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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Cavell entre dans la danse</title>
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		<dc:creator>Lefort, G&#233;rard</dc:creator>



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&lt;p&gt;Sur Le cin&#233;ma nous rend-il meilleurs ?, par Stanley Cavell, Bayard. &lt;br class='autobr' /&gt; Dans sa biographie de Ludwig Wittgenstein, Norman Malcolm rapporte que quand l'universit&#233; Harvard invita le c&#233;l&#232;bre professeur, bas&#233; &#224; Cambridge en Angleterre, au d&#233;but des ann&#233;es 40, elle accompagna son invite d'une question accorte : qu'est-ce qui vous ferait plaisir lors de ce s&#233;jour aux &#201;tats-Unis ? Wittgenstein aurait r&#233;pondu : &#171; Rencontrer Carmen Miranda. &#187; C'est-&#224;-dire la bombe br&#233;silienne de moult com&#233;dies (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur &lt;i&gt;Le cin&#233;ma nous rend-il meilleurs ?&lt;/i&gt;, par Stanley Cavell, Bayard.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans sa biographie de Ludwig Wittgenstein, Norman Malcolm rapporte que quand l'universit&#233; Harvard invita le c&#233;l&#232;bre professeur, bas&#233; &#224; Cambridge en Angleterre, au d&#233;but des ann&#233;es 40, elle accompagna son invite d'une question accorte : qu'est-ce qui vous ferait plaisir lors de ce s&#233;jour aux &#201;tats-Unis ? Wittgenstein aurait r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;Rencontrer Carmen Miranda&lt;/i&gt;. &#187; C'est-&#224;-dire la bombe br&#233;silienne de moult com&#233;dies musicales tropicales, qui enturbannait sa t&#234;te d'&#233;chafaudages de passementeries, plumes, voire ananas frais et perroquet vivant, sans pour autant cesser de danser, chanter et sourire. L'anecdote, qui en dit long sur la folie qui habitait Wittgenstein, ne serait que drolatique si elle ne posait une autre question : la philosophie peut-elle produire des concepts sur ce qui est r&#233;put&#233; impensable ? En l'esp&#232;ce, la com&#233;die musicale hollywoodienne et, plus g&#233;n&#233;ralement, le cin&#233;ma ? Non pas qu'il faille imaginer que Carmen Miranda eut une influence d&#233;cisive sur l'&#339;uvre de Wittgenstein mais sugg&#233;rer qu'elle pourrait en &#234;tre la muse amusante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La philosophie est autant un mouvement d'humour qu'un geste de pens&#233;e. En France, jusqu'&#224; Gilles Deleuze, le cin&#233;ma a souffert d'une m&#233;sestimation par la philosophie. Et on a vu r&#233;cemment, &#224; propos de &lt;i&gt;Matrix&lt;/i&gt;, qu'il suffit que des philosophes s'int&#233;ressent &#224; un film am&#233;ricain pour qu'aussit&#244;t se l&#232;ve une r&#233;action syndicale sur l'air de &#171; pas touche &#224; l'impur &#187;. Aux &#201;tats-Unis, la philosophie semble plus pragmatique. Pour preuve &lt;i&gt;Le cin&#233;ma nous rend-il meilleurs ?, &lt;/i&gt;l'ouvrage de Stanley Cavell, grande figure de la philosophie am&#233;ricaine, qui trouve tout naturel de regarder &lt;i&gt;New York-Miami&lt;/i&gt; (Frank Capra, 1934) comme une illustration de la censure de la connaissance chez Kant, de consid&#233;rer la physionomie de Buster Keaton comme une explication des sp&#233;culations de Heidegger, ou de d&#233;montrer qu'un plan de &lt;i&gt;Cette sacr&#233;e v&#233;rit&#233; &lt;/i&gt;(Leo McCarey, 1937) r&#233;sume la philosophie de Thoreau et de Nietzsche... Fantaisiste ? Quelques lignes de Cavell suffisent &#224; discr&#233;diter ce genre de malveillance : &lt;i&gt;&#171; Puisque je trouve dans les films des aliments pour la pens&#233;e, je vais chercher du renfort pour r&#233;fl&#233;chir sur ce &#224; quoi, &#224; mon sens, ces films r&#233;fl&#233;chissent l&#224; o&#249; je vais en chercher quand je veux r&#233;fl&#233;chir sur quoi que ce soit : chez les penseurs que je connais le mieux et en qui j'ai le plus confiance. &#187;&lt;/i&gt; A savoir, pour d&#233;couvrir des &lt;i&gt;&#171; voies de pens&#233;e &#187;&lt;/i&gt; : Nietzsche ou Wittgenstein, et se donner les meilleurs outils pour exercer &lt;i&gt;&#171; la facult&#233; de deviner ce qu'on n'a pas vu &#224; partir de ce qu'on a vu &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les analyses de Cavell irradient quand elles exposent leur objet principal : la com&#233;die du remariage&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concept &#233;nonc&#233; dans A la recherche du bonheur. Hollywood et la com&#233;die du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; dans le cin&#233;ma hollywoodien des ann&#233;es 30 &#224; 50. Aussi bien dans &lt;i&gt;Philadelphia Story&lt;/i&gt; (Cukor, 1940), &lt;i&gt;Lady Eve &lt;/i&gt;(Preston Sturges, 1941) ou &lt;i&gt;Madame porte la culotte &lt;/i&gt;(Cukor, 1949), &lt;i&gt;&#171; des gens qui se sont d&#233;j&#224; trouv&#233;s d&#233;couvrent qu'ils sont vraiment faits l'un pour l'autre &#187;.&lt;/i&gt; Et de montrer que cette trame rel&#232;ve de la com&#233;die romanesque shakespearienne et qu'il y a dans ce cin&#233;ma autant de po&#233;sie que dans les vers de &lt;i&gt;Songes d'une nuit d'&#233;t&#233;&lt;/i&gt;. Une po&#233;sie, c'est-&#224;-dire &lt;i&gt;&#171; une sensation de concentration et d'enthousiasme &#187;&lt;/i&gt; qui affirme que, loin du d&#233;sespoir tranquille qui aujourd'hui fait flor&#232;s, &lt;i&gt;&#171; il existe des conditions dans lesquelles on peut d&#233;couvrir &#224; nouveau une occasion et la ressaisir, que quelque part il existe un lieu o&#249; nous pouvons nous donner &#224; nous-m&#234;mes une seconde chance &#187;.&lt;/i&gt; On dirait le bonheur et en bande-son subliminale on peut fredonner, extraites de &lt;i&gt;Swing Time&lt;/i&gt; (George Stevens, 1936) et cit&#233;es par Cavell, quelques mesures d'une fameuse chanson de Fred Astaire : &lt;i&gt;&#171; Au paradis, je suis au paradis/et les soucis qui avaient pes&#233; sur moi toute la semaine/semblent se dissiper comme la veine d'un flambeur/quand nous sortons ensemble pour danser joue contre joue. &#187;&lt;/i&gt; En pr&#233;cisant que ce lieu de retrouvailles de soi et des autres, ce &#171; paradis &#187;, pour transcendantal qu'il soit, est plut&#244;t les pieds sur terre que les yeux au ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#233;tudes du couple hollywoodien dans la position du remariage ne sont ni une mystique du &#171; lien sacr&#233; &#187; ni une apologie de l'institution conjugale. Bien au contraire. Quand Cavell parle de se d&#233;faire du scepticisme ambiant comme figure ultime du nihilisme, toutes les institutions se retrouvent sur la sellette. Ce souci de soi, au sens de Foucault, exige une &#171; &lt;i&gt;aversion pour l'exigence de conformit&#233; &#187; &lt;/i&gt;et d'&lt;i&gt;&#171; &#234;tre en contradiction avec aujourd'hui&lt;/i&gt; &#187;. Pourquoi ces bons films intempestifs nous rendent-ils meilleurs ? Parce qu'ils parviennent &lt;i&gt;&#171; &#224; pr&#233;server notre foi dans nos d&#233;sirs d'un monde &#233;clair&#233;, face aux compromis que nous passons avec la mani&#232;re dont le monde existe &#187;&lt;/i&gt;. Parce qu'ils sugg&#232;rent qu'il existe une autre mani&#232;re d'&#233;tablir la communication que se rouer de coups, bref, qu'&lt;i&gt;&#171; on peut d&#233;couvrir une communaut&#233; spirituelle et charnelle que v&#233;hicule une conversation o&#249; on &#233;change mots d'esprit, compr&#233;hension, pardon et passion &#187;.&lt;/i&gt;&lt;br /&gt;
Puisqu'il est question de parler ensemble plut&#244;t que de bavarder dans son coin, la r&#233;flexion est forc&#233;ment politique : &#224; quelle condition est d&#233;sirable la vie d&#233;mocratique ? Une vie d&#233;mocratique &lt;i&gt;&#171; qui demanderait pour chacun le droit de tenter de faire un pas en avant vers une possibilit&#233; non r&#233;alis&#233;e du moi, vers un monde qui s'accorde &#224; nos d&#233;sirs. &#187;&lt;/i&gt; Il est peu dire que Stanley Cavell est un immense moraliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Concept &#233;nonc&#233; dans A la recherche du bonheur. Hollywood et la com&#233;die du remariage, Cahiers du cin&#233;ma, 282 pp., 1993.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&#169; Lib&#233;ration, mercredi 17 d&#233;cembre 2003&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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