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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>&#034;La question de l'origine chez Spinoza&#034;, par Charles Ramond</title>
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		<dc:date>2004-05-30T08:29:53Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ramond, Charles</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e 1985-1986, le s&#233;minaire du Pr Bruaire fut consacr&#233; &#224; la question de l'origine. Il s'agissait en r&#233;alit&#233; de la premi&#232;re partie d'une &#233;tude plus vaste, intitul&#233;e &#171; origine et destin &#187;, dans laquelle devait &#234;tre mise en &#233;vidence l'identit&#233; de la question premi&#232;re et de la pr&#233;occupation ultime, et dont la mort de Claude Bruaire nous a priv&#233;s. Le pr&#233;sent travail lui doit beaucoup, et nous tenions, pour commencer, &#224; saluer la m&#233;moire de ce ma&#238;tre, et &#224; lui rendre hommage. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Metaphysique-" rel="directory"&gt;M&#233;taphysique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au cours de l'ann&#233;e 1985-1986, le s&#233;minaire du Pr Bruaire fut consacr&#233; &#224; la question de l'origine. Il s'agissait en r&#233;alit&#233; de la premi&#232;re partie d'une &#233;tude plus vaste, intitul&#233;e &#171; origine et destin &#187;, dans laquelle devait &#234;tre mise en &#233;vidence l'identit&#233; de la question premi&#232;re et de la pr&#233;occupation ultime, et dont la mort de Claude Bruaire nous a priv&#233;s. Le pr&#233;sent travail lui doit beaucoup, et nous tenions, pour commencer, &#224; saluer la m&#233;moire de ce ma&#238;tre, et &#224; lui rendre hommage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot &#171; origine &#187; d&#233;signe, pour Bruaire, le tout autre : il s'agit donc d'un concept qui pourra recevoir, selon le contexte, des noms diff&#233;rents &#171; principe &#187;, &#171; absolu &#187;, &#171; Dieu &#187;. Mais l'essentiel demeure la notion d'alt&#233;rit&#233; absolue. L'origine est autre : l'immanence du principe sera donc refus&#233;e sous toutes ses formes. Ainsi, le monde ne s'explique pas par lui-m&#234;me ; il n'est pas &#224; lui-m&#234;me sa propre origine. De m&#234;me, l'homme ne peut &#234;tre expliqu&#233; par soi, pas plus que par ses ascendants humains, ou animaux. Enfin, la pens&#233;e ne peut se fonder elle-m&#234;me : elle non plus ne peut &#234;tre &#224; elle-m&#234;me sa propre origine. Le naturalisme sera donc une ontologie impossible, l'humanisme une anthropologie contradictoire, le formalisme une rationalit&#233; vide. Rien n'est sans l'autre de ce qui est. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une critique &#224; ce point radicale de l'immanentisme reconna&#238;t Spinoza pour adversaire principal : Bruaire lui-m&#234;me recommandait toujours la lecture de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, &#171; la plume &#224; la main &#187;, &#224; qui d&#233;sirait philosopher. Spinoza, c'est bien connu, b&#226;tit un syst&#232;me de l'immanence : comme l'indique la c&#233;l&#232;bre formule &#171; &lt;i&gt;Deus sive Natura&lt;/i&gt; &#187;, Dieu n'est pas transcendant, n'est pas ext&#233;rieur &#224; la Nature. Nous voudrions montrer ici que si Dieu est cause chez Spinoza, il n'y est pas origine : peut-&#234;tre m&#234;me est-il cause pour &lt;i&gt;ne pas &lt;/i&gt;&#234;tre origine. Bien plus, le syst&#232;me tout entier, et dans ses traits les plus originaux, nous semble construit dans le but de supprimer la notion d'origine, &#224; tous les niveaux : th&#233;ologie, th&#233;orie de l'&#226;me et de la connaissance, &#233;thique et th&#233;orie des affections, politique enfin. Posant la question pour elle-m&#234;me &#224; partir de l'&#233;tude du syst&#232;me spinoziste, nous serons par cons&#233;quent amen&#233;s &#224; nous demander s'il est possible, dans un syst&#232;me philosophique, de faire l'&#233;conomie du concept d'origine. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une objection s'&#233;l&#232;vera probablement contre cette th&#232;se : comment soutenir que Spinoza construit sa philosophie pour &#233;liminer la notion d'origine, alors que deux des cinq parties de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;comportent ce mot dans leur titre : la deuxi&#232;me : &#171; De la nature et de &lt;i&gt;l'origine &lt;/i&gt;de l'&#226;me &#187; (&lt;i&gt;De natura&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;origine &lt;/i&gt;mentis) ; et la troisi&#232;me : &#171; De &lt;i&gt;l'origine &lt;/i&gt;et de la nature des affections &#187; (&lt;i&gt;De origine et natura affectuum&lt;/i&gt;) ? Cette pr&#233;sence en effet insistante a peut-&#234;tre confirm&#233; un auteur contemporain, Mme Dufour-Kowalska, dans l'id&#233;e qu'elle se fait et nous propose de la philosophie de Spinoza, qui serait l'exemple achev&#233; d'une philosophie de l'origine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gabrielle Dufour-Kowalska, L'essence de l'origine -l'origine selon l'&#201;thique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais l'examen des arguments de l'ouvrage de cet auteur n'est pas convaincant. La philosophie de Spinoza y est pr&#233;sent&#233;e comme une voie d'acc&#232;s &#224; l'&#234;tre con&#231;u comme origine. Rien l&#224; qui semble choquant ; en revanche, l'analyse du r&#244;le jou&#233; par la raison peut surprendre. La raison ne serait qu'une pr&#233;paration abstraite, pr&#233;lude &#224; une saisie concr&#232;te de l'&#234;tre. Nous lisons page 160 : &#171; La connaissance rationnelle ouvre ainsi la voie &#224; son d&#233;passement qui est aussi la voie de son ach&#232;vement. Elle appelle elle-m&#234;me une connaissance intuitive capable de saisir ce qu'elle con&#231;oit en v&#233;rit&#233; et qui doit l'accomplir au-del&#224; d'elle. &#187; Si nous comprenons bien les th&#232;ses de l'auteur, il y aurait donc une insuffisance de la raison chez Spinoza : la &#171; conception de la v&#233;rit&#233; &#187; ne serait pas le terme de la d&#233;marche philosophique, mais il y aurait encore, &#171; au-del&#224; &#187;, une &#171; saisie &#187; de l'&#234;tre originaire. Ce point de vue am&#232;ne l'auteur &#224; supposer que Dieu n'est d'abord pr&#233;sent&#233;, au d&#233;but de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, que de fa&#231;on &#171; abstraite &#187;, pour &#234;tre ensuite pleinement et concr&#232;tement donn&#233; &#171; La causalit&#233; divine (...) re&#231;oit ainsi, dans la premi&#232;re partie de l'&#201;thique&lt;/i&gt;, son concept &lt;i&gt;abstrait &lt;/i&gt;de cause en soi-m&#234;me de soi et de toutes choses, avant d'&#234;tre saisie et nomm&#233;e dans son essence &lt;i&gt;concr&#232;te&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Mme Dufour-Kowalska (p. 181), avant de se r&#233;f&#233;rer &#224; la proposition 36 du livre V, qui indiquerait un changement de point de vue ou, plus exactement, de genre de connaissance. Nous comprenons maintenant que la relation n'est pas fortuite, entre un Dieu reconnu &#171; origine &#187;, et une insuffisance de la raison ; l'auteur conclut en effet la premi&#232;re section de son analyse par la phrase suivante : &#171; C'est en quoi le Dieu de Spinoza est &lt;i&gt;&#233;minemment originel &lt;/i&gt;(nous soulignons l'expression), &#233;tant objet d'une qu&#234;te dont la raison seule ne saurait d&#233;couvrir le terme &#187; (p. 182). Il nous semble impossible de soutenir une telle interpr&#233;tation du rationalisme de Spinoza, qui jamais ne suppose un quelconque &#171; d&#233;passement &#187; de la raison, et dans lequel l'id&#233;e d'une &#171; &#233;minence &#187; divine est sans cesse combattue ! Retenons cependant la liaison d'essence entre un Dieu origine et un Dieu &#233;minent : le refus spinoziste d'une &#233;minence divine ira en effet de pair avec le refus d'un Dieu con&#231;u comme origine. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, le terme &#171; origine &#187; figure bien dans les titres des parties II et III de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;. Les deux cas sont diff&#233;rents. D'abord, le titre de la deuxi&#232;me partie est tr&#232;s &#233;nigmatique : que peut bien signifier, m&#234;me dans le cadre du syst&#232;me, l'expression &#171; origine de l'&#226;me &#187; ? Pour Gu&#233;roult, il n'y a pas de difficult&#233; sur ce point. Il &#233;crit (II, 5 18) : &#171; Le th&#232;me du livre II (...) c'est la nature et l'origine de l'&#226;me. Mais, l'&#226;me &#233;tant une id&#233;e, sa nature et son origine ne peuvent se concevoir que par la nature et l'origine de l'id&#233;e. &#187; Pourquoi donc Spinoza a-t-il &#233;crit &#171; &#226;me &#187;, s'il voulait dire &#171; id&#233;e &#187; ? Et, dans ce cas, le mot &#171; id&#233;e &#187; ne devrait-il pas &#234;tre mis au pluriel ? Nous ne suivons pas Gu&#233;roult dans la simplification qu'il op&#232;re ici. L'&#226;me, certes, est l'id&#233;e d'un corps, qui existe ou n'existe pas. Mais jamais, en aucun cas, cette &#226;me n'est dite avoir une &lt;i&gt;origine&lt;/i&gt;. La proposition 9 du deuxi&#232;me livre est probablement la plus explicite sur ce point ; Spinoza &#233;crit : &#171; L'id&#233;e d'une chose singuli&#232;re existant en acte a &lt;i&gt;pour cause &lt;/i&gt;Dieu (&lt;i&gt;Deum &lt;/i&gt;pro causa&lt;i&gt; habet&lt;/i&gt;) non en tant qu'il est infini, mais en tant qu'on le consid&#232;re comme affect&#233; de l'id&#233;e d'une autre chose singuli&#232;re existant en acte, id&#233;e de laquelle Dieu est cause pareillement en tant qu'il est affect&#233; d'une troisi&#232;me, et ainsi &#224; l'infini. &#187; Nous trouvons en effet ici la notion de &#171; cause &#187; (et non pas d' &#171; origine &#187;) de l'id&#233;e d'une &#171; chose singuli&#232;re existant en acte &#187;. Le but de Spinoza ici n'est cependant pas de nous donner &#224; penser que l'&#226;me a pu commencer &#224; exister, mais seulement que, bien que l'&#226;me soit l'id&#233;e d'un corps, son existence ne d&#233;pend pas de celle du corps, mais de l'existence d'une autre id&#233;e. Bref, malgr&#233; cette proposition 9 du deuxi&#232;me livre, la notion d' &#171; origine de l'&#226;me &#187; demeure obscure. Il est par cons&#233;quent d'autant plus int&#233;ressant de remarquer que Spinoza, lorsqu'il r&#233;sume la deuxi&#232;me partie de &lt;i&gt;l'&#201;thique&lt;/i&gt;, dans le scolie de la proposition 49, &lt;i&gt;omet &lt;/i&gt;de reprendre le terme &#171; origine &#187; &#187; alors qu'il reprend celui de &#171; nature &#187;. Il &#233;crit en effet : &#171; J'ai achev&#233; par l&#224; ce que j'avais r&#233;solu d'indiquer dans ce scolie, et je mets fin ici &#224; cette deuxi&#232;me partie, dans laquelle &lt;i&gt;je crois avoir expliqu&#233; la nature de l'&#226;me humaine et ses propri&#233;t&#233;s assez amplement &lt;/i&gt;(puto me natutam mentis humanae ejusque proprietates satis prolixe (...) explicuisse). &#187; Peut-&#234;tre par cons&#233;quent serait-il hasardeux de s'appuyer sur la pr&#233;sence du mot &#171; origine &#187;, dans le titre de la seconde partie de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, pour faire du spinozisme une philosophie de l'origine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On accordera peut-&#234;tre l'obscurit&#233; de l'expression &#171; origine de l'&#226;me &#187; ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre de la troisi&#232;me partie de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; : &#171; De l'origine et de la nature des affections &#187; (De origine et natura affectuum) semble plus clair autant la notion d' &#171; origine de l'&#226;me &#187; &#233;tait surprenante, autant celle d' &#171; origine des affections &#187; nous para&#238;t naturelle, puisque nous savons que Spinoza entreprend de montrer les lois selon lesquelles les passions sont engendr&#233;es, se composent et se diversifient. Le livre III nous propose par cons&#233;quent une d&#233;finition pr&#233;cise du verbe &#171; orior &#187;, et par l&#224;, de la notion d'origine. Le point principal est la pr&#233;sence de &lt;i&gt;l'effort&lt;/i&gt;, dans le passage d'une passion &#224; une autre. Par exemple, Spinoza d&#233;finit la bienveillance comme &#171; un d&#233;sir &lt;i&gt;n&#233; de &lt;/i&gt;la commis&#233;ration &#187; (&#171; benevolentia (...) nihil aliud est, quam cupiditas &lt;i&gt;ex &lt;/i&gt;commiseratio &lt;i&gt;orta&lt;/i&gt; &#187;). &lt;/i&gt;Mais cette d&#233;finition vient imm&#233;diatement apr&#232;s un corollaire qui insiste sur la notion d'effort, aussi bien en lui-m&#234;me (III, 27, Cor. 3) &#171; Si un objet nous inspire de la commis&#233;ration, &lt;i&gt;nous nous efforcerons&lt;/i&gt;, autant que nous le pouvons, de le d&#233;livrer de sa mis&#232;re &#187; ; que dans la d&#233;monstration qui l'&#233;tablit, fond&#233;e sur une r&#233;f&#233;rence aux propositions 9 et 13 du livre III. &lt;i&gt;Na&#238;tre de &lt;/i&gt;(orior) est donc tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment d&#233;fini dans l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; : c'est r&#233;sulter de l'effort que fait l'&#226;me pour pers&#233;v&#233;rer dans son &#234;tre. Le &#171; conatus &#187; est donc le principe d'explication des passions de l'&#226;me, plut&#244;t que leur origine. Ici encore, comme dans le titre de la seconde partie de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, la pr&#233;sence du mot &#171; origine &#187; ne t&#233;moigne pas n&#233;cessairement de la pr&#233;sence du concept. Nous retrouvons d'ailleurs, de fa&#231;on frappante, l'omission du terme &#171; origine &#187; dans la pr&#233;sentation, propos&#233;e par Spinoza, du troisi&#232;me livre de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; ; il &#233;crit en effet &#171; Je traiterai donc de la nature des affections et de leurs forces &#187; (ici est l'omission), &#171; du pouvoir de l'&#226;me sur elles, suivant la m&#234;me m&#233;thode que dans les parties pr&#233;c&#233;dentes de Dieu et de l'&#226;me, et je consid&#233;rerai, ajoute Spinoza, les app&#233;tits humains comme s'il &#233;tait question de lignes, de surfaces et de solides &#187; (&#171; De affectuum itaque natura &#187; - remarquons que ce sont les termes m&#234;mes du titre -&#171; et viribus &#187; (...) &#171; agam &#187;, (...)). Le terme &#171; origo &#187; a disparu du corps du texte, tandis que demeure celui de &#171; natura &#187;, indice probable d'une recherche visant les causes plut&#244;t que les sources, comme l'indique la r&#233;f&#233;rence finale &#224; la g&#233;om&#233;trie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; *
* *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'examen du premier livre de l'&#201;thique &lt;/i&gt;r&#233;v&#232;le en effet chez Spinoza la pr&#233;occupation de b&#226;tir une m&#233;taphysique qui soit d&#233;livr&#233;e du concept d'origine. Il lui faut donc &#224; la fois d&#233;truire cette notion, et en proposer d'autres. Certains concepts fondamentaux auront par cons&#233;quent un r&#244;le principalement critique, voire pol&#233;mique : par exemple, la r&#233;futation de la th&#232;se d'un entendement divin cr&#233;ateur est dirig&#233;e &#224; la fois contre Descartes et contre la tradition jud&#233;o-chr&#233;tienne (cf. Gu&#233;roult, I, 3 5 3), tandis que la th&#233;orie du parall&#233;lisme visera implicitement les conceptions &#233;manatistes de type n&#233;oplatonicien. De fa&#231;on plus positive, la notion de &#171; causa sui &#187;, et la th&#233;orie de l'expression, permettront de concevoir un Dieu cause et non origine, &#224; la fois diff&#233;renci&#233; et indivisible. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de &lt;i&gt;cr&#233;ation &lt;/i&gt;ne peut pas trouver place dans la philosophie de Spinoza. Gu&#233;roult, commentant la proposition 16 du livre I (&#171; De la n&#233;cessit&#233; de la nature divine doivent suivre en une infinit&#233; de modes, une infinit&#233; de choses, c'est-&#224;-dire tout ce qui peut tomber sous un entendement infini &#187;), montre de quelle fa&#231;on Spinoza d&#233;sint&#232;gre les entours traditionnels de la notion de cr&#233;ation, en affirmant, contre saint Augustin et saint Thomas, que &#171; Dieu produit n&#233;cessairement l'univers, qu'il y a &#233;galit&#233; entre Dieu et l'univers, &#233;galit&#233; de ce que Dieu fait et ce qu'il con&#231;oit, identit&#233; enfin de sa puissance et de son essence &#187; (Gu&#233;roult, I, 264). Alqui&#233; met en valeur plut&#244;t l'anthropomorphisme, inacceptable pour Spinoza, que suppose l'id&#233;e d'un Dieu cr&#233;ateur, se proposant des fins, &#171; irritable et jaloux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ferdinand Alqui&#233;, Le rationalisme de Spinoza, (Paris : PUF, 1981), p. 116. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais surtout, la notion de cr&#233;ation est, en elle-m&#234;me, inintelligible : non seulement, comme le souligne Alqui&#233;, parce que &#171; nul passage logique ou math&#233;matique ne peut &#234;tre &#233;tabli entre le cr&#233;ant et le cr&#233;&#233; &#187;, mais parce que la cr&#233;ation suppose un monde adoss&#233; au n&#233;ant, quelque chose issu de rien, ce qui est, pour Spinoza, la, formule m&#234;me de l'absurdit&#233;. La notion th&#233;ologique de cr&#233;ation est donc rejet&#233;e au nom de l'absurdit&#233; intrins&#232;que du concept philosophique d'origine. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie dite du &#171; parall&#233;lisme &#187; fournit des arguments pour la r&#233;futation pol&#233;mique de la th&#232;se d'un entendement divin cr&#233;ateur, et, de plus, met le syst&#232;me &#224; l'abri d'une interpr&#233;tation en termes d'&#233;manation. D'une part, les attributs ont m&#234;me rang ontologique : aucun n'est ant&#233;rieur aux autres, sup&#233;rieur, ou exemplaire. L'&#233;tendue est mise en Dieu. Par cons&#233;quent, si l'on accorde que Dieu cr&#233;e par la libert&#233; de sa volont&#233;, il faudra &#233;galement accorder que Dieu cr&#233;e par la libert&#233; du mouvement et du repos (cf. I, 32, Cor. 2). L'absurdit&#233; de la seconde assertion entra&#238;ne celle, moins visible, de la premi&#232;re : l'entendement divin n'est donc pas cr&#233;ateur. D'autre part, la divinisation de l'&#233;tendue (&#171; divinisation de la mati&#232;re &#187;, selon Alqui&#233;, p. 117) permet &#224; Spinoza de r&#233;futer indirectement toute explication des rapports entre principe et monde cr&#233;&#233;, en termes d'&#233;manation, ou de d&#233;gradation. Il y a en effet une certaine affinit&#233; entre l'&#233;manation n&#233;oplatonicienne et la cr&#233;ation jud&#233;o-chr&#233;tienne : de m&#234;me que l'&#234;tre de la cr&#233;ature est moindre que celui du Cr&#233;ateur - ce qui amenait Descartes &#224; reconna&#238;tre que le terme de &#171; substance &#187; n'est pas univoque quand il est appliqu&#233; &#224; Dieu ou &#224; ses cr&#233;atures&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descartes, Principes de la philosophie, 1, 51.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; de m&#234;me les &#234;tres engendr&#233;s par l'Un sont moins r&#233;els quand ils sont plus lointains. La th&#233;orie de l'immanence d&#233;velopp&#233;e dans l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;rejette &#233;galement l'&#233;minence du Principe et la transcendance divine. L'&#233;galit&#233; ontologique des attributs fait dispara&#238;tre en Dieu le statut originaire. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contrepartie, la notion de &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187;, &#171; cause de soi &#187;, par laquelle s'ouvre l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, a pour fonction de rendre pensable un Dieu qui ne soit pas origine. Alqui&#233; (125 et s.) fait observer que &#171; l'origine de cette notion est cart&#233;sienne &#187; (127). Il est vrai que l'expression se trouve chez Descartes, dans les &lt;i&gt;R&#233;ponses aux premi&#232;res objections&lt;/i&gt;, &#224; propos de la troisi&#232;me m&#233;ditation ; Descartes &#233;crit en effet : &#171; Mais certes j'avoue franchement qu'il peut y avoir quelque chose dans laquelle il y ait une puissance si grande et si in&#233;puisable, qu'elle n'ait jamais eu besoin d'aucun secours pour exister, et qui n'en ait pas encore besoin maintenant pour &#234;tre conserv&#233;e, et ainsi qui soit &lt;i&gt;en quelque fa&#231;on la cause de soi-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187; (nous soulignons l'expression &#171; cause de soi-m&#234;me &#187;, et faisons remarquer la restriction : &#171; en quelque fa&#231;on &#187;)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descartes, Ed. Alqui&#233;, II, 527-528.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quelques lignes plus loin, nous lisons : &#171; Ainsi, encore que Dieu ait toujours &#233;t&#233;, n&#233;anmoins, parce que c'est lui-m&#234;me qui en effet se conserve, il semble qu'assez proprement, il peut &#234;tre dit et appel&#233; la &lt;i&gt;cause de soi-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;. Descartes souligne ici lui-m&#234;me l'expression &#171; cause de soi-m&#234;me &#187;, avant de retirer dans une parenth&#232;se l'id&#233;e m&#234;me qu'il vient d'avancer : &#171; Toutefois il faut remarquer que je n'entends pas ici parler d'une conservation qui se passe par aucune &lt;i&gt;influence r&#233;elle et positive de la cause efficiente&lt;/i&gt; &#187; (nous soulignons), &#171; mais que j'entends seulement que l'essence de Dieu est telle, qu'il est impossible qu'il ne soit ou n'existe pas toujours &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descartes, Ed. Alqui&#233;, II, 678.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Descartes adoptera la m&#234;me attitude devant les objections d'Arnaud : il avance l'expression de &#171; cause de soi &#187;, mais la vide imm&#233;diatement de son contenu. Cette ambigu&#239;t&#233; motive peut-&#234;tre la l&#233;g&#232;re irritation d'Alqui&#233;, en g&#233;n&#233;ral plus indulgent pour Descartes, qui remarque en note 6 : &#171; Quoiqu'en dise Descartes, il ne revient pas au m&#234;me de dire que Dieu est sans cause ou de dire qu'il est cause de soi. Et c'est en vain qu'on essaie ici de donner ces expressions pour &#233;quivalentes &#187;. Descartes est en r&#233;alit&#233; dans une position intenable : il refuse l'id&#233;e selon laquelle Dieu serait absolument sans cause, ce que soutenait saint Thomas, chez qui l'expression de &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187; appara&#238;t d&#233;j&#224;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Thomas d'Aquin, Somme th&#233;ologique, &#167; 1, quest. 2, art. 3 : &#171; Nec est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; mais d'autre part il se refuse &#224; conc&#233;der la moindre ant&#233;c&#233;dence de Dieu &#224; soi : il emploie donc l'expression de &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187; en la vidant de son sens. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza au contraire lui donne un sens plein. Dire que Dieu est &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187;, c'est dire que Dieu lui-m&#234;me n'est pas sans cause. Il n'y a pas de cause sans cause, pas m&#234;me Dieu : la notion de &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187; est directement oppos&#233;e &#224; l'id&#233;e d'un Dieu origine. Martial Gu&#233;roult &#233;crit nettement : &#171; Puisqu'il est cause de soi, Dieu ne peut &#234;tre dit sans cause &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gueroult, Spinoza, 1, 173, &#167; 2, d&#233;but.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La notion de cause de soi, en effet, n'a de sens que si l'on y maintient la diff&#233;rence entre la cause et le caus&#233; : de l&#224; probablement, nous le verrons plus loin, le caract&#232;re extr&#234;mement tendu de ce concept. Mais confondre, dans la cause de soi, la cause et l'effet, c'est abandonner le concept lui-m&#234;me, et lui substituer la notion d'un principe originel et un, indiff&#233;renci&#233;, auquel justement s'oppose la notion de &#171; cause de soi &#187;. Jean Trouillard insiste particuli&#232;rement sur ce point, dans un article consacr&#233; &#224; &#171; Proclos et Spinoza &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Bulletin de l'Association des Amis de Spinoza (09, rue Dupont-des-Loges, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il &#233;crit en effet (p. 9) : &#171; L'Un est au-del&#224; de la &#034;&lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt;&#034; (ce qui reviendrait &#224; le d&#233;doubler) &#187;. Comprenons : si l'Un &#233;tait &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187;, il serait implicitement d&#233;doubl&#233;, car la &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187; est un concept diff&#233;renci&#233; ; c'est pourquoi l'Un n'est pas cause de soi. La notion de &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187; permet donc de poser un Dieu diff&#233;renci&#233; en son concept m&#234;me. C'est pourquoi nous ne suivons plus Martial Gu&#233;roult lorsqu'il &#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gueroult, Spinoza, 1, 42, ll. 9-10.