconstante toujours accompagn&#233;e de crainte. L'obtention future des bienfaits par le domin&#233; n'est jamais certaine puisqu'elle d&#233;pend de ce qu'il fera lui-m&#234;me, c'est-&#224;-dire de son ob&#233;issance. Or celle-ci n'est pas toujours constante du fait qu'on peut en &#234;tre d&#233;tourn&#233; par des biens imm&#233;diats et que les sollicitations ne font jamais d&#233;faut. Mais si tel est le cas, on ne manquera pas d'&#233;prouver de la crainte, d&#233;riv&#233;e de la possibilit&#233; de perdre les bienfaits dont on disposait par ob&#233;issance, puisque la destruction de ce que nous aimons nous attriste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-115&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 19.&#034; id=&#034;nh3-115&#034;&gt;115&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, entre deux biens, nous choisissons toujours le plus grand parce que nous y sommes d&#233;termin&#233;s par une cause plus puissante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-116&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., IV, prop. 5 et 6.&#034; id=&#034;nh3-116&#034;&gt;116&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et si les avantages cons&#233;cutifs &#224; l'ob&#233;issance s'av&#232;rent plus puissants que les autres, nous ob&#233;irons, la crainte n'intervenant que comme compl&#233;ment de l'espoir, produit par l'id&#233;e de ce que nous perdrions si nous n'ob&#233;issions pas&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-117&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, V, p. 106-108 ; XVII, p. 289-290, 292, 294 ; XVI, p. 267-268 ; TP, III, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-117&#034;&gt;117&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme dans le cas pr&#233;c&#233;dent, on retrouve bien un affect fondamental direct (l'espoir) qui engendre l'ob&#233;issance et continue de la reproduire et un affect indirect (la crainte). Et cela vaut tout autant pour l'ob&#233;issance de l'individu que pour celle de la multitude. Comme la crainte dans le cas pr&#233;c&#233;dent, l'espoir nous d&#233;termine &#224; transf&#233;rer notre puissance sous une double modalit&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;a)&lt;/i&gt; Il est &#233;tabli que nous faisons toujours effort pour affirmer la puissance de notre corps et celle de notre &#226;me. Il est donc impossible qu'il existe en nous une id&#233;e affirmant la diminution de puissance de ce corps et de cette &#226;me&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-118&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 10.&#034; id=&#034;nh3-118&#034;&gt;118&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si cette id&#233;e existe, c'est qu'elle provient de causes ext&#233;rieures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-119&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 10.&#034; id=&#034;nh3-119&#034;&gt;119&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et lorsque dans certains cas nous nous ha&#239;ssons nous-m&#234;mes (honte), ce ne peut &#234;tre que sous l'effet de causes ext&#233;rieures et non sans r&#233;sistance, puisque nous cherchons par nature &#224; &#233;carter tout ce qui diminue notre puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-120&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 29, scolie et d&#233;finition des affections XXXI, explication.&#034; id=&#034;nh3-120&#034;&gt;120&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'affection de crainte, elle, rel&#232;ve pleinement de causes ext&#233;rieures et nous ha&#239;ssons celui qui provoque cette crainte et &#224; qui nous nous soumettons. A l'inverse, les affections de joie qui d&#233;rivent de causes ext&#233;rieures, lorsqu'elles sont passives, rel&#232;vent de causes internes lorsqu'elles sont actives. Mais, dans les deux cas, nous cherchons &#224; les reproduire et nous pouvons m&#234;me en venir &#224; croire que nous sommes cause, par notre puissance, de nos affections de joie passives&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-121&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 53.&#034; id=&#034;nh3-121&#034;&gt;121&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le cadre des rapports interindividuels, lorsque nous faisons ce qui est utile &#224; notre bienfaiteur pour obtenir des bienfaits, que nous provoquons en lui les affects de joie qu'il provoque en nous et que nous imitons chacun les affections de l'autre, notre perception de notre ob&#233;issance peut s'en trouver modifi&#233;e. Au sein de ce cycle d'imitation r&#233;ciproque, nous pouvons penser non point que nous aimons ce qu'aime celui qui nous domine et que nous faisons ce qu'il nous demande pour obtenir des bienfaits, mais que les bienfaits et les louanges que nous recevons ne sont que les effets en retour de ceux que nous avons les premiers prodigu&#233;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-122&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 34.&#034; id=&#034;nh3-122&#034;&gt;122&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous sommes autant bienfaiteurs que le bienfaiteur et nous n'avons nullement conscience d'ob&#233;ir &#224; une puissance ext&#233;rieure &#224; la n&#244;tre, car c'est nous-m&#234;mes qui sommes cause de notre joie &#224; travers autrui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-123&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir note 7.&#034; id=&#034;nh3-123&#034;&gt;123&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous avons donc l'illusion de ne pas &#234;tre soumis &#224; un pouvoir et de fait il est certain que nous n'ob&#233;issons plus au sens propre du terme, puisque nous nous portons au devant des d&#233;sirs d'autrui, d&#233;sormais confondus avec les n&#244;tres. L'image de notre puissance ne nous appara&#238;t nullement ali&#233;n&#233;e puisque nous croyons vouloir par un libre d&#233;cret ce que nous faisons &#224; autrui&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-124&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., III, prop. 2, scolie ; prop. 49 et 61, scolie ; cf. aussi &#201;th., I, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-124&#034;&gt;124&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire &#234;tre nous-m&#234;mes la cause de notre action. Cependant, dans le cadre d'un &lt;i&gt;rapport interindividuel, &lt;/i&gt;nous d&#233;sirerons faire vivre autrui selon nos inclinations afin de nous r&#233;jouir de fa&#231;on constante de ce qui nous r&#233;jouissait d&#233;j&#224;. Et comme autrui d&#233;sire la m&#234;me chose que nous, il en r&#233;sulte une situation conflictuelle et donc la r&#233;apparition des affects de crainte comme on l'a vu ant&#233;rieurement. Dans l'&#233;tat de nature, les situations de d&#233;pendance passionnelle oscillent constamment entre l'espoir et la crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on a affaire &#224; une &lt;i&gt;multitude gouvern&#233;e &lt;/i&gt;par l'espoir plut&#244;t que par la crainte, la situation s'av&#232;re diff&#233;rente. Si les dirigeants n'oppriment pas leurs sujets, ne ruinent pas leurs int&#233;r&#234;ts, ne se font pas ha&#239;r d'eux en soulevant l'indignation g&#233;n&#233;rale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-125&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui est proprement l'inverse de la situation d&#233;crite au &#167; 8 du chapitre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-125&#034;&gt;125&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et ne recourent &#224; la coercition que pour r&#233;primer ceux qui voudraient conserver le droit d'agir selon leur jugement propre, il en d&#233;coule une inversion entre les affects d'espoir et de crainte. En premier lieu, le recours &#224; la crainte, dans ce cadre, a pour cons&#233;quence l'&#233;limination de la phase conflictuelle, c'est-&#224;-dire de la violence n&#233;e de l'imitation des affections. Seuls demeurent les affects positifs d'entraide et de coop&#233;ration, d'o&#249; la paix int&#233;rieure et la pr&#233;servation des int&#233;r&#234;ts des gouvern&#233;s. Ces bienfaits, chacun en dispose et d&#233;sire les obtenir &#224; nouveau, ce qu'il ne pourra faire qu'en ob&#233;issant &#224; nouveau aux gouvernants. Telle est l'ob&#233;issance fond&#233;e sur l'affect d'espoir. En second lieu, la crainte, comme affection compl&#233;mentaire de l'espoir, n'a pas disparu mais ne constitue qu'un affect indirect, relatif aux bienfaits que chacun risque de perdre s'il n'ob&#233;it pas &#224; ce que commandent les gouvernants. Elle ne produit d'ailleurs plus d'indignation commune contre eux, mais bien plut&#244;t contre ceux qui, refusant l'ob&#233;issance, menacent la paix et la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure. Dans ces conditions, ob&#233;ir &#224; ceux qui gouvernent l'&#201;tat ne peut appara&#238;tre comme une contrainte : &#171; dans un &#201;tat qui ne cherche qu'&#224; gouverner les hommes par la crainte, c'est l'absence de vice qui r&#232;gne plut&#244;t que la vertu. Mais on doit conduire les hommes de fa&#231;on qu'ils aient l'impression de vivre selon leurs dispositions et leurs libres d&#233;cisions et non de se laisser conduire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-126&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, X, &#167; 8 ; cf. aussi &#167; 7 ; V, &#167; 3, &#167; 6 : &#171; Une multitude libre est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-126&#034;&gt;126&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Telle est la cons&#233;quence de la domination de l'espoir sur la crainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;b) &lt;/i&gt;Quant &#224; l'ali&#233;nation du jugement &#224; autrui fond&#233;e sur les id&#233;es inad&#233;quates, elle se r&#233;alise exactement dans les m&#234;mes conditions que pour le cas pr&#233;c&#233;dent (cf. le cas &lt;i&gt;b) &lt;/i&gt;de l'ali&#233;nation du jugement par crainte). Simplement, ceux &#224; qui nos id&#233;es inad&#233;quates de la nature ont conf&#233;r&#233; des capacit&#233;s exceptionnelles et &#224; qui, sous l'effet de la crainte de ph&#233;nom&#232;nes insolites, nous avons ali&#233;n&#233; notre puissance ne se contentent pas de requ&#233;rir l'ob&#233;issance sous la menace du ch&#226;timent. Ils peuvent la requ&#233;rir avant tout sous la promesse des bienfaits futurs qui en d&#233;couleront&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-127&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, IV, p. 91.&#034; id=&#034;nh3-127&#034;&gt;127&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les effets d'ob&#233;issance de ces commandements ne r&#233;sident pas dans le bien-fond&#233; de la fin pour laquelle ils seraient produits (paix int&#233;rieure, stabilit&#233; de l'&#201;tat...), mais bien dans la puissance de l'affect d'espoir dominant en intensit&#233; les causes des affects pr&#233;sents qui conduiraient les individus &#224; ne pas se soumettre. On comprend que la fin du commandement soit pour les ignorants ext&#233;rieure &#224; son v&#233;ritable effet. Ils ne lui ob&#233;issent pas pour se conserver mais pour des r&#233;compenses (ou des ch&#226;timents) qui repr&#233;sentent &#224; leurs yeux la fin du commandement, alors qu'ils ne sont que les moyens de son efficace&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-128&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, V, p. 103-104, 107.&#034; id=&#034;nh3-128&#034;&gt;128&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme dans le cas pr&#233;c&#233;dent &lt;i&gt;b)&lt;/i&gt;, c'est parce que les gouvernants sont dot&#233;s par le jugement ali&#233;n&#233; des gouvern&#233;s d'une puissance imaginaire qu'ils obtiendront une puissance r&#233;elle. Et si Mo&#239;se, dans un premier temps, a obtenu, gr&#226;ce &#224; sa &#171; vertu divine &#187; et au moyen de la crainte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-129&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., XIV, p. 246 : &#171; Dieu voulait briser leur &#226;me insoumise et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-129&#034;&gt;129&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, le pouvoir de gouverner les H&#233;breux, cette m&#234;me vertu lui a fait comprendre qu'il devait &#234;tre ob&#233;i de plein gr&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-130&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., V, p. 107 : &#171; Il (Moise) &#233;tablit donc des r&#232;gles de droit par la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-130&#034;&gt;130&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, c'est-&#224;-dire en vertu d'affects d'espoir. Mais l'ali&#233;nation du jugement de la multitude demeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque type de transfert de droit, qu'il soit fond&#233; sur l'espoir ou la crainte, contient ces deux affects. Mais ils n'y d&#233;tiennent pas la m&#234;me importance et cela n'est pas sans cons&#233;quence sur la stabilit&#233; des transferts. Dans le cas o&#249; la crainte constitue l'affect fondamental, aucun transfert ne peut durablement se maintenir. Lorsqu'il s'agit de l'espoir, abstraction faite des relations entre individus isol&#233;s dans l'&#233;tat de nature, la constitution des rapports de pouvoir est stable, puisque les biens pr&#233;sents que nous obtenons d&#233;terminent en nous le d&#233;sir de les obtenir &#224; nouveau en produisant leurs conditions d'existence, d'o&#249; &#224; nouveau ces m&#234;mes bien pr&#233;sents, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'il s'agisse de l'espoir ou de la crainte, puisque ces affects sont la cause du transfert de droit des gouvern&#233;s, sit&#244;t qu'ils disparaissent, les gouvernants perdent leur droit de commander et leurs sujets leur devoir d'ob&#233;ir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-131&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A la fin du &#167; 10 du chapitre II du TP, Spinoza pr&#233;cise bien que le pouvoir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-131&#034;&gt;131&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dans les limites m&#234;mes de cette ali&#233;nation de droit, les gouvernants peuvent-ils tout exiger de leurs sujets ? Ces derniers leur ont-ils ali&#233;n&#233; toute leur puissance ? Existe-t-il une limite &#224; cette ali&#233;nation ? Telle est la derni&#232;re question &#224; laquelle il faut r&#233;pondre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de sa th&#233;orie juridique de la gen&#232;se du pouvoir souverain, Hobbes soutenait qu'une fois le transfert de droit effectu&#233; au moyen du pacte social, nul ne peut plus refuser d'ob&#233;ir au d&#233;tenteur du pouvoir souverain. Certes, si celui-ci ordonne notre mort, nous avons parfaitement le droit de lui d&#233;sob&#233;ir puisque la conservation de notre vie est le seul droit auquel nous ne pouvons renoncer et pour la pr&#233;servation duquel nous avons justement conclu un pacte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-132&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., XIV, p. 132, et De Cive, II, &#167; 6.&#034; id=&#034;nh3-132&#034;&gt;132&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais le Souverain demeure fond&#233;, en droit, d'exiger ce que nous sommes tout aussi fond&#233;s en droit de lui refuser, car il est impliqu&#233; dans le pacte social que nous lui avons transf&#233;r&#233; tous les pouvoirs de coercition ainsi que le choix de leur utilisation&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-133&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., XVI, p. 167.&#034; id=&#034;nh3-133&#034;&gt;133&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, en dehors de toute atteinte directe &#224; la conservation biologique de notre individualit&#233;, nous sommes tenus de lui ob&#233;ir en toute chose. Si l'on objecte &#224; Hobbes que la condition des citoyens est mis&#233;rable s'ils sont soumis aux passions de qui d&#233;tient un pouvoir absolu, il r&#233;pondra que mieux vaut la &#171; condition incommode &#187; de ces citoyens dans l'&#201;tat que la condition mis&#233;rable qu'ils enduraient dans l'&#233;tat de nature, ce dont ils conviendront eux-m&#234;mes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-134&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;v., XVII, p. 190-191.&#034; id=&#034;nh3-134&#034;&gt;134&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, la puissance juridique du Souverain de Hobbes est absolue et il se trouve d'ailleurs dans l'&#233;tat de nature &#224; l'&#233;gard de ses sujets. Il peut donc exiger d'eux tout ce qu'il leur est possible de faire, et il en a le droit, m&#234;me s'il advenait que, de fait, les sujets n'ob&#233;issent pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, pour Spinoza, si les sujets n'ob&#233;issent pas de fait, c'est que les gouvernants n'ont pas le droit d'exiger d'eux qu'ils fassent l'action enquestion. Existe-t-il des choses que les gouvernants n'ont jamais le droit d'exiger ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons mettre notre puissance &#224; la disposition d'autrui en d&#233;sirant agir selon ses d&#233;sirs et en le faisant. Mais quelle que soit l'&#233;tendue de notre soumission (simple r&#233;ciprocit&#233; envers un bienfaiteur, esclavage, etc.), cette ali&#233;nation de notre puissance s'av&#232;re limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, et quoique nous imaginions, il nous est impossible d'ali&#233;ner &#224; quiconque la totalit&#233; de notre puissance et tout ce qu'elle peut produire, parce que nous ne disposons d'aucun pouvoir sur les lois naturelles qui r&#232;glent la production de ses effets, y compris celui de d&#233;sirer agir selon les d&#233;sirs d'autrui. Et ce pouvoir, ceux qui nous dominent n'en disposent pas non plus. C'est pourquoi ils ne peuvent exiger de nous ce qu'il nous est impossible de leur transf&#233;rer : ils n'en ont pas la puissance et donc pas le droit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-135&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVII, p. 277-278 ; XX, p. 327 ; TP, III, &#167;&#167; 3, 8 ; IV, &#167; 4.&#034; id=&#034;nh3-135&#034;&gt;135&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi, nul ne peut obtenir de nous que nous nous soumettions par crainte et que nous n'&#233;prouvions pas simultan&#233;ment des affects de haine et un d&#233;sir de r&#233;volte&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-136&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVII, p. 277.&#034; id=&#034;nh3-136&#034;&gt;136&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nul ne peut obtenir par des r&#233;compenses ou des menaces que nous ha&#239;ssions nos bienfaiteurs, que nous aimions ceux que nous ha&#239;ssons, que nous ne d&#233;sirions pas &#233;viter la mort...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-137&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, III, &#167; 8, et TTP, ibid. : &#171; Il n'y aura jamais de souverain qui puisse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-137&#034;&gt;137&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ainsi une grande partie des affections et des comportements des gouvern&#233;s &#233;chappe &#224; la prise des gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, nous avons vu que, sous l'effet de la crainte, nous pouvons &#234;tre conduits &#224; produire des id&#233;es inad&#233;quates sur l'ordre, la cr&#233;ation de la nature, les d&#233;sirs des Dieux, ainsi que sur ceux qui, parce qu'ils s'en proclament les interpr&#232;tes, requi&#232;rent notre ob&#233;issance &#224; leurs commandements. Il est vrai que nous jugeons selon leur jugement, mais cela ne veut pas dire que nous leur avons transf&#233;r&#233; notre puissance de juger dans sa totalit&#233;, c'est-&#224;-dire concernant tous les aspects de la vie qui ne rel&#232;vent pas directement de notre rapport de soumission&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-138&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XX, p. 327-328, 329, 335.&#034; id=&#034;nh3-138&#034;&gt;138&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. M&#234;me les H&#233;breux, qui d&#233;pendaient dans presque tous leurs actes de prescriptions rituelles d&#233;riv&#233;es de conceptions th&#233;ologiques dont Moise &#233;tait &#224; l'origine, n'avaient pas abandonn&#233; enti&#232;rement leur pouvoir de juger &#171; selon leur complexion &#187;, y compris leurs propres dirigeants&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-139&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 328.&#034; id=&#034;nh3-139&#034;&gt;139&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, lorsque nous pensons uniquement selon les lois de notre seule nature, il est &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; certain qu'aucune menace ou r&#233;compense ne pourra nous faire penser que &#171; le tout n'est pas plus grand que la partie, que Dieu n'existe pas, qu'un corps dont la finitude est visible est un &#234;tre infini &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-140&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP, III, &#167; 8.&#034; id=&#034;nh3-140&#034;&gt;140&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Aucun pouvoir quel qu'il soit ne disposera donc jamais d'une puissance capable d'emp&#234;cher la raison de penser selon ses propres lois. Il est donc certain que ce que nous ne pouvons ali&#233;ner dans un transfert de droit ne se r&#233;duit pas &#224; la seule conservation de notre vie comme chez Hobbes et que l'id&#233;e d'un pouvoir absolu n'est pour Spinoza qu'une id&#233;e inad&#233;quate&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-141&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP, XVII, p. 278 : &#171; Il faut donc accorder que l'individu se r&#233;serve une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-141&#034;&gt;141&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Telle est, quoiqu'on l'ignore trop souvent, la d&#233;duction spinoziste du droit de r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;*&lt;/h2&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;* *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le transfert de puissance par ali&#233;nation passionnelle, quelles qu'en soient les formes concr&#232;tes, repr&#233;sente, pour Spinoza, le m&#233;canisme de constitution et de reproduction du pouvoir du corps politique. On comprend que la raison n'y ait point de part, malgr&#233; l'&#171; h&#233;sitation &#187; du &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt; sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il en &#233;tait autrement, les hommes n'agiraient que suivant ce qui se d&#233;duit des lois de leur seule nature, c'est-&#224;-dire selon la raison et la vertu&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-142&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;V. note 21.&#034; id=&#034;nh3-142&#034;&gt;142&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Leur conduite, conform&#233;ment aux propositions 35-37 du livre IV de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, serait celle d'individus dont les natures s'accordent au lieu d'&#234;tre contraires les unes aux autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-143&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;th., IV, prop. 32.