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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>IV. Fonction et finalit&#233; de l'&#233;tude de la nature.</title>
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		<dc:creator>Epicure</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;1. Contre la th&#233;ologie astrale. &lt;br class='autobr' /&gt; Il ne faut pas croire que les ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, les mouvements, les changements de direction, les solstices, les &#233;clipses, les levers, les couchers et toutes les autres choses du m&#234;me genre se produisent sous le gouvernement d'un &#234;tre qui les r&#232;gle ou doive intervenir un jour, s'il le faut, pour les r&#233;gler, et &#224; qui on attribue en m&#234;me temps la b&#233;atitude et l'immortalit&#233;. (77) Car les occupations, les soucis, les col&#232;res, les faveurs ne s'accordent point (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Analyse-de-la-lettre-a-Herodote-" rel="directory"&gt;Analyse de la lettre &#224; H&#233;rodote&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/III-L-etude-de-la-nature-structure-et-proprietes-des-corps' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Contre la th&#233;ologie astrale.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire que les ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, les mouvements, les changements de direction, les solstices, les &#233;clipses, les levers, les couchers et toutes les autres choses du m&#234;me genre se produisent sous le gouvernement d'un &#234;tre qui les r&#232;gle ou doive intervenir un jour, s'il le faut, pour les r&#233;gler, et &#224; qui on attribue en m&#234;me temps la b&#233;atitude et l'immortalit&#233;. &lt;strong&gt;(77)&lt;/strong&gt; Car les occupations, les soucis, les col&#232;res, les faveurs ne s'accordent point avec la b&#233;atitude, mais ont leur source dans la crainte ou dans le besoin qu'on &#233;prouverait pour d'autres &#234;tres avec lesquels on serait en rapport. Et il ne faut pas croire non plus que ce sont des foyers d'un feu constitu&#233; pour se mouvoir en cercle, et dont chacun poss&#233;derait la b&#233;atitude, qui sont anim&#233;s, en vertu d'une volont&#233; &#224; eux, des mouvements que nous avons &#233;num&#233;r&#233;s. Mais il faut pr&#233;server, en le lui t&#233;moignant dans tous les noms qu'on lui donne, la majest&#233; du divin, afin que, de noms peu convenables, nous ne tirions pas des opinions oppos&#233;es &#224; ce respect : faute d'agir ainsi, une contradiction de cette esp&#232;ce suffira &#224; porter le plus grand trouble dans les &#226;mes. Ce qu'il faut croire, c'est donc que les r&#233;volutions des astres sont des mouvements n&#233;cessaires, et qu'elles s'accomplissent en cons&#233;quence de ce que les astres &#233;taient compris d&#232;s l'origine dans ces tourbillons qui chacun engendrent un monde.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. &#201;tude des r&#233;alit&#233;s c&#233;lestes et explication multiple.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(78)&lt;/strong&gt; On doit d'ailleurs admettre que la physique accomplit sa fonction en approfondissant la cause des principaux faits relatifs aux astres, que notre f&#233;licit&#233; puise dans la connaissance des ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, la d&#233;termination de leur nature, et il en va de m&#234;me &#224; propos de tous les ph&#233;nom&#232;nes semblables dont l'approfondissement contribue au bonheur. Ajoutons qu'en pareille mati&#232;re la pluralit&#233; des explications et la formule : il peut en &#234;tre soit ainsi soit autrement, ne sont pas de mise ; mais qu'il faut prononcer d'une mani&#232;re absolue que l'essence immortelle bienheureuse ne saurait rien impliquer qui soit capable d'apporter avec soi la dissolution et le trouble : car il est possible de saisir par la pens&#233;e qu'il en est absolument ainsi. &lt;strong&gt;(79)&lt;/strong&gt; Au contraire, ce qui rentre dans le domaine de la recherche au sujet des couchers et des levers, des solstices, des &#233;clipses et choses de m&#234;me ordre, la connaissance qu'on en peut avoir ne contribue plus au bonheur, car ceux qui la poss&#232;dent, sans savoir ce que sont les substances des astres et les causes principales de leurs mouvements, ceux-l&#224; sont aussi sujets aux frayeurs que s'ils ne savaient pas ce qu'ils savent, et peut-&#234;tre m&#234;me y sont-ils plus sujets, parce que l'&#233;tonnement qui r&#233;sulte chez eux de ce qu'ils connaissent un plus grand nombre de ces ph&#233;nom&#232;nes que les autres hommes, ne peut pas prendre fin par l'intelligence de l'ordre fondamental du monde. C'est pourquoi, si nous trouvons et indiquons plusieurs causes possibles des solstices, des couchers, des levers, des &#233;clipses et des autres choses de ce genre, ainsi que cela a lieu pour les faits particuliers que nous observons sur la terre, &lt;strong&gt;(80)&lt;/strong&gt; il ne faut pas croire pour cela que notre besoin de connaissance relativement &#224; ces choses n'a pas &#233;t&#233; pleinement satisfait, autant qu'il importe pour notre ataraxie et notre bonheur. Par cons&#233;quent, il faut consid&#233;rer de combien de fa&#231;ons peuvent se produire les faits qui se passent sur la terre et sous nos yeux, puis partir de l&#224; pour indiquer les causes des ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes qui leur ressemblent et, en g&#233;n&#233;ral, de tous les faits invisibles qui ressemblent aux visibles. Nous m&#233;priserons ceux qui ne connaissent pas les choses dont il n'y a qu'une explication unique et celles qui en comportent plusieurs, ceux qui, par suite des distances, ne savent pas voir comme il faut les ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, ceux qui ignorent quelles sortes d'explications sont insuffisantes pour procurer l'ataraxie. Si donc nous concevons qu'un ph&#233;nom&#232;ne puisse, outre une certaine cause, en avoir encore une certaine autre, qui suffise au m&#234;me degr&#233; &#224; assurer l'ataraxie, cette connaissance m&#234;me de la possibilit&#233; de plusieurs explications nous procurera l'ataraxie tout aussi bien que si nous savions que le ph&#233;nom&#232;ne a lieu pour telle raison et non autrement.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Du trouble &#224; l'ataraxie.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(81)&lt;/strong&gt; La r&#233;flexion qu'il importe le plus de faire sur tout cet ordre de faits en g&#233;n&#233;ral, c'est que le trouble le plus grand que puisse &#233;prouver l'&#226;me humaine provient, en premier lieu, de ce que l'on consid&#232;re les astres comme des &#234;tres bienheureux et immortels, pendant que, d'autre part, on leur attribue des volont&#233;s, des actions et des op&#233;rations oppos&#233;es &#224; la b&#233;atitude et &#224; l'immortalit&#233; ; et qu'il provient, en second lieu, de ce qu'on redoute sans cesse comme assur&#233;e ou comme possible, quelque peine terrible et &#233;ternelle, telle qu'il y en a dans les mythes, qu'on redoute m&#234;me jusqu'&#224; l'insensibilit&#233; de la mort, comme si celle-ci avait quelque rapport avec nous, &#233;prouvant toutes ces affections en cons&#233;quence, non d'opinions m&#251;ries, mais de sentiments irr&#233;fl&#233;chis, de sorte que, quand on n'a pas d&#233;fini ce qui est &#224; craindre, on ressent autant ou m&#234;me plus de trouble que ceux qui se sont fait des choses &#224; craindre une juste opinion. &lt;strong&gt;(82)&lt;/strong&gt; L'ataraxie consiste &#224; &#234;tre d&#233;livr&#233; de toutes ces craintes, en conservant constamment le souvenir des vues d'ensemble et des doctrines principales que nous avons enseign&#233;es sur la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, nous devons prendre en consid&#233;ration nos affections r&#233;elles et nos sensations, nos sensations communes s'il s'agit d'un sensible commun, nos sensations sp&#233;ciales s'il s'agit d'un sensible propre ; en un mot, prendre en consid&#233;ration toute &#233;vidence &#224; nous fournie par chacun des crit&#232;res. Car en nous servant de ces donn&#233;es &#233;videntes, nous d&#233;terminerons sans erreur la cause de notre trouble et de notre crainte et nous les ferons dispara&#238;tre, qu'il s'agisse d'ailleurs de chercher la cause d'un ph&#233;nom&#232;ne c&#233;leste ou de quelqu'un des autres &#233;v&#233;nements qui surviennent sans cesse, bref d'un de ces faits qui inspirent au reste des hommes une frayeur extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, H&#233;rodote, r&#233;duit aux principaux chefs, l'abr&#233;g&#233; que j'entreprenais &#224; ton intention sur la nature de l'univers. &lt;strong&gt;(83)&lt;/strong&gt; Il est tel que s'il devient efficace gr&#226;ce &#224; ce qu'on le retienne tr&#232;s exactement, l'homme qui le poss&#233;dera, sans aller m&#234;me jusqu'&#224; approfondir les faits particuliers, aura, je pense, une force incomparable par rapport au reste des hommes. En effet, il sera capable d'&#233;claircir par lui-m&#234;me beaucoup des explications de faits particuliers que nous avons approfondies dans notre trait&#233; complet, et, &#224; d'autres &#233;gards, cet abr&#233;g&#233;, fix&#233; dans sa m&#233;moire, lui sera d'un secours continuel. Il est tel en effet que ceux-l&#224; m&#234;mes qui auront approfondi nos explications de d&#233;tail, soit suffisamment soit m&#234;me jusqu'&#224; la perfection, pourront, en revenant &#224; des vues d'ensemble comme celles-ci, faire dans la plupart des cas le tour de la nature. Et, d'autre part, ceux qui ne comptent pas tout &#224; fait parmi les initi&#233;s de notre &#233;cole, pourront &#224; l'aide de cet abr&#233;g&#233;, faire, &#224; part eux et en silence, prompts comme la pens&#233;e, une revue circulaire des principaux points du syst&#232;me, suffisante pour leur procurer la s&#233;r&#233;nit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>III. L'&#233;tude de la nature : structure et propri&#233;t&#233;s des corps.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/III-L-etude-de-la-nature-structure-et-proprietes-des-corps</link>
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		<dc:date>2005-11-07T22:11:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Epicure</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;1. Cosmologie. &lt;br class='autobr' /&gt; Ce n'est pas seulement le nombre des atomes, c'est celui des mondes qui est infini dans l'univers. Il y a un nombre infini de mondes semblables au n&#244;tre et un nombre infini de mondes diff&#233;rents. En effet puisque les atomes sont en nombre infini, comme nous l'avons dit tout &#224; l'heure, il y en a partout, leur mouvement les portant m&#234;me jusque dans les lieux les plus &#233;loign&#233;s. Et d'autre part, toujours en vertu de cette infinit&#233; en nombre, la quantit&#233; d'atomes propres &#224; servir (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Analyse-de-la-lettre-a-Herodote-" rel="directory"&gt;Analyse de la lettre &#224; H&#233;rodote&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/II-Les-principes-de-l-etude-de-la-nature' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Cosmologie.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement le nombre des atomes, c'est celui des mondes qui est infini dans l'univers. Il y a un nombre infini de mondes semblables au n&#244;tre et un nombre infini de mondes diff&#233;rents. En effet puisque les atomes sont en nombre infini, comme nous l'avons dit tout &#224; l'heure, il y en a partout, leur mouvement les portant m&#234;me jusque dans les lieux les plus &#233;loign&#233;s. Et d'autre part, toujours en vertu de cette infinit&#233; en nombre, la quantit&#233; d'atomes propres &#224; servir d'&#233;l&#233;ments, ou, autrement dit, de causes, &#224; un monde, ne peut &#234;tre &#233;puis&#233;e par la constitution d'un monde unique, ni par celle d'un nombre fini de mondes, qu'il s'agisse d'ailleurs de tous les mondes semblables au n&#244;tre ou de tous les mondes diff&#233;rents. Il n'y a donc rien qui emp&#234;che l'existence d'une infinit&#233; de mondes.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Th&#233;orie de la perception.