<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://caute.lautre.net/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Caute@lautre.net</title>
	<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://caute.lautre.net/spip.php?id_rubrique=303&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>Caute@lautre.net</title>
		<url>https://caute.lautre.net/local/cache-vignettes/L144xH25/siteon0-61142.png?1772222329</url>
		<link>https://www.caute.lautre.net/</link>
		<height>25</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Sept r&#232;gles pour aider &#224; la diffusion des id&#233;es racistes en France </title>
		<link>https://caute.lautre.net/Sept-regles-pour-aider-a-la-diffusion-des-idees-racistes-en-France</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Sept-regles-pour-aider-a-la-diffusion-des-idees-racistes-en-France</guid>
		<dc:date>2016-10-22T18:16:27Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;LA diffusion des id&#233;es racistes en France semble &#234;tre aujourd'hui une priorit&#233; nationale Les racistes s'y emploient, ce qui est la moindre des choses. Mais l'effort des propagandistes d'une id&#233;e a des limites, en un temps o&#249; l'on se m&#233;fie des id&#233;es, et il a souvent besoin pour les d&#233;passer, du concours de ses adversaires. L&#224; est l'aspect remarquable de la situation fran&#231;aise : hommes politiques, journalistes et experts en tout genre ont su trouver ces derni&#232;res ann&#233;es des mani&#232;res assez (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;LA diffusion des id&#233;es racistes en France semble &#234;tre aujourd'hui une priorit&#233; nationale Les racistes s'y emploient, ce qui est la moindre des choses. Mais l'effort des propagandistes d'une id&#233;e a des limites, en un temps o&#249; l'on se m&#233;fie des id&#233;es, et il a souvent besoin pour les d&#233;passer, du concours de ses adversaires. L&#224; est l'aspect remarquable de la situation fran&#231;aise : hommes politiques, journalistes et experts en tout genre ont su trouver ces derni&#232;res ann&#233;es des mani&#232;res assez efficaces de faire servir leur antiracisme &#224; une propagation plus intense des id&#233;es racistes. Aussi bien toutes les r&#232;gles &#233;nonc&#233;es ici sont-elles d&#233;j&#224; employ&#233;es. Mais elles le sont souvent d'une mani&#232;re empirique et anarchique, sans claire conscience de leur port&#233;e. Il a donc paru souhaitable, afin d'assurer leur efficacit&#233; maximale, de les pr&#233;senter &#224; leurs utilisateurs potentiels sous une forme explicite et syst&#233;matique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#232;gle 1.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Relevez quotidiennement les propos racistes et donnez-leur le maximum de publicit&#233;. Commentez-les abondamment, interrogez incessamment &#224; leur propos grands de ce monde et hommes de la rue. Supposons par exemple qu'un leader raciste, s'adressant &#224; ses troupes, laisse &#233;chapper qu'il y a chez nous beaucoup de chanteurs qui ont le teint basan&#233; et beaucoup de noms &#224; consonance &#233;trang&#232;re dans l'&#233;quipe de France de football. Vous pourriez consid&#233;rer que cette information n'est vraiment pas un scoop et qu'il est banal, au surplus, qu'un raciste, parlant &#224; des racistes, leur tienne des propos racistes. Cette attitude aurait une double cons&#233;quence f&#226;cheuse : premi&#232;rement vous omettriez ainsi de manifester votre vigilance de tous les instants face &#224; la diffusion des id&#233;es racistes ; deuxi&#232;mement, ces id&#233;es elles-m&#234;mes se diffuseraient moins. Or l'important est qu'on en parle toujours, qu'elles fixent le cadre permanent de ce qu'on voit et de ce qu'on entend. Une id&#233;ologie, ce n'est pas d'abord des th&#232;ses, mais des &#233;vidences sensibles. Il n'est pas n&#233;cessaire que nous approuvions les id&#233;es des racistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il suffit que nous voyions sans cesse ce qu'ils nous font voir, que nous parlions sans cesse de ce dont ils nous parlent, qu'en refusant leurs &#171; id&#233;es &#187; nous acceptions le donn&#233; qu'elles nous imposent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#232;gle 2.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; N'omettez jamais d'accompagner chacune de ces divulgations de votre indignation la plus vive. Cette r&#232;gle est tr&#232;s importante &#224; bien comprendre. Il s'agit d'assurer un triple effet : premi&#232;rement, les id&#233;es racistes doivent &#234;tre banalis&#233;es par leur diffusion incessante ; deuxi&#232;mement, elles doivent &#234;tre constamment d&#233;nonc&#233;es pour conserver en m&#234;me temps leur pouvoir de scandale et d'attraction ; troisi&#232;mement , cette d&#233;nonciation doit elle-m&#234;me appara&#238;tre comme une diabolisation, qui reproche aux racistes de dire ce qui est pourtant une banale &#233;vidence. Reprenons notre exemple : vous pourriez consid&#233;rer comme anodin le besoin o&#249; est M. Le Pen de faire remarquer ce que tout le monde voit &#224; l'&#339;il nu, que le gardien de l'&#233;quipe de France a la peau bien noire. Vous manqueriez ainsi l'effet essentiel : prouver qu'on fait aux racistes un crime de dire une chose que tout le monde voit &#224; l'&#339;il nu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#232;gle 3.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; R&#233;p&#233;tez en toutes circonstances : il y a un probl&#232;me des immigr&#233;s qu'il faut r&#233;gler si on veut enrayer le racisme. Les racistes ne vous en demandent pas plus : reconna&#238;tre que leur probl&#232;me est bien un probl&#232;me et &#171; le &#187; probl&#232;me. Des probl&#232;mes avec des gens qui ont en commun d'avoir la peau color&#233;e et de venir des anciennes colonies fran&#231;aises, il y en a en effet beaucoup. Mais tout cela ne fait pas un probl&#232;me immigr&#233;s, pour la simple raison qu' &#171; immigr&#233; &#187; est une notion floue qui recouvre des cat&#233;gories h&#233;t&#233;rog&#232;nes, dont beaucoup de Fran&#231;ais, n&#233;s en France de parents fran&#231;ais. Demander qu'on r&#232;gle par des mesures juridiques et politiques le &#171; probl&#232;me des immigr&#233;s &#187; est demander une chose parfaitement impossible. Mais, en le faisant, premi&#232;rement, on donne consistance &#224; la figure ind&#233;finissable de l'ind&#233;sirable, deuxi&#232;mement, on d&#233;montre qu'on est incapable de rien faire contre cet ind&#233;sirable et que les racistes seuls proposent des solutions. &lt;br class='autobr' /&gt;
R&#232;gle 4. - Insistez bien sur l'id&#233;e que le racisme a lui-m&#234;me une base objective, qu'il est l'effet de la crise et du ch&#244;mage et qu'on ne peut le supprimer qu'en les supprimant. Vous lui donnez ainsi une l&#233;gitimit&#233; scientifique. Et comme le ch&#244;mage est maintenant une exigence structurelle de la bonne marche de nos &#233;conomies, la conclusion s'en tire tout naturellement : si on ne peut supprimer la cause &#171; profonde &#187; du racisme, la seule chose &#224; faire est de lui supprimer sa cause occasionnelle en renvoyant les immigr&#233;s chez eux par des lois racistes sereines et objectives. Si un esprit superficiel vous objecte que divers pays ayant des taux de ch&#244;mage voisins n'ont pas de d&#233;bordements racistes comme chez nous, invitez-le &#224; chercher ce qui peut bien diff&#233;rencier ces pays du n&#244;tre. La r&#233;ponse va de soi : c'est qu'ils n'ont pas comme nous trop d'immigr&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#232;gle 5.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ajoutez que le racisme est le fait des couches sociales fragilis&#233;es par la modernisation &#233;conomique, des attard&#233;s du progr&#232;s, des &#171; petits Blancs &#187;, etc. Cette r&#232;gle compl&#232;te la pr&#233;c&#233;dente. Elle a l'avantage suppl&#233;mentaire de montrer que les antiracistes ont, pour stigmatiser les &#171; arri&#233;r&#233;s &#187; du racisme, les m&#234;mes r&#233;flexes que ceux-ci &#224; l'&#233;gard des &#171; races inf&#233;rieures &#187; et de conforter ainsi ces &#171; arri&#233;r&#233;s &#187; dans leur double m&#233;pris pour les races inf&#233;rieures et pour les antiracistes des beaux quartiers qui pr&#233;tendent leur faire la le&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#232;gle 6.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Appelez au consensus de tous les hommes politiques responsables contre les propos racistes. Invitez sans tr&#234;ve les hommes du pouvoir &#224; s'en d&#233;marquer absolument. Il importe en effet que ces politiciens re&#231;oivent le brevet d'antiracisme qui leur permettra d'appliquer avec fermet&#233; et d'am&#233;liorer, si besoin est, les lois racistes destin&#233;es, bien s&#251;r, &#224; enrayer le racisme. Il importe aussi que l'extr&#234;me droite raciste apparaisse comme la seule force cons&#233;quente et qui ose dire tout haut ce que les autres pensent tout bas ou proposer franchement ce qu'ils font honteusement. Il importe enfin qu'elle apparaisse &#234;tre, pour cela seul, victime de la conjuration de tous les gens en place.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#232;gle 7. &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Demandez des nouvelles lois antiracistes qui permettent de sanctionner l'intention m&#234;me d'exciter au racisme, un mode de scrutin qui emp&#234;che l'extr&#234;me droite d'avoir des si&#232;ges au Parlement et toutes mesures du m&#234;me ordre. D'abord, des lois r&#233;pressives peuvent toujours resservir. Ensuite, vous prouverez que votre l&#233;galit&#233; r&#233;publicaine se plie &#224; toutes les commodit&#233;s des circonstances. Enfin, vous consacrerez les racistes dans leur r&#244;le de martyrs de la v&#233;rit&#233;, r&#233;prim&#233;s pour d&#233;lit d'opinion par des gens qui font les lois &#224; leur convenance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il s'agit, en bref, d'aider la diffusion du racisme de trois mani&#232;res : en divulguant au maximum sa vision du monde, en lui donnant la palme du martyre, en montrant que seul le racisme propre peut nous pr&#233;server du racisme sale. On s'emploie d&#233;j&#224;, avec des succ&#232;s appr&#233;ciables, &#224; cette triple t&#226;che. Mais, avec de la m&#233;thode, on peut toujours faire mieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Jacques Ranci&#232;re est professeur &#233;m&#233;rite &#224; l'Universit&#233; de Paris VIII (Saint-Denis)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Monde, vendredi 21 mars 1997&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les id&#233;aux r&#233;publicains sont devenus des armes de discrimination et de m&#233;pris</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Les-ideaux-republicains-sont-devenus-des-armes-de-discrimination-et-de-mepris</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Les-ideaux-republicains-sont-devenus-des-armes-de-discrimination-et-de-mepris</guid>
		<dc:date>2016-07-25T19:20:44Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;Entretien avec Jacques Ranci&#232;re, 4 avril 2015&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Jacques Ranci&#232;re, 4 avril 2015&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il y a trois mois&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Apr&#232;s l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 &#224; Paris&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la France d&#233;filait au nom de la libert&#233; d'expression et du vivre-ensemble. Les derni&#232;res &#233;lections d&#233;partementales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont &#233;t&#233; marqu&#233;es par une nouvelle pouss&#233;e du Front national. Comment analysez-vous la succession rapide de ces deux &#233;v&#233;nements, qui paraissent contradictoires ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas s&#251;r qu'il y ait contradiction. Tout le monde, bien s&#251;r, est d'accord pour condamner les attentats de janvier et se f&#233;liciter de la r&#233;action populaire qui a suivi. Mais l'unanimit&#233; demand&#233;e autour de la &#171; libert&#233; d'expression &#187; a entretenu une confusion. En effet, la libert&#233; d'expression est un principe qui r&#233;git les rapports entre les individus et l'&#201;tat en interdisant &#224; ce dernier d'emp&#234;cher l'expression des opinions qui lui sont contraires. Or, ce qui a &#233;t&#233; bafou&#233; le 7 janvier &#224; &#171; Charlie &#187;, c'est un tout autre principe : le principe qu'on ne tire pas sur quelqu'un parce qu'on n'aime pas ce qu'il dit, le principe qui r&#232;gle la mani&#232;re dont individus et groupes vivent ensemble et apprennent &#224; se respecter mutuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on ne s'est pas int&#233;ress&#233; &#224; cette dimension et on a choisi de se polariser sur le principe de la libert&#233; d'expression. Ce faisant, on a ajout&#233; un nouveau chapitre &#224; la campagne qui, depuis des ann&#233;es, utilise les grandes valeurs universelles pour mieux disqualifier une partie de la population, en opposant les &#171; bons Fran&#231;ais &#187;, partisans de la R&#233;publique, de la la&#239;cit&#233; ou de la libert&#233; d'expression, aux immigr&#233;s, forc&#233;ment communautaristes, islamistes, intol&#233;rants, sexistes et arri&#233;r&#233;s. On invoque souvent l'universalisme comme principe de vie en commun. Mais justement l'universalisme a &#233;t&#233; confisqu&#233; et manipul&#233;. Transform&#233; en signe distinctif d'un groupe, il sert &#224; mettre en accusation une communaut&#233; pr&#233;cise, notamment &#224; travers les campagnes fr&#233;n&#233;tiques contre le voile. C'est ce d&#233;voiement que le 11 janvier n'a pas pu mettre &#224; distance. Les d&#233;fil&#233;s ont r&#233;uni sans distinction ceux qui d&#233;fendaient les principes d'une vie en commun et ceux qui exprimaient leurs sentiments x&#233;nophobes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Voulez-vous dire que ceux qui d&#233;fendent le mod&#232;le r&#233;publicain la&#239;que contribuent, malgr&#233; eux, &#224; d&#233;gager le terrain au Front national ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On nous dit que le Front national s'est &#171; d&#233;diabolis&#233; &#187;. Qu'est-ce que cela veut dire ? Qu'il a mis de c&#244;t&#233; les gens trop ouvertement racistes ? Oui. Mais surtout que la diff&#233;rence m&#234;me entre les id&#233;es du FN et les id&#233;es consid&#233;r&#233;es comme respectables et appartenant &#224; l'h&#233;ritage r&#233;publicain s'est &#233;vapor&#233;e. Depuis une vingtaine d'ann&#233;es, c'est de certains intellectuels, de la gauche dite &#171; r&#233;publicaine &#187;, que sont venus les arguments au service de la x&#233;nophobie ou du racisme. Le Front national n'a plus besoin de dire que les immigr&#233;s nous volent notre travail ou que ce sont des petits voyous. Il lui suffit de proclamer qu'ils ne sont pas la&#239;ques, qu'ils ne partagent pas nos valeurs, qu'ils sont communautaristes &#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Les grandes valeurs universalistes &#8211; la&#239;cit&#233;, r&#232;gles communes pour tout le monde, &#233;galit&#233; homme-femme &#8211; sont devenues l'instrument d'une distinction entre &#171; nous &#187;, qui adh&#233;rons &#224; ces valeurs, et &#171; eux &#187;, qui n'y adh&#232;rent pas. Le FN peut &#233;conomiser ses arguments x&#233;nophobes : ils lui sont fournis par les &#171; r&#233;publicains &#187; sous les apparences les plus honorables.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Si l'on vous suit, c'est le sens m&#234;me de la la&#239;cit&#233; qui aurait &#233;t&#233; perverti. Qu'est-ce que la la&#239;cit&#233; repr&#233;sente pour vous ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au XIX e, la la&#239;cit&#233; a &#233;t&#233; pour les r&#233;publicains l'outil politique permettant de lib&#233;rer l'&#233;cole de l'emprise que l'Eglise catholique faisait peser sur elle, en particulier depuis la loi Falloux, adopt&#233;e en 1850. La notion de la&#239;cit&#233; d&#233;signe ainsi l'ensemble des mesures sp&#233;cifiques prises pour d&#233;truire cette emprise. Or, &#224; partir des ann&#233;es 1980, on a choisi d'en faire un grand principe universel. La la&#239;cit&#233; avait &#233;t&#233; con&#231;ue pour r&#233;gler les relations de l'Etat avec l'Eglise catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La grande manipulation a &#233;t&#233; de la transformer en une r&#232;gle &#224; laquelle tous les particuliers doivent ob&#233;ir. Ce n'est plus &#224; l'Etat d'&#234;tre la&#239;que, c'est aux individus. Et comment va-t-on rep&#233;rer qu'une personne d&#233;roge au principe de la&#239;cit&#233; ? A ce qu'elle porte sur la t&#234;te &#8230; Quand j'&#233;tais enfant, le jour des communions solennelles, nous allions &#224; l'&#233;cole retrouver nos copains qui n'&#233;taient pas catholiques, en portant nos brassards de communiants et en leur distribuant des images. Personne ne pensait que cela mettait en danger la la&#239;cit&#233;. L'enjeu de la la&#239;cit&#233;, alors, c'&#233;tait le financement : &#224; &#233;cole publique, fonds publics ; &#224; &#233;cole priv&#233;e, fonds priv&#233;s. Cette la&#239;cit&#233; centr&#233;e sur les rapports entre &#233;cole publique et &#233;cole priv&#233;e a &#233;t&#233; enterr&#233;e au profit d'une la&#239;cit&#233; qui pr&#233;tend r&#233;genter le comportement des individus et qui est utilis&#233;e pour stigmatiser une partie de la population &#224; travers l'apparence physique de ses membres. Certains ont pouss&#233; le d&#233;lire jusqu'&#224; r&#233;clamer une loi interdisant le port du voile en pr&#233;sence d'un enfant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Mais d'o&#249; viendrait cette volont&#233; de stigmatiser ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a des causes diverses, certaines li&#233;es &#224; la question palestinienne et aux formes d'intol&#233;rance r&#233;ciproque qu'elle nourrit ici. Mais il y a aussi le &#171; grand ressentiment de gauche &#187;, n&#233; des grands espoirs des ann&#233;es 1960-1970 puis de la liquidation de ces espoirs par le parti dit &#171; socialiste &#187; lorsqu'il est arriv&#233; au pouvoir. Tous les id&#233;aux r&#233;publicains, socialistes, r&#233;volutionnaires, progressistes ont &#233;t&#233; retourn&#233;s contre eux-m&#234;mes. Ils sont devenus le contraire de ce qu'ils &#233;taient cens&#233;s &#234;tre : non plus des armes de combat pour l'&#233;galit&#233;, mais des armes de discrimination, de m&#233;fiance et de m&#233;pris &#224; l'&#233;gard d'un peuple pos&#233; comme abruti ou arri&#233;r&#233;. Faute de pouvoir combattre l'accroissement des in&#233;galit&#233;s, on les l&#233;gitime en disqualifiant ceux qui en subissent les effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pensons &#224; la fa&#231;on dont la critique marxiste a &#233;t&#233; retourn&#233;e pour alimenter une d&#233;nonciation de l'individu d&#233;mocratique et du consommateur despotique &#8211; une d&#233;nonciation qui vise ceux qui ont le moins &#224; consommer &#8230; Le retournement de l'universalisme r&#233;publicain en une pens&#233;e r&#233;actionnaire, stigmatisant les plus pauvres, rel&#232;ve de la m&#234;me logique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;N'est-il pas l&#233;gitime de combattre le port du voile, dans lequel il n'est pas &#233;vident de voir un geste d'&#233;mancipation f&#233;minine ?