&#034; id=&#034;nh3-143&#034;&gt;143&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, du m&#234;me coup, des hommes agissant uniquement selon les lois de la raison n'auraient aucun besoin du pouvoir de l'&#201;tat. Ce dernier n'existe donc que parce qu'ils vivent sous le r&#233;gime des affections passives. Or, m&#234;me l'&#201;tat le mieux organis&#233; dans son syst&#232;me institutionnel, et qui permet &#224; la raison de se d&#233;velopper, ne peut avoir pour effet la disparition des passions &#224; partir desquelles il s'est &#233;difi&#233;. Tout au plus peut-il en modifier la pr&#233;dominance, mais il les requiert n&#233;cessairement pour sa propre reproduction, perp&#233;tuant ainsi cet &#233;tat de d&#233;pendance. Ainsi, dans le corps politique comme dans l'&#233;tat de nature, nous sommes d&#233;termin&#233;s &#224; transf&#233;rer en permanence notre droit non par la raison, mais par les passions. La seule diff&#233;rence est que dans l'&#233;tat de nature ces transferts &#233;taient fluctuants, individuels et anarchiques alors que dans le corps politique ils sont collectifs, stables et centralis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il est vrai de dire en un sens que ceux qui, au sein de l'&#201;tat, vivent selon leur raison ne d&#233;pendent de personne. Ils agissent selon ce qui se d&#233;duit uniquement de leur propre nature et sont donc &lt;i&gt;sui juris&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-144&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est exactement ce qu'explique la suite du &#167; 11 du chapitre II du TP, cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-144&#034;&gt;144&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; m&#234;me lorsqu'ils ob&#233;issent aux lois de l'&#201;tat, bonnes ou mauvaises, car ils comprennent, ind&#233;pendamment de toute passion d'espoir ou de crainte, que l'&#201;tat est n&#233;cessaire pour &#233;viter la situation qui pr&#233;vaut dans l'&#233;tat de nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair, enfin, que tous les m&#233;canismes de d&#233;pendance passionnelle examin&#233;s n'ont aucune existence &#171; r&#233;elle &#187;. Nul n'ob&#233;it jamais par crainte ou espoir &#224; des gouvernants &lt;i&gt;in abstracto&lt;/i&gt;. Mais on ob&#233;it aux gouvernants d'un r&#233;gime monarchique, d&#233;mocratique, th&#233;ocratique, etc. Ces principes de transfert de puissance sont donc toujours immanents &#224; la constitution et &#224; la conservation d'un r&#233;gime d&#233;termin&#233;. Et c'est selon que la structure interne de chaque type d'&#201;tat est plus ou moins bien agenc&#233;e que l'ob&#233;issance requise sera fond&#233;e sur la pr&#233;dominance de l'espoir ou de la crainte, que l'on obtiendra l'organisation de la plus grande libert&#233; possible ou de la servitude et que les gouvernants prendront des d&#233;cisions qui leur vaudront l'hostilit&#233; ou la reconnaissance des gouvern&#233;s. Mais on entre ici dans un autre propos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#167; 2 (dor&#233;navant cit&#233; &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;). La trad. cit&#233;e est celle de P.-F. Moreau, Ed. R&#233;plique (1979).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, 1, prop. 25, et III, prop. 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167;&#167; 3, 7, et &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, I, prop. 17, coroll.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico politique&lt;/i&gt;, &#233;d. GF, p. 261 (dor&#233;navant cit&#233; &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, IV, p. 85.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, pr&#233;f., IV, 4, coroll. ; &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, IV, d&#233;f. 8, prop. 24 ; &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, IV, p. 87-88 ; &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167;&#167; 4, 7-8&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVI, p. 262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 5 : &#171; L'homme, qu'il soit conduit par la raison ou le seul d&#233;sir, ne fait rien qu'en vertu des lois et des n&#233;cessit&#233;s r&#233;gl&#233;es de la nature, c'est-&#224;-dire (...) en vertu du droit de nature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, IV, prop. 20, scolie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;V. A. Matheron, &#171; Le droit du plus fort, Hobbes contre Spinoza &#187;, in &lt;i&gt;Revue philosophique&lt;/i&gt;, n&#176;2, 1985, o&#249; sont analys&#233;es de fa&#231;on rigoureuse et parfaitement convaincantes tout &#224; la fois les implications et les conditions formelles de la d&#233;finition du droit chez Hobbes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ed. Sirey, trad. Tricaud, p. 128.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Hobbes compl&#232;te en effet sa d&#233;finition du droit en posant que les obstacles ext&#233;rieurs &#171; peuvent souvent enlever une part du pouvoir qu'il a de faire ce qu'il voudrait, mais ne peuvent l'emp&#234;cher d'user du pouvoir qui lui est laiss&#233;, conform&#233;ment &#224; ce que lui dicteront son jugement et sa raison &#187;, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour le droit sur toute chose, &lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, XIV, p. 129 ; pour la th&#233;orie de la puissance du &lt;i&gt;De Corpore&lt;/i&gt;, cf. chap. X, &#167;&#167; 1-2, et IX, &#167;&#167; 3-4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVI, p. 263.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, XVII, p. 277, XX, p. 327-330 ; &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;viathan&lt;/i&gt;, XV, p. 160 ; &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, XVII, &#167; 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, XIV, p. 128.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Matheron, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 162.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, XIV, p. 129.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, XV, p. 158.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Cf. &lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 17, scolie, qui &#233;tablit que deux affects oppos&#233;s dans l'&#226;me engendrent une fluctuatio animi.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, XIV, p. 130 ; &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, Il, &#167; 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 131 ; &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, II, &#167; 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 133 ; &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, II, &#167; 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 131.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 159, et &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, II, &#167; 18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, p. 133, et &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, II, &#167; 9 ; aucun probl&#232;me ne se pose dans le cas de l'ex&#233;cution mutuelle imm&#233;diate. Aussi peut-on faire abstraction de ce cas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; De celui qui s'ex&#233;cute le premier en cas de contrat, on dit qu'il m&#233;rite ce qu'il doit recevoir par l'ex&#233;cution de l'autre partie ; il le re&#231;oit comme un d&#251; &#187;, &lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 135.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 138.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt; ; XV, p. 143.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, chap. XX : &#171; Des dominations paternelles ou despotiques &#187; obtenues en engendrant &#187; (droit paternel) ou en &#171; subjuguant &#187; (droit du vainqueur), p. 208. Cf. aussi &#171; R&#233;vision et conclusion &#187;, p. 714-716, o&#249; Hobbes marque clairement la diff&#233;rence entre le vainqueur militaire lorsqu'il s'impose par la force et ce m&#234;me vainqueur qui devient &#171; subjuguant &#187; lorsque cette domination est valid&#233;e par une convention. A. Matheron fait remarquer &#224; juste titre dans l'article cit&#233; (p. 151) que Hobbes &#233;chappe ainsi &#224; l'objection de Rousseau (&lt;i&gt;Contrat social&lt;/i&gt;, I, 3) sur le droit du plus fort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, XIV, p. 137, et &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, II, &#167; 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, XIII, p. 126-127 ; &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, I, &#167;&#167; 1-2, 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, XVIII, p. 180-181.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVI, p. 263.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, 11, &#167; 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVI, p. 263.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-60&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-60&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-60&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;60&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 263, 266.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-61&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-61&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-61&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;61&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVI, p. 264.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-62&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-62&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-62&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;62&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 265.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-63&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-63&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-63&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;63&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-64&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-64&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-64&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;64&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, mais je me r&#233;f&#232;re ici &#224; la traduction de La Pl&#233;iade, p. 827 ; pour la domination de la raison, cf. &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, IV, prop. 58-78.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-65&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-65&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-65&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;65&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, IV, scolie 2, de la prop. 37.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-66&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-66&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-66&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;66&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVI, p. 263 ; III, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-67&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-67&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-67&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;67&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'examen du rapport entre lois &#171; juridiques &#187; et lois naturelles au chapitre IV du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt; est tr&#232;s &#233;clairant sur ce point. Spinoza commence par les distinguer, puis &#233;tablit que la volont&#233; d'o&#249; elles proc&#232;dent s'explique par les lois de la nature dont elle d&#233;pend n&#233;cessairement. Mais alors pourquoi avoir &#233;tabli cette distinction ? C'est parce qu'une soci&#233;t&#233; comme celle des H&#233;breux de l'Ancien Testament ne peut se constituer que sous l'effet de causes ext&#233;rieures (chap. III, p. 72), et c'est parce qu'on ne conna&#238;t pas toujours ces causes qu'il faut se r&#233;f&#233;rer aux causes prochaines, comme par exemple la d&#233;cision volontaire (chap. IV, p. 86). Appliqu&#233;e au probl&#232;me du contrat, cette analyse nous ferait conclure que, parce qu'on ne conna&#238;t pas les causes du moment pr&#233;cis de formation de la puissance collective, on recourt, faute d'explication, &#224; la cause prochaine qu'est le contrat et qui est bien lui aussi une d&#233;cision volontaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-68&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-68&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-68&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;68&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVI, p. 266.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-69&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-69&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-69&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;69&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est impossible d'&#233;tudier ici l'&#233;volution qui conduit Spinoza de la position du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt; &#224; celle du &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;. J'essaierai de montrer ult&#233;rieurement qu'elle s'explique par l'&#233;volution des concepts dans lesquels Spinoza pense son anthropologie. Pour la disparition du r&#244;le de la raison au profit des seules passions dans le &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, cf. II, &#167; 15-18.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-70&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-70&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-70&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;70&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-71&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-71&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-71&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;71&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-72&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-72&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-72&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;72&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. sur ce point A. Matheron, &#171; Spinoza et la probl&#233;matique juridique de Grotius &#187;, in &lt;i&gt;Anthropologie et politique au XVIIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, Vrin, 1986, p. 99.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-73&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-73&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-73&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;73&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVI, p. 264.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-74&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-74&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-74&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;74&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 264.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-75&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-75&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-75&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;75&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 12..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-76&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-76&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-76&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;76&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 262.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-77&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-77&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-77&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;77&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, III, prop, 27, scolie : d&#233;finition de la commis&#233;ration, et &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 5 : &#171; Les hommes sont n&#233;cessairement soumis aux passions et sont ainsi faits qu'ils plaignent les malheureux... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-78&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-78&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-78&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;78&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 13, scolie et d&#233;finition 6 des affections.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-79&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-79&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-79&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;79&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 30, scolie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-80&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-80&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-80&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;80&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, prop. 31.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-81&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-81&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-81&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;81&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, prop. 32, et &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 5 : les hommes plaignent les malheureux et &#171; jalousent les heureux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-82&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-82&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-82&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;82&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 31, scolie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-83&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-83&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-83&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;83&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-84&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-84&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-84&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;84&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, corollaire, et &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 5 : &#171; Chacun d&#233;sire que les autres vivent selon ses propres inclinations, qu'ils approuvent ce que lui-m&#234;me approuve et rejettent ce que lui-m&#234;me rejette. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-85&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-85&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-85&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;85&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 31, scolie, et &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 5 : &#171; Puisque tous d&#233;sirent la m&#234;me pr&#233;&#233;minence, ils entrent en conflit, s'efforcent autant qu'ils peuvent de s'opprimer les uns les autres... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-86&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-86&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-86&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;86&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. A. Matheron, &lt;i&gt;Individu et communaut&#233; chez Spinoza&lt;/i&gt;, Ed. Minuit, 1969, p. 201 et sq., qui est parfaitement fond&#233;, quoiqu'on en dise, &#224; parler de v&#233;ritables &#171; cycles de r&#233;ciprocit&#233; &#187; positive ou n&#233;gative.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-87&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-87&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-87&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;87&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, 15.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-88&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-88&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-88&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;88&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-89&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-89&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-89&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;89&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-90&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-90&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-90&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;90&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-91&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-91&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-91&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;91&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-92&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-92&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-92&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;92&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 18, scolie 2, et d&#233;finition des affections, 13.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-93&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-93&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-93&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;93&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D&#233;finition des affections, 13, et &lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 49, scolie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-94&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-94&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-94&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;94&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, II, p. 61, et V, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-95&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-95&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-95&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;95&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, V, p. 106 ; &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, IV, &#167;&#167; 4-6, et A. Matheron, ouvr. cit., p. 128 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-96&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-96&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-96&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;96&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, III, &#167; 11.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-97&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-97&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-97&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;97&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. Matheron, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, n. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-98&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-98&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-98&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;98&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 11 ; &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XX, p. 327.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-99&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-99&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-99&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;99&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, pr&#233;f., p. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-100&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-100&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-100&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;100&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-101&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-101&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-101&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;101&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'id&#233;e inad&#233;quate des lois de la nature, cf. &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, VI, p. 120-121 ; sur la col&#232;re des Dieux, pr&#233;f., p. 20 ; de Dieu, ibid., XIV, p. 246.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-102&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-102&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-102&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;102&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, pr&#233;f., p. 20.