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;a - Les simulacres&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(46)&lt;/strong&gt; Il y a, outre les corps solides, des r&#233;pliques de m&#234;me forme qu'eux et qui d&#233;passent de loin en subtilit&#233; tout ce que nous percevons. Il n'est point impossible, en effet, qu'il se r&#233;pande dans le milieu qui entoure les corps, des &#233;manations de ce genre, ni que ce milieu pr&#233;sente les conditions favorables &#224; la constitution d'enveloppes creuses et lisses, ni que les effluves partis des solides conservent, par la suite, dans ce milieu, la position et l'ordre qu'ils avaient dans les solides m&#234;mes. Ces r&#233;pliques, nous les appelons des simulacres. Parlons maintenant de leur mouvement. Un mouvement qui se poursuit dans le vide, sans qu'aucun obstacle doive lui r&#233;sister, franchit toute distance imaginable, en un temps inconcevable : car ce sont la r&#233;sistance et la non-r&#233;sistance qui communiquent au mouvement l'aspect de la lenteur et de la rapidit&#233;. &lt;strong&gt;(47)&lt;/strong&gt; Cependant, il n'est pas vrai qu'un corps qui se meut dans ces temps, dont le raisonnement seul nous r&#233;v&#232;le l'existence, arrive &#224; pareil instant au terme de distances plus grandes et de distances plus petites, car cela est &#224; son tour inconcevable ; et, d'autre part, si un corps en mouvement met un temps perceptible pour arriver depuis un point quelconque de l'infini, il ne s'ensuit pas qu'il n'arrivera pas, en un temps imperceptible, depuis un lieu &#224; partir duquel son mouvement soit saisissable pour nous : car il sera vrai qu'en elle-m&#234;me sa vitesse sera proportionnelle aux r&#233;sistances, quoique, pendant la dur&#233;e du mouvement que nous observons, nous lui laissions, relativement &#224; nous, une vitesse telle que celle qui n'aurait rencontr&#233; aucune r&#233;sistance. Voil&#224; un principe utile &#224; retenir. Maintenant qu'il est pos&#233;, remarquons que rien dans les ph&#233;nom&#232;nes ne contredit l'id&#233;e que la subtilit&#233; des simulacres est insurpassable, et concluons, en nous appuyant sur le principe indiqu&#233;, qu'ils ont des vitesses insurpassables, car ils sont capables d'accomplir, aussi vite qu'on veut, un trajet quelconque, puisqu'&#224; un nombre infini d'entre eux rien (ou peu de chose) ne fait obstacle, tandis que pour beaucoup et m&#234;me pour une infinit&#233; quelque chose aussit&#244;t fait obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(48)&lt;/strong&gt; Ajoutons que la g&#233;n&#233;ration des simulacres est rapide comme la pens&#233;e. Et en voici les raisons : leurs &#233;l&#233;ments sont toujours pr&#234;ts, sortant de la surface des corps par un &#233;coulement continuel, sans qu'il s'ensuive pour ceux-ci une diminution sensible et r&#233;v&#233;latrice, parce que la perte est compens&#233;e ; puis, sortis des corps, les &#233;l&#233;ments des simulacres n'ont qu'&#224; conserver, et conservent chacun pendant longtemps, la position et l'ordre o&#249; ils se trouvaient &#224; la surface de ces corps, bien qu'il survienne parfois de la confusion ; enfin, comme il n'est pas n&#233;cessaire que les simulacres soient remplis en profondeur, des assemblages serr&#233;s se forment rapidement dans l'atmosph&#232;re. Il y a encore d'autres causes qui produisent &#233;galement des simulacres, comme on peut l'admettre ; car ni ces divers modes de formation ni rien de ce que nous avons dit jusqu'ici touchant les simulacres, n'est contredit par les sensations, et bien loin de l&#224;, ainsi qu'on s'en apercevra en se demandant comment faire pour apporter, des objets ext&#233;rieurs jusqu'&#224; nous, des repr&#233;sentations qui garantissent &#233;videmment l'existence de ces objets et qui, d'autre part, leur soient conformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;b - La vision&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(49)&lt;/strong&gt; Il faut admettre que c'est parce que quelque chose des objets ext&#233;rieurs p&#233;n&#232;tre en nous que nous voyons les formes et que nous pensons. Car les objets ext&#233;rieurs ne sauraient imprimer en nous, &#224; travers l'air, les couleurs et les formes qu'ils poss&#232;dent en eux-m&#234;mes, ni nous les laisser saisir par des rayons ou par un courant de nature quelconque allant de nous &#224; eux ; rien de tout cela n'est satisfaisant comme d'admettre que des r&#233;pliques d&#233;tach&#233;es des objets et en reproduisant les formes et les couleurs entrent, sous des grandeurs proportionnellement r&#233;duites, dans nos yeux ou dans notre esprit ; elles sont d'ailleurs anim&#233;es d'un mouvement rapide, &lt;strong&gt;(50)&lt;/strong&gt; ce qui les rend aptes &#224; produire par leur accumulation, l'image d'un objet unique et permanent, et conservant leur conformit&#233; avec l'objet, malgr&#233; le vide de leur int&#233;rieur, parce que l'objet a donn&#233; &#224; chacune de leurs surfaces un appui suffisant, au moyen de l'impulsion imprim&#233;e au simulacre, dans le sens de l'int&#233;rieur &#224; l'ext&#233;rieur, par les atomes vibrants du corps solide et plein qui le lance dans le milieu. Ainsi l'image que nous saisissons par l'activit&#233; de notre pens&#233;e ou par celle de nos sens, qu'il s'agisse d'une forme ou d'un attribut essentiel de la forme, est la forme du solide, c'est-&#224;-dire de l'objet m&#234;me, c'est la forme de l'objet r&#233;el produite par la fr&#233;quence successive du simulacre ou par ce qui en reste. Pour ce qui est de l'erreur et de la fausset&#233;, elles r&#233;sident toujours dans l'opinion que nous formons touchant l'objet de notre attente, en regardant cette opinion comme devant &#234;tre confirm&#233;e, ou comme ne devant pas &#234;tre infirm&#233;e par les sensations, alors qu'il se trouve, par la suite, que la confirmation manque ou que le d&#233;menti survient. &lt;strong&gt;(51)&lt;/strong&gt; Et notre th&#233;orie explique tout ce qu'il faut : car, d'une part, s'il n'y avait pas des simulacres lanc&#233;s vers nous, on ne saurait expliquer la ressemblance que pr&#233;sentent, avec ce qu'on appelle les &#234;tres r&#233;els, ces fant&#244;mes tels que les images des miroirs ou des r&#234;ves ou tels que les images r&#233;sultant d'une repr&#233;sentation de notre pens&#233;e, ou de l'un des autres crit&#232;res ; et, d'autre part, l'erreur ne saurait se produire si nous ne pouvions saisir en nous-m&#234;mes l'existence d'une action li&#233;e &#224; l'appr&#233;hension de l'image, mais qui s'en &#233;carte cependant. Si l'affirmation produite par cet acte d'opiner n'est pas confirm&#233;e ou est infirm&#233;e, il y a erreur ; si elle est confirm&#233;e ou n'est pas infirm&#233;e, il y a v&#233;rit&#233;. &lt;strong&gt;(52)&lt;/strong&gt; Voil&#224; une doctrine qu'il faut maintenir fermement : d'une part, afin de ne pas renverser les crit&#232;res que nous fournit sous diverses formes l'&#233;vidence sensible ; de l'autre, afin de ne pas mettre le faux sur le m&#234;me pied que le vrai et par l&#224; porter dans tous les domaines le trouble et la confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;c - L'audition&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'audition aussi est produite par un certain courant transmis &#224; nous depuis le sujet qui &#233;met la voix, ou depuis la chose qui fait &#233;cho, ou depuis la chose qui produit le son, enfin depuis ce qui, d'une mani&#232;re quelconque, nous procure l'affection auditive. Ce courant se divise en solides qui retiennent la configuration du tout, se maintenant ainsi conformes les uns aux autres, et conservant chacun avec l'objet qui les &#233;met une identit&#233; de nature : double qualit&#233; gr&#226;ce &#224; laquelle ils nous permettent de remonter &#224; l'objet &#233;metteur et &#224; d&#233;faut de laquelle ils rendent seulement manifeste son existence hors de nous ; &lt;strong&gt;(53)&lt;/strong&gt; car s'il ne nous est pas transmis depuis l'objet une repr&#233;sentation &#224; lui conforme, la sensation repr&#233;sentative dont nous parlons ne saurait avoir lieu. Tel est le m&#233;canisme de l'audition. Il ne faut donc pas croire que l'air lui-m&#234;me soit fa&#231;onn&#233; par la voix lanc&#233;e au-dehors ou par toute autre chose sonore, car il s'en faut de beaucoup qu'il puisse &#233;prouver une telle modification par le fait de la voix. La v&#233;rit&#233; est que, quand nous &#233;mettons la voix, le choc qui se produit dans notre gosier d&#233;termine hors de nous un mouvement conforme de certains solides dont la r&#233;union constitue un courant et comme un souffle, et c'est ce mouvement qui nous procure l'affection auditive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;d - L'odorat&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui est de l'odeur, &#224; son tour, il faut admettre que, ainsi qu'il arrive pour l'audition, elle ne produirait sur nous aucune affection, s'il n'y avait des corpuscules massifs transmis de l'objet jusqu'&#224; nous, et aptes &#224; exciter le sens de l'odorat ; les uns de ces corpuscules l'excitant de mani&#232;re &#224; le troubler et &#224; contrarier sa nature, les autres sans le troubler et conform&#233;ment &#224; sa nature.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3. Les corps simples.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;i&gt; &lt;strong&gt;a - L'atome&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(54)&lt;/strong&gt; Il faut admettre que, de toutes les qualit&#233;s qui nous apparaissent dans les corps, les atomes n'en pr&#233;sentent pas d'autres que la forme, le poids, la grandeur, avec tout ce qui est ins&#233;parable de la forme. En effet, toute qualit&#233;, c'est-&#224;-dire toute qualit&#233; sensible proprement dite, est sujette au changement, tandis que les atomes ne changent point, puisqu'il faut que, dans la dissolution des compos&#233;s, quelque chose de solide et d'indissoluble subsiste, quelque chose qui produise les changements par un simple d&#233;placement de parties, et non pas par un passage au non-&#234;tre ni par un &#233;lan hors du non-&#234;tre. Or, il est n&#233;cessaire que ce qui ne fait que se d&#233;placer soit incorruptible et &#233;tranger au changement, mais dou&#233; d'une masse et d'une forme propres, car il faut n&#233;cessairement supposer ces deux qualit&#233;s dans la chose qui se d&#233;place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(55)&lt;/strong&gt; En effet, dans les choses de notre exp&#233;rience qui changent de forme, celle-ci est saisie comme leur &#233;tant inh&#233;rente ; mais il n'en est pas des qualit&#233;s comme de cette derni&#232;re : elles disparaissent enti&#232;rement du corps qui change. Ces &#233;l&#233;ments qui restent suffisent donc pour produire toutes les diff&#233;rences qui diversifient les compos&#233;s, puisqu'il faut bien que quelque chose subsiste dans le changement, afin que tout ne se r&#233;solve pas en non-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire, si nous ne voulons pas &#234;tre contredits par les faits, que les atomes puissent avoir toutes les grandeurs possibles, mais il faut admettre qu'il y a des diff&#233;rences de grandeur. Car cela &#233;tant ajout&#233;, on pourra mieux expliquer les affections et les sensations. &lt;strong&gt;(56)&lt;/strong&gt; Mais admettre toutes sortes de grandeurs dans les atomes est inutile pour rendre compte de la vari&#233;t&#233; des qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'ailleurs il y avait des atomes de toute grandeur, il faudrait que certains d'entre eux vinssent &#224; tomber sous le sens de la vue, ce qui ne s'observe pas ni ne se con&#231;oit. En outre, disons-nous contre la m&#234;me doctrine, il ne faut pas croire qu'il y ait dans un corps fini des corpuscules en nombre infini et d'une grandeur absolument quelconque. D'o&#249; il suit, d'abord, qu'il faut rejeter la division &#224; l'infini, qui va toujours vers un plus petit en subdivisant chaque partie, si nous ne voulons pas enlever toute solidit&#233; aux choses ni r&#233;duire les &#234;tres au non-&#234;tre &#224; force de les couper en morceaux en les cherchant dans l'enveloppement d'une composition sans terme. D'o&#249; il suit, en second lieu, qu'il ne faut pas m&#234;me admettre dans un corps fini la possibilit&#233; de passer &#224; l'infini d'un point &#224; un autre, ni m&#234;me d'une partie &#224; une partie toujours plus petite. &lt;strong&gt;(57)&lt;/strong&gt; En effet, la division &#224; l'infini poursuivie par la subdivision des parties est impossible. D'une part en effet, allant du tout aux parties, quand on nous a dit qu'il y a des corpuscules en nombre infini dans un corps, nous ne pouvons plus comprendre comment ces corpuscules ont encore un volume quelconque et, par l&#224;, de la r&#233;alit&#233;, puisqu'ils repr&#233;sentent le r&#233;sultat d'une subdivision infinie ; et, d'autre part, allant des parties au tout, comment se ferait-il qu'avec un nombre infini de parties le corps fini dont on parle rest&#226;t fini ? Les parties en nombre infini ayant &#233;videmment une certaine grandeur, il arriverait, quelle qu'elle f&#251;t, que le corps en question aurait une grandeur infinie. A son tour, l'existence dans un corps d'un nombre infini de parties &#233;gales susceptibles de se s&#233;parer de leur tout et de changer de place, est &#233;galement impossible. En effet, un corps fini a une extr&#233;mit&#233; qui, si elle n'est pas saisissable &#224; part et en elle-m&#234;me, est cependant perceptible dans le corps auquel elle appartient. Or, supposant un corps qui soit au-dessous du pr&#233;c&#233;dent par la petitesse, il n'y a pas moyen de ne pas le concevoir sur le m&#234;me mod&#232;le que le premier, c'est-&#224;-dire comme ayant lui aussi une extr&#233;mit&#233; ins&#233;parable de lui ; il n'y a pas moyen de penser qu'il n'en sera pas de m&#234;me pour le corps suivant et pour tous les autres, &#224; l'infini, qu'on rencontrerait en marchant de l'avant dans la petitesse croissante, de tels corps se pr&#233;sentant d'ailleurs &#224; la pens&#233;e et non plus &#224; la sensation. &lt;strong&gt;(58)&lt;/strong&gt; Maintenant il ne faut consid&#233;rer le minimum sensible ni comme &#233;tant tout &#224; fait semblable au corps assez grand pour admettre le passage d'une partie &#224; une autre, ni comme &#233;tant tout &#224; fait diff&#233;rent d'un tel corps, bien qu'on ne puisse percevoir et distinguer les parties dans ce minimum sensible. Mais si, en lui appliquant l'id&#233;e d'une communaut&#233; de nature entre lui et les corps dont les parties sont discernables, nous arrivons &#224; concevoir jusqu'en lui des parties que nous pla&#231;ons l'une par ici, l'autre par l&#224;, nous nous trouvons, relativement &#224; ces parties, dans le m&#234;me cas que pr&#233;c&#233;demment pour le tout. En cons&#233;quence de cette r&#233;flexion, nous consid&#233;rons d&#233;sormais ces minima sensibles comme une premi&#232;re donn&#233;e d'o&#249; il faut partir dans le monde sensible, sans descendre plus bas, et nous ne consid&#233;rons pas dans cette premi&#232;re donn&#233;e une pluralit&#233; r&#233;unie en une seule et m&#234;me chose, ni encore moins une r&#233;union de parties de parties. Chacun de ces minima sensibles ne fait que fournir en lui-m&#234;me et par lui-m&#234;me une mesure pour les grandeurs sensibles, mesure qui se trouve contenue plus de fois dans les grandeurs plus grandes, moins de fois dans les grandeurs moindres. Or, il