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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Temps et concept chez Louis Althusser</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ichida, Yoshihiko</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Source : site &lt;br class='autobr' /&gt; I &lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on cesse de privil&#233;gier telle &#233;poque ou tel probl&#232;me exprim&#233; par Althusser, pour avoir avant tout une perspective, on s'aper&#231;oit de l'existence des deux mouvements oppos&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; D'un c&#244;t&#233;, Althusser essaie sans cesse d'aller de l'avant, d'acc&#233;l&#233;rer la vitesse de sa pens&#233;e. &#171; Il faut aller plus loin, tirer plus de cons&#233;quences &#187;, dit-il souvent &#224; ses amis et &#224; lui-m&#234;me, et parfois il ajoute : &#171; Vite ! &#187;. Il est &#233;vident qu'Althusser &#233;tait constamment press&#233; par la &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Ichida-" rel="directory"&gt;Ichida&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l'on cesse de privil&#233;gier telle &#233;poque ou tel probl&#232;me exprim&#233; par Althusser, pour avoir avant tout une perspective, on s'aper&#231;oit de l'existence des deux mouvements oppos&#233;s.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233;, Althusser essaie sans cesse d'aller de l'avant, d'acc&#233;l&#233;rer la vitesse de sa pens&#233;e. &#171; Il faut aller plus loin, tirer plus de cons&#233;quences &#187;, dit-il souvent &#224; ses amis et &#224; lui-m&#234;me, et parfois il ajoute : &#171; Vite ! &#187;. Il est &#233;vident qu'Althusser &#233;tait constamment press&#233; par la &#171; conjoncture &#187;, par sa conscience d'un retard de la &#171; th&#233;orie &#187;, et par la crainte de la maladie, &#224; tel point qu'il ne m&#233;nageait pas toujours un lien proprement &#171; logique &#187; entre sa nouvelle allure et ses anciens travaux. Et l'on peut constater ce mouvement d'acc&#233;l&#233;ration, non seulement dans des textes post&#233;rieurs &#224; sa c&#233;l&#232;bre autocritique, mais aussi dans ses premiers et dans ses derniers textes. Beaucoup de projets ont &#233;t&#233; abandonn&#233;s pour la raison qu'ils n'&#233;taient plus &#171; opportuns &#187;. Ce geste r&#233;p&#233;t&#233; de l'abandon donne au mouvement continuel autant de points d'arr&#234;t ou de sauts.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, cependant, Althusser va en arri&#232;re, prend du recul et retourne au pass&#233;. Li&#233; souvent &#224; sa pratique psychanalytique, ce deuxi&#232;me mouvement est moins apparent que le premier. Mais il n'est pas confin&#233; &#224; la zone obscure de la pratique, ni au champ particulier du souci th&#233;orique. Il existe avec le premier mouvement, et appara&#238;t dans ce dernier comme un mouvement r&#233;currentiel. C'est d'abord parce qu'il est r&#233;p&#233;titif, et donc attend certains moments pour frapper un coup, qu'il est moins apparent. Quand on suit la surface des textes, les &#233;l&#233;ments r&#233;currents se d&#233;c&#232;lent partout. Le plus important est celui de &#171; vide &#187;, th&#232;me analys&#233; par Fran&#231;ois Matheron&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Matheron, &#171; La r&#233;currence du vide chez Louis Althusser &#187;, dans ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On peut trouver &#233;galement ceux de &#171; commencement &#187;, de &#171; distance &#187;, de &#171; voie &#187;, etc. Les images saisissantes des derniers textes : &#171; train &#187;, &#171; pluie &#187;, &#171; Holzweg &#187;, etc., se sont exprim&#233;s plus ou moins incognito sous la plume d'Althusser avant la &#171; crise &#187; de la fin des ann&#233;es 1970. La phrase de de Gaulle, &#171; l'avenir dure longtemps &#187;, a &#233;t&#233; plusieurs fois &#233;voqu&#233;e en plus d'une vingtaine d'ann&#233;es, avant de s'installer dans le titre de l'autobiographie. Certes, ces &#233;l&#233;ments sont souvent mobilis&#233;s comme des &#233;l&#233;ments m&#233;taphoriques, rh&#233;toriques et donc &#171; secondaires &#187;, et forment une constellation des images obsessionnelles de Louis Althusser. Mais c'est ce philosophe lui-m&#234;me qui dit qu'&#171; on ne pense en philosophie que sous des m&#233;taphores &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Althusser, &#201;l&#233;ments d'autocritique, Hachette, 1974, p. 79.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; et, parmi ces &#233;l&#233;ments, il y en a qui changent de statut, et qui, apr&#232;s avoir jou&#233; un r&#244;le assez discret, occupent tout d'un coup le devant de la sc&#232;ne &#171; th&#233;orique &#187;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est alors de constater un paradoxe. Le premier mouvement, qui suit un trajet continuel du &#171; maintenant &#187;, par lequel Althusser tentait perp&#233;tuellement de rattraper un &#171; retard &#187;, de rejoindre la &#171; conjoncture &#187;, et m&#234;me d'anticiper le futur, ce mouvement n'a cess&#233; de produire &#171; coupures &#187; et rectifications. Ce qui rend tr&#232;s difficile la recherche d'une unit&#233; de ses oeuvres philosophiques : il semble naturel d'admettre une opposition entre la fermet&#233; de chaque travail et le caract&#232;re fragmentaire de l'ensemble. Par contre, le deuxi&#232;me mouvement, qui interrompt souvent le premier par son intensit&#233; de r&#233;p&#233;tition et son rythme irr&#233;gulier, ce mouvement donne une impression de &#171; continuit&#233; &#187;, et fait pressentir l'existence d'une autre &#171; unit&#233; &#187;, inavou&#233;e, mais pr&#233;serv&#233;e de la fracture. Les deux mouvements sont simultan&#233;s et indissociables dans l'itin&#233;raire d'Althusser. Ils se t&#233;lescopent, et le philosophe va en avant en retournant en arri&#232;re, et vice versa. Il commence son &#171; Machiavel et nous &#187; en citant la phrase de &lt;i&gt;L'art de la guerre, &lt;/i&gt;o&#249; Machiavel interdit l'artillerie dans les rangs, pour la raison qu'elle &#171; marche du c&#244;t&#233; oppos&#233; o&#249; elle tire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Machiavel et nous &#187;, in Louis Althusser, &#201;crits philosophiques et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et Althusser r&#233;sume sa vision de Machiavel par un mot : &#171; Machiavel marche du c&#244;t&#233; oppos&#233; o&#249; il tire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce mot nous renvoie &#224; Althusser lui-m&#234;me.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'ordre chronologique est id&#233;ologique &#187;, &#233;crit Althusser dans sa derni&#232;re lettre publi&#233;e &#224; Maria Antonietta Macciocchi&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre de Louis Althusser &#224; Maria-Antonietta Macciocchi (15 mars 1969), in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans le &#171; travail philosophique &#187; d'Althusser, 1'&#171; avant &#187; et l'&#171; apr&#232;s &#187;, le &#171; retard &#187; et l'&#171; avance &#187; s'entrem&#234;lent, et l'un est toujours pr&#234;t &#224; pr&#234;ter son nom &#224; l'autre. Je ne me propose pas d'&#233;clairer la totalit&#233; de la pens&#233;e d'Althusser, ni de dresser son bilan historique, mais de circuler &#224; travers ses &#171; &#233;poques &#187; pour montrer qu'il y a, chez Althusser, une structure non-chronologique et a-temporelle qui agit sur le temps, et qui r&#233;alise une temporalit&#233; singuli&#232;re. Cette structure n'est pas psychologique, mais proprement philosophique, c'est-&#224;-dire qu'elle concerne sa conception du concept philosophique. Notre propos porte donc sur une recherche des moments o&#249; les concepts s'affrontent eux-m&#234;mes dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Althusser analyse dans &lt;i&gt;Lire Le Capital &lt;/i&gt;le rapport du concept et du temps comme un &#233;l&#233;ment d&#233;terminant de la philosophie de Hegel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir surtout &#171; L'objet du Capital &#187;, paragraphe IV : &#171; Les d&#233;fauts de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le diagnostic d'Althusser sur la dialectique h&#233;g&#233;lienne est, on le sait, tranchant : toute la d&#233;marche de Hegel renvoie &#224; la &#171; totalit&#233; spirituelle &#187; et &#224; son corollaire, la &lt;i&gt;&#171; pars totalis &#187;. &lt;/i&gt;Pour notre propos, il faut insister sur le fait que la &#171; totalit&#233; spirituelle &#187; ne fonctionne qu'en tant que temporalit&#233; ou mode du rapport du concept et du temps. Cette totalit&#233; tire sa sp&#233;cificit&#233; d'&#234;tre la &#171; pr&#233;sence du concept &#224; soi-m&#234;me &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 117.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Que le concept soit pr&#233;sent dans toutes ses d&#233;terminations concr&#232;tes, et que cette pr&#233;sence soit moins une pr&#233;sence de l'objet au sujet qu'une pr&#233;sence &#224; soi du concept, permet cette &#171; coupe d'essence &#187; par laquelle toutes les parties expriment une m&#234;me &#171; essence &#187;, et interdit en m&#234;me temps toute anticipation du temps historique. Le temps comme tel est ici constitu&#233; par le geste r&#233;fl&#233;chissant du concept, et le pr&#233;sent forme en contrepartie l'horizon absolu de tout concept.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il alors de ce m&#234;me rapport pour le &#171; tout complexe &#187; ou le &#171; tout structur&#233; &#187; ? Ce qui produit la sp&#233;cificit&#233; de ce &#171; tout &#187;, c'est la structure des &#171; instances &#187;. Ce qui d&#233;termine la structure, c'est d'abord sa nature topologique, et non ses composants. Le &#171; tout structur&#233; &#187; existe, au sens fort du terme, comme une disposition &#171; spatiale &#187; de ses &#233;l&#233;ments. Althusser ne n&#233;glige assur&#233;ment pas la temporalit&#233; propre de ce tout, qu'on peut nommer temps h&#233;t&#233;rog&#232;nes des instances&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 124.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : le pr&#233;sent d'une instance ne se r&#233;duit pas &#224; celui d'une autre, et le tout n'a plus un temps homog&#232;ne qui se pr&#233;sente &#224; soi. Le temps h&#233;t&#233;rog&#232;ne du &lt;i&gt;Capital &lt;/i&gt;n'en d&#233;coule pas moins d'une &#171; topique &#187;, de la nature topologique de l'espace : c'est le r&#244;le de l'espace de distribuer des temps aux instances.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport du concept et du temps semble cesser de d&#233;terminer la philosophie, et c&#233;der la place &#224; un rapport concept/espace. Il faut cependant remarquer que ce n'est pas Marx, mais Althusser, qui a parl&#233; de &#171; tout structur&#233; &#187;. Le concept de &#171; tout structur&#233; &#187; ou de &#171; causalit&#233; structurale attend, dans &lt;i&gt;Le Capital, &lt;/i&gt;d'&#234;tre d&#233;couvert par Althusser pour rev&#234;tir la forme propre du concept, et il est en ce sens &#224; venir. Selon Althusser, le concept philosophique de Marx est &#171; en retard &#187; sur la &#171; science &#187; qu'il a fond&#233;e. Ce concept ne demeure tout de m&#234;me pas en puissance, mais travaille en acte, et Marx, tout simplement, ne &#171; sait &#187; pas, ne &#171; dit &#187; pas ce qu'il &#171; fait &#187;. &#201;tant absent dans un lieu o&#249; il travaille, le concept est d&#233;j&#224; l&#224; et n'est pas encore l&#224;. Le concept est &#171; &#224; l'&#233;tat pratique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Du Capital &#224; la philosophie de Marx &#187;, Lire Le Capital, tome I, p. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dit Althusser. Donner une forme convenable &#224; un concept qui fonctionne en silence, dire ce que Marx n'a pas dit tout en le faisant - tel est alors pour Althusser le probl&#232;me ou &#171; t&#226;che historique &#187; de la philosophie.