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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Politique et philosophie de l'histoire</title>
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		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>



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&lt;p&gt;La politique ne doit-elle pas renoncer &#224; se fonder sur une philosophie de l'histoire, et, prenant le monde comme il est, quels que soient nos v&#339;ux, nos jugements ou nos r&#234;ves, d&#233;finir ses fins et ses moyens d'apr&#232;s ce que les faits autorisent ? Mais on ne se passe pas de mise en perspective, nous sommes, que nous le voulions ou non, condamn&#233;s aux v&#339;ux, aux jugements de valeur, et m&#234;me &#224; la philosophie de l'histoire. On ne remarque pas assez que, apr&#232;s avoir d&#233;montr&#233; l'irrationalit&#233; de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La politique ne doit-elle pas renoncer &#224; se fonder sur une philosophie de l'histoire, et, prenant le monde comme il est, quels que soient nos v&#339;ux, nos jugements ou nos r&#234;ves, d&#233;finir ses fins et ses moyens d'apr&#232;s ce que les faits autorisent ? Mais on ne se passe pas de mise en perspective, nous sommes, que nous le voulions ou non, condamn&#233;s aux v&#339;ux, aux jugements de valeur, et m&#234;me &#224; la philosophie de l'histoire. On ne remarque pas assez que, apr&#232;s avoir d&#233;montr&#233; l'irrationalit&#233; de l'histoire, le sceptique abandonne brusquement ses scrupules de m&#233;thode quand il en vient aux conclusions pratiques. Il faut bien, pour r&#233;gler l'action, consid&#233;rer certains faits comme dominants et d'autres comme secondaires. Si r&#233;aliste qu'elle se veuille et si strictement fond&#233;e sur les faits, une politique sceptique est oblig&#233;e de traiter au moins implicitement certains faits comme plus importants que d'autres et, dans cette mesure, elle renferme une philosophie de l'histoire honteuse, v&#233;cue plut&#244;t que pens&#233;e, mais non moins efficace(...). Dans le fait, le scepticisme historique est toujours conservateur (&#8230;). Sous pr&#233;texte d'objectivit&#233;, il fige l'avenir, il retranche de l'histoire le changement et les volont&#233;s des hommes (...). Si nous voulons &#234;tre vraiment dociles aux faits et pleinement r&#233;alistes, il nous faut rejeter tous les postulats, toute philosophie &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; de l'histoire, mais en particulier ce postulat du scepticisme que les hommes se conduisent toujours sottement, domin&#233;s par le pass&#233; et par les causes ext&#233;rieures, ou men&#233;s par quelques habiles, qui les connaissent, &#224; des fins ignor&#233;es d'eux. Il n'y aurait pas d'histoire si tout avait un sens et si le d&#233;veloppement du monde n'&#233;tait que la r&#233;alisation visible d'un plan rationnel ; mais il n'y aurait pas davantage d'histoire, - ni d'action, ni d'humanit&#233; -, si tout &#233;tait absurde (...). Notre seul recours est dans une lecture du pr&#233;sent aussi compl&#232;te et aussi fid&#232;le que possible, qui n'en pr&#233;juge pas le sens, qui m&#234;me reconnaisse le chaos et le non-sens l&#224; o&#249; ils se trouvent, mais qui ne refuse pas de discerner en lui une direction et une id&#233;e, l&#224; o&#249; elles se manifestent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Merleau-Ponty, &#171; Pour la V&#233;rit&#233; &#187;, &lt;i&gt;in &lt;strong&gt;Sens et non-sens&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;, Nagel, 1948, pp.297-299.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le r&#244;le du langage dans la perception d'autrui</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Le-role-du-langage-dans-la-perception-d-autrui</link>
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		<dc:date>2005-09-15T20:08:56Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il y a, en particulier, un objet culturel qui va jouer un r&#244;le essentiel dans la perception d'autrui : c'est le langage. Dans l'exp&#233;rience du dialogue, il se constitue entre autrui et moi un terrain commun, ma pens&#233;e et la sienne ne font qu'un seul tissu, mes propos et ceux de l'interlocuteur sont appel&#233;s par l'&#233;tat de la discussion, ils s'ins&#232;rent dans une op&#233;ration commune dont aucun de nous n'est le cr&#233;ateur. Il y a l&#224; un &#234;tre &#224; deux, et autrui n'est plus ici pour moi un simple (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a, en particulier, un objet culturel qui va jouer un r&#244;le essentiel dans la perception d'autrui : c'est le langage. Dans l'exp&#233;rience du dialogue, il se constitue entre autrui et moi un terrain commun, ma pens&#233;e et la sienne ne font qu'un seul tissu, mes propos et ceux de l'interlocuteur sont appel&#233;s par l'&#233;tat de la discussion, ils s'ins&#232;rent dans une op&#233;ration commune dont aucun de nous n'est le cr&#233;ateur. Il y a l&#224; un &#234;tre &#224; deux, et autrui n'est plus ici pour moi un simple comportement dans mon champ transcendantal, ni d'ailleurs moi dans le sien, nous sommes l'un pour l'autre collaborateurs dans une r&#233;ciprocit&#233; parfaite, nos perspectives glissent l'une dans l'autre, nous coexistons &#224; travers un m&#234;me monde. Dans le dialogue pr&#233;sent, je suis lib&#233;r&#233; de moi-m&#234;me, les pens&#233;es d'autrui sont bien des pens&#233;es siennes, ce n'est pas moi qui les forme, bien que je les saisisse aussit&#244;t n&#233;es ou que je les devance, et m&#234;me, l'objection que me fait l'interlocuteur m'arrache des pens&#233;es que je ne savais pas poss&#233;der, de sorte que si je lui pr&#234;te des pens&#233;es, il me fait penser en retour. C'est seulement apr&#232;s coup, quand je me suis retir&#233; du dialogue et m'en ressouviens, que je puis le r&#233;int&#233;grer dans ma vie, en faire un &#233;pisode de mon histoire priv&#233;e, et qu'autrui rentre dans son absence, ou, dans la mesure o&#249; il me reste pr&#233;sent, est senti comme une menace pour moi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;M. Merleau-Ponty, &lt;strong&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/strong&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
Gallimard, coll. Tel, p. 407&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'op&#233;ration paradoxale de la parole</title>
		<link>https://caute.lautre.net/L-operation-paradoxale-de-la-parole</link>
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		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Il est vrai que la communication pr&#233;suppose un syst&#232;me de correspondance tel que celui qui est donn&#233; par le dictionnaire, mais elle va au-del&#224;, et c'est la phrase qui donne son sens &#224; chaque mot, c'est pour avoir &#233;t&#233; employ&#233; dans diff&#233;rents contextes que le mot peu &#224; peu se charge d'un sens qu'il n'est pas possible de fixer absolument. Une parole importante, un bon livre imposent leur sens. C'est donc d'une certaine mani&#232;re qu'ils le portent en eux. Et quant au sujet qui parle, il faut bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est vrai que la communication pr&#233;suppose un syst&#232;me de correspondance tel que celui qui est donn&#233; par le dictionnaire, mais elle va au-del&#224;, et c'est la phrase qui donne son sens &#224; chaque mot, c'est pour avoir &#233;t&#233; employ&#233; dans diff&#233;rents contextes que le mot peu &#224; peu se charge d'un sens qu'il n'est pas possible de fixer absolument. Une parole importante, un bon livre imposent leur sens. C'est donc d'une certaine mani&#232;re qu'ils le portent en eux. Et quant au sujet qui parle, il faut bien que l'acte d'expression lui permette de d&#233;passer lui aussi ce qu'il pensait auparavant et qu'il trouve dans ses propres paroles plus qu'il ne pensait y mettre, sans quoi on ne verrait pas la pens&#233;e, m&#234;me solitaire, chercher l'expression avec tant de pers&#233;v&#233;rance. La parole est donc cette op&#233;ration paradoxale o&#249; nous tentons de rejoindre, au moyen de mots dont le sens est donn&#233;, et de significations d&#233;j&#224; disponibles, une intention qui, par principe, va au-del&#224; et modifie, fixe elle-m&#234;me en derni&#232;re analyse le sens des mots par lesquels elle se traduit.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;M. Merleau-Ponty, &lt;strong&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/strong&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Le Cogito &#187;, p.445-446, NRF, Collection Blanche, 1945&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Autrui ne se pr&#233;sente jamais de face.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Autrui-ne-se-presente-jamais-de-face</link>
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		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On ne remarque pas assez qu'autrui ne se pr&#233;sente jamais de face. M&#234;me quand, au plus fort de la discussion, je &#171; fais face &#187; &#224; l'adversaire, ce n'est pas dans ce visage violent, grima&#231;ant, ce n'est pas m&#234;me dans cette voix qui vient vers moi &#224; travers l'espace, que se trouve vraiment l'intention qui m'atteint. L'adversaire n'est jamais tout &#224; fait localis&#233; : sa voix, sa gesticulation, ses tics, ce ne sont que des effets, une esp&#232;ce de mise en sc&#232;ne, une c&#233;r&#233;monie. L'organisateur est si bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On ne remarque pas assez qu'autrui ne se pr&#233;sente jamais de face. M&#234;me quand, au plus fort de la discussion, je &#171; fais face &#187; &#224; l'adversaire, ce n'est pas dans ce visage violent, grima&#231;ant, ce n'est pas m&#234;me dans cette voix qui vient vers moi &#224; travers l'espace, que se trouve vraiment l'intention qui m'atteint. L'adversaire n'est jamais tout &#224; fait localis&#233; : sa voix, sa gesticulation, ses tics, ce ne sont que des effets, une esp&#232;ce de mise en sc&#232;ne, une c&#233;r&#233;monie. L'organisateur est si bien masqu&#233;, que je suis tout surpris quand mes r&#233;ponses portent : le prestigieux porte-voix s'embarrasse, laisse tomber quelques soupirs, quelques chevrotements, quelques &lt;i&gt;signes d'intelligence&lt;/i&gt; ; il faut croire qu'il y avait quelqu'un l&#224;-bas. Mais o&#249; ? Non pas dans cette voix trop pleine, non pas dans ce visage z&#233;br&#233; de traces comme un objet us&#233;. Pas davantage &lt;i&gt;derri&#232;re&lt;/i&gt; cet appareil : je sais bien qu'il n'y a l&#224; que des &#171; t&#233;n&#232;bres bourr&#233;es d'organes &#187;. Le corps d'autrui est devant moi - mais quant &#224; lui, il m&#232;ne une singuli&#232;re existence : &lt;i&gt;entre&lt;/i&gt; moi qui pense et ce corps, ou plut&#244;t pr&#232;s de moi, de mon c&#244;t&#233;, il est comme une r&#233;plique de moi-m&#234;me, un double errant, il hante mon entourage plut&#244;t qu'il n'y para&#238;t, il est la r&#233;ponse inopin&#233;e que je re&#231;ois d'ailleurs, comme si par miracle les choses se mettaient &#224; dire mes pens&#233;es, c'est toujours pour moi qu'elles seraient pensantes et parlantes, puisqu'elles sont choses et que je suis moi. Autrui, &#224; mes yeux, est donc toujours en marge de ce que je vois et entends, il est de mon c&#244;t&#233;, il est &#224; mon c&#244;t&#233; ou derri&#232;re moi, il n'est pas en ce lieu que mon regard &#233;crase et vide de tout &#171; int&#233;rieur &#187;. Tout autre est un autre moi-m&#234;me. Il est comme ce double que tel malade sent toujours &#224; son c&#244;t&#233;, qui lui ressemble comme un fr&#232;re, qu'il ne saurait jamais fixer sans le faire dispara&#238;tre, et qui visiblement n'est qu'un prolongement au dehors de lui-m&#234;me, puisqu'un peu d'attention suffit &#224; le r&#233;duire. Moi et autrui sommes comme deux cercles &lt;i&gt;presque&lt;/i&gt; concentriques, et qui ne se distinguent que par un l&#233;ger et myst&#233;rieux d&#233;calage. Cet apparentement est peut-&#234;tre ce qui nous permettra de comprendre le rapport &#224; autrui, qui par ailleurs est inconcevable si j'essaie d'aborder autrui de face, et par son c&#244;t&#233; escarp&#233;. Reste qu'autrui n'est pas moi, et qu'il faut bien en venir &#224; l'opposition. Je fais l'autre &#224; mon image, mais comment &lt;i&gt;peut-il y avoir pour moi une image de moi&lt;/i&gt; ? Ne suis-je