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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Libres opinions sur Pierre-Joseph Proudhon</title>
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		<dc:creator>Lapeyre, Aristide</dc:creator>



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&lt;p&gt;Mes chers camarades, &lt;br class='autobr' /&gt;
Pendant un long temps on ne connaissait de Proudhon que ce que les mouvements avaient apport&#233; dans leurs activit&#233;s : de l'homme, pas grand chose, et de ses oeuvres &#233;crites, non plus, pas grand chose. Mais depuis quelques ann&#233;es, un certain nombre de sociologues, en se penchant sur le probl&#232;me du Socialisme, ont rencontr&#233; Proudhon. &lt;br class='autobr' /&gt;
Depuis d&#233;j&#224; un demi-si&#232;cle, l'Universit&#233; ne connaissait du Socialisme que Marx et le Marxisme. Mais quand on a voulu approfondir la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;div class='spip_document_117 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;43&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/IMG/rtf/Lapeyre-Libres_opinions_sur_Proudhon.rtf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='RTF - 82.3 kio' type=&#034;application/rtf&#034;&gt;&lt;img src='https://caute.lautre.net/plugins-dist/medias/prive/vignettes/rtf.svg?1772887847' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Lapeyre - Libres opinions sur PJ Proudhon
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mes chers camarades,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant un long temps on ne connaissait de Proudhon que ce que les mouvements avaient apport&#233; dans leurs activit&#233;s : de l'homme, pas grand chose, et de ses oeuvres &#233;crites, non plus, pas grand chose. Mais depuis quelques ann&#233;es, un certain nombre de sociologues, en se penchant sur le probl&#232;me du Socialisme, ont rencontr&#233; Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis d&#233;j&#224; un demi-si&#232;cle, l'Universit&#233; ne connaissait du Socialisme que Marx et le Marxisme. Mais quand on a voulu approfondir la question, on s'est aper&#231;u que, en face de Marx, ou &#224; c&#244;t&#233; pendant un temps, s'&#233;tait trouv&#233; un homme qui l'avait devanc&#233; d'abord, dont il avait &#233;t&#233; l'&#233;l&#232;ve et l'admirateur, et &#224; qui il devait la plupart de ses oeuvres. Ce jour-l&#224; on a rencontr&#233; Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui, dans toutes les biblioth&#232;ques, vous rencontrez des &#233;tudes sur Proudhon. Elles ne sont pas introuvables, mais elles sont rares. Mais vous trouvez, de Gurvich par exemple, un certain nombre d'&#233;tudes, de cours qu'il a donn&#233;s &#224; la Sorbonne sur Proudhon, et o&#249; il a analys&#233; les rapports entre l'&#339;uvre de Proudhon et l'&#339;uvre de Marx, qui sont excessivement riches, des &#233;tudes tr&#232;s s&#233;rieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous trouvez m&#234;me dans la collection du &#171; Livre de Poche &#187; au moins un ouvrage de textes de Proudhon de quelqu'un qui semble avoir pass&#233; toute sa vie &#224; &#233;tudier, &#224; analyser l'&#339;uvre de Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est immense l'&#339;uvre de Proudhon. Elle comprend trente-huit volumes. Et, notre camarade parlait de correspondances, il y a quatorze volumes de correspondances de Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notez qu'il est l'homme de son temps, et, dans la plupart des sociologues du 19e si&#232;cle, nous rencontrons ce ph&#233;nom&#232;ne : leur oeuvre est presque toute compos&#233;e de correspondances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensez que Karl Marx n'a publi&#233; le premier volume du &#171; Capital &#187; qu'en 1867, et les autres volumes ont attendu encore un demi-si&#232;cle pour &#234;tre publi&#233;s. Il n'y a pas longtemps que le dernier, un manuscrit d&#233;couvert en Russie, a &#233;t&#233; publi&#233;. Mais on connaissait d&#233;j&#224; par sa correspondance, et Marx et l'&#339;uvre que pr&#233;parait et qu'&#233;crivait Marx pendant cette p&#233;riode-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenez Bakounine, qui fut son adversaire dans l'Internationale. On ne conna&#238;t gu&#232;re de Bakounine que des correspondances. Mais chacune des lettres de Bakounine, comme de Marx et de Proudhon, est parfois un v&#233;ritable volume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La correspondance &#233;tait donc un moyen, &#224; cette &#233;poque-l&#224;, de communiquer, qui, aujourd'hui, a fait place au journal, &#224; la brochure, au livre. Et Proudhon n'y a pas &#233;chapp&#233;, si bien que sur son oeuvre, quatorze volumes sont de correspondances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est vrai, c'est surtout &#224; travers la correspondance qu'on peut conna&#238;tre la personnalit&#233; de Proudhon, mais aussi qu'on peut trouver les &#233;claircissements pour les oeuvres de Proudhon et pour les id&#233;es de Proudhon. Car s'il a publi&#233; un certain nombre de livres, je vais vous les pr&#233;senter, tr&#232;s rapidement d'ailleurs, il publiait en m&#234;me temps des journaux et la correspondance s'&#233;tablissait ainsi avec ceux qui se penchaient sur le probl&#232;me social pendant cette p&#233;riode-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La correspondance avec Karl Marx, par exemple, qui. est excessivement r&#233;duite, puisque l'on n'a que les lettres de Proudhon et pas celles de Marx, et pour cause, nous permet de situer le moment et la raison pour laquelle Proudhon et Marx se s&#233;parent. Non pas en ennemis, non pas en adversaires, mais comme d&#233;fendant relativement &#224; l'&#201;tat, des points de vues tout &#224; fait diff&#233;rents, m&#234;me divergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, qui aura le temps de lire, sauf quelques sp&#233;cialistes, les quatorze volumes de correspondances de Proudhon ? Quant aux autres volumes, ils sont plus accessibles et ils marquent l'&#233;volution de la pens&#233;e de Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car Proudhon n'est pas tout d'une pi&#232;ce. Proudhon a construit une th&#233;orie en partant de lui-m&#234;me. Au fond, c'est-&#224;-dire de z&#233;ro. Il &#233;tudie d'abord, mais il n'a &#233;t&#233; d'aucune &#233;cole. Il est de son &#233;cole et &#231;a prouve une personnalit&#233; excessivement rare, une personnalit&#233; puissante, puisqu'aujourd'hui, &#233;tudiant tout le mouvement social du 19e si&#232;cle, on est oblig&#233; de revenir &#224; l'&#233;tude de Proudhon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que, nous qui sommes un peu de l'&#233;cole de Proudhon, m&#234;me beaucoup, nous pouvons, cent trois ans apr&#232;s sa mort, &#224; deux ou trois jours pr&#232;s, puisqu'il est mort le 19 janvier, &#224; cent trois ans de sa mort, est-ce que nous pouvons accepter toute l'&#339;uvre de Proudhon ? Laquelle ? La premi&#232;re ? La derni&#232;re ? Proudhon, qui est d&#233;put&#233; pendant la R&#233;volution de 1848, est-il le m&#234;me Proudhon qui, en 1864 lors des &#233;lections demande aux &#233;lecteurs de s'abstenir ? Quelle &#233;volution s'est accomplie ? Quelles exp&#233;riences l'ont amen&#233; &#224; voir les choses diff&#233;remment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un homme excessivement riche, tr&#232;s int&#233;ressant, mais il n'est pas le ma&#238;tre qui cherche des disciples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233; &#224; Besan&#231;on. C'est une r&#233;gion qui lui a conserv&#233; encore le caract&#232;re, et pourtant Proudhon n'a pas longtemps tellement v&#233;cu dans cette r&#233;gion-l&#224;. C'est un peu partout, et &#224; Paris plus tard qu'il a plus particuli&#232;rement fait &#233;cole. Mais Besan&#231;on est une r&#233;-ion o&#249; s'affrontent les diverses th&#233;ories, les diverses id&#233;es, non seulement du temps, mais depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une r&#233;gion qui se sent libre, m&#234;me vis-&#224;-vis de la nation fran&#231;aise. Et il y a encore aujourd'hui un &#233;tat d'esprit bien particulier dans cette r&#233;gion-l&#224;. Tout le Jura, toute cette r&#233;gion, marque cette volont&#233; de libert&#233; qu'on trouve difficilement ailleurs en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, en passant, j'ai &#233;t&#233; en rapports assez cordiaux avec pas mal de militants du Parti Communiste. Et bien, on sent entre les Communistes de cette r&#233;gion-l&#224; et ceux du reste de la France, une diff&#233;rence &#233;norme. Ils n'ont jamais accept&#233; absolument, int&#233;gralement, d'&#234;tre soumis &#224; la r&#232;gle internationale, d'&#234;tre des inconditionnels du Communisme. Ils ont toujours eu un caract&#232;re un peu frondeur, ind&#233;pendant, libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Proudhon na&#238;t dans ce milieu. Apr&#232;s tout nous sommes, pour une bonne part, le produit du milieu dans lequel nous sommes n&#233;s, dans lequel nous avons v&#233;cu, dans lequel nous avons eu nos premi&#232;res sensations, nos premiers exemples. C'est cela qui fabrique un peu l'individu. Et c'est cela qui fait que nous nous sentons un peu, nous qui sommes n&#233;s en France, Fran&#231;ais, nous qui sommes n&#233;s en Espagne, Espagnols. Ce n'est pas par raison, c'est strictement par sentiment, parce que nous sommes fabriqu&#233;s de tout cela, de tous ces souvenirs nous sommes fabriqu&#233;s de ces compagnons, fabriqu&#233;s de cette famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas dire que Proudhon ait &#233;chapp&#233; &#224; la r&#232;gle g&#233;n&#233;rale. On le rappelait, il est un autodidacte, il est un compagnon, il est un ouvrier, il est d'une famille paysanne qui fut ais&#233;e. L'un des membres de sa famille avait laiss&#233; &#224; l'&#233;cole de Droit, aujourd'hui c'est d&#233;pass&#233; un formidable ouvrage, si bien que la famille &#233;tait un peu impr&#233;gn&#233;e, et l'on disait volontiers d'une partie de cette famille-l&#224;, que c'&#233;taient des chicaneurs, des gens ,qui allaient de proc&#232;s en proc&#232;s, et qui. d'ailleurs, de proc&#232;s en