faut admettre que le minimum existant dans l'atome est, avec le reste de l'atome, dans le m&#234;me rapport que le minimum sensible avec le reste du corps sensible : car il est clair que, ne diff&#233;rant du minimum sensible que par la petitesse, le minimum dans l'atome doit &#234;tre au reste de l'atome ce que le minimum sensible est au reste du corps sensible. &lt;strong&gt;(59)&lt;/strong&gt; C'est d&#233;j&#224;, en effet, par analogie avec les choses sensibles que nous avons attribu&#233; &#224; l'atome une grandeur, partant de quelque chose de petit et nous contentant de reculer tr&#232;s loin les limites de la petitesse. Il faut donc croire aussi &#224; l'existence de minima indivisibles et de termes ultimes et - ind&#233;composables de la grandeur dans les atomes, et ces minima sont la mesure originaire qui sert &#224; d&#233;terminer toutes les grandeurs, aussi consid&#233;rables ou petites qu'elles soient ; toutes les grandeurs, disons-nous, autant du moins qu'il s'agit de consid&#233;rer par la raison des choses invisibles. La communaut&#233; de nature qui existe entre les minima de grandeur dans les atomes et les minima sensibles qui n'admettent pas le passage de partie &#224; partie suffit en effet pour nous conduire jusqu'&#224; cette conclusion. Et il est impossible d'admettre que ces minima de grandeur dans l'atome aient pu exister isol&#233;ment, recevoir du mouvement et se r&#233;unir pour constituer des agr&#233;gats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;b - Les atomes dans l'Univers&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(60)&lt;/strong&gt; On ne peut attribuer &#224; l'&#233;tendue infinie de l'univers ni haut ni bas, du moins en entendant par l&#224; que ce haut est au plus haut possible et que ce bas est au plus bas possible. N&#233;anmoins, depuis quelque point du sol que nous nous levions, il est certain que jamais le bas ne nous appara&#238;tra comme situ&#233; dans la direction qui s'&#233;l&#232;ve au-dessus de notre t&#234;te, cette direction f&#251;t-elle prolong&#233;e &#224; l'infini, et jamais le bas d&#233;termin&#233; relativement &#224; une chose quelconque suppos&#233;e con&#231;ue, ne nous appara&#238;tra, quand m&#234;me nous suivrions jusqu'&#224; l'infini la direction qu'il indique, comme &#233;tant &#224; la fois et par rapport &#224; la m&#234;me chose, le haut et le bas : car cela est inconcevable. Ainsi il y a moyen d'assigner un mouvement ind&#233;finiment prolong&#233; con&#231;u comme tendant vers le haut, et un autre comme tendant vers le bas ; encore qu'il doive arriver mille fois, dans le parcours, qu'un mobile parti de chez nous vers les lieux sup&#233;rieurs &#224; notre t&#234;te, arrive aux pieds des &#234;tres plac&#233;s au-dessus de nous, ou que, inversement, un mobile, parti du bas chez nous, arrive &#224; la t&#234;te des &#234;tres plac&#233;s au-dessous de nous. La distinction des deux mouvements se maintient, disons-nous, car chacun d'eux est, malgr&#233; tout, con&#231;u comme oppos&#233; &#224; l'autre &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(61)&lt;/strong&gt; Lorsqu'ils sont emport&#233;s &#224; travers le vide, les atomes ne rencontrent aucune r&#233;sistance et, par cons&#233;quent, doivent tous &#234;tre anim&#233;s de vitesses &#233;gales. En effet, les atomes lourds ne se mouvront pas plus vite que ceux qui sont petits et l&#233;gers, quand ni les uns ni les autres ne rencontrent aucun obstacle ; et les atomes de petit volume ne se mouvront pas plus lentement que les grands, quand les petits atomes eux-m&#234;mes ne subissent aucune r&#233;sistance, ce qui les rend capables d'accomplir un trajet quelconque en aussi peu de temps qu'on veut. Et cette &#233;galit&#233; de vitesse dans le vide a lieu aussi bien pour le mouvement transversal imprim&#233; par un choc que pour le mouvement vers le bas donn&#233; &#224; chaque atome par son poids propre. Car, tant qu'un atome conservera l'impulsion qu'il a re&#231;ue d'un choc et celle qui lui vient de son propre poids, pendant tout ce temps il se mouvra aussi vite que la pens&#233;e, cela jusqu'&#224; ce qu'une chose lui r&#233;siste soit en vertu d'une impulsion d'origine ant&#233;rieure, dont elle serait elle-m&#234;me anim&#233;e, soit en vertu de son propre poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(62)&lt;/strong&gt; Mais il y a plus. Si nous consid&#233;rons les compos&#233;s eux-m&#234;mes, l'un sera dit plus rapide que l'autre, les atomes composants ayant tous, o&#249; qu'on les prenne, la m&#234;me- vitesse, par le fait que les atomes contenus dans les agr&#233;gats tendent vers le m&#234;me lieu dans le minimum de temps continu, m&#234;me s'ils ne se meuvent pas vers le m&#234;me lieu dans les temps per&#231;us par la raison ; mais ils se heurtent souvent avant que la continuit&#233; du mouvement devienne perceptible par les sens. Et en effet cette opinion, form&#233;e par nous au moyen d'une inf&#233;rence et pronon&#231;ant sur l'invisible, savoir que les temps dont l'existence est per&#231;ue par la raison seule sont continus, n'est pas vraie relativement &#224; ces corps-l&#224; : c'est ce qui est vu par les sens ou par repr&#233;sentation imm&#233;diate de la pens&#233;e qui est toujours vrai.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4. La nature de l'&#226;me.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(63)&lt;/strong&gt; Apr&#232;s cela, nous devons &#233;tudier la nature de l'&#226;me, en nous reportant pour &#233;prouver chacune de nos assertions, aux sensations et aux affections : car c'est de cette mani&#232;re que nous pourrons avoir en nos assertions la plus ferme confiance. Comprenons donc que l'&#226;me est un corps compos&#233; de particules subtiles, diss&#233;min&#233; dans tout l'agr&#233;gat constituant notre corps ; qu'elle ressemble beaucoup &#224; un souffle m&#234;l&#233; d'une certaine quantit&#233; de chaleur, car elle est semblable d'une part au souffle et de l'autre &#224; la chaleur ; mais qu'une certaine partie l'emporte de beaucoup en subtilit&#233; sur le souffle et la chaleur m&#234;mes et que celle-ci, gr&#226;ce &#224; cela, est plus intimement unie &#224; tout le reste de l'agr&#233;gat. C'est ce que rendent manifeste les facult&#233;s de l'&#226;me, ses affections, ses mouvements rapides, ses pens&#233;es, bref tout ce dont la privation entra&#238;ne la mort. Il faut, aussi, bien se mettre dans l'id&#233;e que la cause principale de la sensibilit&#233; r&#233;side dans l'&#226;me. &lt;strong&gt;(64)&lt;/strong&gt; Sans doute elle ne la poss&#233;derait pas si elle n'&#233;tait envelopp&#233;e d'une certaine fa&#231;on par le reste de l'agr&#233;gat. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, c'est gr&#226;ce &#224; l'&#226;me que le reste de l'agr&#233;gat se trouve poss&#233;der lui aussi, sans partager d'ailleurs avec l'&#226;me toutes les facult&#233;s de l'&#226;me, la sensibilit&#233; comme accident : c'est pourquoi, lorsque l'&#226;me se retire, le corps n'a plus la sensibilit&#233;. Car, encore une fois, il ne la poss&#233;dait pas sur lui-m&#234;me, mais seulement par le fait d'une autre chose m&#234;l&#233;e &#224; lui. Cette chose r&#233;alise sa facult&#233; de sentir dans l'agr&#233;gat seulement, puis, quand cette facult&#233; est r&#233;alis&#233;e, la chose suffit par elle-m&#234;me &#224; &#233;prouver, d&#232;s qu'un mouvement est donn&#233;, une impression sensible, et cette sensibilit&#233; qui n'est pas en elle rigoureusement essentielle, elle la communique au reste de l'agr&#233;gat au moyen, comme je l'ai dit, de sa contigu&#239;t&#233; et de son accord avec lui. &lt;strong&gt;(65)&lt;/strong&gt; Aussi l'&#226;me &#233;tant la cause principale de la sensibilit&#233;, ne la perdra-t-elle jamais tant qu'elle sera pr&#233;sente dans l'agr&#233;gat, m&#234;me si une partie de celui-ci a &#233;t&#233; enlev&#233;e ; et de quelques facult&#233;s de l'&#226;me que la dissolution de l'agr&#233;gat, atteint dans son tout ou dans ses parties, entra&#238;ne la perte, toujours, tant qu'elle restera dans l'agr&#233;gat, elle conservera la sensibilit&#233; ; tandis qu'au contraire le reste de l'agr&#233;gat, demeur&#226;t-il intact dans son tout et dans ses parties, n'a plus la sensibilit&#233; d&#232;s que ce principe s'est retir&#233;, je veux dire tout ce qu'il y a en lui d'atomes aptes &#224; constituer la substance de l'&#226;me. D'ailleurs, quand l'agr&#233;gat tout entier a achev&#233; de se dissoudre, l'&#226;me se dissipe et n'a plus les m&#234;mes facult&#233;s ni les m&#234;mes mouvements ni par cons&#233;quent la sensibilit&#233; non plus. &lt;strong&gt;(66)&lt;/strong&gt; Car il est impossible de concevoir que le principe sentant r&#233;side ailleurs que dans le syst&#232;me constitu&#233; comme nous le voyons, et puisse se passer des mouvements que nous voyons dans le reste de l'agr&#233;gat ; bref, il est impossible de concevoir que ce principe subsiste lorsqu'il n'est plus entour&#233; de l'enveloppe et du milieu o&#249; nous le voyons manifester son activit&#233;. Il faut aussi &lt;strong&gt;(67)&lt;/strong&gt; se repr&#233;senter ce qu'est l'incorpor&#233;it&#233; attribuable &#224; l'&#226;me, car on pourrait en venir &#224; croire que le mot d&#233;signe quelque chose de proprement incorporel. On ne peut rien concevoir de proprement incorporel que le vide. Mais le vide ne peut ni agir ni p&#226;tir : il ne fait que permettre aux corps de se mouvoir &#224; travers lui. Par cons&#233;quent, ceux qui disent que l'&#226;me est un &#234;tre incorporel parlent pour ne rien dire. Si elle &#233;tait incorporelle, en effet, elle ne pourrait agir ni p&#226;tir ; or nous voyons avec &#233;vidence que ces deux accidents sont r&#233;ellement &#233;prouv&#233;s par l'&#226;me. &lt;strong&gt;(68)&lt;/strong&gt; Telles sont nos doctrines sur la nature de l'&#226;me. On devra se souvenir de ce que nous avons dit au d&#233;but de cette lettre, et rapporter aux affections et aux sensations ces raisonnements au sujet de l'&#226;me. On arrivera ainsi &#224; poss&#233;der les vues dont nous avons indiqu&#233; les traits essentiels, et &#224; les poss&#233;der assez bien pour approfondir avec s&#251;ret&#233;, en se laissant guider par elles, toutes les &#233;tudes de d&#233;tail sur la question.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5. Caract&#233;ristiques des corps compos&#233;s.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les formes, les couleurs, les grandeurs, les poids, bref, toutes les choses que nous rapportons aux corps comme attributs essentiels et per&#231;us dans la sensation des corps, les attribuant &#224; tous les corps ou seulement aux corps visibles, ces choses ne doivent &#234;tre regard&#233;es ni comme existant par elles-m&#234;mes et substantiellement, car cela est inconcevable, &lt;strong&gt;(69)&lt;/strong&gt; ni comme &#233;tant des &#234;tres incorporels qui viendraient s'ajouter aux corps, ni comme &#233;tant des parties mat&#233;rielles des corps. Il faut les regarder comme constituant int&#233;gralement par leur r&#233;union la nature permanente des corps. Mais elles ne peuvent pas constituer par leur assemblage un agr&#233;gat concret, &#224; la fa&#231;on dont les corpuscules massifs, que ce soient des atomes ou des parties moindres que le tout, constituent, en se juxtaposant, un corps plus gros qu'eux. Ces choses sont seulement, comme je viens de le dire, ce qui fait par sa r&#233;union la nature permanente des corps. Chacune de ces choses est l'objet d'un mode d'appr&#233;hension propre, mais la perception du corps concret est donn&#233;e en m&#234;me temps, et elles ne sauraient s'en isoler, ne pouvant &#234;tre pos&#233;es que dans la notion d'ensemble du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(70)&lt;/strong&gt; Les accidents, de leur c&#244;t&#233;, se rencontrent souvent dans les corps mais n'y sont pas attach&#233;s d'une mani&#232;re permanente. Il ne faut pas en faire des &#234;tres invisibles ou incorporels. Le mot dont nous nous servons pour les d&#233;signer, est pris par nous dans son sens le plus usit&#233;, et il ressort de ce sens qu'ils n'ont ni la nature du tout que, l'ayant pris dans son ensemble, nous appelons corps, ni celle des propri&#233;t&#233;s qui l'accompagnent en permanence. On les saisit et on les nomme au moyen de certaines appr&#233;hensions imm&#233;diates qui accompagnent celle des corps concrets ; &lt;strong&gt;(71)&lt;/strong&gt; mais, &#224; quelque corps qu'on les voie arriver, les accidents ne sont jamais li&#233;s aux corps de fa&#231;on permanente. Il ne faut pas bannir du domaine de l'&#234;tre l'&#233;vidence des accidents, sous pr&#233;texte qu'ils ne sont pas de m&#234;me nature que le tout substantiel auquel ils arrivent, ni que les attributs li&#233;s aux corps en permanence ; et il ne faut pas non plus croire qu'ils existent par eux-m&#234;mes, car un tel mode d'existence n'est pas concevable, m&#234;me pour les attributs essentiels et permanents ; mais il faut, car c'est l'&#233;vidence m&#234;me, les regarder tous comme des choses qui arrivent aux corps ; et on ne doit pas les consid&#233;rer comme des attributs permanents des corps ni comme des choses ayant par elles-m&#234;mes rang de substances, mais il faut les prendre tels que la sensation elle-m&#234;me les saisit et les pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(72)&lt;/strong&gt; &#192; cette doctrine sur les accidents, il faut joindre, en la saisissant fermement, la conception suivante du temps. Il ne faut pas examiner le temps de la m&#234;me mani&#232;re que les autres choses, c'est-&#224;-dire en nous reportant aux pr&#233;notions que ces choses ont laiss&#233;es en nous ; car le temps n'est pas donn&#233; dans les &#234;tres. Il faut prendre comme point de d&#233;part le fait &#233;vident qui nous conduit &#224; affirmer que le temps est long ou court, en lui appliquant ce qualificatif par analogie. Il ne faut pas donner au temps, &#224; la place des noms qui servent ordinairement &#224; le d&#233;signer, d'autres noms qu'on croit pr&#233;f&#233;rables, mais il faut le d&#233;signer par les noms &#233;tablis. Il ne faut pas non plus lui attribuer une nature &#233;trang&#232;re &#224; la sienne, et la pr&#233;senter comme identique &#224; son essence v&#233;ritable : car c'est l&#224; un d&#233;faut dans lequel on tombe quelquefois ; mais seulement r&#233;fl&#233;chir fortement aux perceptions &#233;l&#233;mentaires, &#224; l'aide desquelles nous constituons cette essence dans ce qu'elle a de propre, et dont nous partons pour mesurer le temps. &lt;strong&gt;(73)&lt;/strong&gt; Il n'y a pas en effet &#224; d&#233;montrer, et l'on saisit par une simple r&#233;flexion, que nous composons le temps avec les jours et les nuits, avec nos affections et nos &#233;tats d'impassibilit&#233;, avec les mouvements et les repos, concevant en tout cela un certain accident commun d'un caract&#232;re sp&#233;cial, que nous nommons le temps.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;6. G&#233;n&#233;ration et &#233;volution.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;a - Formation des mondes&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