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; En elle (sc. la &#034;&lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt;&#034;) s'&#233;vanouit la distinction de la cause et de l'effet &#187;. Nous pensons au contraire que le maintien de cette distinction en Dieu est le geste propre de Spinoza. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#233;orie de l'&lt;i&gt;expression &lt;/i&gt;vient enfin, selon la lettre du spinozisme, donner unit&#233; &#224; ce Dieu diff&#233;renci&#233;. Ici encore, Spinoza op&#232;re une profonde modification de la notion. Deleuze a mis ce point en lumi&#232;re dans sa &#171; th&#232;se compl&#233;mentaire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Spinoza et le probl&#232;me de l'expression Paris : &#201;ditions de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'expression fait le lien entre Dieu, les attributs et les modes, comme le montrent la d&#233;finition 6 de la Premi&#232;re Partie (&#171; J'entends par Dieu un &#234;tre absolument infini, c'est-&#224;-dire une substance constitu&#233;e par une infinit&#233; d'attributs dont chacun &lt;i&gt;exprime &lt;/i&gt;une essence &#233;ternelle et infinie &#187;), et le corollaire de la proposition 27 (&#171; Les choses particuli&#232;res ne sont rien si ce n'est des affections des attributs de Dieu, autrement dit des modes, par lesquels les attributs de Dieu sont &lt;i&gt;exprim&#233;s &lt;/i&gt;,d'une mani&#232;re certaine et d&#233;termin&#233;e &#187; -nous soulignons dans les deux cas). L'originalit&#233; de la th&#233;orie spinoziste de l'expression, comme le montre Deleuze, est de refuser tout rapport d'analogie ou d'&#233;minence : il y aura au contraire univocit&#233; et immanence dans l'expression elle-m&#234;me. Nous lisons page 164 : &#171; La signification du spinozisme nous semble la suivante : d&#233;gager l'expression de toute subordination &#224; l'&#233;gard d'une cause &#233;manative exemplaire. L'expression elle-m&#234;me cesse d'&#233;maner, comme de ressembler &#187;. Dans cette analyse, Deleuze rend parfaitement compte du projet de Spinoza. Nous verrons dans quelle mesure ce projet est r&#233;alisable, et si la notion d'expression ne r&#233;v&#232;le pas, comme celle de &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187;, certaines tensions, li&#233;es justement &#224; l'exclusion syst&#233;matique de la notion d'origine, du champ conceptuel de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;. Mais il nous suffit pour l'instant d'avoir montr&#233; que les traits principaux de la m&#233;taphysique spinoziste : r&#233;pudiation de la notion de cr&#233;ation, parall&#233;lisme, divinisation de l'&#233;tendue, &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187;, et th&#233;orie g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'expression univoque, convergent au point d'exclusion de la notion d'origine. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous passons au plan de la connaissance, nous retrouvons une m&#234;me syst&#233;maticit&#233; dans le rejet de la notion d'origine. Une th&#233;orie de la connaissance aborde n&#233;cessairement trois probl&#232;mes : la d&#233;finition de la v&#233;rit&#233;, l'explication de la pr&#233;sence ou du m&#233;canisme de l'erreur, enfin la possibilit&#233; du passage de l'erreur &#224; la v&#233;rit&#233;, c'est-&#224;-dire de la m&#233;thode. Or, la th&#233;orie spinoziste des notions communes, fondement de la connaissance du deuxi&#232;me genre, et, au-del&#224;, de celle du troisi&#232;me genre, est tout enti&#232;re construite pour &#233;vacuer non seulement la notion, mais la probl&#233;matique m&#234;me de l'origine ; c'est pourquoi l'erreur sous toutes ses formes sera expliqu&#233;e par la persistance, dans la th&#233;orie de la connaissance, de l'illusion originaire ; enfin, le syst&#232;me exclut tout commencement r&#233;el de la pens&#233;e vraie et, par l&#224;, tout v&#233;ritable progr&#232;s du faux au vrai, toute m&#233;thode. L'origine est exclue de l'ad&#233;quat, qui ne commence pas, et laiss&#233;e &#224; l'inad&#233;quat : la construction de la th&#233;orie spinoziste de la connaissance est imm&#233;diatement r&#233;futation du cart&#233;sianisme comme philosophie de l'origine. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ferdinand Alqui&#233; appuie de son autorit&#233; l'id&#233;e g&#233;n&#233;ralement accept&#233;e selon laquelle, &#171; ni dans le &lt;i&gt;Court trait&#233;&lt;/i&gt;, ni dans le &lt;i&gt;Trait&#233; de la R&#233;forme de l'Entendement&lt;/i&gt;, Spinoza n'est parvenu &#224; donner &#224; son rationalisme de v&#233;ritables fondements &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alqui&#233;, p.191.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils ne seront pos&#233;s que dans l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, par la th&#233;orie des &#171; notions communes &#187;. Les notions communes sont d&#233;finies par la proposition 37 de la deuxi&#232;me Partie : &#171; Ce qui est commun &#224; toutes choses [Spinoza renvoie alors au lemme II apr&#232;s la proposition 13, qui &#233;nonce : &#171; Tous les corps conviennent en certaines choses &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, II, prop. 38 : Omnia corpora in quibusdam conveniunt.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;] et se trouve pareillement dans la partie et dans le tout ne constitue l'essence d'aucune chose singuli&#232;re &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, II, prop 37 : Id. quod omnibus commune quodque aeque in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La proposition 38 pr&#233;cise alors : &#171; Ce qui est commun &#224; toutes choses et se trouve pareillement dans la partie et dans le tout ne peut &#234;tre con&#231;u qu'ad&#233;quatement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, II, prop. 38 : Illa (...) non possunt concipi nisi adaequate.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le sens de la th&#233;orie des notions communes n'est cependant pas imm&#233;diatement clair. La tentation est grande d'y voir le processus d'abstraction par lequel l'esprit d&#233;gage les propri&#233;t&#233;s communes aux objets &#233;tendus. Ce serait l&#224; un contresens. Le scolie 1 de la proposition 40 est en effet presque exclusivement consacr&#233; &#224; &#233;tablir la diff&#233;rence fondamentale entre les id&#233;es abstraites, ou &#171; termes transcendantaux &#187;, et les notions communes. Les &#171; termes transcendantaux &#187;, comme &#171; &#234;tre, chose, quelque chose &#187;, qui semblent bien &#171; &#234;tre communs &#224; toutes choses et se trouver pareillement dans la partie et dans le tout &#187;, sont en r&#233;alit&#233; des produits de l'imagination, et m&#234;me de l'incapacit&#233; de cette facult&#233; &#224; distinguer les unes des autres les images des choses quand elles sont en trop grand nombre. Les &#171; termes transcendantaux &#187; indiquent par cons&#233;quent une d&#233;ficience dans le sujet connaissant. En revanche, les notions communes sont con&#231;ues ad&#233;quatement en raison de leur absolue objectivit&#233;, ind&#233;pendante de toute op&#233;ration d'abstraction. Le sens de la th&#233;orie des notions communes est donc que la production du vrai ne r&#233;sulte pas du travail d'un sujet. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;futation d'une th&#233;orie de la connaissance qui d&#233;pendrait des initiatives d'un sujet (activit&#233;s de doute, de suspension du jugement, d'affirmation ou de n&#233;gation) s'ach&#232;ve avec la derni&#232;re proposition de la Partie II : &#171; Il n'y a dans l'&#226;me aucune volition, c'est-&#224;-dire aucune affirmation et aucune n&#233;gation, en dehors de celle qu'enveloppe l'id&#233;e en tant qu'elle est id&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, II, prop. 49 : In mente nulla datur volitio, sive (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le sujet est ici d&#233;finitivement d&#233;poss&#233;d&#233; de la capacit&#233; que lui reconnaissait Descartes, de ne p&#233;n&#233;trer dans le domaine du vrai ou du faux que par un jugement, et d'&#234;tre ainsi l'origine libre de ses v&#233;rit&#233;s comme de ses erreurs. Comme le dit Alqui&#233; : &#171; L'essentiel &lt;pour Spinoza&gt; est de montrer que l'acte d'affirmer ou de nier n'est pas &lt;i&gt;ext&#233;rieur &lt;/i&gt;aux id&#233;es, mais appartient &#224; leur essence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alqui&#233;, p. 216.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; [je souligne]. C'est l&#224; la &#171; diff&#233;rence essentielle entre les deux philosophes : pour Descartes, toute activit&#233; spirituelle est le propre d'un sujet [...]. Pour Spinoza, l'affirmation est &lt;i&gt;int&#233;rieure&lt;/i&gt; &#224; l'id&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alqui&#233;, p. 219.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Bref, il y a une immanence du vrai &#224; soi, du rationnel &#224; lui-m&#234;me. Nulle ext&#233;riorit&#233; au vrai n'en est l'origine. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'affirmation de soi de l'id&#233;e vraie (le fait que &#171; le vrai est &#224; lui-m&#234;me sa propre norme &#187;), doit chez Spinoza &#234;tre concili&#233;e avec une autre affirmation, qui lui semble contraire : l'axiome selon lequel une id&#233;e doit convenir avec son id&#233;at. Le sixi&#232;me axiome de la premi&#232;re Partie &#233;nonce en effet : &#171; Une id&#233;e vraie doit s'accorder avec ce dont elle est l'id&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, I, axiome 6 : Idea vera debet cum suo ideato convenire.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y a l&#224;, semble-t-il, une alternative irr&#233;ductible : ou bien le vrai est autonome, ou bien il ne l'est pas. Si l'id&#233;e vraie doit &#171; s'accorder avec son id&#233;at &#187;, qui jugera d'un tel accord, sinon un sujet libre de le r&#233;voquer en doute, ou de le nier ? Par l&#224; reviendrait tout le cart&#233;sianisme. La th&#233;orie du &#171; parall&#233;lisme &#187; vient apporter le principe d'une solution qui &#233;vite la r&#233;introduction du concept d'origine : c'est parce que &#171; l'ordre et la connexion des id&#233;es sont les m&#234;mes que l'ordre et la connexion des choses &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, II, prop. 7 : Ordo et connexio idearurn idem est, ac ordo (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que simultan&#233;ment le vrai peut &#234;tre norme de lui-m&#234;me et l'id&#233;e vraie accord&#233;e &#224; l'objet dont elle est l'id&#233;e. Nous avons montr&#233; plus haut comment le &#171; parall&#233;lisme &#187; permettait d'&#233;liminer de Dieu m&#234;me la notion d'une pr&#233;&#233;minence, et donc d'une origine ; nous voyons maintenant qu'il donne &#224; Spinoza les moyens de supprimer l'alternative illusoire qui opposerait l'autonomie et l'h&#233;t&#233;ronomie du vrai. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l&#224; se trouve cependant introduite une nouvelle difficult&#233; : si le vrai n'est pas l'&#339;uvre d'un sujet capable de d&#233;terminer librement son jugement, si la th&#233;orie de la v&#233;rit&#233; demeure de part en part dans l'objectivit&#233;, ne transformera-t-on pas l'homme en &#171; automate spirituel &#187; ? Va-t-on quitter le &#171; je pense &#187; pour un &#171; &#231;a pense en moi &#187;, qui me ferait spectateur de mes propres pens&#233;es ? Si le vrai s'affirme de lui-m&#234;me, la vie de la v&#233;rit&#233; ne sera-t-elle pas, paradoxalement, la mort de la pens&#233;e comme activit&#233; ? Claude Bruaire r&#233;sumait ces questions en demandant si nous sommes auteurs, origine, ou simplement acteurs de nos pens&#233;es ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question est tr&#232;s d&#233;licate, car elle engage n&#233;cessairement une tentative d'explication et d'interpr&#233;tation de la connaissance du troisi&#232;me genre. Tout d'abord, remarquons qu'il est impossible de dissocier pens&#233;e pens&#233;e et pens&#233;e pensante. Les pens&#233;es ne sont pas des choses qui attendraient d'&#234;tre pens&#233;es. Une pens&#233;e qui pourrait subsister sans &#234;tre pens&#233;e serait une pens&#233;e non pens&#233;e : ce serait autre chose qu'une pens&#233;e. Par cons&#233;quent, nous sommes en ce sens acteurs de nos pens&#233;es, car une pens&#233;e ne peut subsister en dehors d'un acte de pens&#233;e : m&#234;me si l'entendement divin est infini, Spinoza n'est pas id&#233;aliste. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e du vrai n'est donc pas une d&#233;couverte, comme on d&#233;couvre quelque chose qui serait d&#233;j&#224; l&#224;, subsistant par soi, qu'on l'ait d&#233;couvert ou non : par exemple, l'Am&#233;rique. Imaginer qu'on d&#233;couvre les pens&#233;es vraies de cette fa&#231;on serait faire, des id&#233;es vraies, des choses. Or, Spinoza ne cesse de le r&#233;p&#233;ter, une id&#233;e n'est pas une chose, mais enveloppe un dynamisme, une force. Certes quand nous concevons en v&#233;rit&#233;, nous concevons par l&#224;, n&#233;cessairement, dans l'&#233;ternit&#233; : en effet, seul le n&#233;cessaire est con&#231;u en v&#233;rit&#233;, et le n&#233;cessaire est &#233;ternel. Mais pour autant une id&#233;e vraie n'est pas la &lt;i&gt;d&#233;couverte &lt;/i&gt;de quelque &lt;i&gt;chose &lt;/i&gt;(justement) d'&#233;ternel. Concevoir le vrai n'est donc ni l'inventer, ni le forger &#224; notre guise, ce qui serait absurde ; mais ce n'est pas non plus d&#233;couvrir passivement quelque chose qui s'imposerait &#224; nous de l'ext&#233;rieur. Penser le vrai n'est par cons&#233;quent ni l'inventer, ni le d&#233;couvrir : nous ne pouvons &#234;tre dit ni auteurs, ni cependant acteurs, de nos pens&#233;es vraies, ou plut&#244;t, c'est en tant que nous sommes acteurs absolument de nos pens&#233;es que nous en sommes les auteurs. En effet, concevoir en v&#233;rit&#233;, c'est agir absolument : dans la conception ad&#233;quate, l'&#233;ternit&#233; se d&#233;couvre plut&#244;t qu'elle n'est d&#233;couverte, encore bien moins invent&#233;e. Voil&#224; pourquoi, quand nous pensons en v&#233;rit&#233;, &#171; nous sentons et exp&#233;rimentons que nous sommes &#233;ternels &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, V, 23, sc : Sentimus experimurque nos aeternos esse.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le vrai n'est pas ind&#233;pendant d'un acte de pens&#233;e : la pens&#233;e est produite, et non pas retrouv&#233;e, par le mode fini ; mais d'autre part, cette pens&#233;e, pour autant qu'elle est vraie, est n&#233;cessaire donc &#233;ternelle. C'est le sens, nous semble-t-il, de la connaissance du troisi&#232;me genre, que de supprimer tout autant l'autonomie du mode pensant par rapport &#224; la v&#233;rit&#233;, que l'autonomie de l'id&#233;e vraie par rapport au mode pensant. Les commentateurs ont abondamment soulign&#233; les difficult&#233;s et les obscurit&#233;s que rec&#232;le la th&#233;orie de la &#171; science intuitive &#187;. Mais ne d&#233;signerait-elle pas cette exp&#233;rience fort simple et fort banale (de l&#224; l'emploi du verbe &#171; &lt;i&gt;experiri&lt;/i&gt; &#187;) de la compr&#233;hension d'une v&#233;rit&#233;, quelle qu'elle soit ? Nous voulons dire, ce moment o&#249; je fais mienne une relation n&#233;cessaire, donc &#233;ternelle (par exemple dans une d&#233;monstration). Dans cet acte de compr&#233;hension, je ne suis pas l'origine du vrai, mais le vrai ne subsiste pas s&#233;par&#233; de moi. La connaissance du troisi&#232;me genre serait en ce sens la vie de la raison. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de &lt;i&gt;m&#233;thode&lt;/i&gt;, dans un tel cadre conceptuel, n'a plus de sens. Les commentateurs sont d'accord sur ce point : pas plus dans la vie de chacun, que dans la lecture de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, il n'y a, au sens strict, de progr&#232;s. Alqui&#233; &#233;crit : &#171; Selon nous, si Spinoza a renonc&#233; &#224; &#233;crire un trait&#233; de la m&#233;thode, c'est que son syst&#232;me exclut toute m&#233;thode au sens exact du mot, entendons toute voie conduisant, comme par degr&#233;s, l'homme &#224; la v&#233;rit&#233; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alqui&#233;, p.52.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le m&#234;me sens, Gu&#233;roult : &#171; Car ce n'est pas commencer &#224; &#234;tre &#233;clair&#233; que de commencer &#224; s'apercevoir qu'on l'&#233;tait de toujours. D'o&#249; un renversement du pour au contre par quoi le dernier r&#233;sultat est pos&#233; comme premier commencement &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gueroult, Spinoza, II, p. 442.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Enfin Jean Trouillard, dans l'article d&#233;j&#224; cit&#233; : &#171; On ne peut savoir qu'on a des id&#233;es inad&#233;quates ou de simples opinions si on n'est &#233;tabli sous la perspective de l'id&#233;e ad&#233;quate ou dans la clart&#233; de l'esprit &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trouillard, p.3.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'id&#233;e vraie se d&#233;couvre toujours comme &#233;ternelle : seule l'id&#233;e inad&#233;quate s'entretient de l'illusion de l'originaire. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition 35 de la seconde Partie d&#233;finit en effet la fausset&#233; comme &#171; une privation de connaissance qu'enveloppent les id&#233;es inad&#233;quates, c'est-&#224;-dire mutil&#233;es et confuses &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, II, prop. 35 : Falsitas consistit in cognitionis (&#8230;)&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Spinoza, dans le scolie qui fait suite &#224; cette proposition, renvoie au scolie de la proposition 17, dans lequel il a d&#233;j&#224; expliqu&#233; en quel sens l'erreur consiste dans une privation de connaissance : une id&#233;e est &#171; mutil&#233;e &#187;, soit parce qu'il manque une id&#233;e qui exclut l'existence de la chose imagin&#233;e, soit parce que cette id&#233;e est s&#233;par&#233;e de la consid&#233;ration de ses v&#233;ritables causes. Une erreur se d&#233;finit par cons&#233;quent une id&#233;e sans lien : comme dit Alqui&#233;, pour expliquer une connaissance mutil&#233;e et confuse : &#171; Sensations et images y sont donn&#233;es sans leur raison d'&#234;tre, &lt;i&gt;comme des conclusions d&#233;tach&#233;es de leurs pr&#233;misses &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alqui&#233;, p. 188 [je souligne].&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D&#233;monter le m&#233;canisme de l'erreur ne sera autre chose que de montrer comment certaines id&#233;es sont crues originaires. L'erreur, sous toutes ses formes, c'est l'illusion de l'originaire. Ce qu'il y a de faux en une id&#233;e, c'est ce en quoi cette id&#233;e est estim&#233;e &#224; part, sans relation de n&#233;cessit&#233; avec une autre id&#233;e. C'est pourquoi Spinoza, dans le scolie de la proposition 35 partie II, anticipe les analyses des parties suivantes, en donnant pour exemple matriciel de l'id&#233;e inad&#233;quate la croyance des hommes en leur libre arbitre. Seule l'ignorance permet de rendre compte d'une telle illusion : &#171; Ce qui constitue donc leur id&#233;e de la libert&#233;, c'est qu'ils ne connaissent aucune cause de leurs actions &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique II, prop. 35, sc : Haec ergo est eorum libertatis idea, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'originaire est donc le paradigme de l'inad&#233;quat. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, nous trouvons la m&#234;me coh&#233;rence, dans la th&#233;orie de la connaissance, que plus haut dans la th&#233;o-logie : l'impossibilit&#233; de la m&#233;thode, c'est-&#224;-dire d'un commencement du vrai au cours d'un progr&#232;s ; la d&#233;finition purement objective de l'id&#233;e vraie comme affirmation de soi (et la d&#233;valuation corr&#233;lative du primat de la r&#233;flexivit&#233; dans la d&#233;termination du vrai) ; enfin la d&#233;finition de l'erreur par l'illusion de l'originaire : sur tous les plans, la th&#233;orie spinoziste de la connaissance prend pour cible la notion d'origine. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne nous &#233;tonnerons donc pas de retrouver, au plan &#233;thique comme au plan politique, l'exclusion syst&#233;matique du concept d'origine. La libert&#233; vraie, comme la connaissance vraie, exclut toute r&#233;f&#233;rence, tout retour &#224; l'origine : comme la connaissance inad&#233;quate, la servitude est illusion de l'originaire ; enfin, &#224; l'impossibilit&#233; d'une m&#233;thode effective r&#233;pond l'impossibilit&#233; d'une v&#233;ritable conversion &#233;thique. Une. telle sym&#233;trie n'est pas forc&#233;e : la pr&#233;sentation du syst&#232;me en plans successifs (concernant Dieu, l'&#226;me, les affections, la servitude et la libert&#233;, la politique) ne doit pas cacher le fait que, d'un plan &#224; l'autre, se retrouvent ou disparaissent pour les m&#234;mes raisons la puissance et la n&#233;cessit&#233; de la Nature. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration v&#233;ritable d&#233;pend de la puissance de l'entendement. Lisons la proposition 3 partie V : &#171; Une affection qui est une passion cesse d'&#234;tre une passion, sit&#244;t que nous en formons une id&#233;e claire et distincte &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique III, prop. 5 : Affectus, qui passio est, desinit esse (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette puissance de l'entendement doit &#234;tre comprise par r&#233;f&#233;rence &#224; la th&#233;orie d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e selon laquelle une affirmation appartient &#224; l'essence d'une id&#233;e, en tant qu'elle est id&#233;e (II 49 et &lt;i&gt;d&#233;m.