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question est de savoir si l'&#233;cole publique a pour mission d'&#233;manciper les femmes. Dans ce cas, ne devrait-elle pas &#233;galement &#233;manciper les travailleurs et tous les domin&#233;s de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ? Il existe toutes sortes de suj&#233;tions &#8211; sociale, sexuelle, raciale. Le principe d'une id&#233;ologie r&#233;active, c'est de cibler une forme particuli&#232;re de soumission pour mieux confirmer les autres. Les m&#234;mes qui d&#233;non&#231;aient le f&#233;minisme comme &#171; communautaire &#187; se sont ensuite d&#233;couverts f&#233;ministes pour justifier les lois anti-voile. Le statut des femmes dans le monde musulman est s&#251;rement probl&#233;matique, mais c'est d'abord aux int&#233;ress&#233;es de d&#233;gager ce qui est pour elles oppressif. Et, en g&#233;n&#233;ral, c'est aux gens qui subissent l'oppression de lutter contre la soumission. On ne lib&#232;re pas les gens par substitution.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Revenons au Front national. Vous avez souvent critiqu&#233; l'id&#233;e que le &#171; peuple &#187; serait raciste par nature. Pour vous, les immigr&#233;s sont moins victimes d'un racisme &#171; d'en bas &#187; que d'un racisme &#171; d'en haut &#187; : les contr&#244;les au faci&#232;s de la police, la rel&#233;gation dans des quartiers p&#233;riph&#233;riques, la difficult&#233; &#224; trouver un logement ou un emploi lorsqu'on porte un nom d'origine &#233;trang&#232;re. Mais, quand 25 % des &#233;lecteurs donnent leur suffrage &#224; un parti qui veut geler la construction des mosqu&#233;es, n'est-ce pas le signe que, malgr&#233; tout, des pulsions x&#233;nophobes travaillent la population fran&#231;aise ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'abord, ces pouss&#233;es x&#233;nophobes d&#233;passent largement l'&#233;lectorat de l'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est la diff&#233;rence entre un maire FN qui d&#233;baptise la rue du 19-Mars-1962&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert M&#233;nard maire de B&#233;ziers&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, des &#233;lus UMP qui demandent qu'on enseigne les aspects positifs de la colonisation, Nicolas Sarkozy qui s'oppose aux menus sans porc dans les cantines scolaires ou des intellectuels dits &#171; r&#233;publicains &#187; qui veulent exclure les jeunes filles voil&#233;es de l'universit&#233; ? Par ailleurs, il est trop simple de r&#233;duire le vote FN &#224; l'expression d'id&#233;es racistes ou x&#233;nophobes. Avant d'&#234;tre un moyen d'expression de sentiments populaires, le Front national est un effet structurel de la vie politique fran&#231;aise telle qu'elle a &#233;t&#233; organis&#233;e par la constitution de la V e R&#233;publique. En permettant &#224; une petite minorit&#233; de gouverner au nom de la population, ce r&#233;gime ouvre m&#233;caniquement un espace au groupe politique capable de d&#233;clarer : &#171; Nous, nous sommes en dehors de ce jeu-l&#224;. &#187; Le Front national s'est install&#233; &#224; cette place apr&#232;s la d&#233;composition du communisme et du gauchisme. Quant aux &#171; sentiments profonds &#187; des masses, qui les mesure ? Je note seulement qu'il n'y a pas en France l'&#233;quivalent de Pegida, le mouvement allemand x&#233;nophobe. Et je ne crois pas au rapprochement, souvent fait, avec les ann&#233;es 1930. Je ne vois rien de comparable dans la France actuelle aux grandes milices d'extr&#234;me droite de l'entre-deux-guerres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A vous &#233;couter, il n'y aurait nul besoin de lutter contre le Front national &#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut lutter contre le syst&#232;me qui produit le Front national et donc aussi contre la tactique qui utilise la d&#233;nonciation du FN pour masquer la droitisation galopante des &#233;lites gouvernementales et de la classe intellectuelle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'hypoth&#232;se de son arriv&#233;e au pouvoir ne vous inqui&#232;te-t-elle pas ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors que j'analyse le Front national comme le fruit du d&#233;s&#233;quilibre propre de notre logique institutionnelle, mon hypoth&#232;se est plut&#244;t celle d'une int&#233;gration au sein du syst&#232;me. Il existe d&#233;j&#224; beaucoup de similitudes entre le FN et les forces pr&#233;sentes dans le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Si le FN venait au pouvoir, cela aurait des effets tr&#232;s concrets pour les plus faibles de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise, c'est-&#224;-dire les immigr&#233;s &#8230;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Oui, probablement. Mais je vois mal le FN organiser de grands d&#233;parts massifs, de centaines de milliers ou de millions de personnes, pour les renvoyer &#171; chez elles &#187;. Le Front national, ce n'est pas les petits Blancs contre les immigr&#233;s. Son &#233;lectorat s'&#233;tend dans tous les secteurs de la soci&#233;t&#233;, y compris chez les immigr&#233;s. Alors, bien s&#251;r, il pourrait y avoir des actions symboliques, mais je ne crois pas qu'un gouvernement UMP-FN serait tr&#232;s diff&#233;rent d'un gouvernement UMP.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;A l'approche du premier tour, Manuel Valls a reproch&#233; aux intellectuels fran&#231;ais leur &#171; endormissement &#187; : &#171; O&#249; sont les intellectuels, o&#249; sont les grandes consciences de ce pays, les hommes et les femmes de culture qui doivent, eux aussi, monter au cr&#233;neau, o&#249; est la gauche ? &#187; a-t-il lanc&#233;. Vous &#234;tes-vous senti concern&#233; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; O&#249; est la gauche ? &#187; demandent les socialistes. La r&#233;ponse est simple : elle est l&#224; o&#249; ils l'ont conduite, c'est-&#224;-dire au n&#233;ant. Le r&#244;le historique du Parti socialiste a &#233;t&#233; de tuer la gauche. Mission accomplie. Manuel Valls se demande ce que font les intellectuels &#8230; Franchement, je ne vois pas tr&#232;s bien ce que des gens comme lui peuvent avoir &#224; leur reprocher. On d&#233;nonce leur silence, mais la v&#233;rit&#233;, c'est que, depuis des d&#233;cennies, certains intellectuels ont &#233;norm&#233;ment parl&#233;. Ils ont &#233;t&#233; staris&#233;s, sacralis&#233;s. Ils ont largement contribu&#233; aux campagnes haineuses sur le voile et la la&#239;cit&#233;. Ils n'ont &#233;t&#233; que trop bavards. J'ajouterai que faire appel aux intellectuels, c'est faire appel &#224; des gens assez cr&#233;tins pour jouer le r&#244;le de porte-parole de l'intelligence. Car on ne peut accepter un tel r&#244;le, bien s&#251;r, qu'en s'opposant &#224; un peuple pr&#233;sent&#233; comme compos&#233; d'abrutis et d'arri&#233;r&#233;s. Ce qui revient &#224; perp&#233;tuer l'opposition entre ceux &#171; qui savent &#187; et ceux &#171; qui ne savent pas &#187;, qu'il faudrait pr&#233;cis&#233;ment briser si l'on veut lutter contre la soci&#233;t&#233; du m&#233;pris dont le Front national n'est qu'une expression particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il existe pourtant des intellectuels &#8211; dont vous-m&#234;me &#8211; qui combattent cette droitisation de la pens&#233;e fran&#231;aise. Vous ne croyez pas &#224; la force de la parole de l'intellectuel ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas attendre de quelques individualit&#233;s qu'elles d&#233;bloquent la situation. Le d&#233;blocage ne pourra venir que de mouvements d&#233;mocratiques de masse, qui ne soient pas l&#233;gitim&#233;s par la possession d'un privil&#232;ge intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dans votre travail philosophique, vous montrez que, depuis Platon, la pens&#233;e politique occidentale a tendance &#224; s&#233;parer les individus &#171; qui savent &#187; et ceux &#171; qui ne savent pas &#187;. D'un c&#244;t&#233;, il y aurait la classe &#233;duqu&#233;e, raisonnable, comp&#233;tente et qui a pour vocation de gouverner ; de l'autre, la classe populaire, ignorante, victime de ses pulsions, dont le destin est d'&#234;tre gouvern&#233;e. Est-ce que cette grille d'analyse s'applique &#224; la situation actuelle ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, les gouvernants ont justifi&#233; leur pouvoir en se parant de vertus r&#233;put&#233;es propres &#224; la classe &#233;clair&#233;e, comme la prudence, la mod&#233;ration, la sagesse &#8230; Les gouvernements actuels se pr&#233;valent d'une science, l'&#233;conomie, dont ils ne feraient qu'appliquer des lois d&#233;clar&#233;es objectives et in&#233;luctables &#8211; lois qui sont miraculeusement en accord avec les int&#233;r&#234;ts des classes dominantes. Or on a vu les d&#233;sastres &#233;conomiques et le chaos g&#233;opolitique produits depuis quarante ans par les d&#233;tenteurs de la vieille sagesse des gouvernants et de la nouvelle science &#233;conomique. La d&#233;monstration de l'incomp&#233;tence des gens suppos&#233;s comp&#233;tents suscite simplement le m&#233;pris des gouvern&#233;s &#224; l'&#233;gard des gouvernants qui les m&#233;prisent. La manifestation positive d'une comp&#233;tence d&#233;mocratique des suppos&#233;s incomp&#233;tents est tout autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;ponse de Jacques-Alain Miller&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jam/blog/070415/reponse-ranciere&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jam/blog/070415/reponse-ranciere&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 7 avril 2015&lt;br class='autobr' /&gt;
Cher Ranci&#232;re,&lt;br class='autobr' /&gt;
Je viens de lire dans l'Obs les propos que tu as tenus &#224; Eric Aeschimann, et je ne sais pas si nous vivons dans le m&#234;me pays, que dis-je ? sur la m&#234;me plan&#232;te, quand je te vois dire en ouverture de cet entretien : &#171; Tout le monde, bien s&#251;r, est d'accord pour condamner les attentats de janvier &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Contre-v&#233;rit&#233; si flagrante qu'elle d&#233;courage la pol&#233;mique. Je ne dis rien. Tu as le champ libre pour expliquer &#224; ta guise ce qu'il faut comprendre de cette phrase. Quel est donc ce &#171; tout le monde, bien s&#251;r &#187; ? Tu nous le pr&#233;senteras, je serai enchant&#233; de faire sa connaissance, c'est un &#171; tout le monde &#187; de bonne compagnie, m&#234;me s'il laisse bon nombre de personnes hors de lui.&lt;br class='autobr' /&gt; A y r&#233;fl&#233;chir, je crois que tu as voulu dire que tu n'&#233;tais pas du c&#244;t&#233; des assassins, et si tu l'as dit maladroitement, c'est que tu n'es pas davantage du c&#244;t&#233; de ceux qu'ils assassinent.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce &#171; tout le monde &#187; qui n'est pas tout le monde fait, si l'on y songe, le probl&#232;me, de l'universel. Tu d&#233;plores que l'universalisme ait &#233;t&#233; &#171; confisqu&#233; et manipul&#233; &#187;, &#171; transform&#233; en signe distinctif d'un groupe &#187;. Mais le ver est dans le fruit, je veux dire dans le concept m&#234;me. Les universalistes ne sont pas si sots qu'ils ignorent qu'ils ne sont pas tout le monde. S'il y a des universalistes, c'est qu'il y a des particularistes, sans compter les singularit&#233;s. Il s'ensuit que l'universalisme n'est jamais rien que le &#171; signe distinctif d'un groupe &#187;. Et les particularistes, de leur c&#244;t&#233;, sont fond&#233;s &#224; tenir l'universalisme pour le particularisme des universalistes.&lt;br class='autobr' /&gt; Ce n'est pas d&#233;raisonnable. Ceux qui pensent que &#171; les grandes valeurs universalistes &#187;, comme tu les appelles, ne sont que les instruments new look de l'imp&#233;rialisme occidental, sont l&#233;gion. Ils sont la majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale des Nations Unies. L&#224; dessus, Poutine et ses philosophes slavophiles, les ma&#238;tres de la Chine, de l'Arabie saoudite, de l'Iran, le nouveau Califat islamique, sans oublier le d&#233;funt Lee Kuan Yew, inventeur de Singapour, et les fr&#232;res Castro, tous sont d'accord.&lt;br class='autobr' /&gt; Tu dis pareil concernant la France. C'est &#224; savoir que les grands principes universalistes y sont d&#233;sormais instrument&#233;s par une volont&#233; de domination qui s'emploie &#224; tourmenter &#171; une communaut&#233; pr&#233;cise &#187;. Du coup, tu renies un universalisme qui ne v&#233;hicule plus que x&#233;nophobie et racisme. L&#224;, je dis stop.&lt;br class='autobr' /&gt; Distinguons le plan international et le plan national. Pour ce qui est du concert des nations, il n'est pas absurde de penser que mieux vaut admettre que l'universalisme est un particularisme, le n&#244;tre, plut&#244;t que de vouloir mordicus le faire universel. Car, dans ce cas, force est de rappeler d'entre les morts l'Universel bott&#233;, celui qu'incarna jadis, sous l'&#233;gide des Droits de l'Homme, le fameux &#171; mangeur d'hommes &#187;, l'Empereur des Fran&#231;ais. Mais en France, au nom de quoi veux-tu maintenant obtenir des indig&#232;nes qu'ils soumettent leur particularisme, qui est universaliste, au particularisme de la &#171; communaut&#233; pr&#233;cise &#187; ?&lt;br class='autobr' /&gt; Quand Aeschimann t'interroge sur le port du voile et l'&#233;mancipation f&#233;minine, tu lui r&#233;ponds : &#171; Le statut des femmes dans le monde musulman est s&#251;rement probl&#233;matique, mais c'est d'abord aux int&#233;ress&#233;es de d&#233;gager ce qui est pour elles oppressif. Et, en g&#233;n&#233;ral, c'est aux gens qui subissent l'oppression de lutter contre la soumission. On ne lib&#232;re pas les gens par substitution. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Ta derni&#232;re phrase r&#233;sume bien l'objection de Robespierre &#224; Brissot, quand celui-ci appelait la France r&#233;volutionnaire &#224; une &#171; croisade de la libert&#233; universelle &#187; : &#171; La plus extravagante id&#233;e qui puisse na&#238;tre dans la t&#234;te d'un politique est de croire qu'il suffise &#224; un peuple d'entrer &#224; main arm&#233;e chez un peuple &#233;tranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires arm&#233;s ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme des ennemis &#187; (Discours au club des Jacobins, le 2 janvier 1792).