proc&#232;s, n'&#233;tant pas toujours justifi&#233;s, de proc&#232;s en proc&#232;s, ont ruin&#233; totalement la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est n&#233; dans ce milieu-l&#224;, et c'est &#224; l'&#226;ge de douze ans qu'il peut entrer quand m&#234;me &#224; l'&#233;cole. Les &#233;tudes n'&#233;taient pas ce qu'elles sont aujourd'hui. Il entre au Lyc&#233;e, mais &#224; dix-huit ans, nous le trouvons en train de gagner son pain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous le trouvons en train de gagner son pain, c'est-&#224;-dire qu'il a d&#251; quitter sa famille, qu'il a d&#251; quitter ses &#233;tudes. Il voulait, il n'a pas pu &#234;tre bachelier. Il pr&#233;parera le &#171; bachot &#187; plus tard, et il le sera plus tard, par n&#233;cessit&#233;. Mais il ne gagne pas son pain seulement &#224; dix-huit ans. A six ans il travaille d&#233;j&#224;, et quand il va &#224; l'&#233;cole, &#224; douze ans, alors il n'y a pas de quoi acheter des livres. Pour &#233;tudier, on s'arr&#234;te en chemin, comme il n'habite pas tout pr&#232;s de l'&#233;cole, avec les camarades qui, eux, ont des livres. On s'aide r&#233;ciproquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il dira dans sa correspondance qu'il a subi pas mal de punitions pour avoir &#171; oubli&#233; &#187; ses livres &#224; la maison. En r&#233;alit&#233;, il n'avait pas d'argent, et il n'avait pas de livres, et tous les instants qui &#233;taient arrach&#233;s &#224; l'&#233;cole, &#233;taient donn&#233;s aux travaux des champs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cinq ans, il a gard&#233; les bestiaux dans les champs. &#199;a ne le g&#234;nait d'ailleurs pas. Il se donne comme une sorte de petit animal sauvage, aimant la nature, se trouvant bien, m&#234;me &#224; la rigueur des temps, aimant la source qui jaillit, aimant l'herbe qui pousse, les animaux. On ne peut pas dire qu'il est malheureux, mais pour vivre, il est, d&#232;s l'&#226;ge de six ans, oblig&#233; de garder les vaches comme quelques-uns d'entre nous ont pu le faire ou le voir faire &#224; leur voisin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; quelle est la vie domestique de Proudhon. Il n'en est pas du tout vex&#233;. Et dans une de ses correspondances, quelqu'un lui faisant remarquer : &#171; enfin, s'il y a eu dans la famille quelques personnalit&#233;s, du moins, quant &#224; lui... &#187;, il peut r&#233;pliquer : &#171; j'ai quatorze quartiers de paysannerie. Citez-moi actuellement une famille noble qui compte autant de quartiers dans son ordre. Paysan, je suis plus noble que les nobles, j'ai quatorze quartiers de paysannerie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il sera fier de cela, ce qui d'ailleurs, avec quelque malice, permettra de temps en temps &#224;. plus tard son adversaire, Marx, d'indiquer que chez l'anarchiste Proudhon, il y a un peu du petit bourgeois, du paysan. Oh ! sans insister, car par ailleurs il admire Proudhon &#224; qui il doit &#224; peu pr&#232;s tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il entre ainsi au travail et, &#224; dix-huit ans, il est compositeur et correcteur. Compositeur : on composait &#224; la main, lettre &#224; lettre, sur le composteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, comme il ne cesse d'&#233;tudier, comme il a trouv&#233; pr&#233;cis&#233;ment dans l'imprimerie ces livres qu'il n'a pas chez lui, et comme il a un peu de temps (on travaillait un peu plus tranquillement, un peu plus doucement, il v a un si&#232;cle), alors il avait le temps et il lisait. Il avait fait un peu de Latin au Lyc&#233;e. &#199;a lui a servi, il l'a approfondi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il rencontre ce qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque la richesse de l'imprimerie, c'est-&#224;-dire la composition et puis la correction d'ouvrages savants. Les P&#232;res de l'&#201;glise passent par l'imprimerie o&#249; il travaille et &#231;a lui permet d'aborder une autre activit&#233;. Il &#233;tudie par lui-m&#234;me et devient correcteur de Grec. Vous voyez, c'est quand m&#234;me un cerveau bien construit. Et il fait en m&#234;me temps que ses corrections, ses &#233;tudes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a donnera le caract&#232;re de ses premi&#232;res publications, car sa premi&#232;re publication est un ouvrage sur la grammaire. Il y a un des grammairiens qui a publi&#233; une &#233;tude sur la langue et il r&#233;plique par un opuscule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, c'est h&#226;tif, c'est fait un peu trop rapidement et, l'ann&#233;e suivante, il &#233;prouve le besoin de le corriger. D&#232;s lors, va dispara&#238;tre son premier opuscule, qui sera remplac&#233; par un autre, am&#233;lior&#233;, corrig&#233; par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est, avouez, un honn&#234;te homme qui fait des recherches. Il est, d&#232;s ce moment, d&#233;j&#224; lanc&#233; dans le mouvement. Oh, &#231;a ne fait pas beaucoup de bruit. La personnalit&#233; de Proudhon ne se d&#233;gage pas encore beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s 1832, il a publi&#233; un ouvrage qui va secouer les oreilles de quelques-uns qui sont les affranchis de l'&#233;poque, les premiers Socialistes, ceux que Karl Marx appellera les Socialistes utopiques, dont il sera d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notez que pour Marx, l'utopiste ce n'est pas seulement celui qui r&#234;ve de quelque chose, le mot a un autre sens. Ce sont les premiers utopistes. Il a fait connaissance avec Saint-Simon, avec Fourier. Il a connu les oeuvres de Babeuf. Enfin, c'est un bonhomme qui est d&#233;j&#224; au courant. Et il publie un premier opuscule, c'est-&#224;-dire une premi&#232;re brochure assez forte, dans laquelle il s'attaque &#224; la propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusque-l&#224;, le Socialisme avait un sens, un sens strictement politique : remplacer les ma&#238;tres actuels par d'autres ma&#238;tres. Les premiers sont les Capitalistes, ils ont pour but d'exploiter. Ils exploitent gr&#226;ce &#224; des lois, &#224; un Droit &#233;tabli, et ce qu'il faudrait, c'est qu'un autre Droit se substitue &#224; celui-ci, qui, pr&#233;cis&#233;ment, emp&#234;che l'exploitation des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a fait un peu de bruit, parce qu'il &#233;prouve le besoin d'analyser pr&#233;cis&#233;ment le Droit de Propri&#233;t&#233;. Et dans un deuxi&#232;me opuscule, &#231;a fera plus de bruit encore, car il &#233;noncera ainsi la th&#233;orie : &#171; La propri&#233;t&#233; c'est le vol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il l'analyse. Il ne faut pas s'en tenir &#224; l'expression seulement, qui est un peu brutale, mais qui attire l'attention. On va chercher ce qu'il y a derri&#232;re cette phrase si m&#233;chante : &#171; La propri&#233;t&#233; c'est le vol. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici comment il &#233;tablit le fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe rapidement, parce qu'on est oblig&#233; pour l'&#339;uvre de Proudhon de passer tr&#232;s rapidement. Si je pouvais inciter quelques-uns d'entre nous &#224; la revoir, &#224; rechercher les ouvrages qui sont encore en vente, &#224; acheter seulement les deux ou trois qui sont au &#171; Livre de Poche &#187;, par exemple, ou bien aux &#171; &#201;ditions de France &#187;, alors, j'aurais quand m&#234;me apport&#233; quelque chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un homme a &#224; sa disposition, soit par intelligence, soit par h&#233;ritage, enfin par droit de propri&#233;t&#233;, la possibilit&#233; de faire travailler pour une oeuvre quelconque un certain nombre d'ouvriers. Il est honn&#234;te, &#224; ces ouvriers-l&#224;, il assure un salaire. Ces ouvriers travaillent. Il leur - a pay&#233; le salaire, donc quand il a pay&#233; honn&#234;tement le salaire &#224; chacun, il retrouve seulement son salaire. Et &#231;a para&#238;t honn&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, &#233;tant donn&#233; la division du travail, il y a une part de travail qui n'appartient pas &#224; l'ouvrier puisqu'on lui a donn&#233; son salaire, et qui n'a rien co&#251;t&#233; au patron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposons la colonne Vend&#244;me &#224; &#233;lever. On a fait appel &#224; deux cents ouvriers pour la mettre debout. On a donn&#233; &#224; chacun sa part de travail, c'est-&#224;-dire son salaire. Honn&#234;tement, le patron ne doit rien. Il leur a donn&#233; leur part sur la production. En apparence, tout cela est vrai. Dans la pratique c'est faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Supposez qu'au lieu de prendre deux cents ouvriers, il n'ait pris qu'un ouvrier et qu'il l'ait mis au travail pendant deux cents jours, ce qui &#233;quivaut exactement &#224; deux cents ouvriers travaillant leur journ&#233;e pour &#233;lever la colonne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Croyez-vous qu'un ouvrier pendant deux cents jours aurait quand m&#234;me &#233;lev&#233; la colonne ? &#201;videmment pas. Et pourtant deux cents ouvriers travaillant un jour ou un ouvrier travaillant deux cents jours &#231;a fait exactement le m&#234;me temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc dans la production une force, une valeur oui na&#238;t seulement de l'association. Il est impossible de d&#233;terminer la part de chacun. Il y a quelque chose qui est ext&#233;rieur &#224; 'la production de chacun des producteurs. Quelque chose qui n'est donc pas au producteur puisqu'il n'a travaill&#233; quand m&#234;me que sa journ&#233;e, mais qui ne doit pas &#234;tre non plus &#224; l'autre puisqu'il n'a pay&#233; que les journ&#233;es de travail. Il y a donc une partie de cette production, parce qu'elle est collective, qui est vol&#233;e par le propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, elle est sociale, elle ne peut pas &#234;tre l'appropriation de quelqu'un. Mais si l'on consid&#232;re que les instrument, que les v&#234;tements, que la nourriture, que la maison de chacun des travailleurs a elle aussi &#233;t&#233; le produit de travail individuel et d'une production ou d'une valeur collective, on peut dire que lorsque le patron a pris en main l'organisation de ce travail il n'a pu le faire qu'avec un produit du travail ant&#233;rieur qui a &#233;t&#233; vol&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'ensuit, par cons&#233;quent, que clans le travail, il v a deux valeurs : individuelle et sociale, et que la valeur sociale qui est appropri&#233;e par qui que ce soit est un vol. La propri&#233;t&#233; c'est le vol. Voil&#224; &#233;tabli &#224; la base. Il n'appelle pas cela crans la pratique le b&#233;n&#233;fice, l'int&#233;r&#234;t, il l'appelle l'aubaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examinons un autre point.