Il faut admettre que le monde, et en g&#233;n&#233;ral tout agr&#233;gat limit&#233;, se forment, par analogie avec ce que nous observons journellement, aux d&#233;pens de l'infini, tous ces mondes et tous ces agr&#233;gats limit&#233;s se diff&#233;renciant au sein des tourbillons grands ou petits et diversement constitu&#233;s d'o&#249; ils proviennent. Puis, par une marche inverse, ils se dissolvent tous, les uns plus vite, les autres plus lentement ; les uns sous l'action de telles causes, les autres sous celle de telles autres causes. &lt;strong&gt;(74)&lt;/strong&gt; Il ne faut pas croire que les mondes aient n&#233;cessairement une seule et m&#234;me forme. On doit admettre que dans tous les mondes, sans exception, il y a des animaux, des plantes et tous les autres &#234;tres que nous observons, car personne ne saurait d&#233;montrer que tel monde est susceptible &#233;galement de renfermer et de ne pas renfermer les germes des animaux, des plantes et des autres &#234;tres que nous observons ; et, d'autre part, que tel autre monde est absolument incapable de renfermer de pareils germes.&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt; &lt;i&gt;b - L'acquisition des langues.&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;br /&gt;
&lt;strong&gt;(75)&lt;/strong&gt; On doit croire que la nature humaine apprend beaucoup au contact des choses, et se d&#233;veloppe sous la pression des n&#233;cessit&#233;s qu'elles lui imposent ; qu'ensuite le raisonnement perfectionne les dons de la nature et les compl&#232;te par de nouvelles d&#233;couvertes, plus vite dans certains cas, plus lentement dans d'autres ; que, dans certaines p&#233;riodes de temps la nature humaine fait de plus grands progr&#232;s et dans d'autres des progr&#232;s moindres. Il r&#233;sulte de cette doctrine que les noms ne se sont pas trouv&#233;s &#233;tablis au d&#233;but par institution et convention, mais que la nature humaine elle-m&#234;me, au sein de chaque nation, &#233;prouvant des affections particuli&#232;res et recevant des images particuli&#232;res, a fait sortir l'air des gosiers, d'une fa&#231;on appropri&#233;e, selon qu'il &#233;tait pouss&#233; au-dehors par chacune des affections et des images, ces fa&#231;ons d'&#233;mettre la voix &#233;tant aussi diff&#233;rentes que les diverses r&#233;gions o&#249; se trouvent les nations. &lt;strong&gt;(76)&lt;/strong&gt; Dans la suite seulement, chaque nation a institu&#233; pour l'usage commun de ses membres les particularit&#233;s de son langage propre, afin que ceux-ci puissent se d&#233;signer mutuellement les choses avec moins d'ambigu&#239;t&#233; et plus de bri&#232;vet&#233;. Enfin, ceux qui introduisaient dans la communaut&#233; certaines choses qu'elle ne connaissait pas, se trouvant forc&#233;s d'en parler, fournissaient, eux qui connaissaient ces choses, des sons pour les d&#233;signer, et l'esprit des auditeurs s'assimilant ces sons par le raisonnement, en les associant &#224; la cause observable qui en provoquait d'ordinaire l'&#233;mission chez les locuteurs, arrivait ainsi &#224; interpr&#233;ter ces mots nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/IV-Fonction-et-finalite-de-l-etude-de-la-nature' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>II. Les principes de l'&#233;tude de la nature.</title>
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		<dc:creator>Epicure</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;1. Pr&#233;ceptes de m&#233;thode. &lt;br class='autobr' /&gt; Il faut commencer, H&#233;rodote, par saisir les notions plac&#233;es sous les mots essentiels, afin de pouvoir, en rapportant &#224; ces notions nos opinions, nos probl&#232;mes et nos difficult&#233;s, nous faire un jugement sur ces trois choses : car autrement nous ne pourrions juger de rien, condamn&#233;s &#224; remonter &#224; l'infini pour chercher une d&#233;monstration, ou n'ayant &#224; notre disposition que des mots vides. (38) Pour avoir, en effet, un terme fixe auquel nous puissions rapporter nos (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Analyse-de-la-lettre-a-Herodote-" rel="directory"&gt;Analyse de la lettre &#224; H&#233;rodote&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_41 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/I-Prologue' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/arriere-59885.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;br&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1. Pr&#233;ceptes de m&#233;thode.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut commencer, H&#233;rodote, par saisir les notions plac&#233;es sous les mots essentiels, afin de pouvoir, en rapportant &#224; ces notions nos opinions, nos probl&#232;mes et nos difficult&#233;s, nous faire un jugement sur ces trois choses : car autrement nous ne pourrions juger de rien, condamn&#233;s &#224; remonter &#224; l'infini pour chercher une d&#233;monstration, ou n'ayant &#224; notre disposition que des mots vides. &lt;strong&gt;(38)&lt;/strong&gt; Pour avoir, en effet, un terme fixe auquel nous puissions rapporter nos probl&#232;mes, nos difficult&#233;s et nos opinions, il faut que nous sachions voir sous chaque mot la notion primitive qu'il d&#233;signe, et que nous n'ayons pas besoin qu'on nous d&#233;montre que cette notion est bien ce que nous disons. En second lieu, il faut explorer les choses en les confrontant avec les sensations et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, avec les appr&#233;hensions imm&#233;diates soit de la pens&#233;e, soit de n'importe quel crit&#232;re, avec les affections pr&#233;sentes &#233;galement : de cette fa&#231;on nous pourrons faire des inf&#233;rences sur ce qui est en suspens et sur l'invisible.&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2. Principes de l'&#233;tude de la nature : l'invisible.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces deux points bien compris, on est pr&#234;t pour l'&#233;tude des choses invisibles. La premi&#232;re chose qu'il faut se dire en l'abordant, c'est que rien ne vient du non-&#234;tre : car si, pour se produire, les choses n'avaient pas besoin de germer, tout pourrait na&#238;tre de tout. &lt;strong&gt;(39)&lt;/strong&gt; En second lieu, il faut savoir que si ce qui dispara&#238;t aux yeux se r&#233;solvait en non-&#234;tre, toutes les choses auraient p&#233;ri, puisque ce en quoi elles se seraient r&#233;solues serait du non-&#234;tre. Ajoutons, comme cons&#233;quence de ces deux principes, que l'univers a toujours &#233;t&#233; et sera toujours ce qu'il est. Il n'y a rien d'autre en effet en quoi il puisse se changer, ni rien, non plus, en dehors de lui, qui puisse agir sur lui pour le faire changer. &lt;strong&gt;(40)&lt;/strong&gt; L'univers est compos&#233; de corps et de vide. L'existence des corps nous est garantie par-dessus tout par la sensation, car c'est sur elle que se r&#232;glent, comme je l'ai dit, toutes les conjectures que le raisonnement dirige vers l'invisible. Quant &#224; l'espace, que nous appelons aussi le vide, l'&#233;tendue, l'essence intangible, s'il n'existait pas, les corps n'auraient ni si&#232;ge o&#249; r&#233;sider ni intervalle o&#249; se mouvoir, comme nous voyons qu'ils se meuvent. Hors de ces deux choses, on ne peut plus rien saisir d'existant, ni sensiblement ni par analogie au sensible ; rien d'existant &#224; titre de substances compl&#232;tes, car il n'est pas ici question de ce que nous appelons les attributs ou accidents de ces substances. Maintenant, parmi les corps, on doit distinguer les compos&#233;s et ceux dont les compos&#233;s sont faits : &lt;strong&gt;(41)&lt;/strong&gt; ces derniers corps sont ins&#233;cables et immuables - et il le faut bien pour que toutes choses ne se r&#233;solvent pas en non-&#234;tre et pour qu'il y ait des r&#233;alit&#233;s capables de subsister dans la dissolution des compos&#233;s ; de plus, ces corps &#233;l&#233;mentaires sont essentiellement pleins, de sorte que la dissolution ne sait par o&#249; ni comment les prendre. Et, par l&#224;, les &#233;l&#233;ments des corps sont des substances ins&#233;cables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'univers est infini. En effet, ce qui est fini a une extr&#233;mit&#233;. Or, une extr&#233;mit&#233; ne se per&#231;oit que par rapport &#224; quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; ce dont elle est l'extr&#233;mit&#233; : mais l'univers ne peut pas &#234;tre per&#231;u par rapport &#224; quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; lui, puisqu'il est l'univers ; il n'a donc point d'extr&#233;mit&#233; et par cons&#233;quent point de limite et, n'ayant point de limite, il doit &#234;tre infini et non pas fini. Ajoutons que l'univers est encore infini et quant au nombre de corps qu'il renferme, et quant &#224; la grandeur du vide qui est en lui. &lt;strong&gt;(42)&lt;/strong&gt; En effet, d'une part, si le vide &#233;tait infini et si les corps &#233;taient en nombre fini, les corps ne pourraient s'arr&#234;ter nulle part, mais ils se disperseraient emport&#233;s &#224; travers l'infini du vide, puisqu'ils ne trouveraient jamais de support o&#249; s'appuyer, ni rien qui, par des chocs, p&#251;t les rassembler. Et, d'autre part, si le vide &#233;tait fini et les corps en nombre infini, ceux-ci n'auraient pas de place assez ample pour y r&#233;sider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les corps ins&#233;cables et pleins, dont sont form&#233;s et dans lesquels se r&#233;solvent les compos&#233;s, pr&#233;sentent un nombre de formes diff&#233;rentes trop grand pour que nous puissions le saisir : car le nombre prodigieux des formes diff&#233;rentes offertes par les compos&#233;s ne peut pas provenir d'un nombre concevable de formes &#233;l&#233;mentaires toujours les m&#234;mes. De plus, chaque sorte de forme comporte un nombre infini d'exemplaires ; mais, envisag&#233;es quant &#224; leurs diff&#233;rences, les formes ne sont pas en nombre absolument infini : elles d&#233;passent seulement tout nombre concevable, &lt;strong&gt;(43)&lt;/strong&gt; &#224; moins qu'on ne s'avise de consid&#233;rer les grandeurs des atomes comme pouvant aller &#224; l'infini. Ajoutons que les atomes sont, depuis l'&#233;ternit&#233;, dans un mouvement perp&#233;tuel. Les uns dans leur mouvement laissent subsister entre eux de tr&#232;s grandes distances ; les autres, au contraire, gardent l&#224; m&#234;me leur vibration, s'ils se trouvent pris dans un enchev&#234;trement ou envelopp&#233;s par des atomes enchev&#234;tr&#233;s. &lt;strong&gt;(44)&lt;/strong&gt; Et en effet, ce r&#233;sultat provient d'abord du vide qui, au sein m&#234;me des compos&#233;s, isole en lui-m&#234;me chacun des atomes, faisant ainsi que rien n'appuie sur chacun des atomes pour l'immobiliser ; puis, d'autre part, la solidit&#233; qui appartient aux atomes fait qu'ils rebondissent apr&#232;s le choc, autant du moins que leur enveloppement par le compos&#233; leur permet de reprendre, &#224; la suite du choc, leur position primitive. Il n'y a pas de commencement &#224; ces mouvements, parce que les atomes et le vide sont &#233;ternels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(45)&lt;/strong&gt; Voil&#224; assez de paroles, &#224; la condition qu'on se souvienne de tout ce que nous avons dit, pour donner &#224; toutes les pens&#233;es sur la nature des &#234;tres substantiels un moule suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/III-L-etude-de-la-nature-structure-et-proprietes-des-corps' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>I. Prologue</title>
		<link>https://caute.lautre.net/I-Prologue</link>
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		<dc:creator>Epicure</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#201;picure &#224; H&#233;rodote, salut. &lt;br class='autobr' /&gt;