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes &#171; autocritiques &#187; maintiennent, tout en renversant son ordre, le m&#234;me rapport de &#171; retard &#187;/&#171; avance &#187;. Cette fois, c'est la philosophie qui sert de guide &#224; la science. La &lt;i&gt;R&#233;ponse &#224; John Lewis &lt;/i&gt;nous annonce que &#171; c'est la r&#233;volution philosophique qui commande la 'coupure' scientifique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Althusser, R&#233;ponse &#224; John Lewis, Maspero, 1973, p. 56.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ce texte ne renie pas pour autant la th&#232;se : &#171; la philosophie est toujours en retard sur la science &#187;, mais il lui ajoute que &#171; tout se passe 'en m&#234;me temps' : r&#233;volution philosophique, 'coupure' scientifique &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. En d&#233;pit de cet &#171; en m&#234;me temps &#187;, la philosophie marxiste n'est pas encore constitu&#233;e explicitement comme &#171; philosophie &#187;, et, selon un autre texte autocritique, cette philosophie &#171; s'annonce d'une certaine mani&#232;re dans les &lt;i&gt;Th&#232;ses sur Feuerbach &lt;/i&gt;pour dispara&#238;tre ensuite pendant des ann&#233;es et des ann&#233;es, et repara&#238;tre pour la premi&#232;re fois (...) dans &lt;i&gt;l'Antid&#252;hring &#187;. &lt;/i&gt;Lors de cette r&#233;apparition, la philosophie marxiste prend la forme de l'&#171; intervention id&#233;ologique &#187;, et donc elle ne se donne pas encore la forme du concept philosophique. L'op&#233;ration dite autocritique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note du 15 novembre 1967, &#201;crits philosophiques et politiques, T.II, p. 320.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; n'a fait que transf&#233;rer le retard au lieu de le dissiper. Le renversement althuss&#233;rien du rapport temporel de la philosophie et de la science ne donne pas une existence tout court au concept philosophique. Il est toujours absent, et pourtant ne cesse d'agir, et m&#234;me d'agir plus fortement qu'autrefois, car il a maintenant pour r&#244;le de lancer une nouvelle science. L'absence de la philosophie marxiste est positivement affirm&#233;e, par exemple, dans la conf&#233;rence tenue en 1976, &#171; La transformation de la philosophie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte tardivement publi&#233; en France in Louis Althusser, Sur la philosophie, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette philosophie, dit Althusser au public espagnol, n'est pas &#171; tant une philosophie produite comme philosophie, qu'une nouvelle pratique de la philosophie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 174.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais la m&#234;me affirmation a &#233;t&#233; plusieurs fois exprim&#233;e depuis 1968. Il faut donc dire pr&#233;cis&#233;ment : apr&#232;s avoir tent&#233; de se donner des concepts, la philosophie marxiste y renonce finalement. Son concept n'adviendra jamais, en d&#233;pit de son fonctionnement en acte.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mode d'existence du concept ne se trouve pas exclusivement dans la philosophie marxiste. Dans son cours sur Machiavel tenu en 1962-1963&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Cours sur Machiavel 1962-1963 &#187;, Archives Imec (cote ALT2. A31-02).&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, Althusser le conna&#238;t d&#233;j&#224;, quand il traite du statut singulier de la &#171; th&#233;orie &#187; de Machiavel. D'un c&#244;t&#233; Machiavel appara&#238;t pr&#233;cis&#233;ment comme un &#171; th&#233;oricien &#187;, car c'est lui qui a fond&#233; la politique en tant qu'objet sp&#233;cifique : la politique est devenue pensable au sens strict du terme avec Machiavel. Mais de l'autre c&#244;t&#233; il n'a laiss&#233; aucun concept &#224; la tradition inspir&#233;e de lui. Dans la mesure o&#249; il s'agit de concepts, Machiavel, qui ne les a ni emprunt&#233;s ni invent&#233;s, n'est pas un &#171; th&#233;oricien &#187;, mais un &#171; empiriste &#187; de g&#233;nie comme Spinoza l'admet. D'o&#249; l'on peut conclure que le concept de Machiavel travaille en acte pour d&#233;gager la voie vers le nouveau savoir, et en m&#234;me temps n'a pas la forme propre du concept. Il est l&#224;, et absent dans le lieu o&#249; il travaille. C'est parce que Machiavel manque de concept qu'Althusser a m&#234;me pu situer sa pens&#233;e en-de&#231;a de la &#171; th&#233;orie &#187; classique de la politique. En ce sens, Machiavel est, comme Marx, &#171; en retard &#187; sur ce qu'il fait.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept qu'Althusser met sans cesse en cause a un mode d'existence ainsi caract&#233;ris&#233; par l'absence et le retard. Il faut remarquer aussi que le concept interrog&#233; a toujours pour objet un &#233;v&#233;nement particulier : le commencement. Dans &lt;i&gt;Lire Le Capital &lt;/i&gt;et les travaux &#171; autocritiques &#187;, le concept absent, en retard ou en avance, n'a de sens que par rapport au commencement d'une science. Et dans le cours sur Machiavel, sans parler de &lt;i&gt;Machiavel et nous, &lt;/i&gt;la &#171; th&#233;orie &#187; de Machiavel a pour objet le commencement d'un &#201;tat. Tout se passe comme si le concept n&#233;cessaire pour penser le commencement &#233;tait oblig&#233; d'exister sur un mode particulier. La difficult&#233; d'une mise en forme du concept ne fait qu'un, dans ce cours et ailleurs, avec la question du commencement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un petit texte &#233;nigmatique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crit en mai 1963 et publi&#233; en exergue des &#201;crits philosophiques et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est ici particuli&#232;rement &#233;loquent. Il est intitul&#233; tout simplement &#171; Introduction &#187;, intitul&#233; qui doit normalement s'ajouter &#224; un autre : au v&#233;ritable nom du livre dans lequel l'auteur s'exprime. Le titre &#171; Introduction &#187; ne dit rien en soi ni pour soi du contenu attendu du livre. N&#233;anmoins le contenu de cette &#171; Introduction &#187;, lui, nous fait prendre tr&#232;s naturellement ce faux titre pour un vrai titre du texte tel quel. Il a pour th&#232;me le commencement le commencement de la philosophie, et la place privil&#233;gi&#233;e du commencement dans la philosophie. La philosophie toute enti&#232;re est dans le commencement, &#171; comme la mer dans une poign&#233;e de son eau, comme le Christ entier dans cette goutte de son sang &#187;. &#171; Sa mani&#232;re de commencer d'&#234;tre n'est que l'&#234;tre du commencement. C'est pourquoi son commencement la hante, jusqu'&#224; ce qu'elle se soit reconnue comme n'&#233;tant rien que le commencement m&#234;me &#187;. Si la philosophie enti&#232;re est dans son commencement, et si la philosophie n'est rien d'autre que l'&#234;tre du commencement comme tel, l'introduction, ce pr&#234;te-nom du commencement, n'a plus besoin de suite, elle n'a besoin que d'elle-m&#234;me. Le pur commencement fait obstacle &#224; la pr&#233;sence du texte, et tient ce dernier &#233;ternellement au bord de la pr&#233;sence. Le texte est toujours en attente de son apparition, il reste &#224; venir. Il est d&#233;j&#224; l&#224; dans son commencement, et pourtant n'est pas encore l&#224; comme texte.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En g&#233;n&#233;ralisant ce rapport de l'introduction et du texte, on peut dire que le commencement emp&#234;che le concept d'avoir la forme du concept. Le commencement, &#233;branlant l'&#233;vidence ou l'univocit&#233; de l'existence du concept, rend possible la question : comment le concept peut-il exister ? C'est parce que son existence ne va pas de soi qu'on peut mettre en question sa &#171; forme &#187; ou son mode d'existence. En ce sens, le commencement n'est pas chez Althusser l'un des concepts, mais un dispositif qui ouvre une sorte d'ontologie du concept. Comme concept, le commencement a un mode d'existence qu'il met en question lui-m&#234;me. Voil&#224; ce que trouve dans la &lt;i&gt;Grande Logique &lt;/i&gt;de Hegel l'Althusser du m&#233;moire de DES. Ce travail de jeunesse charge d'un sens d&#233;cisif cette phrase de Hegel : &#171; le commencement n'est rien, et doit devenir quelque chose. Le commencement est un n&#233;ant pur, mais un n&#233;ant dont quelque chose doit sortir &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Phrase cit&#233;e dans &#171; Du contenu dans la pens&#233;e de G.W.F ? Hegel &#187;, &#201;crits (&#8230;)&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. D'un c&#244;t&#233; le commencement n'est rien, et donc il n'existe pas, comme l'Althusser de 1968 l'affirmera &#233;galement dans un texte publi&#233; avec &#171; L&#233;nine et la philosophie &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sur le rapport de Marx &#224; Hegel &#187; in Louis Althusser, L&#233;nine et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et pourtant, de l'autre c&#244;t&#233;, ce commencement, incarn&#233; par la &lt;i&gt;Grande Logique, &lt;/i&gt;repr&#233;sente d&#233;j&#224;, en tant que l'entendement de Dieu &#171; tel qu'il &#233;tait avant la cr&#233;ation du monde&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expression de la Grande Logique de Hegel, cit&#233;e dans &#171; Du contenu ... &#187;, p. 102.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, tout le contenu du monde cr&#233;&#233;. Certes le commencement h&#233;g&#233;lien n'emp&#234;che pas le monde d'exister. Mais, puisqu'il se situe &#171; avant &#187; la cr&#233;ation du monde, ce commencement est &#171; absent &#187; dans le monde o&#249; il travaille. Au sens fort du terme, il n'&#171; existe &#187; qu'&#224; la Fin du monde. Le commencement nomm&#233; &#171; Logique &#187; est donc lui aussi d&#233;j&#224; l&#224;, et pourtant il n'est pas encore l&#224;. C'est la question du commencement qui fraie la voie, pour le concept, &#224; ce mode d'existence particulier. Et en ce sens, le commencement se distingue du concept d'Origine, qui impose sa pr&#233;sence &#224; la philosophie et explique par son existence la gen&#232;se du monde. A la diff&#233;rence de l'Origine, le commencement n'explique rien en soi, mais &#171; fonctionne &#187; tout simplement. Pour la philosophie althuss&#233;rienne, ce fonctionnement consiste &#224; l'amener vers l'ontologie du concept.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ontologie n'est pas &#233;crite pourtant, sous la forme explicite de la th&#233;orie, dans les travaux d'Althusser. Elle n'exprime sa sp&#233;cificit&#233; que dans les tendances immanentes que l'auteur nous montre lorsqu'il r&#233;fl&#233;chit au lien entre le concept et le temps. C'est le th&#232;me immanent et consistant de la temporalit&#233; du concept qui prend le relais de la question ouverte par le commencement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le temps se subdivise en trois modes : le pass&#233;, le pr&#233;sent et le futur. Mais la fa&#231;on d'agencer ces trois temps n'&#233;tant pas univoque, on peut discerner, dans le cas d'Althusser, deux temporalit&#233;s, dont chacune arrange diff&#233;remment un assemblage du pass&#233;, du pr&#233;sent et du futur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re temporalit&#233;, le temps a un horizon absolu : le pr&#233;sent. Dans cet horizon, tout est pr&#233;sent, et le pass&#233; et le futur ne sont que deux dimensions relatives au pr&#233;sent. C'est en ce sens qu'Althusser &#233;crit : &#171; l'id&#233;ologie n'a pas d'histoire &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Id&#233;ologie et appareils id&#233;ologiques d'&#201;tat &#187; dans Louis Althusser, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pourtant cela ne signifie pas n&#233;cessairement que le pr&#233;sent horizontal co&#239;ncide avec le pr&#233;sent &#233;ternel de Platon, ou avec le pr&#233;sent du concept h&#233;g&#233;lien qui impr&#232;gne tous les d&#233;veloppements historiques. Car cet horizon admet l'ind&#233;pendance des &#171; &#233;poques &#187;, et donc leurs &#171; coupures &#187;. On peut dire seulement que la plus grande &#233;poque, le pr&#233;sent le plus &#233;tendu, correspond &#224; l'&#233;ternit&#233; platonicienne ou au pr&#233;sent h&#233;g&#233;lien. Le pr&#233;sent