&lt;br class='autobr' /&gt; Mais l'argument ne r&#233;pond pas &#224; la question pos&#233;e. Il ne s'agit pas de guerres &#233;trang&#232;res. Aeschimann ne te parle pas de lib&#233;rer les Afghanes ou les Saoudiennes, il te questionne sur l'&#233;mancipation des Fran&#231;aises voil&#233;es. Se d&#233;fausser sur les m&#339;urs du &#171; monde musulman &#187; quand on t'interroge sur le sort de nos compatriotes, et renvoyer celles-ci &#224; leur responsabilit&#233;, &#231;a ne le fait pas. C'est noyer le poisson et jouer les Ponce-Pilate. Leur assujettissement &#233;ventuel n'est pas seulement leur affaire, ni m&#234;me celle de la &#171; communaut&#233; pr&#233;cise &#187;, il concerne la communaut&#233; nationale dans son ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt; Je ne te vois pas mieux inspir&#233; quand tu estimes que la libert&#233; d'expression n'&#233;tait nullement en cause dans le massacre de la r&#233;daction de Charlie, et qu'on ne s'est polaris&#233; l&#224;-dessus que pour &#171; disqualifier une partie de la population. &#187; Tu vois dans la libert&#233; d'expression &#171; un principe qui r&#233;git les rapports entre les individus et l'Etat. &#187;&lt;br class='autobr' /&gt; Non, Ranci&#232;re. Pourquoi la tuerie du 7 janvier a-t-elle suscit&#233; une &#233;motion incomparable avec celle qu'avaient soulev&#233;e les attentats des gares madril&#232;nes en 2004, avec leurs 200 morts et 1400 bless&#233;s ? C'est que soudain une volont&#233; se rendait pr&#233;sente au c&#339;ur de Paris, qui annon&#231;ait &#224; l'humanit&#233; dans son ensemble que, sous peine de mort, nulle part au monde certaines choses ne devaient &#234;tre dites ni repr&#233;sent&#233;es. Cette exigence exorbitante du droit des gens t&#233;moignait du d&#233;sir fou d'une soumission universelle. La tuerie a suscit&#233; les r&#233;actions les plus diverses : terreur, r&#233;volte, r&#233;sistance, mais aussi compr&#233;hension, adh&#233;sion et admiration.&lt;br class='autobr' /&gt; En fait, tout &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224; en germe depuis le 14 f&#233;vrier 1989, dans la fameuse fatwa de l'ayatollah Khomeini. Souviens-toi qu'elle invitait tous les musulmans, l'universel des croyants, &#224; ex&#233;cuter sans phrase Salman Rushdie, ses &#233;diteurs, et toute personne ayant connaissance du livre des Versets sataniques. Le ma&#238;tre de l'Iran d&#233;montra ainsi qu'il pouvait ouvertement, impun&#233;ment, condamner &#224; mort pour d&#233;lit de blasph&#232;me les ressortissants de plusieurs Etats &#233;trangers vivant sur le sol de ceux-ci. Diras-tu que la libert&#233; d'expression, l&#224; non plus, n'&#233;tait pas en cause parce que la situation sortait du cadre de ta docte d&#233;finition ? &lt;br class='autobr' /&gt; Un curieux entrecroisement. Une jolie ruse. A mesure que l'Occident &#233;tait forc&#233; d'admettre de mauvais gr&#233; que son universalisme n'&#233;tait qu'un particularisme, le particularisme musulman se r&#233;v&#233;lait &#234;tre un universalisme. L'Universel bott&#233; est de retour parmi nous. La tentative des n&#233;o-conservateurs am&#233;ricains ayant &#233;chou&#233;, c'est au tour de l'Universel musulman de monter sur la sc&#232;ne de l'Histoire, et de jouer &#171; l'&#226;me du monde &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt; Lui aussi &#233;chouera. D'une part, il est divis&#233;, d&#233;vor&#233; de l'int&#233;rieur par le schisme qui dresse sunnites et chiites les uns contre les autres. D'autre part, les d&#233;mocraties ont une r&#233;silience qu'&#224; les voir d&#233;virilis&#233;es, corrompues et chaotiques, les totalitarismes m&#233;connaissent. Tu sembles pour ta part m&#233;conna&#238;tre la dimension transnationale des difficult&#233;s fran&#231;aises.&lt;br class='autobr' /&gt; Il y a un universalisme juif, puisque les sept lois noachiques valent pour chacun, mais c'est un universalisme sans pros&#233;lytisme, dont le noyau est le particularisme revendiqu&#233; du peuple &#233;lu. Il fut un temps o&#249; l'universalisme chr&#233;tien &#233;tait jeune, tonique, et parfois sanguinaire : il se satisfait aujourd'hui des palabres de l'&#339;cum&#233;nisme. L'universalisme communiste ne survit qu'&#224; l'&#233;tat de souvenir et d'esp&#233;rance. Restent en concurrence l'universalisme capitaliste et l'universalisme musulman. &lt;br class='autobr' /&gt; Le r&#233;cent accord nucl&#233;aire avec l'Iran montre qu'Obama fait fond sur le soft power pour subvertir de l'int&#233;rieur l'aust&#232;re R&#233;publique islamique. Sans doute esp&#232;re-t-il que le jour o&#249; l'on fera la queue &#224; T&#233;h&#233;ran pour acqu&#233;rir le dernier iPhone, Apple Akbar ! ne sera pas loin de se substituer &#224; l'antiqueTakbir. L'accueil enthousiaste r&#233;serv&#233; au m&#234;me accord par les plus allum&#233;s des r&#233;volutionnaires iraniens montre qu'ils n'en croient rien. Lutte titanesque : qui l'emportera, du gadget ou de l'Un ? de l'objet ou du signifiant-ma&#238;tre ? En r&#233;sultera-t-il un mariage de la production intensive et de l'identification nationaliste, &#224; la chinoise ?&lt;br class='autobr' /&gt; Le particularisme russe pr&#233;tend jouer dans la cour des grands universalismes contemporains. Sa ressource est de faire revivre la th&#233;orie eschatologique de &#171; Moscou troisi&#232;me Rome &#187;. On observe tous les jours comme il attire dans son orbite les extr&#234;mes droites europ&#233;ennes. Son Internationale ira-t-elle beaucoup au-del&#224; ?&lt;br class='autobr' /&gt; Quant au particularisme fran&#231;ais, il n'a plus les ambitions que Maurras avait inspir&#233;es &#224; De Gaulle : celles de faire de la vieille nation le chef de file des petites et moyennes puissances r&#233;sistant aux Empires. Elles se bornent &#224; maintenir son &#171; mod&#232;le &#187;, qui n'est plus mod&#232;le pour personne. Tes sarcasmes contre la la&#239;cit&#233; &#224; la fran&#231;aise, et il n'en est pas d'autre, je les lis toutes les semaines dans le New York Times, dans The Economist, dans le Wall Street Journal, dans le Financial Times. Fran&#231;ais, disent-ils tous, encore un effort si vous voulez &#234;tre capitalistes : soyez multiculturels, liquidez votre Leitkultur (culture dominante), laissez passer librement les personnes et les biens, et puis, que chacun jouisse en paix de ses amours, de sa v&#234;ture, de sa nourriture.&lt;br class='autobr' /&gt; Jolie ruse, l&#224; encore, qui voit les d&#233;fenseurs, dont tu es, des plus exploit&#233;s des exploit&#233;s, travailler pour le roi de Prusse.&lt;br class='autobr' /&gt; Tu fais du Parti socialiste le fossoyeur de la gauche. C'est m&#233;conna&#238;tre la part prise par le Parti communiste dans la mise au tombeau de l'Homme-de-Gauche. A la grande &#233;poque, sous Thorez, le PCF, moscoutaire jusqu'&#224; l'os, r&#233;ussissait &#224; appara&#238;tre comme un parti national, voire nationaliste. Autre ruse : laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, loin de s'enraciner dans la nation, il en perdit le sens. &lt;br class='autobr' /&gt; Toi-m&#234;me ne veux voir dans l'attention port&#233;e au facteur national que &#171; droitisation galopante &#187;. Tu esp&#232;res des &#171; mouvements d&#233;mocratiques de masse &#187;, sortis d'on ne sait zou. Des quarante derni&#232;res ann&#233;es, tu ne retiens que &#171; d&#233;sastres &#233;conomiques &#187; et &#171; chaos g&#233;opolitique &#187;. Et tu es l'un des penseurs les plus distingu&#233;s de la gauche de la gauche.&lt;br class='autobr' /&gt; La messe est dite. Les prol&#233;taires sont au Front national. La gauche de la gauche se ratatine. La gauche glisse au centre. L'offre &#224; droite, de Sarkozy &#224; Jupp&#233;, est la plus ample. C'est la nouvelle donne.&lt;br class='autobr' /&gt; Avec mon meilleur souvenir.&lt;br class='autobr' /&gt; JAM&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;ponse de Ranci&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;(&lt;a href=&#034;https://blogs.mediapart.fr/jam/blog/100415/la-reponse-de-jacques-ranciere&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://blogs.mediapart.fr/jam/blog/100415/la-reponse-de-jacques-ranciere&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cher Jacques-Alain Miller,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tu te demandes si nous vivons dans le m&#234;me pays. Je me demande, pour ma part, si nous parlons du m&#234;me texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tu te dis curieux de conna&#238;tre le &#171; tout le monde &#187; dont je dis qu'il est d'accord pour condamner la boucherie du 7 janvier. Je pense que tu le fr&#233;quentes tous les jours. Ma phrase se r&#233;f&#233;rait au large consensus des opinions publiquement exprim&#233;es en France apr&#232;s l'attentat. Il y a, bien s&#251;r, les voix rapport&#233;es, les r&#233;cits sur ces jeunes coll&#233;giens qui trouvaient qu'ils l'avaient bien m&#233;rit&#233;. Mais justement ces voix &#233;taient rapport&#233;es comme des voix d'un autre monde. Ma phrase se r&#233;f&#233;rait au consensus des voix dans le monde o&#249; j'&#233;tais convi&#233; &#224; parler, qui est aussi celui o&#249; tu parles. Elle indiquait que je n'entendais pas me distinguer de ce consensus et que c'est d'autre chose que je parlerais. Parlons donc du fond des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tu m'accuses de renier l'universalisme sous pr&#233;texte qu'il ne v&#233;hiculerait plus aujourd'hui que x&#233;nophobie et racisme. Et tu m'assimiles g&#233;n&#233;reusement &#224; tous les dictateurs pour qui les &#171; grandes valeurs universalistes &#187; ne sont que les instruments new look de l'imp&#233;rialisme occidental. Pour ma part je n'ai jamais cess&#233;, depuis &lt;i&gt;La Le&#231;on d'Althusser &lt;/i&gt; de m'opposer &#224; ceux pour qui l'universalisme, les droits de l'homme, les libert&#233;s formelles, l'humanisme ou la d&#233;mocratie n'&#233;taient que le masque de l'exploitation ou de la domination. Je n'ai pas chang&#233; et ne changerai pas l&#224;-dessus. Et c'est bien pourquoi je m'inqui&#232;te de voir que depuis une ou deux d&#233;cades s'est d&#233;velopp&#233; un discours &#171; universaliste &#187; qui semble fait expr&#232;s pour donner raison aux dictateurs en question et &#224; tous ceux qui partagent leur avis . Bien s&#251;r l'universalisme est toujours celui d'un groupe humain d&#233;termin&#233;. Cela ne le soustrait pas &#224; l'obligation d'&#234;tre en accord avec ses propres principes. Quand l'universalisme est appliqu&#233; en sens unique, quand il se trouve assimil&#233; &#224; un syst&#232;me de r&#232;gles et de contraintes &#8211; voire de brimades &#8211; qui ne peuvent concerner qu'une partie d&#233;termin&#233;e de la totalit&#233; qu'il est cens&#233; r&#233;guler, quand il est brandi avec arrogance comme marque de distinction entre un &#171; nous &#187; et un &#171; eux &#187;, il ne peut que renforcer et radicaliser chez ceux qui se trouvent , de fait, vis&#233;s le sentiment qu'il est un mensonge fait seulement pour les opprimer. Je d&#233;fends donc l'universalisme contre ceux qui le ruinent par le fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Je ne me d&#233;fausse pas concernant les filles voil&#233;es en France. Ma proposition selon laquelle c'est aux int&#233;ress&#233;es de savoir ce qui est pour elles oppressif et qu'on ne lib&#232;re pas les gens par substitution concerne d'abord la question du voile en France. Sur le premier point, nous avons jadis appris que ce qui nous paraissait le plus oppressif dans l'exploitation du travail n'&#233;tait pas forc&#233;ment ce dont les int&#233;ress&#233;s souffraient le plus fortement. Il en va de m&#234;me dans le cas de la condition des filles et femmes musulmanes ici et nous savons qu'il y a chez elles une multiplicit&#233; de fa&#231;ons d'interpr&#233;ter le port du voile &#8211; jusqu'&#224; celui de la provocation. C'est pourquoi je crois que la &#171; communaut&#233; nationale &#187; a des choses plus importantes &#224; traiter et que la mani&#232;re dont l'affaire a &#233;t&#233; &#171; nationalis&#233;e &#187; a largement renforc&#233; les crispations identitaires qu'elle pr&#233;tendait combattre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Concernant la libert&#233; d'expression, je maintiens que sa d&#233;finition stricte concerne le rapport entre l'Etat et ceux qui expriment leur opinion. Tu m'opposes la r&#233;action contre une volont&#233; annon&#231;ant &#171; &#224; l'humanit&#233; dans son ensemble que, sous peine de mort, nulle part au monde certaines choses ne devaient &#234;tre dites ni repr&#233;sent&#233;es &#187;. On peut discuter sur la port&#233;e universelle que les fr&#232;res Kouachi donnaient &#224; leur acte. Mais je maintiens que le probl&#232;me pos&#233; par cette volont&#233; ne peut pas &#234;tre renferm&#233; dans le cadre de la &#171; libert&#233; d'expression &#187; ou de la &#171; libert&#233; de la presse &#187;. Au lendemain du 7 janvier un certain Jacques-Alain Miller &#233;crivait que &#171; Nulle part, jamais, depuis qu'il y a des hommes, il n'a &#233;t&#233; licite de tout dire &#187;. Par quoi, je pense, il n'entendait pas justifier le crime mais rappeler que la question de ce qui se dit et ne se dit pas ainsi que la question des effets d'une parole exc&#233;daient toute d&#233;finition l&#233;gale de la libert&#233; d'expression. Il y a toujours eu, il y aura toujours des gens pr&#234;ts &#224; tuer pour une parole qui leur d&#233;pla&#238;t. Le probl&#232;me est de savoir, comment, au sein d'une communaut&#233; d&#233;termin&#233;e, en l'occurrence la communaut&#233; fran&#231;aise ou la communaut&#233; de ceux qui vivent en France, on fera en sorte que ceux-l&#224; ne se multiplient pas et que leurs actes ne suscitent pas l'admiration et l'adh&#233;sion d'une part plus large de la population. Et pour cela la simple affirmation qu'il y a un droit de tout dire qui est indissolublement li&#233; &#224; l'identit&#233; fran&#231;aise est non seulement insuffisante mais contre-productive, parce qu'il est connu que le directeur de Charlie Hebdo avait lui-m&#234;me d&#233;cr&#233;t&#233; qu'on n'avait pas, sous peine d'&#234;tre licenci&#233;, le droit de tout dire dans son journal. Il y faut un peu plus, la capacit&#233; d'avancer un peu dans la compr&#233;hension des raisons des uns et des autres, de voir ce sur quoi il peut et ne pas y avoir accord, ce sur quoi on peut ou ne peut pas transiger pour que ceux qui ont &#224; vivre ensemble le fassent selon des modalit&#233;s qui ne soient pas celles du meurtre ni celles du m&#233;pris. Il y a aussi la responsabilit&#233; de chacun quant &#224; ce qu'il lui semble juste de dire ou de ne pas dire et quant &#224; la fa&#231;on dont sa parole est appel&#233;e &#224; &#234;tre entendue. Ceux qui hurlent au multiculturalisme d&#232;s qu'on &#233;voque ces choses ne font certainement pas de bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Tu parles enfin de mes sarcasmes quant &#224; la la&#239;cit&#233; &#224; la fran&#231;aise et tu me mets l&#224;-dessus au diapason non des dictateurs post-communistes ou islamistes mais de la presse anglo-saxonne bien-pensante. Ce que j'ai dit sur la la&#239;cit&#233; se r&#233;sume en ceci : on a invent&#233; depuis quelques ann&#233;es une &#171; la&#239;cit&#233; &#187; qui n'a plus rien &#224; voir avec celle qui a exist&#233; pendant plus d'un si&#232;cle en France. Cette derni&#232;re concernait l'Etat et ses institutions, &#224; commencer par l'institution scolaire. Et le combat des militants de la la&#239;cit&#233; &#233;tait un combat pour que les fonds publics