&lt;/i&gt;). C'est donc par la puissance affirmative de la pens&#233;e que nous nous lib&#233;rons. Or, une pens&#233;e vraie est une pens&#233;e n&#233;cessaire. Nous ne nous d&#233;livrons donc pas par la libert&#233;, mais par la n&#233;cessit&#233;. La libert&#233; n'est pas principe, elle est r&#233;sultat : si on entend par libert&#233; le libre arbitre d'un sujet origine de ses actes et ma&#238;tre de ses jugements, le but final de l'&#233;thique sera de nous d&#233;livrer de la libert&#233;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'illusion du libre arbitre est en effet le signe m&#234;me de la servitude. La d&#233;nonciation permanente du libre arbitre comme illusoire est bien connue chez Spinoza. Elle trouve ses compl&#233;ments dans la th&#233;orie de l'imitation des affections, d&#233;velopp&#233;e &#224; partir de la proposition 27 partie III : &#171; Si nous imaginons qu'une chose semblable &#224; nous et &#224; l'&#233;gard de laquelle nous n'&#233;prouvons d'affection d'aucune sorte &#233;prouve quelque affection, nous &#233;prouvons par cela m&#234;me une affection semblable &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, III, prop. 27 : Ex eo, quod rem nobis similam, et quam (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le sens de cette th&#233;orie est de d&#233;poss&#233;der l'homme soumis aux affections de l'origine m&#234;me de ces affections. M&#234;me le passionnel n'est pas intime. Bien loin d'&#234;tre origine de ses actions, celui qui se croit dot&#233; du libre arbitre indique par l&#224; qu'il n'est m&#234;me pas l'origine de ses passions. La servitude et l'illusion de la libert&#233; sont alors compl&#232;tes, et se soutiennent l'une l'autre. Dans l'&#233;conomie g&#233;n&#233;rale du syst&#232;me, cette d&#233;possession du sujet quant &#224; ses propres passions nous semble devoir &#234;tre rapproch&#233;e de la proposition 36 partie II, par laquelle le sujet se voit d&#233;poss&#233;d&#233; de l'origine m&#234;me de ses erreurs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, II, prop. 36 : &#171; Les id&#233;es inad&#233;quates et confuses suivent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le refus du libre arbitre entendu comme principe de l'action humaine permet d'expliquer l'interpr&#233;tation apparemment surprenante que propose Spinoza du p&#233;ch&#233; originel. On s'accorde en g&#233;n&#233;ral sur une interpr&#233;tation du p&#233;ch&#233; originel en termes de libert&#233; : Adam aurait, en d&#233;sob&#233;issant, &#233;tabli le premier, et symboliquement, le lien d'essence entre le mal, la libert&#233; humaine, et le d&#233;sir humain d'&#234;tre Dieu. Mais l'interpr&#233;tation de Spinoza vise &#224; &#233;tablir tout juste le contraire : Adam, en p&#233;chant, aurait montr&#233; sa servitude plut&#244;t que sa libert&#233;. Le p&#233;ch&#233; d'Adam, qui lui permet, selon la &lt;i&gt;Gen&#232;se&lt;/i&gt;, d'acqu&#233;rir la connaissance du bien et du mal, pour cette raison m&#234;me, selon Spinoza, montre que Adam n'&#233;tait pas libre : la proposition 68 partie IV &#233;nonce en effet : &#171; Si les hommes naissaient libres, ils ne formeraient aucun concept de chose bonne ou mauvaise aussi longtemps qu'ils seraient libres &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, IV, prop. 68 : Si homines liberi nascerentur, nullum boni (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le p&#233;ch&#233; d'Adam prouve sa servitude. Il se crut libre, et par l&#224; montra qu'il ne l'&#233;tait pas. Pour Spinoza, Adam repr&#233;sente l'enfance en chacun de nous ; or l'enfance est serve et se croit libre. Enfance de l'homme, premier homme, p&#233;ch&#233; originel, sont autant de formes et de lieux de la servitude, en raison m&#234;me de l'illusion de libert&#233; qui les habite. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'accomplissement de l'&#226;ge adulte sera donc la libert&#233; v&#233;ritable, c'est-&#224;-dire, nous l'avons vu, l'auto-affirmation de l'id&#233;e vraie dans sa n&#233;cessit&#233;. Mais, de m&#234;me qu'il ne peut &#224; strictement parler exister un commencement de la v&#233;rit&#233; de l'id&#233;e, de m&#234;me (et les deux choses sont presque &#233;quivalentes) il ne peut y avoir de v&#233;ritable commencement de la vie &#233;thique. Certes, Martial Gu&#233;roult envisageait d'intituler le troisi&#232;me tome de son commentaire : &#171; Servitude et &lt;i&gt;lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;, voulant ainsi marquer, conform&#233;ment &#224; l'intention explicite de Spinoza, la possibilit&#233; d'un progr&#232;s, d'un passage de l'une &#224; l'autre ; mais Spinoza, dans la cinqui&#232;me partie de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, parle seulement de &lt;i&gt;libert&#233;&lt;/i&gt;. Certes le &lt;i&gt;Trait&#233; de la R&#233;forme de l'Entendement &lt;/i&gt;nous propose un parcours, un progr&#232;s : mais il est inachev&#233; ; en revanche, l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;&#233;voque dans sa conclusion un &#171; chemin &#187;, &#171; tr&#232;s difficile &#187; &#187; &#224; trouver (&#171; &lt;i&gt;via perardua &lt;/i&gt; &#187;), et, si le sage est conscient de lui-m&#234;me, de Dieu et des choses &#187;, c'est, ne l'oublions pas, &#171; en vertu d'une certaine n&#233;cessit&#233; &#233;ternelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, V, prop. 42, sc : Aeterna quadam necessitate.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comment dire plus clairement que la sagesse ne commence jamais ? &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que Spinoza entretient le doute, ou l'espoir, puisqu'il s'exprime souvent en termes de progr&#232;s, ou de m&#233;thode. De m&#234;me, le &lt;i&gt;Trait&#233; Th&#233;ologico-Politique &lt;/i&gt;pr&#233;sente une th&#233;orie du pacte social, c'est-&#224;-dire de l'origine de la soci&#233;t&#233; politique. Cependant, Alexandre Matheron a clairement d&#233;montr&#233; dans sa th&#232;se, que la philosophie politique de Spinoza, d'ouvrage en ouvrage, se r&#233;v&#232;le une tentative de penser la politique sans l'origine. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse du chapitre XVI du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt; conduit Matheron &#224; &#233;voquer le risque d'un &#171; cercle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alexandre Matheron, Individualit&#233; et relations interhumaines chez Spinoza. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#224; propos du pacte social. Il y a en effet deux motifs pour s'associer : la &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233; &lt;/i&gt;d'&#233;chapper &#224; l'&#233;tat de nature caract&#233;ris&#233; par une violence g&#233;n&#233;ralis&#233;e, mais aussi la &lt;i&gt;raison&lt;/i&gt;, qui nous pousse &#224; nous joindre aux autres hommes : &#171; &lt;i&gt;Et necessitate cogente, et ipsa ratione suadente&lt;/i&gt; &#187;. La difficult&#233; vient du fait que, autant ces deux motifs se renforcent l'un l'autre, &lt;i&gt;quand la soci&#233;t&#233; est form&#233;e&lt;/i&gt;, autant ils se contrarient, tant que la soci&#233;t&#233; n'est pas form&#233;e. Ils ne permettent donc pas d'expliquer ce qui est en question, c'est-&#224;-dire cette d&#233;cision originaire de constituer un corps politique. Comme l'&#233;crit Matheron&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 312-313.&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; A supposer que l'&#233;tat de nature ait exist&#233;, pourquoi les hommes, un beau jour, ont-ils &#233;prouv&#233; le besoin de se r&#233;unir afin d'examiner les moyens d'y mettre un terme ? Parce que la Raison le leur a sugg&#233;r&#233; ? Mais les exigences de la Raison, pr&#233;cis&#233;ment, ne peuvent triompher que l&#224; o&#249; un grand nombre d'individus se trouvent r&#233;unis au pr&#233;alable. &#187; La d&#233;cision originaire se r&#233;v&#232;le impensable. A partir du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, la pens&#233;e politique de Spinoza va donc manifester de plus en plus clairement son &#233;loignement par rapport au mythe de l'origine. Le sens de la pens&#233;e politique de Spinoza sera de soumettre les &#201;tats aux lois universelles de la Nature : un &#201;tat, pas plus qu'un homme ou que tout autre individu, ne doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un &#171; empire dans un empire &#187;. Il n'y a aucune raison pour admettre, &#224; l'origine de tel individu, une d&#233;cision consciente ce serait instaurer un r&#233;gime d'exception. Voil&#224; pourquoi Spinoza, dans le grand texte politique de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;(IV, 37, sc. 2), &#171; ne fait plus aucune allusion &#224; une quelconque d&#233;cision historique &#187; : &#171; L'&#233;limination du motif rationnel (&#233;voqu&#233; plus haut), qui entra&#238;nait l'id&#233;e d'une finalit&#233; consciente, le dispense de recourir, m&#234;me &#224; titre d'hypoth&#232;se, au mythe du serment collectif originel &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 316.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'&#201;tat ne r&#233;sulte donc pas d'une d&#233;cision originaire, mais d'un &#171; rapport de forces sanctionn&#233; par la s&#233;lection naturelle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 317.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le &lt;i&gt;Trait&#233; politique &lt;/i&gt;radicalise cette position. Le passage de l'&#233;tat de nature &#224; la soci&#233;t&#233; civile n'est plus con&#231;u comme un changement d&#233;cisif, par lequel les hommes passeraient de la d&#233;pendance &#224; l'ind&#233;pendance, mais comme &#171; la r&#233;orientation d'une force collective qui, &lt;i&gt;d&#232;s le d&#233;but&lt;/i&gt; &#187; [je souligne], &#171; existait &#224; l'&#233;tat diffus &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 327.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, et qui nous fait passer &#171; d'une forme de d&#233;pendance &#224; une autre &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 319.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Matheron se r&#233;f&#232;re ici au &#167; 3 du chapitre III du &lt;i&gt;TP&lt;/i&gt;, dans lequel est r&#233;duite autant que faire se peut, selon la d&#233;marche constante de Spinoza, la diff&#233;rence entre l'&#233;tat de nature et la soci&#233;t&#233; civile : &#171; L'homme en effet &#187;, &#233;crit Spinoza, &#171; &lt;i&gt;dans l'&#233;tat naturel comme dans la soci&#233;t&#233; civile &lt;/i&gt;[...] est conduit par l'espoir ou par la crainte &#224; faire ou &#224; ne pas faire ceci ou cela &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, Trait&#233; Politique, III, 3 : &#171; Homo, namque tam in statu naturali, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout le travail de Matheron consiste &#224; d&#233;velopper le processus d'une sorte de &#171; g&#233;n&#233;ration spontan&#233;e &#187; de la soci&#233;t&#233; civile, tant est net le refus spinoziste de tout &#233;l&#233;ment allog&#232;ne. Une d&#233;cision originaire, venant rompre brutalement le cours de la nature, n'a pas sa place dans le syst&#232;me. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La position par rapport &#224; l'origine est enfin le crit&#232;re de classement des r&#233;gimes politiques. S'il est permis de cr&#233;er pareils syntagmes, il y a des r&#233;gimes inad&#233;quats, et d'autres ad&#233;quats. La monarchie est en elle-m&#234;me suspecte, parce qu'elle concentre le pouvoir de d&#233;cision en un individu, origine des d&#233;cisions. Cette m&#233;fiance s'exprime dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;, au chapitre V, &#167; 7 : &#171; Une libre multitude doit se garder de confier totalement son salut &#224; un seul homme. Car cet homme, &#224; moins d'&#234;tre empli de vanit&#233; et de se croire capable de plaire &#224; tous, est forc&#233; de redouter chaque jour quelque trahison. Par suite il lui faut se consacrer &#224; sa s&#233;curit&#233; et tendre lui-m&#234;me des pi&#232;ges &#224; la multitude, au lieu de veiller sur elle &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, Trait&#233; Politique, V, 7 : Libera multitudo cavere debet, ne salutem (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le but de Spinoza dans le &lt;i&gt;Trait&#233; politique &lt;/i&gt;sera d'att&#233;nuer les inconv&#233;nients de la monarchie. Il en vient alors &#224; substituer &#224; l'autorit&#233; originaire du roi la puissance de la multitude : &#171; Nous concluons donc que la multitude peut garder sous un roi une libert&#233; assez &#233;tendue, pourvu qu'elle fasse en sorte que la puissance du roi ne se laisse d&#233;terminer que par la puissance de la multitude, et qu'il tire sa protection &#187;, ajoute Spinoza, &#171; de la multitude elle-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, Trait&#233; Politique, VII, 31 (et dernier) ; trad. Moreau, p. 111.&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une telle monarchie est en fait une d&#233;mocratie d&#233;guis&#233;e. Comme dit Balibar : &#171; A la limite, la distinction entre monarchie et d&#233;mocratie deviendra une simple question de nom &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Etienne Balibar, Spinoza et la politique. Paris : PUF, 1985, p. 90.&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie n'est pas seulement le r&#233;gime politique le meilleur c'est, aux yeux de Spinoza, le seul. La d&#233;mocratie en effet est le r&#233;gime politique par excellence, le r&#233;gime &#171; absolu &#187;, selon l'expression du chapitre XI du &lt;i&gt;Trait&#233; politique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, Trait&#233; Politique, XI, 1 : Transeo tandem ad tertium, &amp; omnino (&#8230;)&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, celui qui convient le mieux &#224; la raison et &#224; la libert&#233; selon le chapitre XVI du &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt;. Le r&#233;gime politique par excellence est par cons&#233;quent le plus proche, et non pas le plus &#233;loign&#233; de la nature : &#171; J'ai parl&#233; de l'&#201;tat d&#233;mocratique de pr&#233;f&#233;rence &#224; tous les autres &#187;, &#233;crit Spinoza dans le chapitre XVI du &lt;i&gt;TTP&lt;/i&gt;, &#171; parce qu'il semblait &lt;i&gt;le plus naturel&lt;/i&gt; &#187; [je souligne] &#171; et celui qui est le moins &#233;loign&#233; de la libert&#233; que la Nature reconna&#238;t &#224; chacun &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, Trait&#233; Th&#233;ologico-Politique, chapitre XVI : Imperii democratici (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce que nous savons de la Nature et de la Raison nous permet ais&#233;ment de comprendre en quoi la d&#233;mocratie est le r&#233;gime politique par excellence : c'est celui dans lequel l'origine des d&#233;cisions est dilu&#233;e &#224; tel point qu'elle tend &#224; dispara&#238;tre. Cela ne signifie cependant pas l'impuissance de la d&#233;mocratie : comme toute chose, un r&#233;gime d&#233;mocratique produit des effets. Mais, comme toute chose, il est n&#233;cessairement d&#233;termin&#233; &#224; les produire, de fa&#231;on immanente : jamais la puissance n'est signe d'une origine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; *
* *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel est le sens de cette exclusion g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'origine ? Le conflit historique ponctuel (la r&#233;futation des th&#232;ses cart&#233;siennes) en d&#233;signe un autre, plus g&#233;n&#233;ral, entre monisme et dualisme. Nous entendons ici par &#171; dualisme &#187; le corr&#233;lat de la transcendance, c'est-&#224;-dire la n&#233;cessaire ext&#233;riorit&#233; du principe par rapport &#224; ce qui est. Le refus du concept d'origine, c'est-&#224;-dire du tout autre, de l'autre absolument, est donc n&#233;cessairement moniste. Quand Spinoza s'en prend &#224; Descartes, aux sto&#239;ciens, &#224; Platon, &#224; Aristote, il vise toujours la transcendance originaire du principe, ou la pr&#233;tention humaine &#224; se faire origine de ses actes, empire dans un empire : bref, &#224; s'excepter de la loi universelle &lt;i&gt;unique &lt;/i&gt;de la nature. La philosophie de Spinoza est toujours &#224; la fois r&#233;futation du dualisme, et construction du monisme : nul n'est all&#233; aussi loin dans ce double projet, dont les succ&#232;s ou les &#233;checs pourront &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme autant d'acquis pour la pens&#233;e. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute la difficult&#233; est d'&#233;liminer la distance du m&#234;me &#224; l'autre, en pr&#233;servant la diff&#233;rence. Spinoza &#233;prouve l'impossibilit&#233; dialectique du dualisme : si le principe est &#224; distance jamais on ne pourra rendre compte rationnellement de la relation qui le lie &#224; son autre : &#233;manation, participation, autant de leurres, autant d'illusions de la pens&#233;e. Spinoza sait que jamais personne n'a pu fonder en raison un syst&#232;me incluant la notion de transcendance. Reste alors l'&#233;chappatoire hors du rationnel, dans la notion, obscure par essence, de cr&#233;ation, et son cheval de Troie philosophique, l'origine. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;viter de penser en termes d'origine, c'est donc conjurer le dualisme. Spinoza proc&#232;de autant qu'il le peut, autant qu'il est possible, &#224; la r&#233;duction des couples de notions par lesquels on pr&#233;tend avant lui structurer le champ conceptuel. Il supprime la distinction entre puissance et acte, en refusant toute r&#233;alit&#233; &#224; la notion de possible ; il identifie libert&#233; et n&#233;cessit&#233;, vertu et b&#233;atitude (c'est-&#224;-dire l'action et la sanction), droit et fait, entendement et volont&#233;. Partout la bipolarit&#233; est ni&#233;e : tel est par exemple le sens de la th&#233;orie du &#171; &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; &#187;, apte &#224; rendre compte de la servitude comme de la libert&#233; ; ou encore de la th&#233;orie du droit naturel, &#233;tablissant, comme nous l'avons vu, un lien d'essence entre l'&#233;tat de nature et la soci&#233;t&#233; civile, traditionnellement oppos&#233;s. Cette volont&#233; jamais d&#233;mentie de r&#233;duire les principes dualistes d'explication est particuli&#232;rement manifeste dans la correspondance &#233;chang&#233;e avec Blyenbergh au sujet du p&#233;ch&#233; originel. Blyenbergh oppose &#224; Dieu l'existence du mal. Spinoza le r&#233;sume en quelques lignes : &#171; Il semble r&#233;sulter clairement de la providence de Dieu, laquelle ne diff&#232;re en rien de sa volont&#233;, et aussi bien du concours qu'il pr&#234;te au monde et de la cr&#233;ation continue par lui de toutes choses, que le mal ou le p&#233;ch&#233; ne peuvent exister, ou que Dieu en est l'auteur &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, Lettre XIX, trad. de Charles Appuhn.&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais Blyenbergh commet l'erreur dualiste : il s&#233;pare essence et perfection : pour lui, il arrive qu'on soit moins parfait qu'on aurait pu l'&#234;tre. C'&#233;tait le cas d'Adam quand il a p&#233;ch&#233; : en cela il a fait le mal, qui pourrait se d&#233;finir le d&#233;faut de perfection par rapport &#224; l'essence. Ainsi de l'aveugle. Mais Spinoza r&#233;pond sans ambigu&#239;t&#233; que l'&#233;vidence est ici trompeuse : nous ne devons pas distinguer l'essence de la perfection : &#171; Essence et perfection, c'est tout un &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb46&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh46&#034;&gt;46&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger de ces &#233;crasements syst&#233;matiques, c'est la possibilit&#233; de l'indistinction. Peut-&#234;tre est-il impossible de concevoir rationnellement les rapports du m&#234;me et de l'autre ; mais si on demeure dans le m&#234;me, pourra-t-on rendre compte de la diversit&#233; de ce qui est ? Spinoza ne peut faire intervenir un principe ext&#233;rieur de diff&#233;renciation, c'est pourquoi il la place imm&#233;diatement en Dieu. Un Dieu diff&#233;renci&#233; n'est pas un Dieu distant. Au dualisme, on ne peut donc pas opposer un monisme du simple, mais seulement, comme le fait Spinoza, un monisme diff&#233;renci&#233;. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, de fa&#231;on tr&#232;s remarquable, le dualisme fait surface de tous c&#244;t&#233;s dans le syst&#232;me, comme si l&#224; position moniste &#233;tait intenable. Les grands commentateurs de Spinoza s'accordent sur ce point, m&#234;me si les dualismes qu'ils soulignent ne sont pas les m&#234;mes. Martial Gu&#233;roult, respectueux &#224; l'extr&#234;me de l'architecture du syst&#232;me, divise son commentaire du livre I de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;en deux parties : &#171; Le Dieu Cause &#187; et &#171; Le Dieu Effet &#187;, avant d'&#233;prouver certaines difficult&#233;s pour expliquer comment ces &#171; deux &#187; Dieux sont &#224; la fois absolument identiques et absolument diff&#233;rents. Gilles Deleuze, tr&#232;s soucieux &#233;galement de la coh&#233;rence des th&#232;ses spinozistes, r&#233;introduit de fa&#231;on surprenante une dualit&#233; fondamentale dans le syst&#232;me : ce n'est plus la dualit&#233; entre Dieu Cause et Dieu Effet (qui lui semble pensable gr&#226;ce &#224; la th&#233;orie de l'expression) ; mais la dualit&#233; entre &#171; puissance d'agir &#187; et &#171; puissance de penser &#187;, en r&#233;f&#233;rence au corollaire de la proposition 7 du deuxi&#232;me livre : &#171; La puissance de penser de Dieu est &#233;gale &#224; sa puissance d'agir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb47&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, II, prop. 7, cor. : Dei cogitandi potentiae aequalis est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh47&#034;&gt;47&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Deleuze estime qu'il faut distinguer l'&#233;galit&#233; des puissances de celle des attributs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb48&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Spinoza et le probl&#232;me de l'expression, p. 112.&#034; id=&#034;nh48&#034;&gt;48&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; &#224; notre avis, il introduit par l&#224; beaucoup plus de difficult&#233;s qu'il n'en r&#233;sout ; reste un Dieu qui se pr&#233;sente, pour employer les mots de Deleuze, sous un &#171; double aspect &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb49&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 113.&#034; id=&#034;nh49&#034;&gt;49&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ferdinand Alqui&#233; consacre un ouvrage entier, &lt;i&gt;Le rationalisme de Spinoza&lt;/i&gt;, &#224; mettre en &#233;vidence les dualit&#233;s que cherche &#224; masquer le syst&#232;me, et qui, secr&#232;tement pr&#233;sentes et agissantes, le distendent de l'int&#233;rieur et le rendent incompr&#233;hensible. Badiou parle peu de Spinozadanssa &lt;i&gt;Th&#233;orie du sujet&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb50&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Badiou, Th&#233;orie du sujet. Paris : Le Seuil, 1982.&#034; id=&#034;nh50&#034;&gt;50&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, mais lorsqu'il y vient, c'est pour &#233;noncer : &#171; Chez Spinoza, qui est grand, passe &lt;i&gt;le spectre du deux &lt;/i&gt;(nous soulignons) : les attributs, la pens&#233;e et l'attribut &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb51&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 40.&#034; id=&#034;nh51&#034;&gt;51&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le monisme int&#233;gral de Spinoza semble si difficile &#224; soutenir qu'on voit les commentateurs les plus patients et les plus indulgents, comme Deleuze ou Gu&#233;roult, peiner pour le d&#233;fendre, tandis que les philosophes d'inspiration dualiste, comme Alqui&#233; ou Badiou, triomphent dans la critique. Il nous faut maintenant comprendre ce paradoxe, et t&#226;cher d'en d&#233;couvrir le sens. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;pose d'abord la d&#233;finition de la cause de soi. Nous avons montr&#233; plus haut que ce concept ne pouvait produire ses effets qu'&#224; la condition de maintenir, dans la cause de soi, la diff&#233;rence entre la cause et le caus&#233;, faute de quoi on retombait dans une indistinction originaire, contraire au spinozisme. Mais autant la notion de &#171; cause de soi &#187; suscite des commentaires, des analyses, des interrogations, autant la simple notion de &#171; cause &#187; laisserait indiff&#233;rent, tant elle semble une notion premi&#232;re, &#233;vidente par elle-m&#234;me. Or, nous soutiendrions volontiers que la relation de cause &#224; effet d&#233;fie l'analyse : plus exactement, elle ne permet en aucun cas de penser ce qui est en jeu, c'est-&#224;-dire la production d'un effet d&#233;pendant d'une cause, mais cependant diff&#233;rent d'elle. Soient une cause et un effet : s'il y a dans l'effet quelque chose qui ne s'explique pas par la cause, quelque chose de vraiment nouveau, il est donc accord&#233; que cette nouveaut&#233; n'est pas effet, puisqu'elle ne d&#233;pend pas de la cause. Tout ce qu'il y a de plus dans l'effet, par rapport &#224; la cause, n'est donc pas effet. D'autre part, s'il y a dans la cause quelque chose qui ne produit pas d'effet, il est donc accord&#233; que cette chose n'est pas cause (puisqu'elle n'est cause de rien). Tout ce qu'il y a de plus dans la cause, par rapport &#224; l'effet, n'est donc pas cause. Reste donc la troisi&#232;me possibilit&#233; : le couple cause-effet n'a de valeur op&#233;ratoire que dans le cas d'une cause produisant tous ses effets dans l'effet, et d'un effet tirant tout son &#234;tre de la cause ; bref, quand la cause est la raison d'&#234;tre int&#233;grale de l'effet. Mais, dans ce cas, il n'y a plus de diff&#233;rence r&#233;elle, mais seulement de raison, entre la cause et l'effet. En r&#233;alit&#233;, il s'agit de la m&#234;me chose. Utile sujet de m&#233;ditation pour l'historien ! &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza voit certainement la st&#233;rilit&#233; intrins&#232;que du couple cause-effet. C'est pourquoi il nous propose une red&#233;finition &#224; proprement parler &lt;i&gt;stup&#233;fiante&lt;/i&gt;, de leurs rapports, dans le scolie de la proposition 17 partie I de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; ; c'est le passage c&#233;l&#232;bre : &#171; Le caus&#233;, en effet, &lt;i&gt;diff&#232;re &lt;/i&gt;de sa cause pr&#233;cis&#233;ment en ce qu'il tient de sa cause &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb52&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, &#201;thique, I, prop. 17, sc. : Nam causatum differt a sua causa (&#8230;)&#034; id=&#034;nh52&#034;&gt;52&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne peut expliquer un tel renversement de la notion usuellement re&#231;ue de cause (qui voudrait que le caus&#233; &lt;i&gt;ressemble &lt;/i&gt;&#224; la cause pr&#233;cis&#233;ment en ce qu'il tient d'elle), que par une volont&#233; d'&#233;chapper &#224; l'&#233;crasement de Dieu sur lui-m&#234;me. Si la cause ne diff&#233;rait pas de l'effet en ce pr&#233;cis&#233;ment qu'elle lui communique, Dieu ne pourrait diff&#233;rer de lui-m&#234;me, et la production des modes serait inconcevable. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, selon un mouvement de balancier inexorable, nous n'&#233;chappons &#224; l'indistinction que pour &#234;tre soumis &#224; un &#233;clatement. Appliquons en effet strictement &#224; la &#171; &lt;i&gt;causa sui&lt;/i&gt; &#187; la r&#232;gle op&#233;ratoire de la causalit&#233;, telle que la fournit Spinoza ; on obtient imm&#233;diatement le r&#233;sultat suivant : puisque Dieu est cause de soi, c'est-&#224;-dire tant de son essence que de son existence, Dieu diff&#232;re donc de lui-m&#234;me tant par l'essence que par l'existence. Nous sommes aux bornes de l'impensable. Gu&#233;roult et Deleuze ont tent&#233; d'expliquer cela. Mais, semble-t-il, en vain : Gu&#233;roult ne peut pas nous offrir mieux qu'une m&#233;taphore, pour rendre compte des apports du Dieu Cause et du Dieu Effet. Il &#233;crit&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb53&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gueroult, Spinoza, I, p. 267.&#034; id=&#034;nh53&#034;&gt;53&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : &#171; Il y a stricte &#233;galit&#233; entre Dieu et l'univers, de par l'identit&#233; d'&#234;tre de la Nature Naturante et de la Nature Natur&#233;e, celle-ci &#233;tant, tout autant que celle-l&#224;, infiniment infinie et parfaite. Pas plus que les modes ne sont quelque chose de plus qui &#034;s'ajouterait &#224; Dieu&#034;, ils ne sont, pris dans leur infinit&#233; infiniment infinie, quelque chose de moins, en quoi Dieu &#034;d&#233;choirait&#034;. Ce sont v&#233;ritablement &lt;i&gt;les deux faces de la m&#234;me m&#233;daille&lt;/i&gt; &#187; [je souligne]. Gu&#233;roult indique ici, en usant d'une image assez d&#233;cevante par rapport &#224; l'objet dont elle est cens&#233;e rendre compte (comparer la substance infinie &#224; une m&#233;daille !), les limites de l'explication de la relation de causalit&#233; interne. Deleuze a pens&#233; r&#233;soudre la difficult&#233; par l'utilisation du concept d'expression ; mais d&#232;s le d&#233;but de son ouvrage, il installe la plus grande ambigu&#239;t&#233; au c&#339;ur de la notion. Selon lui en effet, il y a deux niveaux dans l'expression : un niveau &#171; constitutif &#187;, celui par lequel les attributs expriment Dieu ; et un niveau &#171; productif &#187;, celui par lequel les modes expriment les attributs. Ceci lui permet, en jouant sur les deux sens du mot, de parler d'une expression de l'expression &#187;. Nous lisons, page 10 : &#171; Dieu s'exprime &lt;i&gt;en constituant&lt;/i&gt; &#187; [je souligne] &#171; par soi la Nature Naturante, avant de s'exprimer &lt;i&gt;en produisant&lt;/i&gt; &#187; [je souligne encore] &#171; en soi la Nature Natur&#233;e &#187;. Ou encore : &#171; L'expression n'est pas en elle-m&#234;me une production, mais &lt;i&gt;le devient&lt;/i&gt; &#187; [je souligne avec perplexit&#233;] &#224; son second niveau, quand c'est l'attribut qui s'exprime &#224; son tour &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb54&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deleuze, Spinoza et le probl&#232;me de l'expression, p. 10.&#034; id=&#034;nh54&#034;&gt;54&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La notion d'expression permettra alors sans peine de r&#233;soudre toutes les difficult&#233;s : elle a &#233;t&#233; d&#233;finie de mani&#232;re &#224; les dissimuler. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les difficult&#233;s incontestables que rencontre un syst&#232;me moniste ne doivent cependant pas faire oublier d'autres difficult&#233;s, non moins inextricables, entra&#238;n&#233;es par les syst&#232;mes dualistes, et plus g&#233;n&#233;ralement, par l'explication de ce qui est au moyen de couples de notions oppos&#233;es, difficult&#233;s dont nous avons essay&#233; de donner une id&#233;e par l'analyse des relations de cause &#224; effet. La pente de l'esprit humain est probablement au dualisme : innombrables sont les couples au moyen desquels nous essayons de structurer notre pens&#233;e. Immanence et transcendance, cause et effet, n&#233;cessit&#233; et libert&#233;, droit et fait, puissance et acte, mati&#232;re et esprit, etc., sont autant de figures du m&#234;me et de l'autre, autant de p&#244;les entre lesquels la pens&#233;e veut jaillir : mais plus souvent elle s'y affole, comme l'a bien vu Derrida &#224; propos des couples nature-culture, ou parole-&#233;criture. Que montre-t-il, dans son Introduction &#224; &lt;i&gt;L'origine de la g&#233;om&#233;trie&lt;/i&gt;, de Husserl&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb55&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Edmund Husserl, L'origine de la g&#233;om&#233;trie, trad. et introd. par Jacques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh55&#034;&gt;55&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, sinon que, faute d'&#234;tre donn&#233;e imm&#233;diatement, la diff&#233;rence ne peut advenir ? &#171; Transcendantale, dit-il, serait la diff&#233;rence &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb56&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;p. 171.&#034; id=&#034;nh56&#034;&gt;56&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comprenons : il est impossible de poser &#224; l'&#233;cart l'un de l'autre le m&#234;me et l'autre. Si l'autre n'est pas d&#233;j&#224; dans le m&#234;me comme la diff&#233;rence de soi-m&#234;me, jamais on ne pourra penser leurs rapports. Si on commence par opposer des p&#244;les dans la pens&#233;e, jamais une v&#233;ritable dialectique ne les conjuguera. La diff&#233;rence ne peut &#234;tre situ&#233;e que dans les p&#244;les eux-m&#234;mes, et pas entre eux : le dualisme strict n'est probablement pas plus pensable que le monisme strict. Spinoza voit bien l'impossibilit&#233; du dualisme, mais bute sur celle du monisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; *
* *&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'il est impossible de penser en demeurant dans le m&#234;me, et impossible de dialectiser le m&#234;me et l'autre con&#231;us comme un couple d'oppos&#233;s, il ne reste plus qu'&#224; conclure, semble-t-il, &#224; l'impossibilit&#233; de penser. Cependant, et nous hasarderons cette remarque avec la plus grande prudence, il existe dans l'Antiquit&#233; l'exemple d'un syst&#232;me qui a su &#233;chapper &#224; la fois au monisme et au dualisme : c'est l'&#233;picurisme. On sait quels sarcasmes, de la part de Cic&#233;ron notamment, la th&#233;orie de la d&#233;clinaison a valu &#224; &#201;picure. Or qu'est-ce que la d&#233;clinaison ? Un rien. L'&#233;picurisme est un monisme auquel on ajoute un rien. C'est l&#224; peut-&#234;tre le profond g&#233;nie m&#233;taphysique des atomistes. Le monisme, en effet, n'est pas directement pensable. Il ne le devient que si on lui ajoute, non pas un second principe, qui en ferait un dualisme, mais justement quelque chose qui en soi n'est rien de positif (la d&#233;clinaison), dont cependant le tout de l'univers institue &#233;ternellement la trace. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond on a surtout reproch&#233; &#224; l'atomisme, Aristote le premier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb57&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aristote : De Caelo, III, 2, 301 a 9 ; et Phys., II, 4, 196 a 1-16.&#034; id=&#034;nh57&#034;&gt;57&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, son refus de la notion d'origine. &#171; Dans le m&#233;canisme atomiste, &#233;crit Jacques Chevalier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb58&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jacques Chevalier, Histoire de la pens&#233;e, I (La pens&#233;e antique). Paris : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh58&#034;&gt;58&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il n'y a pas de principe premier ; et, parce qu'on se refuse &#224; admettre l'existence d'un premier moteur qui ait donn&#233; aux &#234;tres leur mouvement naturel, il faut aller &#224; l'infini dans la s&#233;rie des causes. &#187; Cette r&#233;gression &#224; l'infini, ce refus d'une origine, entra&#238;ne, selon Aristote, la ruine de toute explication rationnelle. Voil&#224; pourquoi l'atomisme est souvent consid&#233;r&#233; comme une doctrine peu soucieuse de rationalit&#233;. Mais comment expliquer alors l'hommage tr&#232;s passionn&#233; que rend Spinoza aux atomistes, dans la lettre 5 6 &#224; Hugo Boxel ? &#171; L'autorit&#233; de Platon, d'Aristote, etc. &#187;, &#233;crit Spinoza, qui veut probablement d&#233;signer par cet &#171; etc &#187; les philosophes qui admettent un principe transcendant, &#171; n'a pas grand poids pour moi : j'aurais &#233;t&#233; surpris si vous aviez all&#233;gu&#233; &#201;picure, D&#233;mocrite, Lucr&#232;ce, ou quelqu'un des atomistes et des partisans des atomes. Rien d'&#233;tonnant &#224; ce que des hommes qui ont cru aux qualit&#233;s occultes, aux esp&#232;ces intentionnelles, aux formes substantielles, et mille autres fadaises aient imagin&#233; des spectres et des esprits, et accord&#233; cr&#233;ance aux vieilles femmes pour affaiblir l'autorit&#233; de D&#233;mocrite. Ils enviaient tant son bon renom qu'ils ont br&#251;l&#233; tous les livres si glorieusement publi&#233;s par lui &#187;, conclut Spinoza, en se fondant probablement sur le r&#233;cit de Diog&#232;ne La&#235;rce&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb59&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diog&#232;ne La&#235;rce, Vie des philosophes, IX, 40.&#034; id=&#034;nh59&#034;&gt;59&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a souvent rapproch&#233; Spinoza des sto&#239;ciens, comme une chose allant de soi, alors qu'il les traite durement dans la Pr&#233;face de la Cinqui&#232;me Partie de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; ; mais on ne songe pas &#224; le rapprocher des &#233;picuriens, dont il fait l'&#233;loge. Or, sur bien des points, l'&#233;picurisme nous semble la tentation du spinozisme : tentation inavouable, puisqu'elle met l'impensable (la d&#233;clinaison) au centre du syst&#232;me. Mais n'est-il pas permis de demander qui, chez Spinoza, fait obligeamment tourner une droite autour d'une de ses extr&#233;mit&#233;s afin d'engendrer un cercle, ou un demi-cercle autour d'un de ses diam&#232;tres, pour engendrer une sph&#232;re ? Autrement dit, le mouvement n'est-il pas n&#233;cessaire &#224; la pens&#233;e elle-m&#234;me ? Spinoza reconnaissait, &#224; la fin de sa vie, n'avoir pu mettre au clair ses id&#233;es sur le mouvement. Mais peut-&#234;tre son syst&#232;me appelle-t-il la notion d'un mouvement sans cause, notion inacceptable pour Spinoza, mais faute de laquelle la possibilit&#233; m&#234;me de l'explication g&#233;n&#233;tique est compromise. &lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, ou bien l'impensable est plac&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment au c&#339;ur du rationnel, ou bien le rationnel lui-m&#234;me est irr&#233;alisable : c'est cela que nous enseigne la tentative faite par Spinoza pour exclure de la pens&#233;e la notion d'origine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gabrielle Dufour-Kowalska, &lt;i&gt;L'essence de l'origine -l'origine selon l'&#201;thique de Spinoza&lt;/i&gt;. Paris : Biblioth&#232;que des Archives de Philosophie, Nouvelle s&#233;rie, n 14, 1973.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On accordera peut-&#234;tre l'obscurit&#233; de l'expression &#171; origine de l'&#226;me &#187; ; mais, dira-t-on, Spinoza veut probablement faire entendre, par cette expression malheureuse, &#171; origine de nos connaissances &#187;. Remarquons pour commencer qu'une telle objection accepte une impr&#233;cision dans l'expression au sujet du mot &#171; &lt;i&gt;mens&lt;/i&gt; &#187; : pourquoi ne l'accepterait-elle pas &#224; propos du mot &#171; origine &#187; ? Mais, sur le fond, la notion d'origine n'est par utilis&#233;e par Spinoza pour d&#233;crire les genres de connaissance. Prenons par exemple le second scolie de la proposition 40, dans lequel Spinoza d&#233;finit les trois genres de connaissance. Appuhn utilise dans sa traduction l'expression &#171; tirer son origine de &#187; pour rendre le latin &lt;i&gt;formare ex&lt;/i&gt;. Il y a donc une l&#233;g&#232;re surtraduction, qui, &#224; notre avis, n'alt&#232;re cependant pas le sens. En revanche, l'interpr&#233;tation de cet &#171; &lt;i&gt;ex&lt;/i&gt; &#187; est d&#233;licate. Spinoza semble distinguer les notions g&#233;n&#233;rales que nous formons, selon leur origine : les opinions, ou connaissance du premier genre, auraient pour &#171; origine &#187; soit des objets singuliers (&lt;i&gt;nos formare notiones universales ex singularibus&lt;/i&gt;), soit des signes (&lt;i&gt;signis&lt;/i&gt;) ; la raison, ou connaissance du second genre, aurait pour &#171; origine &#187; &#171; le fait que nous avons des notions communes &#187; (&lt;i&gt;ex eo, quod notiones (...) habemus&lt;/i&gt;). On voit imm&#233;diatement que cette suite de d&#233;finitions n'est pas homog&#232;ne : il est impossible de concevoir que certaines notions g&#233;n&#233;rales, fussent-elles erron&#233;es comme c'est le cas dans la connaissance du premier genre, tirent leur &#171; origine &#187; d'objets ext&#233;rieurs, tandis que la raison tirerait son &#171; origine &#187; de la pr&#233;sence en nous de notions communes. Une h&#233;t&#233;ronomie injustifiable serait introduite par l&#224; dans l'ordre de la pens&#233;e. Il est donc n&#233;cessaire de comprendre autrement le d&#233;but de ce scolie : la connaissance du premier genre ne &#171; tire &#187; pas &#171; son origine &#187; en effet des objets ou des signes directement, mais indirectement ; dans le premier cas, il y a une m&#233;diation des sens, dans le second, de la m&#233;moire inform&#233;e par l'habitude. Notre connaissance du premier genre ne vient donc pas des objets ou des signes, mais de ce que nous avons une perception confuse ou une m&#233;moire associative. Le &#171; &lt;i&gt;ex &lt;/i&gt; &#187; de &#171; &lt;i&gt;nos [...] formare notiones universalis ex&lt;/i&gt; &#187; doit donc &#234;tre entendu comme signifiant : &#171; du fait que &#187;. On traduirait alors de la fa&#231;on suivante le d&#233;but de ce scolie : &#171; par tout ce qui a &#233;t&#233; dit ci-dessus, il appara&#238;t clairement que nous avons nombre de perceptions et formons des notions g&#233;n&#233;rales &lt;i&gt;du fait que&lt;/i&gt; les objets singuliers nous sont repr&#233;sent&#233;s par les sens d'une mani&#232;re tronqu&#233;e, confuse, et sans ordre pour l'entendement (...) ; &lt;i&gt;du fait que&lt;/i&gt;, entendant ou lisant certains mots, nous nous rappelons des choses et en formons des id&#233;es semblables &#224; celles par lesquelles nous imaginons les choses (autrement dit, des signes) ; (...) enfin, &lt;i&gt;du fait que&lt;/i&gt; nous avons des notions communes et des id&#233;es ad&#233;quates des propri&#233;t&#233;s des choses &#187;. C'est l&#224;, nous semble-t-il, la v&#233;ritable signification du r&#233;sum&#233; de Spinoza : il n'y a pas d&#233;rivation de la connaissance &#224; partir d'une &#171; origine &#187; ext&#233;rieure, mais simple cons&#233;quence, pour ne pas dire identit&#233;, entre des modes de perception et des genres de connaissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ferdinand Alqui&#233;, &lt;i&gt;Le rationalisme de Spinoza&lt;/i&gt;, (Paris : PUF, 1981), p. 116. Toute r&#233;f&#233;rence, sans autre pr&#233;cision, &#224; Ferdinand Alqui&#233;, renvoie &#224; cet ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Descartes, &lt;i&gt;Principes de la philosophie&lt;/i&gt;, 1, 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Descartes, Ed. Alqui&#233;, II, 527-528.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Descartes, Ed. Alqui&#233;, II, 678.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Thomas d'Aquin, &lt;i&gt;Somme th&#233;ologique&lt;/i&gt;, &#167; 1, quest. 2, art. 3 : &#171; &lt;i&gt;Nec est possibile quod aliquid sit causa efficiens sui ipsius&lt;/i&gt; &#187; (r&#233;f. donn&#233;e par Alqui&#233;, in &lt;i&gt;Descartes&lt;/i&gt;, II, 527, n. 1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gueroult, &lt;i&gt;Spinoza&lt;/i&gt;, 1, 173, &#167; 2, d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Bulletin de l'Association des Amis de Spinoza&lt;/i&gt; (09, rue Dupont-des-Loges, 75007), n&#176; 6 (1981), p. 9.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gueroult, &lt;i&gt;Spinoza&lt;/i&gt;, 1, 42, ll. 9-10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Spinoza et le probl&#232;me de l'expression&lt;/i&gt; Paris : &#201;ditions de Minuit, 1968. Voir l'Avant-propos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alqui&#233;, p.191.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, II, prop. 38 : &lt;i&gt;Omnia corpora in quibusdam conveniunt&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, II, prop 37 : &lt;i&gt;Id. quod omnibus commune quodque aeque in parte ac in toto est, nullius rei singularis essentiam constituit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, II, prop. 38 : &lt;i&gt;Illa (...) non possunt concipi nisi adaequate&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, II, prop. 49 : &lt;i&gt;In mente nulla datur volitio, sive affirmatio et negatio, praeter illam, quam idea, quatenus idea, involvit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alqui&#233;, p. 216.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alqui&#233;, p. 219.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, I, axiome 6 : &lt;i&gt;Idea vera debet cum suo ideato convenire&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, II, prop. 7 : &lt;i&gt;Ordo et connexio idearurn idem est, ac ordo et connexio rerum&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, V, 23, sc : &lt;i&gt;Sentimus experimurque nos aeternos esse&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alqui&#233;, p.52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gueroult, &lt;i&gt;Spinoza&lt;/i&gt;, II, p. 442.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Trouillard, p.3.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, II, prop. 35 : &lt;i&gt;Falsitas consistit in cognitionis privatione, quam ideae inadaequatae, sive mutilatae et confusae, involvunt&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alqui&#233;, p. 188 [je souligne].&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; II, prop. 35, sc : &lt;i&gt;Haec ergo est eorum libertatis idea, quod suarum actionum nullam cognoscant causam&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; III, prop. 5 : &lt;i&gt;Affectus, qui passio est, desinit esse passio, simulatque ejus claram et distinctam formamus ideam&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &#201;thique, III, prop. 27 : Ex eo, quod rem nobis similam, et quam nullo affectu prosecuti sumus, aliquo affecta affici imaginamur, eo ipso simili affectu afficimur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, II, prop. 36 : &#171; Les id&#233;es inad&#233;quates et confuses suivent les unes des autres avec la m&#234;me n&#233;cessit&#233; que les id&#233;es inad&#233;quates, c'est-&#224;-dire claires et distinctes &lt;&lt;i&gt;Ideae inadaequatae et confusae eadem necessitate consequuntur, ac adaequatae, sive clarae ac distinctae ideae&lt;/i&gt;&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, IV, prop. 68 : &lt;i&gt;Si homines liberi nascerentur, nullum boni et mali formarent conceptum, quamdiu liberi essent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, V, prop. 42, sc : &lt;i&gt;Aeterna quadam necessitate&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alexandre Matheron, &lt;i&gt;Individualit&#233; et relations interhumaines chez Spinoza&lt;/i&gt;. Paris : &#201;ditions de Minuit, 1969. p. 308.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 312-313.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 316.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 317.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 327.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 319.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;Trait&#233; Politique&lt;/i&gt;, III, 3 : &#171; Homo, namque &lt;i&gt;tam in statu naturali, quam civili&lt;/i&gt; &#187; (nous soulignons) &#171; spe aut metu ducitur &#187;. La traduction cit&#233;e est celle de Pierre-Fran&#231;ois Moreau, &#201;ditions R&#233;plique, 1979, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;Trait&#233; Politique&lt;/i&gt;, V, 7 : &lt;i&gt;Libera multitudo cavere debet, ne salutem suam uni absolute credat [...] atque adeo sibi potius cavere, et multitudini contra insidiari magis, quam consulere cogitur&lt;/i&gt; &#187;, trad. Moreau, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, p. 59.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;Trait&#233; Politique&lt;/i&gt;, VII, 31 (et dernier) ; trad. Moreau, p. 111.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Etienne Balibar, &lt;i&gt;Spinoza et la politique&lt;/i&gt;. Paris : PUF, 1985, p. 90.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza,&lt;i&gt; Trait&#233; Politique&lt;/i&gt;, XI, 1 : &lt;i&gt;Transeo tandem ad tertium, &amp; omnino absolutum imperium, quod Democraticum appellamus&lt;/i&gt; &#187;, trad. Moreau : &#171; Je passe enfin au troisi&#232;me type d'&#201;tat, celui qui est tout &#224; fait absolu ; nous l'appelons d&#233;mocratique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;Trait&#233; Th&#233;ologico-Politique&lt;/i&gt;, chapitre XVI : &lt;i&gt;Imperii democratici fundamenta satis clare ostendisse puto, de quo prae omnibus agere malui, quia maxime naturale videbatur, et maxime ad libertatem, quam natura unicuique concedit, accedere&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;Lettre XIX&lt;/i&gt;, trad. de Charles Appuhn.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb46&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh46&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 46&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;46&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb47&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh47&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 47&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;47&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, II, prop. 7, cor. : &lt;i&gt;Dei cogitandi potentiae aequalis est ipsius actuali agendi potentiae&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb48&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh48&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 48&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;48&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Spinoza et le probl&#232;me de l'expression&lt;/i&gt;, p. 112.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb49&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh49&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 49&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;49&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 113.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb50&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh50&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 50&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;50&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Badiou, &lt;i&gt;Th&#233;orie du sujet&lt;/i&gt;. Paris : Le Seuil, 1982.