pas jusqu'au bout de l'univers, ne suis-je pas, &#224; moi seul, coextensif &#224; tout ce que je peux voir, entendre, comprendre ou feindre ? Comment, sur cette totalit&#233; que je suis, y aurait-il une vue ext&#233;rieure ? D'o&#249; serait-elle donc prise ? C'est bien pourtant ce qui arrive quand autrui m'appara&#238;t. A cet infini que j'&#233;tais quelque chose encore s'ajoute, un surgeon pousse, je me d&#233;double, j'enfante, cet autre est fait de ma substance, et cependant ce n'est plus moi. Comment cela est-il possible ? Comment le &lt;i&gt;je pense&lt;/i&gt; pourrait-il &#233;migrer hors de moi, puisque c'est moi ? Les regards que je promenais sur le monde comme l'aveugle t&#226;te les objets de son b&#226;ton, quelqu'un les a saisis par l'autre bout, et les retourne contre moi pour me toucher &#224; mon tour. Je ne me contente plus de sentir : je sens qu'on me sent, et qu'on me sent en train de sentir, et en train de sentir ce fait m&#234;me qu'on me sent... Il ne faut pas seulement dire que j'habite d&#233;sormais un autre corps : cela ne ferait qu'un second moi-m&#234;me, un second domicile pour moi. Mais &lt;i&gt;il y a un moi qui est autre&lt;/i&gt;, qui si&#232;ge ailleurs et me destitue de ma position centrale, quoique, de toute &#233;vidence, il ne puisse tirer que de sa filiation sa qualit&#233; de moi. Les r&#244;les du sujet et de ce qu'il voit s'&#233;changent et s'inversent : je croyais donner &#224; ce que je vois son sens de chose vue, et l'une de ces choses soudain se d&#233;robe &#224; cette condition, le spectacle en vient &#224; se donner lui-m&#234;me un spectateur qui n'est pas moi, et qui est copi&#233; sur moi. Comment cela est-il possible ? Comment puis-je voir quelque chose qui se mette &#224; voir ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons dit, on ne comprendra jamais qu'autrui apparaisse devant nous ; ce qui est devant nous est objet. Il faut bien comprendre que le probl&#232;me n'est pas celui-l&#224;. Il est de comprendre comment je me d&#233;double, comment je me d&#233;centre. L'exp&#233;rience d'autrui est toujours celle d'une r&#233;plique de moi, d'une r&#233;plique &#224; moi. La solution est &#224; chercher du c&#244;t&#233; de cette &#233;trange filiation qui pour toujours fait d'autrui mon second, m&#234;me quand je le pr&#233;f&#232;re &#224; moi et me sacrifie &#224; lui. C'est au plus secret de moi-m&#234;me que se fait l'&#233;trange articulation avec autrui ; le myst&#232;re d'autrui n'est pas autre que le myst&#232;re de moi-m&#234;me.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;M. Merleau-Ponty, &lt;i&gt;La Prose du Monde&lt;/i&gt;, Gallimard, 1969, pp.185-188.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La conscience de la vie est radicalement conscience de la mort.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-conscience-de-la-vie-est-radicalement-conscience-de-la-mort</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/La-conscience-de-la-vie-est-radicalement-conscience-de-la-mort</guid>
		<dc:date>2005-04-26T01:01:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La conscience de la vie est radicalement conscience de la mort. M&#234;me les doctrines qui voudront nous enfermer dans nos particularit&#233;s raciales ou locales et nous masquer notre humanit&#233; ne peuvent le faire, puisque ce sont des doctrines et des propagandes, que parce qu'elles ont quitt&#233; la vie imm&#233;diate, que par un emprunt honteux &#224; la conscience de la mort. Ce qu'il faut reprocher aux id&#233;ologies nazies, ce n'est pas d'avoir rappel&#233; l'homme au tragique, c'est d'avoir utilis&#233; le tragique et le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La conscience de la vie est radicalement conscience de la mort. M&#234;me les doctrines qui voudront nous enfermer dans nos particularit&#233;s raciales ou locales et nous masquer notre humanit&#233; ne peuvent le faire, puisque ce sont des doctrines et des propagandes, que parce qu'elles ont quitt&#233; la vie imm&#233;diate, que par un emprunt honteux &#224; la conscience de la mort. Ce qu'il faut reprocher aux id&#233;ologies nazies, ce n'est pas d'avoir rappel&#233; l'homme au tragique, c'est d'avoir utilis&#233; le tragique et le vertige de la mort pour rendre un semblant de force &#224; des instincts pr&#233;-humains. C'est en somme d'avoir masqu&#233; la conscience de la mort. Avoir conscience de la mort et penser ou raisonner, c'est tout un, puisqu'on ne pense qu'en quittant les particularit&#233;s de la vie, et donc en concevant la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne fera pas que l'homme ignore la mort. On ne l'obtiendrait qu'en le ramenant &#224; l'animalit&#233; ; encore serait-il un mauvais animal, s'il gardait conscience, puisque la conscience suppose le pouvoir de prendre recul &#224; l'&#233;gard de toute chose donn&#233;e et de la nier. C'est l'animal qui peut paisiblement se satisfaire de la vie et chercher son salut dans la reproduction. L'homme ne peut acc&#233;der &#224; l'universel que parce qu'il existe au lieu de vivre seulement. Il doit payer de ce prix son humanit&#233;. C'est pourquoi l'id&#233;e de l'homme sain est un mythe, proche parent des mythes nazis. &#171; L'homme, c'est l'animal malade &#187;, disait Hegel dans un texte ancien de la &lt;i&gt;Realphilosophie &lt;/i&gt;publi&#233; par Hoffmeister. La vie n'est pensable que comme offerte &#224; une conscience de la vie qui la nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute conscience est donc malheureuse, puisqu'elle se sait vie seconde et regrette l'innocence d'o&#249; elle se sent issue. La mission historique du juda&#239;sme a &#233;t&#233; de d&#233;velopper dans le monde entier cette conscience de la s&#233;paration et, comme Hyppolite le disait pendant la guerre &#224; ses &#233;l&#232;ves, nous sommes tous des juifs dans la mesure o&#249; nous avons le souci de l'universel, o&#249; nous ne nous r&#233;signons pas &#224; &#234;tre seulement, et o&#249; nous voulons exister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la conscience de la mort n'est pas une impasse et un terme. Il y a deux m&#233;ditations de la mort. L'une, path&#233;tique et complaisante, qui bute sur notre fin et ne cherche en elle que le moyen d'exasp&#233;rer la violence, - l'autre, s&#232;che et r&#233;solue, qui assume la mort, en fait une conscience plus aigu&#235; de la vie. Le jeune Hegel parlait plus volontiers de la mort. Hegel vieilli pr&#233;f&#233;rera parler de la n&#233;gativit&#233;. Le Hegel de la &lt;i&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie&lt;/i&gt; juxtapose le vocabulaire logique et le vocabulaire path&#233;tique, et nous fait comprendre la fonction qu'exerce la conscience de la mort dans l'av&#232;nement de l'humanit&#233;. La mort est la n&#233;gation de tout &#234;tre particulier donn&#233;, la conscience de la mort est synonyme de conscience de l'universel, mais tant qu'on en reste l&#224;, il ne s'agit que d'un universel vide ou abstrait. En fait, nous ne pouvons concevoir le n&#233;ant que sur un fond d'&#234;tre (ou, comme dit Sartre, sur fond de monde). Toute notion de la mort qui pr&#233;tendrait retenir notre attention est donc menteuse, puisqu'en fait elle utilise subrepticement notre conscience de l'&#234;tre. Pour aller jusqu'au bout de notre conscience de la mort, il faut donc la transmuer en vie, il faut, comme dit Hegel, int&#233;rioriser la mort. Il faut rendre concret l'universel abstrait qui s'est d'abord oppos&#233; &#224; la vie. Il n'y a d'&#234;tre que pour un n&#233;ant, mais il n'y a de n&#233;ant qu'au creux de l'&#234;tre. Il y a donc dans la conscience de la mort de quoi la d&#233;passer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule exp&#233;rience qui me rapproche d'une conscience authentique de la mort, c'est l'exp&#233;rience d'autrui, puisque sous son regard je ne suis qu'une chose, comme il n'est qu'un morceau du monde sous mon propre regard. Chaque conscience poursuit donc la mort de l'autre par qui elle se sent d&#233;poss&#233;d&#233;e de son n&#233;ant constitutif. Mais je ne me sens menac&#233; par autrui que si, dans le moment m&#234;me o&#249; son regard me r&#233;duit en objet, je continue d'&#233;prouver ma subjectivit&#233; ; je ne le r&#233;duis en esclavage que si, dans le moment m&#234;me o&#249; je le regarde comme un objet, il me reste pr&#233;sent comme conscience et comme libert&#233;. La conscience du conflit n'est possible que par celle d'une relation r&#233;ciproque et d'une humanit&#233; qui nous est commune. Nous ne nous nions l'un l'autre qu'en nous reconnaissant l'un l'autre comme consciences. Cette n&#233;gation de toute chose et d'autrui que je suis ne s'accomplit qu'en se redoublant d'une n&#233;gation de moi par autrui. Et de m&#234;me que la conscience de moi-m&#234;me comme mort et n&#233;ant est menteuse et renferme l'affirmation de ma vie et de mon &#234;tre, de m&#234;me ma conscience d'autrui comme ennemi renferme l'affirmation d'autrui comme &#233;gal. Si je suis n&#233;gation, en suivant jusqu'au bout ce qu'implique cette n&#233;gation universelle, je la vois se nier elle-m&#234;me et se transformer en coexistence. Je ne puis &#234;tre libre seul, conscience seul, homme seul, et cet autre en qui je voyais d'abord mon rival, il n'est mon rival que parce qu'il est moi-m&#234;me. Je me trouve en autrui, comme je trouve la conscience de la vie dans la conscience de la mort. Parce que je suis depuis l'origine ce m&#233;lange de vie et de mort, de solitude et de communication qui va vers sa r&#233;solution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Maurice Merleau-Ponty, &#171; L'existentialisme chez Hegel &#187;, &lt;br /&gt;
In &lt;i&gt;Sens et non-sens&lt;/i&gt;, Nagel, 1961 (1948), p.115-118&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Note sur Machiavel</title>
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		<dc:date>2004-05-25T17:23:01Z</dc:date>
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		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Communication au Congr&#232;s Umanesimo e scienza politica, Rome-Florence, septembre 1949. In Maurice Merleau-Ponty, Signes, Gallimard, 1960 (1985), pp.267-283 &lt;br class='autobr' /&gt; Comment le comprendrait-on ? Il &#233;crit contre les bons sentiments en politique, mais il est aussi contre la violence. Il d&#233;concerte les croyants du Droit comme ceux de la Raison d'&#201;tat, puisqu'il a l'audace de parler de vertu au moment o&#249; il blesse durement la morale ordinaire. C'est qu'il d&#233;crit ce n&#339;ud de la vie collective o&#249; la morale (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Communication au Congr&#232;s Umanesimo e scienza politica, Rome-Florence, septembre 1949.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;In&lt;/i&gt; Maurice Merleau-Ponty, &lt;i&gt;Signes&lt;/i&gt;, Gallimard, 1960 (1985), pp.267-283&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comment le comprendrait-on ? Il &#233;crit contre les bons sentiments en politique, mais il est aussi contre la violence. Il d&#233;concerte les croyants du Droit comme ceux de la Raison d'&#201;tat, puisqu'il a l'audace de parler de vertu au moment o&#249; il blesse durement la morale ordinaire. C'est qu'il d&#233;crit ce n&#339;ud de la vie collective o&#249; la morale pure peut &#234;tre cruelle et o&#249; la politique pure exige quelque chose comme une morale. On s'accommoderait d'un cynique qui nie les valeurs ou d'un na&#239;f qui sacrifie l'action. On n'aime pas ce penseur difficile et sans idole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233;, assur&#233;ment, tent&#233; par le cynisme : il a eu, dit-il, &#171; bien de la peine &#224; se d&#233;fendre &#187; contre l'opinion de ceux qui croient que le monde est &#171; gouvern&#233; par le hasard &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Prince, chap. XXV.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Or si l'humanit&#233; est un hasard, on ne voit pas d'abord ce qui soutiendrait la vie collective, sinon la pure contrainte du pouvoir politique. Tout le r&#244;le d'un gouvernement est donc de tenir en respect ses sujets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discorsi, II, 23, cit&#233; par 1. Renaudet, Machiavel, p. 305.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Tout l'art de gouverner se ram&#232;ne &#224; l'art de la guerre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Prince, chap. XIV.