soient r&#233;serv&#233;s &#224; l'Ecole publique. On a r&#233;cemment invent&#233; une la&#239;cit&#233; qui n'&#233;tait plus une obligation de l'Etat mais une obligation des individus. On l'a invent&#233;e comme une obligation universelle qui se trouvait concerner un objet bien particulier &#8211; une pi&#232;ce de v&#234;tement transform&#233;e en message de propagande religieuse &#8211; et une cat&#233;gorie bien d&#233;termin&#233;e, celle des jeunes filles de religion musulmane. Si tu veux critiquer ce que je dis sur la la&#239;cit&#233;, il faut prouver que cette transformation radicale de la notion n'a pas eu lieu ou qu'elle est un bien. Mais c'est ce que tu ne fais pas&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Pour le reste, tu m'objectes que le Parti socialiste n'est pas seul &#224; avoir tu&#233; la gauche et que le Parti communiste y a sa part. Mon propos n'&#233;tait pas de r&#233;partir les bons ou les mauvais points. C'est simplement un fait que le Parti Communiste , malgr&#233; tout ce qu'il a fait en quelques d&#233;cennies , n'a jamais r&#233;ussi &#224; tuer la gauche et que le Parti socialiste a , lui, r&#233;ussi &#224; l'absorber et &#224; la tuer. Par ailleurs, comme tu ne d&#233;finis aucun espace politique dans lequel tu te situerais, il n'y a pas lieu de s'attarder sur les r&#234;ves d'avenir dont tu me juges la victime na&#239;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Bien cordialement,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Jacques Ranci&#232;re&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Apr&#232;s l'attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 &#224; Paris&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_d%C3%A9partementales_fran%C3%A7aises_de_2015&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_d%C3%A9partementales_fran%C3%A7aises_de_2015&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Robert M&#233;nard maire de B&#233;ziers&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href=&#034;https://decodingmarinelepen.stanford.edu/philosopher-jacques-ranci%C3%A8res-universalism-and-xenophobia&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://decodingmarinelepen.stanford.edu/philosopher-jacques-ranci%C3%A8res-universalism-and-xenophobia&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Jacques Ranci&#232;re : &#171; La transformation d'une jeunesse en deuil en jeunesse en lutte &#187;</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Jacques-Ranciere-La-transformation-d-une-jeunesse-en-deuil-en-jeunesse-en-lutte</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Jacques-Ranciere-La-transformation-d-une-jeunesse-en-deuil-en-jeunesse-en-lutte</guid>
		<dc:date>2016-05-30T19:48:52Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Jacques Ranci&#232;re : &#171; La tansformation d'une jeunesse en deuil en jeunesse en lutte &#187; 30 avril 2016 | Par Joseph Confavreux &lt;br class='autobr' /&gt;
Le philosophe Jacques Ranci&#232;re, penseur de l'&#233;galit&#233;, r&#233;fl&#233;chit &#224; ce que dessinent le mouvement &#171; Nuit Debout &#187; et la mobilisation contre la loi sur le travail, &#224; ce qui les porte, mais aussi &#224; ce qui peut les limiter. Auteur de La M&#233;sentente, du Partage du sensible, de La Nuit des prol&#233;taires, de La Haine de la d&#233;mocratie ou encore de La M&#233;thode de l'&#233;galit&#233;, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jacques Ranci&#232;re : &#171; La tansformation d'une jeunesse en deuil en jeunesse en lutte &#187;&lt;/strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
30 avril 2016 | Par &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/biographie/joseph-confavreux&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Joseph Confavreux&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le philosophe Jacques Ranci&#232;re, penseur de l'&#233;galit&#233;, r&#233;fl&#233;chit &#224; ce que dessinent le mouvement &#171; Nuit Debout &#187; et la mobilisation contre la loi sur le travail, &#224; ce qui les porte, mais aussi &#224; ce qui peut les limiter. Auteur de La M&#233;sentente, du Partage du sensible, de La Nuit des prol&#233;taires, de La Haine de la d&#233;mocratie ou encore de La M&#233;thode de l'&#233;galit&#233;, le philosophe Jacques Ranci&#232;re analyse, pour Mediapart, ce que peut signifier le mouvement &#171; Nuit Debout &#187; dans le contexte politique et intellectuel pr&#233;sent, &#224; la lumi&#232;re de son travail sur l'histoire, la d&#233;mocratie et l'&#233;galit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel regard portez-vous sur le moment/mouvement de la Nuit debout ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Disons d'abord que mon point de vue est strictement limit&#233; : il est celui d'un observateur ext&#233;rieur qui r&#233;agit simplement &#224; ce qu'&#233;voquent pour lui les th&#232;mes et les formes de ce mouvement. &#192; premi&#232;re vue, on peut saisir dans ce mouvement une sorte de version fran&#231;aise en miniature du &#171; mouvement des places &#187; qui a eu lieu &#224; Madrid, New York, Ath&#232;nes ou Istanbul. Il est tol&#233;r&#233; sur l'espace qu'il occupe, davantage qu'il ne l'envahit. Mais il partage, avec ces occupations, le souci de rendre &#224; la politique son aspect de subversion mat&#233;rielle effective d'un ordre donn&#233; des espaces et des temps. Cette pratique a eu du &#224; venir en France o&#249; le tout de la &#171; politique &#187; est aujourd'hui ramen&#233; &#224; la lutte des concurrents &#224; la pr&#233;sidence de la R&#233;publique. La Nuit debout a du mal &#224; croire en elle-m&#234;me et ressemble parfois &#224; une &#171; demi-occupation &#187;. Mais elle fait bien partie de ces mouvements qui ont op&#233;r&#233; une conversion de la forme-manifestation &#224; la forme-occupation. En l'occurrence, cela a voulu dire passer de la lutte contre certaines dispositions de la loi sur le travail &#224; une opposition frontale &#224; ce que certains appellent &#171; l'ub&#233;risation &#187; du monde du travail, une r&#233;sistance face &#224; cette tendance qui voudrait supprimer tout contr&#244;le collectif sur les formes de vie collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des mesures particuli&#232;res de la loi El Khomri, c'est en effet cela qui est en jeu. Cette &#171; loi Travail &#187; est apparue comme l'aboutissement de tout un processus de privatisation de l'espace public, de la politique, de la vie&#8230; Le contrat de travail est-il quelque chose qui se n&#233;gocie pour chaque individu, ce qui signifie revenir &#224; la situation du XIXe si&#232;cle avant la naissance des formes modernes de lutte ouvri&#232;re, ou bien d&#233;fend-on une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur le contr&#244;le collectif et la discussion collective, de la vie comme du travail ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Nuit debout est apparue, dans ce contexte, comme une r&#233;duction &#224; l'&#233;chelle fran&#231;aise de quelque chose de singulier que l'on pourrait appeler un d&#233;sir de communaut&#233;. Nous avons connu l'&#233;poque o&#249; l'on se trouvait dans des structures collectives puissantes au sein desquelles se menaient des batailles, que ce soit au sein de l'universit&#233; ou de l'entreprise. La lutte alors opposait dans un m&#234;me lieu deux mani&#232;res de faire communaut&#233;. Mais nous sommes parvenus au terme d'une grande offensive, que certains appellent n&#233;olib&#233;rale, et que je nommerais plut&#244;t l'offensive du capitalisme absolu, qui tend &#224; la privatisation absolue de tous les rapports sociaux et &#224; la destruction des espaces collectifs o&#249; deux mondes s'affrontaient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contre cette privatisation et cette individualisation, on a vu na&#238;tre, et on l'a senti tr&#232;s fortement dans &#8220;Occupy Wall Street&#8221;, un d&#233;sir un peu abstrait de communaut&#233; qui a trouv&#233;, pour se mat&#233;rialiser, le dernier lieu disponible, la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'occupation, jadis, avait son lieu privil&#233;gi&#233; dans l'usine o&#249; la collectivit&#233; ouvri&#232;re affirmait son pouvoir sur le lieu et le processus au sein desquels elle subissait le pouvoir patronal et faisait ainsi de ce lieu priv&#233; un espace public. Elle se pratique maintenant dans les rues, sur les places, comme dans les derniers espaces publics o&#249; l'on peut &#234;tre en commun ; discuter et agir en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans la Nuit debout, la R&#233;volution fran&#231;aise, la Commune ou Mai-68 sont souvent convoqu&#233;s. Que pensez-vous de cette mobilisation de l'histoire r&#233;volutionnaire, que certains jugent plus parodique que r&#233;elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Amis de la Commune ont effectivement leur stand place de la R&#233;publique. Se situe-t-on, pour autant, dans la continuit&#233; d'une grande tradition historique ? Il faut bien voir que l'offensive du capitalisme absolutis&#233; s'est doubl&#233;e d'une intense contre-r&#233;volution intellectuelle, d'une offensive r&#233;visionniste par rapport &#224; toutes les formes de la tradition de gauche, qu'elle soit r&#233;volutionnaire, communiste, anticolonialiste ou r&#233;sistante. Cette contre-r&#233;volution intellectuelle s'est efforc&#233;e de r&#233;duire &#224; rien, voire de criminaliser, tous les &#233;l&#233;ments de cette tradition. La r&#233;volution de 1917 a &#233;t&#233; r&#233;duite aux camps staliniens, la R&#233;volution fran&#231;aise &#224; la Terreur, l'anticolonialisme &#224; l'inutile &#171; sanglot de l'homme&lt;br class='autobr' /&gt;
blanc &#187; et finalement la R&#233;sistance aux exc&#232;s de l'&#233;puration. Il y a donc eu une grande annulation de tout un pass&#233;, op&#233;r&#233;e par des gens qui par ailleurs ne cessent de g&#233;mir sur la &#171; transmission &#187; perdue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette volont&#233; de renouer avec le pass&#233; est donc importante, m&#234;me si cela peut para&#238;tre formel et symbolique. Ces rappels &#224; une histoire de luttes et de contradictions peuvent aussi jouer un r&#244;le de contrepoids face au risque de dilution de la politique dans une sorte de fraternit&#233; &lt;i&gt;new age&lt;/i&gt;, dans un mouvement comme Nuit debout qui ne se situe plus, comme celui de Mai-68, sur un fond assur&#233; de croyance marxiste en la lutte des classes et les conflits ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle lecture faites-vous de l'exigence tr&#232;s horizontaliste, sans repr&#233;sentants ni leaders, port&#233;e par la Nuit debout ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut la situer dans un contexte qui est celui de l'horreur toujours grandissante que peut inspirer la politique officielle : pour le 15-M de Madrid, le grand mot d'ordre, adress&#233; &#224; ceux qui faisaient alors campagne, &#233;tait : &#171; Vous ne nous repr&#233;sentez pas. &#187; Mais cela correspond aussi &#224; un discr&#233;dit des avant-gardes politiques r&#233;volutionnaires qui &#233;taient encore tr&#232;s puissantes en 1968. Les assembl&#233;es actuelles r&#233;agissent contre ces assembl&#233;es qu'on a connues, en Mai-68 et apr&#232;s, manipul&#233;es par des groupuscules. On est bien oblig&#233; de comprendre ce rappel de ce que peut signifier l'&#233;galit&#233;, y compris sous ses formes les plus mat&#233;rielles. Mais, au-del&#224; de &#231;a, ce qui pose question, c'est l'id&#233;ologie du consensus, avec l'id&#233;e que tout le monde doit &#234;tre d'accord et une f&#233;tichisation de la forme assembl&#233;e, qui serait seulement le lieu o&#249; chacun devrait pouvoir parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un souci qui est partag&#233; d'ailleurs par beaucoup de gens impliqu&#233;s dans le mouvement : une assembl&#233;e populaire ne doit pas &#234;tre seulement une assembl&#233;e o&#249; chacun vient, &#224; son tour, exprimer son probl&#232;me ou sa r&#233;volte et plaider pour la cause militante qui lui est particuli&#232;rement ch&#232;re. Nuit debout, comme toutes les occupations du m&#234;me genre, rassemble d'une part des individus d&#233;sireux de recr&#233;er du commun mais aussi cette multitude de militantismes partiels, sp&#233;cialis&#233;s, qui se sont d&#233;velopp&#233;s dans le m&#234;me contexte de privatisation de la vie publique et de rejet des &#171; avant-gardes &#187;. C'est important que le droit de toute voix soit affirm&#233;, mais une assembl&#233;e doit pouvoir d&#233;cider de quelque chose et non simplement proclamer &#171; on est tous &#233;gaux &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une assembl&#233;e doit donc se manifester par des d&#233;cisions, des luttes et non simplement par une figuration formelle de l'&#233;galit&#233;. Il est assur&#233;ment important de la mat&#233;rialiser spatialement. En 1848, il y avait eu une proposition d'assembl&#233;e dans laquelle les repr&#233;sentants seraient tous en dessous, avec, au-dessus d'eux, des milliers de gens du peuple pour les surveiller. L'aspect proprement mat&#233;riel de la politique &#233;galitaire est donc important. Mais l'agir de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233; ne peut pas prendre simplement la forme d'une assembl&#233;e o&#249; chacun aurait sa libert&#233; de parole. L'&#233;galit&#233; est un processus de v&#233;rification, un processus d'invention, ce n'est pas simplement une photographie de la communaut&#233;. Le probl&#232;me demeure d'inventer des actions, des mots d'ordre, pour que l'&#233;galit&#233; se mette en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une assembl&#233;e &#233;galitaire n'est donc pas une assembl&#233;e consensuelle, m&#234;me si la notion de consensus se situe au c&#339;ur de tous les mouvements qui occupent des places. Je me souviens du choc &#233;prouv&#233; une fois o&#249; j'avais &#233;t&#233; invit&#233; &#224; parler dans une universit&#233; occup&#233;e par les &#233;tudiants &#224; Amsterdam devant la grande banderole qui proclamait : &#171; Consensus. No leaders &#187;. La lutte contre les hi&#233;rarchies est une chose, l'id&#233;ologie du consensus en est une autre. Contester les leaders et la hi&#233;rarchie, bien s&#251;r, mais cela ne signifie pas que tout le monde soit d'accord et qu'on ne fasse quelque chose qu'&#224; la condition que tout le monde soit d'accord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela suppose-t-il de red&#233;finir ce qu'on entend par d&#233;mocratie, alors qu'on a vu avec l'&#233;pisode Finkielkraut qu'il y avait division sur ce qu'on mettait dans ce terme : du consensus ou du conflit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;pisode Finkielkraut n'a disqualifi&#233; la Nuit debout que dans les milieux o&#249;, de toute fa&#231;on, elle &#233;tait disqualifi&#233;e d'avance. Que se serait-il pass&#233; si Finkielkraut &#233;tait reparti sans que personne ne fasse attention &#224; lui ? Les Joffrin, Onfray