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez quelque part, propri&#233;taire, un terrain qui n'a aucune valeur. Vous ne l'avez pas pay&#233; cher, il y a des mar&#233;cages, les herbes, les plantes ont pouss&#233; l&#224;. Enfin, &#231;a ne produit rien, &#231;a ne peut rien produire. Ca n'a aucune valeur, absolument aucune valeur, puisqu'on n'en peut rien tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais vous prenez cinquante ou cent ouvriers, vous les mettez l&#224;, sur ce terrain. Ils d&#233;frichent, ils ass&#232;chent. Cette terre qui ne valait rien acquiert une valeur consid&#233;rable. Le propri&#233;taire a apport&#233; son effort, son effort d'organisation ; il a appel&#233; les compagnons, il les a fait travailler selon un plan, il a sa part de travail. Dans cette transformation de cette propri&#233;t&#233; et de ces mar&#233;cages, il est certain que celui qui a organis&#233; la transformation a travaill&#233;. Les ouvriers, les compagnons qui sont venus l&#224; et qui ont travaill&#233; &#233;galement, eux aussi ont apport&#233; leur part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terre est aujourd'hui en valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette diff&#233;rence entre les deux valeurs, le propri&#233;taire comme salaire en a sa part, chacun des compagnons a sa part. Bon, mais il reste la ferme qui hier valait un et qui aujourd'hui vaut dix. Cette diff&#233;rence entre un et dix n'est &#224; personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le propri&#233;taire a &#233;t&#233; pay&#233; pour son effort. Les travailleurs ont &#233;t&#233; pay&#233;s pour leur effort, par cons&#233;quent, l'ensemble de ce travail collectif ayant produit une plus-value, cette plus-value est vol&#233;e si quelqu'un dit elle est &#224; moi. La propri&#233;t&#233; c'est le vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez achet&#233; quelque part une vieille ferme, une terre. Elle est loin de toutes les routes. Elle ne vaut pas grand chose. Mais un jour, la communaut&#233; &#233;tablit une route. Non par pour votre domaine, pas pour votre propri&#233;t&#233;, mais une route qui passe &#224; c&#244;t&#233; de votre domaine, &#224; c&#244;t&#233; de votre propri&#233;t&#233;. Pour cela des ing&#233;nieurs sont venus, ils ont &#233;tabli des plans. Les architectes, les g&#233;om&#232;tres, enfin tout le monde s'est occup&#233; de l'histoire. Les travailleurs sont venus nombreux. Ils ont trac&#233; la route, ils l'ont empierr&#233;e, enfin, ils ont construit cette route. Ils ont &#233;t&#233; pay&#233;s. L'ing&#233;nieur a &#233;t&#233; pay&#233; ; les travailleurs ont &#233;t&#233; pay&#233;s. Le travail qui ainsi a &#233;t&#233; fourni individuellement a &#233;t&#233; pay&#233; &#224; chacun des individus. Mais il reste ceci que votre ferme qui valait dix vaut aujourd'hui cent. Qu'est-ce que vous avez apport&#233; ? Rien du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'ensemble des travailleurs, depuis l'ing&#233;nieur jusqu'au simple man&#339;uvre qui ont produit cette valeur-l&#224;. Mais elle n'appartient pas &#224; chacun d'eux. Chacun d'eux a &#233;t&#233; pay&#233; pour son travail. C'est l'union des travailleurs, c'est l'harmonie du travail, c'est l'organisation du travail qui ont permis cette plus-value. A qui est-elle ? Elle n'est &#224; personne, elle est collective. Elle n'appartient pas &#224; un tel ou un tel, chacun a &#233;t&#233; pay&#233; pour son effort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, si quelqu'un l'accapare, si quelqu'un, propri&#233;taire de la ferme, pouvait l'acheter 100 et la vendre 10 000 aujourd'hui. la diff&#233;rence entre 100 et 10 000 qui appartient &#224; la collectivit&#233;. qui n'est pas le travail de chacun, mais l'harmonie du travail g&#233;n&#233;ral, donc cette part appropri&#233;e par lui est un vol. La propri&#233;t&#233; c'est le vol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La. logique ? La logique est la cons&#233;quence de ces constatations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y en a un certain nombre d'autres, je vous en cite juste quelques-unes. La cons&#233;quence, c'est que le droit de propri&#233;t&#233; selon le Droit Romain est un vol, Mais cette part collective implique qu'il y a toujours pour l'effort de chacun une part qui revient &#224; chacun et que la cons&#233;quence des efforts collectifs doit rester sociale. Et c'est ici, ou un peu plus tard, vont se s&#233;parer les deux &#233;coles du Socialisme : l'&#201;cole Socialiste Communiste, c'&#233;taient des Radicaux &#224; l'&#233;poque, pas des Radicaux Socialistes, pas des Radicaux politiques, et l'&#201;cole Proudhonienne, l'&#201;cole Libertaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;cole Socialiste, h&#233;riti&#232;re du Jacobinisme, pense seulement, ayant fait la m&#234;me constatation, car Proudhon donne le ton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela sera repris quelques ann&#233;es plus tard par Marx qui vient d'Allemagne, tout jeune, tout neuf, et qui &#233;tudiant Proudhon, constate qu'il n'y a plus rien &#224; dire. &#171; Maintenant, nous avons une th&#233;orie du prol&#233;tariat &#187;, dira-t-il. Le mot est de Marx tandis que chez Proudhon, nous trouvons presque toujours, non pas prol&#233;taire, mais le peuple, ce qui diff&#233;rencie autrement les individus et les classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle est la cons&#233;quence de cette constatation que chacun exprime d'une fa&#231;on ou d'une autre ? La cons&#233;quence est ce que l'on peut dire avec Proudhon : Cette part sociale qui est le r&#233;sultat de la plus-value collective, ne peut &#234;tre appropri&#233;e. Elle doit assurer la libert&#233; des individus, car l'individu est libre quand il a sa propri&#233;t&#233;. Il est esclave quand la propri&#233;t&#233; est aux autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'autre &#201;cole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eh bien, il y a un gouvernement, cette propri&#233;t&#233; collective, nous allons la donner au gouvernement, et c'est lui qui va la g&#233;rer et l'administrer pour tous, car le gouvernement est la repr&#233;sentation de la collectivit&#233;, de la communaut&#233; et par cons&#233;quent, c'est &#224; la communaut&#233; que l'on remet cette part de propri&#233;t&#233;. On l'enl&#232;ve &#224; chacun des propri&#233;taires et on la remet &#224; l'&#201;tat. C'est l'&#201;tat qui sera le conservateur et le gestionnaire de cette part sociale de la propri&#233;t&#233;, Et avant m&#234;me de conna&#238;tre les oeuvres de Marx, Proudhon va se dresser contre cette th&#233;orie qu'il pr&#233;voit, qu'il imagine, parce qu'elle parait logique selon la mani&#232;re de penser des individus pendant cette p&#233;riode-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va s'opposer d&#233;j&#224; avant que l'on exprime sa pens&#233;e en disant : &#171; mais que le propri&#233;taire soit un individu ou qu'il soit l'&#201;tat, c'est toujours quelqu'un, c'est toujours un ma&#238;tre. car le propri&#233;taire est le ma&#238;tre oui est le propri&#233;taire. Et la propri&#233;t&#233; est le vol quand elle est &#224; quelques-uns, elle ne cesse pas d'&#234;tre le vol quand elle est &#224; un gouvernement ou &#224; un &#201;tat. c'est-&#224;-dire &#224; une communaut&#233; quelconque. La propri&#233;t&#233; reste le vol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette pens&#233;e, que la propri&#233;t&#233;, fruit du travail collectif et qui ne devrait &#234;tre &#224; personne, donc &#224; tous, cette pens&#233;e que le propri&#233;taire devient Un, ne fait qu'affirmer, confirmer, et enfin d&#233;terminer la suj&#233;tion du non-propri&#233;taire. Le propri&#233;taire devient pratiquement le ma&#238;tre du non-propri&#233;taire. C'est lui qui peut lui donner ou lui arracher le pain, en lui donnant ou en ne lui donnant pas le travail. Par cons&#233;quent, celui qui ne poss&#232;de pas est directement ou indirectement l'esclave de celui oui poss&#232;de. Celui qui poss&#232;de donc, enl&#232;ve, d&#233;tient la part de libert&#233; de chacun. Et quand le propri&#233;taire est plus puissant et la propri&#233;t&#233; implique, et de plus en plus, moins quand elle &#233;tait la terre, davantage quand elle devient l'industrie ou qu'elle devient le commerce, la propri&#233;t&#233; tend de plus en plus &#224; se concentrer entre les mains de quelques-uns. Or nous sommes en 1840, quand Proudhon d&#233;clare cela, il ne pouvait &#233;videmment pas penser &#224; l'immense d&#233;veloppement des trusts qui est celui de notre &#233;poque. Avant Marx, il situait d&#233;j&#224;, cette n&#233;cessit&#233; du syst&#232;me capitaliste, &#224; savoir que les gros mangeront de plus en plus les petits, c'est-&#224;-dire que les plus importants accapareront cl&#233; plus en plus la part des autres, que tout se centralisera de plus en plus. La concurrence l'implique, on produit pour vendre. Et par cons&#233;quent, produisant pour vendre, il faut, d'une part, produire meilleur march&#233;, et par cons&#233;quent, payer de moins en moins le travailleur, lui voler de plus en plus sa part de travail, l'exploiter de plus en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seuls peuvent vendre, d'abord ceux qui produisent meilleur march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concurrence fait que celui-l&#224; vendra et que l'autre ne vendra pas. Le r&#233;sultat aussi, c'est que, n&#233;cessairement, cette