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et &#171; les bonnes troupes font les bonnes lois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XVII.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Entre le pouvoir et ses sujets, entre le moi et l'autre, il n'y a pas de terraino&#249; cesse la rivalit&#233;. Il faut ou subir la contrainte ou l'exercer. A chaque instant Machiavel parle d'oppression et d'agression. La vie collective est l'enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il a ceci d'original, ayant pos&#233; le principe de la lutte, qu'il passe au-del&#224; sans jamais l'oublier. Dans la lutte m&#234;me il trouve autre chose que l'antagonisme. &#171; Pendant que les hommes s'efforcent de ne pas craindre, ils se mettent &#224; se faire craindre d'autrui, et l'agression qu'ils repoussent d'eux-m&#234;mes, ils la rejettent sur autrui, comme si, de toute n&#233;cessit&#233;, il fallait offenser ou &#234;tre offens&#233;. &#187; C'est dans le m&#234;me moment o&#249; je vais avoir peur que je fais peur, c'est la m&#234;me agression que j'&#233;carte de moi et que je renvoie sur autrui, c'est la m&#234;me terreur qui me menace et que je r&#233;pands, je vis ma crainte dans celle que j'inspire. Mais par un choc en retour la douleur dont je suis cause me d&#233;chire en m&#234;me temps que ma victime, et la cruaut&#233; donc n'est pas une solution, elle est toujours &#224; recommencer. Il y a un circuit du moi et d'autrui, une Communion des Saints noire, le mal que je fais, je me le fais, et c'est aussi bien contre moi-m&#234;me que je lutte en luttant contre autrui. Apr&#232;s tout, un visage n'est qu'ombres, lumi&#232;res et couleurs, et voil&#224; que, parce que ce visage a grimac&#233; d'une certaine fa&#231;on, le bourreau &#233;prouve myst&#233;rieusement une d&#233;tente, &lt;i&gt;une autre angoisse &lt;/i&gt;a relay&#233; la sienne. Une phrase n'est jamais qu'un &#233;nonc&#233;, un assemblage de significations qui ne sauraient valoir en principe la saveur unique que chacun a pour soi-m&#234;me. Et pourtant, quand la victime s'avoue vaincue, l'homme cruel sent battre &#224; travers ces mots une autre vie, il se trouve devant un &lt;i&gt;autre lui-m&#234;me&lt;/i&gt;. Nous sommes loin des relations de pure force qui existent entre les objets. Pour employer les mots de Machiavel, nous sommes pass&#233;s des &#171; b&#234;tes &#187; &#224; &#171; l'homme &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XVIII.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus exactement, nous sommes pass&#233;s d'une mani&#232;re de combattre &#224; une autre, du &#171; combat avec la force &#187; au &#171; combat avec les lois &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le combat humain est diff&#233;rent du combat animal, mais c'est un combat. Le pouvoir n'est pas force nue, mais pas davantage honn&#234;te d&#233;l&#233;gation des volont&#233;s individuelles, comme si elles pouvaient annuler leur diff&#233;rence. Qu'il soit h&#233;r&#233;ditaire ou nouveau, il est toujours d&#233;crit dans &lt;i&gt;Le Prince &lt;/i&gt;comme contestable et menac&#233;. L'un des devoirs du prince est de r&#233;soudre les questions avant qu'elles soient &lt;i&gt;devenues insolubles &lt;/i&gt;par l'&#233;motion des sujets&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. III.&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On dirait qu'il s'agit d'&#233;viter le r&#233;veil des citoyens. Il n'y a pas de pouvoir absolument fond&#233;, il n'y a qu'une cristallisation de l'opinion. Elle tol&#232;re, elle tient pour acquis le pouvoir. Le probl&#232;me est d'&#233;viter que cet accord se d&#233;compose, ce qui peut se faire en peu de temps, quels que soient les moyens de contrainte, pass&#233; un certain point de crise. Le pouvoir est de l'ordre du tacite. Les hommes se laissent vivre dans l'horizon de l'&#201;tat et de la Loi tant que l'injustice ne leur rend pas conscience de ce qu'ils ont d'injustifiable. Le pouvoir qu'on appelle l&#233;gitime est celui qui r&#233;ussit &#224; &#233;viter le &lt;i&gt;m&#233;pris &lt;/i&gt;et la &lt;i&gt;haine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XVI.&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/i&gt;. &#171; Le prince doit se faire craindre de telle sorte que, s'il n'est pas aim&#233;, du moins il ne soit pas ha&#239;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XVII.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Peu importe que le pouvoir soit bl&#226;m&#233; dans un cas particulier : il s'&#233;tablit dans l'intervalle qui s&#233;pare la critique du d&#233;saveu, la discussion du discr&#233;dit. Les relations du sujet et du pouvoir, comme celles du moi et d'autrui, se nouent plus profond que le jugement, elles survivent &#224; la contestation, tant qu'il ne s'agit pas de la contestation radicale du m&#233;pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni pur fait, ni droit absolu, le pouvoir ne contraint pas, ne persuade pas : il circonvient, - et l'on circonvient mieux en faisant appel &#224; la libert&#233; qu'en terrorisant. Machiavel formule avec pr&#233;cision cette alternance de tension et de d&#233;tente, de r&#233;pression et de l&#233;galit&#233; dont les r&#233;gimes autoritaires ont le secret, mais qui, sous une forme doucereuse, fait l'essence de toute diplomatie. On &lt;i&gt;tient &lt;/i&gt;quelquefois mieux ceux &#224; qui l'on fait cr&#233;dit : &#171; Un prince nouveau n'a jamais d&#233;sarm&#233; ses sujets ; loin de l&#224;, il s'empresse de les armer, s'il les trouve sans armes, et rien n'est mieux entendu : car d&#232;s lors ces armes sont &#224; lui... Mais un prince qui d&#233;sarme ses sujets les offense, en les portant &#224; croire qu'il se m&#233;fie d'eux, et rien n'est plus propre &#224; exciter leur haine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XV.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &#171; On conserve plus facilement une ville accoutum&#233;e &#224; la libert&#233; en la gouvernant par ses propres citoyens&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. V.&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; chacun ressemble myst&#233;rieusement &#224; chaque autre, m&#233;fiant s'il est m&#233;fiant, confiant s'il est confiant, - il n'y a pas de contrainte pure : le despotisme appelait le m&#233;pris, l'oppression appellerait la r&#233;volte. Les meilleurs soutiens d'un pouvoir ne sont m&#234;me pas ceux qui l'ont fait : ils se croient des droits sur lui ou du moins ils se sentent eu s&#233;curit&#233;. C'est &#224; ses adversaires qu'un pouvoir neuf fera appel, pourvu qu'ils se rallient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XV.&#034; id=&#034;nh12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. S'ils ne sont pas r&#233;cup&#233;rables, - alors le pouvoir ne frappera pas &#224; moiti&#233; : &#171; Il faut ou gagner les hommes ou se d&#233;faire d'eux ; ils peuvent se venger des offenses l&#233;g&#232;res, mais non des offenses graves&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb13&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. V.&#034; id=&#034;nh13&#034;&gt;13&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Entre la s&#233;duction et l'an&#233;antissement des vaincus, le vainqueur pourra donc h&#233;siter, et Machiavel est quelquefois cruel : &#171; le seul moyen de conserver est de mettre en ruines. Quiconque devient ma&#238;tre d'une ville qui a commenc&#233; &#224; jouir de la libert&#233; et ne la d&#233;truit pas doit s'attendre &#224; &#234;tre d&#233;truit par elle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb14&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. III.&#034; id=&#034;nh14&#034;&gt;14&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Pourtant la violence pure ne peut &#234;tre qu'&#233;pisodique. Elle ne saurait procurer l'assentiment profond, qui fait le pouvoir, et elle ne le remplace pas. &#171; Si (le prince) se trouve dans la n&#233;cessit&#233; de faire punir de mort, il doit en exposer les motifs&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb15&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XVII.&#034; id=&#034;nh15&#034;&gt;15&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Cela revient &#224; dire qu'il n'y a pas de pouvoir absolu...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il a fait le premier la th&#233;orie de la &#171; collaboration &#187;, et du ralliement des opposants (comme d'ailleurs celle de la &#171; cinqui&#232;me colonne &#187;), qui sont, &#224; la terreur politique, ce que la guerre froide est &#224; la guerre. Mais o&#249; est, demandera-t-on, le b&#233;n&#233;fice pour l'humanisme ? Il est en ceci d'abord que Machiavel nous introduit au milieu propre de la politique et nous permet de mesurer la t&#226;che si nous voulons y mettre quelque v&#233;rit&#233;. Il est encore en ceci : on nous montre un commencement d'humanit&#233; &#233;mergeant de la vie collective comme &#224; l'insu du pouvoir, et par le seul fait qu'il cherche &#224; s&#233;duire des consciences. Le pi&#232;ge de la vie collective fonctionne dans les deux sens : les r&#233;gimes lib&#233;raux le sont toujours un peu moins qu'on ne croit, les autres un peu plus. Le pessimisme de Machiavel n'est donc pas ferm&#233;. Il a m&#234;me indiqu&#233; les conditions d'une politique qui ne soit pas injuste : ce sera celle qui contente le peuple. Non que le peuple sache tout, mais parce que, si quelqu'un est innocent, c'est lui : &#171; On peut sans injustice contenter le peuple, non les grands : ceux-ci cherchent &#224; exercer la tyrannie, celui-l&#224; seulement &#224; l'&#233;viter... Le peuple ne demande rien que de n'&#234;tre pas opprim&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb16&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. IX. On n'est pas loin de la d&#233;finition de l'&#201;tat dans l'Utopie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh16&#034;&gt;16&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Machiavel n'en dit pas plus dans &lt;i&gt;Le Prince &lt;/i&gt;sur les rapports du pouvoir et du peuple. Mais on sait qu'il est r&#233;publicain dans les &lt;i&gt;Discours sur Tite-Live. &lt;/i&gt;Peut-&#234;tre pouvons-nous donc &#233;tendre aux rapports du pouvoir et du peuple ce qu'il dit des rapports du prince et de ses conseillers. Il d&#233;crit alors sous le nom de &lt;i&gt;vertu &lt;/i&gt;un moyen de vivre avec autrui. Le prince ne doit pas d&#233;cider d'apr&#232;s autrui : il serait m&#233;pris&#233;. Il ne doit pas davantage gouverner dans l'isolement, car l'isolement n'est pas l'autorit&#233;. Mais il y a une conduite possible entre ces deux &#233;checs. &#171; Le pr&#234;tre Luc disait de l'empereur Maximilien, son ma&#238;tre, aujourd'hui r&#233;gnant, qu'il ne prenait conseil de personne et que cependant il n'agissait jamais d'apr&#232;s ses propres opinions. En cela, il suit une route diam&#233;tralement oppos&#233;e &#224; celle que je viens de tracer. Car, comme ce prince ne fait part de ses projets &#224; aucun de ses ministres, les observations viennent au moment m&#234;me o&#249; ils doivent s'ex&#233;cuter ; en sorte que, press&#233; par le temps et vaincu par des contrari&#233;t&#233;s qu'il n'avait pas pr&#233;vues, il c&#232;de aux avis qu'on lui donne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb17&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Prince, chap. XXIII.&#034; id=&#034;nh17&#034;&gt;17&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il y a une mani&#232;re de s'affirmer qui veut supprimer autrui, - et qui rend esclave de lui. Et il y a avec autrui un rapport de consultation et d'&#233;change, qui n'est pas la mort, mais l'acte m&#234;me du moi. La lutte originaire menace toujours de repara&#238;tre : il faut que ce soit le prince qui pose les questions, et il ne doit, sous peine d'&#234;tre m&#233;pris&#233;, accorder &#224; personne une autorisation permanente de franc-parler. Mais, au moins dans les moments o&#249; il d&#233;lib&#232;re, il communique avec les autres, et, &#224; la d&#233;cision qu'il prendra, les autres peuvent se rallier, parce qu'elle est &#224; quelque &#233;gard leur d&#233;cision. La f&#233;rocit&#233; des origines est d&#233;bord&#233;e quand, entre l'un et l'autre, s'&#233;tablit le lien de l'&#339;uvre et du sort communs. Alors l'individu s'accro&#238;t des dons m&#234;mes qu'il fait au pouvoir, il y a &#233;change entre eux. Quand l'ennemi ravage le territoire, et quand les sujets, r&#233;fugi&#233;s dans la ville avec le prince, voient leurs biens pill&#233;s et perdus, c'est alors qu'ils se d&#233;vouent &#224; lui sans r&#233;serve : &#171; car qui ne sait que les hommes s'attachent autant par le bien qu'ils font que par celui qu'ils re&#231;oivent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb18&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. X.