et consorts, au lieu de crier au totalitarisme, auraient rican&#233; : regardez ces terribles r&#233;volutionnaires ! Ils n'ont m&#234;me pas os&#233; interpellerFinkielkraut ! Tout &#231;a n'est pas bien important. Le probl&#232;me est ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;mocratie, cela veut dire, au sein m&#234;me du peuple d&#233;mocratique, des positions qui entrent en conflit les unes avec les autres et pas simplement la succession au micro d'une personne qui vient parler du marxisme, d'une deuxi&#232;me qui &#233;voque les droits des animaux et d'une troisi&#232;me qui rappelle la situation des migrants. Il faut plusieurs types d'assembl&#233;es : des assembl&#233;es o&#249; chacun puisse dire ce qu'il veut, parce qu'il peut aussi y surgir quelque chose que l'on n'attendait pas, mais surtout des assembl&#233;es o&#249; l'on se demande : &#171; Qu'est-ce qu'on fait l&#224; et qu'est-ce qu'on veut ? &#187; Le probl&#232;me de la d&#233;mocratie est d'arriver &#224; constituer la volont&#233; d'un peuple. Sur quels mots d'ordre d&#233;cide-t-on qu'on va faire peuple, qu'on peut construire un collectif d&#233;mocratique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Actuellement, on a le sentiment d'&#234;tre dans une sorte d'espace de subjectivation, mais sans qu'une subjectivation collective ne s'instaure v&#233;ritablement. Cela supposerait sans doute que des mouvements sociaux forts existent ailleurs et notamment que tous les jeunes qui vivent comme en marge de la communaut&#233; nationale constituent, eux aussi, des collectifs, pour dire ce qu'ils veulent. Dans les ann&#233;es 1980, il y avait eu cette marche pour l'&#233;galit&#233;, &#224; laquelle ont particip&#233; des jeunes issus de l'immigration, qui a ensuite &#233;t&#233; r&#233;cup&#233;r&#233;e, manipul&#233;e, an&#233;antie, comme toutes les &#233;nergies englouties par le mensonge &#171; socialiste &#187;. C'est tr&#232;s difficile aujourd'hui de remettre en marche l'&#233;galit&#233;. Je n'ai pas plus d'imagination que d'autres, mais je pense que c'est l&#224; que le probl&#232;me se pose. On garde encore souvent l'id&#233;e que, plus il y a d'oppression, plus il y a de r&#233;sistance. Mais les formes d'oppression qui nous gouvernent cr&#233;ent non pas de la r&#233;sistance, mais du d&#233;couragement, un d&#233;go&#251;t &#224; l'&#233;gard de soi-m&#234;me, le sentiment qu'on est incapables de faire quoi que ce soit. Alors on peut bien dire que la Nuit debout fonctionne en vase clos et se berce d'illusions, mais sortir du d&#233;couragement demeure fondamental.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pensez-vous de cette th&#233;matique d'&#233;crire une constitution et de pr&#233;parer une assembl&#233;e constituante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour les formes de la vie publique institutionnelle au nom d'une pr&#233;tendue radicalit&#233; r&#233;volutionnaire a assur&#233;ment contribu&#233; &#224; la d&#233;mobilisation des &#233;nergies. Il est donc important de r&#233;p&#233;ter &#224; quel point l'&#233;tat dans lequel nous nous trouvons est une cons&#233;quence de la d&#233;sastreuse constitution de la Ve R&#233;publique et de l'anesth&#233;sie de toute vie politique et du pourrissement des esprits qu'elle a produite sur le long terme. Un mouvement anti-Ve R&#233;publique, anti-pr&#233;sidence est donc une n&#233;cessit&#233;. Et, de m&#234;me, le rappel de certaines v&#233;rit&#233;s provocantes sur la d&#233;mocratie, comme le tirage au sort et ce qu'il implique : la d&#233;professionnalisation de la vie politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, d'une part, l'appel &#224; la Constituante est souvent accompagn&#233; d'id&#233;ologies &#171; citoyennes &#187; un peu plates et d'id&#233;ologies &#171; r&#233;publicaines &#187; un peu raides. Mais surtout il ne faut pas imaginer qu'on va sortir de la pourriture oligarchique actuelle simplement en r&#233;digeant une bonne constitution. R&#233;diger une constitution est important quand c'est fait par des gens &#224; qui on ne le demande pas, qui n'ont pas &#171; qualit&#233; &#187; pour le faire. Mais c'est aussi important quand c'est pris dans un processus de lutte o&#249; les mots sont non pas des recettes pour un bonheur futur mais des armes dans le pr&#233;sent. Ce serait bien par exemple que ces constitutions &#171; r&#233;dig&#233;es par les citoyens &#187; s'inscrivent dans des processus de lutte effectifs contre l'ordre constitutionnel existant, qu'ils servent par exemple &#224; mettre la pagaille dans les fameuses &#171; grandes primaires d&#233;mocratiques &#187;. Les gens en place hurleraient au d&#233;ni de d&#233;mocratie, mais cela cr&#233;erait une discussion sur le sens m&#234;me du mot d&#233;mocratie qui pourrait &#234;tre utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fond du probl&#232;me est qu'il faut imaginer des formes de vie politique qui, &#224; la fois, soient enti&#232;rement h&#233;t&#233;rog&#232;nes par rapport &#224; cette vie politique officielle enti&#232;rement confisqu&#233;e par une classe de professionnels qui se reproduit ind&#233;finiment &#8211; une situation qui a atteint en France un niveau sans &#233;gal dans l'Europe occidentale &#8211;, et pourtant capables de l'affronter selon leurs formes et leur agenda propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire du reproche d'homog&#233;n&#233;it&#233; sociologique adress&#233; &#224; la Nuit debout ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, Mai-68 &#233;tait un mouvement d'un petit groupe d'&#233;tudiants &#171; petits-bourgeois &#187;. Et il a entra&#238;n&#233; la dynamique de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale qui l'a transform&#233; lui-m&#234;me, avec la convergence sur la Sorbonne des multiples formes de lutte qui &#233;clataient &#231;&#224; et l&#224;. Il faut se souvenir du r&#244;le de mod&#232;le jou&#233; pour l'occupation m&#234;me de la Sorbonne par la gr&#232;ve avec occupation et s&#233;questration qui avait alors lieu depuis plusieurs semaines dans l'usine de&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sud-Aviation &#224; Nantes. La Nuit debout, elle, arrive apr&#232;s le jugement symbolique condamnant &#224; des peines de prison ferme, pour les m&#234;mes faits, des ouvriers de Goodyear. Elle arrive dans ce contexte de d&#233;localisation des entreprises, de fermeture des usines, de d&#233;faites ouvri&#232;res et de p&#233;nalisation des formes de r&#233;sistance. Elle ne peut b&#233;n&#233;ficier de la dynamique sociale qu'on a connue en Mai-68. Bien s&#251;r qu'il faudrait des mouvements Nuit debout ou des mouvements d'un tout autre type partout, et notamment dans les quartiers qui se sont r&#233;volt&#233;s en 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut toujours reprocher aux gens place de la R&#233;publique d'&#234;tre des lyc&#233;ens, des jeunes pr&#233;caires ou des individus qui ne repr&#233;sentent qu'eux-m&#234;mes. Mais c'est l'&#233;tat g&#233;n&#233;ral de ce qu'on appelle ici politique qu'il faut prendre en compte. Dans une France rendue amorphe par l'offensive dite n&#233;olib&#233;rale, la supercherie socialiste et une intense campagne intellectuelle contre toute la tradition sociale militante, on ne peut se contenter de renvoyer Nuit debout au fait que ce mouvement ne repr&#233;sente pas grand-chose sociologiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que ce mouvement aille plus loin, il faudrait qu'il puisse inventer des mots d'ordre qui le fassent exploser au-del&#224; de lui-m&#234;me. Il y a peut-&#234;tre la possibilit&#233; de se saisir de la conjoncture pr&#233;-&#233;lectorale pour cr&#233;er non pas une &#171; primaire de la vraie gauche &#187;, mais une mobilisation tr&#232;s forte contre le syst&#232;me pr&#233;sidentiel. On pourrait imaginer qu'un tel mouvement aboutisse non seulement &#224; des d&#233;clarations sur le fait qu'on ne votera plus jamais socialiste, mais &#224; quelque chose comme un mouvement pour la non-pr&#233;sidence, ou la suppression de la pr&#233;sidence de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Nuits debout peuvent-elles permettre de sortir de la chape de plomb post-attentats, symbolis&#233;e par une place de la R&#233;publique r&#233;investie par la parole et la lutte alors qu'elle &#233;tait devenue un mausol&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas trop demander &#224; ce mouvement. Mais il est vrai qu'un de ses &#233;l&#233;ments significatifs est la transformation d'une jeunesse en deuil en jeunesse en lutte, m&#234;me si cette transformation n'est pas ais&#233;e. Quand on va sur la place de la R&#233;publique, on voit que c'est tr&#232;s lentement que, autour de la statue, des symboles de lutte collective viennent se superposer aux expressions du deuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est difficile &#224; mettre en place en raison de la contre-r&#233;volution intellectuelle qui a r&#233;ussi &#224; s&#233;parer la jeunesse de toute une tradition de lutte sociale et d'horizon politique. Le propre de tous les mouvements des places a &#233;t&#233; la difficult&#233; &#224; s'identifier en tant que porteur de puissance d'avenir, et &#224; porter des subjectivations collectives, des identit&#233;s &#224; travailler et &#224; transformer contre les identit&#233;s impos&#233;es, comme ont pu l'&#234;tre des collectifs ouvriers ou des collectifs de femmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela est encore plus vrai en France, en raison de la chape de plomb id&#233;ologique cr&#233;&#233;e par cette contre-r&#233;volution intellectuelle. En Gr&#232;ce, il existe des mouvements autonomes puissants, qui ont cr&#233;&#233; des lieux de vie, de savoir ou de soins. En Espagne, autour de la lutte contre les expulsions de logements, a converg&#233; un collectif qui occupe aujourd'hui la mairie de Barcelone. Des mouvements et des formes d'organisation de cette ampleur n'existent pas en France, et le mouvement Nuit debout est orphelin des bases de luttes qui ont pu &#234;tre mobilis&#233;es ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;M&#234;me si demeure le sentiment qu'avec la Nuit debout, il se passe quelque chose qui manifeste une puissance d'invention renouvelant certaines mani&#232;res de penser de la gauche radicale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne sait pas exactement ce qu'il y a dans la t&#234;te des personnes qui se m&#234;lent sur la place de la R&#233;publique. On y trouve &#233;norm&#233;ment de choses disparates.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est vrai qu'on y trouve une exigence d&#233;mocratique qui s'oppose &#224; la vieille ritournelle sur la &#171; d&#233;mocratie formelle &#187; comme simple apparence couvrant la domination &#233;conomique bourgeoise. L'exigence de d&#233;mocratie&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; r&#233;elle et maintenant &#187; &lt;/i&gt;a le m&#233;rite de rompre avec cette logique de d&#233;nonciation qui pr&#233;tend &#234;tre radicale mais produit en fait une sorte de qui&#233;tisme, finalement r&#233;actionnaire du genre : de toute fa&#231;on, c'est le Capital qui est la cause de tout, et ces gens qui s'agitent au nom de la d&#233;mocratie ne font que masquer sa domination et renforcer son id&#233;ologie. Mais &#233;videmment le profit est perdu si on ram&#232;ne la d&#233;mocratie &#224; la forme de l'assembl&#233;e. La d&#233;mocratie est affaire d'imagination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#202;tes-vous sensible &#224; la circulation de la parole, de l'&#233;crit, des r&#233;cits dans les Nuits debout ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a effectivement beaucoup de paroles qui circulent, m&#234;me si elles ne sont pas toujours d'une richesse inoubliable. Des gens viennent dire leurs po&#232;mes, mais c'est rarement une po&#233;sie cr&#233;ant un choc de nouveaut&#233;. En m&#234;me temps, on voit des gens qui ne parlaient jamais et qui osent parler &#224; cet endroit et c'est donc significatif, m&#234;me si, pour ce qu'on peut en saisir, cette circulation de la parole est moins riche que ce qu'on avait per&#231;u en Mai-68. D'un c&#244;t&#233;, la forme assembl&#233;e permet &#224; plus de gens de venir raconter leur histoire. De l'autre, on a l'impression d'&#234;tre en de&#231;&#224; de la floraison de slogans et d'images multiples qui, dans beaucoup de manifestations r&#233;centes, avait remplac&#233; les grandes banderoles unitaires d'antan. Plus profond&#233;ment, la question est que le d&#233;sir de communaut&#233; &#233;gale ne freine pas la puissance d'invention &#233;galitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les initiateurs de la Nuit debout veulent converger avec les syndicats dans la perspective du 1er Mai. Comment regardez-vous cette proposition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; convergence des luttes &#187;, c'est un peu la version du grand r&#234;ve de Mai-68, la jonction entre &#233;tudiants et ouvriers. &#192; l'&#233;poque cela s'&#233;tait mat&#233;rialis&#233; par le cort&#232;ge &#233;tudiant en direction de Billancourt. Aujourd'hui Billancourt est ras&#233; et la Sorbonne est un lieu o&#249; l'on ne p&#233;n&#232;tre qu'avec une carte. Aussi l'affaire s'est-elle d&#233;battue dans le court espace qui s'&#233;tend entre la place de la R&#233;publique et la Bourse du travail, autour de la pr&#233;paration des d&#233;fil&#233;s du 1er Mai. En tout &#233;tat de cause, la question de la convergence des luttes est d&#233;pendante de la question de la nature de ces luttes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entretien de Jacques Ranci&#232;re dans Sin&#233;-Hebdo (11 mars 2009)</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Entretien-de-Jacques-Ranciere-dans-Sine-Hebdo-11-mars-2009</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Entretien-de-Jacques-Ranciere-dans-Sine-Hebdo-11-mars-2009</guid>