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-103&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-103&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-103&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;103&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 20-21 ; pour les proph&#232;tes, cf. les deux premiers chapitres du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-104&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-104&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-104&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;104&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, pr&#233;face, p. 23.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-105&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-105&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-105&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;105&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, V, p. 107 ; XX, p. 327 ; cf. aussi les exemples d'Auguste et d'Alexandre, XVII, p. 280-281. Spinoza pr&#233;cise bien qu'une telle situation n'est possible que pour des peuples &#171; barbares &#187; (ibid.), des &lt;i&gt;rudi ingenii&lt;/i&gt; ; les Mac&#233;doniens, par exemple, &#233;taient beaucoup trop &#233;clair&#233;s pour croire aux discours de Cl&#233;on.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-106&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-106&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-106&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;106&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVII, p. 278.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-107&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-107&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-107&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;107&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 13, scolie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-108&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-108&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-108&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;108&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, prop. 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-109&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-109&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-109&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;109&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Il leur (aux gouvern&#233;s) est impossible de ne pas prendre plaisir au mal et au dommage du ma&#238;tre qui a pouvoir sur eux f&#251;t-ce &#224; leur grand d&#233;triment de ne pas lui souhaiter du mal et lui en faire quand ils peuvent &#187;, &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, V, p. 106 (je souligne). Spinoza reprend l'adage de S&#233;n&#232;que : &#171; Nul n'a longtemps exerc&#233; un pouvoir de violence, seul un pouvoir mod&#233;r&#233; dure &#187;, V, p. 106, et XVI, p. 267.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-110&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-110&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-110&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;110&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, III, &#167; 9, VI, &#167; 7 ; &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVII, p. 279.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-111&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-111&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-111&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;111&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, IV, &#167; 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-112&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-112&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-112&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;112&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, V, &#167;&#167; 4-5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-113&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-113&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-113&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;113&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;Individu et communaut&#233; chez Spinoza&lt;/i&gt;, p. 419.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-114&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-114&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-114&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;114&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, II, &#167; 10, et &lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, IV, chap. XVII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-115&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-115&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-115&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;115&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 19.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-116&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-116&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-116&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;116&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, IV, prop. 5 et 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-117&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-117&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-117&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;117&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, V, p. 106-108 ; XVII, p. 289-290, 292, 294 ; XVI, p. 267-268 ; &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, III, &#167; 3, 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-118&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-118&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-118&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;118&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-119&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-119&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-119&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;119&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-120&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-120&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-120&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;120&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 29, scolie et d&#233;finition des affections XXXI, explication.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-121&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-121&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-121&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;121&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 53.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-122&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-122&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-122&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;122&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-123&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-123&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-123&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;123&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir note 7.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-124&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-124&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-124&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;124&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, III, prop. 2, scolie ; prop. 49 et 61, scolie ; cf. aussi &lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, I, Appendice&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-125&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-125&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-125&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;125&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce qui est proprement l'inverse de la situation d&#233;crite au &#167; 8 du chapitre III du &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt; ; il est extr&#234;mement rare, note Spinoza dans le &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, &#171; que les souverains commandent des choses tr&#232;s absurdes ; il leur importe au plus haut point de veiller au bien commun et de tout diriger selon l'injonction de la raison &#187;, XVI, p. 267, mais une telle proposition sera repens&#233;e sur une tout autre base en &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, I, &#167; 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-126&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-126&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-126&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;126&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, X, &#167; 8 ; cf. aussi &#167; 7 ; V, &#167; 3, &#167; 6 : &#171; Une multitude libre est conduite par l'espoir plus que par la crainte ; une multitude soumise, par la crainte plus que par l'espoir ; l'une s'efforce de profiter de sa vie, l'autre seulement d'&#233;chapper &#224; la mort. L'une, dis-je, s'efforce de vivre pour elle-m&#234;me, l'autre est contrainte d'ob&#233;ir au vainqueur &#187; ; VI, &#167; 3, et III, &#167; 6 ; cf. aussi &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, V, p. 107 : &#171; Les lois devront &#234;tre institu&#233;es en tout &#201;tat de fa&#231;on que les hommes soient contenus moins par la crainte que par l'espoir de quelque bien particuli&#232;rement d&#233;sir&#233;, de la sorte chacun fera son office avec ardeur &#187; ; cf. aussi XVII, p. 278-279 : &#171; Celui-l&#224; donc est le plus sous le pouvoir d'un autre qui se d&#233;termine d'ob&#233;ir &#224; ses commandements d'une &#226;me enti&#232;rement consentante ; et il s'ensuit que celui-l&#224; a le pouvoir le plus grand, qui r&#232;gne sur les &#226;mes de ses sujets. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-127&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-127&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-127&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;127&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, IV, p. 91.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-128&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-128&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-128&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;128&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, V, p. 103-104, 107.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-129&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-129&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-129&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;129&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, XIV, p. 246 : &#171; Dieu voulait briser leur &#226;me insoumise et la contraindre &#224; l'ob&#233;issance ; c'est pourquoi il ne se manifesta pas &#224; eux par des raisons mais par des &#233;clats de trompette, le tonnerre et les &#233;clairs &#187; ; et V, p. 107 ; XVII, p. 283.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-130&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-130&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-130&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;130&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, V, p. 107 : &#171; Il (Moise) &#233;tablit donc des r&#232;gles de droit par la vertu divine qui le distinguait. Mais il prit le plus grand soin de faire que le peuple rempl&#238;t son office, moins par crainte que de son plein gr&#233; &#187;, et p. 108.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-131&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-131&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-131&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;131&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A la fin du &#167; 10 du chapitre II du &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, Spinoza pr&#233;cise bien que le pouvoir d'un homme sur un autre se maintient &#171; aussi longtemps que dure la crainte ou l'espoir ; ces sentiments une fois disparus, celui qui &#233;tait domin&#233; rel&#232;ve d&#233;sormais de son propre droit &#187;, et IV, &#167; 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-132&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-132&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-132&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;132&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, XIV, p. 132, et &lt;i&gt;De Cive&lt;/i&gt;, II, &#167; 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-133&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-133&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-133&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;133&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, XVI, p. 167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-134&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-134&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-134&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;134&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;v.&lt;/i&gt;, XVII, p. 190-191.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-135&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-135&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-135&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;135&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVII, p. 277-278 ; XX, p. 327 ; &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, III, &#167;&#167; 3, 8 ; IV, &#167; 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-136&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-136&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-136&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;136&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVII, p. 277.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-137&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-137&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-137&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;137&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, III, &#167; 8, et &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt; : &#171; Il n'y aura jamais de souverain qui puisse tout ex&#233;cuter comme il voudra. En vain, il commanderait &#224; un sujet d'avoir en haine son bienfaiteur, d'aimer qui lui a fait du mal ; de ne ressentir aucune offense des injures ; de ne pas d&#233;sirer &#234;tre affranchi de la crainte et un grand nombre de choses semblables qui suivent n&#233;cessairement des lois de la nature humaine &#187;, et cf. n. 133.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-138&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-138&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-138&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;138&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XX, p. 327-328, 329, 335.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-139&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-139&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-139&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;139&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 328.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-140&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-140&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-140&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;140&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, III, &#167; 8.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-141&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-141&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-141&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;141&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, XVII, p. 278 : &#171; Il faut donc accorder que l'individu se r&#233;serve une grande part de son droit, laquelle n'est plus suspendue au d&#233;cret d'un autre. &#187; Et &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, III, &#167; 8 ; IV, &#167; 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-142&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-142&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-142&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;142&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;V. note 21.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-143&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-143&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-143&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;143&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;, IV, prop. 32.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-144&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-144&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-144&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;144&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est exactement ce qu'explique la suite du &#167; 11 du chapitre II du &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, cf. aussi III, &#167; 6 ; &lt;i&gt;&#201;th.&lt;/i&gt;- IV, prop. 78&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#201;tudes philosophiques&lt;/strong&gt;, oct.-nov. 1987 ; pp.409-438.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; Christian Lazzeri d'avoir g&#233;n&#233;reusement permis que ce texte soit publi&#233; ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;face &#224; l'Anomalie Sauvage de Negri, par Alexandre Matheron</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Preface-a-l-Anomalie-Sauvage-de-Negri-par-Alexandre-Matheron</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Preface-a-l-Anomalie-Sauvage-de-Negri-par-Alexandre-Matheron</guid>
		<dc:date>2004-05-08T07:58:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Matheron, Alexandre</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Je voudrais dire ici &#224; la fois mon admiration pour le livre de Negri, mon accord avec ce qui me para&#238;t &#234;tre l'essentiel de son interpr&#233;tation de Spinoza, et aussi, accessoirement, les quelques r&#233;serves qu'il peut inspirer &#224; un historien de la philosophie professionnellement toujours tent&#233; d'en rester &#224; la litt&#233;ralit&#233; des textes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Admiration, au sens classique comme au sens courant du mot, pour l'extraordinaire analyse marxiste par laquelle Negri rend intelligible le rapport entre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Je voudrais dire ici &#224; la fois mon admiration pour le livre de Negri, mon accord avec ce qui me para&#238;t &#234;tre l'essentiel de son interpr&#233;tation de Spinoza, et aussi, accessoirement, les quelques r&#233;serves qu'il peut inspirer &#224; un historien de la philosophie professionnellement toujours tent&#233; d'en rester &#224; la litt&#233;ralit&#233; des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Admiration, au sens classique comme au sens courant du mot, pour l'extraordinaire analyse marxiste par laquelle Negri rend intelligible le rapport entre l'&#233;volution de la pens&#233;e de Spinoza et les transformations historiques intervenues dans la situation hollandaise de son temps. Malheureusement, je suis beaucoup trop incomp&#233;tent en la mati&#232;re pour pouvoir me permettre de juger de la v&#233;rit&#233; ou de la fausset&#233; de son hypoth&#232;se. Mais ce qui est certain, c'est qu'elle est tr&#232;s f&#233;conde : elle permet &#224; la fois d'introduire une logique interne dans ce qu'on savait d&#233;j&#224;, et de mettre en &#233;vidence le caract&#232;re significatif de certaines donn&#233;es de fait qui, jusqu'&#224; pr&#233;sent, passaient beaucoup trop souvent pour marginales. Elle nous fait comprendre, tout d'abord, comment l' &#171; anomalie hollandaise &#187; &lt;i&gt;peut rendre compte&lt;/i&gt; de la persistance tardive aux Pays-Bas de ce panth&#233;isme utopiste de type &#171; renaissant &#187; qui, effectivement, avec beaucoup de confusions et d'incertitudes, a sans doute &#233;t&#233; celui de Spinoza dans les parties les plus archa&#239;ques du &lt;i&gt;Court Trait&#233;&lt;/i&gt;. Elle nous fait comprendre, ensuite, comment l'apparition tardive en Hollande de la crise du capitalisme commen&#231;ant peut rendre compte de la dislocation de ce panth&#233;isme initial et de la n&#233;cessit&#233; qu'a &#233;prouv&#233;e Spinoza, comme il l'a effectivement &#233;prouv&#233;e, d'op&#233;rer un remaniement conceptuel tr&#232;s difficile. Elle nous fait comprendre, enfin, comment la r&#233;volte de Spinoza devant la solution absolutiste qui avait &#233;t&#233; donn&#233;e &#224; la crise partout ailleurs en Europe, et qui mena&#231;ait de l'&#234;tre en Hollande, &lt;i&gt;peut rendre compte&lt;/i&gt; du r&#233;sultat final de ce remaniement conceptuel. Or, en laissant de c&#244;t&#233; l'hypoth&#232;se elle-m&#234;me, je crois que, pour l'essentiel, les faits sur lesquels elle attire notre attention sont tr&#232;s r&#233;els et tr&#232;s importants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, en premier lieu, pour l'&#233;tat final (ou relativement final) de la philosophie de Spinoza : pour ce que Negri appelle sa &#171; seconde fondation &#187;. Sur ce point, &#224; une r&#233;serve pr&#232;s sur laquelle je reviendrai, je suis fondamentalement d'accord avec lui. Dans cette &#171; seconde fondation &#187;, non seulement Spinoza a rompu avec toute survivance d'&#233;manatisme n&#233;oplatonicien (ce que reconnaissent tous les commentateurs s&#233;rieux), mais il n'admet plus la moindre transcendance de la substance par rapport &#224; ses modes, sous quelque forme qu'elle se pr&#233;sente : la substance n'est pas un fond dont les modes seraient la surface, nous ne sommes pas des vagues &#224; la surface de l'oc&#233;an divin, mais &lt;i&gt;tout est r&#233;sorb&#233; dans la surface&lt;/i&gt;. La substance sans ses modes n'est qu'une abstraction, exactement comme le sont les modes sans la substance : la seule r&#233;alit&#233; concr&#232;te, ce sont les &#234;tres naturels individuels, qui se composent les uns avec les autres pour former encore d'autres &#234;tres naturels individuels, etc., &#224; l'infini. Mais cela ne veut pas dire que le b&#233;n&#233;fice des analyses ant&#233;rieures ait &#233;t&#233; nul ; cela veut dire que tout ce qui &#233;tait attribu&#233; &#224; Dieu est maintenant investi &lt;i&gt;dans les choses elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; : ce n'est plus Dieu qui produit les choses &#224; la surface de soi-m&#234;me, mais ce sont les choses elles-m&#234;mes qui deviennent auto-productrices, au moins partiellement, et productrices d'effets dans le cadre des structures qui d&#233;finissent les limites de leur auto-productivit&#233;. On peut encore parler de Dieu (comme le fait Spinoza, et comme, de son propre point de vue, il a raison de le faire) pour d&#233;signer cette activit&#233; productrice immanente aux choses, cette productivit&#233; infinie et in&#233;puisable de toute la nature, mais &#224; la condition de bien se rappeler ce que cela veut dire : la nature naturante, c'est la nature &lt;i&gt;en tant que&lt;/i&gt; naturante, la nature consid&#233;r&#233;e dans son aspect producteur isol&#233; par abstraction ; et la nature natur&#233;e, ou les modes, ce sont les structures qu'elle se donne en se d&#233;ployant, la nature &lt;i&gt;en tant que&lt;/i&gt; natur&#233;e ; mais dans la r&#233;alit&#233;, il n'y a que des individus plus ou moins compos&#233;s, dont chacun (naturant et natur&#233; &#224; la fois) s'efforce de produire tout ce qu'il peut, et de se produire et de se