horizontal est capable tout au plus de former la contemporan&#233;it&#233; d'une &#233;poque. L'id&#233;ologie capitaliste ne d&#233;clare pas que le capitalisme a exist&#233; depuis la cr&#233;ation du monde, mais raconte une histoire, son origine &#224; sa mani&#232;re, en demeurant contemporaine de soi, pour qu'on ne d&#233;passe pas l'horizon de son pr&#233;sent. Le pass&#233;, pour cet horizon, est une pr&#233;histoire que l'&#233;poque actuelle d&#233;couvre &#171; apr&#232;s coup &#187;. Et la succession des &#233;poques s'impose comme alternance des pr&#233;sents dans l'histoire. A ce niveau, le pass&#233; n'est qu'un autre pr&#233;sent. Relativement au pass&#233;, l'id&#233;ologie parle peu du futur, ou, n'ayant pas d'histoire, croit plut&#244;t que le pr&#233;sent dure &#233;ternellement. Mais elle n'exclut pas qu'un autre pr&#233;sent existera dans le futur comme une nouvelle &#232;re. De l&#224; suit que dans l'horizon absolu du pr&#233;sent, le pass&#233; et le futur sont &#171; domin&#233;s &#187; par le pr&#233;sent. Le pr&#233;sent domine le pass&#233; et le futur, mais ne mesure pas lui-m&#234;me, ni ne d&#233;limite les &#171; &#233;poques &#187;. Car il y a toujours un plus vaste pr&#233;sent qui r&#233;sorbe tel ou tel pr&#233;sent. Le pr&#233;sent se serre, se dilate, et les pr&#233;sents se m&#233;langent l'un l'autre, s'enveloppent l'un dans l'autre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Althusser d&#233;crit la modalit&#233; la plus pure de cet horizon dans son &#171; Avant-propos &#187; singulier d'un texte in&#233;dit de 1976&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seul l' &#171; Avant-propos &#187; de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233;, sous le titre &#171; Une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est une parodie du &lt;i&gt;Banquet &lt;/i&gt;de Platon qui fait dialoguer une dizaine de philosophes, Socrate, Malebranche, Kant, etc., sur le dialogue philosophique. Mais, &#224; la diff&#233;rence du &lt;i&gt;Banquet, &lt;/i&gt;rien d'effectif n'est discut&#233;, car il n'y a entre les philosophes aucun consensus sur la fa&#231;on de lancer et de faire avancer leur discussion. Chacun intervenant &#224; son gr&#233;, le Banquet d'Althusser se termine avant que rien ne commence. Par ailleurs, il ne donne aucun signe de commencement. Lorsque Althusser se met &#224; rapporter le dialogue, il &#233;crit : &#171; la chose s'est faite toute seule&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Digraphe, n&#176;66, p. 55.&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Dans ce Banquet, les philosophes &#171; &#233;taient l&#224; sans &#226;ge ni temps, sans histoire, (...) ils&lt;strong&gt; &lt;/strong&gt;y perdent tout sens du pass&#233; et de l'avenir, c'est-&#224;-dire, (...) du pr&#233;sent. D'o&#249; cette fraternit&#233; du m&#233;lange des &#226;ges, qui les rendait tous contemporains de chacun. Le grand d&#233;sordre des temps dans le d&#233;sordres des id&#233;es !&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., pp. 55-56.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Le pr&#233;sent effectue sa domination sur les deux autres temps au prix d'une mise en d&#233;sordre de soi-m&#234;me. &#201;largissant et r&#233;duisant son horizon, le pr&#233;sent couvre une surface du temps, de sorte qu'un fond se forme o&#249; tous les morts et tous les vivants sont contemporains.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1967, &#224; travers des modifications de d&#233;finition, Althusser ne cesse de dire que la philosophie constitue un champ de bataille o&#249; s'affrontent des tendances. Dans ce &lt;i&gt;Kampfplatz, &lt;/i&gt;toute th&#232;se vise une place toujours d&#233;j&#224; occup&#233;e par son adversaire. L'&#171; Avant propos &#187; nous enseigne alors un aspect temporel de cette guerre de positions : occuper une place, c'est en m&#234;me temps &#233;voquer, exhumer le pass&#233; et les morts, parce que la place est occup&#233;e depuis toujours : pour occuper, il faut d'abord d&#233;gager un espace, et pour le d&#233;gager, il faut se mettre aux prises avec les occupants. La strat&#233;gie principale de cette guerre consiste &#224; encercler un d&#233;tour par un autre d&#233;tour plus vaste, &#224; remonter dans un pass&#233; plus ancien que l'adversaire, comme le note Althusser dans les &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'autocritique : &lt;/i&gt;le travail philosophique, dit-il, &#171; requiert lui-m&#234;me et recul et d&#233;tour&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;l&#233;ments d'autocritique, p. 67.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Althusser, lui, a fait un d&#233;tour en ressuscitant Spinoza, pour atteindre la place occup&#233;e par le marxisme de l'&#233;poque, lequel faisait un d&#233;tour vers le Jeune Marx. Marx avait d&#233;j&#224; fait son d&#233;tour en retournant &#224; Hegel, pour occuper la place de Feuerbach. Mais la tentative d'envelopper un contour par un autre redouble n&#233;cessairement la confusion constitutive de l'horizon. Plus la guerre est intensive, plus la confusion du temps est forte, et plus la domination du pr&#233;sent se stabilise. Car cette domination est synonyme de la plasticit&#233; du pr&#233;sent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Althusser s'en &#233;tait d&#233;j&#224; avis&#233;, au plus tard quand il pr&#233;parait son cours sur Feuerbach en 1967&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sur Feuerbach &#187;, &#201;crits philosophiques et politiques, T.II.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce cours, Feuerbach incarne toutes les caract&#233;ristiques du champ de bataille philosophique. D'un c&#244;t&#233;, c'est un philosophe essentiellement &#171; anachronique &#187; : il se rapporte &#224; Hegel, en-de&#231;a de ce dernier, par le biais du XVIII&#232;me si&#232;cle ; il se rapporte &#224; Diderot-Rousseau, en reculant vers Descartes ; et il lit Descartes dans la scolastique et dans Aristote. De l'autre c&#244;t&#233;, c'est un philosophe qui anticipe presque toute la d&#233;marche de la philosophie moderne. Sa th&#233;orie de la conscience de soi et de l'objet anticipe parfaitement la m&#233;thode de r&#233;duction husserlienne, et m&#234;me le &#171; &lt;i&gt;Welt &#187; &lt;/i&gt;de Heidegger. Et sa th&#233;orie de l'hallucination id&#233;ologique anticipe Freud et Nietzsche, et m&#234;me la th&#233;orie marxiste de l'id&#233;ologie. Il nous donne la matrice de toute la philosophie ult&#233;rieure. Il pratique la strat&#233;gie principale de la guerre philosophique, et d&#233;montre la justesse de cette strat&#233;gie. L'horizon absolu est nettement install&#233;. Il est fond&#233; par une simple formule : l'essence du sujet est son objet. Althusser d&#233;duit de cet horizon tous les croisements feuerbachiens o&#249; l'anachronisme et l'anticipation vont de pair. Cet horizon r&#233;git la temporalit&#233; feuerbachienne.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la deuxi&#232;me temporalit&#233;, c'est le pass&#233; et le futur qui dominent le pr&#233;sent. Althusser souligne souvent que la menace d'un retour du stalinisme est actuelle : le XX&#232;me Congr&#232;s du PCUS a dissimul&#233;, au fond, les erreurs de Staline, par son recours au concept de &#171; culte de la personnalit&#233; &#187;, concept qui, n'&#233;tant pas scientifique, est introuvable dans la th&#233;orie marxiste ; le stalinisme est devenu ainsi un refoul&#233; qui peut toujours faire retour ; l'&#171; humanisme &#187; th&#233;orique n'est qu'un sympt&#244;me de son retour. Le pass&#233; nomm&#233; stalinisme &#171; domine &#187; la conjoncture th&#233;orique actuelle au travers de l'humanisme. Et le pass&#233; dit &#171; scission sino-sovi&#233;tique &#187; &#233;galement. La domination ne porte pas seulement sur la th&#233;orie mais aussi sur le mouvement ouvrier international : le stalinisme et la scission sino-sovi&#233;tique sont deux pass&#233;s qui constituent l'actualit&#233; marxiste, &#224; la fois th&#233;orique et politique. Pour le futur, tous les marxistes reconna&#238;traient son primat sur le pr&#233;sent sous la forme du crit&#232;re de la pratique : bien que la &#171; ligne &#187; soit conduite par l'analyse de la conjoncture pr&#233;sente, sa justesse doit &#234;tre d&#233;montr&#233;e par la pratique future : la d&#233;monstration rel&#232;ve de la comp&#233;tence du futur, et le d&#233;voilement est toujours diff&#233;r&#233;, car la justesse consiste &#224; &#234;tre capable d'imposer une nouvelle ligne. En cons&#233;quence, dit Althusser, &#171; le prol&#233;tariat est oblig&#233; de vivre sur le mode de l'anticipation &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Note intitul&#233;e &#171; Sur l'h&#233;g&#233;monie selon Gramsci &#187;, qui fait partie du projet (&#8230;)&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour le prol&#233;tariat, le futur est actuel dans le parti.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps dans lequel le pass&#233; et le futur dominent le pr&#233;sent, c'est donc le temps propre &#224; la &#171; pratique &#187;. La pratique a lieu dans un espace entre le pass&#233; et le futur, et elle existe l&#224; comme domination de ces deux modes du temps sur le pr&#233;sent. C'est ici peut-&#234;tre que s'&#233;claire la sp&#233;cificit&#233; de la &#171; loi tendancielle &#187;. Cette loi, concernant le cours du temps du pass&#233; au futur, n'assure pas pourtant, &#224; la diff&#233;rence de la loi physique, qu'un fait soit accompli si la condition est remplie ; elle n'indique qu'un &#171; sens &#187;. Selon une expression d'Althusser, l&#224; o&#249; cette loi est valide, &#171; les choses ne se font pas toutes seules &#187;, &#171; elles n'iront pas toutes seules jusqu'au bout &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Projet d' interview pour une revue polonaise, 1974, Archives Imec (cote (&#8230;)&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La loi qui met en rapport le pass&#233; et le futur par del&#224; le pr&#233;sent, est soumise &#224; la pratique. La loi qui parle du futur au nom du pass&#233;, qui assigne le sens du pr&#233;sent au futur, confie son effectuation &#224; la pratique. Disons donc qu'elle exprime un lien immanent entre la pratique et une temporalit&#233;, et qu'elle est un indice de l'existence d'une autre temporalit&#233; que celle du champ de bataille o&#249; &#171; la chose s'est faite toute seule &#187;. On peut dire la m&#234;me chose &#224; propos du commencement. Comme l'&#171; Avant propos &#187; de 1976 nous le montre, rien ne commence l&#224; o&#249; r&#232;gne la premi&#232;re temporalit&#233; : dans le champ de bataille philosophique, la chose est toujours d&#233;j&#224; commenc&#233;e, et rien de nouveau ne peut commencer, car le pr&#233;sent est en &#233;tat d'&#233;largir ind&#233;finiment son horizon. Pour que quelque chose puisse commencer, le pr&#233;sent plastique doit se retirer de la sc&#232;ne, et le pass&#233; et le futur doivent appara&#238;tre chacun en tant que fin d'un pass&#233; et commencement d'un futur, m&#234;me si le passage entre les deux n'est pas encore assur&#233;. La difficult&#233; du passage, elle, provient du fait que le pass&#233; et le futur exercent concuremment une seule et m&#234;me domination sur le pr&#233;sent. Le commencement n'est rien d'autre qu'une chose qui ne se fait pas toute seule entre le pass&#233; et le futur.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pass&#233; et le futur n'existent pas comme deux temps s&#233;par&#233;s par un tiers, le pr&#233;sent. Si le pr&#233;sent intervenait ainsi pour d&#233;limiter le pass&#233; et le futur, il dominerait encore ces deux temps. La dominance du pass&#233;-futur ne se r&#233;alise que dans la division du pr&#233;sent en deux temps. Ce sont le pass&#233; et le futur qui viennent diviser le pr&#233;sent. Leur domination est une pratique qui, au moment d'une division, arrache son existence &#224; un pr&#233;sent, et au m&#234;me moment la donne &#224; un pass&#233; et &#224; un futur. C'est pourquoi on peut dire que dans cette temporalit&#233; le pass&#233; et le futur sont dominants. Elle devient le temps-Ai&#244;n, analys&#233; par V. Goldschmidt, puis par G. Deleuze&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Victor Goldschmidt, Le syst&#232;me sto&#239;cien et l'id&#233;e de temps, Vrin, 1953. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Dans ce temps, insistent ou subsistent un futur et un pass&#233; qui divisent &#224; chaque instant le pr&#233;sent, qui le subdivisent &#224; l'infini. On peut donc dire &#233;galement que ce temps a besoin d'un pr&#233;sent comme objet sur lequel agir, et que c'est ce pr&#233;sent domin&#233; qui fonde &#171; la conjoncture &#187; proprement althuss&#233;rienne. Au moment de leur intervention, le pass&#233; et le futur co&#239;ncident dans l'instant sans &#233;paisseur, de sorte que la diff&#233;rence infinit&#233;simale du pass&#233; et du futur redonne une consistance &#224; l'instant qui est la conjoncture.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Althusser fait jouer ce m&#233;canisme, par exemple, dans son projet de livre sur l'Imp&#233;rialisme de 1973&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dossier sur &#171; l'imp&#233;rialisme &#187;, compos&#233; d'une quinzaine de textes, Archives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Avortant apr&#232;s un travail intensif de l'auteur pendant quelques mois, ce projet porte ici clairement la marque d'une infinit&#233; de la division et d'une consistance renouvel&#233;e du pr&#233;sent. La &#171; conjoncture &#187; qu'Althusser tente d'analyser pr&#233;sente deux aspects principaux. D'abord l'&#233;tat actuel de la domination de la bourgeoisie qui a fait &#171; &#233;chouer &#187; les tentatives d'Althusser pour animer la philosophie marxiste. Il confirme, dans une note&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Temps de l'autocritique &#187;, note dactylographi&#233;e, 1973, dans le dossier &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, que &#171; la philosophie marxiste n'existe toujours pas, pas encore &#187;, malgr&#233; son &#171; essence de droit &#187; et les efforts des althuss&#233;riens. Cette inexistence de fait ne peut plus &#234;tre expliqu&#233;e par un simple &#171; retard &#187; de toute philosophie sur la science. Elle doit &#234;tre imput&#233;e &#224; &#171; l'influence de l'id&#233;ologie bourgeoise &#187; actuelle donc il faut l'expliquer, en g&#233;n&#233;ralisant, &#224; partir de la domination de la bourgeoisie, plus pr&#233;cis&#233;ment de l'imp&#233;rialisme. Le deuxi&#232;me aspect de la conjoncture est le Programme Commun des communistes et des socialistes qui &#233;tait alors &#224; l'ordre du jour. Les communistes justifient le Programme par leur th&#233;orie officielle du &#171; Capitalisme Monopoliste d'&#201;tat &#187;, qui n'est, pour Althusser, qu'une th&#233;orie bourgeoise. Il faut donc la remplacer par la th&#233;orie l&#233;niniste de l'imp&#233;rialisme. Ces deux aspects principaux nous imposent de r&#233;pondre imm&#233;diatement &#224; une question fondamentale : qu'est-ce que l'imp&#233;rialisme ? Tout le monde conna&#238;t la formule de L&#233;nine : &#171; le stade supr&#234;me du capitalisme &#187;. Mais qu'est-ce que cela signifie : le &#171; stade supr&#234;me &#187; ? Au sens pr&#233;cis du terme russe, cela veut dire le &#171; point culminant &#187;, plut&#244;t que le &#171; dernier stade &#187;. Et le &#171; point culminant &#187; indique que nous sommes devant la &#171; bifurcation &#187;, &#171; la crois&#233;e des chemins &#187;. C'est la bifurcation m&#234;me, entre le socialisme et le capitalisme, qui forme la substance de l'imp&#233;rialisme. L'imp&#233;rialisme est ainsi divis&#233; en socialisme et capitalisme. Mais la division ne s'arr&#234;tant pas, Althusser pose une autre question : qu'est-ce que le socialisme ? et il y r&#233;pond en le divisant de nouveau. Le socialisme n'existe pas : il n'est qu'une transition du capitalisme au communisme, et donc il se d&#233;finit comme une coexistence contradictoire du capitalisme et du communisme. Selon la m&#234;me logique, le capitalisme est divis&#233; en f&#233;odalisme et communisme, et il se donne une existence comme coexistence de ces deux derniers. Althusser conclut : &#171; il faut d'ailleurs aller beaucoup plus loin. Toute formation sociale, quelle qu'elle soit, est en transit ou transition ou voyage dans l'histoire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte sans titre, dat&#233; des 17-18 ao&#251;t 1973, dans le dossier sur &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Ici, la conjoncture, existant assur&#233;ment comme objet concret de l'analyse, est subdivis&#233;e en pass&#233; et futur, et l'on voit son contour tomber dans le vague, voire se dissoudre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une analyse-division du pr&#233;sent a pour effet de produire une autre s&#233;rie de questions. Si le socialisme n'est qu'une coexistence du capitalisme et du communisme, il faut dire que le communisme, futur du socialisme, existe d&#233;j&#224; dans le socialisme, et donc poser une question : &#171; &#224; partir de quand est-ce que commence &#224; exister le communisme ? &#187; Althusser r&#233;pond &#171; d&#232;s que le mode de production capitaliste existe &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Parce que le capitalisme existe d&#233;j&#224; comme coexistence du f&#233;odalisme et du communisme. Mais si le communisme commence &#224; exister avec le capitalisme, est-ce qu'il n'existe pas d&#233;j&#224; dans le f&#233;odalisme ? Car le f&#233;odalisme doit &#234;tre une coexistence de l'esclavagisme et du capitalisme... Le communisme remonte ainsi dans l'histoire jusqu'&#224; la soci&#233;t&#233; primitive. Au fil d'une m&#234;me logique, le capitalisme prolonge lui aussi son commencement vers le pass&#233;. &#171; Il ne faut pas se faire d'illusions sur l'existence de rapports marchands dans les modes de production pr&#233;-capitalistes : ils sont toujours, `comme les dieux d'&#201;picure' dans les trous (ou &#224; la surface) de la soci&#233;t&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les &#171; modes de production &#187; perdent enfin leurs dimensions chronologiques, et deviennent des tendances perp&#233;tuellement coexistantes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au terme d'une division o&#249; toutes les &#171; &#233;poques &#187; se dissolvent, la conjoncture reprend consistance : le pr&#233;sent ramasse, en cons&#233;quence du devenir tendances des modes de production, toutes les possibilit&#233;s de l'histoire, que ce soit du communisme ou de la d&#233;cadence romaine : il devient lui-m&#234;me un point culminant de l'histoire. En principe, tout est possible dans la conjoncture pr&#233;sente. C'est l'ensemble des possibles qui forme et d&#233;finit le pr&#233;sent. Nous avons vu que la domination du pr&#233;sent enl&#232;ve au pr&#233;sent la capacit&#233; d'ordonner le temps ; le pr&#233;sent domine le pass&#233; et le futur au prix d'une mise en d&#233;sordre du temps. Nous voyons ici la domination du pass&#233; et du futur perdre le pouvoir de d&#233;limiter le temps, et le rendre au pr&#233;sent : le pass&#233; et le futur, subdivisant le pr&#233;sent, re&#231;oivent une puissance de le dominer, mais, en cons&#233;quence d'une infinit&#233; de la division, deviennent eux-m&#234;mes des tendances illimit&#233;es et donc incapables de d&#233;finir un pr&#233;sent. Chaque tendance participe de droit au m&#234;me titre &#224; la constitution du pr&#233;sent : il n'y a plus de tendance, ni de combinaison de tendances qui puisse nous dire quel avenir est sp&#233;cifiquement possible en ce moment. C'est maintenant au pr&#233;sent lui-m&#234;me de le dire. Certes, si tout est possible, rien n'est d&#233;limit&#233;. Mais la conjoncture, o&#249; tout est possible, engendre tout d'abord la possibilit&#233; de d&#233;limiter le temps. La conjoncture est un lieu o&#249; le temps vient se d&#233;limiter lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour la facilit&#233; de l'expos&#233;, appelons la premi&#232;re temporalit&#233; &#171; Temps de la th&#233;orie &#187;, et la seconde &#171; Temps de la pratique &#187;. Nous n'entrerons pas ici dans la question complexe de l'articulation de la th&#233;orie et de la pratique : ces deux appellations ne sont justifi&#233;es que par le fait que, nous l'avons vu, la &#171; pratique &#187; est dot&#233;e, dans le dispositif althuss&#233;rien, de la seconde temporalit&#233;. Ce qui est important, c'est que, dans ce dispositif, la &#171; pratique &#187;, la &#171; conjoncture &#187; et le &#171; commencement &#187; ont en partage le m&#234;me temps, et s'opposent au &#171; champ de bataille &#187; philosophique o&#249; r&#232;gne l'autre temps : et c'est surtout que le concept implique ces deux temps dans sa fonction. Comme &#233;l&#233;ment de la bataille philosophique, le concept est soumis au Temps de la th&#233;orie, et comme &#233;l&#233;ment d'une pratique sp&#233;cifique, dite &#171; pratique th&#233;orique &#187;, il d&#233;roule le Temps de la pratique. C'est donc en tant que synth&#232;se de ces deux temps que le concept vient d&#233;limiter la conjoncture.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que signifie cette synth&#232;se des deux temps ? Comment sont-ils articul&#233;s dans le concept ? Pour le Temps de la th&#233;orie, il n'est pas difficile de le voir agir dans les concepts, puisque, dans la mesure o&#249; le concept est philosophique, il se trouve dans le champ de bataille r&#233;gi par ce temps, il vit le Temps de la th&#233;orie dans son &#171; combat &#187; avec l'ennemi, c'est-&#224;-dire dans son rapport avec les autres concepts ; m&#234;me avec ses &#171; amis &#187;, il noue le m&#234;me rapport temporel. Le champ de bataille capture et int&#233;riorise tous les concepts, pass&#233;s ou pr&#233;sents, dans son pr&#233;sent dominant, au point qu'il semble m&#234;me que le Temps de la pratique ne soit pas pertinent pour le concept philosophique. Mais le Temps de la th&#233;orie ne se d&#233;roule que dans le rapport des concepts, c'est-&#224;-dire n'agit qu'entre les concepts.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, on peut discerner dans la r&#233;flexion althuss&#233;rienne sur la philosophie comme lutte de classes, deux dimensions diff&#233;rentes : l'une qui fait s'opposer une th&#232;se &#224; l'autre, et qui met ainsi les concepts en rapport conflictuel, et l'autre qui pose la question de ce qui compose &lt;i&gt;un &lt;/i&gt;concept. Par rapport &#224; la premi&#232;re, qui se d&#233;veloppera comme id&#233;e du &lt;i&gt;Kampfplatz, &lt;/i&gt;la deuxi&#232;me dimension est certainement moins &#233;vidente et se cache souvent derri&#232;re la premi&#232;re : elle appara&#238;t &#224; travers la question du &lt;i&gt;corps &lt;/i&gt;du concept. Par exemple, &#233;crit Althusser : &#171; Lorsque L&#233;nine dit : pour redresser le b&#226;ton, il faut le courber dans l'autre sens, il refuse l'id&#233;ologie de l'efficacit&#233; de la v&#233;rit&#233; pure. Il reconna&#238;t que &lt;i&gt;les id&#233;es ont un corps, &lt;/i&gt;qui r&#233;siste, qu'elles ont une existence mat&#233;rielle (...) Pour changer les id&#233;es, il ne suffit pas de 'dire la v&#233;rit&#233;', il faut modifier &lt;i&gt;le rapport de forces qui donne aux id&#233;es (fausses, vraies) leur existence sociale &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Projet d' entretien avec Luis Crespo et Juan Senent-Josa, 1974, Archives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &lt;/i&gt;Le concept est compos&#233; d'une sorte de force, plus pr&#233;cis&#233;ment de rapport de forces. On doit signaler aussi que, dans plusieurs textes, Althusser insiste sur l'existence &lt;i&gt;du corps &lt;/i&gt;de l'id&#233;ologie, en assimilant l'appareil id&#233;ologique d'&#201;tat &#224; ce corps, et qu'il essaie de r&#233;duire cet appareil &#224; un rapport de forces qui est la lutte de classes. Le terme de corps indique un ramassement des forces sous l'id&#233;e, qu'elle soit concept ou notion id&#233;ologique. Et le corps est infiniment divisible comme le Temps de la pratique. C'est ce point l&#224;, semble-t-il, qu'Althusser met en avant dans sa r&#233;flexion sur les tendances id&#233;alistes ou mat&#233;rialistes en philosophie. &#171; Il n'y a ni philosophie id&#233;aliste, ni philosophie mat&#233;rialiste absolument pures, ne serait-ce que parce que chaque philosophie doit, pour occuper ses propres positions de classe th&#233;oriques, investir celles de son adversaire principal &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;ponse &#224; John Lewis, p. 45 (note 20).