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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Forcer la Nature &#224; r&#233;pondre</title>
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		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



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&lt;p&gt;La physique arriva beaucoup plus lentement &#224; trouver la grande route de la science ; car il n'y a gu&#232;re plus d'un si&#232;cle et demi, que l'essai ing&#233;nieux de Bacon de V&#233;rulam a en partie provoqu&#233;, et, parce qu'on &#233;tait d&#233;j&#224; sur la trace, en partie stimul&#233; encore cette d&#233;couverte, qui ne peut s'expliquer que par une r&#233;volution subite de la pens&#233;e. Je ne veux ici consid&#233;rer la physique qu'autant qu'elle est fond&#233;e sur des principes empiriques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Lorsque Galil&#233;e fit rouler ses boules sur un plan (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Kant-" rel="directory"&gt;Kant&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La physique arriva beaucoup plus lentement &#224; trouver la grande route de la science ; car il n'y a gu&#232;re plus d'un si&#232;cle et demi, que l'essai ing&#233;nieux de Bacon de V&#233;rulam a en partie provoqu&#233;, et, parce qu'on &#233;tait d&#233;j&#224; sur la trace, en partie stimul&#233; encore cette d&#233;couverte, qui ne peut s'expliquer que par une r&#233;volution subite de la pens&#233;e. Je ne veux ici consid&#233;rer la physique qu'autant qu'elle est fond&#233;e sur des principes empiriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque Galil&#233;e fit rouler ses boules sur un plan inclin&#233; avec une acc&#233;l&#233;ration d&#233;termin&#233;e et choisie par lui-m&#234;me, ou que Torricelli fit porter &#224; l'air un poids qu'il savait &#234;tre &#233;gal &#224; celui d'une colonne d'eau &#224; lui connue, ou que, plus tard, Stahl transforma des m&#233;taux en chaux et celle-ci &#224; son tour en m&#233;tal, en y retranchant ou en y ajoutant certains &#233;l&#233;ments, alors ce fut une nouvelle lumi&#232;re pour tous les physiciens. Ils comprirent que la raison n'aper&#231;oit que ce qu'elle produit elle-m&#234;me d'apr&#232;s ses propres plans, qu'elle doit prendre les devants avec les principes qui d&#233;terminent ses jugements suivant des lois constantes, et forcer la nature &#224; r&#233;pondre &#224; ses questions, au lieu de se laisser conduire par elle comme en lisi&#232;res ; car autrement nos observations faites au hasard et sans aucun plan trac&#233; d'avance ne sauraient se rattacher &#224; une loi n&#233;cessaire, ce que cherche et exige pourtant la raison. Celle-ci doit se pr&#233;senter &#224; la nature tenant d'une main ses principes, qui seuls peuvent donner &#224; des ph&#233;nom&#232;nes concordants l'autorit&#233; de lois, et de l'autre l'exp&#233;rimentation, telle qu'elle l'imagine d'apr&#232;s ces m&#234;mes principes. Elle lui demande de l'instruire, non comme un &#233;colier qui se laisse dire tout ce qui pla&#238;t au ma&#238;tre, mais comme un juge en fonctions, qui contraint les t&#233;moins &#224; r&#233;pondre aux questions qu'il leur adresse. La physique est donc redevable de l'heureuse r&#233;volution qui s'est op&#233;r&#233;e dans sa m&#233;thode &#224; cette simple id&#233;e, qu'elle doit chercher (et non imaginer) dans la nature, conform&#233;ment aux id&#233;es que la raison m&#234;me y transporte, ce qu'elle doit en apprendre, et dont elle ne pourrait rien savoir par elle-m&#234;me. C'est ainsi qu'elle est entr&#233;e d'abord dans le s&#251;r chemin de la science, apr&#232;s n'avoir fait pendant tant de si&#232;cles que t&#226;tonner.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Kant, &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt;, seconde pr&#233;face&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>La volont&#233; bonne</title>
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		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde, et m&#234;me en g&#233;n&#233;ral hors du monde, il n'est rien qui puisse sans restriction &#234;tre tenu pour bon, si ce n'est seulement une volont&#233; BONNE. L'intelligence, la finesse, la facult&#233; de juger, et les autres talents de l'esprit, de quelque nom qu'on les d&#233;signe, ou bien le courage, la d&#233;cision, la pers&#233;v&#233;rance dans les desseins, comme qualit&#233;s du temp&#233;rament, sont sans aucun doute &#224; bien des &#233;gards choses bonnes et d&#233;sirables ; mais ces dons (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Morale-" rel="directory"&gt;Morale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;De tout ce qu'il est possible de concevoir dans le monde, et m&#234;me en g&#233;n&#233;ral hors du monde, il n'est rien qui puisse sans restriction &#234;tre tenu pour bon, si ce n'est seulement une volont&#233; BONNE. L'intelligence, la finesse, la facult&#233; de juger, et les autres talents de l'esprit, de quelque nom qu'on les d&#233;signe, ou bien le courage, la d&#233;cision, la pers&#233;v&#233;rance dans les desseins, comme qualit&#233;s du temp&#233;rament, sont sans aucun doute &#224; bien des &#233;gards choses bonnes et d&#233;sirables ; mais ces dons de la nature peuvent devenir aussi extr&#234;mement mauvais et funestes si la volont&#233; qui doit en faire usage, et dont les dispositions propres s'appellent pour cela caract&#232;re, n'est point bonne. Il en est de m&#234;me des dons de la fortune. Le pouvoir, la richesse, la consid&#233;ration, m&#234;me la sant&#233; ainsi que le bien-&#234;tre complet et le contentement de son &#233;tat, ce qu'on nomme le bonheur, engendrent une confiance en soi qui souvent aussi se convertit en pr&#233;somption, d&#232;s qu'il n'y a pas une volont&#233; bonne pour redresser et tourner vers des fins universelles l'influence que ces avantages ont sur l'&#226;me, et du m&#234;me coup tout le principe de l'action ; sans compter qu'un spectateur raisonnable et impartial ne saurait jamais &#233;prouver de satisfaction &#224; voir que tout r&#233;ussisse perp&#233;tuellement &#224; un &#234;tre que ne rel&#232;ve aucun trait de pure et bonne volont&#233;, et qu'ainsi la volont&#233; bonne para&#238;t constituer la condition indispensable m&#234;me de la dignit&#233; &#224; &#234;tre heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a, bien plus, des qualit&#233;s qui sont favorables &#224; cette volont&#233; bonne m&#234;me et qui peuvent rendre son &#339;uvre beaucoup plus ais&#233;e, mais qui malgr&#233; cela n'ont pas de valeur interne et inconditionn&#233;e, et qui au contraire supposent toujours encore une volont&#233; bonne. C'est l&#224; une condition qui limite la haute estime qu'on leur t&#233;moigne du reste avec raison, et qui ne permet pas de les tenir pour bonnes absolument. La mod&#233;ration dans les affections et les passions, la ma&#238;trise de soi, la puissance de calme r&#233;flexion ne sont pas seulement bonnes &#224; beaucoup d'&#233;gards, mais elles paraissent constituer une partie m&#234;me de la valeur interne de la personne ; cependant il s'en faut de beaucoup qu'on puisse les consid&#233;rer comme bonnes sans restriction (malgr&#233; la valeur inconditionn&#233;e que leur ont conf&#233;r&#233;e les anciens). Car sans les principes d'une volont&#233; bonne elles peuvent devenir extr&#234;mement mauvaises ; le sang-froid d'un sc&#233;l&#233;rat ne le rend pas seulement beaucoup plus dangereux ; il le rend aussi imm&#233;diatement &#224; nos yeux plus d&#233;testable encore que nous ne l'eussions jug&#233; sans cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait que la volont&#233; bonne est telle, ce ne sont pas ses &#339;uvres ou ses succ&#232;s, ce n'est pas son aptitude &#224; atteindre tel ou tel but propos&#233;, c'est seulement le vouloir ; c'est-&#224;-dire que c'est en soi qu'elle est bonne ; et, consid&#233;r&#233;e en elle-m&#234;me, elle doit sans comparaison &#234;tre estim&#233;e bien sup&#233;rieure &#224; tout ce qui pourrait &#234;tre accompli par elle uniquement en faveur de quelque inclination et m&#234;me, si l'on veut, de la somme de toutes les inclinations. Alors m&#234;me que, par une particuli&#232;re d&#233;faveur du sort ou par l'avare dotation d'une nature mar&#226;tre, cette volont&#233; serait compl&#232;tement d&#233;pourvue du pouvoir de faire aboutir ses desseins ; alors m&#234;me que dans son plus grand effort elle ne r&#233;ussirait &#224; rien ; alors m&#234;me qu'il ne resterait que la volont&#233; bonne toute seule (&#233;videmment non comme un simple v&#339;u, mais comme l'appel &#224; tous les moyens dont nous pouvons disposer), elle n'en brillerait pas moins, ainsi qu'un joyau, de son &#233;clat &#224; elle, comme quelque chose qui a en soi sa valeur tout enti&#232;re. L'utilit&#233; ou l'inutilit&#233; ne peut en rien accro&#238;tre ou diminuer cette valeur. L'utilit&#233; ne serait en quelque sorte que la sertissure qui permet de mieux manier le joyau dans la circulation courante ou qui peut attirer sur lui l'attention de ceux qui ne s'y connaissent pas suffisamment, mais qui ne saurait avoir pour effet de le recommander aux connaisseurs ni d'en d&#233;terminer le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a n&#233;anmoins dans cette id&#233;e de la valeur absolue de la simple volont&#233;, dans cette fa&#231;on de l'estimer sans faire entrer aucune utilit&#233; en ligne de compte, quelque chose de si &#233;trange que, malgr&#233; m&#234;me l'accord complet qu'il y a entre elle et la raison commune, un soup&#231;on peut cependant s'&#233;veiller : peut-&#234;tre n'y a-t-il l&#224; au fond qu'une transcendante chim&#232;re, et peut-&#234;tre est-ce comprendre &#224; faux l'intention dans laquelle la nature a d&#233;l&#233;gu&#233; la raison au gouvernement de notre volont&#233;. Aussi allons-nous, de ce point de vue. mettre cette id&#233;e &#224; l'&#233;preuve.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Emmanuel KANT, &lt;strong&gt;Fondements de la m&#233;taphysique des m&#339;urs&lt;/strong&gt;, trad.Delbos revue Alqui&#233;, Vrin, 1980, pp.55-58&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> le bonheur comme id&#233;al de l'imagination</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Miette-2-Kant-et-le-bonheur-comme-ideal-de-l-imagination</link>