&#034; id=&#034;nh18&#034;&gt;18&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187; Qu'importe, dira-t-on, s'il ne s'agit encore que d'une duperie, si c'est la ruse majeure du pouvoir de persuader les hommes qu'ils gagnent quand ils perdent ? Mais Machiavel ne dit nulle part que les sujets soient dup&#233;s. Il d&#233;crit la naissance d'une vie commune, qui ignore les barri&#232;res de l'amour-propre. Parlant aux M&#233;dicis, il leur prouve que le pouvoir ne va pas sans appel &#224; la libert&#233;. Dans ce renversement, c'est peut-&#234;tre le prince qui est dupe. Si Machiavel a &#233;t&#233; r&#233;publicain, c'est qu'il avait trouv&#233; un principe de communion. En mettant le conflit et la lutte &#224; l'origine du pouvoir social, il n'a pas voulu dire que l'accord f&#251;t impossible, il a voulu souligner la condition d'un pouvoir qui ne soit pas mystifiant, et qui est la participation &#224; une situation commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#171; immoralisme &#187; de Machiavel prend par l&#224; son vrai sens. On cite toujours de lui des maximes qui renvoient l'honn&#234;tet&#233; &#224; la vie priv&#233;e, et font de l'int&#233;r&#234;t du pouvoir la seule r&#232;gle en politique. Mais voyons les raisons pour lesquelles il soustrait la politique au pur jugement moral : il en donne deux. D'abord qu'&#171; un homme qui veut &#234;tre parfaitement honn&#234;te, au milieu de gens malhonn&#234;tes, ne peut manquer de p&#233;rir t&#244;t ou tard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb19&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XV.&#034; id=&#034;nh19&#034;&gt;19&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Faible argument, puisqu'on pourrait aussi bien l'appliquer &#224; la vie priv&#233;e, o&#249; pourtant Machiavel demeure &#171; moral &#187;. La seconde raison m&#232;ne plus loin : c'est que, dans l'action historique, la bont&#233; est quelquefois catastrophique et la cruaut&#233; moins cruelle que l'humeur d&#233;bonnaire. &#171; C&#233;sar Borgia passa pour cruel ; mais c'est &#224; sa cruaut&#233; qu'il dut l'avantage de r&#233;unir la Romagne &#224; ses &#201;tats, et de r&#233;tablir dans cette province la paix et la tranquillit&#233; dont elle &#233;tait priv&#233;e depuis longtemps. Et, tout bien consid&#233;r&#233;, on avouera que ce prince fut plus humain que le peuple de Florence qui, pour &#233;viter de para&#238;tre cruel, laissa d&#233;truire Pisto&#239;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb20&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Faute d'avoir extermin&#233; les familles qui partageaient Pisto&#239;e en factions.&#034; id=&#034;nh20&#034;&gt;20&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Quand il s'agit de contenir ses sujets dans le devoir, on ne doit pas se mettre en peine du reproche de cruaut&#233;, d'autant qu'&#224; la fin le Prince se trouvera avoir &#233;t&#233; plus humain, en faisant un petit nombre d'exemples n&#233;cessaires, que ceux qui, par trop d'indulgence, encouragent des d&#233;sordres et provoquent finalement le meurtre et le brigandage. Car ces tumultes bouleversent l'&#201;tat, au lieu que les peines inflig&#233;es par le Prince ne portent que sur quelques particuliers&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb21&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Prince, chap. XVII.&#034; id=&#034;nh21&#034;&gt;21&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Ce qui transforme quelquefois la douceur en cruaut&#233;, la duret&#233; en valeur, et bouleverse les pr&#233;ceptes de la vie priv&#233;e, c'est que les actes du pouvoir interviennent dans un certain &#233;tat de l'opinion, qui en alt&#232;re le sens ; ils &#233;veillent un &#233;cho quelquefois d&#233;mesur&#233; ; ils ouvrent ou ferment des fissures secr&#232;tes dans le bloc du consentement g&#233;n&#233;ral et amorcent un processus mol&#233;culaire qui peut modifier le cours entier des choses. Ou encore : comme des miroirs dispos&#233;s en cercle transforment une mince flamme en f&#233;erie, les actes du pouvoir, r&#233;fl&#233;chis dans la constellation des consciences, se transfigurent, et les reflets de ces reflets cr&#233;ent une apparence qui est le lieu propre et en somme la v&#233;rit&#233; de l'action historique. Le pouvoir porte autour de lui un halo, et sa mal&#233;diction, - comme d'ailleurs celle du peuple qui ne se conna&#238;t pas davantage, - est de ne pas voir l'image de lui-m&#234;me qu'il offre aux autres&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb22&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; ...je pense qu'il faut &#234;tre prince pour bien conna&#238;tre la nature du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh22&#034;&gt;22&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est donc une condition fondamentale de la politique de se d&#233;rouler dans l'apparence : &#171; Les hommes en g&#233;n&#233;ral jugent plus par leurs yeux que par leurs mains. Tout homme peut voir ; mais tr&#232;s peu d'hommes savent toucher. Chacun voit ais&#233;ment ce qu'on para&#238;t &#234;tre, mais presque personne n'identifie ce qu'on est ; et ce petit nombre d'esprits p&#233;n&#233;trants n'ose pas contredire la multitude, qui a pour bouclier la majest&#233; de l'&#201;tat. Or, quand il s'agit de juger l'int&#233;rieur des hommes, et surtout celui des princes, comme on ne peut avoir recours aux tribunaux, il ne faut s'attacher qu'aux r&#233;sultats ; le point est de se maintenir dans son autorit&#233; ; les moyens, quels qu'ils soient, para&#238;tront toujours honorables, et seront lou&#233;s de chacun&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb23&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XVIII.&#034; id=&#034;nh23&#034;&gt;23&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci ne veut pas dire qu'il soit n&#233;cessaire ou m&#234;me pr&#233;f&#233;rable de tromper, mais que, dans la distance et le degr&#233; de g&#233;n&#233;ralit&#233; o&#249; s'&#233;tablissent les relations politiques, un personnage l&#233;gendaire se dessine, fait de quelques gestes et de quelques mots, et que les hommes honorent ou d&#233;testent aveugl&#233;ment. Le prince n'est pas un imposteur ; Machiavel &#233;crit express&#233;ment : &#171; Un prince doit s'efforcer de se faire une r&#233;putation de bont&#233;, de cl&#233;mence, de pi&#233;t&#233;, de loyaut&#233; et de justice ; il doit &lt;i&gt;d'ailleurs avoir toutes ces bonnes qualit&#233;s...&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb24&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XVII. Soulign&#233; par nous.&#034; id=&#034;nh24&#034;&gt;24&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Ce qu'il veut dire, c'est que, m&#234;me vraies, les qualit&#233;s du chef sont toujours en proie &#224; la l&#233;gende, parce qu'elles ne sont pas &lt;i&gt;touch&#233;es&lt;/i&gt;, mais &lt;i&gt;vues&lt;/i&gt;, parce qu'elles ne sont pas connues dans le mouvement de la vie qui les porte, mais fig&#233;es en attitudes historiques. Il faut donc que le prince ait le sentiment de ces &#233;chos qu'&#233;veillent ses paroles et ses actes, il faut qu'il garde contact avec ces t&#233;moins dont il tient tout son pouvoir, il ne faut pas qu'il gouverne en visionnaire, il faut qu'il demeure libre &#224; l'&#233;gard m&#234;me de ses vertus. Le prince doit avoir les qualit&#233;s qu'il para&#238;t avoir, dit Machiavel, mais, ach&#232;ve-t-il, &#171; rester assez ma&#238;tre de soi pour en d&#233;ployer de contraires, lorsque cela est exp&#233;dient&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb25&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh25&#034;&gt;25&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Pr&#233;cepte de politique, mais qui pourrait bien &#234;tre aussi la r&#232;gle d'une vraie morale. Car le jugement public selon l'apparence, qui convertit la bont&#233; du prince en faiblesse, n'est peut-&#234;tre pas si faux. Qu'est-ce qu'une bont&#233; qui serait incapable de duret&#233; ? Qu'est-ce qu'une bont&#233; qui se veut bont&#233; ? Une mani&#232;re douce d'ignorer autrui et finalement de le m&#233;priser. Machiavel ne demande pas qu'on gouverne par les vices, le mensonge, la terreur, la ruse, il ' essaie de d&#233;finir une &lt;i&gt;vertu &lt;/i&gt;politique, qui est, pour le prince, de parler &#224; ces spectateurs muets autour de lui et pris dans le vertige de la vie &#224; plusieurs. V&#233;ritable force d'&#226;me, puisqu'il s'agit, entre la volont&#233; de plaire et le d&#233;fi, entre la bont&#233; complaisante &#224; elle-m&#234;me et la cruaut&#233;, de concevoir une entreprise historique &#224; laquelle tous puissent se joindre. Cette vertu-l&#224; n'est pas expos&#233;e aux renversements que conna&#238;t le politique moralisant, parce qu'elle nous installe d'embl&#233;e dans la relation avec autrui qu'il ignore. C'est elle que Machiavel prend pour signe de valeur en politique, - et non pas le succ&#232;s, puisqu'il donne en exemple C&#233;sar Borgia, qui n'a pas r&#233;ussi, mais avait la &lt;i&gt;virt&#249;&lt;/i&gt;, et met loin derri&#232;re lui Fran&#231;ois Sforza, qui a r&#233;ussi, mais par fortune&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb26&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. VII.&#034; id=&#034;nh26&#034;&gt;26&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme il arrive quelquefois, le dur politique aime les hommes et la libert&#233; plus v&#233;ritablement que l'humaniste d&#233;clar&#233; : c'est Machiavel qui fait l'&#233;loge de Brutus, et c'est Dante qui le damne. Par la ma&#238;trise de ses relations avec autrui, le pouvoir franchit les obstacles entre l'homme et l'homme et met quelque transparence dans nos relations, - comme si les hommes ne pouvaient &#234;tre proches que dans une sorte de distance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui fait qu'on ne comprend pas Machiavel, c'est qu'il unit le sentiment le plus aigu de la contingence ou de l'irrationnel dans le monde avec le go&#251;t de la conscience ou de la libert&#233; dans l'homme. Consid&#233;rant cette histoire o&#249; il y a tant de d&#233;sordres, tant d'oppressions, tant d'inattendu et de retournements, il ne voit rien qui la pr&#233;destine &#224; une consonance finale. Il &#233;voque l'id&#233;e d'un hasard fondamental, d'une adversit&#233; qui la d&#233;roberait aux prises des plus intelligents et des plus forts. Et s'il exorcise finalement ce malin g&#233;nie, ce n'est par aucun principe transcendant, mais par un simple recours aux donn&#233;es de notre condition. Il &#233;carte du m&#234;me geste l'espoir et le d&#233;sespoir. S'il y a une adversit&#233;, elle est sans nom, sans intentions, nous ne pouvons trouver nulle part d'obstacle que nous n'ayons contribu&#233; &#224; faire par nos erreurs ou nos fautes, nous ne pouvons limiter nulle part notre pouvoir. Quelles que soient les surprises de l'&#233;v&#233;nement, nous ne pouvons pas plus nous d&#233;faire de la pr&#233;vision et de la conscience que de notre corps. &#171; Comme nous avons un libre arbitre, il faut, il me semble, reconna&#238;tre que le hasard gouverne la moiti&#233; ou un peu plus de la moiti&#233; de nos actions, et que nous dirigeons le reste&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb27&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XXV.&#034; id=&#034;nh27&#034;&gt;27&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; M&#234;me si nous venons &#224; supposer dans les choses un principe hostile, comme nous ne savons pas ses plans, il est pour nous comme rien : &#171; les hommes ne doivent jamais s'abandonner ; puisqu'ils ne savent pas leur fin et qu'elle vient par des voies obliques et inconnues, ils ont toujours lieu d'esp&#233;rer, et, esp&#233;rant, ne doivent jamais s'abandonner, en quelque fortune et en quelque p&#233;ril qu'ils se trouvent&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb28&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discorsi, II, 29, cit&#233; par A. Renaudet, Machiavel, p. 132.