&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Et il confirme : &#171; Une cat&#233;gorie est-elle id&#233;aliste ou mat&#233;rialiste ? Dans bien des cas, il faut r&#233;pondre par le mot de Marx : '&#231;a d&#233;pend'&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 58 (note 32).&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. On retrouve la m&#234;me analyse dans &lt;i&gt;Sur la philosophie.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur la philosophie, op. cit. pp. 51-52.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;On peut et on doit croire que toute tendance est en soi plusieurs tendances, et qu'on peut diviser infiniment la tendance, et donc &#233;galement le rapport de forces, ce corps du concept. M&#234;me s'il n'y a en droit que deux tendances : dominante et domin&#233;e, mat&#233;rialiste et id&#233;aliste, on ne peut pas substantiellement d&#233;sintriquer deux tendances-forces. L'intrication est telle qu'il est impossible de distinguer deux forces ultimes, ou d'atteindre une force pure. En ce sens &#233;galement, &#171; l'heure de la d&#233;termination en derni&#232;re instance ne sonne jamais &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Contradiction et surd&#233;termination &#187;, Pour Marx, 1965, p.113. La phrase est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;i&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;/i&gt;Le Temps de la pratique se rapporte au concept &#224; travers cette division du corps du concept. En fait, les deux tendances majeures ne repr&#233;sentent-elles pas le pass&#233; et le futur ? Si la tendance mat&#233;rialiste, finalement introduite dans la philosophie par le prol&#233;tariat, s'investit du temps de cette classe, c'est-&#224;-dire du futur, alors la tendance id&#233;aliste, ce vecteur &#171; r&#233;actionnaire &#187;, n'int&#233;riorise-t-elle pas le pass&#233; ? On peut m&#234;me consid&#233;rer la division infinie des tendances comme un effet ou une fonction du Temps de la pratique qui subdivise le pr&#233;sent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Temps de la th&#233;orie et le Temps de la pratique s'articulent dans le devenir-concept des forces. Althusser propose parfois de traduire le terme allemand &lt;i&gt;Begriff &lt;/i&gt;par &#171; prise &#187;, plut&#244;t que par &#171; concept &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Parmi les textes publi&#233;s, voir &#171; Soutenance d'Amiens &#187;, Positions, p. 147, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Et, selon lui, le verbe &#171; prendre &#187; de cette &#171; prise &#187; doit &#234;tre, dans le cas de la philosophie, intransitif. Le concept d'une science, le concept ayant un objet, &#171; saisit &#187;, &#171; prend &#187; cet objet dans une relation transitive, quelle que soit la nature gnos&#233;ologique de cette relation. Il est &#171; prise &#187; de son objet. Pour la philosophie par contre, qui n'a pas d'objet, qui n'a pas quelque chose &#224; prendre en ce sens, le concept &#171; prend &#187; comme l'eau &#171; prend &#187; et devient glace, comme la mayonnaise &#171; prend &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb40&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Le courant souterrain du mat&#233;rialisme de la rencontre &#187;, p.542 et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh40&#034;&gt;40&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si l'on tient &#224; une transitivit&#233; du prendre, il est possible de dire que le concept prend une forme. Mais la forme prise ne peut pas &#234;tre une forme de quelque chose d'autre que le concept. La &#171; glace &#187; et la &#171; mayonnaise &#187; &#233;tant &#233;videmment des m&#233;taphores du corps du concept, l'intransitivit&#233; du &#171; prendre &#187; nous renvoie aux forces qu'Althusser identifie aux composantes du concept. C'est un rapport de forces qui prend la forme du concept, et qui donc &#171; prend &#187; comme la mayonnaise : le concept philosophique est une &#171; prise &#187; des forces. Dans ce devenir-concept des forces, le Temps de la pratique se donne un &lt;i&gt;agent &lt;/i&gt;de son effectuation, qui est le concept. Et dans les formes, une fois prises, se mettant en rapport, le Temps de la th&#233;orie trouve son &lt;i&gt;lieu &lt;/i&gt;de d&#233;roulement. Bref, le corps du concept et sa forme ont chacun l'une des deux temporalit&#233;s. Entre les agents du combat philosophique et leur champ de bataille, il n'y pas de temps partag&#233;. Mais, puisqu'il n'y a pas de concept sans forme, ni de concept sans corps, les deux Temps n'agissent finalement qu'en m&#234;me temps.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette simultan&#233;it&#233; qui constitue le temps proprement althuss&#233;rien. On peut m&#234;me penser qu'il forme une troisi&#232;me temporalit&#233;. Car, tant qu'il s'agit du concept philosophique, les deux Temps ne peuvent pas se r&#233;aliser s&#233;par&#233;ment, et donc leurs effets ne sont, en r&#233;alit&#233;, qu'effets de leur simultan&#233;it&#233;. Autrement dit, ces effets sont produits par le fait que le pr&#233;sent se divise en pass&#233; et futur, en m&#234;me temps qu'il enveloppe le pass&#233; et le futur. Cela &#233;tant naturellement impossible par et dans une signification univoque du concept, la simultan&#233;it&#233; des deux temporalit&#233;s s'exprime plut&#244;t dans l'&#233;quivocit&#233; temporelle de certains concepts. Tel est le cas du concept philosophique, qu'Althusser a &#171; d&#233;couvert &#187; dans &lt;i&gt;Le Capital, &lt;/i&gt;c'est-&#224;-dire le concept qui est d&#233;j&#224; l&#224;, et pourtant n'est pas encore l&#224;. D'un c&#244;t&#233; le &#171; d&#233;j&#224; l&#224; &#187; veut dire que le concept, qu'il soit &#171; tout structur&#233; &#187; ou &#171; causalit&#233; structurale &#187;, contr&#244;le et domine actuellement une science tout enti&#232;re, et le &#171; pas encore l&#224; &#187; vient pousser le pr&#233;sent de ce concept au-del&#224; de la pr&#233;sence du texte, et diff&#233;rer le commencement de la philosophie repr&#233;sent&#233;e par ce concept. De l'autre c&#244;t&#233; le &#171; d&#233;j&#224; l&#224; &#187; se pr&#233;tend &#171; d&#233;j&#224; pass&#233; &#187;, et le &#171; pas encore l&#224; &#187; assure que c'est le pr&#233;sent althuss&#233;rien qui rend possible le futur de Marx, et qui ramasse les &#233;l&#233;ments &#171; d&#233;j&#224; pass&#233;s &#187; du marxisme dans le travail pr&#233;sent. C'est que lorsque le Temps de la th&#233;orie domine le &#171; d&#233;j&#224; l&#224; &#187;, le Temps de la pratique intervient en tant que &#171; pas encore l&#224; &#187;, et lorsque le Temps de la pratique manipule le &#171; d&#233;j&#224; l&#224; &#187;, le Temps de la th&#233;orie s'affirme en tant que &#171; pas encore l&#224; &#187;. En tout cas, les deux temporalit&#233;s ne permettent pas l'annulation d'une distance entre le &#171; d&#233;j&#224; l&#224; &#187; et le &#171; pas encore l&#224; &#187;, ni donc le rattrapage du &#171; retard &#187;, et produisent le mode d'existence et la fonction proprement althuss&#233;riens du concept philosophique.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'on peut tirer une autre cons&#233;quence : la troisi&#232;me temporalit&#233; n'est que le temps de la r&#233;p&#233;tition. Une fois r&#233;alis&#233;e la dominance du pr&#233;sent par la forme du concept, le corps du concept se met &#224; diviser ce pr&#233;sent ; et d&#232;s que la division du pr&#233;sent fait de la conjoncture l'ensemble des possibles temporellement illimit&#233;s, la philosophie remet tous ces &#233;l&#233;ments dans son horizon absolu. Le relais des deux temps &#233;tant ininterrompu, la simultan&#233;it&#233; se r&#233;alise ainsi dans la r&#233;p&#233;tition de ce relais. Le paradoxe que nous avons vu au d&#233;but de cet expos&#233; illustre ce temps de la r&#233;p&#233;tition : le chiasme des deux mouvements &#171; contradictoires &#187; indique o&#249; et comment les deux temps se relaient : lorsqu'un temps fait faire &#224; Althusser un pas en avant, l'autre temps lui dit : c'est un pas en arri&#232;re. Par cons&#233;quent, le mouvement lin&#233;aire vers le futur se renverse en mouvement r&#233;currentiel, et vice versa. Cela ne signifie pas que l'un des deux mouvements repr&#233;sente exclusivement le Temps de la th&#233;orie ou le Temps de la pratique. Chaque temporalit&#233; peut produire et le mouvement lin&#233;aire et le mouvement r&#233;currentiel, sous la condition que l'autre temporalit&#233; s'occupe de l'autre mouvement, et c'est la simultan&#233;it&#233; des deux temps qui cr&#233;e la diff&#233;rence des deux mouvements, et qui maintient cette diff&#233;rence comme un lieu o&#249; les deux temps se substituent l'un &#224; l'autre. Les deux Temps se r&#233;alisent ainsi dans le tourniquet des deux mouvements, c'est-&#224;-dire dans la troisi&#232;me temporalit&#233;.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la philosophie caract&#233;ris&#233;e par une telle temporalit&#233;, penser le commencement ne cesse d'&#233;voquer sa structure interne. Cet &#233;v&#233;nement se dote de la temporalit&#233; de son corps ; ou plut&#244;t la philosophie prend conscience de son corps, en posant la question du commencement : commencement de la philosophie, commencement d'une science et commencement du communisme, etc. Dans l'exemple que nous avons pris, Althusser n'a-t-il pas en effet, par cette question, pouss&#233; la division du pr&#233;sent conjoncturel &#224; son extr&#233;mit&#233; ? Et, au moment m&#234;me o&#249; la question est pos&#233;e, la philosophie doit mettre en marche le Temps de la th&#233;orie, et dire, avec Hegel, qu'il n'y a pas de commencement, que le commencement n'est rien. Le commencement fournit ainsi &#224; la philosophie le lieu du relais des deux temps. Il constitue un moment de r&#233;p&#233;tition, et la question du commencement devient un &#171; dispositif th&#233;orique &#187; qui met en marche la r&#233;p&#233;tition. Le commencement forme une charni&#232;re des deux temps : lorsqu'on traverse les oeuvres d'Althusser, on le voit parfois passer du pr&#233;sent au pass&#233;, du pass&#233; au futur, et modifier le statut d'un pass&#233; ou d'un pr&#233;sent, entra&#238;n&#233; par le th&#232;me du commencement. Il continue d'avancer, de retourner et de renverser ses positions, en se demandant : &#171; comment commencer &#224; partir de rien ? &#187;. Pour r&#233;pondre &#224; cette question, et pour d&#233;limiter la conjoncture, la philosophie althuss&#233;rienne n'a fait, en fin de compte, que r&#233;p&#233;ter son d&#233;placement entre les temps : il n'y a rien que l'intensit&#233; de cette r&#233;p&#233;tition qui puisse d&#233;limiter le pr&#233;sent.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;p&#233;tition signifie-t-elle qu'Althusser s'est r&#233;sign&#233; &#224; la perp&#233;tuit&#233; de l'id&#233;ologie qui n'a pas d'histoire, qui donc, elle aussi, se r&#233;p&#232;te ind&#233;finiment dans l'histoire ? La th&#232;se &#171; la philosophie est r&#233;p&#233;tition&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb41&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De l'effet-philosophie &#187;, le 8 f&#233;vrier 1968, &#201;crits philosophiques et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh41&#034;&gt;41&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; ne dit-elle que le fait qu'il ne se passe rien dans la philosophie ? Lorsqu'on entend Althusser parler de la &#171; stagnation &#187; ou de la &#171; scl&#233;rose &#187; de la philosophie marxiste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb42&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir surtout &#171; Il marxismo Oggi &#187; (&#171; Le marxisme aujourd'hui &#187;), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh42&#034;&gt;42&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, on pense tout naturellement que le pi&#233;tinement philosophique est synonyme de son improductivit&#233; r&#233;elle, et que la philosophie ne sort jamais d'&#171; une sorte de jeu pour rien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb43&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L&#233;nine et la philosophie, p. 34.