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		<dc:date>2020-03-19T13:57:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Le bonheur est la satisfaction de tous nos penchants (aussi bien extensive, quant &#224; leur vari&#233;t&#233;, qu'intensive, quant au degr&#233;, et que protensive, quant &#224; la dur&#233;e). &#187; (E.Kant, Critique de la Raison pure, P.U.F., p.544) &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Si la vie poursuit une fin, si celle-ci est simplement appr&#233;ci&#233;e selon ce dont on jouit (selon la fin naturelle de la somme de tous les penchants, &#224; savoir le bonheur), il est facile d'en d&#233;cider. La r&#233;alit&#233; d'une telle fin est nulle [...]. Ce que l'homme entend par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Morale-" rel="directory"&gt;Morale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Le bonheur est la satisfaction de tous nos penchants (aussi bien extensive, quant &#224; leur vari&#233;t&#233;, qu'intensive, quant au degr&#233;, et que protensive, quant &#224; la dur&#233;e). &#187; (E.Kant, &lt;i&gt;Critique de la Raison pure&lt;/i&gt;, P.U.F., p.544)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si la vie poursuit une fin, si celle-ci est simplement appr&#233;ci&#233;e selon ce dont on jouit (selon la fin naturelle de la somme de tous les penchants, &#224; savoir le bonheur), il est facile d'en d&#233;cider. La r&#233;alit&#233; d'une telle fin est nulle [...]. Ce que l'homme entend par bonheur, ce qui est en r&#233;alit&#233; sa fin naturelle derni&#232;re (et non la fin de la libert&#233;), ne pourra jamais &#234;tre atteint car sa nature n'est pas de telle sorte qu'elle puisse s'arr&#234;ter quelque part dans la possession et la jouissance, et en &#234;tre satisfaite... . C'est la culture qui est donc la seule fin derni&#232;re, que l'on doit placer &#224; l'origine de la nature pour ce qui concerne le genre humain. &#187; (Kant, &lt;i&gt; Critique de la facult&#233; de juger&lt;/i&gt;, &#167;83, note)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a (&#8230;) une fin que l'on peut supposer r&#233;elle chez tous les &#234;tres raisonnables (&#8230;), par cons&#233;quent un but qui n'est pas pour eux une simple possibilit&#233;, mais dont on peut certainement admettre que tous se le proposent effectivement en vertu d'une n&#233;cessit&#233; naturelle, et ce but est le bonheur. (&#8230;) On peut donner le nom de prudence, en prenant ce mot dans son sens le plus &#233;troit, &#224; l'habilet&#233; dans le choix des moyens qui nous conduisent &#224; notre plus grand bien-&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
(&#8230;) Le concept du bonheur est un concept si ind&#233;termin&#233;, que, malgr&#233; le d&#233;sir qu'a tout homme d'arriver &#224; &#234;tre heureux, personne ne peut jamais dire en termes pr&#233;cis et coh&#233;rents ce que v&#233;ritablement il d&#233;sire et il veut. La raison en est que tous les &#233;l&#233;ments qui font partie du concept du bonheur sont dans leur ensemble empiriques, c'est-&#224;-dire qu'ils doivent &#234;tre emprunt&#233;s &#224; l'exp&#233;rience, et que cependant pour l'id&#233;e du bonheur un tout absolu, un maximum de bien-&#234;tre dans mon &#233;tat pr&#233;sent et dans toute ma condition future, est n&#233;cessaire. Or il est impossible qu'un &#234;tre fini, si perspicace et en m&#234;me temps si puissant qu'on le suppose, se fasse un concept d&#233;termin&#233; de ce qu'il veut ici v&#233;ritablement. Veut-il la richesse ? Que de soucis, que d'envie, que de pi&#232;ges ne peut-il pas par l&#224; attirer sur sa t&#234;te ! Veut-il beaucoup de connaissances et de lumi&#232;res ? Peut-&#234;tre cela ne fera-t-il que lui donner un regard plus p&#233;n&#233;trant pour lui pr&#233;senter d'une mani&#232;re d'autant plus terrible les maux qui jusqu'&#224; pr&#233;sent se d&#233;robent encore &#224; sa vue et qui sont pourtant in&#233;vitables, ou bien que charger de plus de besoins encore ses d&#233;sirs qu'il a d&#233;j&#224; bien assez de peine &#224; satisfaire. Veut-il une longue vie ? Qui lui r&#233;pond que ce ne serait pas une longue souffrance ? Veut-il du moins la sant&#233; ? Que de fois l'indisposition du corps a d&#233;tourn&#233; d'exc&#232;s o&#249; aurait fait tomber une sant&#233; parfaite, etc. ! Bref, il est incapable de d&#233;terminer avec une enti&#232;re certitude d'apr&#232;s quelque principe ce qui le rendrait v&#233;ritablement heureux : pour cela il lui faudrait l'omniscience. On ne peut donc pas agir, pour &#234;tre heureux, d'apr&#232;s des principes d&#233;termin&#233;s, mais seulement d'apr&#232;s des conseils empiriques, qui recommandent, par exemple, un r&#233;gime s&#233;v&#232;re, l'&#233;conomie, la politesse, la r&#233;serve, etc., toutes choses qui, selon les enseignements de l'exp&#233;rience, contribuent en moyenne pour la plus grande part au bien-&#234;tre. Il suit de l&#224; que les imp&#233;ratifs de la prudence, &#224; parler exactement, ne peuvent commander en rien, c'est-&#224;-dire repr&#233;senter des actions d'une mani&#232;re objective comme pratiquement n&#233;cessaires, qu'il faut les tenir plut&#244;t pour des conseils (consilia) que pour des commandements (praecepta) de la raison ; le probl&#232;me qui consiste &#224; d&#233;terminer d'une fa&#231;on s&#251;re et g&#233;n&#233;rale quelle action peut favoriser le bonheur d'un &#234;tre raisonnable est un probl&#232;me tout &#224; fait insoluble ; il n'y a donc pas &#224; cet &#233;gard d'imp&#233;ratif qui puisse commander, au sens strict du mot, de faire ce qui rend heureux, parce que le bonheur est un id&#233;al, non de la raison, mais de l'imagination, fond&#233; uniquement sur des principes empiriques, dont on attendrait vainement qu'ils puissent d&#233;terminer une action par laquelle serait atteinte la totalit&#233; d'une s&#233;rie de cons&#233;quences en r&#233;alit&#233; infinie. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt;
(Kant, &lt;i&gt;Fondements de la M&#233;taphysique des m&#339;urs&lt;/i&gt;, Vrin, p87 et 90-91)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme existe comme fin en soi</title>
		<link>https://caute.lautre.net/L-homme-existe-comme-fin-en-soi</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Mais suppos&#233; qu'il y ait quelque chose dont l'existence en soi-m&#234;me ait une valeur absolue, quelque chose qui, comme fin en soi, pourrait &#234;tre un principe de lois d&#233;termin&#233;es, c'est alors en cela et en cela seulement que se trouverait le principe d'un imp&#233;ratif cat&#233;gorique possible, c'est-&#224;-dire d'une loi pratique. Or je dis : l'homme, et en g&#233;n&#233;ral tout &#234;tre raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle ou telle volont&#233; puisse user &#224; son gr&#233; ; dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Morale-" rel="directory"&gt;Morale&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Mais suppos&#233; qu'il y ait quelque chose dont l'existence en soi-m&#234;me ait une valeur absolue, quelque chose qui, comme fin en soi, pourrait &#234;tre un principe de lois d&#233;termin&#233;es, c'est alors en cela et en cela seulement que se trouverait le principe d'un imp&#233;ratif cat&#233;gorique possible, c'est-&#224;-dire d'une loi pratique. Or je dis : l'homme, et en g&#233;n&#233;ral tout &#234;tre raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle ou telle volont&#233; puisse user &#224; son gr&#233; ; dans toutes ses actions, aussi bien dans celles qui le concernent lui-m&#234;me que dans celles qui concernent d'autres &#234;tres raisonnables, il doit toujours &#234;tre consid&#233;r&#233; en m&#234;me temps comme fin. Tous les objets des inclinations n'ont qu'une valeur conditionnelle ; car si les inclinations et les besoins qui en d&#233;rivent n'existaient pas, leur objet serait sans valeur.&lt;br class='autobr' /&gt; Mais les inclinations m&#234;mes, comme sources du besoin, ont si peu une valeur absolue qui leur donne le droit d'&#234;tre d&#233;sir&#233;es pour elles-m&#234;mes, que, bien plut&#244;t, en &#234;tre pleinement affranchi doit &#234;tre le souhait universel de tout &#234;tre raisonnable. Ainsi la valeur de tous les objets &#224; acqu&#233;rir par notre action est toujours conditionnelle. Les &#234;tres dont l'existence d&#233;pend, &#224; vrai dire, non pas de notre volont&#233;, mais de la nature, n'ont cependant, quand ce sont des &#234;tres d&#233;pourvus de raison, qu'une valeur relative, celle de moyens, et voil&#224; pourquoi on les nomme des choses ; au contraire, les &#234;tres raisonnables sont appel&#233;s des personnes, parce que leur nature les d&#233;signe d&#233;j&#224; comme des fins en soi, c'est-&#224;-dire comme quelque chose qui ne peut pas &#234;tre employ&#233; simplement comme moyen, quelque chose qui par suite limite d'autant toute facult&#233; d'agir comme bon nous semble (et qui est un objet de respect).&lt;br class='autobr' /&gt; Ce ne sont donc pas l&#224; des fins simplement subjectives, dont l'existence, comme effet de notre action, a une valeur pour nous : ce sont des fins objectives, c'est-&#224;-dire des choses dont l'existence est une fin en soi-m&#234;me, et m&#234;me une fin telle qu'elle ne peut &#234;tre remplac&#233;e par aucune autre, au service de laquelle les fins objectives devraient se mettre, simplement comme moyens. Sans cela, en effet, on ne pourrait trouver jamais rien qui e&#251;t une valeur absolue. Mais si toute valeur &#233;tait conditionnelle, et par suite contingente, il serait compl&#232;tement impossible de trouver pour la raison un principe pratique supr&#234;me.&lt;br class='autobr' /&gt; Si donc il doit y avoir un principe pratique supr&#234;me, et au regard de la volont&#233; humaine un imp&#233;ratif cat&#233;gorique, il faut qu'il soit tel que, par la repr&#233;sentation de ce qui, &#233;tant une fin en soi, est n&#233;cessairement une fin pour tout homme, il constitue un principe objectif de la volont&#233;, que par cons&#233;quent il puisse servir de loi pratique universelle. Voici le fondement de ce principe : la nature raisonnable existe comme fin en soi. L'homme se repr&#233;sente n&#233;cessairement ainsi sa propre existence ; c'est donc en ce sens un principe subjectif d'actions humaines. Mais tout autre &#234;tre raisonnable se pr&#233;sente &#233;galement ainsi son existence, en cons&#233;quence du m&#234;me principe rationnel qui vaut aussi pour moi ; c'est donc en m&#234;me temps un principe objectif dont doivent pouvoir &#234;tre d&#233;duites, comme d'un principe pratique supr&#234;me, toutes les lois de la volont&#233;. L'imp&#233;ratif sera donc celui ci : Agis de telle sorte que tu traites l'humanit&#233; aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en m&#234;me temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;KANT, &lt;i&gt;Fondements de la M&#233;taphysique des moeurs&lt;/i&gt;, Deuxi&#232;me section&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le genre humain est-il en progr&#232;s constant ?</title>
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		<dc:date>2009-09-28T20:04:17Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



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&lt;p&gt;LE CONFLIT DES FACULT&#201;S CONFLIT DE LA FACULT&#201; DE PHILOSOPHIE AVEC LA FACULT&#201; DE DROIT &lt;br class='autobr' /&gt;
Reprise de la question : Le genre humain est-il en progr&#232;s constant &lt;br class='autobr' /&gt; I. QUE CHERCHE-T-ON A SAVOIR PAR L&#192; ? On voudrait un fragment de l'histoire humaine et, &#224; vrai dire, tir&#233; de l'avenir, non du pass&#233;, c'est-&#224;-dire une histoire qui pr&#233;dise : si on ne l'appuie pas sur des lois naturelles connues (telles que &#233;clipses de soleil ou de lune) on la qualifie d'histoire capable de lire l'avenir, bien que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Kant-" rel="directory"&gt;Kant&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;LE CONFLIT DES FACULT&#201;S