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb51&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh51&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 51&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;51&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb52&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh52&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 52&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;52&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, I, prop. 17, sc. : &lt;i&gt;Nam causatum differt a sua causa praecise in eo, quod a causa habet&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb53&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh53&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 53&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;53&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gueroult, &lt;i&gt;Spinoza&lt;/i&gt;, I, p. 267.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb54&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh54&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 54&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;54&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deleuze, &lt;i&gt;Spinoza et le probl&#232;me de l'expression&lt;/i&gt;, p. 10.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb55&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh55&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 55&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;55&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Edmund Husserl, &lt;i&gt;L'origine de la g&#233;om&#233;trie&lt;/i&gt;, trad. et introd. par Jacques Derrida. Paris : PUF, 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb56&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh56&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 56&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;56&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;p. 171.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb57&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh57&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 57&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;57&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aristote : &lt;i&gt;De Caelo&lt;/i&gt;, III, 2, 301 a 9 ; et &lt;i&gt;Phys.&lt;/i&gt;, II, 4, 196 a 1-16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb58&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh58&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 58&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;58&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jacques Chevalier, &lt;i&gt;Histoire de la pens&#233;e, I (La pens&#233;e antique)&lt;/i&gt;. Paris : Flammarion, 1955. p. 115.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb59&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh59&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 59&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;59&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Diog&#232;ne La&#235;rce, &lt;i&gt;Vie des philosophes&lt;/i&gt;, IX, 40.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Charles Ramond, &#034;La question de l'origine chez Spinoza&#034;, &lt;i&gt;Les &#233;tudes philosophiques&lt;/i&gt;,P.U.F., oct-d&#233;c 1987, pp.439-461.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce texte est publi&#233; ici avec l'autorisation de son auteur, qui ajoute la remarque suivant :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Comme ce texte est tr&#232;s ancien, et que depuis j'ai consid&#233;rablement &#233;volu&#233; &#224; tout point de vue, je vous serais reconnaissant de renvoyer, sur mon nom ou par tout autre moyen, &#224; mon site actuel, dont vous&lt;br class='autobr' /&gt;
avez l'adresse ci-dessous, pour que les &#233;ventuels lecteurs de l'article &lt;br class='autobr' /&gt;
puissent se faire une id&#233;e de ma production actuelle.&#034;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://monsite.wanadoo.fr/charles_ramond/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La page personnelle de Charles Ramond&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Une philosophie de l'affirmation&#034;, par Toni Negri</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Une-philosophie-de-l-affirmation-par-Toni-Negri</link>
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		<dc:date>2004-05-05T17:15:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Quand, il y a une vingtaine d'ann&#233;es, je me remis &#224; travailler sur l'&#201;thique, qui avait &#233;t&#233; &#171; mon livre &#187; pendant l'adolescence, le climat th&#233;orique dans lequel je me retrouvai plong&#233; avait &#224; tel point chang&#233; qu'il &#233;tait difficile de comprendre si le Spinoza auquel j'avais affaire &#233;tait le m&#234;me que celui qui m'avait accompagn&#233; dans mes premi&#232;res &#233;tudes. Wolfson, et surtout Gueroult, avaient repris et approfondi les lectures philologiques - en particulier allemandes - qui avaient &#233;t&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Metaphysique-" rel="directory"&gt;M&#233;taphysique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand, il y a une vingtaine d'ann&#233;es, je me remis &#224; travailler sur &lt;i&gt;l'&#201;thique, &lt;/i&gt;qui avait &#233;t&#233; &#171; mon livre &#187; pendant l'adolescence, le climat th&#233;orique dans lequel je me retrouvai plong&#233; avait &#224; tel point chang&#233; qu'il &#233;tait difficile de comprendre si le Spinoza auquel j'avais affaire &#233;tait le m&#234;me que celui qui m'avait accompagn&#233; dans mes premi&#232;res &#233;tudes. Wolfson, et surtout Gueroult, avaient repris et approfondi les lectures philologiques - en particulier allemandes - qui avaient &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;es juste avant l'arriv&#233;e au pouvoir du nazisme. Et c'est sur la base de ce renouvellement philologique qu'est intervenue une nouvelle interpr&#233;tation ontologique : Gilles Deleuze et Alexandre Matheron en ont &#233;t&#233; les premiers et les plus puissants repr&#233;sentants. L'un comme l'autre publient leur Spinoza autour de 1968 : et l'un comme l'autre donnent &#224; respirer &#224; Spinoza l'air du temps. Depuis, les oeuvres et les courants spinozistes se sont encore multipli&#233;s, non seulement en France mais &#233;galement en Italie, en Espagne, en Am&#233;rique latine et aux Etats-Unis, dans le sillage de cette interpr&#233;tation innovatrice. Aujourd'hui, la philosophie de &lt;i&gt;l'&#201;thique, &lt;/i&gt;relue par Deleuze et Matheron, n'a jamais &#233;t&#233; aussi vivante : elle constitue l'un des rares refuges et points de rep&#232;res face &#224; la pens&#233;e post-moderne ; plus encore, elle l'affronte et la met en crise sur son propre terrain. Et c'est cette id&#233;e que j'aimerais d&#233;velopper dans cet article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demandons-nous pour commencer : en quoi consista la lecture de Spinoza &#224; la fin des ann&#233;es 60 ? Ce fut une lecture ax&#233;e sur cinq r&#233;visions de l'interpr&#233;tation traditionnelle - une interpr&#233;tation traditionnelle qui &#233;tait essentiellement fond&#233;e sur la lecture qu'avait faite le romantisme allemand de Spinoza, et sur la m&#233;taphysique a-cosmique qu'y avait d&#233;cel&#233;e de mani&#232;re d&#233;finitive Hegel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re de ces r&#233;visions concernait l'id&#233;e, ou plus pr&#233;cis&#233;ment l'exp&#233;rience de l'immanence. La nouvelle interpr&#233;tation d&#233;truisait l'id&#233;e d'une immanence con&#231;ue comme profondeur ; elle en donnait au contraire une lecture de surface. C'&#233;tait donc &#224; un dieu &#171; superficiel &#187; que se confrontait le destin de l'homme, un dieu qui constituait l'horizon immanent de la possibilit&#233;. On pouvait alors comprendre que la n&#233;cessit&#233; et la libert&#233; puissent co&#239;ncider, il suffisait pour cela de se mettre en situation, dans la mesure o&#249; la n&#233;cessit&#233; s'identifiait &#224; la libert&#233; de l'&#224;-venir. La d&#233;duction du monde &#224; laquelle se livrait Spinoza &#233;tait identique &#224; sa construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde r&#233;vision touchait alors logiquement la conception de la finalit&#233; : tout aussi bien la finalit&#233; que nous appelons rationnelle que le &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt; &#233;thique. Dans le premier cas, il s'agissait de lib&#233;rer le concept de tout pr&#233;suppos&#233; m&#233;taphysique, d'en faire donc un nom ou une notion commune dont le contenu r&#233;el allait de pair avec la facult&#233; qu'avait l'homme &#171; superficiel &#187; de mettre en oeuvre et/ou de construire de mani&#232;re commune. On se d&#233;barrassait par cons&#233;quent de tous les ordres pr&#233;constitu&#233;s par la rationalit&#233; id&#233;ale, et le concept &#233;tait &#224; penser en fonction du besoin humain de connaissance et d'organisation de l'univers. Dans cette perspective, le &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt; &#233;thique &#233;tait reconduit de la m&#234;me mani&#232;re au d&#233;veloppement de la vie d&#233;sirante. La passion agissait dans un contexte de causalit&#233; qui ne connaissait plus aucune ext&#233;riorit&#233; : l'acte &#233;tait dans la puissance, tout comme la puissance &#233;tait dans l'acte, parce que l'un comme l'autre identifiaient la position absolue de l'existant sur fond d'immanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me r&#233;vision &#233;tait politique. Les transcendantaux politiques, qu'ils soient expos&#233;s selon la th&#233;orie aristot&#233;licienne de la transcendance des arch&#233;types de gouvernement (l'un, les holigarches, le multiple) ou bien selon la pr&#233;tention hobbesienne d'affirmer la n&#233;cessaire hypostase transcendantale de l'autorit&#233; (la souverainet&#233;), &#233;taient d&#233;sormais dissous si on les regardait du point de vue de l'immanence absolue. Si l'on pouvait encore parler de pouvoir souverain, celui-ci n'&#233;tait susceptible de se pr&#233;senter que comme d&#233;mocratie de la multitude, c'est-&#224;-dire comme un autogouvernement absolu de l'ensemble des individus qui &#233;taient conduits, dans le mouvement m&#234;me de leur d&#233;sir, &#224; la constitution du commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me r&#233;vision &#233;tait m&#233;taphysique et th&#233;ologique. Une sorte d'humanisme int&#233;gral ou, mieux, une sorte d'&#233;cosophie cosmique ramenaient le sens de l'&#233;ternel &#224; l'horizon du monde. Dans l'infinie richesse des articulations constitutives du monde, il n'y avait plus de place pour un avant ni pour un apr&#232;s, pour une divinit&#233; transcendante ou pour un r&#232;gne des fins susceptibles de se poser en dehors de l'exp&#233;rience cr&#233;ative de l'existant. Cette voie intramondaine de l'exp&#233;rience cr&#233;ative &#233;tait au contraire &#233;ternelle. C'&#233;tait une exp&#233;rience de libert&#233;. Dans cette perspective, la g&#233;n&#233;alogie s'imposait contre toutes les th&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l&#224; d&#233;coulait la cinqui&#232;me et derni&#232;re r&#233;vision, qui touchait l'id&#233;e de mat&#233;rialisme. La mati&#232;re cessait d'&#234;tre le concept d'un contexte, l'enveloppe du mouvement de l'univers. C'&#233;tait au contraire le processus constitutif du d&#233;sir lui-m&#234;me, la consistance du mouvement qui affectait une totalit&#233; changeante et toujours ouverte. La mati&#232;re &#233;tait consid&#233;r&#233;e &#171; par le bas &#187;, &#224; l'int&#233;rieur du mouvement cr&#233;atif qui constituait le monde, et donc comme le tissu m&#234;me des transformations du monde. Le m&#233;canisme classique se transformait ainsi, pris qu'il &#233;tait dans la g&#233;n&#233;alogie mat&#233;rialiste spinoziste, en une conception m&#233;tamorphique de l'univers. Et c'est en cela que l'ontologie spinoziste de l'exp&#233;rience atteignait son point d'ach&#232;vement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Spinoza, &#224; travers les lectures de Deleuze et de Matheron, nous proposait donc une nouvelle ontologie. Ces lectures reconstruisaient une ontologie qui attribuait &#224; Spinoza, philosophe du moderne, le d&#233;passement - au sein m&#234;me des al&#233;as m&#233;taphysiques de la modernit&#233; - de toutes les caract&#233;ristiques essentielles qui la distinguaient : une ontologie de l'immanence qui d&#233;truisait jusqu'&#224; la plus infime apparence de transcendantalisme, une ontologie de l'exp&#233;rience qui refusait le ph&#233;nom&#233;nisme, une ontologie de la multitude qui sapait l'imm&#233;morable th&#233;orie des formes de gouvernement dans la mesure o&#249; celles-ci &#233;taient enracin&#233;es dans la sacralit&#233; d'une &lt;i&gt;arch&#233;&lt;/i&gt; (principe et commandement), une ontologie g&#233;n&#233;alogique qui rapportait la responsabilit&#233; &#233;thique et cognitive qu'avait le monde &#224; un e faire &#187; humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je me retrouvai, dans la seconde moiti&#233; des ann&#233;es 70, &#224; relire les ouvrages fondateurs de la r&#233;interpr&#233;tation de Spinoza (et &#224; en d&#233;velopper les hypoth&#232;ses, en particulier sur le terrain politique), je croyais sinc&#232;rement que je me comportais comme un historien de la philosophie. Et c'est pour cette raison que je pensais que l'anomalie spinoziste pouvait nous apprendre &#224; creuser un foss&#233; entre les philosophies du pouvoir et celles de la subversion &#224; notre &#233;poque. Je voyais donc se cristalliser autour de Spinoza une &lt;&lt; autre tradition &#187; au sein de la pens&#233;e philosophique une tradition qui courait de Machiavel &#224; Marx, et s'opposait &#224; la ligne souveraine Hobbes-Rousseau-Hegel. Tout cela &#233;tait - et demeure - valable : cette hypoth&#232;se de travail a &#233;t&#233; confirm&#233;e par d'autres recherches dans les ann&#233;es qui ont suivi. Mais ce &#224; quoi je n'avais pas song&#233; alors, c'&#233;tait &#224; quel point cette nouvelle lecture de Spinoza que nous menions allait &#234;tre utile et importante afin de pouvoir opposer, aujourd'hui, une ontologie positive, une philosophie de l'affirmation (de l'exp&#233;rience et de l'existence) aux nouvelles ph&#233;nom&#233;nologies &#171; molles &#187; du post-moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux dire par l&#224; que si l'on chaussait les lunettes de ce nouveau Spinoza, il devenait imm&#233;diatement possible de construire une digue contre les documentations qui portaient sur l'existant et contre les inf&#233;rences ontologiques qui caract&#233;risent les philosophies du post-moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces philosophies sont en effet superficielles et font du monde une sc&#232;ne o&#249; dansent, avec une &#233;vanescente l&#233;g&#232;ret&#233;, des formes impr&#233;cises. La d&#233;ontologisation post-moderne de la surface tente de vider le champ de l'exp&#233;rience de toute sa consistance et de toute son intensit&#233;. Ces philosophies nous introduisent donc &#224; une r&#233;alit&#233; aussi spectrale qu'insens&#233;e, aussi spectaculaire que vide. C'est une perception de la surface qui singe la critique spinoziste de la transcendance, la rude affirmation du caract&#232;re absolu de l'horizon de l'exp&#233;rience, et qui cherche &#224; enlever &#224; l'immanence sa &#171; duret&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc de philosophies qui, acceptant la critique radicale que fait Spinoza de la th&#233;ologie et, d&#233;clarant par l&#224;-m&#234;me la fin de toutes les id&#233;ologies, prennent cette critique pour un refus de la v&#233;rit&#233; ou du &lt;i&gt;telos&lt;/i&gt; que la praxis humaine construit, et nient au commun la possibilit&#233; de s'&#233;difier pragmatiquement comme tel. Ce que l'on appelle la &#171; fin de l'histoire &#187; s'installe alors comme une figure-ma&#238;tresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en outre de philosophies pragmatiques qui acceptent la critique spinoziste de l'autorit&#233; de l'absolutisme transcendantal, mais en r&#233;introduisent pourtant, par derri&#232;re, l'image : une image aussi d&#233;valoris&#233;e que f&#233;roce (dans son indistinction), dans la mesure o&#249; - c'est tout au moins ce que ces philosophies pr&#233;tendent - il n'est pas possible d'accorder &#224; la praxis de la multitude une efficacit&#233; constitutive, tout comme il n'est pas possible d'accorder au d&#233;sir une effectivit&#233; commune de lib&#233;ration. De l&#224; une sorte de &#171; libertinage &#187; dans l'&#233;valuation des formes politiques &#224; travers lesquelles se donnent les mouvements de la multitude, et une conception ironique de la d&#233;mocratie (&lt;&lt; qui est toujours mieux que la philosophie &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit enfin de philosophies qui poussent l'immanentisation spinoziste du vrai et le brutal caract&#232;re destinal de la constitution commune de l'&#234;tre vers une d&#233;termination n&#233;gative : un &#234;tre ou une existence qui sont certes consistants, mais seulement au sens d'une n&#233;gativit&#233; ontologique radicale. Ici, la passion ne se conjugue pas avec le d&#233;sir mais implose - signe de la corruption du temps pr&#233;sent. Et la r&#233;sistance de chacun devient si fine et si fragile qu'elle finit par jouer la fonction d'un mythe n&#233;gatif, sur le bord extr&#234;me d'un t&#233;moignage r&#233;duit &#224; n'&#234;tre plus qu'une larve de subjectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc affaire &#224; un mat&#233;rialisme qui, loin de penser la m&#233;tamorphose comme tissu de la transformation technologique du monde et fondement d'une nouvelle singularisation, ne pose la permanence consistante de l'existence que dans le chaos des nouvelles formes et dans les ombres de la marge. Les nouveaux r&#233;seaux du savoir et de la praxis semblent d&#232;s lors avoir abandonn&#233; tout caract&#232;re anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut certes dire que la philosophie du post-moderne (de Lyotard &#224; Baudrillard, de Rorty &#224; Vattimo, de Virilio &#224; Bruno Latour, pour ne citer qu'eux) ne per&#231;oive pas les qualit&#233;s essentielles de la ph&#233;nom&#233;nologie de notre &#233;poque. Mais toutes ses versions nous pr&#233;sentent, en m&#234;me temps que le r&#233;cit sacrosaint de la fin du transcendantalisme, un spectacle insens&#233; de ce qui reste apr&#232;s la mort de celui-ci. Il s'agit l&#224; d'une sorte d'apologie de la r&#233;signation, d'un d&#233;sengagement mi-amus&#233; mi-pitoyable, qui s'installe sur le bord d'une position cynique. Une ontologie cynique ? Peut-&#234;tre. Et l&#224; o&#249; on lui oppose une certaine r&#233;sistance, celle-ci s'impose pourtant sous le nouveau masque d'une conception triomphale du pouvoir et de son arrogance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se trouve pourtant face &#224; une pens&#233;e mortifiante, &#224; laquelle il est facile de r&#233;sister si on lui oppose l'autre Spinoza, le n&#244;tre. Alors, au contraire, l'&#234;tre immanent exprime la cr&#233;ativit&#233; et les joies essentielles de l'existence. La conception affirmative de l'&#234;tre ne d&#233;ploie pas d'horizons illusoires mais fait preuve d'une confiance tranquille en l'avenir qui repose sur l'&#233;ternit&#233;. Les lunettes de Spinoza contemplent le monde avec la s&#233;r&#233;nit&#233; que le d&#233;sir de l'&#233;ternel fait na&#238;tre dans l'&#226;me de chaque &#234;tre vivant. La puissance du d&#233;sir joue contre un pouvoir qui fixe la vie comme si elle &#233;tait une apparence spectaculaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je veux enfin dire que la red&#233;couverte de Spinoza que nous devons &#224; Deleuze et &#224; Matheron nous permet de vivre &#171; ce &#187; monde, c'est-&#224;-dire pr&#233;cis&#233;ment celui de la &#171; fin des id&#233;ologies &#187; et de la &#171; fin de l'histoire &#187;, comme un monde &#224; reconstruire. Elle nous montre que la consistance ontologique des individus et de la multitude permet de regarder devant nous, vers l'avant, chaque fois que la vie singuli&#232;re en tant qu'acte de r&#233;sistance et de cr&#233;ation &#233;merge. Et si les philosophes n'aiment pas le mot &#171; amour &#187;, et si les post-modernes le d&#233;clinent suivant l'id&#233;e d'un d&#233;sir fan&#233;, nous qui avons relu &lt;i&gt;l'&#201;thique, &lt;/i&gt;nous, le parti des spinozistes, nous osons sans fausse pudeur parler d'amour comme de la passion la plus forte, une passion qui cr&#233;e l'existence commune et d&#233;truit le monde du pouvoir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Traduit de l'italien par Judith Revel&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;Magazine litt&#233;raire&lt;/strong&gt;, novembre 1998, n&#176;370, pp.53-55&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>&#034;Le devenir actif chez Spinoza&#034;, par Pascal S&#233;verac</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;verac, Pascal</dc:creator>