&#034; id=&#034;nh43&#034;&gt;43&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Mais cette r&#233;p&#233;tition nous montre assur&#233;ment sa capacit&#233; anticipatrice par le geste m&#234;me de la r&#233;p&#233;tition. Althusser l'affirme dans un fragment vraisemblablement &#233;crit en 1977 : &#171; comme pour marcher il faut jeter une jambe dans le vide, et le supposer parcouru, pour philosopher il faut anticiper et annoncer comme pass&#233;es des th&#232;ses &#224; venir. (...) son propre [le propre de la philosophie] est d'anticiper sans avancer, donc de pi&#233;tiner &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb44&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Feuille dactylographi&#233;e, ins&#233;r&#233;e dans le dossier sur &#171; AIE (Appareils (&#8230;)&#034; id=&#034;nh44&#034;&gt;44&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le pi&#233;tinement &#233;tant &#233;galement synonyme d'anticipation, la philosophie peut annoncer, par son jeu pour &#171; rien &#187;, dans quelle route vers le futur nous nous trouvons actuellement. D&#233;limiter le pr&#233;sent, c'est cette mise en route du futur &#224; travers la r&#233;p&#233;tition. M&#234;me si, comme le craint Althusser en 1976, &#171; tout le processus risque, &#224; un moment ou &#224; l'autre, de pi&#233;tiner et de s'embourber &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb45&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Althusser, 22&#232;me Congr&#232;s, Maspero, 1977, p. 51.&#034; id=&#034;nh45&#034;&gt;45&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ce risque est toujours, pour la philosophie, &#224; prendre positivement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Matheron, &#171; La r&#233;currence du vide chez Louis Althusser &#187;, dans ce volume.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Althusser, &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'autocritique&lt;/i&gt;, Hachette, 1974, p. 79.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Machiavel et nous &#187;, in Louis Althusser, &lt;i&gt;&#201;crits philosophiques et politiques&lt;/i&gt;, T.II, Stock/Imec, 1995, p. 44.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre de Louis Althusser &#224; Maria-Antonietta Macciocchi (15 mars 1969), in Maria-Antonietta Macciocchi, &lt;i&gt;Lettere dall'interno del PCI a Louis Althusser&lt;/i&gt;, Feltrinelli, Milano, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir surtout &#171; L'objet du Capital &#187;, paragraphe IV : &#171; Les d&#233;fauts de l'&#233;conomie classique. Esquisse du concept de temps historique &#187;, in &lt;i&gt;Lire Le Capital&lt;/i&gt;, tome I, Maspero, 1968.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 117.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 124.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; Du Capital &#224; la philosophie de Marx &#187;, &lt;i&gt;Lire Le Capital&lt;/i&gt;, tome I, p. 34, et &#171; L'Objet du Capital &#187;, tome 11, p. 62. Cf. aussi, &#171; Sur la dialectique mat&#233;rialiste &#187;, &lt;i&gt;Pour Marx&lt;/i&gt;, Maspero, 1965, p. 170.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Althusser, &lt;i&gt;R&#233;ponse &#224; John Lewis&lt;/i&gt;, Maspero, 1973, p. 56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note du 15 novembre 1967, &lt;i&gt;&#201;crits philosophiques et politiques&lt;/i&gt;, T.II, p. 320.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte tardivement publi&#233; en France in Louis Althusser, &lt;i&gt;Sur la philosophie&lt;/i&gt;, Gallimard, 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Cours sur Machiavel 1962-1963 &#187;, Archives Imec (cote ALT2. A31-02).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#201;crit en mai 1963 et publi&#233; en exergue des &lt;i&gt;&#201;crits philosophiques et politiques&lt;/i&gt;, T.II.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Phrase cit&#233;e dans &#171; Du contenu dans la pens&#233;e de G.W.F ? Hegel &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits philosophiques et politiques&lt;/i&gt;, T.I, p. 106.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Sur le rapport de Marx &#224; Hegel &#187; in Louis Althusser, &lt;i&gt;L&#233;nine et la philosophie&lt;/i&gt;, Maspero, 1972, p. 69.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Expression de la &lt;i&gt;Grande Logique&lt;/i&gt; de Hegel, cit&#233;e dans &#171; Du contenu ... &#187;, p. 102.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; Id&#233;ologie et appareils id&#233;ologiques d'&#201;tat &#187; dans Louis Althusser, &lt;i&gt;Positions&lt;/i&gt;, &#201;ditions Sociales, 1976, pp. 98-101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Seul l' &#171; Avant-propos &#187; de ce texte a &#233;t&#233; publi&#233;, sous le titre &#171; Une conversation philosophique &#187; (&lt;i&gt;Digraphe&lt;/i&gt;, n&#176;66, Mercure de France, 1993). L'ensemble du projet est intitul&#233; &#171; Etre marxiste en philosophie &#187; (Archives Imec, cote ALT2. A25-O1 sq.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Digraphe&lt;/i&gt;, n&#176;66, p. 55.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., pp. 55-56.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'autocritique&lt;/i&gt;, p. 67.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Sur Feuerbach &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits philosophiques et politiques&lt;/i&gt;, T.II.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Note intitul&#233;e &#171; Sur l'h&#233;g&#233;monie selon Gramsci &#187;, qui fait partie du projet de livre sur l'Imp&#233;rialisme de 1973 (Archives Imec, cote ALT2. A.21-03.03).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Projet d' interview pour une revue polonaise, 1974, Archives Imec (cote ALT2. A46-02.05).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Victor Goldschmidt, &lt;i&gt;Le syst&#232;me sto&#239;cien et l'id&#233;e de temps&lt;/i&gt;, Vrin, 1953. Gilles Deleuze, &lt;i&gt;Logique du sens&lt;/i&gt;, &#171; 23&#232;me s&#233;rie : de l'Ai&#244;n &#187;, Minuit, 1969.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dossier sur &#171; l'imp&#233;rialisme &#187;, compos&#233; d'une quinzaine de textes, Archives Imec (cote ALT2. A21-02 sq.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Temps de l'autocritique &#187;, note dactylographi&#233;e, 1973, dans le dossier &#171; Autocritique juin-juillet 72 (reprise hiver-printemps 72-73) &#187;, Archives Imec (cote ALT2.A21-01.10).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte sans titre, dat&#233; des 17-18 ao&#251;t 1973, dans le dossier sur &#171; l'imp&#233;rialisme &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Projet d' entretien avec Luis Crespo et Juan Senent-Josa, 1974, Archives Imec (cote ALT2. A46-02.01 1).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;ponse &#224; John Lewis&lt;/i&gt;, p. 45 (note 20).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ibid., p. 58 (note 32).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Sur la philosophie&lt;/i&gt;, op. cit. pp. 51-52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Contradiction et surd&#233;termination &#187;, Pour Marx, 1965, p.113. La phrase est cit&#233;e par l'auteur lui-m&#234;me dans ses &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments d'autocritique&lt;/i&gt;, ch.3, note 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Parmi les textes publi&#233;s, voir &#171; Soutenance d'Amiens &#187;, &lt;i&gt;Positions&lt;/i&gt;, p. 147, et &#171; Le courant souterrain du mat&#233;rialisme de la rencontre &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits philosophiques et politiques&lt;/i&gt;, T. II, p. 562. Parmi les in&#233;dits, cf. par exemple : &#171; l'allemand dit admirablement que le concept, la notion vraie d'un objet, d'une r&#233;alit&#233;, s'appelle Begriff, prise, le fran&#231;ais dit la m&#234;me chose, mais moins fortement quand il parle de &#034;saisir&#034;, &#034;concevoir&#034; la r&#233;alit&#233; &#187; (&#171; Etre marxiste en philosophie &#187;, op.cit.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb40&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh40&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 40&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;40&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir &#171; Le courant souterrain du mat&#233;rialisme de la rencontre &#187;, p.542 et p.564. On peut lire dans &#171; Machiavel philosophe &#187; (in&#233;dit, 1986, Archives Imec, cote ALT2. A29-06.07) : &#171; Quoi qu'il en soit cette rencontre donne lieu &#224; une prise (au sens o&#249; la glace, la mayonnaise, etc. prennent, prennent corps, passent du liquide au solide, du mouvement &#224; la masse structur&#233;e). &lt;i&gt;Or il n'est pas de&lt;/i&gt; prise sans sur-prise. Et ici nous entrons dans une famille terminologique lourde de sens, qui trouve son parall&#232;le en Allemand.&lt;br class='autobr' /&gt;
prendre c'est greifen, ergreifen&lt;br class='autobr' /&gt;
prendre par surprise, une prise par surprise &lt;br class='autobr' /&gt;
comprendre, m&#233;prise, entreprise, emprise &lt;br class='autobr' /&gt;
sur-prise ou prise sur elle-m&#234;me, etc.&lt;br class='autobr' /&gt;
Toute une terminologie des effets justes ou faux (m&#233;prise) de l'entreprise de la prise par surprise &#187;. Althusser use d'ailleurs &#233;galement de ce sens des termes &#171; prise &#187; ou &#171; prendre &#187; pour d&#233;signer la formation du fantasme inconscient : &#171; On note en effet, dans l'exp&#233;rience clinique, que toute formation id&#233;ologique ne convient pas &#224; la &#034;prise&#034; de l'inconscient, mais qu'une s&#233;lection est op&#233;r&#233;e entre les &#034;situations&#034;, ou que les &#034;situations&#034; sont infl&#233;chies, voire &lt;i&gt;provoqu&#233;es&lt;/i&gt; pour que cette prise ait lieu (j'emploie ici le mot &#034;prendre&#034; dans le sens o&#249; l'on dit que &#034;la mayonnaise prend&#034;) &#187; (&#171; Trois notes sur la th&#233;orie du discours &#187;, &lt;i&gt;&#201;crits sur la psychanalyse&lt;/i&gt;, Stock/Imec 1993, p. 143.) ; &#171; si dans les r&#234;ves et les &#233;mois, m&#234;me les plus dramatiques, le &#034;sujet&#034; n'a jamais affaire qu'&#224; soi, c'est&#224;-dire &#224; des objets internes inconscients que les analystes appellent objectaux (&#224; la diff&#233;rence des objets ext&#233;rieurs objectifs et r&#233;els), la question &lt;i&gt;l&#233;gitime&lt;/i&gt; que chacun se pose est alors la suivante : comment les projections et les investissements de ces fantasmes ont-ils pu d&#233;boucher sur une action et une oeuvre parfaitement objectives (livres de philosophie, interventions philosophiques et politiques) ayant eu quelque retentissement sur la r&#233;alit&#233; ext&#233;rieure, donc objective ? Ou pour dire la m&#234;me chose en d'autres termes, beaucoup plus pr&#233;cis, comment la &lt;i&gt;rencontre&lt;/i&gt; entre l'investissement ambivalent de l'objet fantasmatique interne (objectal) a-t-il pu avoir prise sur la r&#233;alit&#233; objective, mieux, comment peut-il avoir, en cette rencontre, &#034;prise&#034;, comme on dit de la mayonnaise ou de la glace qu'elle &#034;prend&#034;, ou encore qu'une r&#233;action chimique &#034;prend&#034; sous l'effet de certains catalyseurs ? &#187; (&lt;i&gt;L'avenir dure longtemps&lt;/i&gt;, Stock/Imec, 1992, ch.XIX, p. 220.)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb41&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh41&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 41&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;41&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; De l'effet-philosophie &#187;, le 8 f&#233;vrier 1968, &lt;i&gt;&#201;crits philosophiques et politiques&lt;/i&gt;, T.II, p. 336.