CONFLIT DE LA FACULT&#201; DE PHILOSOPHIE AVEC LA FACULT&#201;
DE DROIT
&lt;p&gt;Reprise de la question : &lt;br class='autobr' /&gt;
Le genre humain est-il en progr&#232;s constant&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. QUE CHERCHE-T-ON A SAVOIR PAR L&#192; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On voudrait un fragment de l'histoire humaine et, &#224; vrai dire, tir&#233; de l'avenir, non du pass&#233;, c'est-&#224;-dire une histoire qui pr&#233;dise : si on ne l'appuie pas sur des lois naturelles connues (telles que &#233;clipses de soleil ou de lune) on la qualifie d'histoire capable de lire l'avenir, bien que naturelle ; mais si on ne peut l'obtenir que par une communication et une extension surnaturelles de la perspective sur l'avenir, elle s'appelle histoire divinatrice (proph&#233;tique). D'ailleurs il n'est pas non plus question de l'histoire naturelle de l'homme (savoir si dans l'avenir surgiront de nouvelles races humaines), mais de l'histoire morale, et plus pr&#233;cis&#233;ment non pas un suivant le concept de genre (singulorum), mais selon la totalit&#233; des hommes unis en soci&#233;t&#233; sur terre et r&#233;partis en divers peuples (universorum), lorsqu'on pose la question de savoir si l'esp&#232;ce humaine (en g&#233;n&#233;ral) progresse de fa&#231;on constante.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;II. COMMENT PEUT-ON LE SAVOIR ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sous forme de r&#233;cit historique capable de pr&#233;dire ce que nous r&#233;serve l'avenir, c'est-&#224;-dire en tant que repr&#233;sentation possible a priori des &#233;v&#233;nements qui doivent arriver. Mais comment une histoire a priori est-elle possible ? - R&#233;ponse : si le devin fait et organise lui-m&#234;me les &#233;v&#233;nements qu'il, annonce &#224; l'avance.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des proph&#232;tes juifs avaient beau jeu pour pr&#233;dire que, t&#244;t ou tard, non seulement la d&#233;cadence, mais m&#234;me une ruine compl&#232;te, mena&#231;aient leur &#201;tat car ils &#233;taient eux-m&#234;mes les auteurs de ce destin. - Comme conducteurs du peuple, ils avaient alourdi leur constitution de tant de charges eccl&#233;siastiques et de charges civiles issues des premi&#232;res, que leur &#201;tat devint tout &#224; fait incapable de garder une existence coh&#233;rente pour son compte, surtout au milieu des peuples voisins ; et, des j&#233;r&#233;miades de leurs pr&#234;tres, il ne devait sortir naturellement que du vent parce que ceux-ci, dans leur ent&#234;tement, restaient sur leur id&#233;e d'une constitution insoutenable qu'ils avaient &#233;tablie eux-m&#234;mes ; ainsi donc, ils pouvaient bien pr&#233;voir d'eux m&#234;mes l'issue &#224; coup s&#251;r.&lt;br class='autobr' /&gt;
Nos politiciens en font autant dans la sph&#232;re de leur influence, et sont tout aussi heureux dans leurs pr&#233;dictions. - Il faut, disent-ils, prendre les hommes tels qu'ils sont, et non comme des p&#233;dants ignorant le monde ou de braves visionnaires r&#234;vent qu'ils doivent &#234;tre. Au lieu de : comme ils sont, il faudrait plut&#244;t dire : ce que nous en avons fait par une injuste contrainte, par des intrigues perfides sugg&#233;r&#233;es au gouvernement, c'est-&#224;-dire des ent&#234;t&#233;s et des r&#233;volt&#233;s ; et alors, &#233;videra ment, lorsque le Gouvernement l&#226;che un peu la bride, de tristes cons&#233;quences se produisent qui rendent v&#233;ridiques les proph&#233;ties de ces hommes d'&#201;tat pr&#233;tendus sagaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
Des eccl&#233;siastiques aussi pr&#233;disent &#224; l'occasion la compl&#232;te d&#233;cadence de la religion et la prochaine apparition de l'Ant&#233;christ ; et ce faisant, ils pr&#233;parent exactement ce qui est n&#233;cessaire pour l'introduire : car ils ne songent pas &#224; recommander chaudement &#224; leur &#201;glise des principes moraux qui m&#232;nent directement au mieux, mais instituent en guise de devoir essentiel des observances et la foi historique, qui doivent y conduire indirectement ; de cette mani&#232;re peut na&#238;tre sans doute l'unanimit&#233; m&#233;canique d'une constitution civile, mais non celle des dispositions morales ; mais ensuite ils vont se plaindre de l'irr&#233;ligion qu'ils ont eux-m&#234;mes cr&#233;&#233;e et qu'ils ont donc pu pr&#233;dire m&#234;me sans don sp&#233;cial de proph&#233;tie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. CLASSIFICATION DU CONCEPT DE CE QU'ON VEUT SAVOIR
D'AVANCE POUR L'AVENIR&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les cas qui peuvent renfermer une pr&#233;diction sont au nombre de trois : 1. ou bien le genre humain se trouve en perp&#233;tuelle r&#233;gression ; 2. ou bien il est en constance progression par rapport &#224; sa destination morale 3. ou bien il demeure en stagnation et reste &#233;ternellement au. degr&#233; actuel de sa valeur morale parmi les divers membres de la cr&#233;ation (stagnation qui se confond avec l'&#233;ternelle rotation circulaire autour d'un m&#234;me point).&lt;br class='autobr' /&gt;
On peut appeler la premi&#232;re assertion terrorisme moral, et eud&#233;monisme la seconde (qui, &#224; consid&#233;rer le but du progr&#232;s sous une vaste perspective, serait appel&#233;e aussi chiliasme) ; mais la troisi&#232;me s'appellerait abd&#233;ritisme, parce que, comme un v&#233;ritable point d'arr&#234;t n'est pas possible dans le domaine moral, une marche ascendante perp&#233;tuellement changeante et des rechutes aussi nombreuses et profondes (en quelque sorte une &#233;ternelle oscillation), n'est pas une solution meilleure que si le sujet &#233;tait demeur&#233; &#224; la m&#234;me place et en repos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;a. De la conception terroriste de l'histoire&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'Humanit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retomber dans le pire ne peut constamment durer pour l'esp&#232;ce humaine car descendue &#224; un certain degr&#233;, elle s'an&#233;antirait elle-m&#234;me. C'est pourquoi, quand se d&#233;veloppe un amoncellement de grands forfaits et de maux &#224; leur mesure, l'on dit : &#224; pr&#233;sent, cela ne peut plus empirer ; nous voici parvenus au dernier jour ; le pieux visionnaire r&#234;ve d&#233;j&#224; du retour de toutes choses et d'un monde renouvel&#233; lorsque l'univers actuel aura p&#233;ri par le feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;b. De la conception eud&#233;moniste de l'histoire&lt;br class='autobr' /&gt;
de l'Humanit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toujours admettre que la masse de bien et de mal, inh&#233;rente &#224; notre nature, reste en son fond constamment la m&#234;me et ne peut &#234;tre ni augment&#233;e ni diminu&#233;e chez un m&#234;me individu ; et comment donc cette quantit&#233; de bien pourrait-elle augmenter en son fond, puisque cela devrait se produire par la libert&#233; du sujet, et que, dans ce cas, celui-ci aurait &#224; son tour besoin d'un capital de bien plus grand que celui qu'il poss&#232;de d&#233;j&#224; ? - Les effets ne peuvent d&#233;passer le pouvoir de la cause agissante ; par cons&#233;quent la quantit&#233; de bien m&#234;l&#233; dans l'homme au mal ne saurait aller au del&#224; d'une certaine mesure de ce bien, au-dessus de laquelle il pourrait s'&#233;lever par son effort et ainsi progresser toujours. L'eud&#233;monisme, avec ses esp&#233;rances imaginaires, para&#238;t donc insoutenable et semble laisser peu d'espoir en faveur d'une histoire proph&#233;tique de l'Humanit&#233;, au point de vue d'un progr&#232;s incessant dans la voie du Bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;c. De l'hypoth&#232;se de l'abd&#233;ritisme du genre humain&lt;br class='autobr' /&gt;
pour la pr&#233;d&#233;termination de son histoire&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette opinion pourrait bien grouper sur elle la majorit&#233; des voix. La niaiserie affair&#233;e est le caract&#232;re de notre esp&#232;ce. On se h&#226;te d'entrer dans la voie du Bien mais ce n'est pas pour s'y tenir ; c'est de peur de s'attacher &#224; une seule fin, ne serait-ce que pour varier les plaisirs ; on renverse le plan du progr&#232;s, on b&#226;tit pour pouvoir d&#233;molir, et on s'impose &#224; soi-m&#234;me l'effort d&#233;sesp&#233;r&#233; de rouler au sommet le rocher de Sisyphe pour le laisser de nouveau retomber. Le principe du Mal dans les dispositions naturelles du genre humain ne para&#238;t donc pas pr&#233;cis&#233;ment dans cette th&#232;se amalgam&#233; (fondu) avec celui du Bien, mais ces deux principes semblent bien plut&#244;t se neutraliser l'un par l'autre ; le r&#233;sultat en serait l'inertie (appel&#233;e ici stagnation) : une activit&#233; vaine pour faire alterner le Bien et le Mal par le progr&#232;s et le recul, en sorte que tout le jeu du commerce r&#233;ciproque de notre esp&#232;ce sur le globe devrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un simple jeu de marionnettes ; ce qui, aux yeux de la raison, ne peut lui conf&#233;rer une valeur plus grande qu'aux autres esp&#232;ces d'animaux qui pratiquent cet amusement &#224; moins de frais et sans d&#233;pense d'intelligence.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IV. ON NE PEUT IMM&#201;DIATEMENT R&#201;SOUDRE LE PROBL&#200;ME