(35) On ferait une bonne oeuvre, H&#233;rodote, en procurant un abr&#233;g&#233; de toute la mati&#232;re qui perm&#238;t de retenir mes opinions principales, &#224; ceux qui ne peuvent lire en les approfondissant tous mes &#233;crits sur la nature, ni &#233;tudier les livres plus longs que celui-ci que j'ai compos&#233;s. On mettrait ainsi ces hommes en &#233;tat de se tirer d'affaire par eux-m&#234;mes, en toute circonstance, dans les principales difficult&#233;s qu'ils rencontreraient lorsqu'ils voudraient toucher &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Analyse-de-la-lettre-a-Herodote-" rel="directory"&gt;Analyse de la lettre &#224; H&#233;rodote&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;picure &#224; H&#233;rodote, salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(35) &lt;/strong&gt;On ferait une bonne oeuvre, H&#233;rodote, en procurant un abr&#233;g&#233; de toute la mati&#232;re qui perm&#238;t de retenir mes opinions principales, &#224; ceux qui ne peuvent lire en les approfondissant tous mes &#233;crits sur la nature, ni &#233;tudier les livres plus longs que celui-ci que j'ai compos&#233;s. On mettrait ainsi ces hommes en &#233;tat de se tirer d'affaire par eux-m&#234;mes, en toute circonstance, dans les principales difficult&#233;s qu'ils rencontreraient lorsqu'ils voudraient toucher &#224; l'&#233;tude de la nature. D'autre part, ceux qui ont fait assez de progr&#232;s dans la connaissance de mes trait&#233;s complets ont eux-m&#234;mes besoin de se souvenir des traits saillants et r&#233;sum&#233;s de toute la doctrine. Nous avons en effet besoin de nous appliquer souvent &#224; saisir l'ensemble, moins souvent de nous appliquer &#224; saisir les d&#233;tails. &lt;strong&gt;(36)&lt;/strong&gt; Il faut donc sans cesse viser aux vues d'ensemble, comme aux d&#233;tails, et nous devons garnir notre m&#233;moire de telle fa&#231;on que nous en puissions tirer et des vues dominantes sur les choses, et de quoi d&#233;couvrir le sens profond des d&#233;tails. Double r&#233;sultat auquel nous arriverons en comprenant et en retenant bien les traits les plus universels de la doctrine. Et en effet, ce qui constitue l'essence d'une connaissance approfondie de toute la doctrine, c'est de pouvoir saisir par une action rapide l'un quelconque de ses objets, par le fait d'&#234;tre en &#233;tat de ramener chacun d'eux &#224; des &#233;l&#233;ments simples et &#224; des formules. Cela est si vrai qu'on ne saurait attribuer une connaissance condens&#233;e de toute la doctrine sur la nature, acquise en en faisant sans cesse le tour, &#224; celui qui serait incapable de r&#233;sumer pour soi en peu de mots les d&#233;tails eux-m&#234;mes, s'il les a approfondis. &lt;strong&gt;(37)&lt;/strong&gt; Puis donc que cette m&#233;thode qui consiste &#224; revenir aux vues d'ensemble est utile &#224; tous ceux qui ont affaire avec la physique, moi qui recommande de consacrer &#224; la physique une activit&#233; constante, et qui trouve dans cette occupation ce qui procure le plus de calme &#224; la vie, j'ai compos&#233; pour toi cet abr&#233;g&#233; &#233;l&#233;mentaire de toutes mes opinions duquel je parlais tout &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_40 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://caute.lautre.net/II-Les-principes-de-l-etude-de-la-nature' class=&#034;spip_in spip_doc_lien&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L37xH37/avant-bc1fc.gif?1772284228' width='37' height='37' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>A H&#233;rodote</title>
		<link>https://caute.lautre.net/A-Herodote-1461</link>
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		<dc:creator>Epicure</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#201;picure &#224; H&#233;rodote, salut. &lt;br class='autobr' /&gt;
(35) On ferait une bonne oeuvre, H&#233;rodote, en procurant un abr&#233;g&#233; de toute la mati&#232;re qui perm&#238;t de retenir mes opinions principales, &#224; ceux qui ne peuvent lire en les approfondissant tous mes &#233;crits sur la nature, ni &#233;tudier les livres plus longs que celui-ci que j'ai compos&#233;s. On mettrait ainsi ces hommes en &#233;tat de se tirer d'affaire par eux-m&#234;mes, en toute circonstance, dans les principales difficult&#233;s qu'ils rencontreraient lorsqu'ils voudraient toucher &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-A-Herodote-" rel="directory"&gt;A H&#233;rodote&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#201;picure &#224; H&#233;rodote, salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(35)&lt;/strong&gt; On ferait une bonne oeuvre, H&#233;rodote, en procurant un abr&#233;g&#233; de toute la mati&#232;re qui perm&#238;t de retenir mes opinions principales, &#224; ceux qui ne peuvent lire en les approfondissant tous mes &#233;crits sur la nature, ni &#233;tudier les livres plus longs que celui-ci que j'ai compos&#233;s. On mettrait ainsi ces hommes en &#233;tat de se tirer d'affaire par eux-m&#234;mes, en toute circonstance, dans les principales difficult&#233;s qu'ils rencontreraient lorsqu'ils voudraient toucher &#224; l'&#233;tude de la nature. D'autre part, ceux qui ont fait assez de progr&#232;s dans la connaissance de mes trait&#233;s complets ont eux-m&#234;mes besoin de se souvenir des traits saillants et r&#233;sum&#233;s de toute la doctrine. Nous avons en effet besoin de nous appliquer souvent &#224; saisir l'ensemble, moins souvent de nous appliquer &#224; saisir les d&#233;tails. &lt;strong&gt;(36)&lt;/strong&gt; Il faut donc sans cesse viser aux vues d'ensemble, comme aux d&#233;tails, et nous devons garnir notre m&#233;moire de telle fa&#231;on que nous en puissions tirer et des vues dominantes sur les choses, et de quoi d&#233;couvrir le sens profond des d&#233;tails. Double r&#233;sultat auquel nous arriverons en comprenant et en retenant bien les traits les plus universels de la doctrine. Et en effet, ce qui constitue l'essence d'une connaissance approfondie de toute la doctrine, c'est de pouvoir saisir par une action rapide l'un quelconque de ses objets, par le fait d'&#234;tre en &#233;tat de ramener chacun d'eux &#224; des &#233;l&#233;ments simples et &#224; des formules. Cela est si vrai qu'on ne saurait attribuer une connaissance condens&#233;e de toute la doctrine sur la nature, acquise en en faisant sans cesse le tour, &#224; celui qui serait incapable de r&#233;sumer pour soi en peu de mots les d&#233;tails eux-m&#234;mes, s'il les a approfondis. &lt;strong&gt;(37)&lt;/strong&gt; Puis donc que cette m&#233;thode qui consiste &#224; revenir aux vues d'ensemble est utile &#224; tous ceux qui ont affaire avec la physique, moi qui recommande de consacrer &#224; la physique une activit&#233; constante, et qui trouve dans cette occupation ce qui procure le plus de calme &#224; la vie, j'ai compos&#233; pour toi cet abr&#233;g&#233; &#233;l&#233;mentaire de toutes mes opinions duquel je parlais tout &#224; l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut commencer, H&#233;rodote, par saisir les notions plac&#233;es sous les mots essentiels, afin de pouvoir, en rapportant &#224; ces notions nos opinions, nos probl&#232;mes et nos difficult&#233;s, nous faire un jugement sur ces trois choses : car autrement nous ne pourrions juger de rien, condamn&#233;s &#224; remonter &#224; l'infini pour chercher une d&#233;monstration, ou n'ayant &#224; notre disposition que des mots vides. &lt;strong&gt;(38)&lt;/strong&gt; Pour avoir, en effet, un terme fixe auquel nous puissions rapporter nos probl&#232;mes, nos difficult&#233;s et nos opinions, il faut que nous sachions voir sous chaque mot la notion primitive qu'il d&#233;signe, et que nous n'ayons pas besoin qu'on nous d&#233;montre que cette notion est bien ce que nous disons. En second lieu, il faut explorer les choses en les confrontant avec les sensations et, d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, avec les appr&#233;hensions imm&#233;diates soit de la pens&#233;e, soit de n'importe quel crit&#232;re, avec les affections pr&#233;sentes &#233;galement : de cette fa&#231;on nous pourrons faire des inf&#233;rences sur ce qui est en suspens et sur l'invisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux points bien compris, on est pr&#234;t pour l'&#233;tude des choses invisibles. La premi&#232;re chose qu'il faut se dire en l'abordant, c'est que rien ne vient du non-&#234;tre : car si, pour se produire, les choses n'avaient pas besoin de germer, tout pourrait na&#238;tre de tout. &lt;strong&gt;(39)&lt;/strong&gt; En second lieu, il faut savoir que si ce qui dispara&#238;t aux yeux se r&#233;solvait en non-&#234;tre, toutes les choses auraient p&#233;ri, puisque ce en quoi elles se seraient r&#233;solues serait du non-&#234;tre. Ajoutons, comme cons&#233;quence de ces deux principes, que l'univers a toujours &#233;t&#233; et sera toujours ce qu'il est. Il n'y a rien d'autre en effet en quoi il puisse se changer, ni rien, non plus, en dehors de lui, qui puisse agir sur lui pour le faire changer. &lt;strong&gt;(40)&lt;/strong&gt; L'univers est compos&#233; de corps et de vide. L'existence des corps nous est garantie par-dessus tout par la sensation, car c'est sur elle que se r&#232;glent, comme je l'ai dit, toutes les conjectures que le raisonnement dirige vers l'invisible. Quant &#224; l'espace, que nous appelons aussi le vide, l'&#233;tendue, l'essence intangible, s'il n'existait pas, les corps n'auraient ni si&#232;ge o&#249; r&#233;sider ni intervalle o&#249; se mouvoir, comme nous voyons qu'ils se meuvent. Hors de ces deux choses, on ne peut plus rien saisir d'existant, ni sensiblement ni par analogie au sensible ; rien d'existant &#224; titre de substances compl&#232;tes, car il n'est pas ici question de ce que nous appelons les attributs ou accidents de ces substances. Maintenant, parmi les corps, on doit distinguer les compos&#233;s et ceux dont les compos&#233;s sont faits : &lt;strong&gt;(41)&lt;/strong&gt; ces derniers corps sont ins&#233;cables et immuables - et il le faut bien pour que toutes choses ne se r&#233;solvent pas en non-&#234;tre et pour qu'il y ait des r&#233;alit&#233;s capables de subsister dans la dissolution des compos&#233;s ; de plus, ces corps &#233;l&#233;mentaires sont essentiellement pleins, de sorte que la dissolution ne sait par o&#249; ni comment les prendre. Et, par l&#224;, les &#233;l&#233;ments des corps sont des substances ins&#233;cables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'univers est infini. En effet, ce qui est fini a une extr&#233;mit&#233;. Or, une extr&#233;mit&#233; ne se per&#231;oit que par rapport &#224; quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; ce dont elle est l'extr&#233;mit&#233; : mais l'univers ne peut pas &#234;tre per&#231;u par rapport &#224; quelque chose d'ext&#233;rieur &#224; lui, puisqu'il est l'univers ; il n'a donc point d'extr&#233;mit&#233; et par cons&#233;quent point de limite et, n'ayant point de limite, il doit &#234;tre infini et non pas fini. Ajoutons que l'univers est encore infini et quant au nombre de corps qu'il renferme, et quant &#224; la grandeur du vide qui est en lui. &lt;strong&gt;(42)&lt;/strong&gt; En effet, d'une part, si le vide &#233;tait infini et si les corps &#233;taient en nombre fini, les corps ne pourraient s'arr&#234;ter nulle part, mais ils se disperseraient emport&#233;s &#224; travers l'infini du vide, puisqu'ils ne trouveraient jamais de support o&#249; s'appuyer, ni rien qui, par des chocs, p&#251;t les rassembler. Et, d'autre part, si le vide &#233;tait fini et les corps en nombre infini, ceux-ci n'auraient pas de place assez ample pour y r&#233;sider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les corps ins&#233;cables et pleins, dont sont form&#233;s et dans lesquels se r&#233;solvent les compos&#233;s, pr&#233;sentent un nombre de formes diff&#233;rentes trop grand pour que nous puissions le saisir : car le nombre prodigieux des formes diff&#233;rentes offertes par les compos&#233;s ne peut pas provenir d'un nombre concevable de formes &#233;l&#233;mentaires toujours les m&#234;mes. De plus, chaque sorte de forme comporte un nombre infini d'exemplaires ; mais, envisag&#233;es quant &#224; leurs diff&#233;rences, les formes ne sont pas en nombre absolument infini : elles d&#233;passent seulement tout nombre concevable, &lt;strong&gt;(43)&lt;/strong&gt; &#224; moins qu'on ne s'avise de consid&#233;rer les grandeurs des atomes comme pouvant aller &#224; l'infini. Ajoutons que les atomes sont, depuis l'&#233;ternit&#233;, dans un mouvement perp&#233;tuel. Les uns dans leur mouvement laissent subsister entre eux de tr&#232;s grandes distances ; les autres, au contraire, gardent l&#224; m&#234;me leur vibration, s'ils se trouvent pris dans un enchev&#234;trement ou envelopp&#233;s par des atomes enchev&#234;tr&#233;s. &lt;strong&gt;(44)&lt;/strong&gt; Et en effet, ce r&#233;sultat provient d'abord du vide qui, au sein m&#234;me des compos&#233;s, isole en lui-m&#234;me chacun des atomes, faisant ainsi que rien n'appuie sur chacun des atomes pour l'immobiliser ; puis, d'autre part, la solidit&#233; qui appartient aux atomes fait qu'ils rebondissent apr&#232;s le choc, autant du moins que leur enveloppement par le compos&#233; leur permet de reprendre, &#224; la suite du choc, leur position primitive. Il n'y a pas de commencement &#224; ces mouvements, parce que les atomes et le vide sont &#233;ternels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(45)&lt;/strong&gt; Voil&#224; assez de paroles, &#224; la condition qu'on se souvienne de tout ce que nous avons dit, pour donner &#224; toutes les pens&#233;es sur la nature des &#234;tres substantiels un moule suffisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas seulement le nombre des atomes, c'est celui des mondes qui est infini dans l'univers. Il y a un nombre infini de mondes semblables au n&#244;tre et un nombre infini de mondes diff&#233;rents. En effet puisque les atomes sont en nombre infini, comme nous l'avons dit tout &#224; l'heure, il y en a partout, leur mouvement les portant m&#234;me jusque dans les lieux les plus &#233;loign&#233;s. Et d'autre part, toujours en vertu de cette infinit&#233; en nombre, la quantit&#233; d'atomes propres &#224; servir d'&#233;l&#233;ments, ou, autrement dit, de causes, &#224; un monde, ne peut &#234;tre &#233;puis&#233;e par la constitution d'un monde unique, ni par celle d'un nombre fini de mondes, qu'il s'agisse d'ailleurs de tous les mondes semblables au n&#244;tre ou de tous les mondes diff&#233;rents. Il n'y a donc rien qui emp&#234;che l'existence