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb42&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh42&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 42&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;42&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir surtout &#171; Il marxismo Oggi &#187; (&#171; Le marxisme aujourd'hui &#187;), &lt;i&gt;Enciclopedia Europea&lt;/i&gt;, vol. VII, Garzanti, Milan, 1978, et un texte in&#233;dit sur la &#171; crise du marxisme &#187;, 1979, Archives Imec (cote ALT2. A26.-03.02)..&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb43&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh43&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 43&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;43&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L&#233;nine et la philosophie&lt;/i&gt;, p. 34.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb44&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh44&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 44&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;44&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Feuille dactylographi&#233;e, ins&#233;r&#233;e dans le dossier sur &#171; AIE (Appareils id&#233;ologiques d'&#201;tat) &#187;, Archives Imec (cote ALT2. A18-03.011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb45&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh45&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 45&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;45&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Althusser, &lt;i&gt;22&#232;me Congr&#232;s&lt;/i&gt;, Maspero, 1977, p. 51.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;J'adresse mes remerciements &#224; Fran&#231;ois Boddaert, l&#233;gataire universel de Louis Althusser, ainsi qu'&#224; Oliver Corpet, administrateur de l'IMEC, pour leur soutien quotidien dans mes travaux. Je remercie tr&#232;s particuli&#232;rement &lt;a href='https://caute.lautre.net/-Matheron-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Fran&#231;ois Matheron&lt;/a&gt; pour son aide indispensable &#224; la r&#233;alisation de cet expos&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Descartes politique : Molloy dans la for&#234;t</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Descartes-politique-Molloy-dans-la-foret</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Descartes-politique-Molloy-dans-la-foret</guid>
		<dc:date>2004-09-15T16:59:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ichida, Yoshihiko</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Sur le livre d' Antonia Birnbaum, Le vertige d'une pens&#233;e. Descartes corps et &#226;me, Horlieu &lt;br class='autobr' /&gt;
Non pas &#171; renvers&#233; &#187;, comme Hegel par Marx, mais &#171; invers&#233; &#187; au sein du contact des &#234;tres parlants, l'ordre cart&#233;sien des raisons se transforme, selon Antonia Birnbaum, en un dispositif engendrant d'un m&#234;me geste le sujet et le milieu o&#249; il habite, les d&#233;terminant comme &#233;l&#233;ments du politique - lequel est pourtant d&#233;j&#224; devenu &#171; accidentel &#187; pour cause de cette inversion qui expose l'&#234;tre parlant (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Ichida-" rel="directory"&gt;Ichida&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur le livre d' &lt;a href='https://caute.lautre.net/-Birnbaum-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Antonia Birnbaum&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le vertige d'une pens&#233;e. Descartes corps et &#226;me&lt;/i&gt;, Horlieu&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non pas &#171; renvers&#233; &#187;, comme Hegel par Marx, mais &#171; invers&#233; &#187; au sein du contact des &#234;tres parlants, l'ordre cart&#233;sien des raisons se transforme, selon Antonia Birnbaum, en un dispositif engendrant d'un m&#234;me geste le sujet et le milieu o&#249; il habite, les d&#233;terminant comme &#233;l&#233;ments du politique - lequel est pourtant d&#233;j&#224; devenu &#171; accidentel &#187; pour cause de cette inversion qui expose l'&#234;tre parlant directement au monde, qui le confronte &#224; une hecc&#233;it&#233; &#233;v&#233;nementielle. La politique &#171; cart&#233;sienne &#187; a ainsi lieu dans la for&#234;t, figure privil&#233;gi&#233;e du philosophe et signe de l'absence de toute orientation, dont Antonia Birnbaum identifie plut&#244;t la v&#233;rit&#233; dans le Molloy de Becket : loin d'&#234;tre une communaut&#233; (im)possible, elle abonde en &#171; bonnes choses &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;site 101&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Inverser l'ordre des raisons, partir non de la premi&#232;re mais de la sixi&#232;me &lt;i&gt;M&#233;ditation&lt;/i&gt;, non de l'&#226;me comme premi&#232;re v&#233;rit&#233; fondant sa distinction avec l'extension des corps, pour redescendre ensuite dans l'union v&#233;cue des deux substances, mais de l'union elle-m&#234;me comme exp&#233;rience de leur contact, comme hecc&#233;it&#233; &#233;v&#233;nementielle. L'entreprise d'Antonia Birnbaum&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antonia Birnbaum. Le vertige d'une pens&#233;e. Descartes corps et &#226;me. Horlieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, lanc&#233;e depuis l'&#233;change &#233;pistolaire de Descartes et de la princesse Elisabeth de Boh&#234;me, serait &#171; &lt;i&gt;irraisonnable&lt;/i&gt; &#187; si la cha&#238;ne des raisons devait se transformer pour l'intuition en cercle du syst&#232;me dans lequel elle pourrait se d&#233;placer d'un point &#224; un autre sans le moindre espace temporel, tout point &#233;tant susceptible de tenir lieu de commencement du syst&#232;me. Et l'entreprise serait &lt;i&gt;impossible&lt;/i&gt; si, en tel ou tel point nodal, la cha&#238;ne rencontrait en r&#233;alit&#233; des &#171; exp&#233;riences ontologiques &#187;, en autant de ruptures disloquant son ordre. Ni l'id&#233;al de Martial Gueroult assumant la septi&#232;me &#171; R&#232;gle pour la direction de l'esprit &#187; (une intuition simultan&#233;e du tout), ni la lecture plus &#171; humaine &#187; de Ferdinand Alqui&#233; ou de Jean-Luc Marion, attentifs &#224; l'ordre chronologique de la vie du philosophe, ne sauraient justifier une telle tentative d'inversion de l'&#171; ordre des raisons &#187;. Birnbaum tranche ainsi une ligne droite qui, fix&#233;e par ces deux extr&#234;mes, a plus ou moins d&#233;termin&#233; pendant un demi-si&#232;cle notre image de Descartes, et nous habitue encore &#224; s&#233;parer la raison et la vie, le scientifique et l'ontologique. De l'interstice ouvert par elle tombe entre nos mains leur indivisibilit&#233;, en m&#234;me temps que l'union proprement cart&#233;sienne du penser et de l'agir qu'elle n'h&#233;siterait sans doute pas &#224; nommer &#171; politique &#187;. La rupture ne d&#233;construit plus &lt;i&gt;un&lt;/i&gt; sujet de la science, dit &#171; cogito &#187;, mais produit &lt;i&gt;le&lt;/i&gt; sujet et le milieu o&#249; il habite, car, tout comme Descartes n'a pu op&#233;rer cette inversion que dans son rapport &#224; Elisabeth, le sujet, selon Birnbaum, ne peut constater son &#234;tre sujet, son unit&#233; de l'&#226;me et du corps, qu'en &#233;tant expos&#233; au monde. Bref, en effectuant une rupture, l'inversion engendre simultan&#233;ment un terrain et un habitant - d'o&#249;, &#224; la fin du livre, la fameuse figure cart&#233;sienne de la for&#234;t, reprise dans le &lt;i&gt;Molloy&lt;/i&gt; de Beckett.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'inversion se situe ainsi aux antipodes du renversement de Hegel identifi&#233; par Marx &#224; sa jeunesse feuerbachienne : renversement qui, remettant la dialectique &#171; sur ses pieds &#187;, ne touche en rien &#224; la structure m&#234;me du haut et du bas. Tout en &#233;tant invers&#233;, l'&#171; ordre des raisons &#187; n'en arrive jamais &#224; l'&#226;me pure, ce point de d&#233;part, il d&#233;couvre, dans le doute cart&#233;sien, un &#171; corps d&#233;doubl&#233; &#187; (p.50). L'issue de la &lt;i&gt;Premi&#232;re M&#233;ditation&lt;/i&gt; (&#171; je ne puis ni assurer mes pieds dans le fond, ni nager pour me soutenir au-dessus &#187;) fait dire &#224; Birnbaum : &#171; l'assurance indubitable de soi acquise dans le doute s'accompagne de la perte compl&#232;te de tout rep&#232;re. La fiction moyennant laquelle je me retranche de l'espace occasionne un &#233;tourdissement &#187; (p.46). Entre la surface et le fond, l&#226;chant le plan du lieu, le corps se retrouve &#224; tout moment ailleurs qu'ici, il se tient en &#171; aucun lieu nulle part &#187; (p.47). Retranch&#233; de l'espace et r&#233;duit &#224; soi-m&#234;me par le &#171; doute &#187;, je &#171; suis &#187; flottant l&#224; o&#249; je m'assure de moi : &#171; il n'y aurait plus ni haut ni bas &#187; (p.46). L'inversion transforme un syst&#232;me tridimensionnel (compos&#233; de l'&#226;me, du corps et de leur union) en mouvement &#171; duel-dimensionnel &#187; et d&#233;sorient&#233;. Est-ce la raison pour laquelle l'ouvrage commence par une devise de Stendhal : &#171; Il faut commencer sa vie par un duel &#187; (p.9) ? Au commencement &#233;tait une dualit&#233; du corps combattant, un d&#233;doublement irr&#233;ductible, n'ayant rien d'ant&#233;rieur &#224; lui. Mais ce qui nous surprend dans le contexte marxien d'une absurdit&#233; du renversement, c'est que c'est de Feuerbach que l'auteur extrait ce commencement qu'est le &#171; corps d&#233;doubl&#233; &#187;, sugg&#233;rant fortement que le &#171; renversement &#187; n'existait pas, justement, chez Feuerbach, et que nous avons &#233;t&#233; capt&#233;s par une histoire invent&#233;e par Marx. Relisez Feuerbach, ou vous raterez l'inversion de l'ordre des raisons !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une substantialit&#233; (im)propre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;vident que toute relation humaine ne peut amorcer automatiquement le processus d'inversion : la rencontre a eu lieu entre un philosophe ne se souciant que de l'exercice de la raison et une princesse indocile avouant &#171; qu'il me serait plus facile de conc&#233;der la mati&#232;re et l'extension &#224; l'&#226;me, que la capacit&#233; de mouvoir un corps et d'en &#234;tre &#233;mu, &#224; un &#234;tre immat&#233;riel &#187; (cit&#233; p.17). C'est par le contact avec son &#171; ma&#238;tre ignorant &#187; de celui qui refuse toute autorit&#233; en mati&#232;re de science que l'inversion a commenc&#233; au signal d'une r&#233;ponse inattendue du philosophe : concevoir l'&#226;me ainsi &#171; est proprement concevoir son union avec le corps &#187;, autrement dit l'&#226;me est dou&#233;e d'une mat&#233;rialit&#233;. Le corps et l'&#226;me sont ainsi d'embl&#233;e unis au c&#339;ur de la vie sans l'interm&#233;diaire de la vigilance du doute, l'&#233;vidence &#171; &#233;prouv&#233;e &#187; ne sera plus seconde par rapport &#224; l'&#233;vidence &#171; claire et distincte &#187;, et la connaissance ne rel&#232;vera plus exclusivement de notre pens&#233;e. En un mot, l'inversion &lt;i&gt;substantialise&lt;/i&gt; l'union elle-m&#234;me. Une troisi&#232;me substance au m&#234;me sens que les deux autres ? Absolument pas, pour autant que la nouvelle substantialit&#233; ne participe nullement de celle de l'&#226;me et/ou du corps, d&#233;finie par Descartes comme &#171; par nature &#187;. Reprenant le travail de Jean-Luc Nancy, Birnbaum pr&#233;cise : la substantialit&#233; de l'union v&#233;cue est &#171; par accident &#187; (p.33). Car, lorsque la connaissance na&#238;t au contact du monde et ne rel&#232;ve pas de notre pens&#233;e solitaire, elle est &#171; impropre &#187; : acquise par l'ext&#233;riorit&#233; d'une observation &#224; distance, &#171; elle co&#239;ncide (...) avec une confusion qui tend &#224; m&#233;langer l'&#226;me et le corps &#187;, mais &#171; ce m&#233;lange est le crit&#232;re, non du caract&#232;re erron&#233;, mais de l'existence m&#234;me d'une telle connaissance &#187; (p.28). L'union s'assure d'une substantialit&#233; (im)propre l&#224; o&#249; &#171; il devient impossible de s&#233;parer le moi qui conna&#238;t de ce qu'il conna&#238;t &#187;(&lt;i&gt;ibid&lt;/i&gt;.). Aussi pouvons nous dire : &#233;tant invers&#233;, le processus devient &lt;i&gt;autonome&lt;/i&gt; ou, se tenant s&#233;par&#233;, concomitant &#224; celui compos&#233; des deux substances, vient le remplacer pour que les deux &#171; ext&#233;riorit&#233;s &#187; entre l'&#226;me et le corps et entre les deux &#171; moi &#187; pensants produisent le sujet et d&#233;terminent sa subjectivit&#233; par l'&#171; affection &#187; qu'est leur chass&#233;-crois&#233; : &#171; le corps et l'&#226;me sont donn&#233;s ensemble en une seule personne l&#224; o&#249; celle-ci s'&#233;carte de soi. M'&#233;prouver &#034;en moi-m&#234;me&#034;, c'est me trouver d'embl&#233;e expos&#233; &#224; ce qui m'arrive par ma pr&#233;sence au monde. &#187; (p.29) Sont unies deux choses aptes &#224; rester ext&#233;rieures l'une &#224; l'autre apr&#232;s avoir &#233;t&#233; unies ; est sujet celui qui les unit ainsi dans sa relation accidentelle avec l'autre.