DU PROGR&#200;S PAR L'EXP&#201;RIENCE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si on arrivait &#224;-constater que le genre humain, consid&#233;r&#233; dans son ensemble, a march&#233; en avant et qu'il a &#233;t&#233; en progressant pendant un certain laps de temps aussi long que l'on voudra, personne ne peut toutefois garantir que maintenant, juste en ce moment, par suite de dispositions physiques de notre esp&#232;ce, n'apparaisse pas l'&#233;poque de la r&#233;gression, et inversement, si l'on recule, et que, dans une chute acc&#233;l&#233;r&#233;e, on aille vers le pire, on ne doit pas d&#233;sesp&#233;rer de trouver le point de conversion (punctum flexus contrarii), &#224; partir duquel gr&#226;ce aux dispositions morales de notre esp&#232;ce la marche de celle-ci se tourne de nouveau vers le mieux. Car nous avons affaire &#224; des &#234;tres qui agissent librement, auxquels &#224; vrai dire on peut dicter &#224; l'avance ce qu'ils doivent faire, mais auxquels on ne peut pr&#233;dire ce qu'ils feront, et qui, dans le sentiment des maux qu'ils se sont inflig&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, si la situation devient vraiment mauvaise, savent trouver un motif renforc&#233; pour l'am&#233;lioration encore au del&#224; de ce qu'elle &#233;tait avant cet &#233;tat. - Mais, a Pauvres mortels (dit l'abb&#233; Coyer), parmi vous, rien n'est constant si ce n'est l'inconstance &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-&#234;tre aussi que, si le cours des choses humaines nous parait insens&#233;, cela tient au mauvais choix du point de vue sous lequel nous le consid&#233;rons. Les plan&#232;tes, vues de la terre, tant&#244;t vont en arri&#232;re, tant&#244;t s'arr&#234;tent et tant&#244;t vont en avant. Mais si le point de vue est pris du soleil, ce que la raison seule peut faire, elles suivent, selon l'hypoth&#232;se de Copernic, r&#233;guli&#232;rement leur cours. Il pla&#238;t toutefois &#224; quelques-uns, qui par ailleurs ne manquent pas de sagesse, de s'accrocher obstin&#233;ment &#224; leur fa&#231;on d'expliquer les ph&#233;nom&#232;nes et au point de vue qu'ils ont une fois adopt&#233;, quand bien m&#234;me ils s'embarrasseraient jusqu'&#224; l'absurde dans les cycles et &#233;picycles de Tycho. Mais, - et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qu'il y a de malheureux - nous ne pouvons nous placer &#224; ce point de vue quand il s'agit de la pr&#233;vision d'actions libres. Car ce serait le point de vue de la Providence, qui se situe au del&#224; de toute sagesse humaine, et qui s'&#233;tend aussi aux libres actions de l'homme que celui-ci peut sans doute voir mais non pr&#233;voir avec certitude (pour l'&#339;il de Dieu, il n'y a l&#224; aucune diff&#233;rence) ; parce que dans ce dernier cas fi lui faut l'encha&#238;nement d'apr&#232;s les lois naturelles, mais en ce qui concerne les actions libres &#224; venir, il doit se passer de cette direction ou indication.&lt;br class='autobr' /&gt;
Si l'on pouvait attribuer &#224; l'homme un vouloir inn&#233;, et invariablement bon, quoique limit&#233;, il pourrait pr&#233;dire avec certitude ce progr&#232;s de son esp&#232;ce, parce que celui-ci se rapporterait &#224; un &#233;v&#233;nement qu'il peut lui-m&#234;me produire. Mais, &#233;tant donn&#233; le m&#233;lange du Bien et du Mal dans ses dispositions, m&#233;lange dont la proportion lui est inconnue, il ne sait pas lui-m&#234;me quel r&#233;sultat il peut en attendre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;V. IL FAUT BIEN N&#201;ANMOINS RATTACHER A QUELQUE
EXP&#201;RIENCE L'HISTOIRE PROPH&#201;TIQUE DU GENRE HUMAIN&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il doit se produire dans l'esp&#232;ce humaine quelque exp&#233;rience qui, en tant qu'&#233;v&#233;nement, indique son aptitude et son pouvoir &#224; &#234;tre cause de son progr&#232;s, et (puisque ce doit &#234;tre d'un &#234;tre dou&#233; de libert&#233;) &#224; en &#234;tre l'auteur ; or, &#224; partir d'une cause donn&#233;e, on peut pr&#233;dire un &#233;v&#233;nement en tant qu'effet, si se produisent les circonstances qui y concourent. Mais, que ces derni&#232;res doivent &#224; quelque moment se. produire, c'est ce qui peut bien &#234;tre pr&#233;dit en g&#233;n&#233;ral, comme dans le calcul des probabilit&#233;s au jeu, sans toutefois qu'on puisse d&#233;terminer si cela se passera dans ma vie, et si j'en aurai l'exp&#233;rience qui confirmerait cette pr&#233;diction. - Il faut donc rechercher un &#233;v&#233;nement qui indique l'existence d'une telle cause et aussi l'action de sa causalit&#233; dans le genre humain d'une mani&#232;re ind&#233;termin&#233;e sous le rapport du temps, et qui permette de conclure au progr&#232;s comme cons&#233;quence in&#233;vitable ; cette conclusion pourrait alors &#234;tre &#233;tendue aussi &#224; l'histoire du pass&#233; (&#224; savoir qu'il y a toujours eu progr&#232;s) ; de sorte toutefois que cet &#233;v&#233;nement n'en soit pas lui-m&#234;me la cause, et, ne devant &#234;tre regard&#233; que comme indication, comme signe historique (signum rememorativum, demonstrativum, prognosticum), puisse ainsi d&#233;montrer la tendance du genre humain consid&#233;r&#233; en sa totalit&#233;, c'est-&#224;-dire non pas suivant les individus, (car cela aboutirait &#224; une &#233;num&#233;ration et &#224; un compte interminable), mais suivant les divisions qu'on y rencontre sur terre en peuples et en &#201;tats.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VI. D'UN &#201;V&#201;NEMENT DE NOTRE TEMPS QUI PROUVE CETTE
TENDANCE MORALE DE L'HUMANIT&#201;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;N'attendez pas que cet &#233;v&#233;nement consiste en hauts gestes ou forfaits importants commis par les hommes, &#224; la suite de quoi, ce qui &#233;tait grand parmi les hommes est rendu petit, ou ce qui &#233;tait petit rendu grand, ni en d'antiques et brillants &#233;difices politiques qui disparaissent comme par magie, pendant qu'&#224; leur place d'autres surgissent en quelque sorte des profondeurs de la terre. Non ; rien de tout cela. Il s'agit seulement de la mani&#232;re de penser des spectateurs qui se trahit publiquement dans ce jeu de grandes r&#233;volutions et qui, m&#234;me au prix du danger que pourrait leur attirer une telle partialit&#233;, manifeste n&#233;anmoins un int&#233;r&#234;t universel, qui n'est cependant pas &#233;go&#239;ste, pour les joueurs d'un parti contre ceux de l'autre, d&#233;montrant ainsi (&#224; cause de l'universalit&#233;) un caract&#232;re du genre humain dans sa-totalit&#233; et en m&#234;me temps (&#224; cause du d&#233;sint&#233;ressement), un caract&#232;re moral de cette humanit&#233;, tout au moins dans ses dispositions ; caract&#232;re qui non seulement permet d'esp&#233;rer le progr&#232;s, mais repr&#233;sente en lui-m&#234;me un tel progr&#232;s dans la mesure o&#249; il est actuellement possible de l'atteindre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu importe si la r&#233;volution d'un peuple plein d'esprit, que nous avons vu s'effectuer de nos jours, r&#233;ussit ou &#233;choue, peu importe si elle accumule mis&#232;re et atrocit&#233;s au point qu'un homme sens&#233; qui la referait avec l'espoir de la mener &#224; bien, ne se r&#233;soudrait jamais n&#233;anmoins &#224; tenter l'exp&#233;rience &#224; ce prix, - cette r&#233;volution, dis-je, trouve quand m&#234;me dans les esprits de tous les spectateurs (qui ne sont pas eux-m&#234;mes engag&#233;s dans ce jeu) une sympathie d'aspiration qui frise l'enthousiasme et dont la manifestation m&#234;me comportait un danger ; cette sympathie par cons&#233;quent ne peut avoir d'autre cause qu'une disposition morale du genre humain.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cette cause morale qui intervient est double : d'abord c'est celle du droit qu'a un peuple de ne pas &#234;tre emp&#234;ch&#233; par d'autres puissances de' se donner une constitution politique &#224; son gr&#233; ; deuxi&#232;mement c'est celle de la fin (qui est aussi un devoir) : seule est en soi conforme au droit et moralement bonne la constitution d'un peuple qui est propre par sa nature &#224; &#233;viter selon des principes la guerre offensive ; ce ne peut &#234;tre que la constitution r&#233;publicaine, th&#233;oriquement du moins - par suite propre &#224; se placer dans les conditions qui &#233;cartent la guerre (source de tous les maux et de toute corruption des m&#339;urs), et qui assurent de ce fait n&#233;gativement le progr&#232;s du genre humain, malgr&#233; toute son infirmit&#233;, en lui garantissant que, du moins, il ne sera pas entrav&#233; dans son progr&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ceci donc, ainsi que la participation passionn&#233;e au Bien, l'enthousiasme, qui par ailleurs ne comporte pas une approbation sans r&#233;serve, du fait que toute &#233;motion comme telle m&#233;rite un bl&#226;me, permet cependant, gr&#226;ce &#224; cette histoire, de faire la remarque suivante, qui a son importance pour l'anthropologie : le v&#233;ritable enthousiasme ne se rapporte toujours qu'&#224; ce qui est id&#233;al, plus sp&#233;cialement &#224; ce qui est purement moral, le concept de droit par exemple, et il ne peut se greffer sur l'int&#233;r&#234;t. Malgr&#233; des r&#233;compenses p&#233;cuniaires les adversaires des r&#233;volutionnaires ne pouvaient se hausser, jusqu'au z&#232;le et &#224; la grandeur d'&#226;me qu'&#233;veillait en ces derniers le pur concept du droit et m&#234;me le concept d'honneur de la vieille noblesse guerri&#232;re (proche parent de l'enthousiasme), finit par s'&#233;vanouir devant les armes de ceux qui avaient en vue le droit du peuple auquel ils appartenaient, et s'en consid&#233;raient comme les d&#233;fenseurs ; exaltation avec laquelle sympathisait le public qui du dehors assistait en spectateur, sans la moindre intention de s'y associer effectivement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VII. HISTOIRE PROPH&#201;TIQUE DE L'HUMANIT&#201;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il doit y avoir dans le principe un &#233;l&#233;ment moral : et la raison nous le pr&#233;sente comme pur, mais en m&#234;me temps, parce qu'il a exerc&#233; une influence consid&#233;rable faisant &#233;poque, elle nous le pr&#233;sente aussi comme exhibant le devoir reconnu par l'&#226;me humaine d'agir en ce sens et comme concernant l'humanit&#233; dans le tout de son union (non singulorum, sed universorum), puisqu'elle applaudit &#224; l'espoir de la r&#233;ussite et aux tentatives de r&#233;alisation avec une sympathie aussi universelle et aussi d&#233;sint&#233;ress&#233;e. - Cet &#233;v&#233;nement n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne de r&#233;volution, mais (comme le dit M. Erbard), un ph&#233;nom&#232;ne de l'&#233;volution d'une constitution de droit naturel qui, assur&#233;ment, ne se conquiert pas encore au seul prix de farouches combats, la guerre ext&#233;rieure et int&#233;rieure ruinant en effet toute constitution statutaire existant pr&#233;alablement - mais qui conduit n&#233;anmoins &#224; s'orienter vers une constitution qui ne peut &#234;tre belliqueuse, &#224; savoir la constitution r&#233;publicaine ; celle-ci peut &#234;tre r&#233;publicaine soit par sa forme politique, soit seulement en vertu du mode de gouvernement, en faisant administrer l'&#201;tat sous l'unit&#233; d'un chef (le monarque), en analogie avec les lois que se donnerait un peuple lui-m&#234;me d'apr&#232;s les principes universels du droit.&lt;br class='autobr' /&gt;