		<dc:date>2009-04-02T19:54:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Sur le site de Sin&#233; Hebdo, les vid&#233;os de l'entretien : &lt;br class='autobr' /&gt; Quelques extraits : &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Toute pens&#233;e d'&#233;mancipation v&#233;ritable doit s'ancrer dans ce que sait le pr&#233;tendu ignorant. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les g&#233;n&#233;rations nouvelles ont d&#233;pass&#233; le discours r&#233;actionnaire des ann&#233;es 80 selon lequel 68 a seulement servi &#224; r&#233;nover le capitalisme. Ils essaient d'imaginer &#224; nouveau des formes de pens&#233;es collectives. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est vrai que la m&#233;moire de 68 a maintenu une culture de r&#233;sistance &#224; l'extension infinie de la logique (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur le site de Sin&#233; Hebdo, les vid&#233;os de l'entretien : &lt;a href=&#034;http://www.blog-sine.com/blog/?p=591&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.blog-sine.com/blog/?p=591&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quelques extraits&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Emprunt&#233;s &#224; Fabula&#034; id=&#034;nh2-_2A&#034;&gt;*&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Toute pens&#233;e d'&#233;mancipation v&#233;ritable doit s'ancrer dans ce que sait le pr&#233;tendu ignorant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#233;n&#233;rations nouvelles ont d&#233;pass&#233; le discours r&#233;actionnaire des ann&#233;es 80 selon lequel 68 a seulement servi &#224; r&#233;nover le capitalisme. Ils essaient d'imaginer &#224; nouveau des formes de pens&#233;es collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que la m&#233;moire de 68 a maintenu une culture de r&#233;sistance &#224; l'extension infinie de la logique capitaliste. Il est effectivement arriv&#233; que les pouvoirs aient &#233;t&#233; contraints de composer avec elle, jusqu'&#224; r&#233;voquer les lois d&#233;j&#224; vot&#233;es ( CPE ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsqu'on parle de &#034;d&#233;mocratie&#034;, on a en t&#234;te les Etats ou des oligarchies gouvernent en y mettant les formes. Malgr&#233; cela perdure toujours une tension qui rappelle l'id&#233;e originelle de d&#233;mocratie comme pouvoir impr&#233;visible qui appartient &#224; la collectivit&#233; et non pas &#224; qui la repr&#233;sente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me l'antid&#233;mocrate Platon le disait : le pire des maux est que le pouvoir soit occup&#233; par ceux qui l'ont voulu. C'est malheureusement la r&#232;gle partout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe m&#234;me du vote est ambigu. D'un c&#244;t&#233;, c'est la reconnaissance de l'&#233;galit&#233; de valeur de toutes les voix ; mais de l'autre, c'est aussi un syst&#232;me organis&#233; pour reproduire un personnel dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;te des mouvements r&#233;els, donner naissance &#224; des forums de discussion collective et de circulation de l'information et de la pens&#233;e d&#233;tach&#233;s de l'objectif de la prise du pouvoir, me semble capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise c'est la vision globale impos&#233;e par les gouvernements pour se r&#233;server la mesure du possible. La r&#233;alit&#233; est celle des rapports de force, des luttes qui d&#233;placent les limites de ce possible...L'action politique consiste toujours &#224; d&#233;placer les barri&#232;res du possible fix&#233;es par le syst&#232;me dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la Gauche prol&#233;tarienne essayait de ressusciter les formes de sabotages inscrites dans la tradition du mouvement ouvrier fran&#231;ais, ses militants &#233;taient arr&#234;t&#233;s pour reconstitution de ligue dissoute, pas pour terrorisme. or aujourd'hui, la moindre gr&#232;ve est stigmatis&#233;e comme prise d'otage ! ... Il est primordial de s'opposer &#224; la criminalisation progressive de toutes les formes de lutte sociale .&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-_2A&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-_2A&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-_2A&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;*&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Emprunt&#233;s &#224; &lt;a href=&#034;http://www.fabula.org/actualites/article30295.php&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fabula&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Biopolitique ou politique ?&#034;, par Jacques Ranci&#232;re</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Biopolitique-ou-politique-par-Jacques-Ranciere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Biopolitique-ou-politique-par-Jacques-Ranciere</guid>
		<dc:date>2007-06-26T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Entretien recueilli par Eric Alliez, par Jacques Ranci&#232;re, Multitudes, n&#176;1 &lt;br class='autobr' /&gt; MULTITUDES Dans votre livre, La m&#233;sentente, vous mettez &#224; l'&#233;preuve le questionnement politique en le confrontant &#224; la fausse opposition sur laquelle il prend appui, dans La politique d'Aristote : la dualit&#233; de la voix (ph&#244;n&#232;), comme expression de l'utile, et de la parole (logos) comme expression du juste, dualit&#233; par laquelle l'animalit&#233; serait originairement scind&#233;e. En de&#231;&#224; de cette opposition, vous rep&#233;rez le (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien recueilli par Eric Alliez, par Jacques Ranci&#232;re, &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, n&#176;1&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MULTITUDES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans votre livre, &lt;i&gt;La m&#233;sentente&lt;/i&gt;, vous mettez &#224; l'&#233;preuve le questionnement politique en le confrontant &#224; la fausse opposition sur laquelle il prend appui, dans &lt;i&gt;La politique&lt;/i&gt; d'Aristote : la dualit&#233; de la voix (&lt;i&gt;ph&#244;n&#232;&lt;/i&gt;), comme expression de l'utile, et de la parole (&lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;) comme expression du juste, dualit&#233; par laquelle l'animalit&#233; serait originairement scind&#233;e. En de&#231;&#224; de cette opposition, vous rep&#233;rez le litige, ou le tort, comme le v&#233;ritable lieu du politique - ce tort qui r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans le rejet de la majorit&#233; des &#234;tres parlants dans le bruit vocal o&#249; s'exprime la souffrance et l'agr&#233;ment.&lt;br /&gt;
Si nous nous sommes adress&#233;s &#224; vous pour penser l'usage qu'il est possible de faire de la cat&#233;gorie de Biopolitique, c'est que le geste que vous accomplissez nous semble constituer une tentative singuli&#232;re pour reconduire la politique &#224; la vie des sujets et transformer son concept &#224; ce niveau de radicalit&#233;. Mais ce geste para&#238;t comme imm&#233;diatement retenu : tout se passe comme si la politique prenait toute enti&#232;re place dans l'&#233;cart qui se creuse entre deux formes de vies et dans le litige produit par cet &#233;cart m&#234;me. Ne peut-on alors dire, en se situant dans votre perspective, que la biopolitique est ce qui reste l'impens&#233; constitutif de la politique elle-m&#234;me ? Et dans quelle mesure peut-il &#234;tre investi pour lui-m&#234;me ?&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;JACQUES RANCI&#200;RE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai pas &#171; reconduit la politique &#224; la vie des sujets &#187; au sens o&#249; j'aurais montr&#233; son enracinement dans une puissance de la vie. La politique n'est pas pour moi l'expression d'une subjectivit&#233; vivante originaire oppos&#233;e &#224; un autre mode originaire de la subjectivit&#233; - ou &#224; un mode d&#233;riv&#233;, d&#233;tourn&#233;, comme dans les pens&#233;es de l'ali&#233;nation. En revenant sur la d&#233;finition aristot&#233;licienne de l'animal politique, mon objet &#233;tait de mettre en cause la fondation anthropologique de la politique : la fondation de la politique dans l'essence d'un mode de vie, l'id&#233;e du &lt;i&gt;bios politikos&lt;/i&gt;, qu'on a vu refleurir ces derniers temps &#224; travers des r&#233;f&#233;rences plus modernes (L&#233;o Strauss et Hanna Arendt, pour l'essentiel).&lt;br /&gt;
J'ai voulu montrer qu'il y avait un cercle vicieux dans cette fondation : la &#171; preuve d'humanit&#233; &#187;, le pouvoir de communaut&#233; des &#234;tres dou&#233;s du &lt;i&gt;logos&lt;/i&gt;, loin de fonder la politicit&#233;, est en fait l'enjeu permanent du litige qui s&#233;pare politique et police. Mais ce litige n'est pas lui-m&#234;me l'opposition entre deux modes de vie. Politique et police ne sont pas deux modes de vie mais deux partages du sensible, deux mani&#232;res de d&#233;couper un espace sensible, d'y voir ou de n'y pas voir des objets communs, d'y entendre ou de n'y pas entendre des sujets qui les d&#233;signent ou argumentent &#224; leur sujet.&lt;br /&gt;
La police est le partage du sensible qui identifie l'effectuation du commun d'une communaut&#233; &#224; l'effectuation des propri&#233;t&#233;s - des ressemblances et des diff&#233;rences - caract&#233;risant les corps et les modes de leur agr&#233;gation. Elle structure l'espace perceptif en termes de places, fonctions, aptitudes, etc., &#224; l'exclusion de tout suppl&#233;ment. La politique, elle, est - et n'est que - l'ensemble des actes qui effectuent une &#171; propri&#233;t&#233; &#187; suppl&#233;mentaire, une propri&#233;t&#233; biologiquement et anthropologiquement introuvable, l'&#233;galit&#233; des &#234;tres parlants. Elle existe en suppl&#233;ment &#224; tout bios. Ce qui s'oppose, ce sont deux structurations du monde commun : celle qui ne conna&#238;t que du &lt;i&gt;bios&lt;/i&gt; (depuis la transmission du sang jusqu'&#224; la r&#233;gularisation des flux de populations) et celle qui conna&#238;t les &lt;i&gt;artifices&lt;/i&gt; de l'&#233;galit&#233;, ses formes de refiguration du &#171; monde donn&#233; &#187; du commun effectu&#233;es par des sujets politiques. Ceux-ci n'affirment pas une vie autre mais configurent un monde commun diff&#233;rent.&lt;br /&gt;
En tout &#233;tat de cause, l'id&#233;e du sujet politique, de la politique comme mode de vie d&#233;veloppant une disposition naturelle caract&#233;ristique d'une esp&#232;ce vivante singuli&#232;re ne peut &#234;tre assimil&#233;e &#224; ce que Foucault analyse : les corps et les populations comme objets du pouvoir. L'animal politique aristot&#233;licien est un animal dou&#233; de politicit&#233;, c'est-&#224;-dire capable d'agir comme sujet participant &#224; l'agir politique, dans les termes aristot&#233;liciens, un &#234;tre participant &#224; la puissance de &lt;i&gt;l'arkh&#232;&lt;/i&gt; comme sujet en m&#234;me temps que comme objet. Le corps concern&#233; par la &#171; biopolitique &#187; de Foucault est, lui, un corps objet de pouvoir, un corps localis&#233; dans le partage policier des corps et des agr&#233;gations de corps. La biopolitique est introduite par Foucault comme diff&#233;rence sp&#233;cifique dans les pratiques du pouvoir et les effets de pouvoir comment le pouvoir op&#232;re des effets d'individualisation des corps et de socialisation des populations. Or cette question n'est pas celle de la politique. La question de la politique commence l&#224; o&#249; est en cause le statut du sujet qui est apte &#224; s'occuper de la communaut&#233;.&lt;br /&gt;
Cette question, je crois, n'a jamais int&#233;ress&#233; Foucault, sur le plan th&#233;orique en tout cas. Il s'occupe du pouvoir. Et il introduit le &#171; biopouvoir &#187; comme une mani&#232;re de penser le pouvoir et sa prise sur la vie. Il faut se souvenir du contexte dans lequel il le pr&#233;sente dans &lt;i&gt;La volont&#233; de savoir&lt;/i&gt; : celui d'une critique des th&#232;mes de la r&#233;pression - et de la lib&#233;ration - sexuelle. Il s'agit pour lui de s'opposer &#224; un discours de type freudo-marxiste, de montrer comment une certaine id&#233;e de la &#171; politique de la vie &#187; repose sur la m&#233;connaissance de la mani&#232;re dont le pouvoir s'exerce sur la vie et sur ses &#171; lib&#233;rations &#187;. Il y a un certain paradoxe &#224; vouloir retourner le dispositif pol&#233;mique de Foucault pour affirmer un enracinement vitaliste de la politique. Et si l'id&#233;e de biopouvoir est claire, celle de biopolitique est confuse. Car tout ce que d&#233;signe Foucault se situe dans l'espace de ce que j'appelle la police. Si Foucault a pu parler indiff&#233;remment de biopouvoir et de biopolitique, c'est parce que sa pens&#233;e de la politique est construite autour de la question du pouvoir, qu'il ne s'est jamais int&#233;ress&#233; th&#233;oriquement &#224; la question de la subjectivation politique. Aujourd'hui l'identification des deux termes va dans deux directions oppos&#233;es, que je crois &#233;trang&#232;res &#224; la pens&#233;e de Foucault, et qui sont en tout cas &#233;trang&#232;res &#224; la mienne.&lt;br /&gt;
Il y a, d'un c&#244;t&#233;, l'insistance sur le biopouvoir comme mode d'exercice de la souverainet&#233;, qui enferme la question de la politique dans celle du pouvoir et tire le bio-pouvoir sur un terrain onto-th&#233;ologico-politique : ainsi, lorsque Agamben explique l'extermination des juifs d'Europe comme cons&#233;quence du rapport &#224; la vie inclus dans le concept de souverainet&#233;. C'est une fa&#231;on de ramener Foucault du c&#244;t&#233; de Heidegger par la m&#233;diation d'une vision du sacr&#233; et de la souverainet&#233; &#224; la Bataille. Or, s'il est clair que si Foucault a des coquetteries de ce c&#244;t&#233;, il n'identifie pas simplement le concept de la souverainet&#233; &#224; celui du pouvoir sur la vie et il pense le racisme moderne dans les termes d'un pouvoir qui s'applique &#224; majorer la vie, pas dans ceux du rapport de la souverainet&#233; &#224; la vie nue. La probl&#233;matique arendtienne- heideggerienne en derni&#232;re instance - des modes du &lt;i&gt;vivre&lt;/i&gt;, qui soutient la th&#233;orisation d'Agamben, me semble tr&#232;s &#233;trang&#232;re &#224; celle de Foucault.&lt;br /&gt;
D'un autre c&#244;t&#233;, il y a la tentative de donner un contenu positif &#224; la &#171; biopolitique &#187;. Il y a, &#224; un premier niveau, la volont&#233; de d&#233;finir des modes de prise en charge, de rapport subjectif au corps, &#224; la sant&#233; et &#224; la maladie qui s'opposent &#224; la gestion &#233;tatique du corps et de la sant&#233;, comme on a pu le voir notamment dans les combats men&#233;s sur les questions de la drogue et du Sida. Il y a, &#224; un autre niveau, l'id&#233;e d'une biopolitique fond&#233;e sur une ontologie de la vie, identifi&#233;e &#224; une certaine radicalit&#233; d'autoaffirmation. Celle-ci s'inscrit dans une tradition de marxisme anthropologique, h&#233;rit&#233;e des &lt;i&gt;Grundrisse&lt;/i&gt;, qui s'est politiquement retremp&#233;e dans l'op&#233;ra&#239;sme et th&#233;oriquement rajeunie dans le vitalisme deleuzien. Cela revient pour moi &#224; une tentative d'identifier la question de la subjectivation politique &#224; celle des formes de l'individuation, personnelle et collective. Or je ne crois pas que rien se d&#233;duise d'une ontologie de l'individuation &#224; une th&#233;orisation des sujets politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MULTITUDES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La m&#233;sentente&lt;/i&gt;, vous introduisez votre d&#233;finition de la police (que vous opposez &#224; la politique) par une r&#233;f&#233;rence &#224; la g&#233;n&#233;alogie de la police que propose Foucault dans &lt;i&gt;Omnes et singulatim&lt;/i&gt;, comme s'&#233;tendant &#224; tout ce qui concerne l'homme et son bonheur. Mais que faites-vous du fait qu'aux yeux de Foucault, la police ne constitue qu'un aspect de cette forme de pouvoir qui s'exerce sur la vie des individus et des populations ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;JACQUES RANCI&#200;RE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il semble y avoir eu une &#233;quivoque sur ma r&#233;f&#233;rence &#224; Foucault dans &lt;i&gt;La m&#233;sentente&lt;/i&gt;. J'y ai d&#233;fini la police comme une forme de partage du sensible, caract&#233;ris&#233;e par l'ad&#233;quation imaginaire des places, des fonctions et des mani&#232;res d'&#234;tre, par l'absence de vide et de suppl&#233;ment. Cette d&#233;finition de la police, &#233;labor&#233;e dans le contexte de la pol&#233;mique des ann&#233;es quatre-vingt-dix sur la question de l'&#171; identit&#233; &#187; est tout &#224; fait ind&#233;pendante de l'&#233;laboration de la question biopolitique chez Foucault. En la proposant, j'ai eu le souci de bien &#233;carter cette notion des associations habituelles police/appareil r&#233;pressif et aussi de la probl&#233;matique foucaldienne de la disciplinarisation des corps - ou de la &#171; soci&#233;t&#233; de surveillance &#187;. C'est, dans ce contexte que j'ai cru utile de rappeler que, chez Foucault lui-m&#234;me, la question de la police &#233;tait beaucoup plus large que celle de l'appareil r&#233;pressif et de la disciplinarisation des corps.&lt;br /&gt;