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&lt;p&gt;La question du devenir actif chez Spinoza se trouve confront&#233;e &#224; deux probl&#232;mes connexes. D'une part, comment, dans une ontologie d&#233;terministe, o&#249; chaque mode fini est d&#233;termin&#233; &#224; exister et &#224; op&#233;rer par un autre mode fini, concevoir la possibilit&#233; de l'activit&#233; modale ? Si tout mode fini est chose contrainte, comment peut-il devenir la cause ad&#233;quate ou totale de ses effets ? D'autre part, pourquoi, dans une philosophie de l'immanence, o&#249; le bien ne vaut que par son utilit&#233; pour celui qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Metaphysique-" rel="directory"&gt;M&#233;taphysique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question du devenir actif chez Spinoza se trouve confront&#233;e &#224; deux probl&#232;mes connexes. D'une part, comment, dans une ontologie d&#233;terministe, o&#249; chaque mode fini est d&#233;termin&#233; &#224; exister et &#224; op&#233;rer par un autre mode fini, concevoir la possibilit&#233; de l'activit&#233; modale ? Si tout mode fini est chose contrainte, comment peut-il devenir la cause ad&#233;quate ou totale de ses effets ? D'autre part, pourquoi, dans une philosophie de l'immanence, o&#249; le bien ne vaut que par son utilit&#233; pour celui qui en jouit, s'efforcer de passer de la passivit&#233; &#224; l'activit&#233; ? La passivit&#233; est-elle n&#233;cessairement triste ? Ne peut-elle, par elle-m&#234;me, suffire &#224; notre bonheur ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour traiter ces probl&#232;mes, il faut s'interroger sur ce que signifie cette &lt;i&gt;impuissance&lt;/i&gt; qui caract&#233;rise la passivit&#233; de tout mode fini, &#224; commencer par l'esprit et le corps humains. D'abord, la question se pose de savoir comment comprendre cette n&#233;gation de puissance au plan ontologique : dans la mesure o&#249; l'homme est une modification pr&#233;cise et d&#233;termin&#233;e de Dieu, et o&#249; Dieu est la puissance absolument infinie et agissante, l'&#234;tre du mode, m&#234;me fini, peut-il &#234;tre appr&#233;hend&#233; autrement que comme pure positivit&#233; ? Si notre essence est puissance d'agir, l'impuissance qui d&#233;finit notre passivit&#233; est-elle pour nous autre chose qu'une d&#233;nomination extrins&#232;que ? D&#232;s lors la question se pose - au niveau existentiel - de savoir si cette impuissance est ressentie comme telle lorsque nous sommes passifs, c'est-&#224;-dire conduits par les causes ext&#233;rieures : y a-t-il pour nous une fonci&#232;re insatisfaction &#224; &#234;tre passifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'activit&#233; certes ne saurait relever que du d&#233;sir et de la joie, puisqu'aucun effet s'expliquant &#224; travers notre seule nature ne peut nous &#234;tre contraire. Mais la passivit&#233;, quant &#224; elle, ne saurait se r&#233;duire &#224; la seule tristesse ; bien au contraire, elle est souvent joyeuse, et s'accompagne par cons&#233;quent de satisfaction (&lt;i&gt;acquiescentia&lt;/i&gt;). Comment d&#232;s lors concevoir la n&#233;cessit&#233; &#233;thique du passage de la passivit&#233; &#224; l'activit&#233; ? La question de la &lt;i&gt;passivit&#233; joyeuse&lt;/i&gt; permet de poser le probl&#232;me dans sa dimension la plus paradoxale : en tant que joie, elle est augmentation de notre puissance d'agir ; en tant que passivit&#233;, elle est n&#233;gation de cette m&#234;me puissance. Comment le comprendre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu dire, pour rendre compte de cette n&#233;gation de puissance qui fait notre passivit&#233; (triste ou joyeuse), que l'homme passif est un homme &lt;i&gt;s&#233;par&#233;&lt;/i&gt; de ce qu'il peut (G. Deleuze), &lt;i&gt;ali&#233;n&#233;&lt;/i&gt; au sens non seulement de d&#233;pendant des causes ext&#233;rieures, mais aussi d'&#233;tranger &#224; lui-m&#234;me (A. Matheron). L'homme vivant en r&#233;gime de passivit&#233; serait un &#234;tre dont l'existence n'est pas en accord avec l'essence : un &#234;tre qui ne r&#233;aliserait pas pour lui-m&#234;me toute la puissance qui le d&#233;finit en lui-m&#234;me. Ainsi, penser le passage de la passivit&#233; &#224; l'activit&#233; signifierait penser le passage de l'en soi au pour soi de la puissance : ce serait penser que la puissance, telle qu'elle est en elle-m&#234;me, n'acc&#232;de progressivement &#224; la pleine et enti&#232;re activit&#233; que lorsqu'elle devient puissance pour elle-m&#234;me.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;En somme, le passage de la passivit&#233; &#224; l'activit&#233; devrait &#234;tre lu comme le passage d'une puissance s&#233;par&#233;e de ce qu'elle peut &#224; une puissance ma&#238;tresse d'elle-m&#234;me : devenir actif, ce serait prendre possession de sa puissance, avoir la puissance de sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, il faut se demander si nous devons v&#233;ritablement concevoir, &#224; l'int&#233;rieur de la puissance humaine, une &lt;i&gt;b&#233;ance&lt;/i&gt; ou une &lt;i&gt;scission&lt;/i&gt; pour penser la passivit&#233;, et la n&#233;cessit&#233; &#233;thique du devenir actif : une telle interpr&#233;tation ne revient-elle pas fondamentalement &#224; r&#233;introduire, au c&#339;ur du mode, la transcendance, la finalit&#233; et la potentialit&#233; qui ont pourtant &#233;t&#233; cong&#233;di&#233;es par l'ontologie spinoziste et son corr&#233;lat, la morale du jugement ? Si la puissance essentielle d&#233;signe l'horizon duquel, dans la vie passive, la puissance existentielle est s&#233;par&#233;e, alors le devoir-&#234;tre n'est plus ext&#233;rieur mais int&#233;rieur au mode : &#224; la limite, il peut m&#234;me &#234;tre per&#231;u comme la fin toujours-d&#233;j&#224;-l&#224; &#224; laquelle est convoqu&#233;e l'existence qui, dans la passivit&#233;, est &#224; peine capable d'entendre l'appel. L'essence humaine serait d&#233;sir parce que l'individu passif, &#233;loign&#233; de son degr&#233; maximum de puissance, s'efforcerait de le rejoindre. Le &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; aurait pour &#034; projet &#034; le plein et entier accomplissement de tout ce qu'il peut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se de notre travail est d&#232;s lors la suivante : penser la n&#233;cessit&#233; du devenir actif en allant, autant que nous le pouvons, jusqu'au bout de l'id&#233;e que chez Spinoza nul n'est jamais s&#233;par&#233; de ce qu'il peut. L'homme est toujours aussi parfait qu'il peut l'&#234;tre ; sa puissance d'agir est en elle-m&#234;me tout ce qu'elle est pour elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous d&#233;veloppons cette th&#232;se en six chapitres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier chapitre, nous examinons, en la confrontant aux conceptions aristot&#233;licienne, leibnizienne et cart&#233;sienne, la conception spinoziste du rapport entre la puissance et l'agir de Dieu, et mettons en valeur l'id&#233;e, chez Spinoza, d'un &#034; &#233;puisement &#034; de la puissance divine dans son agir : bien loin que cet &#233;puisement signifie un appauvrissement de la puissance, il explique au contraire la productivit&#233; totalement agissante de toute essence, divine ou modale. Sont alors &#233;lucid&#233;s les rapports entre essence et existence modales : celles-ci ne sauraient constituer deux mondes fig&#233;s et hi&#233;rarchis&#233;s. Certes, l'&#233;tat d'existence du mode fini, c'est-&#224;-dire le fait qu'il commence et continue &#224; exister un certain temps, se comprend &#224; partir de la s&#233;rie infinie des causes finies. Mais cet &#233;tat d'existence implique en lui-m&#234;me un acte d'exister, c'est-&#224;-dire une force d'exister qui fait l'essence du mode : essence et existence, dans le mode, peuvent &#234;tre distingu&#233;es ; cette distinction ne signifie pas pour autant que le mode, dans son existence, puisse &#234;tre s&#233;par&#233; de son essence. Dans cette perspective, est &#233;tudi&#233;e la d&#233;finition de l'agir et du p&#226;tir humains (E, III, d&#233;f. 2) : en insistant sur le fait que la passivit&#233; rel&#232;ve encore d'une effectivit&#233; r&#233;elle, quoique partielle, nous soulignons l'originalit&#233; de la conception spinoziste de l'action et de la passion modales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la puissance d'agir de l'homme est sans reste, sans r&#233;serve, comment alors penser la possibilit&#233; de son devenir actif : comment, dans une ontologie &#034; pleine &#034;, sans arri&#232;re-fond de puissance inactualis&#233;e, envisager le passage de la passivit&#233; &#224; l'activit&#233; ? C'est &#224; ce probl&#232;me qu'est consacr&#233; notre deuxi&#232;me chapitre, qui montre notamment que la contrainte entre les modes finis ne constitue pas un obstacle &#224; leur devenir actif : au contrainte, elle est le milieu dans lequel agit leur communaut&#233;, universelle ou propre. Sont consid&#233;r&#233;s alors les niveaux de convenance existant entre les modes, &#224; partir desquels se comprend la constitution de l'activit&#233; humaine rationnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, dans la mesure o&#249; cette activit&#233; de l'esprit humain ne peut &#234;tre pleinement appr&#233;hend&#233;e qu'&#224; travers la consid&#233;ration de l'activit&#233; de son objet - le corps -, est alors travaill&#233;e la question du devenir actif proprement corporel. A cette fin, notre troisi&#232;me chapitre d&#233;finit d'abord ce qu'il faut entendre par &#034; aptitude &#034; &#224; &#234;tre affect&#233; et &#224; affecter, en rapport avec la question de l'activit&#233; r&#233;elle (ou potentielle) des propri&#233;t&#233;s du corps humain. Il distingue ensuite entre la dimension physique et la dimension affective du corps, pour montrer que c'est &#224; cette derni&#232;re qu'est pos&#233;e la question &#233;thique du passage de la passivit&#233; &#224; l'activit&#233;. Nous interrogeons alors certaines interpr&#233;tations de l'activit&#233; corporelle (W. Bartuschat, A. Matheron) et montrons en quoi l'aptitude du corps &#224; &lt;i&gt;&#234;tre affect&#233;&lt;/i&gt; d'une &lt;i&gt;multiplicit&#233;&lt;/i&gt; de fa&#231;ons &#224; la fois est constitutive du devenir actif du corps affectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes alors conduit, dans un quatri&#232;me chapitre consacr&#233; &#224; ce que nous pouvons appeler une &#034; th&#233;orie de l'occupation de l'esprit &#034;, &#224; distinguer entre d'une part la pens&#233;e plurielle simultan&#233;e, qui d&#233;finit l'activit&#233; mentale de compr&#233;hension des rapports entre les choses, et d'autre part la pens&#233;e fixe obsessionnelle, qui d&#233;finit la passivit&#233; mentale par excellence. A partir d'une analyse du prologue du TRE, nous montrons comment le concept de &#034; distraction &#034; permet &#224; Spinoza, selon nous, de penser un &lt;i&gt;emp&#234;chement&lt;/i&gt; d'agir qui n'est pas ressenti comme tel : les hommes sont distraits par la recherche des biens ordinaires (honneurs, argent, plaisirs), qu'ils se repr&#233;sentent comme souverains biens. A la lumi&#232;re de cette analyse, se comprend alors la n&#233;gation de puissance propre &#224; la passivit&#233; joyeuse : nos amours ordinaires sont des amours qui nous distraient, et cette distraction, bien loin de nous faire consid&#233;rer notre malheur, nous jette la plupart du temps dans les comportements les plus destructeurs. Cette passivit&#233; de la distraction peut alors &#234;tre rapport&#233;e &#224; la figure, pr&#233;sente dans l'&lt;i&gt;Ethique&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;admiration&lt;/i&gt;. A travers une confrontation des conceptions cart&#233;sienne et spinoziste de l'admiration, nous montrons que celle-ci ne saurait constituer chez Spinoza la passion de notre souverain bien : l'admiration n'est pas une affect pour Spinoza, car il n'existe rien qui soit hors du commun et qui nous affecterait. L'admiration est une figure de la passivit&#233; sans &#234;tre une figure de l'affectivit&#233; : elle est la figure de la passivit&#233; par excellence. Nous examinons alors quels en sont les effets cognitifs, notamment dans la gen&#232;se des notions universelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre chapitre V approfondit ensuite les cons&#233;quences de l'admiration sur l'affectivit&#233; passionnelle, et se demande dans quelle mesure un d&#233;sir d'activit&#233; peut na&#238;tre au sein m&#234;me de cette passivit&#233;. Ce d&#233;sir ne peut &#234;tre compris qu'en rapport avec la constitution d'un &#034; mod&#232;le de la nature humaine &#034;, qui nous d&#233;termine &#224; penser la double dimension de la raison : prescriptive et explicative. Un tel mod&#232;le permet, d'une part, de d&#233;finir en quel sens nous pouvons &#234;tre dits s&#233;par&#233;s de notre essence : ce n'est que par rapport &#224; une norme ext&#233;rieure de perfection, explicitement d&#233;finie comme telle, que nous pouvons nous consid&#233;rer comme en de&#231;&#224; de notre puissance. Cette norme ext&#233;rieure permet d'autre part de dresser le portrait de l'ennemi que doit combattre tout d&#233;sir d'activit&#233; : &#224; savoir &#034; l'affect qui adh&#232;re tenacement &#034;, c'est-&#224;-dire l'affectivit&#233; passionnelle poss&#233;dant la structure m&#234;me de la distraction mentale. Une telle affectivit&#233; &#233;quivaut en effet &#224; un investissement total de la puissance corporelle et mentale dans une id&#233;e et une image singuli&#232;res, de telle sorte que toutes les actions psycho-physiques de l'homme sont surpass&#233;es. Dans le langage de Canguilhem, dont nous montrons la proximit&#233; avec la pens&#233;e de Spinoza, nous pouvons dire que c'est la normativit&#233; du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; qui est r&#233;duite : la passivit&#233; n'est pas absence de normes, mais polarisation de l'effort de vie selon certaines normes affectives qui absorbent, sans que nous ne le ressentions, notre puissance d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lutter contre l'affectivit&#233; passionnelle contraire &#224; notre nature, il faut donc entreprendre de d&#233;truire l'imaginaire admiratif qui la constitue. Le premier moment de notre sixi&#232;me et dernier chapitre d&#233;veloppe alors ce qu'il en est de la puissance - et de l'impuissance - de la Raison dans cette lutte contre les passions : comment devons-nous comprendre l'intelligence de notre propre affectivit&#233; ? Comment passer de nos amours passives &#224; l'amour actif de Dieu ? L'enjeu est de r&#233;former l'imagination, en rationalisant l'imaginaire et en imaginant le rationnel. A l'imagination obsessionnelle des biens ordinaires se substitue une nouvelle occupation de l'esprit : une occupation par l'id&#233;e ad&#233;quate de Dieu, qui n'&#233;quivaut plus &#224; une distraction, mais &#224; une compr&#233;hension de la communaut&#233; agissante et n&#233;cessaire constitutive de notre affectivit&#233;. Le second moment de notre dernier chapitre se confronte alors au probl&#232;me non plus de notre activit&#233; &lt;i&gt;dans &lt;/i&gt;la passivit&#233;, mais de notre activit&#233; &#233;ternelle. Il montre que lorsque nous nous connaissons intuitivement, nous et les autres, nous ne pouvons plus nous penser comme finis : nous nous comprenons, nous avec les autres, comme unis &#224; Dieu de telle sorte que notre &#234;tre est appr&#233;hend&#233; comme pure positivit&#233;. La pratique affective d'une telle connaissance est un amour &#233;ternel : la b&#233;atitude. Mais alors se pose la question de savoir comment comprendre que nous puissions vraiment na&#238;tre &#224; la b&#233;atitude ? Comment ne pas penser que la perfection de notre b&#233;atitude, si elle est &#233;ternelle, est toujours d&#233;j&#224; pr&#233;sente &#224; m&#234;me notre existence dans la dur&#233;e ? Avec la question du &lt;i&gt;devenir actif &#233;ternel&lt;/i&gt;, se pose ainsi, de la mani&#232;re la plus aigu&#235; qui soit, le probl&#232;me qui travaille notre th&#232;se : pouvons-nous v&#233;ritablement faire l'&#233;conomie de la distinction entre d'une part ce que nous sommes ici et maintenant, et d'autre part ce que nous pouvons &#233;ternellement, si nous voulons comprendre l'acc&#232;s &#224; notre activit&#233; &#233;ternelle ? Nous montrons que le devenir actif, d&#232;s lors qu'il se pense en termes d'&#233;ternit&#233;, ne peut en fait que relever de la fiction. Mais cette fiction, bien loin de signer la fausset&#233; d'un tel devenir, est en v&#233;rit&#233; ce qui l'accomplit r&#233;ellement : la fiction du devenir actif &#233;ternel engendre effectivement ce qui &#034; apr&#232;s coup &#034; ne peut plus &#234;tre pens&#233; comme devenir. L'effort supr&#234;me pour devenir actif r&#233;alise une activit&#233; &#233;ternelle qui ne peut plus &#234;tre con&#231;ue en termes d'effort : l'activit&#233; en devenir se r&#233;alise, &#224; travers la fiction, dans l'affirmation &#233;ternelle d'une activit&#233; &#034; en repos &#034; - &lt;i&gt;acquiescentia in se ipso&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;http://www.ens-lsh.fr/labo/cerphi/theses/severac.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.ens-lsh.fr/labo/cerphi/t...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>&#034;N&#233;cessit&#233; et libert&#233; chez Spinoza : quelques alternatives&#034;, par Toni Negri</title>
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		<dc:date>2004-05-02T10:47:13Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Negri, Toni</dc:creator>



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&lt;p&gt;I. &lt;br class='autobr' /&gt;
Je chercherai &#224; montrer ici l'extr&#234;me complexit&#233; de l'&#201;thique de Spinoza, et tout particuli&#232;rement lorsqu'il aborde le th&#232;me de la n&#233;cessit&#233; et de la libert&#233;. Telle est la raison pour laquelle sa d&#233;marche &#171; g&#233;om&#233;trique &#187; a souvent produit la plus grande confusion, tout particuli&#232;rement sur ce point. Hegel par exemple, apr&#232;s une lecture h&#226;tive et peut-&#234;tre limit&#233;e au d&#233;but de l'&#201;thique, put dire ainsi que le spinozisme &#233;tait du d&#233;terminisme (d&#233;terminisme, ajouta-t-il, bien vite (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Metaphysique-" rel="directory"&gt;M&#233;taphysique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je chercherai &#224; montrer ici&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sans ajouter grand chose &#224; ce que j'ai pu &#233;crire sur Spinoza de 1981 &#224; 1998, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'extr&#234;me complexit&#233; de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;de Spinoza, et tout particuli&#232;rement lorsqu'il aborde le th&#232;me de la n&#233;cessit&#233; et de la libert&#233;. Telle est la raison pour laquelle sa d&#233;marche &#171; g&#233;om&#233;trique &#187; a souvent produit la plus grande confusion, tout particuli&#232;rement sur ce point. Hegel par exemple, apr&#232;s une lecture h&#226;tive et peut-&#234;tre limit&#233;e au d&#233;but de l'&lt;i&gt;&#201;thique, &lt;/i&gt;put dire ainsi que le spinozisme &#233;tait du d&#233;terminisme (d&#233;terminisme, ajouta-t-il, bien vite transfigur&#233; en acosmisme). Si Hegel avait poursuivi sa lecture (et n'avait pas &#233;t&#233; &#224; ce point conditionn&#233; par ses pr&#233;suppos&#233;s, par sa fa&#231;on de philosopher &#171; dans &#187; le spinozisme pratiqu&#233; depuis une trentaine d'ann&#233;es)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que Hegel a lu de Spinoza (et le milieu culturel dans lequel il l'a fait) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, il aurait sans doute pu r&#233;aliser que sur la n&#233;cessit&#233; et sur la libert&#233;, on retrouve dans l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;les m&#234;mes mouvements, parfois contradictoires et parfois convergents, que ceux rencontr&#233;s dans la tradition mat&#233;rialiste &#224; propos des autres cat&#233;gories ontologiques et &#233;thiques. Au moins deux lignes directrices coexistent ainsi dans le mat&#233;rialisme : l'une exaltant le monde dans son effectivit&#233; compacte, l'autre faisant de la libert&#233; le t&#233;moin, efficient et immanent, de la transformation du r&#233;el. Proc&#233;dant au-del&#224; du point o&#249; s'&#233;tait arr&#234;t&#233;e l'impatience h&#233;g&#233;lienne, le lecteur de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;pourra alors saisir le discours spinoziste dans son dispositif &#233;minent, celui de la deuxi&#232;me tendance ; et r&#233;aliser par l&#224; que la libert&#233; (confondue, au d&#233;but de l'&lt;i&gt;&#201;thique, &lt;/i&gt;avec la contingence, et partant r&#233;sorb&#233;e de force dans la n&#233;cessit&#233;), finit par conqu&#233;rir une puissance ontologique constituante au cours du d&#233;ploiement &#171; prolixe &#187; de l'&#339;uvre. Ce n'est plus la libert&#233;, mais seulement la contingence qui est alors domin&#233;e par la n&#233;cessit&#233; : et cette derni&#232;re (ce donn&#233; r&#233;el et n&#233;cessaire) est au contraire investie par la libert&#233;, elle se configure comme l'horizon en acte de l'innovation du monde. C'est le r&#233;el lui m&#234;me, c'est la pure immanence absolue qui s'affirme dans sa pr&#233;sence intempestive, qui se forme et se constitue &#233;thiquement.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze, Spinoza et le probl&#232;me de l'expression, Paris, &#233;d. de Minuit, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Partons donc (bri&#232;vement), du commencement de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, et posons-nous la plus simple des questions : qu'en est-il ici de la libert&#233; de la volont&#233; ? Telle est pr&#233;cis&#233;ment la question pos&#233;e par Spinoza dans le Livre I, Proposition 30&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#201;thique sera cit&#233;e dans la traduction Appuhn, parfois modifi&#233;e (note du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et suivantes. &#171; La libert&#233; ne peut &#234;tre appel&#233;e cause libre, mais seulement cause n&#233;cessaire &#187; (Proposition 32). Dans les Corollaires I et II de cette Proposition, la non-libert&#233; de la volont&#233; est certifi&#233;e, en l'homme et - chose bien plus importante - en Dieu, par le fait que l'on ne peut penser la volont&#233; comme absolue si on la pense comme libre : si en effet elle &#233;tait libre, son efficace se diluerait dans l'encha&#238;nement infini des causes, et finirait par s'y perdre. Tout au contraire, &#171; les choses n'ont pu &#234;tre produites par Dieu d'aucune mani&#232;re autre et aucun ordre autre, que de la mani&#232;re et dans l'ordre o&#249; elles ont &#233;t&#233; produites &#187;. Et l'Appendice du Livre I conclut le raisonnement : &#171; J'ai expliqu&#233; dans ce qui pr&#233;c&#232;de la nature de Dieu et ses propri&#233;t&#233;s, savoir, qu'il existe n&#233;cessairement ; qu'il est unique, qu'il est et agit par la seule n&#233;cessit&#233; de sa nature... ; enfin que tout a &#233;t&#233; pr&#233;d&#233;termin&#233; par Dieu, non certes par la libert&#233; de la volont&#233;, autrement dit par un bon plaisir absolu, mais par la nature absolue de Dieu, c'est-&#224;-dire sa puissance infinie &#187;. Le d&#233;terminisme se pr&#233;sente donc ici comme pr&#233;suppos&#233;, et la libert&#233; de la volont&#233; est comprim&#233;e dans la n&#233;cessit&#233; de la substance divine. Partout, la nature divine absolue exprime sa puissance, ou encore sa cause infinie : de fait, &#171; Dieu est cause immanente, mais non transitive, de toutes choses &#187; (Livre I, Proposition 18)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La m&#234;me id&#233;e est d&#233;j&#224; exprim&#233;e dans le Corollaire II et dans le Scolie de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au terme de cette r&#233;flexion, la libert&#233; appara&#238;t comme l'illusion d'&#234;tre libre, car les hommes, s'ils sont conscients de leurs actions, &#171; sont ignorants des causes par o&#249; ils sont d&#233;termin&#233;s ; ce qui constitue donc leur id&#233;e de la libert&#233;, c'est qu'ils ne connaissent aucune cause de leurs actions &#187; (Livre II, Proposition 35, Scolie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme de ce premier &#233;pisode, Hegel aurait donc raison. Mais c'est justement ici que le cadre du d&#233;terminisme commence &#224; &#234;tre bouscul&#233;, et que Hegel commence &#224; ne plus avoir raison. Si la libert&#233; est une illusion, il s'agit en effet de comprendre s'il existe une voie permettant de d&#233;passer l'illusion et de parvenir au c&#339;ur de la v&#233;rit&#233; : et par l&#224; de donner un sens nouveau &#224; la libert&#233;. Il n'est pas rare de voir le philosophe panth&#233;iste se poser cette question. Et la chose advient ici avec une force impressionnante : le panth&#233;isme perd toute dimension catatonique, et le mat&#233;rialisme spinoziste, &#171; prudent &#187; mais non moins puissant, &#233;merge au grand jour. Premier geste de respiration ? Peut-&#234;tre. Mais venons-en au fait. C'est entre les Propositions 41 et 49 du Livre II de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;qu'un premier passage s'effectue. Le raisonnement est simple : lorsque nous saisissons des id&#233;es ad&#233;quates, c'est-&#224;-dire exprimant le vrai, la raison per&#231;oit l'&#234;tre selon &#171; un certain aspect d'&#233;ternit&#233; &#187;. Ici, &#171; la volont&#233; et l'entendement sont une seule et m&#234;me chose &#187; (Livre II, Proposition 49, Corollaire) : autrement dit, la volont&#233; se r&#233;installe sur le terrain ontologique d'o&#249; l'avait chass&#233;e l'illusion du libre arbitre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#201;thique, Livre II, Propositions 48-49 (y compris, dans les deux cas, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que se passe t-il en effet ? Il se passe qu'avec cette reconnaissance de l'&#233;ternit&#233;, la volont&#233; (au moment m&#234;me o&#249; elle confirme lui &#234;tre ontologiquement intrins&#232;que), retire &#224; l'entendement son statut privil&#233;gi&#233; de destructeur de l'illusion. C'est maintenant la volont&#233; elle-m&#234;me qui renverse l'illusion de la libert&#233;, c'est la volont&#233; elle-m&#234;me qui se nourrit de l'&#233;ternel. Mais si Dieu est la production de l'&#234;tre, et la v&#233;rit&#233; la reconnaissance de cette production, la volont&#233; (et une libert&#233; vraie) prendra maintenant place sur ce terrain de la production de l'&#234;tre d&#233;ploy&#233; par la divinit&#233;. Sous un &#171; aspect d'&#233;ternit&#233; &#187;, la volont&#233; se d&#233;couvre comme une machine de v&#233;rit&#233;, sans quitter le cadre du d&#233;terminisme absolu des s&#233;quences de l'&#234;tre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour les lieux o&#249; ce probl&#232;me est pos&#233; et trait&#233; par Spinoza, je me permets (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Poursuivant la lecture, nous trouverons d'autres moments, de plus en plus vastes, de respiration de la libert&#233;. Nous avons d&#233;j&#224; vu en quoi consistait le d&#233;centrement essentiel : apr&#232;s avoir &#233;t&#233; soumise &#224; l'entendement, la volont&#233; est maintenant pos&#233;e &#224; sa base. Dans le Livre III de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, ce d&#233;centrement est davantage sp&#233;cifi&#233;, ou plut&#244;t se d&#233;ploie comme dispositif constitutif. Volont&#233; et libert&#233; passent en effet l'une dans l'autre, au fil des transformations de la &lt;i&gt;cupiditas&lt;/i&gt;, qui d'&lt;i&gt;appetitus&lt;/i&gt; se fait &lt;i&gt;amor&lt;/i&gt; par un mouvement de croissance (&#171; d'augmentation de puissance &#187;). Le Scolie de la Proposition 47, et plus g&#233;n&#233;ralement tout ce moment du Livre III, nous introduisent &#224; ce passage en nous montrant comment volont&#233; et libert&#233; se conditionnent l'une l'autre dans ce processus de lib&#233;ration, ou plut&#244;t de constitution ontologique dans la joie de la libert&#233;. Toute la suite de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;ne fera d&#233;sormais qu'approfondir ce processus. Nous prendrons trois exemples : les Propositions 49 du Livre III, 11 du Livre IV, et 5 du Livre V. Le premier passage nous indique que chez l'homme, la passion pour la libert&#233; est plus puissante que la conscience de la n&#233;cessit&#233;. Mais le second corrige et compl&#232;te cette indication, en nous montrant que la libre passion pour une chose n&#233;cessaire peut &#234;tre plus intense que celle qui se rapporte &#224; une chose contingente ou possible. Autre fa&#231;on de dire que la passion pour la libert&#233; n'a rien &#224; voir avec le contingent et avec le possible, mais a plut&#244;t &#224; voir avec l'adh&#233;sion &#224; l'absolu. En tout &#233;tat de cause, les tenants d'une certaine contradiction entre les deux premiers passages verraient le troisi&#232;me r&#233;v&#233;ler le caract&#232;re purement apparent de cette contradiction. En effet, &#171; un affect &#224; l'&#233;gard d'une chose que nous imaginons simplement et non comme n&#233;cessaire ni comme possible ou comme contingente est, toutes choses &#233;gales d'ailleurs, la plus grande qui soit. &#187; Et nous avons ainsi (au c&#339;ur m&#234;me des Livres IV et V), la d&#233;finition de l'homme libre comme celui dont le d&#233;sir, naissant de la raison, et se donnant &lt;i&gt;simpliciter&lt;/i&gt;, ne peut avoir d'exc&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;thique, IV, Propositions 61 sq. Cf. P. Macherey, Introduction... La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire, sinon que le cadre d&#233;terministe est ici fortement &#233;branl&#233; ? Qu'ajouter, sinon qu'il n'y a l&#224; nulle trace d'acosmisme, et que, dans cette esp&#232;ce de d&#233;termination m&#233;taphysique, la constitution ontologique est paradoxalement mise en place par la raison et l'amour, autant dire par la libert&#233; ? Et le panth&#233;isme spinoziste est une v&#233;ritable machine de libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur l'apologie de l'homme libre, cf. &#201;thique, IV, Proposition 68 &#224; 73, o&#249; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le Livre V de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;ne fera que confirmer le changement de perspective op&#233;r&#233; entre le d&#233;but et le terme du processus, o&#249; se voit affirm&#233;e l'&#233;mancipation v&#233;cue par la libert&#233; humaine. Jusqu'au moment o&#249;, dans le Livre V, la libert&#233; humaine est finalement install&#233;e dans la divinit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Cf. &#201;thique, V, Propositions 10 et Scolie, 22, 29 et Scolie, 42 ; cf. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de l'innovation ontologique est un th&#232;me central du mat&#233;rialisme classique, o&#249; il ne parvient pas &#224; r&#233;solution. De D&#233;mocrite &#224; &#201;picure, la construction atomiste du monde est immerg&#233;e dans l'&#233;ternit&#233;. Quant &#224; la libert&#233;, elle est conduite &#233;thique de la vie, jou&#233;e en termes de m&#233;taphore du cosmos. Dans un tel aplatissement, la libert&#233; s'&#233;teint et l'innovation est incompr&#233;hensible. C'est seulement chez Lucr&#232;ce que la libert&#233; s'efforce de rompre l'insignifiance de la m&#233;taphore et d'agir de fa&#231;on autonome dans l'ensemble physique de l'atomisme, d'imposer une d&#233;chirure de l'&#233;ternit&#233;. Et Lucr&#232;ce s'avance toutefois sur la pointe des pieds ; c'est &#224; voix basse qu'il introduit son &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt;, comme s'il voulait annuler la violence de la d&#233;chirure en rendant imperceptible la d&#233;viation qui permet l'innovation. Qui permet d'atteindre la singularit&#233; et par l&#224; le sens de la libert&#233;. Une lueur minuscule, et pourtant gigantesque, s'ouvre dans la pluie des atomes : la po&#233;sie en ressort grandie et la philosophie humili&#233;e, le probl&#232;me est pos&#233;. Et la modernit&#233; en h&#233;ritera comme d'un probl&#232;me non r&#233;solu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que chez Spinoza que le probl&#232;me est transform&#233;. L'ontologie du mat&#233;rialisme n'est pas chez lui interrompue par le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt;, mais investie et refondue par le d&#233;sir. Le rythme de constitution du monde est soutenu - toutes formes confondues - par une force vive qui se d&#233;ploie dans le monde pour se constituer comme divine. La libert&#233; se construit dans ce d&#233;veloppement ontologique, dont elle interpr&#232;te la continuit&#233;, dans l'absolue immanence productive d'une &lt;i&gt;vis viva&lt;/i&gt; se d&#233;ployant du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt; physique &#224; la &lt;i&gt;cupiditas&lt;/i&gt; humaine puis &#224; l'&lt;i&gt;amor&lt;/i&gt; divin. L'&#233;thique constitue le monde physique avant d'interpr&#233;ter (d'agir) le monde humain et d'atteindre (de se d&#233;couvrir dans) le monde divin. L'&#233;ternit&#233; est v&#233;cue comme pr&#233;sence et l&#224;, dans cette pr&#233;sence, libert&#233; et innovation, &#233;thique et ontologie construisent ensemble le monde. Ou plut&#244;t, comme dirait Spinoza, elles &#171; s'efforcent &#187; de le faire. Du mat&#233;rialisme antique &#224; celui de Spinoza, le probl&#232;me conna&#238;t un puissant d&#233;placement. Le probl&#232;me de l'innovation n'est plus en effet pos&#233; en tant que d&#233;viation du cours de la vie, mais dans l'horizon de l'&#233;ternit&#233;. L'immanence absolue est le dynamisme de la vie, et donne &#224; la vie sa puissance. La singularit&#233; commence &#224; se profiler dans l'oc&#233;an de l'&#234;tre, ou, si l'on veut, &#224; se r&#233;v&#233;ler dans la dynamique d'ensemble de la t&#233;l&#233;ologie mat&#233;rialiste. Mais si radical soit-il, ce d&#233;centrement suffit-il &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me ? Une physique du d&#233;sir suffit-elle &#224; donner &#224; l'&#233;ternit&#233; la figure de la libert&#233; ? Suffit-elle &#224; imprimer au monde la discontinuit&#233; de l'innovation ? Et donc &#224; d&#233;passer les apories, si lourdes et si monotones, du mat&#233;rialisme ? L'asc&#232;se spinoziste a quelque chose du coup de force. Elle impose en effet l'immanence comme seul horizon (singulier et concret) du discours mat&#233;rialiste, et y installe la force de la vie. La libert&#233; y est affirm&#233;e comme lib&#233;ration. Tout cela &#233;tant pr&#233;cis&#233;, il convient pourtant d'ajouter que l'asc&#232;se spinoziste est incapable de donner un sens plein &#224; sa propre progression. Comme Lucr&#232;ce autrefois, Spinoza s'en remet, pour avancer, &#224; une s&#233;rie d'imperceptibles sauts qualitatifs, visant &#224; rompre tous les blocages, toutes les limites qui s'opposent &#224; la libert&#233;. Entre physique, &#233;thique et th&#233;ologie, on se meut ainsi chez Spinoza avec la m&#234;me incertitude que celle affectant d&#233;j&#224; l'&#234;tre (et le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt;) dans la turbulence atomique de Lucr&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les eaux glac&#233;es de la froide n&#233;cessit&#233; du donn&#233;, d'un mat&#233;rialisme &#171; quasi &#187; transcendantal, la modification introduite par le spinozisme est encore trop prudente, pour ne pas dire insignifiante. Une fois de plus en effet, aucun sens cr&#233;ateur n'est donn&#233; &#224; la progression du r&#233;el, &#224; l'unit&#233; de l'innovation et de l'&#233;ternit&#233;. Car le probl&#232;me est bien l&#224;. Il s'agit de produire la libert&#233; de la m&#234;me fa&#231;on que l'&#233;ternit&#233;, et d'en faire non un fade r&#233;sultat, mais la clef active de la construction/reconstruction du monde. Au lieu de cela, on voit malgr&#233; tout r&#233;appara&#238;tre subrepticement, dans ces philosophies de l'immanence absolue, une n&#233;cessit&#233; qui se veut axiologique, une image pr&#233;suppos&#233;e du monde. La t&#233;l&#233;ologie classique et chr&#233;tienne r&#233;pand son venin transcendantal (et m&#234;me assur&#233;ment transcendant) sur la radicalit&#233; de la proc&#233;dure mat&#233;rialiste. La libert&#233; (lorsqu'elle accoste l'&#233;ternit&#233;) est encore bris&#233;e par une d&#233;termination externe, par un ordre, par une mesure, par une identit&#233; venus d'ailleurs (et l'on ne sait pas d'o&#249;). Dans la modernit&#233;, pendant la p&#233;riode de l'asc&#232;se humaniste, un certain aspect de transcendance axiologique (et un fantasme de transcendantalisme ontologique) parvient &#224; se glisser jusque dans les plus puissantes des t&#233;l&#233;ologies mat&#233;rialistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; de Spinoza est prise dans ces conditions de d&#233;veloppement. Et s'il est vrai, nous l'avons vu ailleurs, que la causalit&#233; spinoziste est soumise &#224; la nature al&#233;atoire de la surface (toute n&#233;cessit&#233; interne &#233;cart&#233;e, toute finalit&#233; ignor&#233;e), pour la simple raison que seul l'effet qualifie la cause - nous n'en devons pas moins reconna&#238;tre que le formidable bond en avant que Spinoza fait faire &#224; la philosophie moderne dans son ensemble&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nietzsche est peut-&#234;tre celui qui s'en est le mieux rendu compte. Sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, est finalement stopp&#233; par la n&#233;cessit&#233; d'un ordre et/ou d'une mesure pr&#233;&#233;tablis. Et s'il est vrai, nous l'avons vu, que la libert&#233; se construit chez Spinoza &#224; travers le d&#233;sir (dans les diverses figures naturelles et intellectuelles qui le repr&#233;sentent), et qu'en cons&#233;quence rien d'autre ne la conditionne que la passion donn&#233;e dans sa nudit&#233; - il n'en reste pas moins que la libert&#233; se referme sur une id&#233;e de b&#233;atitude mystifiante et abstraite. Pour le dire autrement, si le d&#233;terminisme produit par le mat&#233;rialisme de l'antiquit&#233; est r&#233;solument d&#233;pass&#233; par Spinoza (nous l'avons vu dans la premi&#232;re partie de cet article), on en voit encore l'ombre planer sur l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, marqu&#233;e du sceau (&#233;vanescent mais pourtant bien r&#233;el) d'un ordre et d'une mesure qui se veulent transcendantaux. Le probl&#232;me de la libert&#233; serait-il donc vraiment insoluble, du point de vue d'une approche mat&#233;rialiste des th&#232;mes de l'&#233;thique et de l'ontologie ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une fois &#233;tablies les limites intrins&#232;ques de la conception spinoziste de la libert&#233;, dans le cadre des obstacles oppos&#233;s par la tradition mat&#233;rialiste &#224; la solution de ces probl&#232;mes, il n'en est pas moins possible de d&#233;finir un autre point de vue, ou plut&#244;t d'entrer par une autre entr&#233;e dans le champ probl&#233;matique (et mat&#233;rialiste) de la libert&#233; spinoziste. Il y a en effet d&#233;j&#224; quelque temps que les sp&#233;cialistes nous ont r&#233;v&#233;l&#233; les nombreux plis de l'&#171; exp&#233;rience &#187; de Spinoza, qui nous permettent non seulement de suivre le cheminement d&#233;ductif et &#171; g&#233;om&#233;trique &#187; de son &#339;uvre, mais encore d'en d&#233;rouler la complexit&#233;, ou plut&#244;t la &#171; prolixit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir P.F. Moreau, Spinoza. L'exp&#233;rience et l'&#233;ternit&#233;, Paris, PUF, 1994. Cet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Et c'est bien dans une telle perspective que, proc&#233;dant par le bas, &#224; partir justement de l'&#171; exp&#233;rience &#187; spinoziste, il nous sera probablement possible d'&#233;chapper aux limites analys&#233;es plus haut de la conception spinoziste de la libert&#233; : il nous sera possible de suivre le cheminement de la libert&#233; et de l'innovation ontologique dans son imm&#233;diatet&#233;. La question n'est plus alors : qu'est ce que la libert&#233; ?, mais : qui est libre ? Ou encore : comment, dans l'exp&#233;rience de la singularit&#233;, libert&#233; et n&#233;cessit&#233; sont-elles intriqu&#233;es ? Comment cette intrication devient-elle un rapport singulier de l'&#226;me et de la nature ? Qui voudrait nous opposer ici une objection de principe, pourrait sans aucun doute en appeler au tribunal du &#171; parall&#233;lisme &#187; m&#233;taphysique, et nous accuser d'oublier la pr&#233;constitution logique de la singularit&#233; et sa pr&#233;figuration ontologique (dans le parall&#233;lisme, justement, si l'on veut en faire le verrou de l'&#233;difice th&#233;orique spinoziste). Mais sans oublier tout cela, il n'en reste pas moins possible de saisir ces intrications (plut&#244;t que dans leur violente conjonction transcendantale) dans la dynamique de la singularit&#233;, de la vie, dans la g&#233;n&#233;alogie de la libert&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;G. Deleuze, op. cit., souligne &#224; maintes reprises que l'on peut suivre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a dans l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;un &#233;pisode, quelque peu paradoxal, qui peut nous permettre d'avancer dans le sens de la singularisation : c'est le discours spinoziste sur le &#171; rire &#187;. Et l'on nous permettra de rappeler que le rire - celui qui est pos&#233; par Spinoza &#224; l'un des moments clefs de sa ph&#233;nom&#233;nologie des passions - est de plus en plus souvent consid&#233;r&#233; aujourd'hui comme un lieu de r&#233;v&#233;lation ontologique et/ou d'affrontement, dans le travail de d&#233;finition de la singularit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. par exemple G. Deleuze, &#171; L'&#233;clat de rire de Nietzsche &#187; in Nietzsche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais revenons &#224; Spinoza. Le rire a plusieurs fonctions chez Spinoza, et en particulier dans l'&lt;i&gt;&#201;thique. &lt;/i&gt;La premi&#232;re est celle qui nous le montre comme une arme fondamentale de la libert&#233; : le rire nous permet de nous opposer &#224; la superstition, de la tourner en d&#233;rision et de nous lib&#233;rer ainsi de la peur, &#224; la fois source, aliment et sch&#232;me de la superstition. Nous trouvons dans le Scolie du Corollaire 2 de la Proposition 45 du Livre IV un tr&#232;s bel exemple de ce rire : &#171; Le rire, comme le jeu, est pure joie &#187;, et &#171; seule assur&#233;ment une farouche et triste superstition interdit de prendre des plaisirs... Aucune divinit&#233;, nul autre qu'un envieux, ne prend plaisir &#224; mon impuissance et &#224; ma peine, nul autre ne tient pour vertu nos larmes, nos sanglots, notre crainte et autres marques d'impuissance int&#233;rieure ; au contraire, plus grande est la joie dont nous sommes affect&#233;s, plus grande est la perfection &#224; laquelle nous passons, plus il est n&#233;cessaire que nous participions de la nature divine. Il est donc d'un homme sage d'user des choses et d'y prendre plaisir autant qu'on le peut &#187;. Mais cela ne suffit pas. Par-del&#224; cette fonction pol&#233;mique, ou peut-&#234;tre en raison de la force qu'elle exprime, nous pouvons saisir la v&#233;ritable fonction ontologique du rire, puisqu'il dispose &#224; la fois le corps et l'&#226;me - en une incitation radicale - &#224; atteindre ce tr&#232;s haut degr&#233; de la vertu qu'est la &lt;i&gt;Laetitia &lt;/i&gt;(c'est-&#224;-dire la joie). Le rire exerce donc, dans la ph&#233;nom&#233;nologie spinoziste des passions, une fonction centrale, constituant les dynamiques dans lesquelles sont prises l'&#226;me et la nature, autrement dit la libert&#233; et la n&#233;cessit&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le rire comme puissance constitutive (et donc contre la conception du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons donc (bri&#232;vement mais pr&#233;cis&#233;ment) comment s'articule le discours spinoziste sur le rire. Nous voil&#224; au Livre IV de l'&lt;i&gt;&#201;thique, &lt;/i&gt;au centre de cette &#233;trange ph&#233;nom&#233;nologie des passions qui nous d&#233;crit comme une surabondance du d&#233;veloppement de l'&#234;tre. Spinoza en arrive &#224; se demander comment la libert&#233; parvient &#224; se disposer sur la trame de l'app&#233;tit qui conduit l'homme vers le souverain bien. Sa premi&#232;re d&#233;termination est celle de la joie. &#171; La Joie est un affect par lequel la puissance d'agir du corps est accrue ou second&#233;e ; la Tristesse, au contraire, un affect par lequel la puissance d'agir du corps est diminu&#233;e ou r&#233;duite ; et, par suite, la joie est bonne directement &#187; (Livre IV, Proposition 41, Scolie). Mais cela ne suffit pas. La joie, en tant qu'elle se rapporte au corps, nous l'appelons &lt;i&gt;Hilaritas. &lt;/i&gt;Spinoza nous avait d&#233;j&#224; d&#233;fini l'&lt;i&gt;Hilaritas &lt;/i&gt;comme une &#171; excitation agr&#233;able &#187; (&lt;i&gt;Titillatio&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour la traduction, tr&#232;s controvers&#233;e, de titillatio, cf. la note d'E. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;) dans le Scolie de la Proposition XI du Livre III : comme &#171; un affect de joie rapport&#233; simultan&#233;ment &#224; l'&#194;me et au Corps &#187; ; d&#233;sormais cependant, tout en conservant cette implication, il distingue le Rire de la &lt;i&gt;Titillatio &lt;/i&gt;et le fait primer sur elle, car si cette derni&#232;re est partielle, il implique quant &#224; lui toutes les parties du corps de fa&#231;on homog&#232;ne... Le Rire nous appara&#238;t donc, ou plut&#244;t est une passion constitutive d'&#234;tre, qui se pose au croisement des lignes parall&#232;les qui parcourent la substance, dont il d&#233;termine un &#233;quilibre puissant. Si donc la &#171; Titillatio &#187; (c'est-&#224;-dire l'&#171; excitation agr&#233;able &#187;) &#171; peut avoir de l'exc&#232;s et &#234;tre mauvaise &#187; (Proposition 43), l'&lt;i&gt;Hilaritas &lt;/i&gt;ne peut avoir d'exc&#232;s mais est toujours bonne &#187; (Proposition 42). Quelles que soient les limites, les pr&#233;cautions et les r&#233;serves &#233;mises par Spinoza&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. surtout Livre III, Proposition 59, Scolie, et Livre III, D&#233;finition des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, nous avons conscience (et nous appr&#233;cions avec notre &#226;me cette conscience que nous construisons avec notre corps) d'&#234;tre plong&#233;s dans la production de singularit&#233;s, l&#224; d'o&#249; &#233;mane, de mille points &#224; la fois, le processus mat&#233;riel constitutif de l'&#234;tre. Le Rire est donc ici perfection du corps et de l'&#226;me - et nous comprenons par l&#224; pourquoi c'est ici que se met en place sa capacit&#233; de d&#233;mystifier la superstition (comme nous l'avons vu en parlant du Scolie du Corollaire 2 de la Proposition 45 du Livre IV). Et de d&#233;velopper la libert&#233;. &#171; Qui sait droitement que tout suit de la n&#233;cessit&#233; de la nature divine... ne trouvera certes rien qui soit digne de Haine, de Raillerie ou de M&#233;pris, et il n'aura de commis&#233;ration pour personne ; mais autant que le permet l'humaine vertu, il s'efforcera de bien faire, comme on dit, et de se tenir en joie &#187; (Livre IV, Proposition 50, Scolie). Libert&#233;, c'est-&#224;-dire lib&#233;ration &#224; l'&#233;gard de toutes les passions tristes, qui bloquent la cr&#233;ativit&#233; de l'&#234;tre - &#224; l'&#233;gard de la Haine, de la Raillerie, du M&#233;pris, nous l'avons vu, mais aussi de la Crainte et de l'Espoir (Proposition 47), de l'Indignation (Proposition 51, Scolie), de l'Humilit&#233; (Proposition 53), du Repentir (Proposition 54)... Et l'on pourrait continuer, comme nous le ferons partiellement un peu plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui est donc libre ? Un &#233;l&#233;ment de d&#233;finition nous est ici donn&#233;, qui n'est pas en rupture avec l'ensemble du syst&#232;me spinoziste, mais qui est assur&#233;ment diff&#233;rent des param&#232;tres traditionnels du syst&#232;me mat&#233;rialiste de la Nature : comme l'anticipation d'un &lt;i&gt;topos &lt;/i&gt;faustien, de ce mat&#233;rialisme des Lumi&#232;res dont r&#234;vera Diderot&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D. Diderot, Le r&#234;ve de d'Alembert, &#233;d. P. Verni&#232;res, Paris, Garnier, 1961 ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Nous nous &#233;tions propos&#233;s d'identifier un lieu d'o&#249; pouvait &#233;maner, par le bas, la puissance novatrice immanente de l'&#226;me et du corps, l'invention de la vie, l'&#233;v&#233;nement dans sa singularit&#233; : la th&#233;matique du rire nous semble y correspondre... prendre le probl&#232;me &#224; pleines dents. Sacr&#233; Spinoza ! Toujours capable de renverser les lectures &#233;tablies de sa pens&#233;e... Et de nous offrir ici un point de vue &#233;thique et ontologique permettant &#224; la pens&#233;e mat&#233;rialiste de s'&#233;carter des sillons tout trac&#233;s o&#249; la modernit&#233; avait entra&#238;n&#233; la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N'est-il pas excessif (ou du moins partiellement critiquable d'un point de vue philologique) de miser sur le &#171; rire &#187; pour saisir une voie de subjectivation au sein de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;de Spinoza ? Nous admettrons volontiers que tout cela est un peu paradoxal. Et pourtant...