d'une infinit&#233; de mondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(46)&lt;/strong&gt; Il y a, outre les corps solides, des r&#233;pliques de m&#234;me forme qu'eux et qui d&#233;passent de loin en subtilit&#233; tout ce que nous percevons. Il n'est point impossible, en effet, qu'il se r&#233;pande dans le milieu qui entoure les corps, des &#233;manations de ce genre, ni que ce milieu pr&#233;sente les conditions favorables &#224; la constitution d'enveloppes creuses et lisses, ni que les effluves partis des solides conservent, par la suite, dans ce milieu, la position et l'ordre qu'ils avaient dans les solides m&#234;mes. Ces r&#233;pliques, nous les appelons des simulacres. Parlons maintenant de leur mouvement. Un mouvement qui se poursuit dans le vide, sans qu'aucun obstacle doive lui r&#233;sister, franchit toute distance imaginable, en un temps inconcevable : car ce sont la r&#233;sistance et la non-r&#233;sistance qui communiquent au mouvement l'aspect de la lenteur et de la rapidit&#233;. &lt;strong&gt;(47)&lt;/strong&gt; Cependant, il n'est pas vrai qu'un corps qui se meut dans ces temps, dont le raisonnement seul nous r&#233;v&#232;le l'existence, arrive &#224; pareil instant au terme de distances plus grandes et de distances plus petites, car cela est &#224; son tour inconcevable ; et, d'autre part, si un corps en mouvement met un temps perceptible pour arriver depuis un point quelconque de l'infini, il ne s'ensuit pas qu'il n'arrivera pas, en un temps imperceptible, depuis un lieu &#224; partir duquel son mouvement soit saisissable pour nous : car il sera vrai qu'en elle-m&#234;me sa vitesse sera proportionnelle aux r&#233;sistances, quoique, pendant la dur&#233;e du mouvement que nous observons, nous lui laissions, relativement &#224; nous, une vitesse telle que celle qui n'aurait rencontr&#233; aucune r&#233;sistance. Voil&#224; un principe utile &#224; retenir. Maintenant qu'il est pos&#233;, remarquons que rien dans les ph&#233;nom&#232;nes ne contredit l'id&#233;e que la subtilit&#233; des simulacres est insurpassable, et concluons, en nous appuyant sur le principe indiqu&#233;, qu'ils ont des vitesses insurpassables, car ils sont capables d'accomplir, aussi vite qu'on veut, un trajet quelconque, puisqu'&#224; un nombre infini d'entre eux rien (ou peu de chose) ne fait obstacle, tandis que pour beaucoup et m&#234;me pour une infinit&#233; quelque chose aussit&#244;t fait obstacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(48)&lt;/strong&gt; Ajoutons que la g&#233;n&#233;ration des simulacres est rapide comme la pens&#233;e. Et en voici les raisons : leurs &#233;l&#233;ments sont toujours pr&#234;ts, sortant de la surface des corps par un &#233;coulement continuel, sans qu'il s'ensuive pour ceux-ci une diminution sensible et r&#233;v&#233;latrice, parce que la perte est compens&#233;e ; puis, sortis des corps, les &#233;l&#233;ments des simulacres n'ont qu'&#224; conserver, et conservent chacun pendant longtemps, la position et l'ordre o&#249; ils se trouvaient &#224; la surface de ces corps, bien qu'il survienne parfois de la confusion ; enfin, comme il n'est pas n&#233;cessaire que les simulacres soient remplis en profondeur, des assemblages serr&#233;s se forment rapidement dans l'atmosph&#232;re. Il y a encore d'autres causes qui produisent &#233;galement des simulacres, comme on peut l'admettre ; car ni ces divers modes de formation ni rien de ce que nous avons dit jusqu'ici touchant les simulacres, n'est contredit par les sensations, et bien loin de l&#224;, ainsi qu'on s'en apercevra en se demandant comment faire pour apporter, des objets ext&#233;rieurs jusqu'&#224; nous, des repr&#233;sentations qui garantissent &#233;videmment l'existence de ces objets et qui, d'autre part, leur soient conformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(49)&lt;/strong&gt; Il faut admettre que c'est parce que quelque chose des objets ext&#233;rieurs p&#233;n&#232;tre en nous que nous voyons les formes et que nous pensons. Car les objets ext&#233;rieurs ne sauraient imprimer en nous, &#224; travers l'air, les couleurs et les formes qu'ils poss&#232;dent en eux-m&#234;mes, ni nous les laisser saisir par des rayons ou par un courant de nature quelconque allant de nous &#224; eux ; rien de tout cela n'est satisfaisant comme d'admettre que des r&#233;pliques d&#233;tach&#233;es des objets et en reproduisant les formes et les couleurs entrent, sous des grandeurs proportionnellement r&#233;duites, dans nos yeux ou dans notre esprit ; elles sont d'ailleurs anim&#233;es d'un mouvement rapide, &lt;strong&gt;(50)&lt;/strong&gt; ce qui les rend aptes &#224; produire par leur accumulation, l'image d'un objet unique et permanent, et conservant leur conformit&#233; avec l'objet, malgr&#233; le vide de leur int&#233;rieur, parce que l'objet a donn&#233; &#224; chacune de leurs surfaces un appui suffisant, au moyen de l'impulsion imprim&#233;e au simulacre, dans le sens de l'int&#233;rieur &#224; l'ext&#233;rieur, par les atomes vibrants du corps solide et plein qui le lance dans le milieu. Ainsi l'image que nous saisissons par l'activit&#233; de notre pens&#233;e ou par celle de nos sens, qu'il s'agisse d'une forme ou d'un attribut essentiel de la forme, est la forme du solide, c'est-&#224;-dire de l'objet m&#234;me, c'est la forme de l'objet r&#233;el produite par la fr&#233;quence successive du simulacre ou par ce qui en reste. Pour ce qui est de l'erreur et de la fausset&#233;, elles r&#233;sident toujours dans l'opinion que nous formons touchant l'objet de notre attente, en regardant cette opinion comme devant &#234;tre confirm&#233;e, ou comme ne devant pas &#234;tre infirm&#233;e par les sensations, alors qu'il se trouve, par la suite, que la confirmation manque ou que le d&#233;menti survient. &lt;strong&gt;(51)&lt;/strong&gt; Et notre th&#233;orie explique tout ce qu'il faut : car, d'une part, s'il n'y avait pas des simulacres lanc&#233;s vers nous, on ne saurait expliquer la ressemblance que pr&#233;sentent, avec ce qu'on appelle les &#234;tres r&#233;els, ces fant&#244;mes tels que les images des miroirs ou des r&#234;ves ou tels que les images r&#233;sultant d'une repr&#233;sentation de notre pens&#233;e, ou de l'un des autres crit&#232;res ; et, d'autre part, l'erreur ne saurait se produire si nous ne pouvions saisir en nous-m&#234;mes l'existence d'une action li&#233;e &#224; l'appr&#233;hension de l'image, mais qui s'en &#233;carte cependant. Si l'affirmation produite par cet acte d'opiner n'est pas confirm&#233;e ou est infirm&#233;e, il y a erreur ; si elle est confirm&#233;e ou n'est pas infirm&#233;e, il y a v&#233;rit&#233;. &lt;strong&gt;(52)&lt;/strong&gt; Voil&#224; une doctrine qu'il faut maintenir fermement : d'une part, afin de ne pas renverser les crit&#232;res que nous fournit sous diverses formes l'&#233;vidence sensible ; de l'autre, afin de ne pas mettre le faux sur le m&#234;me pied que le vrai et par l&#224; porter dans tous les domaines le trouble et la confusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'audition aussi est produite par un certain courant transmis &#224; nous depuis le sujet qui &#233;met la voix, ou depuis la chose qui fait &#233;cho, ou depuis la chose qui produit le son, enfin depuis ce qui, d'une mani&#232;re quelconque, nous procure l'affection auditive. Ce courant se divise en solides qui retiennent la configuration du tout, se maintenant ainsi conformes les uns aux autres, et conservant chacun avec l'objet qui les &#233;met une identit&#233; de nature : double qualit&#233; gr&#226;ce &#224; laquelle ils nous permettent de remonter &#224; l'objet &#233;metteur et &#224; d&#233;faut de laquelle ils rendent seulement manifeste son existence hors de nous ; &lt;strong&gt;(53)&lt;/strong&gt; car s'il ne nous est pas transmis depuis l'objet une repr&#233;sentation &#224; lui conforme, la sensation repr&#233;sentative dont nous parlons ne saurait avoir lieu. Tel est le m&#233;canisme de l'audition. Il ne faut donc pas croire que l'air lui-m&#234;me soit fa&#231;onn&#233; par la voix lanc&#233;e au-dehors ou par toute autre chose sonore, car il s'en faut de beaucoup qu'il puisse &#233;prouver une telle modification par le fait de la voix. La v&#233;rit&#233; est que, quand nous &#233;mettons la voix, le choc qui se produit dans notre gosier d&#233;termine hors de nous un mouvement conforme de certains solides dont la r&#233;union constitue un courant et comme un souffle, et c'est ce mouvement qui nous procure l'affection auditive. Pour ce qui est de l'odeur, &#224; son tour, il faut admettre que, ainsi qu'il arrive pour l'audition, elle ne produirait sur nous aucune affection, s'il n'y avait des corpuscules massifs transmis de l'objet jusqu'&#224; nous, et aptes &#224; exciter le sens de l'odorat ; les uns de ces corpuscules l'excitant de mani&#232;re &#224; le troubler et &#224; contrarier sa nature, les autres sans le troubler et conform&#233;ment &#224; sa nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(54)&lt;/strong&gt; Il faut admettre que, de toutes les qualit&#233;s qui nous apparaissent dans les corps, les atomes n'en pr&#233;sentent pas d'autres que la forme, le poids, la grandeur, avec tout ce qui est ins&#233;parable de la forme. En effet, toute qualit&#233;, c'est-&#224;-dire toute qualit&#233; sensible proprement dite, est sujette au changement, tandis que les atomes ne changent point, puisqu'il faut que, dans la dissolution des compos&#233;s, quelque chose de solide et d'indissoluble subsiste, quelque chose qui produise les changements par un simple d&#233;placement de parties, et non pas par un passage au non-&#234;tre ni par un &#233;lan hors du non-&#234;tre. Or, il est n&#233;cessaire que ce qui ne fait que se d&#233;placer soit incorruptible et &#233;tranger au changement, mais dou&#233; d'une masse et d'une forme propres, car il faut n&#233;cessairement supposer ces deux qualit&#233;s dans la chose qui se d&#233;place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(55)&lt;/strong&gt; En effet, dans les choses de notre exp&#233;rience qui changent de forme, celle-ci est saisie comme leur &#233;tant inh&#233;rente ; mais il n'en est pas des qualit&#233;s comme de cette derni&#232;re : elles disparaissent enti&#232;rement du corps qui change. Ces &#233;l&#233;ments qui restent suffisent donc pour produire toutes les diff&#233;rences qui diversifient les compos&#233;s, puisqu'il faut bien que quelque chose subsiste dans le changement, afin que tout ne se r&#233;solve pas en non-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire, si nous ne voulons pas &#234;tre contredits par les faits, que les atomes puissent avoir toutes les grandeurs possibles, mais il faut admettre qu'il y a des diff&#233;rences de grandeur. Car cela &#233;tant ajout&#233;, on pourra mieux expliquer les affections et les sensations. &lt;strong&gt;(56)&lt;/strong&gt; Mais admettre toutes sortes de grandeurs dans les atomes est inutile pour rendre compte de la vari&#233;t&#233; des qualit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d'ailleurs il y avait des atomes de toute grandeur, il faudrait que certains d'entre eux vinssent &#224; tomber sous le sens de la vue, ce qui ne s'observe pas ni ne se con&#231;oit. En outre, disons-nous contre la m&#234;me doctrine, il ne faut pas croire qu'il y ait dans un corps fini des corpuscules en nombre infini et d'une grandeur absolument quelconque. D'o&#249; il suit, d'abord, qu'il faut rejeter la division &#224; l'infini, qui va toujours vers un plus petit en subdivisant chaque partie, si nous ne voulons pas enlever toute solidit&#233; aux choses ni r&#233;duire les &#234;tres au non-&#234;tre &#224; force de les couper en morceaux en les cherchant dans l'enveloppement d'une composition sans terme. D'o&#249; il suit, en second lieu, qu'il ne faut pas m&#234;me admettre dans un corps fini la possibilit&#233; de passer &#224; l'infini d'un point &#224; un autre, ni m&#234;me d'une partie &#224; une partie toujours plus petite. &lt;strong&gt;(57)&lt;/strong&gt; En effet, la division &#224; l'infini poursuivie par la subdivision des parties est impossible. D'une part en effet, allant du tout aux parties, quand on nous a dit qu'il y a des corpuscules en nombre infini dans un corps, nous ne pouvons plus comprendre comment ces corpuscules ont encore un volume quelconque et, par l&#224;, de la r&#233;alit&#233;, puisqu'ils repr&#233;sentent le r&#233;sultat d'une subdivision infinie ; et, d'autre part, allant des parties au tout, comment se ferait-il qu'avec un nombre infini de parties le corps fini dont on parle rest&#226;t fini ? Les parties en nombre infini ayant &#233;videmment une certaine grandeur, il arriverait, quelle qu'elle f&#251;t, que le corps en question aurait une grandeur infinie. A son tour, l'existence dans un corps d'un nombre infini de parties &#233;gales susceptibles de se s&#233;parer de leur tout et de changer de place, est &#233;galement impossible. En effet, un corps fini a une extr&#233;mit&#233; qui, si elle n'est pas saisissable &#224; part et en elle-m&#234;me, est cependant perceptible dans le corps auquel elle appartient. Or, supposant un corps qui soit au-dessous du pr&#233;c&#233;dent par la petitesse, il n'y a pas moyen de ne pas le concevoir sur le m&#234;me mod&#232;le que le premier, c'est-&#224;-dire comme ayant lui aussi une extr&#233;mit&#233; ins&#233;parable de lui ; il n'y a pas moyen de penser qu'il n'en sera pas de m&#234;me pour le corps suivant et pour tous les autres, &#224; l'infini, qu'on rencontrerait en marchant de l'avant dans la petitesse croissante, de tels corps se pr&#233;sentant d'ailleurs &#224; la pens&#233;e et non plus &#224; la sensation. &lt;strong&gt;(58)&lt;/strong&gt; Maintenant il ne faut consid&#233;rer le minimum sensible ni comme &#233;tant tout &#224; fait semblable au corps assez grand pour admettre le