Mais il est clair que le m&#234;me mot de police renvoie &#224; deux dispositifs th&#233;oriques tr&#232;s diff&#233;rents. Dans &lt;i&gt;Omnes et singulatim&lt;/i&gt; Foucault traite de la police comme dispositif institutionnel participant du contr&#244;le du pouvoir sur la vie et les corps. Police, chez moi, ne d&#233;finit pas une institution de pouvoir, mais un principe de partage du sensible &#224; l'int&#233;rieur duquel peuvent se d&#233;finir des strat&#233;gies et des techniques de pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;MULTITUDES&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans l'interpr&#233;tation que donne Foucault dans &lt;i&gt;La volont&#233; de savoir&lt;/i&gt;, de la biopolitique comme transformation du pouvoir souverain, passage du pouvoir de vie et de mort au pouvoir comme gestion de la vie, l'&#233;mergence du social comme nouvel espace du politique joue un r&#244;le majeur. C'est sur ce point que se sont concentr&#233;es les interpr&#233;tations foucaldiennes de l'Etat-Providence, plus r&#233;cemment nomm&#233; (par Balibar, par Castel) Etat-national-social. Pour vous aussi, le social constitue un th&#232;me fondamental de transformation. Ce vous appelez l'&#171; incorporation polici&#232;re &#187;, c'est justement la r&#233;alisation du sujet politique comme corps social. Est-il possible, selon vous, de court-circuiter cette incorporation en restaurant un autre point de vue sur le social ? Est-il possible de porter sur le social un regard politique qui &#233;chappe &#224; une telle r&#233;duction, et le nom de biopolitique peut-il convenir, au prix d'un certain renversement de son usage foucaldien, &#224; d&#233;signer cette intention ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;JACQUES RANCI&#200;RE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le social est chez Foucault l'objet d'un souci du pouvoir. Foucault a transform&#233; la forme classique de ce souci (l'inqui&#233;tude devant les masses laborieuses/dangereuses) en une autre forme : l'investissement positif du pouvoir dans la gestion de la vie et la production de formes optimales d'individuation. Cette pr&#233;occupation peut sans doute s'inscrire dans une th&#233;orisation de l'&#201;tat social. Mais l'&#201;tat n'est pas l&#224; l'objet de mon &#233;tude. Pour moi, le social n'est pas un souci du pouvoir ou une production du pouvoir. Il est l'enjeu du partage entre politique et police. Il n'est pas ainsi un objet univoque, un champ de rapports - de production et de pouvoir - que l'on pourrait circonscrire. &#171; Social &#187; veut dire au moins trois choses. Il y a d'abord &#171; la soci&#233;t&#233; &#187;,l'ensemble des groupes, places et des fonctions, que la logique polici&#232;re identifie au tout de la communaut&#233;.&lt;br /&gt;
C'est dans ce cadre-l&#224; que rentrent pour moi les pr&#233;occupations de gestion de la vie, des populations, de production de formes d'individuation, impliqu&#233;es dans la notion de bio-pouvoir. Il y a ensuite le social comme dispositif pol&#233;mique de subjectivation, construit par ces sujets qui viennent contester la &#171; naturalit&#233; &#187; de ces places et fonctions, en faisant compter ce que j'ai appel&#233; la part des sans-part. Il y a enfin le social comme invention de la m&#233;tapolitique moderne : le social comme la v&#233;rit&#233;, plus ou moins cach&#233;e, de la politique, que cette v&#233;rit&#233; soit con&#231;ue &#224; la mani&#232;re de Marx ou de Durkheim, de Tocqueville ou de Bourdieu.&lt;br /&gt;
C'est l'opposition et l'intrication de ces trois figures du social qui m'a int&#233;ress&#233;, et cette intrication ne me semble pas passer prioritairement par une th&#233;orie de la vie et par la question de ses modes de r&#233;gulation. Je ne crois pas, une fois encore, qu'on puisse tirer de l'id&#233;e du biopouvoir, qui d&#233;signe une pr&#233;occupation et un mode d'exercice du pouvoir, l'id&#233;e d'une biopolitique qui serait un mode propre de subjectivation politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href=&#034;http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=210&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=210&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Les raisins sont trop verts&#034;, par Jacques Ranci&#232;re</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Les-raisins-sont-trop-verts-par-Jacques-Ranciere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Les-raisins-sont-trop-verts-par-Jacques-Ranciere</guid>
		<dc:date>2007-06-26T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Texte adress&#233; le 21/12 au Monde, non publi&#233; par ce journal. &lt;br class='autobr' /&gt; Le texte sur la nature du mouvement social, publi&#233; dans Le Monde du 20 d&#233;cembre par MM. Pascal Perrineau et Michel Wiewiorka, exprime sa condamnation du r&#233;cent mouvement gr&#233;viste dans le syllogisme suivant : un mouvement social est, selon Marx, un mouvement capable d'&#233;largir les int&#233;r&#234;ts d'un groupe social &#224; un int&#233;r&#234;t universel. Or la gr&#232;ve r&#233;cente est rest&#233;e &#171; arc-bout&#233;e sur la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts acquis du secteur public &#187; et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Texte adress&#233; le 21/12 au &lt;i&gt;Monde&lt;/i&gt;, non publi&#233; par ce journal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le texte sur la nature du mouvement social, publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;du 20 d&#233;cembre&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article porte sur les gr&#232;ves de l'hiver 1995. Voyez le dossier que leur a (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; par MM. Pascal Perrineau et Michel Wiewiorka, exprime sa condamnation du r&#233;cent mouvement gr&#233;viste dans le syllogisme suivant : un mouvement social est, selon Marx, un mouvement capable d'&#233;largir les int&#233;r&#234;ts d'un groupe social &#224; un int&#233;r&#234;t universel. Or la gr&#232;ve r&#233;cente est rest&#233;e &#171; arc-bout&#233;e sur la d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts acquis du secteur public &#187; et &#171; crisp&#233;e &#187; sur le &#171; territoire national &#187;. Donc elle n'est pas un vrai mouvement social mais participe au contraire d'un &#171; repli identitaire &#187; comparable &#224; celui &#171; d'autres forces &#187; (traduisez le Front national). Et ceux qui l'ont soutenue appartiennent &#224; la &#171; petite-bourgeoisie prol&#233;taro&#239;de &#187; qui fantasme un mouvement social et politique imaginaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette argumentation me semble appeler les remarques suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement gr&#233;viste r&#233;cent a assur&#233;ment &#233;t&#233; ambigu et susceptible d'interpr&#233;tations oppos&#233;es. Mais c'est le cas de tout mouvement social. Le domaine m&#234;me du &#171; social &#187;, de ses mouvements et organisations est le lieu d'affrontement permanent de deux logiques contradictoires. Le social, en un sens, est le domaine o&#249; se g&#232;rent les &#233;quilibres entre les parties de la population, la distribution et la redistribution des parts entre ces parties selon des rapports de force et d'int&#233;r&#234;ts. Le mouvement social appartient toujours en partie &#224; ce syst&#232;me de distribution des parts que je propose d'appeler, en un sens &#233;largi, la police d'une soci&#233;t&#233;. Mais le social a aussi signifi&#233; historiquement le combat pour remettre en cause cette police des rapports sociaux, pour unir &#224; telle revendication, ponctuelle et d&#233;termin&#233;e, de tel ou tel groupe, la r&#233;cusation de la logique m&#234;me de la distribution des parts, l'inclusion des incompt&#233;s de l'ordre social en- g&#233;n&#233;ral. Cet &#233;largissement peut se manifester de diff&#233;rentes mani&#232;res : par le contenu des mots d'ordre et des revendications mais aussi par l'espace ouvert &#224; la manifestation conjointe des capacit&#233;s individuelles et du sens du commun, &#224; cette &#171; prise de parole &#187; commune qui n'est pas le bavardage surajout&#233; &#224; la r&#233;alit&#233; solide des mouvements mais la remise en cause du partage m&#234;me entre les hommes de la parole, l&#233;gitim&#233;s &#224; r&#233;partir les parts, et les hommes du besoin, suppos&#233;s &#171; crisp&#233;s &#187; sur leur petite part personnelle, qui structure l'ordre in&#233;galitaire. Tout mouvement social met en jeu un &#233;cart, plus ou moins explicit&#233;, entre ce qui s'inscrit comme revendication n&#233;gociable et ce que la lutte par elle-m&#234;me implique : la manifestation de cette &#233;galit&#233; qui soutient en d&#233;finitive les r&#233;partitions de comp&#233;tence de la hi&#233;rarchie sociale, parce que sans elle, comme notre ing&#233;nu premier ministre en a fait l'exp&#233;rience, l'in&#233;galit&#233; elle-m&#234;me ne peut pas &#171; s'expliquer &#187;. Il n'y a pas de mouvement social pur et pas de distinction d'essence entre des luttes corporatives et d&#233;fensives et des mouvements sociaux universalistes et &#171; imaginatifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;2.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me ambivalence concerne les &#171; acquis &#187; que certains sont accus&#233;s de &#171; d&#233;fendre &#187; d'une mani&#232;re &#233;go&#239;ste et r&#233;gressive. Ceux-ci sont un mode d'inscription hybride de l'&#233;galit&#233; et de la lutte politique dans le syst&#232;me social de r&#233;partition des pouvoirs et des fonctions. Les mouvements sociaux, en tant que mouvements politiques, laissent des traces dans le syst&#232;me m&#234;me de la distribution des parts. L'&#171; &#233;ternel &lt;i&gt;hier&lt;/i&gt; &#187;, stigmatis&#233; par le texte, n'a rien d'&#233;ternel. Le service public, les droits acquis par ses servants, la gestion de la s&#233;curit&#233; sociale par les repr&#233;sentants des assur&#233;s et les formes de monopole syndical elles-m&#234;mes, sont l'inscription contradictoire des mouvements sociaux d'hier. La liste des probl&#232;mes et des dysfonctionnements qui les affectent est assur&#233;ment bien fournie. Mais le premier probl&#232;me est leur existence m&#234;me. Et par-del&#224; les exigences de modernisation des institutions et d'&#233;quilibre des comptes, il n'est pas difficile de sentir que, dans la France de Chirac, comme dans l'Angleterre de Thatcher ou l'Am&#233;rique de Reagan, c'est cette existence m&#234;me et ce qu'elle symbolise qui est de plus en plus insupportable &#224; certains. Les transports publics ou la s&#233;curit&#233; sociale, l'h&#244;pital ou l'&#233;cole publique, la possibilit&#233; pour celui qui n'est rien de se d&#233;placer, d'apprendre ou d'&#234;tre soign&#233; &#224; l'&#233;gal de celui qui est quelque chose, c'est cela m&#234;me, cette visibilit&#233; de l'&#233;galit&#233; dans le concret de notre univers qui est de plus en plus mal support&#233; par les ma&#238;tres de notre monde.&lt;br /&gt;
Arguer alors du caract&#232;re &#171; d&#233;fensif &#187; d'un mouvement ne dit rien en soi sur sa validit&#233;. En tout combat, il y a des moments o&#249; l'on attaque et des moments o&#249; l'on r&#233;siste &#224; l'attaque. Assur&#233;ment le mouvement ouvrier &#233;tait plus offensif quand il se battait pour obtenir la limitation de la journ&#233;e de travail, les retraites, etc.... Si ce qui a &#233;t&#233; gagn&#233; hier est remis en cause aujourd'hui, la question est bien de savoir s'il est bon de le d&#233;fendre ou de l'abandonner. Et c'est un usage rh&#233;torique du mot &#171; d&#233;fensif &#187; qui transforme le fait de la r&#233;sistance en trait de caract&#232;re n&#233;gatif. Tout comme c'est un usage sophistique du mot &#171; r&#233;forme &#187; qui identifie &lt;i&gt;ipso facto &lt;/i&gt;la remise en cause des acquis sociaux au changement n&#233;cessaire et salutaire et fait de la r&#233;sistance aux plans gouvernementaux la marque d'un esprit r&#233;trograde.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;3.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est bien effectivement dans la conduite d'un mouvement que se joue son caract&#232;re. Et il n'est gu&#232;re contestable qu'entre la situation initiale de conflit entre pouvoir gouvernemental et pouvoir syndical et la situation actuelle, quelque chose a chang&#233; dans les enjeux du conflit, comme dans les capacit&#233;s offertes &#224; ses acteurs et &#224; ses spectateurs m&#234;me d'&#233;noncer une parole autoris&#233;e et de concevoir une action commune sur le destin commun, qui se s&#233;pare de la simple gestion &#233;tatique des &#171; int&#233;r&#234;ts g&#233;n&#233;raux &#187;. On ne voit pas ce qui autorise les r&#233;dacteurs du texte &#224; s&#233;parer, parmi les revendications inscrites sur les banderoles ou les paroles entendues dans les d&#233;p&#244;ts ou dans la rue, ce qui est le &#171; r&#233;el &#187; du mouvement et ce qui en est 1&#171; ' imaginaire &#187;. On ne peut leur conc&#233;der que les gr&#233;vistes ne se sont jamais occup&#233;s d'&#233;largir la question &#224; l'emploi en g&#233;n&#233;ral, aux jeunes et aux ch&#244;meurs, alors que les paroles officielles et officieuses du mouvement n'ont jamais cess&#233; de lier la question des retraites &#224; celle de l'emploi en g&#233;n&#233;ral et de l'emploi des jeunes en particulier. Dire que le mouvement n'a &#171; pas su &#187; d&#233;passer son &#171; bastion de d&#233;part &#187;, c'est, encore une fois, jouer d'une mani&#232;re purement rh&#233;torique sur le double sens d'une expression, conclure de l'&#233;chec d'une tentative &#224; l'absence de cette tentative. Que les salari&#233;s du priv&#233; ne se soient pas associ&#233;s au mouvement est un fait dont l'interpr&#233;tation est pour le moins r&#233;versible : car elle peut aussi bien prouver que, dans les conditions actuelles d u march&#233; du travail, le fameux &#171; bastion &#187; est celui dont la liquidation ou le maintien d&#233;finit la possibilit&#233; m&#234;me d'une capacit&#233; des salari&#233;s en g&#233;n&#233;ral &#224; intervenir sur leur avenir et sur l'avenir commun. L'&#233;chec de la tentative de dresser la majorit&#233; silencieuse contre les &#171; privil&#233;gi&#233;s &#187; du secteur public est au moins significative en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;4.