reproduire soi-m&#234;me en produisant tout ce qu'il peut : l'ontologie concr&#232;te commence avec la th&#233;orie du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;. C'est pourquoi Negri a tout &#224; fait raison de caract&#233;riser cet &#233;tat final du spinozisme comme une &lt;i&gt;m&#233;taphysique de la force productive&lt;/i&gt; ; et cela par opposition &#224; toutes les autres m&#233;taphysiques classiques, qui sont toujours plus ou moins des m&#233;taphysiques des rapports de production dans la mesure o&#249; elles subordonnent la productivit&#233; des choses &#224; un ordre transcendant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que cette m&#233;taphysique de la force productive joue &#224; tous les niveaux du spinozisme, c'est ce qu'explique admirablement Negri. Il nous montre, en suivant le fil des trois derniers livres de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, comment, chez cet &#234;tre naturel tr&#232;s compos&#233; qu'est l'homme, se constitue progressivement la subjectivit&#233; ; comment le &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; humain, devenu d&#233;sir, d&#233;ploie autour de lui, gr&#226;ce au r&#244;le &lt;i&gt;constitutif&lt;/i&gt; (et non plus simplement n&#233;gatif) de l'imagination, un monde humain qui est v&#233;ritablement une &#171; seconde nature &#187; ; comment les d&#233;sirs individuels, toujours gr&#226;ce &#224; l'imagination, se composent entre eux pour introduire dans cette &#171; seconde nature &#187; une dimension interhumaine ; et comment, gr&#226;ce &#224; l'enrichissement ainsi apport&#233; &#224; l'imagination par la production m&#234;me de ce monde humain et interhumain, notre &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; peut devenir de plus en plus auto-producteur, c'est-&#224;-dire de plus en plus libre, en se faisant raison et d&#233;sir rationnel, puis connaissance du troisi&#232;me genre et b&#233;atitude. Dans ces trois derniers livres de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, l'ontologie devient donc, dit Negri, &lt;i&gt;ph&#233;nom&#233;nologie de la pratique&lt;/i&gt;. Et elle d&#233;bouche sur la th&#233;orie de ce qu'elle pr&#233;supposait elle-m&#234;me, en r&#233;alit&#233;, d&#232;s le d&#233;part ; l' &#171; amour intellectuel de Dieu &#187;, dont il est vrai de dire qu'il est, sous un certain aspect (bien que ce ne soit pas, &#224; mon avis, son seul aspect), la pratique humaine s'autonomisant par la connaissance qu'elle prend d'elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette connaissance, il reste &#224; en poursuivre la mise en oeuvre en &#233;laborant la th&#233;orie des conditions de possibilit&#233; collectives de sa gen&#232;se, dont la place &#233;tait indiqu&#233;e dans l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, sans y &#234;tre encore effectivement occup&#233;e. Tel est l'objet du &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;, dont Negri a bien raison de dire qu'il est l'apog&#233;e, au sens &#224; la fois positif et n&#233;gatif, de la philosophie de Spinoza : son point culminant, et en m&#234;me temps son extr&#234;me limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Point culminant, car Spinoza y op&#232;re maintenant la constitution, &#224; partir des &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; individuels, de ce &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; collectif qu'il appelle &#171; &lt;i&gt;puissance de la multitude&lt;/i&gt; &#187;. Et cela toujours selon le m&#234;me principe : primat de la force productive sur les rapports de production. La soci&#233;t&#233; politique n'est pas un ordre impos&#233; de l'ext&#233;rieur aux d&#233;sirs individuels ; elle n'est pas non plus constitu&#233;e par un contrat, par un transfert de droit dont r&#233;sulterait une obligation transcendante. Elle est la r&#233;sultante quasi m&#233;canique (non dialectique) des interactions entre les puissances individuelles qui, en se composant, deviennent puissance collective. Comme partout dans la nature, les rapports politiques ne sont rien d'autre que les structures que la force productive collective se donne &#224; elle-m&#234;me et reproduit sans cesse par son propre d&#233;ploiement. Aucune dissociation, par cons&#233;quent, entre soci&#233;t&#233; civile et soci&#233;t&#233; politique ; aucune id&#233;alisation de l'&#201;tat, m&#234;me d&#233;mocratique :j'admets enti&#232;rement avec Negri que nous sommes l&#224; aux antipodes de la trinit&#233; Hobbes-Rousseau-Hegel, bien qu'il m'ait reproch&#233;, par suite d'un malentendu dont je suis en grande partie responsable &#224; cause d'un langage qu'il m'est arriv&#233; d'employer sans en avoir mesur&#233; toutes les connotations, d'avoir un peu trop h&#233;g&#233;lianis&#233; Spinoza. Et j'admets avec lui l'immense port&#233;e r&#233;volutionnaire et l'extraordinaire actualit&#233; de cette doctrine : le droit, c'est la puissance, et rien d'autre ; le droit qu'ont les d&#233;tenteurs du pouvoir politique, c'est donc la puissance de la multitude, et rien d'autre : c'est la puissance collective dont la multitude leur accorde et leur r&#233;accorde l'usage &#224; chaque instant, mais qu'elle pourrait tout aussi bien cesser de mettre &#224; leur disposition. Si le peuple se r&#233;volte, il en a le droit par d&#233;finition, et le droit du souverain, par d&#233;finition, dispara&#238;t &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt;. Le pouvoir politique, y compris au sens juridique du mot &#171; pouvoir &#187;, est la confiscation, par les dirigeants, de la puissance collective de leurs sujets ; confiscation imaginaire, qui produit des effets r&#233;els dans la seule mesure o&#249; les sujets eux-m&#234;mes croient &#224; sa r&#233;alit&#233;. Le probl&#232;me n'est donc pas de d&#233;couvrir la meilleure forme de gouvernement : il est de d&#233;couvrir, dans chaque type de soci&#233;t&#233; politique donn&#233;e, &lt;i&gt;les meilleures formes de lib&#233;ration&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire les structures qui permettront &#224; la multitude de se r&#233;approprier sa propre puissance en la d&#233;ployant au maximum - et qui, de celait, mais de ce fait seulement, conna&#238;tront une autor&#233;gulation optimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux limites auxquelles Spinoza s'est heurt&#233; dans l'examen d&#233;taill&#233; de ces structures (chapitres 6 &#224; Il du &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;), ce sont &#233;videmment les limites m&#234;mes de la situation historique qui &#233;tait la sienne. Negri m'a amicalement reproch&#233; d'avoir trop insist&#233; sur cet examen d&#233;taill&#233;, qui lui para&#238;t moins int&#233;ressant par son contenu que par l'&#233;chec dont il t&#233;moigne. Il fallait pourtant, me semble-t-il, prendre au s&#233;rieux ce que Spinoza lui-m&#234;me a pris au s&#233;rieux. Mais je reconnais avec Negri que, pour nous et aujourd'hui, du point de vue de l'avenir comme du point de vue de l'&#233;ternit&#233; (ce qui, finalement, revient au m&#234;me), l'essentiel du &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;, ce sont ses fondements tels qu'ils sont expos&#233;s dans les cinq premiers chapitres. Et comme ces fondements seraient incompr&#233;hensibles pour qui n'aurait pas lu l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, Negri a tout &#224; fait raison de dire que la vraie politique de Spinoza, c'est sa &lt;i&gt;m&#233;taphysique&lt;/i&gt;, qui est elle-m&#234;me politique de part en part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; savoir comment Spinoza en est arriv&#233;, de son panth&#233;isme initial selon lequel &#171; la chose est Dieu &#187;, &#224; cet &#233;tat final de sa doctrine selon lequel &#171; Dieu est la chose &#187;. Et c'est sur ce point que je ne suis plus tout &#224; fait d'accord avec Negri, en ce sens du moins qu'il me para&#238;t avoir &#233;tabli une v&#233;rit&#233; qui n'est pas exactement celle qu'il croyait. Car je pense, alors que lui ne le pense pas, que ce spinozisme final (moyennant une importante adjonction, il est vrai), c'est celui de toute &#171; l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; &#187;, y compris des livres I et II. Selon lui, ces livres I et II, sous la forme que nous leur connaissons, avec en particulier la doctrine des attributs divins qui y figure, correspondraient &#224; la premi&#232;re r&#233;daction de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, celle qui a &#233;t&#233; interrompue en 1665 ; et ils t&#233;moigneraient, en d&#233;pit de quelques anticipations, d'un &#233;tat interm&#233;diaire de la pens&#233;e de Spinoza, caract&#233;ris&#233; par une extr&#234;me tension entre les exigences de son premier panth&#233;isme et la prise de conscience de l'impossibilit&#233; de maintenir jusqu'au bout ces exigences ; d'o&#249; r&#233;sulterait, bon gr&#233; mal gr&#233;, une certaine dualit&#233; entre la substance et les modes : d'un c&#244;t&#233; Dieu, de l'autre le monde (le &#171; paradoxe du monde &#187;, dit Negri). Ce serait seulement dans les livres III, IV et V, &#224; c&#244;t&#233; de quelques survivances de l'ancienne doctrine r&#233;activ&#233;es &#224; des fins de &#171; catharsis &#187; dans le livre V, que se manifesterait &#224; plein la m&#233;taphysique de la force productive : la th&#233;orie des attributs en aurait presque disparu et n'y jouerait plus qu'un r&#244;le r&#233;siduel. Or, sur ce point, une discussion me semble possible, qu'on pourrait amorcer en adressant &#224; Negri les deux objections provisoires suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Il est tr&#232;s difficile de reconstituer la premi&#232;re r&#233;daction de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;&#224; partir des mat&#233;riaux fournis par ce seul ouvrage. Il est vrai que les commentateurs qui s'y sont essay&#233; (en particulier Bernard Rousset) ont obtenu des r&#233;sultats tr&#232;s int&#233;ressants et tr&#232;s convaincants sur certains points : on a pu relever partiellement, dans l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, deux couches de vocabulaire distinctes, dont l'une semble nettement plus archa&#239;que (parce que plus proche de la terminologie du &lt;i&gt;Court Trait&#233;&lt;/i&gt;) ; et, de l'une &#224; l'autre, la transformation va dans le sens d'un immanentisme plus radical, Spinoza passant du vocabulaire de la participation &#224; celui de la puissance. Mais, d'une part, ce ne sont l&#224; que des r&#233;sultats partiels. Et, d'autre part, ils concernent tous les livres de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt; : les deux couches se rencontrent dans chaque livre, sans se r&#233;partir plus particuli&#232;rement entre les deux premiers pour la plus ancienne, et les trois derniers pour la plus r&#233;cente. Il ne me semble donc pas possible d'affirmer que les deux premiers livres tels que nous les connaissons soient ant&#233;rieurs &#224; 1665, seuls les trois derniers &#233;tant post&#233;rieurs &#224; 1670. D'autant plus que, de toute fa&#231;on, il est tr&#232;s peu probable que Spinoza, en reprenant sa r&#233;daction en 1670 apr&#232;s cinq ans d'interruption, n'ait pas revu la totalit&#233; de son texte. L'ancienne couche de vocabulaire, plus vraisemblablement, ce sont, dans chaque livre, les mots et expressions que Spinoza a maintenus parce qu'il lui semblait possible, f&#251;t-ce au prix de quelques apparences d'ambigu&#239;t&#233; qu'il croyait ais&#233;ment dissipables, de les r&#233;utiliser sans entrer en contradiction avec le nouvel &#233;tat de sa doctrine. En effet,&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2)Je ne vois pas, pour ma part, de contradiction entre les deux premiers livres et les suivants. Il peut para&#238;tre y en avoir si l'on consid&#232;re certains &#233;nonc&#233;s isol&#233;ment, mais, si on les replace dans la cha&#238;ne des raisons, ces contradictions apparentes s'&#233;vanouissent. Il est vrai que Spinoza parle &#224; peine des attributs dans les livres III, IV et V ; ce qui est normal, puisque l&#224; n'est pas leur objet et que l'essentiel a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; dit sur ce point. Mais les propositions qui figurent dans ces trois livres sont elles-m&#234;mes d&#233;montr&#233;es &#224; partir d'autres propositions, qui sont d&#233;montr&#233;es &#224; leur tour &#224; partir de propositions encore ant&#233;rieures, etc. ; et finalement, si l'on remonte la cha&#238;ne jusqu'au bout, on retombe presque toujours sur des propositions concernant les attributs. Peut-&#234;tre est-ce l&#224;, en d&#233;finitive, mon principal (et, en derni&#232;re analyse, mon seul) point de d&#233;saccord avec Negri : il ne prend pas au s&#233;rieux l'ordre des raisons, qui lui semble avoir &#233;t&#233; surajout&#233; de l'ext&#233;rieur et n'&#234;tre rien d'autre que le &#171; prix pay&#233; par Spinoza &#224; son temps &#187;. Je ne puis, &#233;videmment, lui prouver qu'il faut le prendre au s&#233;rieux. Mais je crois que, si l'on d&#233;cide de le faire, on d&#233;couvre dans toute l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;une tr&#232;s grande coh&#233;rence logique ; &#224; la condition, je le pr&#233;cise, de l'interpr&#233;ter tout enti&#232;re en fonction de la doctrine finale : sinon, effectivement, il y aurait une faille. Je pense, avec Negri, que l'ontologie concr&#232;te commence avec la th&#233;orie du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; ; mais la doctrine de la substance et des attributs est destin&#233;e &#224; d&#233;montrer cette th&#233;orie : &#224; d&#233;montrer que la nature tout enti&#232;re, pensante et &#233;tendue &#224; la fois, est infiniment et in&#233;puisablement productrice et auto productrice ; et pour le d&#233;montrer, il fallait reconstituer g&#233;n&#233;tiquement la structure concr&#232;te du r&#233;el en &lt;i&gt;commen&#231;ant&lt;/i&gt; par isoler par abstraction l'activit&#233; productrice sous ses diff&#233;rentes formes - qui sont pr&#233;cis&#233;ment les attributs int&#233;gr&#233;s en une seule substance. On peut, certes, penser qu'il &#233;tait inutile de le d&#233;montrer ; mais Spinoza, lui, ne l'a pas pens&#233;. On peut aussi penser qu'il a eu tort de ne pas le penser ; sur ce point, encore une fois, je n'ai rien &#224; objecter qui soit logiquement contraignant : c'est une question de &lt;i&gt;choix m&#233;thodologique&lt;/i&gt;. Mais il est vrai que, si l'on choisit de tenir l'ordre des raisons pour essentiel, on est amen&#233; &#224; attacher plus d'importance que ne le fait Negri &#224; ce qu'on appelle improprement, faute d'avoir pu trouver un terme plus ad&#233;quat, le &#171; parall&#233;lisme &#187; de la pens&#233;e et de l'&#233;tendue ; ce qui, sans contredire en rien son interpr&#233;tation de la doctrine finale, lui ajoute simplement quelque chose. Tel &#233;tait le sens de la &#171; r&#233;serve &#187; &#224; laquelle je faisais allusion plus haut : c'est la th&#233;orie des attributs, comprise comme Spinoza a voulu qu'elle f&#251;t comprise, qui fonde, me semble-t-il, la &#171; seconde fondation &#187; elle-m&#234;me. Moyennant quoi la &#171; vie &#233;ternelle &#187; du livre V, tout en &#233;tant exactement ce qu'en dit Negri, peut appara&#238;tre en m&#234;me temps, et sans &#171; catharsis &#187; aucune, comme &lt;i&gt;&#233;ternelle&lt;/i&gt; au sens strict.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais enfin, je pense que la premi&#232;re de mes deux objections annule en partie la port&#233;e de la seconde. Il y a eu, de toute fa&#231;on, une premi&#232;re r&#233;daction de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, m&#234;me si elle n'a pas &#233;t&#233; reproduite telle quelle dans les livres I et II. Et l'argumentation de Negri concernant les autres textes de la p&#233;riode 1665-1670 me donne tout de m&#234;me bien l'impression que cette premi&#232;re r&#233;daction a &lt;i&gt;certainement d&#251;&lt;/i&gt; &#234;tre &#224; peu pr&#232;s conforme &#224; ce qu'il nous en dit. Ce qui tend &#224; le prouver, ce sont, d'abord, certains passages comment&#233;s par lui de la correspondance de Spinoza datant de cette &#233;poque. Et c'est surtout le r&#244;le de catalyseur jou&#233; par le &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt;, qu'il &#233;tudie admirablement. D'une part, en effet, Negri nous fait sentir de fa&#231;on tr&#232;s convaincante &#224; quel point les exigences de la lutte politique men&#233;e tout au long de cet ouvrage, en amenant Spinoza &#224; prendre conscience du r&#244;le &lt;i&gt;constitutif&lt;/i&gt; de l'imagination (dont on a vu quelle sera ensuite l'importance dans les trois derniers livres de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;), ont d&#251; lui inspirer le besoin urgent de refondre ses concepts. Et d'autre part, ce qui semble sugg&#233;rer tr&#232;s fortement que ce besoin n'&#233;tait pas encore satisfait en 1670, c'est le lien qu'&#233;tablit Negri entre le contenu qu'il assigne &#224; la premi&#232;re r&#233;daction de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;et le fait que, dans le &lt;i&gt;Th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt;, Spinoza parle encore d'un contrat social, alors que tout le contexte montre qu'il aurait d&#233;j&#224; pu logiquement s'en passer : pour oser cesser compl&#232;tement de parler de contrat (comme ce sera le cas dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;), il fallait, effectivement, poss&#233;der la doctrine finale sous sa forme la plus m&#251;re ; et il est tr&#232;s f&#233;cond de rendre compte de la disparition de cette notion en la rattachant, comme le fait Negri, &#224; une maturation g&#233;n&#233;rale de la philosophie de Spinoza dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes r&#233;serves sont donc secondaires par rapport &#224; mon admiration et &#224; mon accord. En d&#233;finitive, et par-del&#224; les questions de d&#233;tail, ce qui me frappe surtout chez Negri, ce sont ses intuitions fulgurantes qui nous font apercevoir, comme un &#233;clair sans cesse renouvel&#233; de connaissance du troisi&#232;me genre, l'essence m&#234;me du spinozisme. Sans doute cela vient-il (et sur ce point, comme sur bien d'autres, je suis d'accord avec Deleuze) de ce que sa r&#233;flexion th&#233;orique et sa pratique sont, depuis longtemps, celles d'un v&#233;ritable spinoziste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;face &#224; A. Negri, &lt;i&gt;l'Anomalie sauvage&lt;/i&gt;, trad. F. Matheron, P.U.F., 1982, pp.19-25.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Retour &#224; Spinoza&#034; et le retour du communisme, par A. Negri</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Retour-a-Spinoza-et-le-retour-du-communisme-par-A-Negri</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Retour-a-Spinoza-et-le-retour-du-communisme-par-A-Negri</guid>
		<dc:date>2004-05-08T07:53:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Inutile de le cacher, le &#034;retour &#224; Spinoza&#034;, qui investit une partie si consid&#233;rable de la culture philosophique europ&#233;enne, celle du moins qui refuse de se perdre, satisfaite de sa propre passivit&#233;, dans les sables mouvants de la pens&#233;e de la Krisis - ce &#034;retour &#224; Spinoza&#034; se r&#233;v&#232;le li&#233; &#224; la crise du marxisme. Un aspect consid&#233;r&#233; souvent avec d&#233;rision, parfois agacement, en tout cas un aspect parmi tant d'autres : il me semble pourtant qu'il m&#233;rite d'&#234;tre analys&#233; avec beaucoup d'attention. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Inutile de le cacher, le &#034;retour &#224; Spinoza&#034;, qui investit une partie si consid&#233;rable de la culture philosophique europ&#233;enne, celle du moins qui refuse de se perdre, satisfaite de sa propre passivit&#233;, dans les sables mouvants de la pens&#233;e de la &lt;i&gt;Krisis&lt;/i&gt; - ce &#034;retour &#224; Spinoza&#034; se r&#233;v&#232;le li&#233; &#224; la crise du marxisme. Un aspect consid&#233;r&#233; souvent avec d&#233;rision, parfois agacement, en tout cas un aspect parmi tant d'autres : il me semble pourtant qu'il m&#233;rite d'&#234;tre analys&#233; avec beaucoup d'attention. Il s'agit en effet, d'un moment de r&#233;flexion critique sur le marxisme, sur son efficacit&#233; - sur le marxisme orthodoxe, sur celui historiquement h&#233;g&#233;monique - qui refuse (et ici &#233;merge l'aspect singulier, positif de cette reprise du th&#232;me spinoziste) de se laisser enfermer dans une conscience n&#233;gative, mais retrouve une assise ontologique en proposant ainsi une philosophie de l'avenir, l'imagination du communisme. Avec de nouveau, la plus grande confiance dans la raison et dans la praxis collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza est l'ontologie. Il est l'&#234;tre qui fonde la connaissance - non pas parce que dans sa philosophie la connaissance est fond&#233;e sur l'&#234;tre, mais parce que l'&#234;tre et le savoir sont form&#233;s par l'&#233;thique collective, par l'ensemble des forces physiques et morales qui repr&#233;sentent l'horizon humain. Or, d&#233;couvrir que l'action &#233;thique peut s'instaurer sur l'&#234;tre, constitue avant tout une bou&#233;e de sauvetage pour le r&#233;volutionnaire qui a v&#233;cu la crise du marxisme et qui en m&#234;me temps a refus&#233; de c&#233;der &#224; la dimension d'une modernit&#233; ab&#226;tardie par l'essence de toute r&#233;f&#233;rence &#224; l'&#234;tre, au destin de la modernit&#233;, d&#233;bordant vers l'aspect fortuit et vide de l'&#233;v&#233;nement, vers l'ivresse du pouvoir et du devenir. Mais ce &#034;retour &#224; Spinoza&#034; n'est pas seulement une ancre de salut - il est aussi une proposition, une production positive. Et il ne saurait en &#234;tre autrement. En effet, dans cet horizon sur lequel le marxisme, semblable en cela aux autres id&#233;ologies de la modernit&#233;, ne sait plus discriminer et s'orienter - et d&#232;s lors est aplati sur une dimension d'indiff&#233;rence (celle de l'efficacit&#233; ali&#233;nante de la production capitaliste et de l'&#233;tourdissement post moderne) - Spinoza ou plut&#244;t l'ancrage ontologique et la dimension productive de l'&#233;thique, propose la possibilit&#233; de remettre en forme et de d&#233;finir de nouveau l'action humaine. Les perversions historiques et cyniques de la pens&#233;e marxiste orthodoxe sont, sur ce, passage, soumises au crible de la critique - et Spinoza n'est certes pas un &#034;nouveau philosophe&#034; (malgr&#233; les nombreux interpr&#232;tes qui veulent le tirer vers le terrain de la proph&#233;tie, de l'asc&#233;tisme, de la religiosit&#233;) : par contre, sa revendication de l'&#234;tre comme &#234;tre mat&#233;riel, r&#233;volutionnaire, constructif du point de vue &#233;thique est imm&#233;diate et ineffa&#231;able. En s'ancrant sur cette ontologie, la pens&#233;e et, ce qui compte le plus, la volont&#233; r&#233;volutionnaire, survivent &#224; la crise du marxisme - et se d&#233;tachent, avec quelques raisons, d'elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'histoire de l'ontologie et de la conception de l'&#234;tre en g&#233;n&#233;ral, la position de Spinoza est unique. La vision th&#233;iste et la vision panth&#233;iste de l'&#234;tre se dissolvent devant sa d&#233;claration de la mat&#233;rialit&#233; de l'&#234;tre. La pens&#233;e de Spinoza est caract&#233;ris&#233;e par une continuit&#233; entre physique et &#233;thique, entre ph&#233;nom&#233;nologie et g&#233;n&#233;alogie, entre &#233;thique et politique : cette continuit&#233; indissoluble des manifestations de l'&#234;tre, cette circularit&#233; de surface, opposent vigoureusement, irr&#233;ductiblement, le syst&#232;me spinozien &#224; tout autre syst&#232;me pr&#233;c&#233;dent et (en grande partie) aux