Or je soutiens que je peux pr&#233;dire au genre humain - m&#234;me sans esprit proph&#233;tique - d'apr&#232;s les apparences et les signes pr&#233;curseurs de notre &#233;poque, qu'il atteindra cette fin, et que, en m&#234;me temps, d&#232;s lors ses progr&#232;s ne seront plus enti&#232;rement remis en question. En effet, un tel ph&#233;nom&#232;ne dans l'histoire de l'humanit&#233; ne s'oublie plus, parce qu'il a r&#233;v&#233;l&#233; dans la nature humaine une disposition, une facult&#233; de progresser telle qu'aucune politique n'aurait pu, &#224; force de subtilit&#233;, la d&#233;gager du cours ant&#233;rieur des &#233;v&#233;nements : seules la nature et la libert&#233;, r&#233;unies dans l'esp&#232;ce humaine suivant les principes internes du droit &#233;taient en mesure de l'annoncer, encore que, quant au temps, d'une mani&#232;re ind&#233;termin&#233;e et comme &#233;v&#233;nement contingent.&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais, m&#234;me si le but vis&#233; par cet &#233;v&#233;nement n'&#233;tait pas encore aujourd'hui atteint, quand bien m&#234;me la r&#233;volution ou la r&#233;forme de la constitution d'un peuple aurait finalement &#233;chou&#233;, ou bien si, pass&#233; un certain laps de temps, tout retombait dans l'orni&#232;re pr&#233;c&#233;dente (comme le pr&#233;disent maintenant certains politiques), cette proph&#233;tie philosophique n'en perd pourtant rien de sa force. Car cet &#233;v&#233;nement est trop important, trop m&#234;l&#233; aux int&#233;r&#234;ts de l'humanit&#233;, et d'une influence trop vaste sur toutes les parties du monde, pour ne pas devoir &#234;tre remis en m&#233;moire aux peuples &#224; l'occasion de circonstances favorables, et rappel&#233; lors de la reprise de nouvelles tentatives de ce genre ; car dans une affaire aussi importante pour l'esp&#232;ce humaine, il faut bien que la constitution projet&#233;e atteigne enfin &#224; un certain moment cette solidit&#233; que l'enseignement d'exp&#233;riences r&#233;p&#233;t&#233;es ne saurait manquer de lui donner dans tous les esprits.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voil&#224; donc une proposition non seulement bien intentionn&#233;e et recommandable au point de vue pratique, mais aussi valable en d&#233;pit de tous les incr&#233;dules, m&#234;me pour la th&#233;orie la plus s&#233;v&#232;re : le genre humain a toujours &#233;t&#233; en progr&#232;s et continuera toujours de l'&#234;tre &#224; l'avenir ; ce qui, si l'on ne consid&#232;re pas seulement l'&#233;v&#233;nement qui peut se produire chez un peuple quelconque, mais encore l'extension &#224; tous les peuples de la terre, qui peu &#224; peu pourraient y participer, ouvre une perspective &#224; perte de vue dans le temps ; &#224; moins que ne succ&#232;de &#224; la premi&#232;re &#233;poque d'une r&#233;volution naturelle qui (selon Camper et Blumenbach) ensevelit le r&#232;gne animal et le r&#232;gne v&#233;g&#233;tal, avant m&#234;me l'apparition de l'homme, une deuxi&#232;me &#233;poque qui r&#233;serve le m&#234;me sort au genre humain pour permettre l'entr&#233;e en sc&#232;ne d'autres cr&#233;atures et ainsi de suite... Car pour la toute-puissance de la nature ou bien plut&#244;t de la cause premi&#232;re la plus &#233;loign&#233;e inaccessible pour nous, l'homme n'est encore &#224; son tour qu'une v&#233;tille. Mais que les souverains de sa propre esp&#232;ce le traitent et le consid&#232;rent ainsi, soit en l'accablant comme un animal et en le consid&#233;rant comme un simple instrument de leurs desseins, soit en opposant les individus entre eux dans leurs conflits pour les faire massacrer : voil&#224; ce qui n'est plus une v&#233;tille, mais un renversement du but final m&#234;me de la cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;VIII. DE LA DIFFICULT&#201; DES MAXIMES TOUCHANT LE PROGR&#200;S
UNIVERSEL, DU POINT DE VUE DE LEUR PUBLICIT&#201;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#201;clairer le peuple, c'est lui enseigner publiquement ses devoirs et ses droits vis-&#224;-vis de l'&#201;tat auquel il appartient. Du fait qu'il s'agit ici seulement de droits naturels d&#233;rivant du sens commun des hommes, les annonciateurs et les commentateurs naturels en sont dans le peuple non pas des professeurs de droit officiellement &#233;tablis par l'&#201;tat, mais des professeurs de droit libres, c'est-&#224;-dire des philosophes qui pr&#233;cis&#233;ment, gr&#226;ce &#224; cette libert&#233; qu'ils s'accordent, heurtent l'&#201;tat qui toujours ne veut que r&#233;gner, et sont d&#233;cri&#233;s sous le nom de propagateurs des lumi&#232;res, comme des gens dangereux pour l'&#201;tat ; bien que leur voix ne s'adresse pas confidentiellement au peuple (qui ne s'occupe gu&#232;re ou m&#234;me pas de cette question et de leurs &#233;crits), mais respectueusement &#224; l'&#201;tat qu'ils implorent de prendre en consid&#233;ration ce besoin qui se fait sentir du droit. Il n'y a pas d'autre voie que celle de la publicit&#233;, s'il s'agit pour un peuple entier d'exposer ses dol&#233;ances (gravamen). Ainsi, l'interdiction de la publicit&#233; emp&#234;che le progr&#232;s du peuple, m&#234;me en ce qui concerne la moindre de ses exigences, &#224; savoir son simple droit naturel.&lt;br class='autobr' /&gt;
Un autre d&#233;guisement, qui est certes facile &#224; p&#233;n&#233;trer, mais auquel n&#233;anmoins la loi contraint le peuple, est celui de la v&#233;ritable nature de sa constitution. Ce serait injurier la majest&#233; du peuple britannique que de dire de lui : c'est une monarchie absolue ; on pr&#233;tend au contraire qu'il poss&#232;de une Constitution limitant la volont&#233; du Monarque par le moyen des deux Chambres du Parlement jouant le r&#244;le de repr&#233;sentants du peuple ; et pourtant chacun sait fort bien que l'influence du Monarque sur ces repr&#233;sentants est si grande et si s&#251;re que ces Chambres ne d&#233;cident rien d'autre que ce qu'il veut et propose par l'interm&#233;diaire de son ministre apr&#232;s quoi ce dernier, en passant, se paie le luxe de proposer des r&#233;solutions sur lesquelles il s'attend avec certitude &#224; &#234;tre contredit, s'arrangeant m&#234;me pour l'&#234;tre (par exemple &#224; propos de la traite des Noirs) afin de donner une preuve factice de la libert&#233; du Parlement. - En pr&#233;sentant ainsi la nature des choses, on trompe le monde, en sorte que la vraie constitution conforme au droit n'est plus du tout recherch&#233;e : on s'imagine en effet l'avoir trouv&#233;e dans un exemple concret d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233;, et une publicit&#233; mensong&#232;re trompe le peuple par le leurre d'une Monarchie &#224; pouvoir limit&#233;, les limites de ce pouvoir &#233;tant dans la loi qui est issue de lui, tandis que ses repr&#233;sentants, gagn&#233;s par corruption, l'ont secr&#232;tement soumis &#224; un Monarque absolu.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;e d'une constitution en harmonie avec le droit naturel des hommes, c'est-&#224;-dire dans laquelle ceux qui ob&#233;issent &#224; la loi doivent aussi, r&#233;unis en corps, l&#233;gif&#233;rer, se trouve &#224; la base de toutes les formes politiques ; et l'organisme g&#233;n&#233;ral qui, con&#231;u en conformit&#233; avec elle, selon de purs concepts de la Raison, s'appelle un id&#233;al platonicien (Respublica noumenon), n'est pas une chim&#232;re, mais la norme &#233;ternelle de toute constitution politique en g&#233;n&#233;ral, et &#233;carte toute guerre. Une soci&#233;t&#233; politique constitu&#233;e conform&#233;ment &#224; cet id&#233;al en est la repr&#233;sentation, suivant des lois de libert&#233;, par le moyen d'un exemple donn&#233; dans l'exp&#233;rience (Respublica phenomenon), et ne peut &#234;tre p&#233;niblement obtenue qu'apr&#232;s maintes hostilit&#233;s et maintes guerres ; mais sa constitution, une fois acquise dans son ensemble, se qualifie comme la meilleure de toutes, pour tenir &#233;loign&#233;e la guerre, destructrice de tout bien ; c'est donc un devoir d'y entre ; mais provisoirement (parce que cela ne se r&#233;alisera pas de sit&#244;t), c'est le devoir des Monarques, tout en r&#233;gnant en autocrates, de gouverner n&#233;anmoins selon la m&#233;thode r&#233;publicaine (je, ne dis pas : d&#233;mocratique), c'est-&#224;-dire de traiter le peuple suivant des principes conformes &#224; l'esprit des lois de la libert&#233; (comme un peuple de m&#251;re raison se les prescrirait &#224; lui-m&#234;me), encore qu'&#224; la lettre ce peuple ne soit pas invit&#233; &#224; donner son consentement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;IX. QUEL GAIN LE PROGR&#200;S APPORTERA-T-IL AU
GENRE HUMAIN ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Non pas une quantit&#233; toujours croissante de la moralit&#233; quant &#224; l'intention, mais une augmentation des effets de sa l&#233;galit&#233; dans des actions conformes-au devoir, quel que soit le motif qui ait pu les d&#233;terminer ; c'est-&#224;-dire que c'est dans les bonnes actions des hommes, qui deviendront toujours plus nombreuses et meilleures, par suite dans les ph&#233;nom&#232;nes de la condition morale du genre humain, que le profit (le r&#233;sultat) de sa propre transformation en vue du mieux pourra se manifester. Car nous n'avons que des donn&#233;es empiriques (exp&#233;riences) pour fonder cette pr&#233;diction ; &#224; savoir la cause physique de nos actions en tant qu'elles se produisent, actions qui sont elles-m&#234;mes des ph&#233;nom&#232;nes, et non la cause morale contenant le concept du devoir, de ce qui devait arriver, concept qui seul peut , &#234;tre &#233;tabli purement a priori.&lt;br class='autobr' /&gt;
Peu &#224; peu les puissants useront moins de la violence, et il y aura plus de docilit&#233; &#224; l'&#233;gard des lois. Il y aura dans la soci&#233;t&#233; plus de bienfaisance, moins de chicanes dans les proc&#232;s, plus de s&#251;ret&#233; dans la parole donn&#233;e, etc... soit par amour de l'honneur, soit par int&#233;r&#234;t personnel bien compris ; et cela s'&#233;tendra enfin aussi aux peuples dans leurs relations ext&#233;rieures jusqu'&#224; la soci&#233;t&#233; cosmopolite, sans' que l'on doive de ce fait attribuer le moins du monde au fondement moral de l'humanit&#233; une plus grande extension, ce qui en effet exigerait aussi une sorte de nouvelle cr&#233;ation (une influence surnaturelle). &#8212; Car nous ne devons pas trop esp&#233;rer des hommes dans leurs progr&#232;s, pour ne pas nous exposer &#224; bon droit aux railleries du politicien qui voudrait bien prendre cet espoir pour le r&#234;ve d'un cerveau exalt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;X. DANS QUEL ORDRE SEUL PEUT-ON S'ATTENDRE