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble alors qu'un sujet soit &#224; l'autre ce que l'&#226;me ou le corps est &#224; son partenaire, dans la mesure o&#249; il s'agit dans les deux cas de l'ext&#233;riorit&#233; et de l'accidentalit&#233; d'une relation. Il para&#238;t donc tout &#224; fait possible d'en induire que &lt;i&gt;les&lt;/i&gt; sujets constituent une union substantielle et instable, tout comme celle du corps et de l'&#226;me. Pourquoi pas ? N'est-ce pas cela en fait qu'inspir&#233;e de Bataille ou de sa &#171; souverainet&#233; maudite &#187;, une certaine pens&#233;e nous recommande autour de la notion de communaut&#233; ? Et Feuerbach n'&#233;tait-il pas un penseur du &#171; genre humain &#187; ? S'il en est ainsi, la politique doit pourtant s'enfermer dans l'aller-retour &#233;ternel entre possibilit&#233; et impossibilit&#233; de la communaut&#233; pleine, qu'elle soit nomm&#233;e espace public ou Nation. Le d&#233;doublement ne nous donne, dans ce cas, qu'une oscillation dans un d&#233;s&#339;uvrement obscur et continuel.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si elle reconna&#238;t d'embl&#233;e sa dette envers le concept d'&#171; &#234;tre-avec &#187; de Nancy, Birnbaum ne se contente jamais de suivre ce chemin. Car c'est ici qu'elle fait intervenir l'&#171; &#233;galit&#233; &#187; de Jacques Ranci&#232;re en examinant de pr&#232;s le cas Elisabeth-Descartes. Tout en mettant en commun leur temps de r&#233;flexion, et en devenant de nouveau et ensemble deux sujets ayant le m&#234;me pouvoir de raison, le &#171; ma&#238;tre ignorant &#187; et son disciple savant ne cessent de vivre dans deux temps diff&#233;rents. Le temps libre qu'ils passent ensemble correspond &#224; &#171; un croisement paradoxal de deux d&#233;sistements &#187; : &#171; Alors que pour la princesse le temps ch&#244;m&#233; est pris sur ses activit&#233;s ordinaires et qu'il lui ouvre un acc&#232;s &#224; la philosophie, pour Descartes le temps ch&#244;m&#233; est le temps de l'instruction et de l'&#233;v&#233;nement pris sur le temps de l'&#339;uvre &#224; &#233;crire. &#187; (p.67) Que le temps commun reste asym&#233;trique rend possible un croisement de deux temps &#171; ch&#244;m&#233;s &#187; d'o&#249; na&#238;t le &#171; d&#233;cloisonnement entre philosophie et vie ordinaire &#187; (p.68) dans les deux sujets. Une d&#233;marche qui proc&#232;de &#171; en moins &#187; (p.92) : &#171; ch&#244;mer &#187; comme immobilisation de l'activit&#233; productive, et &#171; d&#233;cloisonner &#187; comme dislocation du crit&#232;re du &#171; clair et distinct &#187;. Les deux &#171; moins &#187;, ou plut&#244;t les trois puisqu'il faut y ajouter celui de la diff&#233;rence des fa&#231;ons de &#171; ch&#244;mer &#187;, &#233;tant multipli&#233;s, se transforment en crochet o&#249; les deux temporalit&#233;s se lient, et o&#249; surgissent deux nouvelles subjectivations. Aussi le commun constitue-t-il chez Birnbaum un &#233;l&#233;ment diff&#233;rentiel, un plan d'immanence de la diff&#233;rence, en ce sens que rien ne sort de la Relation, rien ne perd sa substantialit&#233; autonome et tout &#171; soi &#187; se tient &#224; ce crochet qui n'est que le passage des deux ext&#233;riorit&#233;s intra-et-inter-subjectives. L'&#233;galit&#233; est un nom pour ce plan et un dispositif pour briser le chemin vers la communaut&#233; neutre des &#171; hommes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;galit&#233;/communaut&#233;/politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir d'un seul et m&#234;me probl&#232;me, celui de la Relation irr&#233;solue, l'&#233;galit&#233; accepte, en tant que &lt;i&gt;nom &lt;/i&gt;de cette Relation, de demeurer un probl&#232;me, alors que la communaut&#233; pr&#233;tend &#234;tre sa &lt;i&gt;solution&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; l'on met en question la possibilit&#233; de la r&#233;aliser. L'&#233;galit&#233; n'indique qu'une condition ou une &lt;i&gt;cause&lt;/i&gt; pour l'action politique, alors que la communaut&#233; fait d'elle-m&#234;me un objectif ou un &lt;i&gt;effet&lt;/i&gt; de l'&#171; &#234;tre-avec &#187;. Pour la communaut&#233;, la politique se d&#233;finit donc comme un mouvement d'&lt;i&gt;auto&lt;/i&gt;-affection qui exprime le &#171; principe &#187; fondamental - autrement dit, il n'y a pas pour elle de probl&#232;me &lt;i&gt;proprement&lt;/i&gt; politique, tel qu'il doive &#234;tre d&#233;fini par autre chose que ce principe et la communaut&#233; comme son expression. Mais pour l'&#233;galit&#233; qui, semble-t-il, ne dit rien sauf sur l&#224; o&#249; s'habite la politique, qui, d&#233;terminant par elle seule le tout de la politique, n'a pas besoin, pour &#234;tre d&#233;finie et pour d&#233;finir la politique, de sa diff&#233;rence sp&#233;cifique avec la philosophie, la science, l'art, etc. ? Il faudrait au moins assumer la question, quand on essaye d'&#233;tablir un plan diff&#233;rentiel et immanent &#224; la &#171; vie &#187;, o&#249; l'&#171; affaire de tous &#187; doit devenir imm&#233;diatement l'&#171; affaire de chacun &#187;. En fait Birnbaum se demande : &#171; Ce qui vaut pour les connaissances utiles &#224; la vie ne doit-il pas aussi valoir pour les principes de la connaissance physique ? &#187; (p.95) Retour de la &lt;i&gt;Lebenswelt&lt;/i&gt; ? Impossible, car &#224; la diff&#233;rence de la &#171; v&#233;rit&#233; cart&#233;sienne &#187; de Husserl, ce qui sera remis au fond de la vie n'est pas encore connu : le probl&#232;me est en tout et pour tout de savoir ce que l'on peut conna&#238;tre, ce que l'on peut construire, sp&#233;cifiquement, &#224; partir de la vie, et le constructivisme veut prendre une direction oppos&#233;e &#224; celle de la ph&#233;nom&#233;nologie. La question para&#238;t ainsi s'approcher plut&#244;t de celle pos&#233;e par Badiou &#224; propos de Deleuze : &#171; comment se fait-il que la politique, pour Deleuze, ne soit pas une pens&#233;e autonome, une coupe singuli&#232;re dans le chaos, &#224; la diff&#233;rence de l'art, de la science et de la philosophie ? &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alain Badiou, &#171; Un, multiple, multiplicit&#233;(s) &#187;, Multitudes, n&#176; 1, p.196.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La for&#234;t de &lt;i&gt;Molloy&lt;/i&gt; : &#171; Enfin ce que je trouvais, les for&#234;ts abondent en bonnes choses. Et ayant entendu dire (...) qu'en croyant aller tout droit devant soi, dans la for&#234;t, on ne fait en r&#233;alit&#233; que tourner en rond, je faisais de mon mieux pour tourner en rond, esp&#233;rant aller ainsi droit devant moi. (...) si je n'allais pas en ligne rigoureusement droite, &#224; force de tourner en rond, du moins je ne tournais pas en rond, et c'&#233;tait d&#233;j&#224; quelque chose. (...) je n'&#233;tait pas trop mal dans la for&#234;t, je pouvais me figurer pire, et j'y serais rest&#233; en permanence sans trop de regrets, sans trop pleurer le jour et la plaine et les autres am&#233;nit&#233;s de ma r&#233;gion. Car je les connaissais, les am&#233;nit&#233;s de ma r&#233;gion, et j'estimais que la for&#234;t les valait. Et non seulement elle les valait, &#224; mon id&#233;e, mais elle avait sur elles l'avantage suivant, que j'y &#233;tais. &#187; (pp.97-98) Molloy s'&#233;gare dans la for&#234;t, en la transformant en son &#233;l&#233;ment diff&#233;rentiel qui rend de plus en plus indistincte la diff&#233;rence entre le rond et la droite, qui d&#233;cloisonne jour apr&#232;s jour les am&#233;nit&#233;s foresti&#232;res et urbaines, en son plan d'immanence o&#249; n'existe plus, pour lui, le probl&#232;me d'en sortir. La for&#234;t n'est pas un &#171; chaos &#187; que le sujet doit passer au crible pour y habiter, puisqu'elle &#171; abonde en bonnes choses &#187;. Parmi ces &#171; choses &#187;, nous pourrions compter ceci : pour faire de la politique, comme pour penser, le sujet n'a plus &#224; avoir d'autre statut, comme philosophe, scientifique, artiste, etc., que celui de &#171; soi-m&#234;me &#187;. Car, dans la for&#234;t, le seul probl&#232;me est l'&#233;thologie des habitants, et le &#171; qui sont-ils ? &#187; ne constitue aucun probl&#232;me pour tous et pour chacun. Parmi les d&#233;cloisonnements effectu&#233;s dans la for&#234;t, il y a celui entre la politique et toute autre activit&#233;, ce qui peut toujours faire de la sp&#233;cificit&#233; de la politique un faux probl&#232;me. N&#233;anmoins, dans la mesure o&#249; pour l'heure nous savons uniquement o&#249; nous nous trouvons (&#171; dans la for&#234;t &#187;), demeure le probl&#232;me de savoir ce que nous pouvons y faire, et comment le faire, avec quelle cartographie. Plus &#233;l&#233;mentaire, diff&#233;rentielle et immanente l'&#233;galit&#233; devient-elle pour la vie, plus elle est &lt;i&gt;substantiellement&lt;/i&gt; indiscernable de la &#171; for&#234;t &#187;, de l'horizon qu'elle se donne, et de la vie m&#234;me, en nous rapprochant en m&#234;me temps de la tique, autre habitant de la for&#234;t, emprunt&#233;e par Deleuze &#224; J. von Uexk&#252;ll : &#171; Il d&#233;finira cet animal par trois affects : le premier, de lumi&#232;re (grimper en haut d'une branche) ; le deuxi&#232;me, olfactif (se laisser tomber sur le mammif&#232;re qui passe sous la branche) ; le troisi&#232;me calorifique (chercher la r&#233;gion sans poil et plus chaude). Un monde avec trois affects seulement, parmi tout ce qui se passe dans la for&#234;t immense. Un seuil optimal et un seuil pessimal dans le pouvoir d'&#234;tre affect&#233; : la tique repue qui va mourir, et la tique capable de je&#251;ner tr&#232;s longtemps &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gilles Deleuze, Spinoza - Philosophie pratique, Minuit, 1981, p.167.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Si la tique est d&#233;finie comme agencement de trois affects, quels affects, et combien, Molloy &#233;prouve-t-il dans la for&#234;t de l'&#233;galit&#233; ? Qu'est-ce que l'affect en politique ? La notion de &#171; prol&#233;taire &#187; nous servait assur&#233;ment d'agencement des affects : grimper en haut d'un pouvoir, se laisser tomber sur la bourgeoisie, et chercher... Si la politique est constitu&#233;e par et de l'&#233;galit&#233;, si cette derni&#232;re peut s'av&#233;rer &#233;l&#233;mentaire et constituante, elle laisse ouverte la question des affects et de leur agencement possible sur elle. Mais la m&#234;me question doit &#234;tre pos&#233;e aux multitudes : si elles se nomment immanence absolue, cela dit aussi qu'elles n'ont pas encore leur cartographie affective.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antonia Birnbaum. Le vertige d'une pens&#233;e. Descartes corps et &#226;me. Horlieu &#233;ditions, 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alain Badiou, &#171; Un, multiple, multiplicit&#233;(s) &#187;, &lt;a href='https://caute.lautre.net/spip.php?page=site&amp;id_syndic=101'&gt;Multitudes&lt;/a&gt;, n&#176; 1, p.196.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Gilles Deleuze, Spinoza - Philosophie pratique, Minuit, 1981, p.167.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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