&#034; id=&#034;nh28&#034;&gt;28&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Le hasard ne prend figure que lorsque nous renon&#231;ons &#224; comprendre et &#224; vouloir. La fortune &#171; exerce sa puissance lorsqu'on ne lui oppose aucune barri&#232;re ; elle fait porter son effort sur les points mal d&#233;fendus&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb29&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Prince, chap. XXV.&#034; id=&#034;nh29&#034;&gt;29&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. S'il para&#238;t y avoir un cours inflexible des choses, c'est seulement dans le pass&#233; ; si la fortune para&#238;t tant&#244;t favorable et tant&#244;t d&#233;favorable, c'est que l'homme tant&#244;t comprend et tant&#244;t ne comprend pas son temps, et les m&#234;mes qualit&#233;s font selon le cas son succ&#232;s et sa perte, mais non par hasard&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb30&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh30&#034;&gt;30&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Comme dans nos rapports avec autrui, Machiavel d&#233;finit dans nos rapports avec la fortune une vertu aussi &#233;loign&#233;e de la solitude que de la docilit&#233;. Il indique comme notre seul recours cette pr&#233;sence &#224; autrui et &#224; notre temps qui nous fait trouver autrui au moment o&#249; nous renon&#231;ons &#224; l'opprimer, - trouver le succ&#232;s au moment o&#249; nous renon&#231;ons &#224; l'aventure, &#233;chapper au destin au moment o&#249; nous comprenons notre temps. M&#234;me l'adversit&#233; pour nous prend figure humaine : la fortune est une femme. &#171; Je pense qu'il vaut mieux &#234;tre trop hardi que trop circonspect, parce que la fortune est femme, elle ne c&#232;de qu'&#224; la violence et &#224; la hardiesse, on voit par exp&#233;rience qu'elle se donne aux hommes farouches plut&#244;t qu'aux hommes froids&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb31&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Prince, chap. XXV.&#034; id=&#034;nh31&#034;&gt;31&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il n'est d&#233;cid&#233;ment rien, pour un homme, qui soit tout &#224; fait contre l'humanit&#233;, parce que l'humanit&#233; est seule dans son ordre. L'id&#233;e d'une humanit&#233; fortuite et qui n'a pas cause gagn&#233;e est ce qui donne valeur d'absolu &#224; notre &lt;i&gt;vertu. &lt;/i&gt;Quand nous avons compris ce qui, dans les possibles du moment, est humainement valable, les signes et les pr&#233;sages ne manquent jamais : &#171; Faut-il que le ciel parle ? Il a d&#233;j&#224; manifest&#233; sa volont&#233; par des signes &#233;clatants. On a vu la mer entrouvrir ses ab&#238;mes, une nu&#233;e tracer le chemin &#224; suivre, l'eau jaillir du rocher et la manne tomber du ciel. C'est &#224; nous &#224; faire le reste, puisque Dieu, en faisant tout sans nous, nous d&#233;pouillerait de l'action de notre libre arbitre, et en m&#234;me temps de la portion de choix qui nous est r&#233;serv&#233;e&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb32&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chap. XXVI.&#034; id=&#034;nh32&#034;&gt;32&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Quel humanisme est plus radical que celui-l&#224; ? Machiavel n'a pas ignor&#233; les valeurs. Il les a vues vivantes, bruissantes comme un chantier, li&#233;es &#224; certaines actions historiques, l'Italie &#224; faire, les barbares &#224; chasser. Pour celui qui accomplit de telles entreprises, sa religion terrestre retrouve les paroles de l'autre religion. &#171; &lt;i&gt;Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb33&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discorsi I, 26, cit&#233; par Renaudet, Machiavel, p. 231&#034; id=&#034;nh33&#034;&gt;33&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; &lt;/i&gt;Comme le dit A. Renaudet : &#171; Cet &#233;l&#232;ve de la hardiesse prudente de Rome n'a jamais voulu nier le r&#244;le que jouent, dans l'histoire universelle, l'inspiration, le g&#233;nie, l'action, discern&#233;e par Platon et par Goethe, de quelque d&#233;mon inconnu... Mais, pour que la passion, aid&#233;e par la force, ait la vertu de renouveler un monde, il faut qu'elle soit nourrie de certitude dialectique autant que de sentiment. Si Machiavel n'&#233;carte pas, du domaine de la pratique, la po&#233;sie et l'intuition, cette po&#233;sie est v&#233;rit&#233;, cette intuition est faite de th&#233;orie et de calcul&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb34&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Machiavel, p. 301.&#034; id=&#034;nh34&#034;&gt;34&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on r&#233;prouve chez lui ; c'est l'id&#233;e que l'histoire est une lutte et la politique rapport avec des hommes plut&#244;t qu'avec des principes. Y a-t-il pourtant rien de plus s&#251;r ? L'histoire, apr&#232;s Machiavel encore mieux qu'avant lui, n'a. t-elle pas montr&#233; que les principes n'engagent &#224; rien et qu'ils sont ployables &#224; toutes fins ? Laissons l'histoire contemporaine. L'abolition progressive de l'esclavage avait &#233;t&#233; propos&#233;e par l'abb&#233; Gr&#233;goire en 1789. C'est en 1794 qu'elle est vot&#233;e par la Convention, au moment o&#249;, selon les paroles d'un colon, dans la France enti&#232;re &#171; domestiques, paysans, ouvriers, journaliers agricoles manifestent contre l'aristocratie de la peau&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb35&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JAMES : Les Jacobins noirs, p. 127.&#034; id=&#034;nh35&#034;&gt;35&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; et o&#249; la bourgeoisie provinciale, qui tirait de Saint-Domingue ses revenus, n'occupe plus le pouvoir. Les lib&#233;raux connaissent l'art de retenir les principes sur la pente des cons&#233;quences inopportunes. Il y a plus : appliqu&#233;s dans une situation convenable, les principes sont des instruments d'oppression. Pitt constate que cinquante pour cent des esclaves import&#233;s dans les &#238;les anglaises sont revendus aux colonies fran&#231;aises. Les n&#233;griers anglais font la prosp&#233;rit&#233; de Saint-Domingue et donnent &#224; la France le march&#233; europ&#233;en. Il prend donc parti contre l'esclavage : &#171; Il demanda, &#233;crit M. James, &#224; Wilberforce d'entrer en campagne. Wilberforce repr&#233;sentait la r&#233;gion importante du Yorkshire ; c'&#233;tait un homme de grande r&#233;putation ; les expressions d'humanit&#233;, de justice, de honte nationale, etc., feraient bien dans sa bouche... Clarkson vint &#224; Paris pour stimuler les &#233;nergies sommeillantes (de la Soci&#233;t&#233; &lt;i&gt;des Amis des Noirs), &lt;/i&gt;pour les subventionner, et submerger la France de propagande anglaise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb36&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p. 49.&#034; id=&#034;nh36&#034;&gt;36&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#187; Il n'y a pas d'illusions &#224; se faire sur le sort que cette propagande r&#233;servait aux esclaves de Saint-Domingue : quelques ann&#233;es plus tard, en guerre avec la France, Pitt signe avec quatre colons fran&#231;ais un accord qui met la colonie sous protection anglaise jusqu'&#224; la paix, et r&#233;tablit l'esclavage et la discrimination mul&#226;tre. D&#233;cid&#233;ment, il n'importe pas seulement de savoir &lt;i&gt;quels principes &lt;/i&gt;on choisit, mais aussi qui, quelles forces, quels hommes les appliquent. Il y a plus clair encore : les m&#234;mes principes peuvent servir aux deux adversaires. Quand Bonaparte envoya contre Saint-Domingue des troupes qui devaient y p&#233;rir, &#171; beaucoup d'officiers et tous les soldats croyaient se battre pour la R&#233;volution ; ils voyaient en Toussaint un tra&#238;tre vendu aux pr&#234;tres, aux &#233;migr&#233;s et aux Anglais... les hommes consid&#233;raient encore qu'ils appartenaient &#224; une arm&#233;e r&#233;volutionnaire. Cependant, certaines nuits, ils entendaient les Noirs &#224; l'int&#233;rieur de la forteresse chanter &lt;i&gt;La Marseillaise&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;&#199;a ira &lt;/i&gt;et autres chants r&#233;volutionnaires. Lacroix raconte que les soldats abus&#233;s, entendant ces chants, se levaient et regardaient leurs officiers comme pour leur dire : &#171; La justice serait-elle du c&#244;t&#233; de nos ennemis barbares ? Ne sommes-nous plus les soldats de la France r&#233;publicaine ? Et serions-nous devenus de vulgaires instruments politiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb37&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;JAMES : Les Jacobins noirs, p. 275, p. 295.&#034; id=&#034;nh37&#034;&gt;37&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ? &#187; Mais quoi ? La France &#233;tait le pays de la R&#233;volution. Bonaparte, qui avait consacr&#233; quelques-unes de ses acquisitions, marchait contre Toussaint-Louverture. C'&#233;tait donc clair : Toussaint &#233;tait un contre-r&#233;volutionnaire au service de l'&#233;tranger. Ici comme souvent, tout le monde se bat au nom des m&#234;mes valeurs : la libert&#233;, la justice. Ce qui d&#233;partage, c'est la sorte d'hommes pour qui l'on demande libert&#233; ou justice, avec qui l'on entend faire soci&#233;t&#233; : les esclaves ou les ma&#238;tres. Machiavel avait raison : il faut avoir des valeurs, mais cela ne suffit pas, et il est m&#234;me dangereux de s'en tenir l&#224; ; tant qu'on n'a pas choisi ceux qui ont mission de les porter dans la lutte historique, on n'a rien fait. Or, ce n'est pas seulement dans le pass&#233; qu'on voit des r&#233;publiques refuser la citoyennet&#233; &#224; leurs colonies, tuer au nom de la Libert&#233; et prendre l'offensive au nom de la loi. Bien entendu, la dure sagesse de Machiavel ne le leur reprochera pas. L'histoire est une lutte, et si les r&#233;publiques ne luttaient pas, elles dispara&#238;traient. Du moins devons-nous voir que les moyens restent sanguinaires, impitoyables, sordides. C'est la supr&#234;me ruse des Croisades de ne pas l'avouer. Il faudrait briser le cercle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;videmment sur ce terrain qu'une critique de Machiavel est possible et n&#233;cessaire. Il n'a pas eu tort d'insister sur le probl&#232;me du pouvoir. Mais il s'est content&#233; d'&#233;voquer en quelques mots un pouvoir qui ne serait pas injuste, il n'en a pas cherch&#233; tr&#232;s &#233;nergiquement la d&#233;finition. Ce qui le d&#233;courage, c'est qu'il croit que les hommes sont immuables, et que les r&#233;gimes se succ&#232;dent en cycle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb38&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Discorsi, I, cit&#233; par A. Renaudet, Machiavel, p. 71.&#034; id=&#034;nh38&#034;&gt;38&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il y aura toujours deux sortes d'hommes, ceux qui vivent et ceux qui font l'histoire : le meunier, le boulanger, l'h&#244;telier avec lesquels Machiavel en exil passe sa journ&#233;e, bavarde et joue au trie-trac (&#171; alors, dit-il, s'&#233;l&#232;vent des contestations, des paroles de d&#233;pit, des injures, on se dispute pour un sou ; on pousse des cris qui s'entendent jusqu'&#224; San Casciano. Envelopp&#233; dans cette pouillerie, j'&#233;puise &#224; fond la malignit&#233; de mon destin &#187;) ; et les grands hommes dont, le soir, rev&#234;tu de l'habit de cour, il lit l'histoire, qu'il interroge, qui toujours lui r&#233;pondent. (&#171; Et pendant quatre longues heures, dit-il, je ne sens plus aucun ennui, j'oublie toute mis&#232;re, je ne crains plus la pauvret&#233;, la mort ne m'effraie plus. Je passe tout entier en eux &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb39&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lettre &#224; Francesco Vettori, cit&#233;e par A. Renaudet, ibid., p. 72.