versions successives de l'ontologie. On pourrait dire que l'ontologie spinozienne est une violation absolue de la tradition ontologique. Certes Spinoza affirme l'&#234;tre comme fondement - ce qui permet l'utilisation du mot &#034;ontologie&#034; pour d&#233;finir l'appartenance de sa pens&#233;e - mais le fondement est con&#231;u comme &lt;i&gt;superficie&lt;/i&gt; : et cela situe la pens&#233;e spinozienne au-del&#224; de toute autre conception connue de l'&#234;tre. Ici la superficie appara&#238;t comme &#234;tre d&#233;termin&#233;, mais la d&#233;termination est pratique, elle est consolidation des croisements et des d&#233;placements des forces que nous exp&#233;rimentons sur le terrain physique et historique. Cette ontologie est vraiment unique - avant, du moins, que la philosophie moderne de la praxis collective n'interviennent pour enrichir le cadre de notre consid&#233;ration &#233;thique du monde. Mais quelles exag&#233;rations volontaristes, quels effets historiques pervers ont suivi cette derni&#232;re suggestion ! Car la subversion de l'&#234;tre tendait de nouveau &#224; se conformer au rythme du rationalisme, elle s'asservissait &#224; la raison instrumentale - la transformation se pr&#233;sentait donc comme utopie et l'utopie &#233;tait une hypostase de l'&#234;tre. Cette voie s'est montr&#233;e impraticable. Elle nous a laiss&#233;e de toute fa&#231;on, ou plut&#244;t elle n'a fait qu'accro&#238;tre, un formidable d&#233;sir pour l'&#234;tre. C'est pourquoi nous devons revenir &#224; Spinoza, car sa conception de l'&#234;tre exclut toute utopie, ou plut&#244;t elle constitue l'enseignement d'une &lt;i&gt;disutopie&lt;/i&gt; profonde, continue, stable, o&#249; l'espoir de la transformation r&#233;volutionnaire se pr&#233;sente comme dimension du r&#233;el, comme superficie de la vie. Aucune hypostase. L'ontologie spinozienne pose la subversion comme processus de transformation dans la disutopie, - celle-ci est son unicit&#233;. Un sentiment analogue de l'&#234;tre se retrouve peut-&#234;tre dans l'histoire du mat&#233;rialisme antique et plus particuli&#232;rement dans l'&#233;picurisme - mais dans la modernit&#233; Spinoza r&#233;invente ce mat&#233;rialisme, il le confronte aux nouvelles conditions du d&#233;veloppement capitaliste naissant, il l'&#233;labore - seul - dans son temps et l'offre comme alternative &#224; l'absurdit&#233; des d&#233;veloppements id&#233;ologiques et politiques des temps futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voici donc dans la situation d&#233;finie d'une ontologie rigoureusement mat&#233;rialiste. Nous avons vu, dans le premier essai de ce petit volume, quelles sont les raisons de l'actualit&#233; spinozienne. Ici il s'agit pour nous d'insister seulement sur un point : l'&#234;tre spinozien se pr&#233;sente comme id&#233;e de r&#233;volution, comme id&#233;e d'une transformation radicale - qui ne nie pas mais int&#232;gre l'objectivit&#233;, qui donne une libert&#233; &#233;thique au besoin de transformation que nous &#233;prouvons toujours plus intens&#233;ment. Nous avons dit ci-dessus que l'&#234;tre spinozien se pr&#233;sente comme superficie n&#233;cessaire et en m&#234;me temps comme horizon de contingence ; qu'il montre dans ce rapport son enracinement dans la libert&#233; et que cette libert&#233; est une hypoth&#232;se de la connaissance, une fondation du savoir, qui en conformit&#233; avec l'ontologie spinozienne unifie, dans les m&#233;canismes de la production continue de l'&#234;tre, la communication et la lib&#233;ration ; nous avons dit que l'&#234;tre est collectif et enfin que l'id&#233;e spinozienne de l'&#234;tre est une id&#233;e h&#233;ro&#239;que et sereine, une id&#233;e d'une extraordinaire surabondance et d'un extraordinaire d&#233;bordement de l'&#234;tre. Ces concepts, assembl&#233;s et ramen&#233;s &#224; la subjectivit&#233;, d&#233;finissent le concept de r&#233;volution. L'&#234;tre spinozien est l'&#234;tre de la r&#233;volution. je ne veux pas revenir ici sur l'analyse historique des vicissitudes qui d&#233;terminent cette situation spinozienne ni sur l'anomalie de sa position historique. Non, ce n'est plus le probl&#232;me d&#233;sormais. Il s'agit simplement de comprendre la richesse d'ouverture de cette conception de l'&#234;tre et de souligner sa virtualit&#233; in&#233;puisable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; partir de ces pr&#233;misses que les territoires d&#233;sol&#233;s de l'&#234;tre subsum&#233; par le capital, dans la derni&#232;re et terrible phase de son d&#233;veloppement destructif, s'ouvrent de nouveau aux espoirs &#233;thiques et &#224; l'aventure de l'intelligence. Concevoir l'&#234;tre comme r&#233;volution n&#233;cessaire, comme int&#233;gration d'une libert&#233; qui, r&#233;pondant &#224; la n&#233;cessit&#233; du sujet, invente une nouvelle histoire, telle est notre t&#226;che. Avec la crise du marxisme, outre la conscience insurmontable de l'&#233;chec du socialisme r&#233;el, des utopies les plus g&#233;n&#233;reuses, notre g&#233;n&#233;ration porte en elle la connaissance du destin inhumain que le capitalisme nous r&#233;serve et la certitude du caract&#232;re irr&#233;cup&#233;rable du syst&#232;me politique, &#233;thique et social dans lequel nous vivons. &lt;i&gt;Soixante huit &lt;/i&gt;de ce point de vue, fut l'&#233;tape cruciale d'une prise de conscience universelle. A ce moment-l&#224;, la conception fertile d'une puissance irr&#233;pressible de l'&#234;tre, d'une puissance qui s'opposait au pouvoir, &#224; tous les pouvoirs et aux syst&#232;mes &#233;tablis, nous avait convaincu de l'imminence de la r&#233;volution. Faux : la r&#233;volution nous &#233;tions en train de la vivre, elle n'&#233;tait pas imminente, ce n'&#233;tait pas une attente de l'id&#233;ologie - elle &#233;tait pr&#233;sente. Maintenant, la pens&#233;e spinozienne survient pour nous confirmer cette prise de conscience. Elle nous pr&#233;sente la surabondance de l'&#234;tre comme un nouveau continent qui s'ouvre devant nous. L'univers physique nous le connaissons tous : mais Spinoza enseigne que nous avons la possibilit&#233; de vivre la d&#233;couverte sauvage de territoires toujours nouveau de l'&#234;tre - territoires construits par l'intelligence et par la volont&#233; &#233;thique. Le plaisir de l'innovation, l'extension du d&#233;sir, la vie comme subversion - tel est le sens du spinozisme &#224; l'&#233;poque actuelle. La r&#233;volution est un pr&#233;suppos&#233; - non un projet abstrait mais une t&#226;che pratique, non un choix mais une n&#233;cessit&#233;. Nous vivons l'&#233;poque de la r&#233;volution advenue : notre d&#233;termination est seulement de la r&#233;aliser. La r&#233;volution est le signe qui rend &#233;thique l'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi en effet, que n'importe quelle prise de contact avec l'&#234;tre, avec le discours th&#233;orique sur l'&#234;tre, nous plonge, imm&#233;diatement sur le terrain de l'&#233;thique. L'&#233;thique fonde le d&#233;ploiement de la pens&#233;e, elle lui garantit la possibilit&#233; d'&#234;tre libre et novatrice. En dehors de cette fondation &#233;thique, la pens&#233;e est un effet d'ali&#233;nation, elle est le moteur d'une projection insens&#233;e, l'&#233;l&#233;ment d'un univers indiff&#233;rent et insens&#233;. Par contre, la fondation &#233;thique est la forme de la surabondance de l'&#234;tre, de sa/notre libert&#233;. Ici le discours sur l'&#234;tre &#233;thique devient discours politique. Quiconque a connu la crise et sa pr&#233;tendue n&#233;cessit&#233;, c&#233;l&#233;br&#233;e par le pouvoir comme possibilit&#233; de sa nouvelle l&#233;gitimation, entend &#224; pr&#233;sent l'appel de la subversion spinozienne - le spinozisme est pens&#233;e politique, il est revendication de la libert&#233; collective contre toute forme d'ali&#233;nation, il est intelligence aigu&#235; et &#034;prolixe&#034; contre toute tentative - m&#234;me la plus subtile, m&#234;me la plus formelle - de fixer l'extran&#233;ation du commandement, la l&#233;gitimation, sur l'organisation de la production sociale, c'est un couteau tranchant qui d&#233;charne toute survie d&#233;sormais parasitaire, de l'exploitation de l'homme par l'homme. Le spinozisme est dans le m&#234;me temps conscience et arme. Puissance contre-pouvoir. Puissance contre &lt;i&gt;Contre-pouvoir. Il &lt;/i&gt;n'est pas inutile de remarquer ici que le spinozisme nous offre la possibilit&#233; d'&#233;laborer une nouvelle conception du droit et de l'Etat, une conception ad&#233;quate au d&#233;veloppement des libert&#233;s individuelles et collectives &#224; une &#233;poque o&#249;, en politique, le &lt;i&gt;probl&#232;me de la guerre et de la paix &lt;/i&gt;est redevenu central (et engendre ainsi une situation de retour au droit naturel). Une conception r&#233;volutionnaire du droit et de la fondation de l'&#201;tat dans la libert&#233; de la &lt;i&gt;&#034;multitudo&#034; &lt;/i&gt;(fondation, ou plut&#244;t &lt;i&gt;extinction ? &lt;/i&gt;Destruction ou d&#233;passement ? Le point de vue d'une d&#233;mocratie de masses, progressiste et lib&#233;ratrice, se d&#233;bat n&#233;cessairement &#224; l'int&#233;rieur de ces directions compl&#233;mentaires) - une conception d&#233;mocratique tr&#232;s radicale qui se concentre autour des valeurs de vie et de paix, avec force, avec joie ou d&#233;sespoir, avec l'intensit&#233; que seul peut susciter le fait de se mouvoir parmi les alternatives extr&#234;mes du droit naturel. Le spinozisme politique reste une &#233;thique - une &#233;thique de la puissance, une politique du contre-pouvoir, un projet de construction juridique et constitutionnelle qui vise la destruction de toute n&#233;gativit&#233; et la construction positive de la libert&#233; de tous. D&#233;mocratie, jusqu'au bout - d&#233;mocratie subversive - d&#233;mocratie progressiste et libert&#233; des masses - comme je crois l'avoir montr&#233; dans le deuxi&#232;me essai publi&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le paradoxe de l'actuel &#034;retour &#224; Spinoza&#034; consiste essentiellement en cela : que l'ontologie spinozienne se r&#233;v&#232;le une anthropologie - et quelle anthropologie ! Une th&#233;orie de la production, une th&#233;orie de la communication, mais surtout une anthropologie ouverte. Etienne Balibar &lt;i&gt;(Spinoza et la politique, &lt;/i&gt;Paris, PUF, 1985), Emilia Giancotti &lt;i&gt;(Spinoza, &lt;/i&gt;Rome,Editori Riuniti, 1985), Alexandre Matheron (&#171; La fonction th&#233;orique de la d&#233;mocratie chez Spinoza &#187;, &lt;i&gt;Studia Spinozana, vola I, 1985) &lt;/i&gt;ont insist&#233; sur cette dimension th&#233;orique et ont soulign&#233; avec beaucoup de force ce passage. Il ne me reste qu'&#224; ajouter ma contribution &#224; celle de ces chercheurs et amis. Je le fais dans le troisi&#232;me essai de ce volume, l&#224; o&#249; j'affirme que chez Spinoza, la tension r&#233;volutionnaire des masses doit &#234;tre dissoute et ponctuellement confront&#233;e &#224; la multiplicit&#233; des trajectoires individuelles, pour ensuite &#234;tre reconstruite dans le concept de &lt;i&gt;&#034;multitudo&#034;, &lt;/i&gt;articul&#233;e enfin dans la figure du sujet politique de la constitution d&#233;mocratique. Le croisement de l'individu et de la totalit&#233;, de la singularit&#233; et de l'absolu est s&#233;duisant. certaines d&#233;terminations sp&#233;cifiques le repr&#233;sentent &#224; partir de diff&#233;rents points de vue - la &lt;i&gt;pietas &lt;/i&gt;comme comportement &#233;thique prescrit &#224; l'individualit&#233; dans la formation de la puissance collective, la tol&#233;rance comme dimension juridique et politique, comme cadre normatif du croisement des volont&#233;, etc. etc. Mais, le moment privil&#233;gi&#233; de l'analyse me r&#233;side mi en ces termes mi dans les probl&#233;matiques qu'ils provoquent. Par contre, tout &#224; fait central est justement le paradoxe d'une ontologie qui se transforme en &lt;i&gt;anthropologie, &lt;/i&gt;d'un &#234;tre qui vit seulement sur la superficie de la multiplicit&#233;, d'un sujet pluriel. Ce paradoxe ne se r&#233;sout pas. Il est ironie ontologique en acte. C'est une fondation paradoxale de l'&#234;tre. Or, dans cette situation, l'ontologie est un horizon ouvert. Le paradoxe me se r&#233;sout pas dans le temps - mi dans le pr&#233;sent mi dans le futur. Il est continuellement r&#233;ouvert, structurellement ouvert, autant que le sont les nombreuses libert&#233;s des sujets qui construisent toujours de nouveau l'&#234;tre. L'absolu est couverture absolue. La d&#233;mocratie est ce risque perp&#233;tuel. Telle est sa richesse. L'hypocrisie de la d&#233;mocratie capitaliste qui combine la production de l'in&#233;galit&#233; avec la proclamation formelle de l'&#233;galit&#233; des droits, qui soumet la libert&#233; de tous &#224; la violence du mode capitaliste de production et au chantage du commandement de quelques hommes (pouvant aller jusqu'&#224; la menace de la destruction) - tout cela est d&#233;voil&#233; et d&#233;nonc&#233;, - mais il en est de m&#234;me pour toute autre forme d'organisation du pouvoir qui, entre rigidit&#233; bureaucratique et prisons id&#233;ologiques, dans l'hypostase d'une totalit&#233;, encha&#238;ne l'irr&#233;pressible d&#233;sir de libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie spinozienne est donc une puissance fondatrice. Certes, tout ce qu'elle nous dit c'est : &lt;i&gt;&#234;tre puissance. A &lt;/i&gt;certains &#233;gards c'est peu - mais elle trace des limites, un territoire. Une v&#233;rit&#233; et une t&#226;che : la v&#233;rit&#233;, ou bien la possibilit&#233;, d'&#234;tres libres et &#233;gaux ; la t&#226;che de construire &#233;thiquement, r&#233;ellement, cette v&#233;rit&#233;. Un formidable optimisme h&#233;ro&#239;que de la raison. Dans son mouvement l'&#234;tre &#233;thique se montre comme absolu - il est un pr&#233;suppos&#233;, ce pr&#233;suppos&#233; ontologique qui s'appelle r&#233;volution, parce qu'il s'est construit comme pr&#233;suppos&#233;. La d&#233;mocratie subversive est la source continue de soi-m&#234;me, de son propre d&#233;passement, de sa propre affirmation. Cette philosophie spinozienne est bien &#233;trange pourrait-on ironiser - elle semble faite expr&#232;s, dans cette derni&#232;re version, pour permettre la proposition, dans une figure m&#233;taphysique, de ce cadre d'affirmations th&#233;oriques, de n&#233;cessit&#233;s pratiques, de d&#233;sirs politiques qui r&#233;sistent au d&#233;clin des id&#233;ologies... Mais ce soup&#231;on de fonctionnalit&#233; singuli&#232;re est totalement impropre - car ici rien me mous conduit vers la sanctification et vers la nostalgie des anciens mythes, et en aucun cas le discours spinozien me propose des contenus, des id&#233;es, des d&#233;terminations sp&#233;cifiques. Non, il m'est propos&#233; ici qu'une m&#233;thode. Ni un mod&#232;le ni un instrument - peut-&#234;tre m&#234;me pas une m&#233;thode, ou mieux une m&#233;thode ancr&#233;e dans un &#233;tat d'esprit. Le spinozisme est un &#233;tat d'esprit : il permet de consid&#233;rer l'existence comme possibilit&#233; d'une subversion - il est le transcendantal ontologique de la r&#233;volution. Sur ce terrain, dans cet esprit, les hommes, un &#224; un et collectivement, continuent &#224; s'&#233;prouver. Les id&#233;ologies dont ils se servent, naissent et meurent, seul reste le spinozisme : comme m&#233;taphysique initiale, comme droit naturel, comme situation dans laquelle il est n&#233;cessaire de s'immerger, non seulement si l'on veut &#234;tre philosophe, mais surtout si l'on veut &#234;tre r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que j'ai avanc&#233; jusqu'ici se trouve confirm&#233; d&#232;s lors qu'on confronte la pens&#233;e de Spinoza avec la critique de la modernit&#233;, qui du XIX&#232;me au XX&#232;me si&#232;cle, est devenue la t&#226;che de la philosophie ( je tente cette confrontation dans le quatri&#232;me et cinqui&#232;me des essais publi&#233;s ici). Car Spinoza montre comment l'imagination ontologique et la puissance constitutive peuvent se poser le probl&#232;me de briser le destin dialectique de l'Occident et sa crise d&#233;sesp&#233;r&#233;e. Avec efficacit&#233;. Dans sa physique, Spinoza comprend la crise comme la principale caract&#233;ristique de l'&#234;tre superficiel ; c'est justement pourquoi il ne d&#233;sesp&#232;re pas de la crise mais la consid&#232;re comme un aspect essentiel de la ph&#233;nom&#233;nologie de l'existence. Le probl&#232;me philosophique sera donc et reste, celui d'aller au-del&#224; de la crise, en l'assumant comme mat&#233;rialit&#233; du fondement. Sans cet &#034;aller au-del&#224;&#034;, la philosophie et l'&#233;thique ne pourraient m&#234;me pas se d&#233;finir. La m&#233;taphysique consiste en cet aller au-del&#224;. La crise n'est pas la conclusion d'un destin mais le pr&#233;suppos&#233; de l'existence. Seuls les &#226;nes peuvent r&#233;fl&#233;chir la crise comme r&#233;sultat. Seuls les visionnaires pr&#233;tendent pouvoir l'&#233;viter. La crise est condition, toujours. C'est justement pourquoi, l'imagination et l'&#233;thique, en s'approfondissant dans l'&#234;tre ne sont pas prises dans la crise, mais reconstruisent au-del&#224; de la crise. Elles reconstruisent sur soi-m&#234;me, dans le rapport collectif qui constitue le sujet, dans la puissance qui incarne le rapport collectif. Supprimer la crise c'est supprimer l'&#234;tre, vivre la crise c'est aller au-del&#224; de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si dans le &#034;retour &#224; Spinoza&#034; se manifeste donc une exp&#233;rience li&#233;e &#224; la crise du marxisme, il faut ajouter que cette exp&#233;rience n'est pas superficielle, mieux, elle l'est en un sens spinozien. Elle ne renverse pas mais rend vraie l'imagination du communisme. L'innovation spinozienne en effet, est une philosophie du communisme, l'ontologie spinozienne n'est qu'une g&#233;n&#233;alogie du communisme. C'est pourquoi Benedictus continuera &#224; &#234;tre maudit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;A. Negri, &#171; &#034;Retour &#224; Spinoza&#034; et le retour du communisme &#187;, &lt;i&gt;Spinoza subversif- Variations (in)actuelles&lt;/i&gt;, Antonio Pellicani Editore, Roma, 1992 ; Kim&#233;, Paris, 1994 pour la trad. fr. (F. Matheron et M. Raiola), pp.131-139.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte a &#233;t&#233; traduit par M. Raiola&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Spinoza, penseur politique&#034;, par Pierre-Fran&#231;ois Moreau</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Spinoza-penseur-politique-par-Pierre-Francois-Moreau</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Spinoza-penseur-politique-par-Pierre-Francois-Moreau</guid>
		<dc:date>2004-05-05T17:45:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Moreau, Pierre-Fran&#231;ois</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En 1670, les Pays-Bas sont probablement le pays le plus libre d'Europe, notamment sur le plan religieux. Pas d'inquisition, pas de pers&#233;cution, on peut y publier des livres qui ne para&#238;traient nulle part ailleurs, on y poursuit des recherches en physique ou en astronomie sans se soucier de contredire les dogmes ; certes, les pasteurs calvinistes peuvent toujours condamner les ouvrages h&#233;t&#233;rodoxes, mais leurs condamnations restent sans effet pratique puisque le magistrat civil ne suit pas. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En 1670, les Pays-Bas sont probablement le pays le plus libre d'Europe, notamment sur le plan religieux. Pas d'inquisition, pas de pers&#233;cution, on peut y publier des livres qui ne para&#238;traient nulle part ailleurs, on y poursuit des recherches en physique ou en astronomie sans se soucier de contredire les dogmes ; certes, les pasteurs calvinistes peuvent toujours condamner les ouvrages h&#233;t&#233;rodoxes, mais leurs condamnations restent sans effet pratique puisque le magistrat civil ne suit pas. C'est donc &#224; Amsterdam, &#224; Leyde, &#224; Rotterdam que viennent se r&#233;fugier ceux qui sont chass&#233;s des autres pays d'Europe pour leur audace de pens&#233;e ou pour leur foi. Pourtant il y a quelques ombres au tableau les synodes ne se satisfont pas de cette situation de relative libert&#233; et ils souhaitent ardemment le retour au contr&#244;le. Quand la conjoncture le permet, ils arrivent parfois &#224; obtenir l'interdiction d'un livre, voire la condamnation de l'auteur. Quelques ann&#233;es auparavant, un ami de Spinoza, Adrian Koerbagh, l'a appris &#224; ses d&#233;pens : d&#233;nonc&#233; par son imprimeur, il a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;, condamn&#233; et a fini ses jours au bagne. Exception ? Si les synodes parvenaient &#224; faire r&#233;gner leur ordre, elles pourraient devenir la r&#232;gle. Or les pasteurs (et certains hommes politiques avec eux) ne cessent de r&#233;p&#233;ter que cette libert&#233; est nuisible &#224; la religion et &#224; l'&#201;tat. En affaiblissant l'orthodoxie, disent-ils, elle ruine la pi&#233;t&#233; , et par l&#224;-m&#234;me la soci&#233;t&#233; qui repose sur elle. L'&#201;tat ne doit donc pas y &#234;tre indiff&#233;rent : c'est sa propre ruine qu'il pr&#233;pare s'il est trop tol&#233;rant. D'o&#249; l'apologie, sous leur plume, du mod&#232;le biblique de la th&#233;ocratie (un terme ancien, qui retrouve de la vigueur au XVIIe si&#232;cle) : des lois donn&#233;es au nom de Dieu, des rois soumis aux grands-pr&#234;tres, la vie politique gouvern&#233;e par la vie religieuse. Face &#224; de telles th&#232;ses, les r&#233;publicains se d&#233;fendent. C'est dans ces conditions que Spinoza publie (anonymement) son premier grand livre : le &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt;. Le sous-titre est clair : il s'agit de d&#233;fendre la &#171; libert&#233; de philosopher &#187; en montrant qu'elle n'est nuisible ni &#224; la vraie pi&#233;t&#233; (qui est int&#233;rieure), ni &#224; la solidit&#233; de l'&#201;tat ; mieux qu'elle leur est n&#233;cessaire - parce que c'est la superstition et la haine th&#233;ologique qui ruinent la vraie pi&#233;t&#233; ; et que les men&#233;es et les intrigues des th&#233;ologiens conduisent &#224; la guerre civile et d&#233;truisent la paix et la prosp&#233;rit&#233; de la r&#233;publique. Les arguments du parti th&#233;ologique sont donc retourn&#233;s contre lui : c'est lui qui est un nid d'impies et de factieux. Pour &#233;tablir ces positions, Spinoza est amen&#233; &#224; traverser tous les champs classiques de la politique : le pacte social, le droit de nature, le rapport des religions et de l'&#201;tat ; mais aussi &#224; &#233;tudier la base sur quoi les pasteurs fondent leurs exigences : la Bible, les proph&#233;ties, les miracles, le mod&#232;le de l'&#201;tat des H&#233;breux et la th&#233;ocratie. Il faut retenir, donc, que ces grands th&#232;mes n'apparaissent qu'&#224; l'occasion et au service d'une cause &#224; d&#233;fendre : le Trait&#233; est d'abord un livre militant. La pens&#233;e politique de Spinoza s'est forg&#233;e dans le combat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques ann&#233;es plus tard, les r&#233;publicains ont perdu la partie : &#224; la faveur de la guerre contre la France, le parti orangiste a repris le pouvoir, et les th&#233;ologiens avec lui. Il n'est plus temps d'&#233;crire des pamphlets, mais il reste n&#233;cessaire de s'interroger sur le moyen de faire vivre un &#201;tat dans la paix quelle que soit sa forme de gouvernement. Spinoza entreprend donc la r&#233;daction d'un nouvel ouvrage, le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;, qu'il laissera inachev&#233; et que ses amis publieront dans ses oeuvres posthumes : il y r&#233;fl&#233;chit sur les fondements de la vie sociale, les formes de pouvoir, de propri&#233;t&#233;, de justice, selon qu'on est en monarchie, aristocratie ou d&#233;mocratie. Il rappelle ses positions sur la n&#233;cessaire subordination des &#201;glises &#224; l'&#201;tat, mais cette fois il prend en vue toutes les institutions pour montrer comment forger un &#233;quilibre qui pr&#233;servera la s&#233;curit&#233; et la libert&#233; de tous. Car celles-ci, r&#233;affirme-t-il, constituent le fondement et le but de l'&#201;tat. Parce que chaque individu est anim&#233; d'une puissance singuli&#232;re qui exprime la force de la Nature - c'est-&#224;-dire de la n&#233;cessit&#233; divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ces deux livres - et par la philosophie de la puissance qui les sous-tend- Spinoza appara&#238;t comme l'un des grands penseurs politiques de l'&#226;ge classique. Comme Bayle et Voltaire il a d&#233;fendu la tol&#233;rance, comme Hobbes et Rousseau il a construit une th&#233;orie du contrat social, comme Montesquieu il &#233;tudie les trois gouvernements... Mais on se tromperait &#224; trop souligner les similitudes avec ses contemporains. Quand il d&#233;fend la &#171; libert&#233; de philosopher &#187;, il ne prononce pas une seule fois le mot tol&#233;rance, et les arguments qu'il donne au Souverain (dont il dit bien qu'il doit &#234;tre absolu) se fondent non pas sur un droit inn&#233; de l'homme, mais d'abord, tout simplement, sur le fait que les passions rendent impossible aux hommes de se taire. Quand il semble construire une th&#233;orie du pacte, c'est pour ajouter tr&#232;s vite que dans la pratique elle est irr&#233;alisable et pour y substituer une th&#233;orie des besoins et des passions fondatrices de la soci&#233;t&#233;. Enfin, quand il distingue les types d'&#201;tat, c'est moins pour en chercher les principes et les vertus que pour y trouver les lois des int&#233;r&#234;ts et des affects qui secouent la vie des hommes. En somme, un r&#233;alisme parfois brutal, qui refuse tout ce qui pourrait engendrer la moindre illusion sur les conduites humaines ; le ton volontiers cynique (&#171; il y aura des vices tant qu'il y aura des hommes &#187;) pourrait faire croire &#224; un pessimisme r&#233;sign&#233; ; il justifie paradoxalement le r&#233;publicanisme (aux aristocrates qui refusent le d&#233;bat public sur la politique parce que la foule est violente, instable, incomp&#233;tente, Spinoza conc&#232;de volontiers qu'elle est tout cela ; mais comme la nature humaine est une et la m&#234;me, on retrouvera les m&#234;mes vices chez les aristocrates, avec en plus le go&#251;t du secret qui produit l&#224; tyrannie ; il vaut donc mieux discuter les questions politiques avec la multitude).