AU PROGR&#200;S ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voici la r&#233;ponse : non pas selon une marche des choses allant de bas en haut, mais de haut en bas. S'attendre &#224; ce que, par le moyen de la formation de la jeunesse sous la direction de la famille, et ensuite dans les &#233;coles, depuis les plus humbles jusqu'aux plus &#233;lev&#233;es, par une culture intellectuelle et morale, renforc&#233;e de l'enseignement religieux, on arrive enfin non seulement &#224; &#233;lever de bons citoyens, mais encore &#224; former en vue du Bien tout ce qui peut toujours davantage progresser et se conserver, c'est l&#224; un plan dont on peut esp&#233;rer difficilement la r&#233;ussite d&#233;sir&#233;e. Car outre que le peuple pense que les frais de l'&#233;ducation de sa jeunesse doivent &#234;tre support&#233;s non pas par lui mais par l'&#201;tat, pendant que l'&#201;tat de son c&#244;t&#233; n'a plus d'argent de reste pour payer des ma&#238;tres capables et s'acquittant avec z&#232;le de leurs fonctions (ce dont se plaint Buschning) parce qu'il l'emploie tout au service de la guerre, tout le m&#233;canisme de dette &#233;ducation, en outre, n'a pas d'unit&#233;, s'il n'est pas con&#231;u et mis en &#339;uvre selon un plan r&#233;fl&#233;chi de la puissance souveraine, puis selon les directions de ce plan, et s'il n'est pas toujours maintenu conforme ; auquel cas il faudrait bien aussi que, de temps en temps, l'&#201;tat se r&#233;forme de lui-m&#234;me, et, essayant l'&#233;volution au lieu de la r&#233;volution, progresse constamment. Or, comme ce sont n&#233;anmoins des hommes qui doivent r&#233;aliser cette &#233;ducation, par. cons&#233;quent des &#234;tres qui ont d&#251; eux-m&#234;mes &#234;tre &#233;lev&#233;s en vue de cette mission, il faut, &#233;tant donn&#233; l'infirmit&#233; de la nature humaine et la contingence des &#233;v&#233;nements capables de favoriser un tel r&#233;sultat, placer l'espoir de son progr&#232;s uniquement en la sagesse venue d'en haut (qui a nom Providence quand elle nous est invisible), comme condition positive ; mais pour ce qui, dans ce domaine, peut &#234;tre attendu et exig&#233; des hommes, il ne faut compter, pour l'avancement de cette fin, que sur une sagesse n&#233;gative, &#224; savoir qu'ils soient oblig&#233;s de rendre la guerre, le plus grand obstacle &#224; la moralit&#233;, qui s'oppose constamment &#224; cet avancement, d'abord de plus en plus humaine, puis de plus en plus rare, enfin de l'abolir tout &#224; fait en tant qu'offensive, pour s'engager dans la voie d'une constitution qui, par sa nature, sans s'affaiblir, fond&#233;e sur de vrais principes du droit, puisse pers&#233;v&#233;rer dans le progr&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;trad. St&#233;phane Piobetta, Editions Montaigne, 1947.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La douleur doit pr&#233;c&#233;der tout plaisir</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-douleur-doit-preceder-tout-plaisir</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/La-douleur-doit-preceder-tout-plaisir</guid>
		<dc:date>2009-03-15T17:24:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#167; 60. La jouissance est un plaisir d&#251; aux sens et ce qui flatte les sens est agr&#233;able. La douleur est le d&#233;plaisir d&#251; aux sens et ce qui le produit est d&#233;sagr&#233;able. Ils ne s'opposent pas l'un &#224; l'autre comme le profit et l'absence de profit (+ et 0), mais comme le profit et la perte (+ et -), c'est-&#224;-dire non pas simplement comme des contradictoires, mais aussi comme des contraires. Les expressions de ce qui pla&#238;t ou d&#233;pla&#238;t, avec leur interm&#233;diaire, ce qui est indiff&#233;rent, sont trop larges, (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Kant-" rel="directory"&gt;Kant&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#167; 60. La &lt;i&gt;jouissance&lt;/i&gt; est un plaisir d&#251; aux sens et ce qui flatte les sens est &lt;i&gt;agr&#233;able&lt;/i&gt;. La &lt;i&gt;douleur&lt;/i&gt; est le d&#233;plaisir d&#251; aux sens et ce qui le produit est d&#233;sagr&#233;able. Ils ne s'opposent pas l'un &#224; l'autre comme le profit et l'absence de profit (+ et 0), mais comme le profit et la perte (+ et -), c'est-&#224;-dire non pas simplement comme des &lt;i&gt;contradictoires&lt;/i&gt;, mais aussi comme des &lt;i&gt;contraires&lt;/i&gt;. Les expressions de ce qui &lt;i&gt;pla&#238;t&lt;/i&gt; ou &lt;i&gt;d&#233;pla&#238;t&lt;/i&gt;, avec leur interm&#233;diaire, ce qui est &lt;i&gt;indiff&#233;rent&lt;/i&gt;, sont trop larges, car elles peuvent convenir aussi au domaine intellectuel : l&#224; ils ne co&#239;ncident plus avec jouissance et douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut expliquer ces sentiments par l'action que la sensation de notre &#233;tat exerce sur notre esprit. Ce qui m'incite, imm&#233;diatement (par les sens), &#224; &lt;i&gt;abandonner&lt;/i&gt; mon &#233;tat (&#224; sortir de lui) m'est &lt;i&gt;d&#233;sagr&#233;able&lt;/i&gt; - m'est une &lt;i&gt;douleur&lt;/i&gt; ; ce qui, de m&#234;me, m'incite &#224; le &lt;i&gt;maintenir&lt;/i&gt; (&#224; demeurer en lui), m'est &lt;i&gt;agr&#233;able&lt;/i&gt;, m'est une jouissance. Mais nous sommes sans r&#233;pit emport&#233;s dans le flux du temps et dans le changement des sensations qui lui est li&#233;. Bien que le fait de quitter un instant du temps et celui d'entrer dans un autre soient un seul et m&#234;me acte (celui du changement), pourtant dans notre pens&#233;e et dans notre conscience ce changement est une succession, conforme au rapport de la cause et de l'effet. Une question se pose alors : est-ce que la conscience de quitter l'&#233;tat pr&#233;sent, ou la perspective d'entrer dans l'instant &#224; venir, &#233;veille en nous la sensation de jouissance ? Dans le premier cas, la jouissance n'est que la suppression de la douleur et quelque chose de n&#233;gatif ; dans le second cas, ce serait la sensation anticip&#233;e d'un agr&#233;ment, donc de l'augmentation du plaisir, par cons&#233;quent quelque chose de positif. On peut d&#233;j&#224; deviner que seul le premier ph&#233;nom&#232;ne se produit ; car le temps nous entra&#238;ne du pr&#233;sent vers l'avenir (et non inversement) ; et que nous sommes forc&#233;s de quitter le pr&#233;sent sans que soit d&#233;termin&#233; dans &lt;i&gt;quel&lt;/i&gt; pr&#233;sent nous allons entrer sauf que c'est un autre, qui seul peut &#234;tre la cause du sentiment agr&#233;able.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La jouissance est le sentiment d'une promotion de la vie, la douleur celui d'une entrave &#224; la vie. Mais, comme les m&#233;decins l'ont remarqu&#233;, la vie (de l'animal) est le jeu continu de leur antagonisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Donc, &#224; toute jouissance, la douleur doit &#234;tre ant&#233;rieure&lt;/i&gt; ; elle est toujours la premi&#232;re. Car la promotion continuelle de la force vitale, qui ne peut &#234;tre pouss&#233;e au-del&#224; d'un certain degr&#233;, pourrait-elle avoir d'autre suite qu'une mort rapide sous l'effet de la joie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune jouissance ne peut succ&#233;der imm&#233;diatement &#224; une autre ; mais entre l'une et l'autre, il faut que la douleur s'ins&#232;re. Il y a des petites inhibitions de la force vitale avec des promotions qui leur sont m&#234;l&#233;es ; elles constituent l'&#233;tat de sant&#233; qu'&#224; tort nous tenons pour un &#233;tat de bien-&#234;tre continuellement &#233;prouv&#233; ; alors qu'il ne consiste qu'en sentiments agr&#233;ables qui se succ&#232;dent par &#224;-coups (toujours intercal&#233;s de douleur). La douleur est l'aiguillon de l'activit&#233; ; c'est en elle, avant tout, que nous &#233;prouvons notre vie ; sans la douleur la vie viendrait &#224; s'&#233;teindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les douleurs qui mettent longtemps &#224; passer (comme dans la gu&#233;rison progressive d'une maladie ou la lente reconstitution d'un capital perdu) n'ont pas pour cons&#233;quence une vive jouissance parce que le passage est insensible. - Je souscris, d'un plein assentiment &#224; ces propositions du comte V&#233;ri.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt; &lt;i&gt;Explication par des exemples&lt;/i&gt; &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le jeu (surtout lorsqu'on joue de l'argent) est-il si excitant, et, s'il n'est pas trop int&#233;ress&#233;, la meilleure distraction et le meilleur repos apr&#232;s un long effort de pens&#233;e (car dans l'oisivet&#233;, on ne se repose que lentement) ? C'est qu'il est un &#233;tat de perp&#233;tuelle alternance entre la crainte et l'espoir. Apr&#232;s le jeu, le souper est meilleur et on le prend avec plus d'app&#233;tit. - A quoi les spectacles - trag&#233;dies ou com&#233;dies - doivent-ils leur s&#233;duction ? A ce que tous comportent de difficiles p&#233;rip&#233;ties - appr&#233;hension et perplexit&#233; se m&#234;lant &#224; l'espoir et &#224; la joie - et ainsi le jeu des &#233;motions oppos&#233;es anime chez le spectateur le principe de la vie en le soumettant &#224; un mouvement int&#233;rieur. - Pourquoi un roman d'amour se termine-t-il par un mariage, et pourquoi un volume suppl&#233;mentaire, comme pour le roman de Fielding, ajout&#233; par un g&#226;cheur qui le continue apr&#232;s l'&#233;pisode du mariage, fait-il l'effet d&#233;sagr&#233;able d'une faute de go&#251;t ? Parce que la jalousie, douleur des amants au milieu des joies et des espoirs, est pour le lecteur un piment avant le mariage, un poison apr&#232;s sa conclusion ; pour reprendre le langage des romans, &#171; la fin des douleurs de l'amour, c'est la fin de l'amour lui-m&#234;me &#187; (il s'agit ici de l'amour accompagn&#233; d'&lt;i&gt;&#233;motions&lt;/i&gt;). Pourquoi le travail est-il la meilleure fa&#231;on de jouir de la vie ? Parce que c'est une occupation p&#233;nible (en soi d&#233;sagr&#233;able et rendue divertissante par le seul succ&#232;s) et que le repos ne peut &#234;tre &#233;prouv&#233; comme plaisir, comme joie, que s'il met un terme &#224; une longue incommodit&#233; ; autrement, il n'y aurait rien en lui de bien d&#233;lectable. - Le tabac qu'on fume ou qu'on prise est li&#233; &#224; une sensation d&#233;sagr&#233;able. Mais parce que justement la nature (le nez et le palais secr&#233;tant des mucosit&#233;s) supprime instantan&#233;ment cette douleur, le tabac (surtout quand on le fume) forme une sorte de compagnie qui entretient et &#233;veille de nouvelles sensations et aussi de nouvelles pens&#233;es, m&#234;me si ces derni&#232;res ne sont que des vagabondages. Enfin celui qu'aucune douleur positive n'incite &#224; l'action &#233;prouvera en tous cas une douleur n&#233;gative, &lt;i&gt;l'ennui,&lt;/i&gt; absence de sensations que l'homme, habitu&#233; &#224; leur changement, per&#231;oit en lui-m&#234;me lorsqu'il essaie de satisfaire son instinct vital ; et il l'&#233;prouvera de telle sorte qu'il se sentira plus port&#233; &#224; se nuire &#224; lui-m&#234;me qu'&#224; rester dans l'oisivet&#233; totale.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;E. Kant, &lt;i&gt;Anthropologie du point de vue pragmatique&lt;/i&gt;, LIVRE II, &#171; LE SENTIMENT DE PLAISIR ET DE D&#201;PLAISIR &#187;, I. Du plaisir sensible. A. Du sentiment de l'agr&#233;able ou du plaisir sensible dans la sensation d'un objet, trad. M. Foucault, Vrin, 1984, pp.93-95.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Humanit&#233; et progr&#232;s</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Humanite-et-progres</link>
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		<dc:date>2008-10-15T19:19:13Z</dc:date>
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		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