concurrence ruinera un certain nombre de commerces ou d'industries, de vendeurs. Et quand quelques-uns sont ruin&#233;s, la fortune passe entre les mains des autres. Ils se heurtent de plus en plus &#224; des concurrences plus importantes, l&#224; aussi le combat s'engage, et n&#233;cessairement l'un des deux succombera dans cette lutte, Par cons&#233;quent la propri&#233;t&#233; aura tendance de plus en plus &#224; se centraliser entre les mains de quelques groupements ou de quelques individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas encore &#224; l'&#233;poque des grandes compagnies, mais c'est une logique du r&#233;gime, du moment qu'on produit pour vendre, n&#233;cessairement au bout, il y a cette concentration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au fur et &#224; mesure que dispara&#238;t cette concurrence, au fur et &#224; mesure que s'accumulent les richesses, que s'accumule la propri&#233;t&#233; entre les mains de quelques-uns uns, la puissance du travailleur, elle, diminue. D'autant plus, la mis&#232;re est de plus en plus consid&#233;rable, les gens conna&#238;tront de plus en plus le ch&#244;mage, les bas salaires, la mis&#232;re. Le syst&#232;me entra&#238;nera, et l&#224; c'est Marx qui l'expliquera plus sch&#233;matiquement et plus clairement, la mis&#232;re entra&#238;nera n&#233;cessairement la sous-consommation, c'est-&#224;-dire l'impossibilit&#233; pour le producteur de vendre son produit, et par cons&#233;quent, de temps en temps des crises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Proudhon en &#233;nonce le principe et le m&#233;canisme, c'est &#224; Karl Marx qu'il appartiendra de le situer comme les crises cycliques du Capitalisme, c'est-&#224;-dire que r&#233;guli&#232;rement, selon l'industrie et le commerce, tous les 7, 8, 9, 14 ans, il y aura une crise de m&#233;vente, et par cons&#233;quent, une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Aujourd'hui, nous en sommes pr&#233;cis&#233;ment dans une de ces crises. Mais quand chacun lutte pour son compte, quand chacun des Capitalistes se bat &#224; son propre d&#233;triment ou &#224; son avantage, alors la crise continue un temps. On ne conna&#238;t pas de rem&#232;des. Proudhon ne pense pas que la crise soit d&#233;finitive ; et qu'il y aura certainement quelque am&#233;lioration ou que la crise passe, tandis que chez Marx c'est tr&#232;s net : la crise deviendra de plus en plus importante, le prol&#233;tariat sera de plus en plus mis&#233;rable et par cons&#233;quent, il y aura lutte certaine entre l'une et l'autre, il y aura une R&#233;volution. Chez Proudhon, la R&#233;volution est de tous les temps. Elle est dans chaque pens&#233;e qui attaque le syst&#232;me, elle est donc dans tout acte qui attaque le syst&#232;me. Et il n'y a pas et il n'y aura jamais de R&#233;volution d&#233;finitive, il y aura toujours, plus ou moins violente, une R&#233;volution permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il n'y a pas chez Proudhon, jamais &#224; aucun moment un programme &#233;tabli. Pas de programme &#233;tabli, car &#233;tablir un programme, c'est d&#233;j&#224; situer les individus dans un cadre d'o&#249; ils ne doivent pas sortir. Quiconque en sort est contre-r&#233;volutionnaire, qu'il en sorte en avant ou qu'il en sorte en arri&#232;re. En r&#233;alit&#233;, &#233;tablir un plan, ce n'est pas faire une R&#233;volution, c'est au contraire &#233;tablir une stabilisation &#224; tel ou &#224; tel moment. Ca le distingue &#233;videmment de r&#233;volutionnaires du coup d'&#201;tat dont ils se d&#233;fendent d'&#234;tre. Je suis r&#233;volutionnaire, dit-il, je travaille sans cesse &#224; la R&#233;volution, j'y travaille par tous les moyens, j'y travaille par l'&#233;crit et par la parole, j'y travaille par l'influence, j'y travaille par les faits selon les circonstances, mais je n'&#233;tablis pas de programme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1846, Karl Marx admire Proudhon. Mais Karl Marx tire des th&#233;ories de Proudhon cette cons&#233;quence, que puisqu'il y a une R&#233;volution qui se pr&#233;pare, il n'y a qu'&#224; la pr&#233;parer. Comme le peuple, en g&#233;n&#233;ral, n'est pas pr&#234;t, il n'y a qu'&#224; le pr&#233;parer. Il y a dans le peuple un certain nombre d'individus qui ont la capacit&#233; d'une R&#233;volution. Ce sont les prol&#233;taires. Et dans le langage Marxiste, le prol&#233;taire ce n'est pas le paysan, le prol&#233;taire ce n'est pas le man&#339;uvre, le prol&#233;taire ce n'est pas le compagnon, ce n'est pas l'artisan, ce n'est, pas le petit bourgeois, le prol&#233;taire c'est strictement, dans le langage, dans la pens&#233;e de Marx et dans le langage Marxiste, c'est strictement l'ouvrier de la grande industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui fera &#233;noncer jusqu'aux temps pr&#233;sents o&#249; on h&#233;site un peu, cette v&#233;rit&#233; d&#233;finitivement &#233;tablie, que la R&#233;volution n'est possible que dans un pays fortement industrialis&#233;. Ce &#224; quoi &#233;videmment la R&#233;volution d'Espagne a r&#233;pondu par un d&#233;menti, et la R&#233;volution Russe par un autre d&#233;menti, puisque ce sont des pays qui n'&#233;taient pas fortement industrialis&#233;s, particuli&#232;rement pour la Russie, qui ont fait la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proudhon insiste donc : il y aura n&#233;cessairement lutte au fur et &#224; mesure que la propri&#233;t&#233; se concentre et par cons&#233;quent que l'esclavage, et non pas seulement la mis&#232;re, l'esclavage du peuple s'&#233;tablit. Seulement, qui va se r&#233;volter ? Pas tous. Mais une r&#233;volte qui n'est pas pr&#233;c&#233;d&#233;e d'une id&#233;e, qui ne sait pas pourquoi on se r&#233;volte ; ce que l'on veut en d&#233;finitive &#233;carter par la r&#233;volte, c'est une r&#233;volte pour rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pour que la r&#233;volte soit efficace, qu'elle ait un sens, qu'elle soit quand m&#234;me pr&#233;c&#233;d&#233;e de l'id&#233;e. Ce n'est pas une m&#233;canique qui entre en fonction, c'est une id&#233;e qui se traduit dans les faits par une conscience. Qui dispose de cette conscience ? &#201;videmment pas le man&#339;uvre. Lui est l'objet de la r&#233;volte. On s'en est servi en 1789.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1789 n'est pas la R&#233;volution de la paysannerie, elle est la R&#233;volution de la bourgeoisie. Parce qu'elle avait une id&#233;e, parce qu'elle l'avait traduite depuis deux si&#232;cles &#224; travers toutes ses activit&#233;s intellectuelles, parce qu'on avait ensemenc&#233; la bourgeoisie de cette id&#233;e que le gouvernement autocratique devait dispara&#238;tre et faire place &#224; un gouvernement de tous, un gouvernement des capacit&#233;s, des intelligences, un gouvernement d&#233;mocratique. Elle poursuivait son id&#233;e. Mais l'id&#233;e est rest&#233;e sans effet tant que l'&#233;volution sociale n'a pas soulev&#233; tous les r&#233;volt&#233;s contre le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils se sont soulev&#233;s tout naturellement en n'en connaissant pas le but ni l'id&#233;e, les plus mis&#233;reux, c'est-&#224;-dire le paysan quand il a mis le feu au ch&#226;teau, quand il a pill&#233; les grands domaines, les gens de la rue quand ils se sont soulev&#233;s un 14 juillet parce qu'il n'y avait pas de pain dans les boulangeries, ce sont ceux-l&#224; mais oui ne savaient pas pourquoi, qui n'avaient pas un but, qui n'avaient pas une id&#233;e, qui ont &#233;t&#233; les instruments. C'est eux qui ont fait la R&#233;volution, mais ils l'ont faite au profit de celui qui en avait eu l'id&#233;e, qui savait pourquoi elle se faisait, c'est-&#224;-dire la bourgeoisie. Et la bourgeoisie, se servant du peuple, a pu instaurer son syst&#232;me, c'est-&#224;-dire appliquer son id&#233;e. Et pour cela, on doit constater cette &#233;volution, cette lutte n&#233;cessaire entre les poss&#233;dants et les non-poss&#233;dants ; quand je dis n&#233;cessaire, je veux dire in&#233;vitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on constate tout cela, il faut penser que ces gens-l&#224; ont besoin d'une id&#233;e. Et quelle doit &#234;tre l'id&#233;e Et bien pr&#233;cis&#233;ment, elle doit &#234;tre oppos&#233;e &#224; l'id&#233;e bourgeoise, celle d'un gouvernement qui g&#232;re et administre, car en r&#233;alit&#233;, derri&#232;re le gouvernement et tout gouvernement, il y a seulement la constatation d'un &#233;tat de fait et sa conservation. Il y a des privil&#232;ges. Le but du gouvernement, c'est quand il s'&#233;tablit, de constater les choses, et de veiller &#224; ce qu'il y ait de l'ordre dans la soci&#233;t&#233;. Or, quand on ne modifie pas le statut de la propri&#233;t&#233;, il y a, forc&#233;ment d&#233;sordre. Alors ? Alors, le gouvernement, et quel qu'il soit, doit assurer l'ordre. Contre qui ? Contre les gens de d&#233;sordre. Qui sont les gens de d&#233;sordre ? Parbleu ! ceux qui n'ont pas de quoi manger, ceux qui n'ont pas de travail, ceux qui sont mal pourvus et qui sont maltrait&#233;s, ceux qui sont exploit&#233;s, par cons&#233;quent, les non-poss&#233;dants. Et comme le gouvernement par lui-m&#234;me n'est rien, il lui faut un moyen d'assurer l'ordre, il lui faut donc, &#224; tout gouvernement, une police, il lui faut une arm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La police et l'arm&#233;e, honn&#234;tement, ont pour but d'assurer la tranquillit&#233; sociale, c'est-&#224;-dire d'emp&#234;cher les pauvres de se r&#233;volter contre les riches. Et plus la r&#233;volte est mena&#231;ante, plus la concentration s'&#233;tablit entre les mains de quelques-uns, et par cons&#233;quent, plus la mis&#232;re ou la suj&#233;tion des autres augmente, plus les heurts seront nombreux et violents, et plus l'&#201;tat doit disposer de police et d'arm&#233;e plus puissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous le voyez, c'est tout le syst&#232;me actuel qui &#233;tait pr&#233;vu comme une cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; par Proudhon. Pas seulement le syst&#232;me actuel, mais d&#233;j&#224;, avant qu'il ne soit &#233;tabli, tant qu'on