passage d'une partie &#224; une autre, ni comme &#233;tant tout &#224; fait diff&#233;rent d'un tel corps, bien qu'on ne puisse percevoir et distinguer les parties dans ce minimum sensible. Mais si, en lui appliquant l'id&#233;e d'une communaut&#233; de nature entre lui et les corps dont les parties sont discernables, nous arrivons &#224; concevoir jusqu'en lui des parties que nous pla&#231;ons l'une par ici, l'autre par l&#224;, nous nous trouvons, relativement &#224; ces parties, dans le m&#234;me cas que pr&#233;c&#233;demment pour le tout. En cons&#233;quence de cette r&#233;flexion, nous consid&#233;rons d&#233;sormais ces minima sensibles comme une premi&#232;re donn&#233;e d'o&#249; il faut partir dans le monde sensible, sans descendre plus bas, et nous ne consid&#233;rons pas dans cette premi&#232;re donn&#233;e une pluralit&#233; r&#233;unie en une seule et m&#234;me chose, ni encore moins une r&#233;union de parties de parties. Chacun de ces minima sensibles ne fait que fournir en lui-m&#234;me et par lui-m&#234;me une mesure pour les grandeurs sensibles, mesure qui se trouve contenue plus de fois dans les grandeurs plus grandes, moins de fois dans les grandeurs moindres. Or, il faut admettre que le minimum existant dans l'atome est, avec le reste de l'atome, dans le m&#234;me rapport que le minimum sensible avec le reste du corps sensible : car il est clair que, ne diff&#233;rant du minimum sensible que par la petitesse, le minimum dans l'atome doit &#234;tre au reste de l'atome ce que le minimum sensible est au reste du corps sensible. &lt;strong&gt;(59)&lt;/strong&gt; C'est d&#233;j&#224;, en effet, par analogie avec les choses sensibles que nous avons attribu&#233; &#224; l'atome une grandeur, partant de quelque chose de petit et nous contentant de reculer tr&#232;s loin les limites de la petitesse. Il faut donc croire aussi &#224; l'existence de minima indivisibles et de termes ultimes et - ind&#233;composables de la grandeur dans les atomes, et ces minima sont la mesure originaire qui sert &#224; d&#233;terminer toutes les grandeurs, aussi consid&#233;rables ou petites qu'elles soient ; toutes les grandeurs, disons-nous, autant du moins qu'il s'agit de consid&#233;rer par la raison des choses invisibles. La communaut&#233; de nature qui existe entre les minima de grandeur dans les atomes et les minima sensibles qui n'admettent pas le passage de partie &#224; partie suffit en effet pour nous conduire jusqu'&#224; cette conclusion. Et il est impossible d'admettre que ces minima de grandeur dans l'atome aient pu exister isol&#233;ment, recevoir du mouvement et se r&#233;unir pour constituer des agr&#233;gats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(60)&lt;/strong&gt; On ne peut attribuer &#224; l'&#233;tendue infinie de l'univers ni haut ni bas, du moins en entendant par l&#224; que ce haut est au plus haut possible et que ce bas est au plus bas possible. N&#233;anmoins, depuis quelque point du sol que nous nous levions, il est certain que jamais le bas ne nous appara&#238;tra comme situ&#233; dans la direction qui s'&#233;l&#232;ve au-dessus de notre t&#234;te, cette direction f&#251;t-elle prolong&#233;e &#224; l'infini, et jamais le bas d&#233;termin&#233; relativement &#224; une chose quelconque suppos&#233;e con&#231;ue, ne nous appara&#238;tra, quand m&#234;me nous suivrions jusqu'&#224; l'infini la direction qu'il indique, comme &#233;tant &#224; la fois et par rapport &#224; la m&#234;me chose, le haut et le bas : car cela est inconcevable. Ainsi il y a moyen d'assigner un mouvement ind&#233;finiment prolong&#233; con&#231;u comme tendant vers le haut, et un autre comme tendant vers le bas ; encore qu'il doive arriver mille fois, dans le parcours, qu'un mobile parti de chez nous vers les lieux sup&#233;rieurs &#224; notre t&#234;te, arrive aux pieds des &#234;tres plac&#233;s au-dessus de nous, ou que, inversement, un mobile, parti du bas chez nous, arrive &#224; la t&#234;te des &#234;tres plac&#233;s au-dessous de nous. La distinction des deux mouvements se maintient, disons-nous, car chacun d'eux est, malgr&#233; tout, con&#231;u comme oppos&#233; &#224; l'autre &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(61)&lt;/strong&gt; Lorsqu'ils sont emport&#233;s &#224; travers le vide, les atomes ne rencontrent aucune r&#233;sistance et, par cons&#233;quent, doivent tous &#234;tre anim&#233;s de vitesses &#233;gales. En effet, les atomes lourds ne se mouvront pas plus vite que ceux qui sont petits et l&#233;gers, quand ni les uns ni les autres ne rencontrent aucun obstacle ; et les atomes de petit volume ne se mouvront pas plus lentement que les grands, quand les petits atomes eux-m&#234;mes ne subissent aucune r&#233;sistance, ce qui les rend capables d'accomplir un trajet quelconque en aussi peu de temps qu'on veut. Et cette &#233;galit&#233; de vitesse dans le vide a lieu aussi bien pour le mouvement transversal imprim&#233; par un choc que pour le mouvement vers le bas donn&#233; &#224; chaque atome par son poids propre. Car, tant qu'un atome conservera l'impulsion qu'il a re&#231;ue d'un choc et celle qui lui vient de son propre poids, pendant tout ce temps il se mouvra aussi vite que la pens&#233;e, cela jusqu'&#224; ce qu'une chose lui r&#233;siste soit en vertu d'une impulsion d'origine ant&#233;rieure, dont elle serait elle-m&#234;me anim&#233;e, soit en vertu de son propre poids.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(62)&lt;/strong&gt; Mais il y a plus. Si nous consid&#233;rons les compos&#233;s eux-m&#234;mes, l'un sera dit plus rapide que l'autre, les atomes composants ayant tous, o&#249; qu'on les prenne, la m&#234;me- vitesse, par le fait que les atomes contenus dans les agr&#233;gats tendent vers le m&#234;me lieu dans le minimum de temps continu, m&#234;me s'ils ne se meuvent pas vers le m&#234;me lieu dans les temps per&#231;us par la raison ; mais ils se heurtent souvent avant que la continuit&#233; du mouvement devienne perceptible par les sens. Et en effet cette opinion, form&#233;e par nous au moyen d'une inf&#233;rence et pronon&#231;ant sur l'invisible, savoir que les temps dont l'existence est per&#231;ue par la raison seule sont continus, n'est pas vraie relativement &#224; ces corps-l&#224; : c'est ce qui est vu par les sens ou par repr&#233;sentation imm&#233;diate de la pens&#233;e qui est toujours vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(63)&lt;/strong&gt; Apr&#232;s cela, nous devons &#233;tudier la nature de l'&#226;me, en nous reportant pour &#233;prouver chacune de nos assertions, aux sensations et aux affections : car c'est de cette mani&#232;re que nous pourrons avoir en nos assertions la plus ferme confiance. Comprenons donc que l'&#226;me est un corps compos&#233; de particules subtiles, diss&#233;min&#233; dans tout l'agr&#233;gat constituant notre corps ; qu'elle ressemble beaucoup &#224; un souffle m&#234;l&#233; d'une certaine quantit&#233; de chaleur, car elle est semblable d'une part au souffle et de l'autre &#224; la chaleur ; mais qu'une certaine partie l'emporte de beaucoup en subtilit&#233; sur le souffle et la chaleur m&#234;mes et que celle-ci, gr&#226;ce &#224; cela, est plus intimement unie &#224; tout le reste de l'agr&#233;gat. C'est ce que rendent manifeste les facult&#233;s de l'&#226;me, ses affections, ses mouvements rapides, ses pens&#233;es, bref tout ce dont la privation entra&#238;ne la mort. Il faut, aussi, bien se mettre dans l'id&#233;e que la cause principale de la sensibilit&#233; r&#233;side dans l'&#226;me. &lt;strong&gt;(64)&lt;/strong&gt; Sans doute elle ne la poss&#233;derait pas si elle n'&#233;tait envelopp&#233;e d'une certaine fa&#231;on par le reste de l'agr&#233;gat. Mais, d'un autre c&#244;t&#233;, c'est gr&#226;ce &#224; l'&#226;me que le reste de l'agr&#233;gat se trouve poss&#233;der lui aussi, sans partager d'ailleurs avec l'&#226;me toutes les facult&#233;s de l'&#226;me, la sensibilit&#233; comme accident : c'est pourquoi, lorsque l'&#226;me se retire, le corps n'a plus la sensibilit&#233;. Car, encore une fois, il ne la poss&#233;dait pas sur lui-m&#234;me, mais seulement par le fait d'une autre chose m&#234;l&#233;e &#224; lui. Cette chose r&#233;alise sa facult&#233; de sentir dans l'agr&#233;gat seulement, puis, quand cette facult&#233; est r&#233;alis&#233;e, la chose suffit par elle-m&#234;me &#224; &#233;prouver, d&#232;s qu'un mouvement est donn&#233;, une impression sensible, et cette sensibilit&#233; qui n'est pas en elle rigoureusement essentielle, elle la communique au reste de l'agr&#233;gat au moyen, comme je l'ai dit, de sa contigu&#239;t&#233; et de son accord avec lui. &lt;strong&gt;(65)&lt;/strong&gt; Aussi l'&#226;me &#233;tant la cause principale de la sensibilit&#233;, ne la perdra-t-elle jamais tant qu'elle sera pr&#233;sente dans l'agr&#233;gat, m&#234;me si une partie de celui-ci a &#233;t&#233; enlev&#233;e ; et de quelques facult&#233;s de l'&#226;me que la dissolution de l'agr&#233;gat, atteint dans son tout ou dans ses parties, entra&#238;ne la perte, toujours, tant qu'elle restera dans l'agr&#233;gat, elle conservera la sensibilit&#233; ; tandis qu'au contraire le reste de l'agr&#233;gat, demeur&#226;t-il intact dans son tout et dans ses parties, n'a plus la sensibilit&#233; d&#232;s que ce principe s'est retir&#233;, je veux dire tout ce qu'il y a en lui d'atomes aptes &#224; constituer la substance de l'&#226;me. D'ailleurs, quand l'agr&#233;gat tout entier a achev&#233; de se dissoudre, l'&#226;me se dissipe et n'a plus les m&#234;mes facult&#233;s ni les m&#234;mes mouvements ni par cons&#233;quent la sensibilit&#233; non plus. &lt;strong&gt;(66)&lt;/strong&gt; Car il est impossible de concevoir que le principe sentant r&#233;side ailleurs que dans le syst&#232;me constitu&#233; comme nous le voyons, et puisse se passer des mouvements que nous voyons dans le reste de l'agr&#233;gat ; bref, il est impossible de concevoir que ce principe subsiste lorsqu'il n'est plus entour&#233; de l'enveloppe et du milieu o&#249; nous le voyons manifester son activit&#233;. Il faut aussi &lt;strong&gt;(67)&lt;/strong&gt; se repr&#233;senter ce qu'est l'incorpor&#233;it&#233; attribuable &#224; l'&#226;me, car on pourrait en venir &#224; croire que le mot d&#233;signe quelque chose de proprement incorporel. On ne peut rien concevoir de proprement incorporel que le vide. Mais le vide ne peut ni agir ni p&#226;tir : il ne fait que permettre aux corps de se mouvoir &#224; travers lui. Par cons&#233;quent, ceux qui disent que l'&#226;me est un &#234;tre incorporel parlent pour ne rien dire. Si elle &#233;tait incorporelle, en effet, elle ne pourrait agir ni p&#226;tir ; or nous voyons avec &#233;vidence que ces deux accidents sont r&#233;ellement &#233;prouv&#233;s par l'&#226;me. &lt;strong&gt;(68)&lt;/strong&gt; Telles sont nos doctrines sur la nature de l'&#226;me. On devra se souvenir de ce que nous avons dit au d&#233;but de cette lettre, et rapporter aux affections et aux sensations ces raisonnements au sujet de l'&#226;me. On arrivera ainsi &#224; poss&#233;der les vues dont nous avons indiqu&#233; les traits essentiels, et &#224; les poss&#233;der assez bien pour approfondir avec s&#251;ret&#233;, en se laissant guider par elles, toutes les &#233;tudes de d&#233;tail sur la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les formes, les couleurs, les grandeurs, les poids, bref, toutes les choses que nous rapportons aux corps comme attributs essentiels et per&#231;us dans la sensation des corps, les attribuant &#224; tous les corps ou seulement aux corps visibles, ces choses ne doivent &#234;tre regard&#233;es ni comme existant par elles-m&#234;mes et substantiellement, car cela est inconcevable, &lt;strong&gt;(69)&lt;/strong&gt;ni comme &#233;tant des &#234;tres incorporels qui viendraient s'ajouter aux corps, ni comme &#233;tant des parties mat&#233;rielles des corps. Il faut les regarder comme constituant int&#233;gralement par leur r&#233;union la nature permanente des corps. Mais elles ne peuvent pas constituer par leur assemblage un agr&#233;gat concret, &#224; la fa&#231;on dont les corpuscules massifs, que ce soient des atomes ou des parties moindres que le tout, constituent, en se juxtaposant, un corps plus gros qu'eux. Ces choses sont seulement, comme je viens de le dire, ce qui fait par sa r&#233;union la nature permanente des corps. Chacune de ces choses est l'objet d'un mode d'appr&#233;hension propre, mais la perception du corps concret est donn&#233;e en m&#234;me temps, et elles ne sauraient s'en isoler, ne pouvant &#234;tre pos&#233;es que dans la notion d'ensemble du corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(70)&lt;/strong&gt; Les accidents, de leur c&#244;t&#233;, se rencontrent souvent dans les corps mais n'y sont pas attach&#233;s d'une mani&#232;re permanente. Il ne faut pas en faire des &#234;tres invisibles ou incorporels. Le mot dont nous nous servons pour les d&#233;signer, est pris par nous dans son sens le plus usit&#233;, et il ressort de ce sens qu'ils n'ont ni la nature du tout que, l'ayant pris dans son ensemble, nous appelons corps, ni celle des propri&#233;t&#233;s qui l'accompagnent en permanence. On les saisit et on les nomme au moyen de certaines appr&#233;hensions imm&#233;diates qui accompagnent celle des corps concrets ; &lt;strong&gt;(71)&lt;/strong&gt; mais, &#224; quelque corps qu'on les voie arriver, les accidents ne sont jamais li&#233;s aux corps de fa&#231;on permanente. Il ne faut pas bannir du domaine de l'&#234;tre l'&#233;vidence des accidents, sous pr&#233;texte qu'ils ne sont pas de m&#234;me nature que le tout substantiel auquel ils arrivent, ni que les attributs li&#233;s aux corps en permanence ; et il ne faut pas non plus croire qu'ils existent par eux-m&#234;mes, car un tel mode d'existence n'est pas concevable, m&#234;me pour les attributs essentiels