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres r&#233;flexions, moins aper&#231;ues, apparaissent &#233;trangement modernes au d&#233;tour des textes. Il faut souligner sa r&#233;flexion sur l'identit&#233; symbolique du peuple. Qu'est-ce qui fait d'un peuple un peuple ? question qui a hant&#233; toute une &#233;poque - et dans plusieurs directions : qu'est-ce qui unit les individus en un tout qui est un individu lui aussi ? qu'est-ce qui le distingue des autres nations (le contrat ne peut les fonder que semblables) ? et - surtout : qu'est-ce qui fait qu'il demeure un peuple et &lt;i&gt;ce &lt;/i&gt;peuple (c'est-&#224;-dire qu'il ne se d&#233;compose pas par la guerre civile et l'imitation de l'&#233;tranger) ? A la premi&#232;re question les th&#233;ories du pacte ont une r&#233;ponse - gu&#232;re &#224; la deuxi&#232;me ; et &#224; la troisi&#232;me elles doivent chercher des solutions de fortune (la religion civile chez Rousseau). Spinoza r&#233;pond d'abord par le jeu des int&#233;r&#234;ts (dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;) ; par celui des passions (dans le &lt;i&gt;Th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt;) mais aussi, dans d'autres passages, par tout autre chose : l'unit&#233; symbolique - la circoncision pour les H&#233;breux, la natte pour les Chinois. Et si elle est si forte qu'elle a permis aux Juifs de subsister quand ils n'ont plus d'&#201;tat ;et aux Chinois de perdurer sous les conqu&#233;rants qui leur ont impos&#233; une s&#233;rie de ma&#238;tres &#233;trangers. C'est pourquoi, lorsqu'il recompose des mod&#232;les d'&#201;tats dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;, il reprend en compte cette question de l'identit&#233; et des symboles qui lui donnent une existence imm&#233;diatement perceptible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre dimension frappe encore en contrepoint des th&#232;mes politiques : le mat&#233;riau historique sur lequel s'appuie la d&#233;monstration. Spinoza est un grand lecteur des pages historiques de la Bible, et aussi des historiens latins, espagnols et n&#233;erlandais. Deux images le hantent : la fondation d'un &#201;tat, sa disparition. Il a consacr&#233; des dizaines de pages &#224; Mo&#239;se. Mais il est remarquable que l'un des &#233;pisodes qui reviennent le plus souvent sous sa plume, c'est celui de la ruine de J&#233;rusalem. Les lecteurs ne s'en rendent pas toujours compte parce qu'il ne le traite gu&#232;re pour lui-m&#234;me, et parce que les citations qu'il en donne sont emprunt&#233;es &#224; trois morceaux diff&#233;rents du r&#233;cit biblique (le Livre des rois, les Chroniques et le Livre de J&#233;r&#233;mie). Mais, tr&#232;s souvent, m&#234;me pour de tout autres sujets, lorsqu'il doit donner un exemple de la diff&#233;rence de style entre les proph&#232;tes, ou de la n&#233;cessit&#233; pour un proph&#232;te de se faire reconna&#238;tre &#224; un signe, les exemples qu'il donne sont emprunt&#233;s &#224; ce moment fatidique, comme s'il hantait son imagination - la vision de la ville en flammes et du peuple qui part pour l'exil ? plus encore, la discussion sur le statut nouveau des exil&#233;s et l'adaptation n&#233;cessaire &#224; de nouvelles lois. Ainsi tout se passe comme si, tout au long de sa vie intellectuelle, Spinoza n'avait cess&#233; de ruminer sur ces moments d&#233;cisifs : celui o&#249; un peuple se donne des lois pour vivre politiquement, celui o&#249; il perd son ind&#233;pendance - et sur le lien qui relie ces moments &#224; travers les si&#232;cles : ce sont les erreurs dans la premi&#232;re mise en forme de la libert&#233; qui en provoqueront la perte par-del&#224; le cours de l'histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Magazine litt&#233;raire&lt;/strong&gt;, novembre 1998, n&#176;370, pp.40-43.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci &#224; Pierre-Fran&#231;ois Moreau d'avoir g&#233;n&#233;reusement permis que ce texte soit publi&#233; ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Le nom commun&#034;, par Saverio Ansaldi</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Le-nom-commun-par-Saverio-Ansaldi</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Le-nom-commun-par-Saverio-Ansaldi</guid>
		<dc:date>2004-05-02T11:03:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ansaldi, Saverio</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Libre de la metafora y del mito &lt;br class='autobr' /&gt;
Labra un arduo cristal : et infinito &lt;br class='autobr' /&gt;
Mapa de Aquel que es Todas sus estrellas. &lt;br class='autobr' /&gt;
(J. L. Borges) &lt;br class='autobr' /&gt;
I &lt;br class='autobr' /&gt; &#034;Si deux personnes s'accordent entre elles et unissent leurs forces, elles auront plus de pouvoir ensemble et cons&#233;quemment un droit sup&#233;rieur sur la nature que chacune des deux n'en avait &#224; elle seule, et, plus nombreux seront les hommes qui auront mis leurs forces en commun, plus aussi ils auront de droit &#224; eux tous &#034; (Spinoza, Trait&#233; Politique, Chap. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Libre de la metafora y del mito&lt;br /&gt;
Labra un arduo cristal : et infinito&lt;br /&gt;
Mapa de Aquel que es Todas sus estrellas.&lt;br /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;strong&gt;(J. L. Borges)&lt;/p&gt;
&lt;/strong&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Si deux personnes s'accordent entre elles et unissent leurs forces, elles auront plus de pouvoir ensemble et cons&#233;quemment un droit sup&#233;rieur sur la nature que chacune des deux n'en avait &#224; elle seule, et, plus nombreux seront les hommes qui auront mis leurs forces en commun, plus aussi ils auront de droit &#224; eux tous &#034; (Spinoza, &lt;i&gt;Trait&#233; Politique&lt;/i&gt;, Chap. 2, &#167; XIII).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son moment le plus haut, l'ontologie devient, chez Spinoza, puissance, et la puissance, toute la puissance, devient politique. Mais quel est le sens de cette &#233;quivalence ? Faisons un pas en arri&#232;re, et pr&#233;cis&#233;ment vers l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, IV&#232;me Partie, Proposition XXXV Corollaire II : &#034; Quand chaque homme cherche le plus ce qui lui est utile &#224; lui-m&#234;me, alors les hommes sont les plus utiles les uns aux autres. Car, plus chacun cherche ce qui lui est utile et s'efforce de se conserver, plus il est dou&#233; de vertu (Prop. 20), ou, ce qui revient au m&#234;me (Def. 8) plus grande est la puissance dont il est dou&#233; pour agir suivant les lois de sa nature, c'est-&#224;-dire (Prop. 3, p. III) pour vivre sous la conduite de la Raison. Mais, quand les hommes vivent sous la conduite de la Raison (Prop. pr&#233;e.), c'est alors qu'ils s'accordent le plus en nature, donc (Coroll. pr&#233;c.) quand chacun cherche le plus ce qui est utile &#224; lui-m&#234;me, c'est alors que les hommes sont les plus utiles les uns aux autres&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un passage d&#233;cisif dans le parcours de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; et de la philosophie politique moderne :plus je cherche ce qui est utile &#224; moi-m&#234;me, plus je suis puissant, et plus je suis puissant, plus je suis dou&#233; de vertu. Et, encore, ma vertu - ce qui est utile &#224; moi-m&#234;me -, plus elle est plus puissante, plus elle est r&#233;ciproque, &lt;i&gt;commune&lt;/i&gt;. Utilit&#233;, puissance, communaut&#233; : telle est la triade, forte et ins&#233;parable, de l'ontopolitique de Spinoza. Mais ce n'est pas tout. Spinoza nous oblige &#224; faire un autre pas en avant : plus grande est la puissance dont nous sommes dou&#233;s, plus grande est notre vertu, c'est-&#224;-dire (&lt;i&gt;hoc est&lt;/i&gt;) plus puissante est notre raison. Ici le cercle se renferme, ou, peut-&#234;tre, il s'ouvre sur un autre ordre, diff&#233;rent m&#234;me de l'ordre g&#233;om&#233;trique qui l'a con&#231;u d'une mani&#232;re si claire et si parfaite. Spinoza fonde ici un espace autre, tout &#224; fait radical et nouveau, dans lequel les options du politique deviennent les options m&#234;mes de l'ontologie - en tant que faire joyeux, plein, libre et lib&#233;r&#233;. Il n'y a (plus) la transcendance despotique du th&#233;ologico-politique, comme m&#233;canisme sombre et infernal de coercition et de limitation de notre &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, de notre &lt;i&gt;puissance commune&lt;/i&gt;. Il y a seulement l'immanence lumineuse de notre activit&#233; : &#034; Le bien supr&#234;me de ceux qui sont des suivants de la vertu est commun &#224; tous, et tous peuvent en tirer pareillement de la joie &#034; (&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, IV, Prop. XXXVI).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le bien pour l'homme consiste dans une activit&#233; de l'&#226;me en accord avec la vertu, et en cas de pluralit&#233;s des vertus, en accord avec la plus excellente et la plus parfaite d'entre elles ... En effet, la f&#233;licit&#233; est une activit&#233; en accord avec la vertu (Aristote, &lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, 1098a, 16-18, 1098b, 31). Au sommet de la pens&#233;e grecque, Aristote pose l'&#234;tre m&#234;me de l'homme comme activit&#233; libre et joyeuse, comme vertu : &#034; Il appara&#238;t clairement que la vie et le plaisir sont intimement associ&#233;s et n'admettent aucune .s&#233;paration. Sans activit&#233; en effet il ne na&#238;t pas de plaisir et toute activit&#233; re&#231;oit son ach&#232;vement du plaisir (Aristote, &lt;i&gt;&#201;thique &#224; Nicomaque&lt;/i&gt;, 1175a, 19-23). Le sens v&#233;ritable et plus profond de la pratique r&#233;side dans la joie, dans l'activit&#233; conforme &#224; la vertu ; et c'est bien &#224; partir de ces pr&#233;suppos&#233;s qu' Aristote d&#233;cide les fondements m&#234;mes de la politique : &#034; Pour l'instant prenons pour base qu'une vie excellente, aussi bien pour chaque individu pris &#224; part que pour les cit&#233;s prises collectivement, c'est celle qui s'accompagne d'une vertu pourvue d'assez de moyens pour qu'on puisse prendre part aux actes conformes &#224; la vertu &#034; (&lt;i&gt;Politique&lt;/i&gt;, 1323b, 40-41, 1324a 1-2). Cette fondation reste inchang&#233;e dans toute l'histoire de l'ontologie politique occidentale, car elle capable de traverser toute sorte de crise et de contradiction. L'activit&#233; est la limite m&#234;me qui permet de penser et de d&#233;finir notre &#234;tre-l&#224;, elle est le fait m&#234;me de notre existence - singuli&#232;re et/ou collective. C'est le m&#234;me principe que, par exemple, nous retrouvons chez Dante &#034; La t&#226;che la plus propre au genre humain, consid&#233;r&#233; dans sa globalit&#233;, consiste toujours dans l'actuation de toute la puissance de l'intellect possible, premi&#232;rement dans le but de la sp&#233;culation, et deuxi&#232;mement, par extension, dans le but de l'activit&#233; pratique &#034; (Dante, &lt;i&gt;De Monarchia&lt;/i&gt;, I, V, 1). Limite et principe, donc, qui restent inchang&#233;s jusqu'au seuil de la modernit&#233;, c'est-&#224;-dire jusqu'&#224; la premi&#232;re moiti&#233; du XVII&#232;me si&#232;cle. C'est &#224; partir de ce moment que nous assistons &#224; l'extension la plus compl&#232;te et la plus totale de la limite, justement gr&#226;ce &#224; Spinoza. Dans un si&#232;cle qui, de Hobbes &#224; Graci&#224;n, de Descartes &#224; Leibniz, fait du principe aristot&#233;licien de l'activit&#233; le c&#339;ur m&#234;me de toute anthropologie - qu'elle soit pens&#233;e en tant qu'app&#233;tit, &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, ou d&#233;sir, appropriation, du corps et de l'esprit - Spinoza nous fournit un verre grossissant encore plus puissant, capable de permettre la lecture et la p&#233;n&#233;tration dans le fond m&#234;me de l'activit&#233;, une activit&#233; qui, quoiqu'elle soit &lt;i&gt;la mienne&lt;/i&gt;, et non pas une autre, donc &lt;i&gt;diff&#233;rente&lt;/i&gt;, est impensable, vide, faible et pauvre sans l'autre qui l'alimente et la rend plus puissante, de plus en plus riche et forte, donc de plus en plus libre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#034;Agir par vertu absolument n'est rien d'autre en nous qu'agir, vivre et conserver son &#234;tre (ces trois choses n'en font qu'une) sous la conduite de la &lt;i&gt;Raison, d'apr&#232;s le principe de la recherche de l'utile propre &#034; (Spinoza, &#201;thique&lt;/i&gt;, IV, Prop. XXIV). Jusqu'&#224; cette Proposition, Spinoza ne s'&#233;carte pas du sujet de la tradition gr&#233;co-latine ; tout est parfaitement cons&#233;quent. Le changement a lieu dans les Propositions suivantes. Proposition XXIX de la Quatri&#232;me Partie : &#034; Une chose singuli&#232;re quelconque, dont la nature est enti&#232;rement diff&#233;rente de la n&#244;tre, ne peut ni seconder ni r&#233;duire notre puissance d'agir, et, absolument parlant, aucune chose ne peut &#234;tre bonne ou mauvaise pour nous, si elle n'a quelque chose de &lt;i&gt;commun&lt;/i&gt; avec nous &#034;. Et la Proposition XXXI : &#034; Dans la mesure o&#249; une chose s'accorde avec notre nature, elle est n&#233;cessairement bonne &#034;, dont le Corollaire affirme que &#034;Plus une chose s'accorde avec notre nature, plus elle nous est utile ou meilleure est elle ; et inversement, une chose nous est plus utile dans la mesure o&#249; elle s'accorde mieux avec notre nature &#034;. Qu'est-ce qu'il peut y avoir de commun avec nous (&lt;i&gt;commune aliquid nobiscum&lt;/i&gt;) ? Et pourquoi une chose qui s'accorde (&lt;i&gt;convenit&lt;/i&gt;) avec nous est n&#233;cessairement (&lt;i&gt;necessario&lt;/i&gt;) bonne ? Spinoza pose, au plein milieu du XVII&#232;me si&#232;cle, la question, ind&#233;passable et radicale, qui d&#232;s lors ne cesse pas de nous interroger quant au sens de notre agir : quel est le lieu de constitution de notre activit&#233;, qu'est-ce qui d&#233;termine notre &#234;tre-l&#224; comme activit&#233;, notre vie en tant que faire, faire qui cr&#233;e, modifie, d&#233;truit, r&#233;siste, aime, d&#233;teste, souffre et &#233;prouve de lai oie ? Autrement dit, un faire qui, en agissant, est affect ? Car, cela est clair, il n' existe pas une activit&#233; neutre, transparente, sans oppositions ; l'activit&#233; se d&#233;roule dans le plein, dans l'&#234;tre et pour l'&#234;tre. Et Spinoza en est bien conscient. Quatri&#232;me Partie, Propositions XXXII &#224; XXXIV : &#034; Dans la mesure o&#249; les hommes sont soumis aux passions, on ne peut dire qu'ils s'accordent en nature... Les hommes peuvent diff&#233;rer en nature en tant qu'ils sont domin&#233;s par des affects qui sont des passions ; et dans la m&#234;me mesure le m&#234;me homme est changeant et inconstant... En tant que les hommes sont domin&#233;s par des affects qui sont des passions, ils peuvent &#234;tre contraires les uns aux autres &#034;. Le plan de l'immanence est constitu&#233; par des niveaux diff&#233;rents, compos&#233;s l'un dans l'autre, chacun avec ses propri&#233;t&#233;s et ses particularit&#233;s. Ce qui est commun est, avant tout, ce qui nous s&#233;pare. Mais Spinoza ne s'arr&#234;te pas ici. Il conduit la limite au-del&#224; d'elle-m&#234;me, il la renverse et la red&#233;finit, en lui donnant une nouvelle essence et une nouvelle vie. Proposition XXXV : Dans la mesure seulement o&#249; les hommes vivent sous la conduite de la Raison, ils s'accordent toujours n&#233;cessairement en nature &#034;. Nous sommes en pr&#233;sence ici d'une autre ontologie, fond&#233;e sur le d&#233;sir m&#234;me d'expression et de production - comme puissance. Spinoza boucle en effet le cercle, et, comme nous l'avons dit, il ouvre une autre g&#233;om&#233;trie, d&#233;j&#224; non-euclidienne. Lisons le Corollaire I &#224; la m&#234;me Proposition : &#034; Il n'est donn&#233; dans la nature aucune chose singuli&#232;re qui soit plus utile &#224; l'homme qu'un homme vivant sous la conduite de la Raison. Car ce qui est &#224; l'homme le plus utile est ce qui s'accorde le plus avec sa nature, c'est-&#224;-dire que c'est l'homme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;ploiement de la puissance atteint ici son maximum, toute l'ontologie devient immanente, productive, politique. Celui qui s'efforce de se conserver et cherche ce qui est utile &#224; lui-m&#234;me est dou&#233; de vertu, et qui est dou&#233; de vertu, vit sous la conduite de la Raison (&lt;i&gt;ex ductu rationis vivit&lt;/i&gt;). Le syst&#232;me est biunivoque : plus de puissance, plus de vertu et donc plus de Raison, mais, en m&#234;me temps, plus de Raison, plus de vertu et donc plus de puissance. Il n'y a plus aucune &lt;i&gt;diff&#233;rence&lt;/i&gt; ontologique entre la puissance et son extension dans l'immanence : l'immanence est la puissance elle-m&#234;me et vice-versa. Spinoza &#233;limine toute r&#233;f&#233;rence &#224; la transcendance, qu'elle th&#233;ologique et/ou politique ; il y a seulement l'&#234;tre (la nature) comme puissance immanente. Et mon &#234;tre-l&#224; est une partie active de la puissance ; il est un mode productif qui participe &#224; l'&#234;tre de la puissance. Par cons&#233;quent, plus je suis puissant, plus je suis dou&#233; de vertu et de Raison ; et plus je vis sous la conduite de la Raison, plus je cherche ce qui est utile &#224; moi-m&#234;me : mon bien. Spinoza en tire les conclusions dans la Proposition XXXVII de la Quatri&#232;me Partie : &#034; Le bien que d&#233;sire pour lui-m&#234;me quiconque est un suivant de la vertu, il le d&#233;sirera aussi pour les autres hommes, et cela d'autant plus qu'il aura acquis une connaissance plus grande de Dieu &#034;, c'est-&#224;-dire d'autant plus qu'il participera &#224; la puissance commune de la nature. Le r&#233;sultat est la fondation m&#234;me de l'ontopolitique : &#034; Le bien que l'homme d&#233;sire pour lui-m&#234;me et aime, il l'aimera de fa&#231;on plus constante s'il voit que d'autres l'aiment ; il fera donc effort pour que les autres l'aiment ; et, puisque ce bien est commun &#224; tous et que tous peuvent s'en &#233;panouir pareillement, il fera donc effort pour que tous en tirent de la joie et d'autant plus qu'il jouira davantage de ce bien &#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance est ce qui nous rend, en m&#234;me temps, &lt;i&gt;singuliers et communs&lt;/i&gt;. Moi, je suis ma partie active de la puissance de la nature, et augmenter ma puissance signifie toujours chercher mon bien conforme &#224; la vertu ; d&#233;sirer mon bien est ma vertu. Mais ma vertu - ma puissance - sera d'autant plus puissante et app&#233;tente qu'elle sera commune, partag&#233;e et partageable. Dans l'activit&#233; que je suis, j'aimerai encore plus mon bien si je vois qu'il augmente la puissance commune, si ma puissance, et non pas une autre, participe &#224; la composition commune de la puissance. Chez Spinoza, il n'est plus question ni de sujet, ni de transcendance, ni de l&#233;gitimation : il y a seulement des singularit&#233;s communes, des quanta de puissance ayant toute la possibilit&#233; d'&#233;largir la sph&#232;re de leur propre activit&#233; et de la recherche de leur propre utile - toujours dans la composition commune des forces : &#034; Il est impossible que l'homme ne soit pas une partie de la Nature et n'en suive pas l'ordre commun. Si, cependant, il vit parmi des individus tels que leur nature s'accorde avec la sienne, par cela m&#234;me sa puissance d'agir sera second&#233;e et aliment&#233;e &#034;(&lt;i&gt;Appendice&lt;/i&gt; &#224; la Quatri&#232;me partie, Chap. VII).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La puissance est le lieu de notre singularit&#233; et de notre communaut&#233;. Ma puissance est exactement comme mon nom, et, comme lui, elle me singularise, me d&#233;finit et me constitue ; mais, en m&#234;me temps, mon nom est ce qui rend commun, ce qui me permet de participer &#224; l'existence commune. Mon nom, c'est moi, mais mon nom, pour &#234;tre ce qu'il est, est toujours appel&#233; par les autres. Ainsi est la puissance : singuli&#232;re et commune. &#034; Car si deux individus enti&#232;rement de m&#234;me nature se joignent l'un &#224; l'autre, ils composent un individu deux fois plus puissant que chacun s&#233;par&#233;ment. Rien donc de plus utile &#224; l'homme que l'homme ; les hommes, dis-je, ne peuvent rien souhaiter qui vaille mieux pour la conservation de leur &#234;tre, que de s'accorder tous en toute chose de fa&#231;on que les &#194;mes et les Corps de tous composent en quelque sorte une seule &#194;me et un seul Corps, de s'efforcer tous ensemble &#224; conserver leur &#234;tre et de chercher tous ensemble l'utilit&#233; commune &#224; tous &#034;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/i&gt; 25-26 : 1995/6.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Temps et politique dans l'oeuvre de Spinoza&#034;, par Nicolas Isra&#235;l</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Temps-et-politique-dans-l-oeuvre-de-Spinoza-par-Nicolas-Israel</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Temps-et-politique-dans-l-oeuvre-de-Spinoza-par-Nicolas-Israel</guid>