n'avait pas encore fait l'exp&#233;rience, c'est tout le syst&#232;me d'&#201;tat qui &#233;tait ainsi condamn&#233;. Non seulement il n'y avait pas eu la R&#233;volution Russe, &#233;videmment puisqu'elle date de 1917, mais le &#171; Capital &#187; n'a paru pour la premi&#232;re fois que quatre ans apr&#232;s la mort de Proudhon. Par cons&#233;quent, il ne connaissait pas non plus les oeuvres premi&#232;res du Marxisme, mais il voyait que la pens&#233;e pouvait d&#233;vier vers cela : au lieu d'une R&#233;volution &#233;conomique s'attaquant au statut de la propri&#233;t&#233;, une R&#233;volution politique. Prendre le pouvoir, Marx avait ainsi &#233;tabli la situation l'&#201;tat est l'expression de la domination d'une classe sur l'autre. C'est-&#224;-dire, l'&#201;tat est le moyen pour une classe de dominer l'autre classe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui faisait avouer &#224; L&#233;nine plus tard, apr&#232;s les d&#233;buts de son exp&#233;rience, que l&#224; o&#249; il y avait &#201;tat, il n'y avait pas de libert&#233; et donc pas de Socialisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne connaissait pas l'exp&#233;rience, mais on pouvait en concevoir les cons&#233;quences et il les avait con&#231;ues. A savoir, que tant qu'on n'a touch&#233; qu'au statut politique, on n'a en r&#233;alit&#233; pas touch&#233; au statut &#233;conomique que la propri&#233;t&#233; soit de plusieurs ou d'un seul, la propri&#233;t&#233; reste toujours comme accaparant la libert&#233; des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aura donc d'autant plus d'opposition entre les non-poss&#233;dants et les poss&#233;dants, que la propri&#233;t&#233; se concentre, et au maximum quand la propri&#233;t&#233; est entre les mains d'une &#233;quipe politique, c'est-&#224;-dire du gouvernement ou de l'&#201;tat. Or, dans ce cas-l&#224;, l'&#201;tat bourgeois est un &#201;tat moins centralis&#233;. L'&#201;tat bourgeois est moins sujet aux r&#233;coltes, tant &#224; leur quantit&#233; que par leur violence, que l'&#201;tat seul propri&#233;taire, et par cons&#233;quent l'&#201;tat bourgeois peut se contenter d'une police et d'une arm&#233;e moins importantes que l'&#201;tat propri&#233;taire. L'&#201;tat propri&#233;taire ne peut rester ce qu'il est qu'&#224; condition de disposer d'une puissance militaire plus consid&#233;rable que l'&#201;tat bourgeois lui-m&#234;me. Ce n'est donc pas une am&#233;lioration, c'est une aggravation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si en 1848, lors de la R&#233;volution, Proudhon a consenti &#224; &#234;tre d&#233;put&#233;, d&#233;j&#224; et depuis longtemps, il savait que le r&#244;le du gouvernement &#233;tait de gouverner, c'est-&#224;-dire d'assurer l'ordre mais nous &#233;tions en pleine R&#233;volution, et il a eu cette illusion car on n'avait pas fait les exp&#233;riences qui sont les n&#244;tres aujourd'hui. Il n'avait pas l'exp&#233;rience du suffrage universel, pas l'exp&#233;rience du pouvoir car il en concevait les cons&#233;quences' sociales, il ne concevait pas la r&#233;percussion de l'autorit&#233; exerc&#233;e par quelqu'un sur la personnalit&#233; m&#234;me de celui-l&#224; qui l'exerce. Il faut de l'exp&#233;rience pour cela, il pensait parce qu'on &#233;tait en pleine R&#233;volution qu'un gouvernement provisoire avait pour but seulement d'&#233;tablir imm&#233;diatement les r&#232;gles nouvelles transformant le statut de la propri&#233;t&#233;. R&#233;sultat : lors de sa premi&#232;re intervention, il a trouv&#233; le moyen de dresser contre lui tout le monde y compris tous les autres Socialistes moins un. Un seul a vot&#233; pour lui au lendemain de juin, tous les autres, tous les Socialistes, Louis Blanc et autres, tous ont vot&#233; contre lui. Et s'il n'a pas &#233;t&#233; &#224; ce moment-l&#224; d&#233;port&#233; et arr&#234;t&#233;, c'est parce que nous &#233;tions en p&#233;riode trop troubl&#233;e pour qu'on puisse se le permettre. L'exp&#233;rience montrait que par le gouvernement rien, rien ne peut &#234;tre accompli, m&#234;me par un gouvernement provisoire en temps de R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quence : Il faut donc une id&#233;e, r&#233;pandre de plus en plus cette id&#233;e, que la transformation sociale, Que l'&#233;tablissement du Socialisme est seulement dans la suppression du droit de propri&#233;t&#233;, et la suppression du gouvernement, de l'&#201;tat, quels qu'ils soient. C'est la premi&#232;re fois qu'on d&#233;cortiquait vraiment l'&#201;tat. Quand la lutte s'&#233;tablit avec l'&#201;tat, il est le d&#233;fenseur des privil&#233;gi&#233;s, c'est-&#224;-dire des propri&#233;taires. Tout naturellement, il va trouver pour l'appuyer tous ceux qui ont un privil&#232;ge quelconque dans la soci&#233;t&#233;, et d'abord celui qui est &#224; la base m&#234;me du principe d'autorit&#233;, c'est-&#224;-dire l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il rencontre l'&#201;glise, non pas d'abord en croyant ou incroyant. Chez lui, on ne s'occupait pas de ces choses-l&#224;. Son p&#232;re n'avait jamais &#233;t&#233; en quoi que ce soit en contact avec l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en fichait. Quand il est mort il a refus&#233; absolument tout contact avec l'ext&#233;rieur. Il a rassembl&#233; sa famille et leur a dit : &#171; voil&#224;, je suis en train de mourir, je m'en vais vous quitter, mais vraiment je suis content. Parce qu'avant de partir j'ai pu vous voir tous et vous faire des adieux. Je m'en vais et nous ne nous reverrons plus, mais dites-vous bien que je m'en vais content de vous &#187;. Et comme l'un des membres de sa famille lui disait : &#171; mais P&#232;re, on ne s'en va jamais d&#233;finitivement, apr&#232;s la mort, la vie continue, nous nous reverrons &#187; - &#171; Oh mon fils, lui dit-il, ce sont des choses dont je ne me suis jamais souci&#233;. Aujourd'hui, au moment de mourir, je m'en soucie moins encore. Ce que je sais, c'est que j'ai v&#233;cu parmi vous, j'ai essay&#233; d'&#234;tre propre, j'ai essay&#233; d'&#234;tre brave &#187;. Ce qui fera &#233;crire ensuite &#224; un autre fils de Proudhon : &#171; P&#232;re est mort en brave &#187;. Et le reste, en r&#233;alit&#233;, dans le milieu social de Proudhon et dans le milieu familial, on s'en souciait totalement de ces choses-l&#224;. Ce n'est donc pas par r&#233;action que Proudhon va se dresser contre l'&#201;glise. D'abord, ses &#233;tudes, pendant qu'il corrigeait les livres d'&#201;glise, lui ont permis d'&#233;tudier sur le plan philosophique d'une part, mais historique surtout, la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il y a deux ou trois ouvrages de critique religieuse qu'on peut apparenter &#224; Renan par exemple, qui ont apport&#233; autant d'importance &#224; la critique religieuse et historique et qu'on trouve plus rarement parce qu'il s'attaque plus particuli&#232;rement aux points historiques, d'abord de l'&#201;vangile puis de J&#233;sus, proprement dit, de la constitution du Christianisme dans le milieu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne peut pas dire qu'il y ait syst&#233;matiquement lutte de Proudhon contre l'&#201;glise. C'est quand il s'applique, en cons&#233;quence du statut de la propri&#233;t&#233;, &#224; l'&#233;tude de l'&#201;tat qu'il rencontre la religion. Et pas seulement l'&#201;glise, bien que l'&#201;glise soit le transport de l'id&#233;e religieuse. L'id&#233;e religieuse, dit-il, a pu &#234;tre pour les hommes un temps, un bienfait parce qu'elle &#233;tait la seule explication, &#224; condition qu'elle soit rest&#233;e l'&#233;tude libre, l'adaptation aux connaissances nouvelles, Syst&#233;matiquement, la religion fut un bien et n'aurait pas &#233;t&#233; sans l'&#201;glise, le mal qu'elle est aujourd'hui. Car Dieu, et par Dieu il entend seulement le support de la religion et de l'&#201;glise, car Dieu c'est le mal. Il est le mal pourquoi ? Parce qu'il &#233;tablit le fondement de l'autorit&#233;. Qu'est-ce que le gouvernement ? dit-il. Personne ne r&#233;pondra. Qu'est-ce que Dieu ? Personne ne peut r&#233;pondre. Il n'est pas plus possible de d&#233;finir Dieu que de d&#233;finir les gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont leur base, leur source, leur r&#233;alit&#233; &#034; Cela. n'existe que dans l'esprit des gens mais cela n'est pas dans les faits, Seulement, quelle est la base de l'autorit&#233; ? Il n'y en a qu'une : Dieu. Et quelle est la base de Dieu ? Z&#233;ro. Dieu explique seul l'autorit&#233;. Est-ce le droit de quelqu'un parce qu'il est le plus fort ? Ce n'est pas un droit, c'est un fait, Il est le plus fort, il impose. mais il n'est pas un droit. Est-ce le fait de quelques-uns, d'une minorit&#233; s'imposant &#224; une majorit&#233; ? C'est un &#233;tat de fait, ce n'est pas un droit. Chacun des hommes peut le r&#233;cuser chacun des hommes peut se dresser contre lui. Seulement, si l'on admet l'existence d'un &#234;tre, d'un Dieu, d'une personne qui est ant&#233;rieure &#224; l'homme. qui fait l'homme, qui &#233;tablit l'homme, qui construit l'homme. alors on a une base pour le gouvernement, car ce Dieu qui a fait l'homme, ce Dieu lui donne aussi une loi, une r&#232;gle, et comme il est une cr&#233;ation de l'esprit, qu'il n'est pas une r&#233;alit&#233; tangible, alors ce Dieu a pris des hommes, c'est-&#224;-dire la r&#233;alit&#233; tangible et leur a donn&#233; le pouvoir. La source du pouvoir est donc en Dieu, elle n'est pas ailleurs. Et comme Dieu est ind&#233;finissable, comme Dieu n'est pas accessible, on peut dire que le pouvoir n'est pas autre chose qu'une formation de l'esprit et par cons&#233;quent, la n&#233;gation du pouvoir doit &#234;tre le fait de tout individu prenant conscience de lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment il s'attaque &#224; l'&#201;glise, Et il &#233;tudie son r&#244;le. Quand l'&#201;tat est menac&#233;, quand la propri&#233;t&#233; est menac&#233;e, quand le privil&#232;ge est menac&#233;, alors ils trouvent pour les soutenir, non seulement police et arm&#233;e, mais d'abord l'&#201;glise. Et l'&#201;glise par son enseignement, l'&#201;glise par son intervention dans l'esprit, dans l'&#226;me des