et permanents ; mais il faut, car c'est l'&#233;vidence m&#234;me, les regarder tous comme des choses qui arrivent aux corps ; et on ne doit pas les consid&#233;rer comme des attributs permanents des corps ni comme des choses ayant par elles-m&#234;mes rang de substances, mais il faut les prendre tels que la sensation elle-m&#234;me les saisit et les pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(72)&lt;/strong&gt; &#192; cette doctrine sur les accidents, il faut joindre, en la saisissant fermement, la conception suivante du temps. Il ne faut pas examiner le temps de la m&#234;me mani&#232;re que les autres choses, c'est-&#224;-dire en nous reportant aux pr&#233;notions que ces choses ont laiss&#233;es en nous ; car le temps n'est pas donn&#233; dans les &#234;tres. Il faut prendre comme point de d&#233;part le fait &#233;vident qui nous conduit &#224; affirmer que le temps est long ou court, en lui appliquant ce qualificatif par analogie. Il ne faut pas donner au temps, &#224; la place des noms qui servent ordinairement &#224; le d&#233;signer, d'autres noms qu'on croit pr&#233;f&#233;rables, mais il faut le d&#233;signer par les noms &#233;tablis. Il ne faut pas non plus lui attribuer une nature &#233;trang&#232;re &#224; la sienne, et la pr&#233;senter comme identique &#224; son essence v&#233;ritable : car c'est l&#224; un d&#233;faut dans lequel on tombe quelquefois ; mais seulement r&#233;fl&#233;chir fortement aux perceptions &#233;l&#233;mentaires, &#224; l'aide desquelles nous constituons cette essence dans ce qu'elle a de propre, et dont nous partons pour mesurer le temps. &lt;strong&gt;(73)&lt;/strong&gt; Il n'y a pas en effet &#224; d&#233;montrer, et l'on saisit par une simple r&#233;flexion, que nous composons le temps avec les jours et les nuits, avec nos affections et nos &#233;tats d'impassibilit&#233;, avec les mouvements et les repos, concevant en tout cela un certain accident commun d'un caract&#232;re sp&#233;cial, que nous nommons le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut admettre que le monde, et en g&#233;n&#233;ral tout agr&#233;gat limit&#233;, se forment, par analogie avec ce que nous observons journellement, aux d&#233;pens de l'infini, tous ces mondes et tous ces agr&#233;gats limit&#233;s se diff&#233;renciant au sein des tourbillons grands ou petits et diversement constitu&#233;s d'o&#249; ils proviennent. Puis, par une marche inverse, ils se dissolvent tous, les uns plus vite, les autres plus lentement ; les uns sous l'action de telles causes, les autres sous celle de telles autres causes. &lt;strong&gt;(74)&lt;/strong&gt; Il ne faut pas croire que les mondes aient n&#233;cessairement une seule et m&#234;me forme. On doit admettre que dans tous les mondes, sans exception, il y a des animaux, des plantes et tous les autres &#234;tres que nous observons, car personne ne saurait d&#233;montrer que tel monde est susceptible &#233;galement de renfermer et de ne pas renfermer les germes des animaux, des plantes et des autres &#234;tres que nous observons ; et, d'autre part, que tel autre monde est absolument incapable de renfermer de pareils germes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;(75)&lt;/strong&gt; On doit croire que la nature humaine apprend beaucoup au contact des choses, et se d&#233;veloppe sous la pression des n&#233;cessit&#233;s qu'elles lui imposent ; qu'ensuite le raisonnement perfectionne les dons de la nature et les compl&#232;te par de nouvelles d&#233;couvertes, plus vite dans certains cas, plus lentement dans d'autres ; que, dans certaines p&#233;riodes de temps la nature humaine fait de plus grands progr&#232;s et dans d'autres des progr&#232;s moindres. Il r&#233;sulte de cette doctrine que les noms ne se sont pas trouv&#233;s &#233;tablis au d&#233;but par institution et convention, mais que la nature humaine elle-m&#234;me, au sein de chaque nation, &#233;prouvant des affections particuli&#232;res et recevant des images particuli&#232;res, a fait sortir l'air des gosiers, d'une fa&#231;on appropri&#233;e, selon qu'il &#233;tait pouss&#233; au-dehors par chacune des affections et des images, ces fa&#231;ons d'&#233;mettre la voix &#233;tant aussi diff&#233;rentes que les diverses r&#233;gions o&#249; se trouvent les nations. &lt;strong&gt;(76)&lt;/strong&gt; Dans la suite seulement, chaque nation a institu&#233; pour l'usage commun de ses membres les particularit&#233;s de son langage propre, afin que ceux-ci puissent se d&#233;signer mutuellement les choses avec moins d'ambigu&#239;t&#233; et plus de bri&#232;vet&#233;. Enfin, ceux qui introduisaient dans la communaut&#233; certaines choses qu'elle ne connaissait pas, se trouvant forc&#233;s d'en parler, fournissaient, eux qui connaissaient ces choses, des sons pour les d&#233;signer, et l'esprit des auditeurs s'assimilant ces sons par le raisonnement, en les associant &#224; la cause observable qui en provoquait d'ordinaire l'&#233;mission chez les locuteurs, arrivait ainsi &#224; interpr&#233;ter ces mots nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas croire que les ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, les mouvements, les changements de direction, les solstices, les &#233;clipses, les levers, les couchers et toutes les autres choses du m&#234;me genre se produisent sous le gouvernement d'un &#234;tre qui les r&#232;gle ou doive intervenir un jour, s'il le faut, pour les r&#233;gler, et &#224; qui on attribue en m&#234;me temps la b&#233;atitude et l'immortalit&#233;. &lt;strong&gt;(77)&lt;/strong&gt; Car les occupations, les soucis, les col&#232;res, les faveurs ne s'accordent point avec la b&#233;atitude, mais ont leur source dans la crainte ou dans le besoin qu'on &#233;prouverait pour d'autres &#234;tres avec lesquels on serait en rapport. Et il ne faut pas croire non plus que ce sont des foyers d'un feu constitu&#233; pour se mouvoir en cercle, et dont chacun poss&#233;derait la b&#233;atitude, qui sont anim&#233;s, en vertu d'une volont&#233; &#224; eux, des mouvements que nous avons &#233;num&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut pr&#233;server, en le lui t&#233;moignant dans tous les noms qu'on lui donne, la majest&#233; du divin, afin que, de noms peu convenables, nous ne tirions pas des opinions oppos&#233;es &#224; ce respect : faute d'agir ainsi, une contradiction de cette esp&#232;ce suffira &#224; porter le plus grand trouble dans les &#226;mes. Ce qu'il faut croire, c'est donc que les r&#233;volutions des astres sont des mouvements n&#233;cessaires, et qu'elles s'accomplissent en cons&#233;quence de ce que les astres &#233;taient compris d&#232;s l'origine dans ces tourbillons qui chacun engendrent un monde. &lt;strong&gt;(78)&lt;/strong&gt; On doit d'ailleurs admettre que la physique accomplit sa fonction en approfondissant la cause des principaux faits relatifs aux astres, que notre f&#233;licit&#233; puise dans la connaissance des ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, la d&#233;termination de leur nature, et il en va de m&#234;me &#224; propos de tous les ph&#233;nom&#232;nes semblables dont l'approfondissement contribue au bonheur. Ajoutons qu'en pareille mati&#232;re la pluralit&#233; des explications et la formule : il peut en &#234;tre soit ainsi soit autrement, ne sont pas de mise ; mais qu'il faut prononcer d'une mani&#232;re absolue que l'essence immortelle bienheureuse ne saurait rien impliquer qui soit capable d'apporter avec soi la dissolution et le trouble : car il est possible de saisir par la pens&#233;e qu'il en est absolument ainsi. &lt;strong&gt;(79)&lt;/strong&gt; Au contraire, ce qui rentre dans le domaine de la recherche au sujet des couchers et des levers, des solstices, des &#233;clipses et choses de m&#234;me ordre, la connaissance qu'on en peut avoir ne contribue plus au bonheur, car ceux qui la poss&#232;dent, sans savoir ce que sont les substances des astres et les causes principales de leurs mouvements, ceux-l&#224; sont aussi sujets aux frayeurs que s'ils ne savaient pas ce qu'ils savent, et peut-&#234;tre m&#234;me y sont-ils plus sujets, parce que l'&#233;tonnement qui r&#233;sulte chez eux de ce qu'ils connaissent un plus grand nombre de ces ph&#233;nom&#232;nes que les autres hommes, ne peut pas prendre fin par l'intelligence de l'ordre fondamental du monde. C'est pourquoi, si nous trouvons et indiquons plusieurs causes possibles des solstices, des couchers, des levers, des &#233;clipses et des autres choses de ce genre, ainsi que cela a lieu pour les faits particuliers que nous observons sur la terre, &lt;strong&gt;(80)&lt;/strong&gt; il ne faut pas croire pour cela que notre besoin de connaissance relativement &#224; ces choses n'a pas &#233;t&#233; pleinement satisfait, autant qu'il importe pour notre ataraxie et notre bonheur. Par cons&#233;quent, il faut consid&#233;rer de combien de fa&#231;ons peuvent se produire les faits qui se passent sur la terre et sous nos yeux, puis partir de l&#224; pour indiquer les causes des ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes qui leur ressemblent et, en g&#233;n&#233;ral, de tous les faits invisibles qui ressemblent aux visibles. Nous m&#233;priserons ceux qui ne connaissent pas les choses dont il n'y a qu'une explication unique et celles qui en comportent plusieurs, ceux qui, par suite des distances, ne savent pas voir comme il faut les ph&#233;nom&#232;nes c&#233;lestes, ceux qui ignorent quelles sortes d'explications sont insuffisantes pour procurer l'ataraxie. Si donc nous concevons qu'un ph&#233;nom&#232;ne puisse, outre une certaine cause, en avoir encore une certaine autre, qui suffise au m&#234;me degr&#233; &#224; assurer l'ataraxie, cette connaissance m&#234;me de la possibilit&#233; de plusieurs explications nous procurera l'ataraxie tout aussi bien que si nous savions que le ph&#233;nom&#232;ne a lieu pour telle raison et non autrement. &lt;strong&gt;(81)&lt;/strong&gt; La r&#233;flexion qu'il importe le plus de faire sur tout cet ordre de faits en g&#233;n&#233;ral, c'est que le trouble le plus grand que puisse &#233;prouver l'&#226;me humaine provient, en premier lieu, de ce que l'on consid&#232;re les astres comme des &#234;tres bienheureux et immortels, pendant que, d'autre part, on leur attribue des volont&#233;s, des actions et des op&#233;rations oppos&#233;es &#224; la b&#233;atitude et &#224; l'immortalit&#233; ; et qu'il provient, en second lieu, de ce qu'on redoute sans cesse comme assur&#233;e ou comme possible, quelque peine terrible et &#233;ternelle, telle qu'il y en a dans les mythes, qu'on redoute m&#234;me jusqu'&#224; l'insensibilit&#233; de la mort, comme si celle-ci avait quelque rapport avec nous, &#233;prouvant toutes ces affections en cons&#233;quence, non d'opinions m&#251;ries, mais de sentiments irr&#233;fl&#233;chis, de sorte que, quand on n'a pas d&#233;fini ce qui est &#224; craindre, on ressent autant ou m&#234;me plus de trouble que ceux qui se sont fait des choses &#224; craindre une juste opinion. &lt;strong&gt;(82)&lt;/strong&gt; L'ataraxie consiste &#224; &#234;tre d&#233;livr&#233; de toutes ces craintes, en conservant constamment le souvenir des vues d'ensemble et des doctrines principales que nous avons enseign&#233;es sur la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, nous devons prendre en consid&#233;ration nos affections r&#233;elles et nos sensations, nos sensations communes s'il s'agit d'un sensible commun, nos sensations sp&#233;ciales s'il s'agit d'un sensible propre ; en un mot, prendre en consid&#233;ration toute &#233;vidence &#224; nous fournie par chacun des crit&#232;res. Car en nous servant de ces donn&#233;es &#233;videntes, nous d&#233;terminerons sans erreur la cause de notre trouble et de notre crainte et nous les ferons dispara&#238;tre, qu'il s'agisse d'ailleurs de chercher la cause d'un ph&#233;nom&#232;ne c&#233;leste ou de quelqu'un des autres &#233;v&#233;nements qui surviennent sans cesse, bref d'un de ces faits qui inspirent au reste des hommes une frayeur extr&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224;, H&#233;rodote, r&#233;duit aux principaux chefs, l'abr&#233;g&#233; que j'entreprenais &#224; ton intention sur la nature de l'univers. &lt;strong&gt;(83)&lt;/strong&gt; Il est tel que s'il devient efficace gr&#226;ce &#224; ce qu'on le retienne tr&#232;s exactement, l'homme qui le poss&#233;dera, sans aller m&#234;me jusqu'&#224; approfondir les faits particuliers, aura, je pense, une force incomparable par rapport au reste des hommes. En effet, il sera capable d'&#233;claircir par lui-m&#234;me beaucoup des explications de faits particuliers que nous avons approfondies dans notre trait&#233; complet, et, &#224; d'autres &#233;gards, cet abr&#233;g&#233;, fix&#233; dans sa m&#233;moire, lui sera d'un secours continuel. Il est tel en effet que ceux-l&#224; m&#234;mes qui auront approfondi nos explications de d&#233;tail, soit suffisamment soit m&#234;me jusqu'&#224; la perfection, pourront, en revenant &#224; des vues d'ensemble comme celles-ci, faire dans la plupart des cas le tour de la nature. Et, d'autre part, ceux qui ne comptent pas tout &#224; fait parmi les initi&#233;s de notre &#233;cole, pourront &#224; l'aide de cet abr&#233;g&#233;, faire, &#224; part eux et en silence, prompts comme la pens&#233;e, une revue circulaire des principaux points du syst&#232;me, suffisante pour leur procurer la s&#233;r&#233;nit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Traduction par Octave Hamelin, &lt;i&gt;Revue de M&#233;taphysique et de Morale&lt;/i&gt;, 18, 1910, p. 397-440 (revue). Les num&#233;ros en gras sont ceux du Livre X des &lt;i&gt;Vies et doctrines des philosophes illustres&lt;/i&gt;, de Diog&#232;ne La&#235;rce, auquel nous devons d'avoir conserv&#233; ces textes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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