&#034; id=&#034;nh39&#034;&gt;39&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Sans doute ne s'est-il jamais r&#233;sign&#233; &#224; se s&#233;parer des hommes spontan&#233;s : il ne passerait pas des journ&#233;es &#224; les contempler s'ils n'&#233;taient pour lui comme un myst&#232;re : est-il vrai que ces hommes pourraient aimer et comprendre les m&#234;mes choses qu'il comprend et aime ? A voir tant d'aveuglement d'un c&#244;t&#233;, de l'autre un art si naturel de commander, il est tent&#233; de penser qu'il n'y a pas une humanit&#233;, mais des hommes historiques et des patients, - et de se ranger du c&#244;t&#233; des premiers. C'est alors que, n'ayant plus aucune raison de pr&#233;f&#233;rer un &#171; proph&#232;te arm&#233; &#187; &#224; un autre, il n'agit plus qu'&#224; l'aventure : il fonde sur le fils de Laurent de M&#233;dicis des espoirs t&#233;m&#233;raires, et les M&#233;dicis, suivant ses propres r&#232;gles, le compromettent sans l'employer. R&#233;publicain, il d&#233;savoue dans la pr&#233;face de l'Histoire &lt;i&gt;de Flo&lt;/i&gt;rence le jugement que les r&#233;publicains portaient sur les M&#233;dicis, et les r&#233;publicains, qui ne le lui pardonnent pas, ne l'emploieront pas davantage. La conduite de Machiavel accuse ce qui manquait &#224; sa politique : un fil conducteur qui lui perm&#238;t de reconna&#238;tre, entre les pouvoirs, celui dont il y avait quelque chose de valable &#224; esp&#233;rer, et d'&#233;lever d&#233;cid&#233;ment la vertu au-dessus de l'opportunisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il ajouter, pour &#234;tre &#233;quitable, que la t&#226;che &#233;tait difficile. Pour les contemporains de Machiavel, le probl&#232;me politique &#233;tait d'abord de savoir si les Italiens seraient longtemps emp&#234;ch&#233;s de cultiver et de vivre par les razzias de la France, de l'Espagne, quand ce n'&#233;taient pas celles de la Papaut&#233;. Que pouvait-il vouloir raisonnablement, sinon une nation italienne et des soldats pour la faire ? Pour faire l'humanit&#233;, il fallait commencer par faire ce morceau de vie humaine. Dans la discordance d'une Europe qui s'ignorait, d'un monde qui n'avait pas fait son propre inventaire et o&#249; les pays et les hommes dispers&#233;s n'avaient pas encore crois&#233; le regard, o&#249; &#233;tait le peuple universel qui p&#251;t se faire complice d'une cit&#233; populaire italienne ? Comment les peuples de tous les pays se seraient-ils reconnus, concert&#233;s et rejoints ? Il n'y a d'humanisme s&#233;rieux que celui qui attend, &#224; travers le monde, la reconnaissance effective de l'homme par l'homme ; il ne saurait donc pr&#233;c&#233;der le moment o&#249; l'humanit&#233; se donne ses moyens de communication et de communion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils existent aujourd'hui et le probl&#232;me d'un humanisme r&#233;el, pos&#233; par Machiavel, a &#233;t&#233; repris par Marx il y a cent ans. Peut-on dire qu'il soit r&#233;solu ? Marx s'est pr&#233;cis&#233;ment propos&#233;, pour faire une humanit&#233;, de trouver un autre appui que celui, toujours &#233;quivoque, des principes. Il a cherch&#233; dans la situation et dans le mouvement vital des hommes les plus exploit&#233;s, les plus opprim&#233;s, les plus d&#233;pourvus de pouvoir, le fondement d'un pouvoir r&#233;volutionnaire, c'est-&#224;-dire capable de supprimer l'exploitation et l'oppression. Mais il est apparu que tout le probl&#232;me &#233;tait de constituer un pouvoir des sans-pouvoir. Car ou bien, pour rester pouvoir du prol&#233;tariat, il devait suivre les fluctuations de la conscience des masses, et alors il serait vite abattu, ou bien, s'il voulait s'y soustraire, il devait se faire juge des int&#233;r&#234;ts du prol&#233;tariat, et alors il se constituait en pouvoir au sens traditionnel, il &#233;tait l'&#233;bauche d'une nouvelle couche dirigeante. La solution ne pouvait se trouver que dans un rapport absolument nouveau du pouvoir aux assujettis. Il fallait inventer des formes politiques capables de contr&#244;ler le pouvoir sans l'annuler, il fallait des chefs capables d'expliquer aux assujettis les raisons d'une politique, et d'obtenir d'eux-m&#234;mes, s'ils devenaient n&#233;cessaires, les sacrifices que le pouvoir leur impose d'ordinaire. Ces formes politiques ont &#233;t&#233; &#233;bauch&#233;es, ces chefs ont paru dans la r&#233;volution de 1917, mais, d&#232;s l'&#233;poque de la Commune de Cronstadt, le pouvoir r&#233;volutionnaire a perdu le contact avec une fraction du prol&#233;tariat, pourtant &#233;prouv&#233;e, et, pour cacher le conflit, il commence &#224; mentir. Il proclame que l'&#233;tat-major des insurg&#233;s est aux mains des gardes blancs, comme les troupes de Bonaparte traitent Toussaint-Louverture en agent de l'&#233;tranger. D&#233;j&#224; la divergence est maquill&#233;e en sabotage, l'opposition en espionnage. On voit repara&#238;tre &#224; l'int&#233;rieur de la r&#233;volution les luttes qu'elle devait d&#233;passer. Et, comme pour donner raison &#224; Machiavel, pendant que le gouvernement r&#233;volutionnaire recourt aux ruses classiques du pouvoir, l'opposition ne manque pas m&#234;me de sympathies chez les ennemis de la R&#233;volution. Tout pouvoir tend-il &#224; s'&#171; autonomiser &#187;, et s'agit-il l&#224; d'un destin in&#233;vitable dans toute soci&#233;t&#233; d'hommes, ou bien d'une &#233;volution contingente, li&#233;e aux conditions particuli&#232;res de la R&#233;volution en Russie, &#224; la clandestinit&#233; du mouvement r&#233;volutionnaire avant 1917, &#224; la faiblesse du prol&#233;tariat russe, et qui ne se serait pas produite dans une r&#233;volution occidentale, tel est &#233;videmment le probl&#232;me essentiel. En tout cas, maintenant que l'exp&#233;dient de Cronstadt est devenu syst&#232;me et que le pouvoir r&#233;volutionnaire s'est d&#233;cid&#233;ment substitu&#233; au prol&#233;tariat comme couche dirigeante, avec les attributs de puissance d'une &#233;lite incontr&#244;l&#233;e, nous pouvons conclure que, cent ans apr&#232;s Marx, le probl&#232;me d'un humanisme r&#233;el reste entier, et donc montrer de l'indulgence envers Machiavel, qui ne pouvait que l'entrevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on appelle humanisme une philosophie de l'homme int&#233;rieur qui ne trouve aucune difficult&#233; de principe dans ses rapports avec les autres, aucune opacit&#233; dans le fonctionnement social, et remplace la culture politique par l'exhortation morale, Machiavel n'est pas humaniste. Mais si l'on appelle humanisme une philosophie qui affronte comme un probl&#232;me le rapport de l'homme avec l'homme et la constitution entre eux d'une situation et d'une histoire qui leur soient communes, alors il faut dire que Machiavel a formul&#233; quelques conditions de tout humanisme s&#233;rieux. Et le d&#233;saveu de Machiavel, si commun aujourd'hui, prend alors un sens inqui&#233;tant : ce serait la d&#233;cision d'ignorer les t&#226;ches d'un humanisme vrai. Il y a une mani&#232;re de d&#233;savouer Machiavel qui est machiav&#233;lique, c'est la pieuse ruse de ceux qui dirigent leurs yeux et les n&#244;tres vers le ciel des principes pour les d&#233;tourner de ce qu'ils font. Et il y a une mani&#232;re de louer Machiavel qui est tout le contraire du machiav&#233;lisme puisqu'elle honore dans son oeuvre une contribution &#224; la clart&#233; politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Prince&lt;/i&gt;, chap. XXV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Discorsi&lt;/i&gt;, II, 23, cit&#233; par 1. Renaudet, &lt;i&gt;Machiavel&lt;/i&gt;, p. 305.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Prince&lt;/i&gt;, chap. XIV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XVII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XVIII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. III.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XVI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XVII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. V.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb13&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh13&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 13&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;13&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. V.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb14&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh14&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 14&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;14&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. III.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb15&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh15&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 15&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;15&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XVII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb16&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh16&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 16&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;16&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. IX. On n'est pas loin de la d&#233;finition de l'&#201;tat dans l'&lt;i&gt;Utopie&lt;/i&gt; de Thomas MORE : &#171; &lt;i&gt;quaedain conspiratio divitum de suis commodis reipublicae nomine tituloque tractantium.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb17&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh17&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 17&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;17&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Prince&lt;/i&gt;, chap. XXIII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb18&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh18&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 18&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;18&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. X.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb19&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh19&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 19&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;19&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb20&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh20&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 20&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;20&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Faute d'avoir extermin&#233; les familles qui partageaient Pisto&#239;e en factions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb21&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh21&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 21&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;21&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Prince&lt;/i&gt;, chap. XVII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb22&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh22&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 22&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;22&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; ...je pense qu'il faut &#234;tre prince pour bien conna&#238;tre la nature du peuple, et peuple pour bien conna&#238;tre celle des princes &#187; (&lt;i&gt;Le Prince&lt;/i&gt;, d&#233;dicace).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb23&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh23&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 23&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;23&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XVIII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb24&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh24&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 24&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;24&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XVII. Soulign&#233; par nous.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb25&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh25&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 25&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;25&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb26&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh26&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 26&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;26&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. VII.