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant il y a dans l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;toute enti&#232;re, et en particulier dans le Livre IV, une pression continue pour trouver des voies de subjectivation, pour reconstruire par le bas l'ordre du monde, &#224; partir de la puissance de l'agir &#233;thique (individuel ou collectif, mais toujours singulier). Si le panth&#233;isme spinoziste est devenu le destin du mat&#233;rialisme philosophique, c'est justement parce que dans la pens&#233;e moderne, dans son moment le plus intense, celui qui va de la crise de la Renaissance aux Lumi&#232;res, Spinoza a &#233;t&#233; le seul &#224; assumer la t&#226;che de &#171; remettre sur ses pieds &#187; la philosophie. Ce n'est en effet pas un hasard si, avant d'en arriver au &#171; rire &#187;, le Livre IV de l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;nous fait assister &#224; la fondation du concept d&#233;mocratique d'&#201;tat, c'est-&#224;-dire &#224; la subjectivation collective du politique, dans l'ensemble form&#233; par les Propositions 37 &#224; 40, qui tournent autour de la constitution d'un corps et d'une &#226;me dans lesquels &#171; tout est &#224; tous &#187;. Nous pensons sans doute (comme d'ailleurs le pensait Spinoza) que la d&#233;finition de la d&#233;mocratie, et plus g&#233;n&#233;ralement les avanc&#233;es op&#233;r&#233;es sur le terrain d'une politique &#171; absolument &#187; d&#233;mocratique, constituent l'honneur de la m&#233;taphysique (quand parler de politique revient donc &#224; parler de libert&#233;) - mais ce faisant, nous sous-&#233;valuons le probl&#232;me de la subjectivation chez Spinoza. Chez lui en effet, la th&#233;matique politique et d&#233;mocratique est certes fondamentale : mais plus fondamentale encore est la solution apport&#233;e &#224; un probl&#232;me pos&#233; par le mat&#233;rialisme, et dont nous avons vu &#224; quel point il &#233;tait central dans l'&lt;i&gt;&#201;thique : &lt;/i&gt;le probl&#232;me de la subjectivisation comme innovation de l'&#234;tre. La solution par le politique para&#238;t &#224; Spinoza la plus simple (et il la parcourt toute enti&#232;re)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;thique, Livre III, Proposition 37-40. Cf. sur ce point L'anomalie sauvage, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais cela ne suffit pas : la libert&#233; doit se d&#233;couvrir comme force constituante, la lib&#233;ration doit se construire comme puissance, la production de subjectivit&#233; doit &#234;tre reconnue comme machine ontologique. Et c'est ainsi qu'apr&#232;s avoir constitu&#233; le politique, Spinoza se met &#224; travailler autour du th&#232;me de la subjectivation, s'avan&#231;ant ainsi, nous l'avons vu, dans cette ph&#233;nom&#233;nologie des passions qui fait de la d&#233;couverte de l'&lt;i&gt;Hilaritas&lt;/i&gt; une de ses articulations productives. Spinoza reconna&#238;t donc au processus de subjectivation (c'est-&#224;-dire d'identification, autour du sujet, de la matrice d'innovation de l'&#234;tre), une intensit&#233; ontologique fondamentale pour le processus, c'est-&#224;-dire dans l'&#171; exp&#233;rience &#187; qui conduit l'homme &#224; la lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons dans un ouvrage r&#233;cent de Laurent Bove, &lt;i&gt;La strat&#233;gie du conatus&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Bove, La strat&#233;gie du conatus. Affirmation et r&#233;sistance chez Spinoza, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, une des tentatives les plus r&#233;ussies de montrer que l'&lt;i&gt;&#201;thique &lt;/i&gt;est en r&#233;alit&#233; organis&#233;e &#224; travers une s&#233;rie de d&#233;cisions strat&#233;giques du &lt;i&gt;conatus&lt;/i&gt;, qui construisent une ontologie dynamique, ou encore disposent ontologiquement une s&#233;rie d'&#171; actes d'affirmation &#187;. Le sens de ce mouvement est celui d'une r&#233;alisation de ce &#224; quoi chacun (singularit&#233; individuelle ou collective) est tenu par sa nature - ce qui d&#233;bouche sur une t&#233;l&#233;ologie paradoxale : celle d&#233;finie par l'&lt;i&gt;acquiescentia in se ipso, &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire construite par la r&#233;sistance (insistance) de la subjectivit&#233; (individuelle ou collective). Dans le cadre de cette strat&#233;gie, la th&#233;orie spinoziste des affects est revisit&#233;e par Laurent Bove autour de deux temps forts : l'&lt;i&gt;Habitudo &lt;/i&gt;dans le &lt;i&gt;Trait&#233; th&#233;ologico-politique&lt;/i&gt;, et l'&lt;i&gt;Hilaritas &lt;/i&gt;dans l'&lt;i&gt;&#201;thique. &lt;/i&gt;Ce que ces deux cat&#233;gories ont en commun, c'est de mettre ensemble &#226;me et nature, libert&#233; et n&#233;cessit&#233;, au moment o&#249; vient &#224; se produire de l'&#234;tre subjectif (collectif ou individuel). Ces cat&#233;gories ouvrent donc (ou plut&#244;t ferment) le parall&#233;lisme m&#233;taphysique par le bas, &#224; partir du proc&#232;s constitutif, et saisissent la d&#233;cision subjective (individuelle ou collective) comme la puissante clef d'innovation de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;monstration me para&#238;t correspondre enti&#232;rement &#224; ce que j'ai jusqu'ici &#233;nonc&#233;. Mais je me permettrai de sugg&#233;rer un l&#233;ger pas en avant (s'il s'agit bien d'un pas en avant, libre &#224; chacun d'en juger ensuite). Au terme de puissance &#171; affirmative &#187;, je voudrais substituer celui de puissance &#171; constitutive &#187;. Je m'explique. Si nous revenons &#224; la Proposition 44 du Livre IV, celle qui conclut l'analyse qui, &#224; travers l'&lt;i&gt;Hilaritas, &lt;/i&gt;avait constitu&#233; le nouveau r&#233;gime (ou la nouvelle strat&#233;gie) des affects, nous apprenons que &#171; l'Amour et le D&#233;sir peuvent avoir de l'exc&#232;s &#187;. La D&#233;monstration repose sur le fait que l'Amour et le D&#233;sir peuvent avoir une cause ext&#233;rieure, et donc cesser d'&#234;tre leur propre mesure. Pourtant, une fois achev&#233; le d&#233;veloppement consacr&#233; &#224; la joie, nous sommes confront&#233;s &#224; une nouvelle D&#233;finition : &#171; Un D&#233;sir qui na&#238;t de la Raison ne peut avoir d'exc&#232;s &#187; (Livre IV, Proposition 61). Qu'il n'y ait l&#224; aucune contradiction avec la Proposition 44, la D&#233;monstration suffit &#224; nous le montrer, qui nous pr&#233;sente &#171; ce &#187; d&#233;sir, contrairement &#224; l'&#171; autre &#187;, comme une expression directe de l'essence, ou de la nature de l'homme. Elle n'a donc pas d'exc&#232;s parce qu'elle n'a pas d'ext&#233;rieur (pas de cause externe lui &#244;tant sa puissance expressive). Tel est bien le probl&#232;me : que signifie ne pas avoir d'ext&#233;rieur ? Que signifie &#234;tre &#171; autonome &#187; ? S'agit-il d'une pure exp&#233;rience &#171; affirmative &#187; (d'une autod&#233;claration de l'essence), ou d'une exp&#233;rience &#171; constitutive &#187; (d'une expression d'&#234;tre, d'une innovation) ? &#171; Ne pas avoir d'exc&#232;s &#187; signifie-t-il que le D&#233;sir est ramen&#233; &#224; la naturalit&#233;, &#224; la dimension statique de l'essence, ou ce &#171; ne pas avoir d'exc&#232;s &#187; signifie-t-il d&#233;sir en Exc&#232;s&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous traduisons eccedenza par &#171; Exc&#232;s &#187;, et eccesso par &#171; exc&#232;s &#187; (note du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, autonome et constitutif, &#171; puissance de d&#233;sir &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lecteur aura compris de lui-m&#234;me quelle est ici ma r&#233;ponse&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Dans les interpr&#233;tations qui se sont succ&#233;d&#233;es &#224; partir de la fin des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Qui est, me semble-t-il, celle de Spinoza lui-m&#234;me. Il suff&#238;t de lire les Propositions suivantes. Livre IV, Proposition 63 : &#171; Qui est dirig&#233; par la Crainte et fait ce qui est bon pour &#233;viter un mal, n'est pas conduit par la Raison &#187;. Proposition 64 : &#171; La connaissance du mal est une connaissance inad&#233;quate &#187;. Proposition 67 : &#171; Un homme libre ne pense &#224; aucune chose moins qu'&#224; la mort, et sa sagesse est une m&#233;ditation non de la mort, mais de la vie &#187;. Proposition 68 : &#171; Si les hommes naissaient libres, ils ne formeraient aucun concept du bien et du mal aussi longtemps qu'ils seraient libres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Remettre sur ses pieds &#187; la philosophie mat&#233;rialiste, c'est donc &#171; renverser &#187; l'exp&#233;rience du mat&#233;rialisme classique, sa froide affirmation de la n&#233;cessit&#233;, c'est saisir dans la Proposition 61 du Livre IV, la signification de ce na&#238;tre (&lt;i&gt;ex ratione oritur&lt;/i&gt;) : il&lt;i&gt; &lt;/i&gt;transforme la libert&#233; en puissance, mieux, il absolutise le d&#233;sir, face &#224; toute possibilit&#233; de n&#233;gation, face &#224; la n&#233;gation de sa puissance d'agir, qui est donc &#171; manque de puissance &#187; (c'est la d&#233;finition du mal). Ce qui est affirmatif et donc ici, simplement et totalement (&#171; simpliciter &#187;) constitutif. La Nature, &#224; laquelle se r&#233;f&#232;re le vouloir de la raison, a &#233;t&#233; toute enti&#232;re constitu&#233;e. La Nature, loin d'&#234;tre un mod&#232;le, est un produit de la libert&#233;. L'&#233;ternit&#233; de la Nature d&#233;coule de la productivit&#233; des singularit&#233;s, de la libert&#233; des &#194;mes qui produisent et constituent l'&#234;tre : ainsi conclut (entre autres choses) Spinoza : &#171; Qui a un Corps poss&#233;dant un tr&#232;s grand nombre d'aptitudes, la plus grande partie de son &#194;me est &#233;ternelle &#187; (Livre V, Proposition 39)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Ou encore : &#171; Dans cette vie donc nous faisons effort avant tout pour que (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et, pour finir, quelques divagations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 613. Dans le sens o&#249; je puis toujours provoquer quelque chose (par exemple des maux d'estomac &#224; force de trop manger) je puis &#233;galement provoquer le vouloir. Dans ce sens je provoque le vouloir-nager du fait que je saute dans l'eau. Je voulais dire sans doute que je ne puis vouloir le vouloir ; c'est-&#224;-dire qu'il n'y a pas de sens &#224; parler du vouloir-vouloir. &#171; Vouloir &#187; n'est pas le nom pour une action et donc non plus pour une action volontaire. Et mon expression erron&#233;e...&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L. Wittgenstein, Investigations philosophiques, in Tractatus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Stimul&#233; par de tr&#232;s profondes r&#233;miniscences philosophiques (l'indiscernabilit&#233; des causes et des effets) Wittgenstein ouvre par ces mots sa recherche sur le &#171; libre arbitre &#187;, refusant ainsi toute consistance au probl&#232;me. Il n'y a pas lieu de suivre ici son argumentation : nous nous contenterons de souligner sa conclusion :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; 654. Notre faute (notre erreur) est de rechercher une explication l&#224; o&#249; nous devrions concevoir les faits en tant que &#171; ph&#233;nom&#232;nes originaires &#187;. L&#224; o&#249; nous devrions dire : tel jeu de langage se joue &#187;. Chez Wittgenstein, l'impossibilit&#233; de distinguer la cause de l'effet, dans le m&#233;canisme des passions, est donc - si l'on veut - parfaitement spinoziste. Mais la diff&#233;rence saute aux yeux : le &#171; ph&#233;nom&#232;ne originaire &#187; et le jeu ne sont pas joyeux (ni productifs), alors qu'ils le sont pour Spinoza. Chez Spinoza, la joie se confond avec l'origine : et quelle origine ! La lib&#233;ration est un jeu, nous raconte Spinoza, dans lequel le vouloir &#171; p&#233;n&#233;trant &#187; se d&#233;ploie tout entier sur notre intellect, et le soutient dans son ouverture &#224; l'absolu, ou plut&#244;t l'y conduit, simplement, dans la joie. Chez Wittgenstein, au contraire, la joie est souvent triste, passion triste. En d&#233;mystifiant le libre arbitre avec une argumentation spinoziste, Wittgenstein ne comprend peut-&#234;tre pas ce qui est fondamental chez Spinoza : l'&#234;tre en Exc&#232;s qui est uni &#224; l'expression de la libert&#233;, la joie qui couronne l'expression de la libert&#233;. Si donc &#171; ce c&#233;l&#232;bre humoriste vivait aujourd'hui, il mourrait certainement de rire&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Spinoza, Lettre XXX &#224; Oldenbourg.&#034; id=&#034;nh2-25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &#187; en entendant dire que la volont&#233; est originaire, mais sans joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe pourtant, ce c&#233;l&#232;bre humoriste, ce h&#233;ros ironique qui transforme les hi&#233;roglyphes analytiques de Wittgenstein en prose biopolitique, et nous le connaissons. Et le voil&#224; qui nous propose, incidemment sans doute, son point de vue sur toute la question. &#171; A point, live dog, grew into sight... Respect his liberty. You will not be master of others or their slave. I have a stick. Sit tight. The dog's bark ran towards him, stopped, ran back. Dog of my enemy. I just simply stood pale, silent, bayed about. &lt;i&gt;Terribilia meditans&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Un point vivant grossit, galope &#224; travers l'ar&#232;ne sablonneuse, un chien. Bon Dieu, va-t-il venir me mordre ? Respectons sa libert&#233;. Tu ne seras pas le ma&#238;tre des autres ni leur esclave. J'ai ma canne. Ne bougeons plus. Dans l'&#233;loignement, remontant du flot coiff&#233; d'&#233;cume vers la terre ferme, des silhouettes, deux. Les deux saintes femmes. Elles ont dissimul&#233; la chose dans les roseaux. Coucou, je vous vois ! Non, le chien. Il court les rejoindre. Qui ?.... L'aboiement du chien se rapprochait, s'arr&#234;tait, s'&#233;loignait. Chien de mon ennemi. Je n'ai fait que rester debout, p&#226;le, silencieux, aux abois. &lt;i&gt;Terribilia meditans&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J. Joyce, Ulysse, Oxford U.P, p. 45 (traduction fran&#231;aise, Paris, Gallimard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt; &#187;. Nous pouvons peut-&#234;tre conclure ces r&#233;flexions trop limit&#233;es sur les interpr&#233;tations oppos&#233;es du couple libert&#233;/n&#233;cessit&#233; chez Spinoza, par un commentaire de ce c&#233;l&#232;bre passage d'&lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt;. En pr&#234;tant donc attention au jeu litt&#233;raire. Entre la vision lointaine d'un chien en col&#232;re et la configuration d'un danger proche viennent en effet s'agglom&#233;rer d'autres images fantastiques (que nous ne pouvons reprendre ici) : celles du d&#233;barquement des terribles Danois (les Vikings) sur la m&#234;me plage dublinoise et de sa kyrielle de massacres et d'horreurs. Puis, dans l'attente du danger, jaillit le souvenir tourment&#233;, le cauchemar de la mort de la m&#232;re - grand choc de l'imaginaire (et de la libert&#233;) de Joyce. Et nous voil&#224; revenus dans une situation spinoziste : au c&#339;ur d'une n&#233;cessit&#233; venue de loin et enveloppant toute chose, face au danger, le choix de la libert&#233; surgit comme acte intempestif. L'effet et la cause se donnent en s'enroulant. &lt;i&gt;Terribilia meditans, &lt;/i&gt;je m'arme d'un b&#226;ton, pour me d&#233;fendre du chien m&#233;chant qui s'avance - je respecte sa libert&#233; mais je d&#233;fends la mienne, ajoute l'ironie joycienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; serait-elle l'art du b&#226;ton, toujours recommenc&#233; ? Dans la philosophie politique de Spinoza, elle l'a &#233;t&#233;. Elle l'est encore ici, au pays de l'&lt;i&gt;Hilaritas, &lt;/i&gt;autour de l'effort accompli par l'accouplement de l'&#226;me et du corps - copule productrice d'&#234;tre, elle l'est encore comme r&#233;sistance, comme capacit&#233; de r&#233;pondre au danger : mais elle ne l'est plus (et cette transformation a d'ailleurs &#233;galement lieu dans la philosophie politique, &#224; des rythmes et dans des formes divers), car cette r&#233;sistance, intempestive, est d&#233;sormais en Exc&#232;s sur la causalit&#233;, effet triomphant de la cause et r&#233;novant le rythme n&#233;cessaire de la production du monde. Donnez-moi un levier et je soul&#232;verai le monde, donnez-moi un b&#226;ton et je redimensionnerai la peur hobbesienne, donnez-moi un jeu et je d&#233;truirai toute fiction, donnez-moi un outil et je r&#233;inventerai l'&#234;tre. Difficile d'exprimer le mat&#233;rialisme de fa&#231;on plus efficace : je veux dire la libert&#233; du et dans le mat&#233;rialisme. Donnez moi un outil : une proth&#232;se du corps et de l'&#226;me qui puisse forcer le monde, le faire passer du manque &#224; l'Exc&#232;s d'&#234;tre ; construisons la libert&#233; comme exc&#232;s ontologique. Spinoza a d&#233;fini la libert&#233; comme innovation, l'innovation comme libert&#233;, et la libert&#233; et l'innovation comme constitution ontologique en Exc&#232;s : il a ainsi traduit le &lt;i&gt;clinamen&lt;/i&gt; du mat&#233;rialisme antique dans le langage moderne de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre Spinoza, tel Wittgenstein et Joyce, nous offre-t-il ainsi quelques mat&#233;riaux pour aller au-del&#224; de la modernit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sans ajouter grand chose &#224; ce que j'ai pu &#233;crire sur Spinoza de 1981 &#224; 1998, textes aujourd'hui regroup&#233;s dans A. Negri, &lt;i&gt;Spinoza&lt;/i&gt;, Derive Approdi, 1998. Dans &#171; Democrazia et eternit&#224; in Spinoza &#187;, inclus dans ce volume, j'ai men&#233; une profonde autocritique de la trop rigide p&#233;riodisation de la pens&#233;e spinoziste et de ses contradictions propos&#233;e dans &lt;i&gt;L'anomalie sauvage&lt;/i&gt; (traduction fran&#231;aise, Paris, PUF, 1982).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce que Hegel a lu de Spinoza (et le milieu culturel dans lequel il l'a fait) est bien mis en &#233;vidence dans F. Chiereghiti, &lt;i&gt;L'influenza dello spinozismo nella formazione della filosofia hegeliana&lt;/i&gt;, Cedam, Padoue, 1961. Ce que Hegel n'a pas lu de Spinoza est syst&#233;matiquement relev&#233; dans le commentaire de M. Gueroult, &lt;i&gt;Spinoza&lt;/i&gt;, I et II, Paris, Aubier-Montaigne, 1968 et 1974.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Deleuze, &lt;i&gt;Spinoza et le probl&#232;me de l'expression&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d. de Minuit, 1968, et Spinoza, &lt;i&gt;Philosophie pratique&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d. de Minuit, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; sera cit&#233;e dans la traduction Appuhn, parfois modifi&#233;e (note du traducteur).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La m&#234;me id&#233;e est d&#233;j&#224; exprim&#233;e dans le Corollaire II et dans le Scolie de la Proposition 17, et, auparavant, dans les Propositions 7 et 8 (Scolie II) ; elle sera r&#233;affirm&#233;e dans la Proposition 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, Livre II, Propositions 48-49 (y compris, dans les deux cas, D&#233;monstration et Scolie). Cf. Pierre Macherey, &lt;i&gt;Introduction &#224; l'&#201;thique de Spinoza. La seconde partie : &#171; La r&#233;alit&#233; mentale &#187;&lt;/i&gt;, Paris. PUF, 1997, pp. 367-407.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour les lieux o&#249; ce probl&#232;me est pos&#233; et trait&#233; par Spinoza, je me permets de renvoyer &#224; nouveau &#224; mon article &#171; Democrazia e eternit&#224; in Spinoza &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, IV, Propositions 61 sq. Cf. P. Macherey, &lt;i&gt;Introduction... La quatri&#232;me partie. &#171; La condition humaine &#187;&lt;/i&gt;, Paris, PUF 1997, p. 321-431.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur l'apologie de l'homme libre, cf. &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, IV, Proposition 68 &#224; 73, o&#249; sont &#233;galement pos&#233;es les bases d'une pleine r&#233;alisation de la libert&#233; politique. Sur ces Propositions, cf. P. Macherey, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Cf. &lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, V, Propositions 10 et Scolie, 22, 29 et Scolie, 42 ; cf. &#233;galement G. Deleuze, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, A. Matheron, &lt;i&gt;Individu et communaut&#233; chez Spinoza&lt;/i&gt;, Paris, &#233;d. de Minuit, 1969, et M. Chaui, &lt;i&gt;O Nervura do Real, imann&#233;ncia e Liberdade em Spinoza&lt;/i&gt;, Sao Paolo, Companhia das Letras, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nietzsche est peut-&#234;tre celui qui s'en est le mieux rendu compte. Sur la rupture spinoziste, cf. mon article &#171; Spinoza e i postmoderni &#187; in &lt;i&gt;Spinoza, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir P.F. Moreau, &lt;i&gt;Spinoza. L'exp&#233;rience et l'&#233;ternit&#233;&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1994. Cet ouvrage est sans conteste le plus important de la nouvelle g&#233;n&#233;ration d'&#233;tudes spinoziste, apr&#232;s le travail de refondation de la critique spinoziste accompli dans les ann&#233;es 1960-1970.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;G. Deleuze, &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt;, souligne &#224; maintes reprises que l'on peut suivre l'argumentation spinoziste selon deux lignes directrices : celle de l'encha&#238;nement formel des Propositions, ou celle des discussions informelles d&#233;ploy&#233;es dans les Scolies. Cette remarque deleuzienne (souvent confirm&#233;e par le critique) me para&#238;t susceptible d'&#234;tre interpr&#233;t&#233;e de fa&#231;on plus large que ceux d'une simple diff&#233;rence philosophique entre Propositions et Scolies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. par exemple G. Deleuze, &#171; L'&#233;clat de rire de Nietzsche &#187; in &lt;i&gt;Nietzsche aujourd'hui&lt;/i&gt;, UGE, 1973. Pour une vision contraire, cf. G. Bataille, dont la position est bien expos&#233;e dans M. Perniola, &lt;i&gt;Philosophia sexualis. Scritti su Georges Bataille&lt;/i&gt;, Verone, Ombrecorte, 1998, en particulier p. 132 sq. Sur le cadre historique de la conception n&#233;gative du rire dans la tradition m&#233;di&#233;vale de l'&#201;glise, cf. Le Goff, &lt;i&gt;Un autre Moyen &#194;ge&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1999, et en particulier &#171; Le rire au moyen &#226;ge &#187; p. 1343 sq. et &#171; Le rire dans les r&#232;gles monastiques du haut moyen &#226;ge &#187; p. 1357 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Sur le rire comme puissance constitutive (et donc contre la conception du rire d&#233;fendue par Bergson dans &lt;i&gt;Le rire&lt;/i&gt;), cf. Michel de Certeau, &#171; Le rire de Michel Foucault &#187;, in &lt;i&gt;Revue des Biblioth&#232;ques nationales&lt;/i&gt;, 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour la traduction, tr&#232;s controvers&#233;e, de &lt;i&gt;titillatio&lt;/i&gt;, cf. la note d'E. Giancotti, pp. 400-401 de sa traduction italienne de l'&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt; (Rome, Editori Riuniti, 1998). P. Macherey, qui conserve la traduction traditionnelle de &#171; chatouillement &#187;, tout &#224; fait inappropri&#233;e, intervient avec beaucoup d'&#224;-propos sur l'interpr&#233;tation de ce concept in &lt;i&gt;Introduction... Troisi&#232;me partie. &#171; La vie affective &#187;&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1995, p. 120 sq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cf. surtout Livre III, Proposition 59, Scolie, et Livre III, D&#233;finition des Affects, Explication de la D&#233;finition III.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;D. Diderot, &lt;i&gt;Le r&#234;ve de d'Alembert&lt;/i&gt;, &#233;d. P. Verni&#232;res, Paris, Garnier, 1961 ; Cf. P. Verni&#232;res, &lt;i&gt;Spinoza et la pens&#233;e fran&#231;aise avant la R&#233;volution&lt;/i&gt;, Paris, PUF, 1954.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;thique&lt;/i&gt;, Livre III, Proposition 37-40. Cf. sur ce point &lt;i&gt;L'anomalie sauvage, op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Bove, &lt;i&gt;La strat&#233;gie du conatus. Affirmation et r&#233;sistance chez Spinoza&lt;/i&gt;, Paris, Vrin, 1996.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous traduisons &lt;i&gt;eccedenza&lt;/i&gt; par &#171; Exc&#232;s &#187;, et &lt;i&gt;eccesso&lt;/i&gt; par &#171; exc&#232;s &#187; (note du traducteur).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Dans les interpr&#233;tations qui se sont succ&#233;d&#233;es &#224; partir de la fin des ann&#233;es soixante, chez Deleuze comme chez Matheron, l'exp&#233;rience de la &lt;i&gt;potentia&lt;/i&gt; spinoziste a principalement &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e comme Exc&#232;s ontologique. Ce qui ne veut pas dire qu'un certain naturalisme (et donc une id&#233;e transcendantale de mesure et d'ordre) ne demeure pas pr&#233;sent chez Spinoza, comme nous l'avons d'ailleurs fortement soulign&#233; dans la seconde partie de cet article.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Ou encore : &#171; Dans cette vie donc nous faisons effort avant tout pour que le Corps de l'enfance se change, autant que sa nature le souffre et qu'il lui convient, en un autre ayant un tr&#232;s grand nombre d'aptitudes et se rapportant &#224; une &#194;me consciente au plus haut point d'elle-m&#234;me et de Dieu, et telle que tout ce qui se rapporte &#224; sa m&#233;moire ou &#224; son imagination soit presque insignifiant relativement &#224; l'entendement &#187; (Livre V, Proposition 39, Scolie). Et d&#233;j&#224; : &#171; la mort est d'autant moins nuisible qu'il y a dans l'&#194;me plus de connaissance claire et distincte et cons&#233;quemment d'amour de Dieu. De plus, puisque du troisi&#232;me genre de connaissance na&#238;t le contentement le plus &#233;lev&#233; qu'il puisse y avoir, l'&#194;me humaine peut &#234;tre, suit-il de l&#224;, d'une nature telle que la partie d'elle-m&#234;me p&#233;rissant, comme nous l'avons montr&#233;, avec le Corps, soit insignifiante relativement &#224; celle qui demeure &#187; (Livre V, Proposition 38, Scolie).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L. Wittgenstein, &lt;i&gt;Investigations philosophiques&lt;/i&gt;, in &lt;i&gt;Tractatus logico-philososophicus, suivi d'Investigations philosophiques&lt;/i&gt;, Paris, Gallimard, 1961.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Spinoza, &lt;i&gt;Lettre XXX&lt;/i&gt; &#224; Oldenbourg.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J. Joyce, &lt;i&gt;Ulysse&lt;/i&gt;, Oxford U.P, p. 45 (traduction fran&#231;aise, Paris, Gallimard, 1948, p. 47).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;TRADUIT DE L'ITALIEN PAR FRAN&#199;OIS MATHERON&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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