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&lt;p&gt;Contexte : L'homme doit tout tirer de lui-m&#234;me &lt;br class='autobr' /&gt; La nature a voulu que l'homme tire enti&#232;rement de lui-m&#234;me tout ce qui d&#233;passe l'agencement m&#233;canique de son existence animale, et qu'il ne participe &#224; aucune autre f&#233;licit&#233; ou perfection que celle qu'il s'est cr&#233;&#233;e lui-m&#234;me, ind&#233;pendamment de l'instinct par sa propre raison. (...) Car le cours des choses humaines est h&#233;riss&#233; d'une foule d'&#233;preuves qui attendent l'homme. Il semble bien que la nature n'ait pas eu du tout en vue de lui accorder (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Textes-brefs-236-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Contexte : &lt;a href='https://caute.lautre.net/L-homme-doit-tout-tirer-de-lui-meme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'homme doit tout tirer de lui-m&#234;me&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La nature a voulu que l'homme tire enti&#232;rement de lui-m&#234;me tout ce qui d&#233;passe l'agencement m&#233;canique de son existence animale, et qu'il ne participe &#224; aucune autre f&#233;licit&#233; ou perfection que celle qu'il s'est cr&#233;&#233;e lui-m&#234;me, ind&#233;pendamment de l'instinct par sa propre raison.&lt;/i&gt; (...) Car le cours des choses humaines est h&#233;riss&#233; d'une foule d'&#233;preuves qui attendent l'homme. Il semble bien que la nature n'ait pas eu du tout en vue de lui accorder une vie facile, mais au contraire de l'obliger par ses efforts &#224; s'&#233;lever assez haut pour qu'il se rende digne, par sa conduite, de la vie et du bien-&#234;tre.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce qui demeure &#233;trange ici, c'est que les g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures semblent toujours consacrer toute leur peine &#224; l'unique profit des g&#233;n&#233;rations ult&#233;rieures pour leur m&#233;nager une &#233;tape nouvelle, &#224; partir de laquelle elles pourront &#233;lever plus haut l'&#233;difice dont la nature a form&#233; le dessein, de telle mani&#232;re que les derni&#232;res g&#233;n&#233;rations seules auront le bonheur d'habiter l'&#233;difice auquel a travaill&#233; (sans s'en rendre compte &#224; vrai dire) une longue lign&#233;e de devanciers, qui n'ont pu prendre personnellement part au bonheur pr&#233;par&#233; par elles. Mais, si myst&#233;rieux que cela puisse &#234;tre, c'est bien l&#224; aussi une n&#233;cessit&#233;, une fois que l'on a admis ce qui suit : il doit exister une esp&#232;ce animale d&#233;tentrice de raison et, en tant que classe d'&#234;tres raisonnables tous indistinctement mortels, mais dont l'esp&#232;ce est immortelle, elle doit pourtant atteindre &#224; la pl&#233;nitude du d&#233;veloppement de ses dispositions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Kant, &lt;strong&gt;Id&#233;e d'une histoire universelle du point de vue cosmopolitique&lt;/strong&gt;, Troisi&#232;me proposition, trad. Piobetta, Deno&#235;l, M&#233;diations, 1947 (1985), pp.29-31.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel enseignement religieux pour les enfants ? (morale et religion.)</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Quel-enseignement-religieux-pour-les-enfants-morale-et-religion</link>
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		<dc:date>2006-11-06T23:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re l'&#233;ducation des enfants par rapport &#224; la religion, la premi&#232;re question est de savoir si l'on peut inculquer de bonne heure des concepts religieux aux enfants. On a beaucoup discut&#233; &#224; ce sujet en p&#233;dagogie. Des concepts religieux supposent toujours une certaine th&#233;ologie. Serait-il donc possible d'inculquer une th&#233;ologie &#224; la jeunesse qui ne conna&#238;t encore ni le monde, ni elle-m&#234;me ? Comment la jeunesse, qui ne conna&#238;t pas encore le devoir, pourrait-elle &#234;tre capable de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Kant-" rel="directory"&gt;Kant&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si l'on consid&#232;re l'&#233;ducation des enfants par rapport &#224; la religion, la premi&#232;re question est de savoir si l'on peut inculquer de bonne heure des concepts religieux aux enfants. On a beaucoup discut&#233; &#224; ce sujet en p&#233;dagogie. Des concepts religieux supposent toujours une certaine th&#233;ologie. Serait-il donc possible d'inculquer une th&#233;ologie &#224; la jeunesse qui ne conna&#238;t encore ni le monde, ni elle-m&#234;me ? Comment la jeunesse, qui ne conna&#238;t pas encore le devoir, pourrait-elle &#234;tre capable de comprendre un devoir imm&#233;diat envers Dieu ? Il est certain que s'il pouvait se faire que des enfants n'aient jamais &#233;t&#233; t&#233;moins d'aucun acte de v&#233;n&#233;ration envers l'&#202;tre supr&#234;me, et n'aient m&#234;me jamais entendu le nom de Dieu, il serait alors conforme &#224; l'ordre des choses d'attirer leur attention sur les fins et sur ce qui convient &#224; l'homme, d'exercer leur facult&#233; de juger, de les instruire de l'ordre et de la beaut&#233; des &#339;uvres de la nature, de leur donner ensuite une connaissance encore plus &#233;tendue du syst&#232;me du monde et enfin sur ce fondement de leur ouvrir le concept d'un &#202;tre supr&#234;me, d'un l&#233;gislateur. Mais comme cela n'est pas possible dans notre situation actuelle, et puisqu'ils entendent prononcer le nom de Dieu et sont t&#233;moins des cultes qu'on lui rend, si l'on voulait attendre pour leur apprendre quelque chose de Dieu, on ne provoquerait que de l'indiff&#233;rence ou des id&#233;es absurdes, par exemple la peur devant la puissance divine. Or, comme on doit prendre soin &#224; ce que cette id&#233;e ne se glisse pas dans l'imagination des enfants, il faut, afin de l'&#233;viter, chercher &#224; leur inculquer de bonne heure des concepts religieux. Toutefois ceci ne doit pas &#234;tre &#339;uvre de m&#233;moire, simple imitation et pure singerie ; le chemin que l'on choisit doit toujours &#234;tre appropri&#233; &#224; la nature. Sans m&#234;me poss&#233;der un concept abstrait du devoir, des obligations, de la bonne ou de la mauvaise conduite, des enfants verront qu'il existe une loi du devoir, qu'ils ne doivent pas &#234;tre d&#233;termin&#233;s par le sentiment de bien-&#234;tre, l'utilit&#233; etc., mais par quelque chose d'universel, qui ne se r&#232;gle pas sur les caprices des hommes. Mais le ma&#238;tre m&#234;me doit se faire ce concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit d'abord tout attribuer &#224; la nature et ensuite attribuer celle-ci &#224; Dieu ; on montrera par exemple en premier lieu comment tout est dispos&#233; en vue de la conservation des esp&#232;ces et de leur &#233;quilibre, mais en m&#234;me temps aussi de mani&#232;re plus lointaine pour l'homme, de telle sorte qu'il puisse par lui-m&#234;me devenir heureux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La meilleure mani&#232;re de rendre clair le concept de Dieu serait une analogie avec le p&#232;re sous la garde duquel nous vivons ; on peut ainsi montrer avec beaucoup de fruit l'unit&#233; des hommes con&#231;us comme formant une famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que la religion ? La religion est la loi qui est en nous, dans la mesure o&#249; elle re&#231;oit sa force sur nous d'un l&#233;gislateur et d'un juge ; c'est une morale appliqu&#233;e &#224; la connaissance de Dieu. Si la religion n'est pas li&#233;e &#224; la moralit&#233;, elle n'est qu'une recherche de faveurs. Or les cantiques, les pri&#232;res, la fr&#233;quentation de l'&#233;glise doivent seulement donner &#224; l'homme de nouvelles forces et un nouveau courage pour s'am&#233;liorer, ou encore : elles ne doivent &#234;tre que l'expression d'un c&#339;ur anim&#233; par la repr&#233;sentation du devoir. Ce ne sont point de bonnes &#339;uvres, mais seulement une pr&#233;paration aux bonnes &#339;uvres et l'on ne saurait &#234;tre agr&#233;able &#224; l'&#202;tre supr&#234;me qu'en devenant un homme meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez l'enfant il faut commencer par la loi qu'il porte en lui. L'homme est &#224; ses propres yeux m&#233;prisable lorsqu'il est vicieux. Ce m&#233;pris est fond&#233; dans l'homme lui-m&#234;me et il n'existe pas seulement du fait que Dieu a d&#233;fendu le mal. En effet il n'est pas n&#233;cessaire que le l&#233;gislateur soit aussi le cr&#233;ateur de la loi. C'est ainsi qu'un prince peut interdire le vol en ses &#201;tats, sans qu'il puisse pour cela &#234;tre nomm&#233; le cr&#233;ateur de l'interdiction du vol. Par l&#224; l'homme apprend &#224; voir que sa bonne conduite seule peut le rendre digne du bonheur. La loi divine doit se manifester en m&#234;me temps comme loi naturelle, car elle n'est pas arbitraire. C'est pourquoi la religion est comprise en toute moralit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faut pas commencer par la th&#233;ologie. La religion, qui n'est construite que sur la th&#233;ologie, ne peut jamais envelopper quelque chose de moral. On n'y trouvera d'une part que la peur et d'autre part que des desseins et des intentions guid&#233;s par l'id&#233;e de r&#233;compense, et il ne r&#233;sulte de cela qu'un culte superstitieux. La moralit&#233; doit donc &#234;tre premi&#232;re et la th&#233;ologie doit la suivre et c'est ce que l'on appelle religion. La loi en nous s'appelle conscience. A proprement parler la conscience est l'application de nos actions &#224; cette loi. Les reproches de la conscience demeureront sans effet, si on ne les pense pas comme les repr&#233;sentants de Dieu, qui a &#233;tabli son si&#232;ge sublime au-dessus de nous, mais qui a aussi &#233;tabli en nous un tribunal. Mais si la religion ne se joint pas &#224; la d&#233;licatesse de la conscience morale, elle est sans effet. La religion sans la conscience morale n'est qu'un culte superstitieux. On croit servir Dieu lorsque par exemple on le loue, ou c&#233;l&#232;bre sa puissance, sa sagesse, sans penser &#224; la mani&#232;re d'ob&#233;ir aux lois divines, sans m&#234;me conna&#238;tre et &#233;tudier la puissance et la sagesse de Dieu. Pour certaines gens les cantiques sont un opium pour la conscience et un oreiller sur lequel on peut tranquillement dormir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des enfants ne peuvent saisir tous les concepts religieux, on doit n&#233;anmoins leur en inculquer quelques-uns ; mais ils doivent &#234;tre plus n&#233;gatifs que positifs. - Il ne sert &#224; rien sinon &#224; donner une id&#233;e absurde de la pi&#233;t&#233;, que de faire r&#233;citer machinalement des formules aux enfants. La v&#233;ritable mani&#232;re d'honorer Dieu consiste &#224; agir selon sa volont&#233; et c'est ce qu'il faut enseigner aux enfants. On doit veiller aussi bien en ce qui concerne les enfants qu'en ce qui nous concerne personnellement &#224; ce que le nom de Dieu ne soit pas si souvent profan&#233;. C'est d&#233;j&#224; le profaner que d'en user en formulant des souhaits de bonheur et cela m&#234;me dans une pieuse intention. Chaque fois qu'il en prononce le nom, la notion de Dieu devrait remplir l'homme de respect et par cons&#233;quent il devrait en faire usage rarement et jamais &#224; la l&#233;g&#232;re. L'enfant doit apprendre &#224; ressentir du respect devant Dieu comme ma&#238;tre de la vie et du monde entier, ensuite comme protecteur des hommes, enfin en troisi&#232;me lieu comme leur juge. On dit que Newton se recueillait et m&#233;ditait toujours un moment lorsqu'il avait prononc&#233; le nom de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;claircissant tout uniment les concepts de Dieu et du devoir on apprend &#224; l'enfant d'autant mieux &#224; respecter les soins que Dieu a pris pour ses cr&#233;atures et on le garde du penchant &#224; la destruction et &#224; la cruaut&#233;, qui s'exprime de tant de fa&#231;ons dans le go&#251;t &#224; martyriser de petits animaux. Il faudrait en m&#234;me temps instruire la jeunesse &#224; d&#233;couvrir le bien dans le mal : par exemple les b&#234;tes de proie et les insectes sont des mod&#232;les de propret&#233; et d'activit&#233;. Ils rappellent aux hommes mauvais le respect de la loi. Les oiseaux qui chassent les vers sont les protecteurs des jardins, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut inculquer par cons&#233;quent quelques concepts de l'&#202;tre supr&#234;me aux enfants afin que voyant les autres prier, etc., ils puissent savoir envers qui et pour quelle raison. Mais ces concepts doivent &#234;tre tr&#232;s peu nombreux et, comme on l'a dit, &#234;tre seulement n&#233;gatifs. Il faut donc commencer &#224; les inculquer aux enfants d&#232;s la premi&#232;re jeunesse, mais il faut en m&#234;me temps veiller &#224; ce que les enfants n'estiment pas les hommes d'apr&#232;s leur pratique religieuse, car nonobstant la diversit&#233; des religions, il y a cependant partout unit&#233; de religion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Kant, &lt;i&gt;R&#233;flexions sur l'&#233;ducation&lt;/i&gt;, Trad. Philonenko, Vrin, 1987, p. 142-146.