hommes, cr&#233;e les conditions d'un servage, d'une ob&#233;issance, d'une ali&#233;nation de l'homme. L'homme n'est plus lui-m&#234;me, il n'ose pas penser au-del&#224;, de lui-m&#234;me, il se soumet, et l'&#201;glise est l'instrument principal de cette soumission. Or quand on accepte l'&#201;glise, on accepte &#233;galement l'injustice, et il met face &#224; face la. justice dans la R&#233;volution et la justice dans l'&#201;glise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La justice dans la R&#233;volution, c'est la justice pour la libert&#233;, par cons&#233;quent dans l'&#233;galit&#233; des &#234;tres. La justice dans l'&#201;glise, c'est la justice dans l'in&#233;galit&#233;, dans la hi&#233;rarchie. Et, en m&#234;me temps qu'il s'attaque &#224; l'&#201;glise et la hi&#233;rarchie, il s'attaque n&#233;cessairement &#224; tout gouvernement ou &#224; tout pouvoir qui est une cons&#233;quence de la premi&#232;re affirmation qu'il y a un Dieu Cr&#233;ateur et ma&#238;tre des hommes. Voil&#224; &#224; peu pr&#232;s et en gros quelle est la critique Proudhonienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; la critique de l'&#201;tat que Proudhon se d&#233;gage en son temps de toutes les autres &#233;coles Socialistes. Pas une des &#233;coles Socialistes n'avait vu autre chose qu'une transformation politique de la soci&#233;t&#233;. Lui, propose une transformation &#233;conomique. Et non seulement il propose une transformation &#233;conomique, mais il la propose envers et contre toute tentative de transformation politique. Car la transformation politique, c'est la cr&#233;ation d'un pouvoir et donc d'une hi&#233;rarchie et donc d'une autorit&#233;. Elle est n&#233;gative de l'&#233;galit&#233;, elle est n&#233;gative de la libert&#233; des hommes. Et quand Proudhon en vient &#224; instaurer id&#233;alement la soci&#233;t&#233;, d'abord, il n'accepte pas de plan. Et vous allez le voir dans la lettre qu'il adresse &#224; Karl Marx, et qui &#233;tablit la premi&#232;re rupture entre Marx et Proudhon, ce qui n'emp&#234;chera pas d'ailleurs, en ne le citant plus, et en lui fichant des coups de pied en vache de temps en temps, &#224; Karl Marx de critiquer Proudhon, mais tout en l'admirant, et le disant sans le citer, vous trouvez cela maintes fois dans l'&#339;uvre de Marx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici qu'elle est leur rupture : Marx a pens&#233; pr&#233;cis&#233;ment, &#233;tant donn&#233; que le peuple tout entier n'a pas d'id&#233;e, que quelques-uns ont l'id&#233;e, cette id&#233;e sur laquelle Marx est d'abord d'accord et qu'il laissera tomber par la suite, cette id&#233;e, quelques-uns l'ont, les plus &#233;volu&#233;s, les plus conscients, les plus capables, c'est-&#224;-dire les prol&#233;taires. Le prol&#233;tariat a d&#233;j&#224; un certain nombre d'exp&#233;riences, un certain nombre de r&#233;voltes, de mouvements qui prouvent qu'il n'est pas conscient, mais que cette conscience est en lui-m&#234;me. Par cons&#233;quent, lui, est accessible &#224; l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc lui qu'il faut organiser, et c'est lui qui prendra la direction du mouvement ouvrier, et il va fonder la Ligue des Communistes, A cet effet, il s'adresse &#224; tous ceux qui, dans le temps, ils ne sont pas nombreux, &#224; tous ceux qu'il consid&#232;re comme travaillant &#224; la R&#233;volution Sociale. Et comme il est admirateur de Proudhon, et qu'il vient d'&#233;crire qu'apr&#232;s Proudhon il n'y a plus rien comme critique, alors il l'invite &#224;. participer &#224; sa lutte, La lettre de Marx, nous ne l'avons pas, nous avons seulement les &#233;chos, et nous avons la r&#233;ponse de Proudhon. Or, vous allez voir quel est l'&#233;tat d'esprit de Proudhon quant &#224; l'organisation de, si vous voulez, la Soci&#233;t&#233; future.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon cher Monsieur Marx,&lt;br /&gt;
&#171; Je consens volontiers &#224; devenir l'un des aboutissants de votre correspondance, dont le but et l'organisation me semblent devoir &#234;tre utiles. Je prendrai la libert&#233; de faire quelques r&#233;serve qui me sont sugg&#233;r&#233;es par divers passages de votre lettre ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; D'abord, quoique mes id&#233;es en fait d'organisation et de r&#233;alisation soient, en ce moment, tout &#224; fait arr&#234;t&#233;es, au moins en ce qui regarde les principes, je crois qu'il est de mon devoir, qu'il est du devoir de tout Socialiste, de conserver pour quelque temps encore la forme antique ou dubitative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En un mot, je fais profession avec le public, d'un antidogmatisme &#233;conomique presque absolu. Cherchons ensemble, si vous le voulez, les lois de la soci&#233;t&#233;, le mode dont ces lois se r&#233;alisent, le progr&#232;s suivant lequel nous parvenons &#224; les d&#233;couvrir, mais, pour Dieu, apr&#232;s avoir d&#233;moli tous les dogmatismes a priori, ne tombons pas dans la contradiction de votre compatriote Martin Luther qui, apr&#232;s avoir renvers&#233; la th&#233;ologie catholique, se mit aussit&#244;t, &#224; grand renfort d'excommunions et d'anath&#232;mes, &#224; fournir une th&#233;ologie protestante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Parce que nous sommes &#224; la t&#234;te du mouvement, ne nous faisons pas les chefs d'une nouvelle intol&#233;rance. Ne nous posons pas en ap&#244;tres d'une nouvelle religion, cette religion fut-elle la religion de la logique, la religion de la raison. Accueillons, encourageons toutes les protestations, fl&#233;trissons toutes les exclusions, tous les mysticismes, ne regardons jamais une question comme &#233;puis&#233;e, et quand nous aurons us&#233; jusqu'&#224; notre dernier argument, recommen&#231;ons s'il le faut avec &#233;loquence et ironie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; A cette condition, j'entrerai avec plaisir dans votre association, sinon. Non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai aussi &#224; vous faire quelques observations sur ce mot de votre lettre : &#171; au moment de l'action &#187;. Peut-&#234;tre conservez-vous encore l'opinion qu'aucune r&#233;forme n'est actuellement possible sans un coup de main, sans ce qu'on appelait une r&#233;volution, et qui n'est tout bonnement qu'une secousse. Je me pose aussi le probl&#232;me. Car entr&#233;es dans la soci&#233;t&#233; par une combinaison &#233;conomique, les richesses sont sorties de la soci&#233;t&#233; par une autre combinaison &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En d'autres termes, tourner &#224; l'&#201;conomie Politique, la th&#233;orie de la propri&#233;t&#233;, contre la propri&#233;t&#233;, de mani&#232;re &#224; engendrer ce que vous autres Socialistes Allemands, vous appelez la Communaut&#233; et que je me bornerai pour le moment &#224; appeler Libert&#233; et &#201;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Voil&#224;, mon cher philosophe, o&#249; j'en suis pour le moment. Sauf &#224; me tromper et s'il y a lieu, &#224; recevoir la f&#233;rule de votre main, ce &#224; quoi je me soumets de bonne gr&#226;ce en attendant ma revanche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bref, il serait &#224; mon avis d'une mauvaise politique pour nous de parler en exterminateurs, les moyens de rigueur viendront assez t&#244;t, le peuple n'a besoin pour cela d'aucune exhortation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous voyez qu'il y a chez Proudhon quelque chose d'humain, et sa logique est telle, que nous nous trouvons aujourd'hui devant les m&#234;mes probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une R&#233;volution sans r&#233;volutionnaires, qu'est la R&#233;volution ? Une simple secousse, &#231;a ne change rien aux choses, Et pourtant Proudhon est r&#233;volutionnaire, Mais il ne tient pas &#224; cette secousse. Pour le moment, les r&#233;volutionnaires ne savent pas ce qu'est la R&#233;volution, il faut le leur apprendre. Ils ne sont pas capables de construire apr&#232;s la secousse, une R&#233;volution. Il faut qu'ils apprennent &#224; &#234;tre les constructeurs, apr&#232;s la secousse, de la R&#233;volution. Et pour cela, notez que nous sommes &#224; l'&#232;re du Capitalisme encore et que par cons&#233;quent il ne pouvait pas pr&#233;voir tout ce oui est, on ne prend pas un homme qui a 100 ans de retard pour un homme d'aujourd'hui, Il a ses qualit&#233;s et ses d&#233;fauts. Il a ses arguments et ses documents, ceux de son temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que voit-il ? Et bien que d&#233;j&#224; les ouvriers apprennent l'association, pas seulement l'ouvrier, mais l'artisan, le petit bourgeois. Par l'association. qu'ils arrachent la propri&#233;t&#233; au propri&#233;taire, qu'ils apprennent &#224; g&#233;rer et la terre et l'atelier. Il fait appel &#224; la bourgeoisie. &#199;a permettra, en douce de le faire passer pour un bourgeois et au fond, le seul argument marxiste contre l'Anarchie c'est celui-l&#224; que les Anarchistes sont des petits bourgeois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proudhon est un petit bourgeois, oui mais, dans la pratique, lorsque L&#233;nine constate la faillite de sa politique, et qu'il r&#233;tablit en Russie la N.E.P. la Nouvelle &#201;conomie Politique, il ne fait pas autre chose. Et quant : aujourd'hui on r&#233;tablit de plus en plus le profit pour les particuliers en Russie, on ne fait pas autre chose que de faire appel &#224; la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le Parti Communiste Fran&#231;ais comprend plus de petits fonctionnaires et de bourgeois, que d'ouvriers. Le pourcentage est de 7 % de plus de bourgeois (de petits bourgeois). Quand je dis petits bourgeois, je ne parle &#233;videmment pas de M. Aragon dont on ne sait pas s'il est petit bourgeois avec les millions dont il dispose, et tant d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, Proudhon voit chez le petit bourgeois et chez l'artisan, des gens d&#233;j&#224; habitu&#233;s &#224; g&#233;rer les affaires, qui ont par cons&#233;quent cette possibilit&#233; de construire quelque chose. Qu'ils prennent conscience ; qu'ils le