		<dc:date>2004-05-02T10:59:15Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Israel, Nicolas</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;A la lecture de Spinoza il devient manifeste que certaines formes temporelles qui passent pour l'expression de la structure de l'existence ou pour les conditions de toute conscience, sont en r&#233;alit&#233; forg&#233;es par l'imagination. La distinction entre la dur&#233;e et le temps conf&#232;re alors un nouvel &#233;clairage &#224; l'opposition classique entre un temps physique et un temps psychologique, car le temps fa&#231;onn&#233; par la conscience imaginative produit des effets dans le monde jusqu'&#224; &#234;tre confondu avec la (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Politique-" rel="directory"&gt;Politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A la lecture de Spinoza il devient manifeste que certaines formes temporelles qui passent pour l'expression de la structure de l'existence ou pour les conditions de toute conscience, sont en r&#233;alit&#233; forg&#233;es par l'imagination. La distinction entre la dur&#233;e et le temps conf&#232;re alors un nouvel &#233;clairage &#224; l'opposition classique entre un temps physique et un temps psychologique, car le temps fa&#231;onn&#233; par la conscience imaginative produit des effets dans le monde jusqu'&#224; &#234;tre confondu avec la dur&#233;e r&#233;elle des choses. Nous retrouvons l&#224; un trait caract&#233;ristique de l'analyse du temps : cet &#234;tre d'imagination n'existe pas en dehors de notre pens&#233;e alors qu'il semble pourtant &#234;tre l'objet d'une perception sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e est une affection de l'existence, sa &#171; continuation ind&#233;finie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth II, def 5.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dont la nature est masqu&#233;e par la puissance de temporalisation de l'imagination. Nous vivons sur le mode de la confusion entre la dur&#233;e et le temps, ce qui explique l'emprise de formes temporelles sur notre vie affective ou politique. La tentative spinoziste pour pr&#233;venir cette confusion et cerner la v&#233;ritable essence de la dur&#233;e revient simultan&#233;ment &#224; mettre &#224; nu la domination subreptice que l'imagination du temps exerce sur le champ &#233;thique et politique. Mais lorsque, dans l'ignorance du temps d'existence des choses, nous l'appr&#233;hendons &#224; partir de la succession des id&#233;es imaginatives, ce dernier n'est pas imm&#233;diatement livr&#233; au hasard des affections temporelles, il est d'abord estim&#233; par rapport &#224; la r&#233;gularit&#233; d'un ordre de rencontres. D&#232;s lors que le temps n'est pas d&#233;compt&#233; rationnellement &#224; partir d'un mouvement invariable, il trouve la source de son imagination dans la m&#233;moire. C'est &#224; partir du souvenir d'une s&#233;rie d'exp&#233;riences que se forge la repr&#233;sentation du pass&#233;, du pr&#233;sent comme du futur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth II, 44, sc.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les auxiliaires temporels engendr&#233;s par l'imagination ne sauraient donc manquer de modifier la configuration du champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le&lt;i&gt; Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt; comme dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt; ainsi que dans la &lt;i&gt;Lettre L&lt;/i&gt;, Spinoza ne cesse d'affirmer que le pouvoir du souverain est absolu, aussi longtemps qu'il conserve la puissance d'imposer le respect de ce qu'il &#233;dicte. Les dirigeants d&#233;tiennent le pouvoir souverain tant qu'ils poss&#232;dent l'art de d&#233;terminer le d&#233;sir de chacun &#224; s'engager de nouveau l'instant suivant.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; politique ne repose pas sur un pacte originel mais sur la continuation in-d&#233;finie, la reproduction incessante du d&#233;sir de s'engager. La source de la souverainet&#233; co&#239;ncide donc avec la dur&#233;e de la multitude. Le droit du souverain d&#233;pend de la reproduction incessante du d&#233;sir de se soumettre qui affecte la multitude. A chacun de ses moments, le d&#233;sir d'ob&#233;issance de la multitude est porteur de la souverainet&#233;, chaque instant est indissociablement li&#233; &#224; une action, au pouvoir supr&#234;me. A tout moment, la dur&#233;e de la multitude peut passer d'un r&#233;gime &#224; l'autre. Chaque r&#233;gime se r&#233;duit alors &#224; un simple &lt;i&gt;status&lt;/i&gt;, &#224; un &#233;tat stabilis&#233; du corps politique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP V, 1 et 2.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me que &#171; le droit divin part du moment (&lt;i&gt;ab eo tempore&lt;/i&gt;) o&#249; les hommes ont promis par un pacte expr&#232;s d'ob&#233;ir &#224; Dieu en toute chose &#187;, &#171; &#224; partir du moment (&lt;i&gt;ab eo tempore&lt;/i&gt;) &#187; o&#249; les H&#233;breux transf&#232;rent leur droit au roi de Babylone, le droit divin cesse d'exister, ils doivent ob&#233;issance en tout &#224; ce nouveau souverain&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous modifions la traduction Appuhn de la premi&#232;re citation pour l 'accorder (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme la dur&#233;e de la multitude est la source de la souverainet&#233; chacun de ses moments appara&#238;t comme une occasion d'exercer le pouvoir souverain, pour quiconque saura s'en saisir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e de la multitude ne peut plus &#234;tre repr&#233;sent&#233;e comme une succession de moments amput&#233;s des actions auxquelles ils donnent naissance, mais comme une s&#233;rie d'occasions de d&#233;tenir la souverainet&#233;. Avoir l'occasion de prendre le pouvoir, de subjuguer le d&#233;sir de transfert des sujets, cela revient &#224; d&#233;tenir la force de saisir l'occasion qu'est le pouvoir souverain lui-m&#234;me. La souverainet&#233; se r&#233;duit &#224; la succession des occasions de son exercice. L'occasion est la source de l'exercice du pouvoir souverain. Toute la question consiste donc &#224; savoir de quelle mani&#232;re les gouvernants vont forger un temps social qui &#233;tablit la liaison entre des promesses qui n'engagent qu'un instant.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'espace social, la distinction entre la dur&#233;e et le temps prend la forme d'un conflit entre la source de la souverainet&#233;, la dur&#233;e de la multitude et les formes temporelles engendr&#233;es par les l&#233;gislateurs. L'Etat tente d'endiguer les variations du d&#233;sir d'ob&#233;issance qui affecte la puissance de la multitude, toujours aussi parfaites &#224; chacun des instants que l'on d&#233;limite en elles. Selon Spinoza, la transition continue du d&#233;sir &#224; l'origine du transfert de droit est la v&#233;rit&#233; ind&#233;passable de la vie politique, la cause prochaine dont on en d&#233;duit toutes les propri&#233;t&#233;s. L'inconstance de la foule ne saurait &#234;tre fustig&#233;e comme un vice foncier de la multitude, elle traduit simplement l'action de causes ext&#233;rieures sur la dur&#233;e qui l'affecte. Les hommes politiques s'efforcent ainsi d'entretenir la confusion entre cette dur&#233;e de l'esprit de la multitude et les auxiliaires temporels qui structurent son imagination. Il s'agit de masquer le fait que la souverainet&#233; est une occasion, qu'elle se r&#233;duit &#224; la succession des moments propices &#224; son exercice.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps politique mesure la dur&#233;e de la multitude, dans le double sens o&#249; il relie les diff&#233;rents &#233;tats qui l'affectent, d&#233;limite des intervalles d'ob&#233;issance, et l'asservit &#224; un mouvement r&#233;gulier de l'&#226;me commune, ou &#224; un ordre r&#233;p&#233;t&#233; d'exp&#233;riences, &#233;labor&#233; par des experts de la multitude. De m&#234;me que la dur&#233;e se trouve nombr&#233;e par l'alternance du jour et de la nuit, elle peut &#234;tre mesur&#233;e par l'alternance des r&#233;compenses et des ch&#226;timents (cf. le probl&#232;me des fins de mois difficiles, o&#249; la d&#233;limitation sociale se superpose &#224; la d&#233;limitation calendaire). En ce sens, le temps a une existence essentiellement intersubjective, &#171; il... pr&#233;suppose... les hommes pensants &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;PM II, 10 p. 378, G. I p. 269.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il n'est pas une affection des choses cr&#233;&#233;es mais existe pourtant en dehors de l'entendement de chacun. De par la d&#233;finition de son statut ontologique le temps poss&#232;de imm&#233;diatement une signification politique.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suppose que chacun se conforme par la dur&#233;e qui lui est propre, &#224; une unit&#233; de mesure commune, &#224; un ordre r&#233;p&#233;t&#233; d'exp&#233;riences, g&#233;n&#233;rateur d'affects communs. Chaque dur&#233;e est compar&#233;e, rapport&#233;e de l'ext&#233;rieur, &#224; des affects uniformis&#233;s. La dur&#233;e de la multitude qui est pourtant la source de la souverainet&#233; semble donc dissimul&#233;e par les temps politiques qui la mesurent.Etant donn&#233; que la naissance de la soci&#233;t&#233; politique co&#239;ncide avec la formation d'un esprit commun, qui traduit l'interd&#233;pendance imaginative des citoyens, les sujets sont conduits &#224; percevoir le temps tel qu'il est forg&#233; par les affects qui les unissent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les affects de crainte et d'espoir qui forment le noyau passionnel assurant l'effectivit&#233; du transfert de droit au souverain, r&#233;v&#232;lent que la constitution de l'Etat suppose la soumission des sujets &#224; un auxiliaire temporel. Le temps serait donc pour une part socialement construit. Les sujets manifestent le d&#233;sir pr&#233;sent de suivre les injonctions du souverain &#224; partir de la repr&#233;sentation de l'issue future, que la m&#233;moire d'une s&#233;rie d'exp&#233;riences pass&#233;es, conf&#232;re &#224; cette ob&#233;issance. La conduite pr&#233;sente r&#233;sulte donc de l'id&#233;e imaginative du futur forg&#233;e par la m&#233;moire du pass&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la difficult&#233; pour les gouvernants est de construire un ordre r&#233;p&#233;t&#233; d'exp&#233;riences qui laisse pr&#233;voir une issue future capable de produire des affects qui s'opposent &#224; la force du pr&#233;sent dans la vie passionnelle. Mo&#239;se a ainsi b&#233;n&#233;fici&#233; du fait que les h&#233;breux n'ont pas manqu&#233; de &#171; reconna&#238;tre les bienfaits pass&#233;s de Dieu (c'est-&#224;-dire la libert&#233; succ&#233;dant &#224; la servitude d'Egypte, etc.) &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP II p. 61, G. III p. 41.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La pr&#233;vision de la s&#233;curit&#233; future &#224; partir de ces exp&#233;riences pass&#233;es suffisait &#224; renouveler l'ob&#233;issance.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conservation de l'Etat d&#233;pend alors d'un simple rapport de force entre diff&#233;rents affects&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth IV, 37, sc 2 ; TP X, 10.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;i&gt;Le Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt; annonce alors les analyses de la quatri&#232;me partie de l'&lt;i&gt;Ethique&lt;/i&gt;, car Spinoza y fonde l'&#233;tude de la conservation de l'Etat sur l'exp&#233;rience commune selon laquelle les passions de l'&#226;me &#171; n'ont aucun &#233;gard &#224; l'avenir (&lt;i&gt;temporis futuri&lt;/i&gt;) et ne tiennent compte que d'elles-m&#234;mes &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP V p. 106, G. III p. 73 ; Eth IV, 9-13 et 16-17.&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'id&#233;e imaginative constitutive de l'affect passif affirme la pr&#233;sence de l'objet qu'elle repr&#233;sente avec d'autant plus de force qu'il existe en acte, qu'aucune image de choses n'occulte sa pr&#233;sence&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth III, 18, sc 1.&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt; s'appuie sur une analyse identique : &#171; ...dans les moments de pire d&#233;tresse de l'Etat, lorsque tous, comme il arrive, sont pris d'une terreur panique, alors tous approuvent ce que la crainte pr&#233;sente leur persuade, sans tenir compte ni de l'avenir ni des lois &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP X, 10. Dans le Trait&#233; th&#233;ologico-politique (TTP) comme dans le Trait&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'Etat doit devenir une puissance de temporalisation pour s'opposer &#224; la force du pr&#233;sent dans la vie passionnelle.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citoyens doivent &#234;tre conduits &#224; l'ob&#233;issance par les affects de crainte et d'espoir que L'Etat parvient &#224; mobiliser. Or ces affects sont porteurs d'une forme temporelle, ils se d&#233;finissent comme la joie ou la tristesse inconstantes &#171; n&#233;e de l'id&#233;e d'une chose future ou pass&#233;e de l'issue (eventu) de laquelle nous doutons en quelque mesure. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth III, def 12 et 13 des affects.&#034; id=&#034;nh4-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule fa&#231;on de lib&#233;rer les citoyens de la force passionnelle du pr&#233;sent pour mieux les asservir, est d'associer &#224; leurs actes des cons&#233;quences imaginaires dot&#233;es d'une force affective sup&#233;rieure &#224; celle de la situation pr&#233;sente, alors que les cons&#233;quences r&#233;elles de ces actes comportent une charge affective bien moindre, incapable de triompher d'un d&#233;sir pr&#233;sent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth IV, 16.&#034; id=&#034;nh4-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si, toutes choses &#233;gales par ailleurs, l'imagination du pr&#233;sent produit des affects plus intenses que celle du futur, la seule mani&#232;re de redonner une force passionnelle au futur est d'y rapporter des bienfaits qui par eux-m&#234;mes occupent davantage l'esprit que les biens pr&#233;sents. Pour assurer le renoncement &#224; un bien pr&#233;sent il faut donner &#224; ce sacrifice des cons&#233;quences imaginaires qui, tout en d&#233;pendant d'une issue future, poss&#232;dent une force affective plus intense li&#233;e &#224; la repr&#233;sentation d'un bienfait sup&#233;rieur. La pr&#233;vision de la simple conservation de l'Etat ne suffirait pas toujours &#224; produire un affect suffisamment intense pour r&#233;duire l'app&#233;tit d'un bienfait imm&#233;diat et renouveler le d&#233;sir de soumission. Le temps forg&#233; par les hommes politiques, &#224; partir de l'organisation d'un ordre r&#233;p&#233;t&#233; d'exp&#233;riences, r&#233;sulte de l'association, au sein de l'imagination des sujets, de certaines actions avec les pr&#233;visions imaginaires de leur cons&#233;quences futures. Ce temps est asservissant car il se constitue comme un cadre ext&#233;rieur qui s&#233;pare d'une mani&#232;re imaginaire les actions de la multitude de leurs cons&#233;quences r&#233;elles. Selon Spinoza il est acquis que c'est &#171; &#224; des esclaves et non &#224; des hommes libres que l'on donne des r&#233;compenses pour leur vertu. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP X, 8. Spinoza critique ainsi celui qui &#171; s'abstient des actes mauvais et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet asservissement tient au fait que la fin de l'action n'est pas con&#231;ue &#224; partir de ses cons&#233;quences naturelles mais par la repr&#233;sentation d'un bienfait futur, reli&#233; de l'ext&#233;rieur, c'est-&#224;-dire l&#233;galement, &#224; cette action&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP IV p. 91, G. III p. 63.&#034; id=&#034;nh4-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce n'est donc plus la fortune, mais l'Etat qui devient le principe de liaison des moments temporels.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la diff&#233;rence des lois qui d&#233;pendent d'une n&#233;cessit&#233; de nature, la loi, con&#231;ue comme un commandement, se rapporte n&#233;cessairement &#224; une fin : elle est &#171; une r&#232;gle de vie (&lt;i&gt;ratio vivendi&lt;/i&gt;) que l'homme s'impose &#224; lui-m&#234;me ou impose &#224; d'autres pour une fin quelconque. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP IV p. 86, G. III p. 58.&#034; id=&#034;nh4-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, le meilleur moyen de contenir le vulgaire est d'instituer &#171; une autre fin bien diff&#233;rente de celle qui suit n&#233;cessairement de la nature des lois &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid, G. III p. 59.&#034; id=&#034;nh4-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La &#171; vraie fin des lois &#187; politiques, entr'aper&#231;ue par un petit nombre, et qui d&#233;coule n&#233;cessairement de la nature de celles-ci, consiste &#224; assurer la paix et la s&#233;curit&#233; parmi les citoyens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP V, 2.&#034; id=&#034;nh4-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Etant donn&#233; que cette fin v&#233;ritable ne parvient pas &#224; g&#233;n&#233;rer des affects suffisamment forts pour d&#233;jouer les passions qui encha&#238;nent aux chim&#232;res du pr&#233;sent, les l&#233;gislateurs doivent savoir associer au respect des lois d'autres fins, capables d'engendrer des affects qui redonnent une force passionnelle au futur. Pour assurer le renouvellement de l'ob&#233;issance &#224; l'Etat les l&#233;gislateurs &#171; ...promettent aux d&#233;fenseurs des lois ce que le vulgaire aime le plus, tandis qu'ils menacent leurs violateurs de ce qu'il redoute le plus. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP IV p. 86, G. III p. 59.&#034; id=&#034;nh4-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;C'est donc par des promesses que les gouvernants donnent de nouvelles fins aux lois, qui n'en sont pas les cons&#233;quences naturelles, partant du principe que seule l'ob&#233;issance fait le sujet et non la raison pour laquelle il ob&#233;it&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP XVII p. 278, G. III p. 202.&#034; id=&#034;nh4-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Un citoyen qui ob&#233;it aux lois tout en &#233;tant tromp&#233; sur leurs v&#233;ritables fins, n'en est pas moins sujet, transfert l'usage de sa puissance par le d&#233;sir qu'il a de se soumettre. Ce leurre facilite m&#234;me le transfert de puissance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP II, 11 ; &#171; Mo&#239;se qui, non par la fourberie, mais par sa vertu divine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les l&#233;gislateurs doivent, par l'&#233;tude de &#171; la complexion propre &#224; chaque nation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP V p. 103, G. III p. 70. Sur la notion d'ingenium national cf P-F Moreau (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, trouver la nature des affects &#224; m&#234;me d'assurer la mystification conduisant &#224; respecter les lois. Les affects associ&#233;s pourront alors varier selon la cat&#233;gorie professionnelle &#224; soumettre. Mais l'Etat ne peut assurer durablement sa conservation en s'en tenant aux seuls affects de crainte et d'espoir qui, par la tristesse qu'ils ne manquent pas de g&#233;n&#233;rer, conduiraient les citoyens &#224; vouloir d&#233;truire la source de leur impuissance. Tout Etat doit assurer la s&#233;curit&#233; des citoyens. L'affect de s&#233;curit&#233;, la &#171; joie n&#233;e de l'id&#233;e d'une chose future ou pass&#233;e au sujet de laquelle il n'y a plus de cause de doute &#187; (Eth III, d&#233;f. 14 des affects), appara&#238;t au c&#339;ur du dispositif mis en &#339;uvre pour ma&#238;triser la dur&#233;e de la multitude.&lt;br /&gt;
De quelle nature est la s&#233;curit&#233; que l'Etat s'efforce d'imposer ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre en s&#233;curit&#233; c'est conserver &#171; aussi bien qu'il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d'exister et d'agir &#187;, pouvoir s'acquitter en s&#251;ret&#233; de toutes les fonctions de l'&#226;me et du corps&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP XX p. 329, G. III p. 241.&#034; id=&#034;nh4-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Seule l'institution de r&#232;gles de droit permet &#224; chacun de conserver son droit naturel sans attenter &#224; celui d'autrui. La s&#233;curit&#233; co&#239;ncide donc avec l'absence de transgression des lois, avec la perp&#233;tuation de l'ordre l&#233;gal&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP V, 2.&#034; id=&#034;nh4-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En effet, dans la plupart des Etats, les s&#233;ditions sont plus &#224; craindre que les guerres, la s&#233;curit&#233; de l'Etat est davantage menac&#233;e par les ennemis de l'int&#233;rieur que par ceux de l'ext&#233;rieur&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP XVII p. 280, G. III p. 203 ; TP VI, 6.&#034; id=&#034;nh4-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme nous l'avons vu, les lois politiques instaurent un ordre en associant au respect de la l&#233;galit&#233; des r&#233;compenses incitatrices et &#224; leur violation des ch&#226;timents dissuasifs. L'ordre l&#233;gal objectif est le r&#233;sultat de cet &#233;quilibre passionnel par lequel les citoyens ob&#233;issent aux lois par espoir d'en tirer parti et s'abstiennent de les violer par peur des repr&#233;sailles. En ce sens, la v&#233;ritable fin des lois politiques - &#224; la diff&#233;rence des fins qui y sont rattach&#233;es artificiellement - est la s&#233;curit&#233; de l'Etat : &#171; par loi humaine j'entends une r&#232;gle de vie servant seulement &#224; la s&#233;curit&#233; de la vie et de l'Etat. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; ...ad tutandam vitam et republicam &#187; (TTP IV p. 87, G. III p. 59).&#034; id=&#034;nh4-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; est la situation objective qui d&#233;coule du respect par les citoyens comme par les dirigeants de l'ordre public construit par des lois. La s&#233;curit&#233; n'est donc pas le r&#233;sultat d'une &#171; vertu priv&#233;e &#187;, elle ne prend pas en compte le motif pour lequel les hommes gouvernent ou ob&#233;issent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP I, 6 ; TTP XVII p. 278, G. III p. 202.&#034; id=&#034;nh4-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais rel&#232;ve d'une &#171; vertu de l'Etat &#187;, de la puissance d'imposer &#224; tous les sujets le respect des lois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP V, 3 et X, 1.&#034; id=&#034;nh4-27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cependant la s&#233;curit&#233; qui r&#232;gne dans l'Etat ne doit pas r&#233;duire la paix dont elle n'est que la condition &#224; une simple absence de guerre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corps politique ne tend m&#233;caniquement et naturellement &#224; assurer sa propre conservation qu'en fonction de la fin &#224; partir de laquelle il a &#233;t&#233; institu&#233;. La s&#233;curit&#233; que les dirigeants instaurent dans un Etat dont ils ont re&#231;u la souverainet&#233; par droit de conqu&#234;te, peut se r&#233;duire &#224; une simple absence de guerre puisque la fin qui s'incorpore &#224; un Etat vaincu n'est rien d'autre que la domination&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP V, 6. Comme le pr&#233;cise Spinoza s'agissant de la monarchie (VII, 26), les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En revanche, l'Etat &#233;tabli par une &#171; multitude libre &#187; doit instituer une forme de s&#233;curit&#233; qui ne d&#233;pende pas de l'inertie des sujets, de la terreur qui les paralyse et les dissuade de recourir aux armes pour se r&#233;volter&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP V, 4.