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Il est de la plus haute importance que les enfants apprennent &#224; travailler.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Il-est-de-la-plus-haute-importance-que-les-enfants-apprennent-a-travailler</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



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&lt;p&gt;Dans le travail l'occupation n'est pas en elle-m&#234;me agr&#233;able, mais c'est dans un autre but qu'on l'entreprend. En revanche l'occupation dans un jeu est en elle-m&#234;me agr&#233;able, sans qu'il soit besoin de plus de se proposer un but. Veut-on se promener d&#232;s lors la promenade elle-m&#234;me est le but et la marche nous est d'autant plus agr&#233;able qu'elle est plus longue. Mais si nous voulons aller quelque part la soci&#233;t&#233; qui se trouve en cet endroit ou tout autre chose est le but de notre marche et nous (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Kant-" rel="directory"&gt;Kant&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le travail l'occupation n'est pas en elle-m&#234;me agr&#233;able, mais c'est dans un autre but qu'on l'entreprend. En revanche l'occupation dans un jeu est en elle-m&#234;me agr&#233;able, sans qu'il soit besoin de plus de se proposer un but. Veut-on se promener d&#232;s lors la promenade elle-m&#234;me est le but et la marche nous est d'autant plus agr&#233;able qu'elle est plus longue. Mais si nous voulons aller quelque part la soci&#233;t&#233; qui se trouve en cet endroit ou tout autre chose est le but de notre marche et nous choisissons volontiers le plus court chemin. Il en va de m&#234;me du jeu de cartes. Il est vraiment singulier de voir comment des hommes raisonnables sont capables de rester assis et de tailler les cartes souvent pendant des heures. D'o&#249; l'on voit que les hommes ne cessent pas si facilement d'&#234;tre des enfants. En quoi, en effet, ce jeu est-il sup&#233;rieur au jeu de balle des enfants ?. Sans doute des adultes ne chevauchent pas sur un b&#226;ton, mais ils chevauchent bien cependant d'autres dadas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est de la plus haute importance que les enfants apprennent &#224; travailler. L'homme est le seul animal qui doit travailler. Il lui faut d'abord beaucoup de pr&#233;paration pour en venir &#224; jouir de ce qui est suppos&#233; par sa conservation. La question de savoir si le Ciel n'aurait pas pris soin de nous avec plus de bienveillance, en nous offrant toutes les choses d&#233;j&#224; pr&#233;par&#233;es, de telle sorte que nous ne serions pas oblig&#233;s de travailler, doit assur&#233;ment recevoir une r&#233;ponse n&#233;gative : l'homme en effet, a besoin d'occupations et m&#234;mes de celles qui impliquent une certaine contrainte. Il est tout aussi faux de s'imaginer que si Adam et &#200;ve &#233;taient demeur&#233;s au Paradis, ils n'auraient rien fait d'autre que d'&#234;tre assis ensemble, chanter des chants pastoraux, et contempler la beaut&#233; de la nature. L'ennui les e&#251;t tortur&#233;s tous aussi bien que d'autres hommes dans une situation semblable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme doit &#234;tre occup&#233; de telle mani&#232;re qu'il soit rempli par le but qu'il a devant les yeux, si bien qu'il ne se sente plus lui-m&#234;me et que le meilleur repos soit pour lui celui qui suit le travail. Ainsi l'enfant doit &#234;tre habitu&#233; &#224; travailler. Et o&#249; donc le penchant au travail doit-il &#234;tre cultiv&#233;, si ce n'est &#224; l'&#233;cole ? L'&#233;cole est une culture par contrainte. Il est extr&#234;mement mauvais d'habituer l'enfant &#224; tout regarder comme un jeu. Il doit avoir du temps pour ses r&#233;cr&#233;ations, mais il doit aussi y avoir pour lui un temps o&#249; il travaille. Et si l'enfant ne voit pas d'abord &#224; quoi sert cette contrainte, il s'avisera plus tard de sa grande utilit&#233;. Vouloir toujours r&#233;pondre aux questions de l'enfant : Pourquoi ceci ? - A quoi bon cela ?, serait d'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale laisser sa curiosit&#233; prendre un mauvais pli. L'&#233;ducation doit comprendre la contrainte, mais elle ne doit pas pour autant devenir un esclavage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;E. KANT, &lt;strong&gt;R&#233;flexions sur l'&#233;ducation&lt;/strong&gt;, Vrin, 1966, p.110-111.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>L'homme doit tout tirer de lui-m&#234;me</title>
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		<dc:date>2006-08-30T20:22:41Z</dc:date>
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		<dc:creator>Kant, Emmanuel</dc:creator>



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&lt;p&gt;La nature a voulu que l'homme tire enti&#232;rement de lui-m&#234;me tout ce qui d&#233;passe l'agencement m&#233;canique de son existence animale, et qu'il ne participe &#224; aucune autre f&#233;licit&#233; ou perfection que celle qu'il s'est cr&#233;&#233;e lui-m&#234;me, ind&#233;pendamment de l'instinct par sa propre raison. - En effet la nature ne fait rien en vain, et elle n'est pas prodigue dans l'emploi des moyens pour atteindre ses buts. En munissant l'homme de la raison et de la libert&#233; du vouloir qui se fonde sur cette raison, elle (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Kant-" rel="directory"&gt;Kant&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L150xH150/chouette_minerve_dessin_rond-7-868ec.png?1772704976' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;La nature a voulu que l'homme tire enti&#232;rement de lui-m&#234;me tout ce qui d&#233;passe l'agencement m&#233;canique de son existence animale, et qu'il ne participe &#224; aucune autre f&#233;licit&#233; ou perfection que celle qu'il s'est cr&#233;&#233;e lui-m&#234;me, ind&#233;pendamment de l'instinct par sa propre raison.&lt;/i&gt; - En effet la nature ne fait rien en vain, et elle n'est pas prodigue dans l'emploi des moyens pour atteindre ses buts. En munissant l'homme de la raison et de la libert&#233; du vouloir qui se fonde sur cette raison, elle indiquait d&#233;j&#224; clairement son dessein en ce qui concerne la dotation de l'homme. Il ne devait pas &#234;tre gouvern&#233; par l'instinct, ni second&#233; et inform&#233; par une connaissance inn&#233;e ; il devait bien plut&#244;t tirer tout de lui-m&#234;me. Le soin d'inventer ses moyens d'existence, son habillement, sa s&#233;curit&#233; et sa d&#233;fense ext&#233;rieure (pour lesquelles elle ne lui avait donn&#233; ni les cornes du taureau, ni les griffes du lion, ni les crocs du chien, mais seulement des mains), tous les divertissements qui peuvent rendre la vie agr&#233;able, son intelligence, sa sagesse m&#234;me, et jusqu'&#224; la bont&#233; de son vouloir, devaient &#234;tre enti&#232;rement son oeuvre propre. La nature semble m&#234;me s'&#234;tre ici complu &#224; sa plus grande &#233;conomie, et avoir mesur&#233; sa dotation animale au plus court et au plus juste en fonction des besoins les plus pressants d'une existence &#224; ses d&#233;buts ; comme si elle voulait que l'homme, en s'effor&#231;ant un jour de sortir de la plus primitive grossi&#232;ret&#233; pour s'&#233;lever &#224; la technique la plus pouss&#233;e, &#224; la perfection int&#233;rieure de ses pens&#233;es, et (dans la mesure o&#249; c'est chose possible sur terre) par l&#224; jusqu'&#224; la f&#233;licit&#233;, en doive porter absolument seul tout le m&#233;rite, et n'en &#234;tre redevable qu'&#224; lui-m&#234;me ; c'est comme si elle avait attach&#233; plus d'importance chez l'homme &#224; &lt;i&gt;l'estime raisonnable de soi &lt;/i&gt;qu'au bien-&#234;tre. Car le cours des choses humaines est h&#233;riss&#233; d'une foule d'&#233;preuves qui attendent l'homme. Il semble bien que la nature n'ait pas eu du tout en vue de lui accorder une vie facile, mais au contraire de l'obliger par ses efforts &#224; s'&#233;lever assez haut pour qu'il se rende digne, par sa conduite, de la vie et du bien-&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui demeure &#233;trange ici, c'est que les g&#233;n&#233;rations ant&#233;rieures semblent toujours consacrer toute leur peine &#224; l'unique profit des g&#233;n&#233;rations ult&#233;rieures pour leur m&#233;nager une &#233;tape nouvelle, &#224; partir de laquelle elles pourront &#233;lever plus haut l'&#233;difice dont la nature a form&#233; le dessein, de telle mani&#232;re que les derni&#232;res g&#233;n&#233;rations seules auront le bonheur d'habiter l'&#233;difice auquel a travaill&#233; (sans s'en rendre compte &#224; vrai dire) une longue lign&#233;e de devanciers, qui n'ont pu prendre personnellement part au bonheur pr&#233;par&#233; par elles. Mais, si myst&#233;rieux que cela puisse &#234;tre, c'est bien l&#224; aussi une n&#233;cessit&#233;, une fois que l'on a admis ce qui suit : il doit exister une esp&#232;ce animale d&#233;tentrice de raison et, en tant que classe d'&#234;tres raisonnables tous indistinctement mortels, mais dont l'esp&#232;ce est immortelle, elle doit pourtant atteindre &#224; la pl&#233;nitude du d&#233;veloppement de ses dispositions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Kant, &lt;strong&gt;Id&#233;e d'une histoire universelle du point de vue cosmopolitique&lt;/strong&gt;, Troisi&#232;me proposition, trad. Piobetta, Deno&#235;l, M&#233;diations, 1947 (1985), pp.29-31.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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