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb27&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh27&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 27&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;27&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XXV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb28&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh28&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 28&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;28&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Discorsi&lt;/i&gt;, II, 29, cit&#233; par A. Renaudet, &lt;i&gt;Machiavel&lt;/i&gt;, p. 132.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb29&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh29&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 29&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;29&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Prince&lt;/i&gt;, chap. XXV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb30&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh30&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 30&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;30&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb31&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh31&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 31&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;31&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Prince&lt;/i&gt;, chap. XXV.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb32&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh32&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 32&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;32&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Chap. XXVI.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb33&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh33&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 33&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;33&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Discorsi &lt;/i&gt;I, 26, cit&#233; par Renaudet, &lt;i&gt;Machiavel&lt;/i&gt;, p. 231&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb34&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh34&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 34&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;34&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Machiavel&lt;/i&gt;, p. 301.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb35&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh35&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 35&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;35&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;JAMES : &lt;i&gt;Les Jacobins noirs&lt;/i&gt;, p. 127.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb36&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh36&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 36&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;36&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;, p. 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb37&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh37&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 37&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;37&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;JAMES : &lt;i&gt;Les Jacobins noirs&lt;/i&gt;, p. 275, p. 295.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb38&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh38&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 38&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;38&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Discorsi&lt;/i&gt;, I, cit&#233; par A. Renaudet, &lt;i&gt;Machiavel&lt;/i&gt;, p. 71.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb39&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh39&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 39&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;39&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lettre &#224; Francesco Vettori, cit&#233;e par A. Renaudet, &lt;i&gt;ibid.&lt;/i&gt;, p. 72.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'est-ce donc que la libert&#233; ? Na&#238;tre, c'est &#224; la fois na&#238;tre du monde et na&#238;tre au monde.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Qu-est-ce-donc-que-la-liberte-Naitre-c-est-a-la-fois-naitre-du-monde-et-naitre</link>
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		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ? &lt;br class='autobr' /&gt; Qu'est-ce donc que la libert&#233; ? Na&#238;tre, c'est &#224; la fois na&#238;tre du monde et na&#238;tre au monde. Le monde est d&#233;j&#224; constitu&#233;, mais aussi jamais compl&#232;tement constitu&#233;. Sous le premier rapport, nous sommes sollicit&#233;s, sous le second nous sommes ouverts &#224; une infinit&#233; de possibles. Mais cette analyse est encore abstraite, car nous existons sous les deux rapports &#224; la fois. Il n'y a donc jamais d&#233;terminisme et jamais choix (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-liberte-+" rel="tag"&gt;libert&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-morale-24-+" rel="tag"&gt;morale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-universel-+" rel="tag"&gt;universel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-tolerance-+" rel="tag"&gt;tol&#233;rance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-naissance-+" rel="tag"&gt;naissance&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-Hegel-134-+" rel="tag"&gt;Hegel&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-torture-+" rel="tag"&gt;torture&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Qu-on-n-ait-pas-choisi-de-naitre-peut-il-etre-considere-comme-une-excuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qu'est-ce donc que la libert&#233; ? Na&#238;tre, c'est &#224; la fois na&#238;tre du monde et na&#238;tre au monde. Le monde est d&#233;j&#224; constitu&#233;, mais aussi jamais compl&#232;tement constitu&#233;. Sous le premier rapport, nous sommes sollicit&#233;s, sous le second nous sommes ouverts &#224; une infinit&#233; de possibles. Mais cette analyse est encore abstraite, car nous existons sous les deux rapports &lt;i&gt;&#224; la fois&lt;/i&gt;. Il n'y a donc jamais d&#233;terminisme et jamais choix absolu, jamais je ne suis chose et jamais conscience nue. En particulier, m&#234;me nos initiatives, m&#234;me les situations que nous avons choisies nous portent, une fois assum&#233;es comme par une gr&#226;ce d'&#233;tat. La g&#233;n&#233;ralit&#233; du &#171; r&#244;le &#187; et de la situation vient au secours de la d&#233;cision, et, dans cet &#233;change entre la situation et celui qui l'assume, il est impossible de d&#233;limiter la &#171; part de la situation &#187; et la &#171; part de la libert&#233; &#187;. On torture un homme pour le faire parler. S'il refuse de donner les noms et les adresses qu'on veut lui arracher ce n'est pas par une d&#233;cision solitaire et sans appuis ; il se sentait encore avec ses camarades, et, encore engag&#233; dans la lutte commune, il &#233;tait comme incapable de parler ; ou bien, depuis des mois ou des ann&#233;es, il a affront&#233; en pens&#233;e cette &#233;preuve et mis&#233; toute sa vie sur elle ; ou enfin, il veut prouver en la surmontant ce qu'il a toujours pens&#233; et dit de la libert&#233;. Ces motifs n'annulent pas la libert&#233;, ils font du moins qu'elle ne soit pas sans &#233;tais dans l'&#234;tre. Ce n'est pas finalement une conscience nue qui r&#233;siste &#224; la douleur, mais le prisonnier avec ses camarades ou avec ceux qu'il aime et sous le regard de qui il vit, ou enfin la conscience avec sa solitude mrgueilleusement voulue, c'est-&#224;-dire encore un certain mode du &lt;i&gt;Mit-Sein&lt;/i&gt;. Et sans doute c'est l'individu, dans sa prison, qui ranime chaque jour ces fant&#244;mes, ils lui rendent la force qu'il leur a donn&#233;e, mais r&#233;ciproquement, s'il s'est engag&#233; dans cette action, s'il s'est li&#233; avec ces camarades ou attach&#233; &#224; cette morale, c'est parce que la situation historique, les camarades, le monde autour de lui lui paraissaient attendre de lui cette conduite-l&#224;. On pourrait ainsi continuer l'analyse sans fin. Nous choisissons notre monde et le monde nous choisit. Il est s&#251;r en tout cas que jamais nous ne pouvons r&#233;server en nous-m&#234;me un r&#233;duit o&#249; l'&#234;tre ne p&#233;n&#232;tre pas, sans qu'aussit&#244;t, du seul fait qu'elle est v&#233;cue, cette libert&#233; prenne figure d'&#234;tre et devienne motif et appui. Concr&#232;tement prise, la libert&#233; est toujours une rencontre de l'ext&#233;rieur et de l'int&#233;rieur, - m&#234;me la libert&#233; pr&#233;humaine et pr&#233;historique par laquelle nous avons commenc&#233;, - et elle se d&#233;grade sans devenir jamais nulle &#224; mesure que diminue la &lt;i&gt;tol&#233;rance &lt;/i&gt;des donn&#233;es corporelles et institutionnelles de notre vie. Il y a, comme dit Husserl, un &#171; champ de la libert&#233; &#187; et une &#171; libert&#233; conditionn&#233;e &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fink, Vergegenw&#228;rtigung und Bild, p. 285&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, non qu'elle soit absolue dans les limites de ce champ et nulle au dehors, - comme le champ perceptif, celui-ci est sans limites lin&#233;aires, - mais parce que j'ai des possibilit&#233;s prochaines et des possibilit&#233;s lointaines. Nos engagements soutiennent notre puissance et il n 'y a pas de libert&#233; sans quelque puissance. Notre libert&#233;, dit-on, est ou bien totale, ou bien nulle. Ce dilemme est celui de la pens&#233;e objective et de l'analyse r&#233;flexive, sa complice. Si en effet nous nous pla&#231;ons dans l'&#234;tre, il faut n&#233;cessairement que nos actions viennent du dehors, si nous revenons &#224; la conscience constituante, il faut qu'elles viennent du dedans. Mais nous avons justement appris &#224; reconna&#238;tre l'ordre des ph&#233;nom&#232;nes. Nous sommes m&#234;l&#233;s au monde et aux autres dans une confusion inextricable. L'id&#233;e de situation exclut la libert&#233; absolue &#224; l'origine de nos engagements. Elle l'exclut d'ailleurs &#233;galement &#224; leur terme. Aucun engagement. et pas m&#234;me l'engagement dans l'&#201;tat h&#233;g&#233;lien, ne peut me faire d&#233;passer toutes les diff&#233;rences et me rendre libre pour tout. Cette universalit&#233; elle-m&#234;me, du seul fait qu'elle serait v&#233;cue. se d&#233;tacherait comme une particularit&#233; sur le fond du monde, l'existence g&#233;n&#233;ralise et particularise &#224; la fois tout ce qu'elle vise et ne saurait &#234;tre int&#233;grale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La synth&#232;se de l'En soi et du Pour soi qui accomplit la libert&#233; h&#233;g&#233;lienne a cependant sa v&#233;rit&#233;. En un sens, c'est la d&#233;finition m&#234;me de l'existence, elle se fait &#224; chaque moment sous nos yeux dans le ph&#233;nom&#232;ne de pr&#233;sence, simplement elle est bient&#244;t &#224; recommencer et ne supprime pas notre finitude. En assumant un pr&#233;sent, je ressaisis et je transforme mon pass&#233;, j'en change le sens, je m'en lib&#232;re, je m'en d&#233;gage. Mais je ne le fais qu'en m'engageant ailleurs. Le traitement psychanalytique ne gu&#233;rit pas en provoquant une prise de conscience du pass&#233;, mais d'abord en liant le sujet &#224; son m&#233;decin par de nouveaux rapports d'existence. Il ne s'agit pas de donner &#224; l'interpr&#233;tation psychanalytique un assentiment scientifique et de d&#233;couvrir un sens notionnel du pass&#233;, il s'agit de le re-vivre comme signifiant ceci ou cela, et le malade n'y parvient qu'en voyant son pass&#233; dans la perspective de sa coexistence avec le m&#233;decin. Le complexe n'est pas dissous par une libert&#233; sans instruments, mais plut&#244;t disloqu&#233; par une nouvelle pulsation du temps qui a ses appuis et ses motifs. Il en est de m&#234;me dans toutes les prises de conscience : elles ne sont effectives que si elles sont port&#233;es par un nouvel engagement. Or cet engagement &#224; son tour se fait dans l'implicite, il n'est donc valable que pour un cycle de temps. Le choix que nous faisons de notre vie a toujours lieu sur la base d'un certain donn&#233;. Ma libert&#233; peut d&#233;tourner ma