doivent, contre le propri&#233;taire et contre l'&#201;tat, et ils sont les meilleurs artisans de la R&#233;volution. Ils y ont int&#233;r&#234;t, car le syst&#232;me bourgeois implique &#224; plus ou moins br&#232;ve &#233;ch&#233;ance la disparition des classes au pouvoir, De plus en plus l'industriel et le financier prendront possession des biens et des personnes de la bourgeoisie. Par cons&#233;quent, elle est aussi directement que le travailleur, menac&#233;e par le syst&#232;me lui-m&#234;me. Qu'ils prennent donc conscience, et clans ceux qui d&#233;j&#224; ont une capacit&#233; de gestion, ils doivent s'appliquer d'ores et d&#233;j&#224; &#224; remplacer et le propri&#233;taire et l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il s'apercevra lui aussi, &#224; l'usage qu'il a cru par erreur &#224; la capacit&#233; intellectuelle de la bourgeoisie. C'est vrai, elle a une capacit&#233; gestionnaire. Encore faut-il faire des r&#233;serves, il est certain que sa capacit&#233; gestionnaire r&#233;elle l'aurait depuis longtemps induite &#224; l'association des petits propri&#233;taires. &#224; l'association des petits artisans qui auraient &#233;vit&#233; ensuite les Nationalisations qui de plus en plus, finissent par leur usurper leur part de bien et de libert&#233;. Mais ils sont quand m&#234;me gestionnaires, mais ils n'ont pas la capacit&#233; de s'abstraire de leur situation. Eux aussi ils ont cru galon social, eux aussi ils disposent d'une certaine autorit&#233;, eux ils se sentent sup&#233;rieurs aux masses, sup&#233;rieurs aux travailleurs, sup&#233;rieurs aux prol&#233;taires et par cons&#233;quent, ils veulent garder cette distinction sociale et ils ne sont pas r&#233;volutionnaires, Ils en cr&#232;veront, mais ils ne feront pas la R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proudhon a tellement influenc&#233; la plupart des &#233;coles que pendant vingt ans, dans &#171; l'Action Fran&#231;aise &#187;, le quotidien royaliste en France, le plus royaliste si l'on peut dire, celui de Charles Mauras et de L&#233;on Daudet, un homme qui venait de l'Anarchie a tenu la chronique Proudhonienne, c'&#233;tait Georges Valois. Pendant vingt ans, dans &#171; l'Action Fran&#231;aise &#187;, un journal royaliste, il pouvait d&#233;fendre les th&#233;ories de Proudhon, pour aboutir &#224; cette na&#239;vet&#233;, qu'en d&#233;finitive, le prol&#233;tariat &#233;tait incapable de faire une R&#233;volution, et que cependant l'individu du 20&#232; si&#232;cle avait besoin d'une R&#233;volution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il conna&#238;t parfaitement Mussolini, Socialiste, mais le dictateur qui avait pris le pouvoir, et par cons&#233;quent avait fait une R&#233;volution et pouvait la faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et il d&#233;cide de quitter &#171; l'Action Fran&#231;aise &#187;, de fonder, puisque les temps sont venus, car nous sommes vers 1924 ou 1925, une R&#233;volution en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et alors, quittant &#171; l'Action Fran&#231;aise &#187;, ce Proudhonien s'adresse &#224; la bourgeoisie et cr&#233;e un mouvement fasciste, B&#233;ret, canne, chemise bleue, en rang, on pr&#233;pare les groupes r&#233;volutionnaires avec la bourgeoisie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux, ans apr&#232;s, il s'aper&#231;oit que la bourgeoisie voulait bien faire une R&#233;volution, mais pas une R&#233;volution sociale. Elle voulait, comme la bourgeoisie de 1789 prendre sa part au banquet de la vie, elle voulait se d&#233;barrasser de toute la tyrannie des trusts et des financiers, mais ce n'&#233;tait pas pour le compte de la soci&#233;t&#233;, c'&#233;tait en maintenant le prol&#233;tariat dans son &#233;tat de soumission, et il supprime lui-m&#234;me le mouvement qu'il a cr&#233;&#233; : avec la bourgeoisie, on ne fait pas de R&#233;volution Sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georges Valois continue, ensuite, revient &#224; ses premi&#232;res amours, devient Socialiste r&#233;volutionnaire, syndicaliste r&#233;volutionnaire, redevient anarchiste, mais il n'ose plus se donner d'&#233;tiquette, et enfin, il mourra dans un camp de concentration &#224; la fin de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y eut, je crois qu'il fonctionne encore, un Cercle Proudhonien, dans lequel la plupart des intellectuels d'extr&#234;me droite se rencontraient et discutaient des th&#233;ories de Proudhon. &#201;videmment, en opposition toujours, &#224; la finance et &#224; la grosse industrie. C'est une bourgeoisie qui tient &#224; conserver ses privil&#232;ges et qui pensait que Proudhon avait raison en demandant &#224; la bourgeoisie, ses associations, ses collaborations, mais le Cercle Proudhonien compos&#233; d'hommes de droite et de privil&#233;gi&#233;s, ne pensait &#233;videmment pas &#224; une R&#233;volution. Mais ils trouvaient dans l'&#339;uvre de Proudhon, tellement elle est vaste et riche, et de son temps, des arguments tout de m&#234;me contre l'exploitation des majorit&#233;s par une minorit&#233;, et par cons&#233;quent, ils &#233;taient contre l'&#201;tat. Pas tout &#224; fait, tout de m&#234;me, puisqu'ils s'en r&#233;servaient une figure : le Roi. Mais le roi n'ayant aucun pouvoir, &#233;tant comme un juge supr&#234;me, ou essayant de mettre d'accord les diverses parties en comp&#233;tition. Ce qui restait dans leur id&#233;e, c'est que Proudhon avait demand&#233; &#224; ceux qui en avaient la capacit&#233;, mais pour le moment, afin de pr&#233;parer, avant la R&#233;volution Sociale, pour qu'elle soit autre chose qu'une simple secousse qu'on appelle R&#233;volution, mais qu'elle soit une R&#233;volution r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Proudhon indiquait les choses en un temps o&#249; c'&#233;tait possible. Aujourd'hui, les petites associations commencent &#224; &#234;tre trop petites. Elles sont d&#233;pass&#233;es, et enfin, depuis que l'&#201;tat bourgeois se d&#233;fend, il a cr&#233;&#233; un certain nombre d'institutions, un certain nombre de r&#232;glements, de d&#233;crets et de lois, que la petite association elle-m&#234;me n'&#233;chappe pas au syst&#232;me et est soumise aux lois du syst&#232;me : elle est vou&#233;e &#224; la disparition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca c'&#233;tait du temps de Proudhon. Tout cela a &#233;volu&#233;. Ce sont les termes qui ne sont plus les m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#201;tat actuel, dans les pays capitalistes est &#224; peu pr&#232;s sensiblement le m&#234;me que dans les pays dits Socialistes. C'est de plus en plus que directement ou indirectement, l'&#201;tat bourgeois ressemble &#224; l'&#201;tat socialiste. Il en remplit les m&#234;mes fonctions, et s'il y a des distinctions, elles sont secondaires, elles sont accidentelles. Elles sont du moment, elles ne sont pas constantes dans le syst&#232;me. Les deux syst&#232;mes tendent &#224; se rapprocher, et par cons&#233;quent, la Soci&#233;t&#233; se trouve actuellement divis&#233;e plus qu'elle ne l'&#233;tait en non pas deux classes, mais entre deux capacit&#233;s : le propri&#233;taire et le non-propri&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cet appareil de l'&#201;tat, qu'il soit bourgeois, ou qu'il soit dit socialiste, la hi&#233;rarchie &#233;tablit des distinctions entre les individus, qui sont des classes v&#233;ritables d'individus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacun disposant d'une certaine autorit&#233;, se croit libre et est esclave, soumis &#224; des r&#232;gles, soumis &#224; des notions morales et &#224; une application &#233;conomique telle que le syst&#232;me est oppressif aujourd'hui plus qu'il ne l'&#233;tait hier. Et s'il y a un peu partout r&#233;voltes de toutes sortes, il leur manque l'id&#233;e. La r&#233;volte est de plus en. plus une n&#233;cessit&#233;. Vous savez comment elle s'exprime par les gr&#232;ves innombrables. Et Proudhon avait averti : la gr&#232;ve est une sottise, elle ne change rien, elle tend seulement &#224; une augmentation des salaires d&#233;pass&#233;e ou pr&#233;c&#233;d&#233;e par une augmentation du co&#251;t de la vie. D&#233;j&#224;, quand les gr&#232;ves commen&#231;aient seulement &#224; &#234;tre connues, comme une cessation concert&#233;e du travail, Proudhon &#233;tablissait que la gr&#232;ve n'&#233;tait pas un instrument de lib&#233;ration. Mais la cessation de travail g&#233;n&#233;rale, ce qu'il n'appelait pas, les termes n'&#233;taient pas en valeur, la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, c'&#233;tait seulement cela, en vue d'exproprier le propri&#233;taire, qui &#233;tait valable. Ce &#224; quoi il fallait pr&#233;parer le travailleur, &#224; refuser son travail, car rien ne vaut que par le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette terre dont je vous parlais tout &#224; l'heure et qui, n'avait aucune valeur, n'est devenue une valeur que lorsque le travail s'y est introduit. Pas de travail, pas de valeur, rien n'existe hors le travail. Voil&#224; quelle est la justice et la morale : &#233;tablir non pas les hi&#233;rarchies, non pas les politiques, mais la libert&#233; dans l'&#233;conomie et par cons&#233;quent, la justice dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des termes qu'il emploie et dont on rira &#233;videmment. Justice, plus tard un des Marxistes dira : ce sort les &#171; grues m&#233;taphysiques &#187;. Oui bien s&#251;r, justice c'est un mot dont on fait tel et tel usage, mais quand. on l'exprime comme l'exprimait Proudhon, &#224; savoir : &#171; &#224; la soci&#233;t&#233; ce qui est social et &#224; l'individu ce qui est individuel dans l'&#233;galit&#233; des &#234;tres en pleine libert&#233; &#187;. Alors, justice, c'est autre chose, personne ne peut plus se plaindre. Elle s'exprime par les gr&#232;ves, et les petites gr&#232;ves d'une heure, de deux heures, de huit jours, qui sont des manifestations de m&#233;contentement, mais qui sont toutes &#224; caract&#232;re politique, qui ne s'attaquent pas au statut m&#234;me de la propri&#233;t&#233;, tout cela c'est du leurre, de la poudre aux yeux, tout cela c'est faire croire au prol&#233;taire