&#034; id=&#034;nh4-29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est en se r&#233;f&#233;rant aux fondements d'une r&#233;publique d'institution que l'on d&#233;duit que &#171; sa fin derni&#232;re n'est pas la domination &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP XX p. 329, G. III p. 240.&#034; id=&#034;nh4-30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais la s&#233;curit&#233; dans la seule mesure o&#249; elle conduit &#224; la paix, laquelle &#171; implique l'union des coeurs (&lt;i&gt;animorum unione&lt;/i&gt;), c'est-&#224;-dire la concorde &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP VI, 4. La s&#233;curit&#233; n'est donc qu'une fin de l'Etat parmi d'autres : &#187; ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or, l'instauration de la concorde entre les citoyens d&#233;pend n&#233;cessairement d'un motif int&#233;rieur, d'une action interne de l'&#226;me, par laquelle les sujets sont conduits &#224; s'accorder les uns avec les autres. L'union des &#226;mes devient ainsi la condition de la conduite de la multitude comme par un seul esprit, du maintien d'une &#226;me commune. Quelle est la nature de l'action interne de l'&#226;me qui pousse les sujets &#224; s'accorder et &#224; renouveler cette union ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le prolongement de l'&lt;i&gt;Ethique&lt;/i&gt;, certains textes du &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt; indiquent que les citoyens ne peuvent s'accorder que s'ils sont gouvern&#233;s par des d&#233;crets rationnels qui visent l'utilit&#233; commune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP II, 21 et III, 7 ; Eth IV, 35 et 40.&#034; id=&#034;nh4-32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela ne suppose pas, pour autant, que la condition de l'union des sujets par un seul esprit consiste en leur effort pour vivre conform&#233;ment aux commandements de la raison. &#171; Si la multitude s'accorde naturellement et accepte d'&#234;tre conduite comme par un seul esprit, elle ne le fait pas sous la conduite de la raison, mais par la force de quelque passion commune. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP VI, 1 et III, 9.&#034; id=&#034;nh4-33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me que les citoyens peuvent &#234;tre d&#233;termin&#233;s par des motifs rationnels &#224; ob&#233;ir &#224; des d&#233;crets injustes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP XX p. 330, G. III p. 241 ; TP III, 5 et 6 ; VI, 39.&#034; id=&#034;nh4-34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il est possible de les conduire par des motifs passionnels &#224; se conformer &#224; des lois &#233;labor&#233;es en fonction des prescriptions de la raison. Mais si le principe de l'union des &#226;mes r&#233;side dans des affects passifs, l'Etat poss&#232;de le pouvoir d'&#233;tablir la concorde sans avoir n&#233;cessairement en vue l'utilit&#233; commune. Une crainte commune d&#233;tient donc la force d'assurer la concorde m&#234;me si l'accord qu'elle &#233;tablit se fait &#171; sans bonne foi &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth IV, app, chap. 16.&#034; id=&#034;nh4-35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et si, &#224; la moindre occasion favorable, la multitude tentera de d&#233;truire la cause de cet affect.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;curit&#233; n'est donc la fin de la soci&#233;t&#233; &#233;tablie par une multitude libre que si elle ne se r&#233;duit pas &#224; une situation objective&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La s&#233;curit&#233; objective est souvent qualifi&#233;e par le terme tutus cf TP VII, 16.&#034; id=&#034;nh4-36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, &#224; l'absence de violation des lois, mais qu'elle se confond avec un affect par lequel les citoyens consid&#232;rent l'issue de bienfaits futurs comme si elle &#233;tait pr&#233;sente. Spinoza indique, en effet, que le corps politique a pr&#233;cis&#233;ment pour fin de lib&#233;rer les individus de la crainte commune qui les asservit : &#171; ...la soci&#233;t&#233; civile s'&#233;tablit naturellement pour abolir la crainte commune et &#233;carter les malheurs communs &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP III, 6.&#034; id=&#034;nh4-37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La v&#233;ritable fin de l'Etat est donc de transformer la crainte ou l'espoir &#233;prouv&#233;s en commun par les sujets en s&#233;curit&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelle mesure l'affect de s&#233;curit&#233; assure-t-il l'union des &#226;mes, la conduite de la multitude comme par un seul esprit ? Il ne doit y avoir, dans l'&#233;tat civil, qu'une &#171; seule et unique source de s&#233;curit&#233; &#187; pour tous les citoyens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP III, 3.&#034; id=&#034;nh4-38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette source unique co&#239;ncide avec un ordre imaginaire forg&#233; l&#233;galement par les dirigeants. L'ordre que chaque Etat doit savoir instaurer et qui assure la conservation de celui-ci, quels que soient les d&#233;sirs singuliers qui affectent les citoyens ou les dirigeants par ailleurs, n'est pas seulement un ordre physique de protection des biens et des corps mais un ordre imaginaire, int&#233;rieur &#224; l'esprit commun de la multitude, qui tire son objectivit&#233; du fait qu'il s'impose &#224; tous les individus de l'ext&#233;rieur. Le motif, la cause interne, de l'ob&#233;issance de chacun d&#233;rive d'un ordre affectif commun &#224; tous.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le droit de l'Etat doit &#234;tre prot&#233;g&#233; par les passions qui d&#233;tiennent commun&#233;ment la plus grande force dans l'&#233;tat civil&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP X, 9.&#034; id=&#034;nh4-39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, l'ordre public ne tire sa puissance que de l'ordre imaginaire qu'il produit. Les deux ordres s'engendrent et se renforcent, dans une certaine mesure, par action r&#233;ciproque. L'ordre imaginaire, comme toute fin, est l'objet d'un d&#233;sir, &#171; les hommes pr&#233;f&#232;rent l'ordre &#224; la confusion &#187;, car les choses ordonn&#233;es s'imaginent plus distinctement et sont ainsi l'objet d'une rem&#233;moration plus facile&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth I, app p. 109.&#034; id=&#034;nh4-40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'exp&#233;rience de la r&#233;p&#233;tition d'un ordre de succession d'&#233;v&#233;nements permet de contempler l'issue future de cette s&#233;rie comme si elle &#233;tait pr&#233;sente, de la consid&#233;rer avec s&#233;curit&#233; si l'&#233;v&#233;nement qu'elle annonce est b&#233;n&#233;fique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth III, def 14 des affects, expli.&#034; id=&#034;nh4-41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le corps politique d&#233;tient donc le pouvoir de r&#233;duire progressivement l'illusion de la contingence des futurs, m&#234;me s'il n'y substitue que l'imagination de la pr&#233;sence de leur issue et non sa connaissance rationnelle. L'Etat appara&#238;t comme une puissance de pr&#233;sentification qui modifie la repr&#233;sentation du futur que poss&#232;dent les citoyens affect&#233;s par les seuls affects d'espoir et de crainte, m&#234;me s'ils ont &#233;t&#233; pr&#233;alablement uniformis&#233;s et stabilis&#233;s. L'Etat tente de substituer au doute portant sur l'issue des choses futures, l'imagination de sa pr&#233;sence qui na&#238;t de la m&#233;moire d'un ordre constant. Si l'ordre imaginaire peut se fonder sur le fait objectif que la r&#233;compense et le ch&#226;timent ont toujours suivi, dans le pass&#233;, le respect ou la violation des lois, il ne se r&#233;duit pas &#224; l'imagination de l'ordre l&#233;gal, &#224; la perception de la pr&#233;sence des effets de la loi. La r&#232;gle de droit ne peut cesser d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un simple possible&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TTP IV p. 85-86.&#034; id=&#034;nh4-42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont les &#233;l&#233;ments dont la liaison imaginative va donner naissance &#224; un ordre tel que son souvenir suffira &#224; forger l'affect de s&#233;curit&#233; ? La s&#233;curit&#233; ne peut na&#238;tre que de l'espoir et de la crainte, elle suppose donc une &#171; tristesse ant&#233;c&#233;dente &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth IV, 47, sc.&#034; id=&#034;nh4-43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si les r&#232;gles de droit relient l'espoir des r&#233;compenses et la crainte des ch&#226;timents au d&#233;sir d'ob&#233;issance, le r&#233;sultat de l'ordre l&#233;gal doit permettre l'association de la s&#233;curit&#233; voire du d&#233;sespoir - m&#234;me si le souverain souhaite qu'il n'affecte que les criminels - aux affects uniformis&#233;s de crainte et d'espoir. Le meilleur moyen dont dispose l'Etat pour r&#233;duire la repr&#233;sentation de la contingence des futurs c'est encore de la produire artificiellement. Le corps politique ne ma&#238;trisera cette incertitude qu'&#224; condition d'en &#234;tre le propagateur. L'affect de s&#233;curit&#233; se produit d'autant plus facilement que les affects de crainte et d'espoir ont &#233;t&#233; pr&#233;alablement stimul&#233;s. La puissance &#233;tatique de pr&#233;sentification se fonde toujours sur un pouvoir ant&#233;rieur de possibilisation. L'introduction de l'illusion du possible dans l'espace social n'est pas toujours le r&#233;sultat d'une volont&#233; politique d&#233;lib&#233;r&#233;e, cette repr&#233;sentation cro&#238;t &#224; proportion de la nature contradictoire des institutions du r&#233;gime.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit donc de se souvenir des craintes ou des espoirs qui avaient pour objet les effets attendus des r&#232;gles de droit, qui se sont r&#233;alis&#233;s depuis, pour provoquer un affect de s&#233;curit&#233; ou de d&#233;sespoir, imaginer la pr&#233;sence de la r&#233;compense ou du ch&#226;timent &#224; venir. Le souvenir d'un danger, si l'on consid&#232;re son image par elle seule, affirme son existence, c'est dire que cette rem&#233;moration nous projette dans une situation o&#249; les effets de ce p&#233;ril sont de nouveau &#171; comme encore &#224; venir (&lt;i&gt;veluti adhuc futurum&lt;/i&gt;). &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth III, 47, sc. Nous citons la traduction Pautrat.&#034; id=&#034;nh4-44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce souvenir par lui-m&#234;me ne fait pas appara&#238;tre un simple futur ant&#233;rieur mais nous projette dans un v&#233;ritable futur, tant que l'image qui le ravive ne renvoie pas au souvenir de choses qui contrarient la pr&#233;sence du danger, sans pour autant la supprimer&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh4-45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La mobilisation du souvenir d'un danger dont nous avons r&#233;chapp&#233; permet ainsi de revivre l'exp&#233;rience de la r&#233;duction d'une issue douteuse et de produire un nouvel affect de s&#233;curit&#233; li&#233; &#224; une situation pr&#233;sente. L'ordre imaginaire dont la rem&#233;moration assure la formation de l'affect de s&#233;curit&#233; est le r&#233;sultat de l'association de l'image de l'issue d'un danger aux images des choses qui le contrarient. Il suffit alors de brandir, par exemple, la menace d'un retour &#224; l'&#233;tat de nature, de la dissolution de l'&#233;tat civil, pour que la situation pr&#233;sente, quelle que soit la violence dont le souverain fait preuve par ailleurs, permette &#224; chaque citoyen de se repr&#233;senter l'avenir avec s&#233;curit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf Hobbes L&#233;viathan XVIII p. 191.&#034; id=&#034;nh4-46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parce que l'image des dangers imminents cons&#233;cutifs &#224; un retour &#224; l'&#233;tat de nature est contrari&#233;e par la perception de la perp&#233;tuation de l'&#233;tat civil que l'on pourra produire un nouvel affect de s&#233;curit&#233; &#224; chaque fois que les p&#233;rils de l'&#233;tat de nature seront &#233;voqu&#233;s. Le fait que la soci&#233;t&#233; ne cesse de triompher de cet &#233;tat assure, sur fond de la rem&#233;moration constante de cette r&#233;sistance &#224; la dissolution, le renouvellement de l'id&#233;e de la sauvegarde future du r&#233;gime. C'est donc bien la m&#233;moire d'un ordre d'&#233;v&#233;nements pass&#233;s qui permet la repr&#233;sentation de la pr&#233;sence de son issue future. L'Etat n'op&#232;re la pr&#233;sentification de l'avenir dans l'imagination des sujets qu'&#224; partir d'un souvenir qui les projette dans un futur incertain. Si l'image de ce futur incertain a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; reli&#233; dans la m&#233;moire des citoyens aux souvenirs d'&#233;v&#233;nements qui nient son existence, ils ne douteront plus de la pr&#233;sence des causes qui s'opposeront &#224; sa production dans l'avenir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affect de s&#233;curit&#233; engendr&#233; en stimulant la crainte de l'&#233;tat de nature ou de la violation des lois, ne porte que sur ce qu'une association de souvenirs laisse pr&#233;voir. La concorde que le souverain est capable d'&#233;tablir &#224; partir de l'affect de s&#233;curit&#233; d&#233;pend donc de l'ordre imaginaire qu'il aura pu imposer &#224; ses sujets.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans quelle mesure cet affect de s&#233;curit&#233; qui dirige la multitude comme par un seul esprit, assure-t-il la reproduction du d&#233;sir d'ob&#233;ir au souverain ? A conditionque le bienfait futur dont les citoyens consid&#232;rent la pr&#233;sence l'emporte sur les b&#233;n&#233;fices escompt&#233;s de la violation des lois. Or, la r&#233;duction de la crainte de l'&#233;tat de nature, de la violation des lois, cons&#233;cutive &#224; l'affect de s&#233;curit&#233;, suffit &#224; triompher du d&#233;sir des b&#233;n&#233;fices qui impliquent la dissolution de l'&#233;tat civil. La multitude d&#233;sire maintenir la cause de l'affect qui lui fait contempler l'avenir avec une joie constante&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eth III, 12.&#034; id=&#034;nh4-47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le corps politique engendre une forme temporelle qui relie le d&#233;sir d'ob&#233;ir dans le pr&#233;sent &#224; la perception non troubl&#233;e de l'issue favorable de cette ob&#233;issance dans le futur.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La puissance souveraine modifie la repr&#233;sentation du futur que se forgent les citoyens, il n'est plus un possible ind&#233;termin&#233; que l'on craint ou esp&#232;re mais appara&#238;t comme la cons&#233;quence directe de l'action de la collectivit&#233;. Mais le souverain est victime de l'ordre imaginaire qu'il fa&#231;onne, l'affect de s&#233;curit&#233; ne pourra l'emporter contre les d&#233;sirs qui ne portent pas en germe la destruction du corps politique. Le d&#233;sir de la conservation du corps politique engendr&#233; par l'affect de s&#233;curit&#233; perd de sa force d&#232;s lors qu'il doit assurer l'ob&#233;issance &#224; des lois iniques dont l'abolition n'entra&#238;nerait pas la ruine de l'Etat. Le d&#233;sir de s&#233;curit&#233; devient donc compatible avec tous les d&#233;sirs qui ne ravivent pas la crainte de l'&#233;tat de nature, ou la peur de dangers savamment entretenue par le souverain. Sous l'impulsion des passions, le d&#233;sir d'assurer la conservation de l'Etat ne para&#238;t pas oppos&#233; &#224; la violation ponctuelle de certaines lois, seule la raison indique que la g&#233;n&#233;ralisation de cette attitude provoquerait la chute de l'Etat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agir contre le d&#233;cret du souverain est toujours un acte de r&#233;bellion &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas tenir ses engagements appara&#238;t donc, pour la multitude, comme une mani&#232;re de se lib&#233;rer de formes temporelles asservissantes, qui relient la persistance de l'abandon de tel bien pr&#233;sent &#224; la constante intensit&#233; de la crainte de tel mal futur, ou &#224; l'assurance de jouir de bienfaits &#224; venir.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'action politique de la multitude ne consiste pas seulement &#224; saisir l'occasion d'une d&#233;faillance de l'asservissement temporel impos&#233; par les dirigeants pour retrouver l'exercice de la souverainet&#233;. Cette action suppose la conversion de la puissance souveraine en une succession d'occasions d'&#233;tablir, d'abolir, ou de r&#233;former les institutions du r&#233;gime. Ce qui ne saurait lui d&#233;nier le pouvoir de stabiliser sa dur&#233;e lorsqu'elle souhaite conserver les institutions qu'elle s'est donn&#233;. Ce n'est donc pas la seule instabilit&#233; de la dur&#233;e de la multitude qui convertit la souverainet&#233; en une successions d'occasions, mais au contraire la capacit&#233; de la masse &#224; exercer sa vigilance&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;TP VIII, 4.&#034; id=&#034;nh4-49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth II, def 5.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth II, 44, sc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP V, 1 et 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous modifions la traduction Appuhn de la premi&#232;re citation pour l 'accorder avec celle de la seconde o&#249; l'expression &lt;i&gt;ab eo tempore&lt;/i&gt; renvoie &#224; un moment d&#233;termin&#233; (TTP XVI p. 272, G. III p. 198 ; TTP XIX p. 316, G. III p. 231).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;PM II, 10 p. 378, G. I p. 269.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP II p. 61, G. III p. 41.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth IV, 37, sc 2 ; TP X, 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP V p. 106, G. III p. 73 ; Eth IV, 9-13 et 16-17.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth III, 18, sc 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP X, 10. Dans le &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt; (TTP) comme dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt; (TP) il s'agit de &#171; tenir compte &#187; (&lt;i&gt;habent rationem ; habita ratione&lt;/i&gt;) de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth III, def 12 et 13 des affects.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth IV, 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP X, 8. Spinoza critique ainsi celui qui &#171; s'abstient des actes mauvais et observe les commandements divins en se faisant violence &#224; lui-m&#234;me et d'une &#226;me h&#233;sitante, comme un esclave (&lt;i&gt;servus&lt;/i&gt;), et... esp&#232;re que Dieu paiera son servage d'un prix &#187; (Lettre XLIII p. 273, G. IV p. 221 ; cf Eth II, 49, sc et IV, 63, sc). Il est donc possible de manipuler cette servitude volontaire (TP VII, 6).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP IV p. 91, G. III p. 63.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP IV p. 86, G. III p. 58.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid, G. III p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP V, 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP IV p. 86, G. III p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP XVII p. 278, G. III p. 202.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP II, 11 ; &#171; Mo&#239;se qui, non par la fourberie, mais par sa vertu divine, s'&#233;tait si bien empar&#233; du jugement de son peuple, d'autant qu'on croyait ses paroles et tous ses actes inspir&#233;s par Dieu &#187; (TTP XX p. 328, G. III p. 239).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP V p. 103, G. III p. 70. Sur la notion d'&lt;i&gt;ingenium&lt;/i&gt; national cf P-F Moreau op. cit. p. 427-440.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP XX p. 329, G. III p. 241.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP V, 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP XVII p. 280, G. III p. 203 ; TP VI, 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; ...ad tutandam vitam et republicam &#187; (TTP IV p. 87, G. III p. 59).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP I, 6 ; TTP XVII p. 278, G. III p. 202.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP V, 3 et X, 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP V, 6. Comme le pr&#233;cise Spinoza s'agissant de la monarchie (VII, 26), les institutions d&#233;duites dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt; sont adapt&#233;es aux diff&#233;rents r&#233;gimes d&#232;s lors que l'on suppose qu'ils ont &#233;t&#233; &#233;tablis par &#171; une multitude libre &#187;, c'est-&#224;-dire qui n'est pas soumise &#224; un autre peuple.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP V, 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP XX p. 329, G. III p. 240.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP VI, 4. La s&#233;curit&#233; n'est donc qu'une fin de l'Etat parmi d'autres : &#187; ce n'est pas seulement parce qu'elle prot&#232;ge contre les ennemis, que la Soci&#233;t&#233; est tr&#232;s utile... c'est aussi parce qu'elle permet de r&#233;unir un grand nombre de commodit&#233;s &#187; (TTP V p. 105, G. III p. 73).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP II, 21 et III, 7 ; Eth IV, 35 et 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP VI, 1 et III, 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP XX p. 330, G. III p. 241 ; TP III, 5 et 6 ; VI, 39.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth IV, app, chap. 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La s&#233;curit&#233; objective est souvent qualifi&#233;e par le terme &lt;i&gt;tutus&lt;/i&gt; cf TP VII, 16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP III, 6.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP III, 3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP X, 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth I, app p. 109.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth III, def 14 des affects, expli.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TTP IV p. 85-86.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth IV, 47, sc.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth III, 47, sc. Nous citons la traduction Pautrat.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf Hobbes &lt;i&gt;L&#233;viathan&lt;/i&gt; XVIII p. 191.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eth III, 12.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Agir contre le d&#233;cret du souverain est toujours un acte de r&#233;bellion &#171; puisque, si tout le monde se le permettait, la ruine de l'Etat s'ensuivrait &#187; (TTP XX p. 330, G. III p. 241) ; &#171; ...si la Raison commande cela elle le commande donc &#224; tous les hommes &#187; (Eth IV, 72, sc).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;TP VIII, 4.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Multitudes&lt;/strong&gt; n&#176;2 : mai 2000.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