vie de son sens spontan&#233;, mais par une s&#233;rie de glissements, en l'&#233;pousant d'abord, et non par aucune cr&#233;ation absolue. Toutes les explications de ma conduite par mon pass&#233;, mon temp&#233;rament, mon milieu sont donc vraies, &#224; condition qu'on les consid&#232;re non comme des apports s&#233;parables, mais comme des moments de mon &#234;tre total dont il m'est loisible d'expliciter le sens dans diff&#233;rentes directions, sans qu'on puisse jamais dire si c'est moi qui leur donne leur sens ou si je le re&#231;ois d'eux. Je suis une structure psychologique et historique. J'ai re&#231;u avec l'existence une mani&#232;re d'exister, un style. Toutes mes actions et mes pens&#233;es sont en rapport avec cette structure, et m&#234;me la pens&#233;e d'un philosophe n'est qu'une mani&#232;re d'expliciter sa prise sur le monde, cela qu'il est. Et cependant, je suis libre, non pas en d&#233;pit ou en de&#231;&#224; de ces motivations, mais par leur moyen. Car cette vie signifiante, cette certaine signification de la nature et de l'histoire que je suis, ne limite pas mon acc&#232;s au monde, elle est au contraire mon moyen de communiquer avec lui. C'est en &#233;tant sans restrictions ni r&#233;serves ce que je suis &#224; pr&#233;sent que j'ai chance de progresser, c'est en vivant mon temps que je peux comprendre les autres temps, c'est en m'enfon&#231;ant dans le pr&#233;sent et dans le monde, en assumant r&#233;solument ce que je suis par hasard, en voulant ce que je veux, en faisant ce que je fais que je peux aller au del&#224;. Je ne peux manquer la libert&#233; que si je cherche &#224; d&#233;passer ma situation naturelle et sociale en refusant de l'assumer d'abord, au lieu de rejoindre &#224; travers elle le monde naturel et humain. Rien ne me d&#233;termine du dehors, non que rien ne me sollicite, mais au contraire parce que je suis d'embl&#233;e hors de moi et ouvert au monde. Nous sommes de part en part &lt;i&gt;vrais&lt;/i&gt;, nous avons avec nous, du seul fait que nous sommes au monde, et non pas seulement dans le monde, comme des choses, tout ce qu'il faut pour nous d&#233;passer. Nous n'avons pas &#224; craindre que nos choix ou nos actions restreignent notre libert&#233;, puisque le choix et l'action nous lib&#232;rent seuls de nos ancres. De m&#234;me que la r&#233;flexion emprunte son v&#339;u d'ad&#233;quation absolue &#224; la perception qui fait para&#238;tre une chose, et qu'ainsi l'id&#233;alisme utilise tacitement l'&#171; opinion originaire &#187; qu'il voudrait d&#233;truire comme opinion, de m&#234;me la libert&#233; s'embarrasse dans les contradictions de l'engagement et ne s'aper&#231;oit pas qu'elle ne serait pas libert&#233; sans les racines qu'elle pousse dans le monde. Ferai-je cette promesse ? Risquerai-je ma vie pour si peu ? Donnerai-je ma libert&#233; pour sauver la libert&#233; ? Il n'y a pas de r&#233;ponse th&#233;orique &#224; ces questions. Mais il y a ces &lt;i&gt;choses &lt;/i&gt;qui se pr&#233;sentent, irr&#233;cusables, il y a cette personne aim&#233;e devant toi, il y a ces hommes qui existent esclaves autour de toi et &lt;i&gt;ta &lt;/i&gt;libert&#233; ne peut se vouloir sans sortir de sa singularit&#233; et sans vouloir &lt;i&gt;la &lt;/i&gt;libert&#233;. Qu'il s'agisse des choses ou des situations historiques, la philosophie n'a pas d'autre fonction que de nous rapprendre &#224; les voir bien, et il est vrai de dire qu'elle se r&#233;alise en se d&#233;truisant comme philosophie s&#233;par&#233;e. Mais c'est ici qu'il faut se taire car seul le h&#233;ros vit jusqu'au bout sa relation aux hommes et au monde, et il ne convient pas qu'un autre parle en son nom. &#171; Ton fils est pris dans l'incendie, tu le sauveras&#8230;Tu vendrais, s'il est un obstacle, ton &#233;paule contre un coup d'&#233;paule. Tu loges dans ton acte m&#234;me. Ton acte, c'est toi... Tu t'&#233;changes... Ta signification se montre, &#233;blouissante. C'est ton devoir, c'est ta haine, c'est ton amour, c'est ta fid&#233;lit&#233;, c'est ton invention... L 'homme n'est qu'un n&#339;ud de relations, les relations comptent seules pour l'homme. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A. DE SAINT-EXUP&#201;RY, Pilote de Guerre, pp. 171 et 174.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fink, &lt;i&gt;Vergegenw&#228;rtigung und Bild&lt;/i&gt;, p. 285&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;A. DE SAINT-EXUP&#201;RY, &lt;i&gt;Pilote de Guerre&lt;/i&gt;, pp. 171 et 174.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Maurice Merleau-Ponty, &lt;strong&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/strong&gt;, Gallimard, coll. &#034;TEL&#034;, pp.517-520&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Je n'ai pas choisi de na&#238;tre, et, une fois que je suis n&#233;, le temps fuse &#224; travers moi, quoi que je fasse .</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Je-n-ai-pas-choisi-de-naitre-et</link>
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		<dc:date>2003-08-10T08:48:13Z</dc:date>
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		<dc:creator>Merleau-Ponty, Maurice</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ? &lt;br class='autobr' /&gt; Rien n'est faux de ce qu'on dit du sujet : il est vrai que le sujet comme pr&#233;sence absolue &#224; soi est rigoureusement ind&#233;clinable, et que rien ne saurait lui advenir dont il ne porte en lui-m&#234;me l'esquisse ; il est vrai aussi qu'il se donne des embl&#232;mes de lui-m&#234;me dans la succession et dans la multiplicit&#233;, et que ces embl&#232;mes sont lui, puisque sans eux il serait comme un cri inarticul&#233; et ne parviendrait pas m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Merleau-Ponty-" rel="directory"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-liberte-+" rel="tag"&gt;libert&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-naissance-+" rel="tag"&gt;naissance&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-ek-stase-+" rel="tag"&gt;ek-stase&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-generativite-+" rel="tag"&gt;g&#233;n&#233;rativit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-passe-+" rel="tag"&gt;pass&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-multiple-+" rel="tag"&gt;multiple&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-mot108-+" rel="tag"&gt;un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-multiplicite-109-+" rel="tag"&gt;multiplicit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-unite-+" rel="tag"&gt;unit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-Heidegger-111-+" rel="tag"&gt;Heidegger&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-Merleau-Ponty-112-+" rel="tag"&gt;Merleau-Ponty&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-Sartre-113-+" rel="tag"&gt;Sartre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-Husserl-+" rel="tag"&gt;Husserl&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Qu-on-n-ait-pas-choisi-de-naitre-peut-il-etre-considere-comme-une-excuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Qu'on n'ait pas choisi de na&#238;tre peut-il &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une excuse ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rien n'est faux de ce qu'on dit du sujet : il est vrai que le sujet comme pr&#233;sence absolue &#224; soi est rigoureusement ind&#233;clinable, et que rien ne saurait lui advenir dont il ne porte en lui-m&#234;me l'esquisse ; il est vrai aussi qu'il se donne des embl&#232;mes de lui-m&#234;me dans la succession et dans la multiplicit&#233;, et que ces embl&#232;mes sont lui, puisque sans eux il serait comme un cri inarticul&#233; et ne parviendrait pas m&#234;me &#224; la conscience de soi. Ce que nous appelions provisoirement synth&#232;se passive trouve ici son &#233;claircissement. Une synth&#232;se passive est contradictoire si la synth&#232;se est composition. et si la passivit&#233; consiste &#224; recevoir une multiplicit&#233; au lieu de la composer. On voulait dire, en parlant de synth&#232;se passive, que le multiple est p&#233;n&#233;tr&#233; par nous et que, cependant, ce n'est pas nous qui en effectuons la synth&#232;se. Or la temporalisation, par sa nature m&#234;me, satisfait &#224; ces deux conditions : il est visible, en effet, que je ne suis pas l'auteur du temps, pas plus que des battements de mon c&#339;ur, ce n'est pas moi qui prends l'initiative de la temporalisation ; je n'ai pas choisi de na&#238;tre, et, une fois que je suis n&#233;, le temps fuse &#224; travers moi, quoi que je fasse. Et cependant ce jaillissement du temps n'est pas un simple fait que je subis, je peux trouver en lui un recours contre lui-m&#234;me, comme il arrive dans une d&#233;cision qui m'engage ou dans un acte de fixation conceptuelle. Il m'arrache &#224; ce que j'allais &#234;tre, mais me donne en m&#234;me temps le moyen de me saisir &#224; distance et de me r&#233;aliser comme moi. Ce qu'on appelle la passivit&#233; n'est pas la r&#233;ception par nous d'une r&#233;alit&#233; &#233;trang&#232;re ou l'action causale du dehors sur nous : c'est un investissement, un &#234;tre en situation, avant lequel nous n'existons pas, que. nous recommen&#231;ons perp&#233;tuellement et qui est constitutif de nous-m&#234;mes. Une spontan&#233;it&#233; &#171; acquise &#187; une fois pour toutes et qui &#171; se perp&#233;tue &#224; l' &#234;tre en vertu de l'acquis &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-P. SARTRE, L'&#202;tre et le N&#233;ant, p. 195. L'auteur ne mentionne ce monstre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , c'est exactement le temps et c'est exactement la subjectivit&#233;. C'est le temps, puisque un temps qui n'aurait pas ses racines dans un pr&#233;sent et par l&#224; dans un pass&#233; ne serait plus temps, mais &#233;ternit&#233;. Le temps historique de Heidegger, qui coule de l'avenir et qui, par la d&#233;cision r&#233;solue, &lt;i&gt;a&lt;/i&gt; d'avance son avenir et se sauve une fois pour toutes de la dispersion, est impossible selon la pens&#233;e m&#234;me de Heidegger : car, si, le temps est une &lt;i&gt;ek-stase, &lt;/i&gt;si pr&#233;sent et pass&#233; sont deux r&#233;sultats de cette extase, comment cesserions-nous tout &#224; fait de voir le temps du point de vue du pr&#233;sent, et comment sortirions-nous d&#233;finitivement de l'inauthentique ? C'est toujours dans le pr&#233;sent que nous sommes centr&#233;s, c'est de lui que partent nos d&#233;cisions ; elles peuvent donc toujours &#234;tre mises en rapport avec notre pass&#233;, elles ne sont jamais sans motif et, si elles ouvrent dans notre vie un cycle qui peut &#234;tre enti&#232;rement neuf, elles doivent &#234;tre reprises dans la suite, elles ne nous sauvent de la dispersion que pour un temps. Il ne peut donc pas &#234;tre question de d&#233;duire le temps de la spontan&#233;it&#233;. Nous ne sommes pas temporels &lt;i&gt;parce que&lt;/i&gt; nous sommes spontan&#233;s et que, comme consciences, nous nous arrachons &#224; nous-m&#234;mes, mais au contraire le temps est le fondement et la mesure de notre spontan&#233;it&#233;, la puissance de passer outre et de &#171; n&#233;antiser &#187; qui nous habite, qui est nous-m&#234;mes, nous est elle-m&#234;me donn&#233;e avec la temporalit&#233; et avec la vie. Notre naissance, ou, comme dit Husserl dans ses in&#233;dits, notre &#171; g&#233;n&#233;rativit&#233; &#187; fonde &#224; la fois notre activit&#233; ou notre individualit&#233;, et notre passivit&#233; ou notre g&#233;n&#233;ralit&#233;, cette faiblesse interne qui nous emp&#234;che d'obtenir jamais la densit&#233; d'un individu absolu. Nous ne sommes pas, d'une mani&#232;re incompr&#233;hensible, une activit&#233; jointe &#224; une passivit&#233;, un automatisme surmont&#233; d'une volont&#233;, une perception d'un jugement, mais tout actifs et tout passifs, parce que nous sommes le surgissement du temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;J.-P. SARTRE, &lt;i&gt;L'&#202;tre et le N&#233;ant&lt;/i&gt;, p. 195. L'auteur ne mentionne ce monstre que pour en rejeter l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Maurice Merleau-Ponty, &lt;strong&gt;Ph&#233;nom&#233;nologie de la perception&lt;/strong&gt;, Gallimard, coll &#034;TEL&#034;, pp.488-489&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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