qu'il lutte pour sa lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre r&#233;volte, le vol direct, la reprise sur les propri&#233;taires de la propri&#233;t&#233;, et tout cela qui ne touche pas au statut car le voleur tend &#224; devenir le propri&#233;taire, il ne change pas le statut de la propri&#233;t&#233;. Cette r&#233;volte n'est pas une r&#233;volte dont l'id&#233;e a pr&#233;par&#233; l'av&#232;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a la r&#233;volte des jeunes &#224; laquelle les vieux ne comprennent rien et ils ne comprennent rien parce qu'ils ne sont pas du m&#234;me temps, parce que le temps, la soci&#233;t&#233; &#233;voluent rapidement, parce que les techniques bouleversent tous les rapports sociaux en permanence. Alors les g&#233;n&#233;rations se succ&#232;dent,maistousles dix ans ou quinze ans ou vingt ans, il y a quelque chose de chang&#233; dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et nous restons stables, assis sur nous-m&#234;mes, avec notre formation, sans essayer de nous adapter nous-m&#234;mes aux n&#233;cessit&#233;s et aux pens&#233;es d'une &#233;poque qui &#233;volue tous les jours, tandis que les jeunes viennent dans un climat nouveau et r&#233;agissent autrement. Ils n'ont pas do formation, on leur a enlev&#233; les &#233;colos. Nous sommes la&#239;ques disait notre camarade. Oui, nous sommes la&#239;ques, c'est-&#224;-dire quo nous voulons une &#233;ducation qui lib&#232;re l'esprit, qui apprenne aux hommes &#224; penser, qui leur donne les instruments de leur vie mat&#233;rielle et de leur &#233;volution morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'&#233;cole actuelle est la n&#233;gation m&#234;me de l'&#233;ducation. Elle tend &#224; conformer les individus ; elle tend &#224; fabriquer des instruments, instruments de travail ou instruments politiques, instruments de la joie, de la puissance ou de la richesse des grands, elle n'a pas d'autre tendance. Et tant que l'&#233;cole nationale ne sera pas cela, et comme elle l'est un peu, comme elle a un peu cette tendance, alors on l'envahit, on lui supprime les &#233;coles, on supprime les ma&#238;tres, on fait tout pour qu'elle ne soit pas, et on d&#233;veloppe celle de la complice de tous les temps, de l'&#201;glise, dans les pays o&#249; elle existe, c'est-&#224;-dire ici, la Catholique, la Musulmane dans le pays d'Afrique, et c'est partout Leur &#201;glise, et Leur Religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, n&#233;cessairement, pas de formation. Je ne parle pas de formation &#233;conomique. Un enfant &#224; 16 ou 18 ans a une id&#233;e. On n'a rien fait pour qu'il l'ait et &#231;a se produit quelquefois, par l'exemple, par une constatation quelconque il aime un m&#233;tier, il voudrait apprendre cela, on lui on donne le temps et il l'apprend : c'est un veinard. Il est presque une exception dans la soci&#233;t&#233; actuelle. Celui qui aime d&#233;j&#224; un m&#233;tier et qui a la possibilit&#233; de l'apprendre. Et puis, quand il l'a appris, au bout de deux ou trois ans, alors on lui dit : &#171; mon ami, il n'y a rien &#224; faire pour toi, mais si tu voulais changer de m&#233;tier, alors tu pourrais peut-&#234;tre, avec un apprentissage un peu acc&#233;l&#233;r&#233;, on six mois, faire autre chose, l&#224; tu aurais du travail &#187;. Alors, adieu les illusions, adieu l'amour du travail, et c'est la r&#233;volte plus ou moins consciente, mais c'est la r&#233;volte. Enfin quand on lui dit : &#171; tu vas aller &#224; l'&#233;cole deux ans de plus, parce que si tu ne vas pas deux ans de plus &#224; l'&#233;cole, o&#249; tu n'apprendras pas grand chose, alors tu seras ch&#244;meur, il n'y a. pas de travail pour toi &#187;. Et qu'en m&#234;me temps notre grand argentier lui dit : &#171; Il y a 50 millions d'habitants, mais nous serons heureux quand il y en aura 100. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ? c'est une soci&#233;t&#233; de fous. Mais c'est une soci&#233;t&#233; qui n'essaie pas de convaincre. Elle en a pourtant les moyens : la presse toute enti&#232;re au service des. financiers et des industriels, c'est-&#224;-dire de l'&#201;tat qui en est la repr&#233;sentation, la radio, mais plus que tout, la t&#233;l&#233;vision. Tout cela pr&#233;pare les individus &#224; ne pas penser, &#224; accepter, &#224; suivre une certaine r&#232;gle, plus ou moins vague d'ailleurs. &#199;a ne pr&#233;pare pas des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;50 millions, il n'y a pas de travail pour quelques 3, 4 ou 5 millions aujourd'hui. &#199;a ne fait rien, fabriquez encore. Qu'est-ce que vous en faites ? On cherchera du travail. C'est-&#224;-dire, la terre est de plus en plus travaill&#233;e, elle produit de plus en plus avec de moins en moins de travailleurs. Fabriquez des travailleurs ! Pourquoi faire ? On ne travaillera pas mieux, elle ne rendra pas mieux, la. terre. Puis enfin, ce qu'on lui demande, c'est qu'elle nourrisse son homme. Mais pourquoi faire venir des gens pour manger seulement ? Enfin c'est un v&#233;ritable gaspillage d'intelligence et de technique que la soci&#233;t&#233; actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, il n'y a jamais eu autant de flics. Il n'y a jamais eu autant partout et partout de gardiens de tous ordres, de mouchards, jamais autant de C.R.S., jamais autant de soldats de m&#233;tier, de re&#238;tres pr&#234;ts &#224; &#233;trangler leur m&#232;re ou leur fr&#232;re parce qu'ils rousp&#232;tent quand on les paie mal ou qu'ils n'ont pas de travailleur, l'habiller en soldat et le faire le gardien de la propri&#233;t&#233; de celui qui exploite sa famille et lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus le d&#233;sordre est grand, plus l'opposition est grande dans la soci&#233;t&#233;, et plus l'&#201;tat a besoin d'&#234;tre arm&#233;, fortement arm&#233;, la hi&#233;rarchie partout et sous toutes ses formes. On cr&#233;e tant d'emplois les plus nobles, pourquoi faire ? pour rien, il faut employer les individus. Pas de libert&#233;, ou des loisirs qu'on leur pr&#233;pare et qu'on leur am&#233;nage. Un mois, deux mois, peut-&#234;tre un s&#233;jour o&#249; ils pourront quitter le travail, mais attention, l'esprit confortablement pr&#233;par&#233; : aller prendre des bains quelque part, du soleil ailleurs ou skier sur la neige. R&#233;fl&#233;chir, penser ? non, mais en parler pendant, deux mois et pr&#233;parer pour l'ann&#233;e suivante un ou deux mois. Mais r&#233;fl&#233;chir, penser, pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; comment Proudhon, qui pr&#233;voyait ce qui est, parce que c'est une question de logique &#233;tant donn&#233; la connaissance des faits sans pr&#233;jug&#233;s, arrivait &#224; la critique non seulement de la soci&#233;t&#233; de son temps, mais bien au-del&#224; de notre temps, et peut-&#234;tre des temps &#224;. venir. Mais &#231;a contient aussi ceci : c'est la le&#231;on qu'il en tirait ; c'est que le m&#233;contentement serait de plus en plus grand, c'est que la libert&#233; des individus est un besoin de l'individu. Il la recherche &#224; sa fa&#231;on,' plus ou moins bien. Il lui faudrait le sentant, puisqu'il le manifeste, en m&#233;contentement quotidien, qu'il ait l'id&#233;e, qu'il pense cela et qu'il se dise quelle est la cause ? Elle r&#233;side dans deux principes, celui de la propri&#233;t&#233; et celui de l'autorit&#233;. Tendez &#224; supprimer la propri&#233;t&#233; et l'autorit&#233; et vous avez r&#233;alis&#233; les conditions d'une harmonie sociale, ou l'individu pourrait se sentir l'&#233;gal de l'homme et ceci en pleine libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que Proudhon redevienne actuel. Qu'on en fasse des cours &#224; la Sorbonne, qu'on le trouve de plus en plus clans les librairies, ou en des &#233;tudes plus ou moins importantes mais tant est tout de m&#234;me riche, &#231;a prouve que dans la soci&#233;t&#233;, ind&#233;pendamment des classes, il y a de plus en plus des individus qui &#233;prouvent le besoin de respirer, et qui pensent, qu'enfin, une R&#233;volution serait la bienvenue qui nous rendrait cette libert&#233; dans cette &#233;galit&#233;, car c'est de cela que peut &#234;tre faite la fraternit&#233; des hommes.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bibliographie sommaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Jean BANCAL, &lt;i&gt;Proudhon et l'autogestion&lt;/i&gt;, Volont&#233; anarchiste n&#176; 10-11&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre-Joseph PROUDHON, &lt;i&gt;Avertissement aux propri&#233;taires&lt;/i&gt;, Ed. Collection anarchiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;Id&#233;e g&#233;n&#233;rale de la R&#233;volution au 19&#232; si&#232;cle&lt;/i&gt;, Ed. Collection anarchiste&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &lt;i&gt;De la capacit&#233; politique des classes ouvri&#232;res&lt;/i&gt;, 2 vol., Ed. du Monde libertaire&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PROUDHON / MARX, &lt;i&gt;Philosophie de la mis&#232;re/Mis&#232;re de la philosophie&lt;/i&gt;, 3 vol. Ed. collection anarchiste&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristide LAPEYRE, &lt;i&gt;Le probl&#232;me espagnol&lt;/i&gt;, Ed. Action libertaire&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A lire aussi :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les cahiers des amis d'Aristide Lapeyre&lt;/i&gt;, &#201;dit&#233;s par l'association des Amis d'Aristide Lapeyre 3, rue du Muguet, 33000 BORDEAUX&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ouvrages sont disponibles &#224; la &lt;br class='autobr' /&gt;
LIBRAIRIE DU MONDE LIBERTAIRE &lt;br class='autobr' /&gt;
145, rue AmeLot&lt;br class='autobr' /&gt;
75011 PARIS&lt;br class='autobr' /&gt;
teL. : 48 05 34 08&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;ditions AKATENE - 1987&lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&lt;i&gt;Libres Opinions sur Pierre-Joseph Proudhon&lt;/i&gt;, &#233;d. Cenit, s.l., s.d. (1960 ?), 29 p. ; r&#233;&#233;d. (format 21 x 29,7, ron&#233;ot&#233;) Akat&#232;ne, Paris, 1987, 29 p.]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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