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs du texte commencent leur condamnation de la gr&#232;ve par une r&#233;f&#233;rence &#224; Marx et la concluent par une r&#233;f&#233;rence &#224; Gramsci. C'est un signe des temps remarquable. On dit le marxisme enterr&#233;. Mais c'est d&#233;sormais le plus vulgaire des marxismes qui sert de doctrine officielle &#224; l'&#201;tat dit lib&#233;ral. Point de mesure qui ne s'y annonce &#224; l'enseigne d'une n&#233;cessit&#233; objective, identifi&#233;e en d&#233;finitive &#224; la pure loi du capital. Ensuite de quoi, toute opposition &#224; cette &#171; n&#233;cessit&#233; &#187; est associ&#233;e &#224; la r&#233;action d'une &#171; petite-bourgeoise &#187; arri&#233;r&#233;e, r&#233;sistant vainement &#224; ce que commande le sens de l'histoire. Les concepts de l'arsenal l&#233;niniste et les figures de la rh&#233;torique stalinienne viennent &#224; la suite. T&#233;moin le concept de &#171; populisme &#187;, notion enti&#232;rement vide, appliqu&#233;e aux cas les plus disparates, pour d&#233;signer en vrac tout ce qui n'est pas conforme aux sch&#232;mes de la pens&#233;e officielle et conforter l'assurance de ceux qui prennent leur simple adh&#233;sion &#224; ces sch&#232;mes pour preuve d'&#233;l&#233;vation et de &#171; courage &#187; de pens&#233;e. T&#233;moin la pratique de l'amalgame, &#233;l&#233;gamment m&#234;l&#233;e &#224; celle du sous-entendu, quand on stigmatise la r&#233;sistance purement &#171; nationale &#187; &#224; des mesures prises par un gouvernement national, et qu'on sugg&#232;re la similitude de ce &#171; repli identitaire &#187; avec celui pratiqu&#233; &#171; en d'autres lieux par d'autres forces &#187;. Ce qui est quand m&#234;me digne d'int&#233;r&#234;t, c'est la discr&#233;tion en cette affaire d'une extr&#234;me-droite peu habitu&#233;e &#224; cette vertu. On pourrait peut-&#234;tre en conclure que lorsqu'un mouvement effectif brise le consensus dont elle est le parasite, notre extr&#234;me-droite n'a de fait plus d'espace pour ses entreprises. T&#233;moin enfin l'usage d'expressions aussi &#233;l&#233;gantes que &#171; petite bourgeoisie prol&#233;taro&#239;de &#187; qui m&#233;rite de rejoindre le&#171; sida mental &#187; parmi les belles trouvailles linguistiques de notre &#226;ge.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;5.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup d'enseignants et de chercheurs ont exprim&#233;, individuellement ou collectivement, leurs id&#233;es sur le mouvement actuel. C'est une excellente chose, &#224; condition que la pr&#233;sentation de ce que chacun, avec sa propre t&#234;te, s'efforce de penser ne soit pas donn&#233;e comme l'opinion des experts sur l'objet de leur science. La parole qui s'exprime dans des journaux sur les choses politiques est une parole commune dont les modes d'expression et les r&#232;gles de discussion rel&#232;vent du sens commun. La politique est cette activit&#233; sp&#233;cifique qui n'existe que parce qu'il n'en existe pas de science.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'article porte sur les gr&#232;ves de l'hiver 1995. Voyez le dossier que leur a consacr&#233; &lt;i&gt;Futur Ant&#233;rieur&lt;/i&gt;, n&#176;33-34 (1996) : &lt;a href=&#034;http://multitudes.samizdat.net/rubrique332.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://multitudes.samizdat.net/rubr...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=982&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=982&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Peuple ou multitudes ?&#034;, par Jacques Ranci&#232;re</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Peuple-ou-multitudes-par-Jacques-Ranciere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Peuple-ou-multitudes-par-Jacques-Ranciere</guid>
		<dc:date>2007-06-26T22:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Eric Alliez, par Jacques Ranci&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Multitudes, n&#176;9 &lt;br class='autobr' /&gt; R&#233;pondant &#224; une question d'Eric Alliez sur l'usage qu'il fait du concept de peuple et sur l'int&#233;r&#234;t qu'il y aurait &#224; lui substituer le concept de multitude, Jacques Ranci&#232;re rappelle que le concept de peuple est effectivement constitutif du politique car il est le nom g&#233;n&#233;rique de l'ensemble des processus de subjectivation qui mettent en litige les repr&#233;sentations de l'&#233;galit&#233;. La politique est toujours un peuple contre (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Eric Alliez, par Jacques Ranci&#232;re &lt;br /&gt;
&lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt;, n&#176;9&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;R&#233;pondant &#224; une question d'Eric Alliez sur l'usage qu'il fait du concept de peuple et sur l'int&#233;r&#234;t qu'il y aurait &#224; lui substituer le concept de multitude, Jacques Ranci&#232;re rappelle que le concept de peuple est effectivement constitutif du politique car il est le nom g&#233;n&#233;rique de l'ensemble des processus de subjectivation qui mettent en litige les repr&#233;sentations de l'&#233;galit&#233;. La politique est toujours un peuple contre un autre. La pens&#233;e des multitudes par la phobie qu'elle manifeste &#224; l'&#233;gard d'une politique qui se d&#233;finirait n&#233;gativement, rejette le n&#233;gatif. Le concept de multitudes oppose &#224; celui de peuple la requ&#234;te que la politique ne soit plus une sph&#232;re s&#233;par&#233;e. Les sujets politiques devraient exprimer le multiple qui serait la Loi de l'&#234;tre. De fait le concept de multitudes s'inscrit dans l'&#233;largissement de celui de forces productives. Mais la pens&#233;e des multitudes n'&#233;chappe pas aux alternatives que rencontre en g&#233;n&#233;ral la pens&#233;e des sujets politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Multitudes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La M&#233;sentente&lt;/i&gt; (Galil&#233;e, 1995), vous proposez l'analyse du conflit entre l'identification polici&#232;re de la communaut&#233; (d&#233;terminant les places et les parts en fonction des identit&#233;s) et une subjectivation politique ouvrant &#171; des mondes singuliers de communaut&#233; &#187;, produisant de nouveaux champs d'exp&#233;rience &#224; partir de &#171; sujets flottants qui d&#233;r&#232;glent toute repr&#233;sentation des places et des parts &#187;, troublent &#171; l'homog&#233;n&#233;it&#233; du sensible &#187;, etc... Loin d'exprimer ce conflit en termes de multitudes plurielles contre le peuple rassembl&#233; (la souverainet&#233; populaire r&#233;duite &#224; sa repr&#233;sentation), c'est au &#171; peuple &#187; que vous rapportez ce que vous nommez le &#171; trait &#233;galitaire &#187; constitutif de l'agir politique en tant que &#171; construction locale et singuli&#232;re des cas d'universalit&#233; &#187;. Au-del&#224; d'une question d'&#233;criture, quelles r&#233;flexions vous inspirent les tentatives pr&#233;sentes pour nouer autour de la notion biopolitique de multitudes a. la description &#171; ph&#233;nom&#233;nologique &#187; des mouvements anti-globalisation et b. la d&#233;termination &#171; ontologique &#187; des processus contemporains de rupture avec l'ordre capitaliste du monde ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;JACQUES RANCI&#200;RE&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peuple ou multitudes ? Avant de savoir quel mot ou quel concept est pr&#233;f&#233;rable, il faut savoir de quoi il est le concept. Peuple est pour moi le nom d'un sujet politique, c'est-&#224;-dire d'un suppl&#233;ment par rapport &#224; toute logique de compte de la population, de ses parties et de son tout. Cela veut dire un &#233;cart par rapport &#224; toute id&#233;e du peuple comme rassemblement des parties, corps collectif en mouvement, corps id&#233;al incarn&#233; dans la souverainet&#233;, etc. Je l'entends au sens du &#171; nous sommes le peuple &#187; des manifestants de Leipzig qui manifestement n'&#233;taient pas le peuple mais op&#233;raient son &#233;nonciation, disruptive de l'incorporation &#233;tatique. Peuple en ce sens est pour moi un nom g&#233;n&#233;rique pour l'ensemble des processus de subjectivation qui font effet du trait &#233;galitaire en mettant en litige les formes de visibilit&#233; du commun et les identit&#233;s, appartenances, partages, etc. qu'elles d&#233;finissent : processus qui peuvent mettre en sc&#232;ne toutes sortes de noms singuliers, consistants ou inconsistants, &#171; s&#233;rieux &#187; ou parodiques. Cela veut dire aussi que ces processus mettent en sc&#232;ne la politique comme artifice de l'&#233;galit&#233;, laquelle n'est aucun fondement &#171; r&#233;el &#187;, n'existe que comme la condition mise en acte dans tous ces dispositifs de litige. L'int&#233;r&#234;t du nom de peuple pour moi est de mettre en sc&#232;ne l'ambigu&#239;t&#233;. La politique, en ce sens, est la discrimination en acte de ce qui, en derni&#232;re instance, se met sous le nom de peuple : l'op&#233;ration de diff&#233;renciation qui institue des collectifs politiques en mettant en acte l'inconsistance &#233;galitaire ou l'op&#233;ration identitaire qui rabat la politique sur les propri&#233;t&#233;s des corps sociaux ou le fantasme des corps glorieux de la communaut&#233;. La politique, c'est toujours un peuple en plus de l'autre, un peuple contre un autre.&lt;br /&gt;
C'est peut-&#234;tre l&#224; ce que la pens&#233;e des multitudes rejette. L'opposition du molaire au mol&#233;culaire, ou du parano&#239;aque au schizophr&#232;ne fait sans doute &#233;cran. Le probl&#232;me n'est pas que le peuple soit trop molaire, trop pris dans les fantasmes de l'Un. C'est qu'il ne consiste que dans la singularit&#233; des cas de division, que la politique soit une sph&#232;re particuli&#232;re, un agencement d'actions et d'&#233;nonciations sp&#233;cifique. Dans la pens&#233;e des multitudes il y a la phobie du n&#233;gatif, la phobie d'une politique qui se d&#233;finisse &#171; contre &#187;, mais aussi celle d'une politique qui ne soit que politique, c'est-&#224;-dire fond&#233;e sur rien d'autre que l'inconsistance du trait &#233;galitaire et la construction hasardeuse de ses cas d'effectivit&#233;. Avant d'&#234;tre le refus de la structure parano&#239;aque de l'opposition duelle, le parti pris des multitudes est parti pris pour un sujet de l'action politique qui ne soit marqu&#233; par aucune s&#233;paration, un sujet &#171; communiste &#187; au sens o&#249; il r&#233;fute toute particularit&#233; des dispositifs et des sph&#232;res de subjectivation. Communiste aussi au sens o&#249; ce qui agit en lui, c'est la puissance de ce qui fait &#234;tre les &#233;tants en commun. Le concept de multitudes oppose &#224; celui de peuple la requ&#234;te communiste : que la politique ne soit pas une sph&#232;re s&#233;par&#233;e, que tout soit politique, c'est-&#224;-dire en fait que la politique exprime la nature du tout, la nature du non-s&#233;par&#233; : que la communaut&#233; soit fond&#233;e dans la nature m&#234;me de l'&#234;tre en commun, de la puissance qui met de la communit&#233; entre les &#233;tants en g&#233;n&#233;ral.&lt;br /&gt;
Si &#171; Multitudes &#187; se s&#233;pare de &#171; peuple &#187;, c'est par cette revendication ontologique qui substantialise la pr&#233;supposition &#233;galitaire : pour ne pas se constituer oppositionnellement, r&#233;activement, la politique doit tenir son principe et son telos d'autre chose qu'elle-m&#234;me. Les sujets politiques doivent exprimer le multiple qui est la loi m&#234;me de l'&#234;tre. En ceci la pens&#233;e des multitudes s'inscrit dans la tradition de la philosophie politique, celle qui veut ramener l'exceptionnalit&#233; politique au principe de ce qui met les &#233;tants en communaut&#233;. Plus pr&#233;cis&#233;ment elle s'inscrit dans la tradition m&#233;tapolitique propre &#224; l'&#226;ge moderne de la philosophie politique : le propre de la m&#233;tapolitique est d'en appeler des artifices pr&#233;caires de la sc&#232;ne politique &#224; la v&#233;rit&#233; de la puissance immanente qui met les &#234;tres en communaut&#233; et d'identifier la vraie communaut&#233; &#224; l'effectivit&#233; comprise et sensible de cette v&#233;rit&#233;. Le paradoxe m&#233;tapolitique r&#233;side en ceci que l'affirmation de la puissance commune s'y identifie &#224; la v&#233;rit&#233; de l'&#234;tre non voulu de la communaut&#233;, de l'&#234;tre non-voulu de l'&#202;tre. Vouloir la communaut&#233; selon la m&#233;tapolitique moderne, c'est la vouloir conforme au non-voulu qui est le fond m&#234;me de l'&#202;tre. La question est pour moi de savoir si ce qui &#171; fonde &#187; la politique n'est pas aussi bien ce qui la rend impossible. Ce que l'ontologie commande comme modalit&#233; de l'agir a pour vrai nom &#233;thique : vouloir le non-voulu, c'est par excellence ce que proclame l'&#233;thique nietzsch&#233;enne ou deleuzienne de l'&#201;ternel retour qui affirme le hasard et choisit ce qui a &#233;t&#233;, l'&#233;thique des devenirs opposant le et..et ...des agencements multiples au ou...ou...des volont&#233;s agissantes qui poursuivent leurs fins contre d'autres fins .&lt;br /&gt;
Pour que les devenirs multiples se substantialisent en multitudes, il faut autre chose : il ne suffit pas que l'&#202;tre soit affirmation, il faut que cette affirmation soit le contenu immanent &#224; toute n&#233;gation, il faut que le d&#233;ploiement de l'&#202;tre sans volont&#233; ne soit pas laiss&#233; aux connexions du hasard et &#224; leurs contre-effectuations, mais soit habit&#233; par une t&#233;l&#233;ologie immanente. &#171; Multitudes &#187; est le nom d'une telle puissance d'&#234;tre surabondante qui s'identifie &#224; l'essence de la communaut&#233; mais aussi se charge par sa surabondance m&#234;me de briser les barri&#232;res &#224; son effectuation sous forme de communaut&#233; sensible. Si la n&#233;gativit&#233; des sujets politiques doit &#234;tre r&#233;voqu&#233;e, il faut que la puissance d'affirmation soit une puissance disruptive, log&#233;e dans tout &#233;tat de la domination comme son contenu dernier et un contenu destin&#233; &#224; en faire craquer les barri&#232;res. Il faut que les &#171; multitudes &#187; soient le contenu dont l'Empire est le contenant.&lt;br /&gt;
Cette puissance d'affirmation disruptive, la puissance affirmative et finale de ce qui est &#171; sans volont&#233; &#187; a re&#231;u un nom dans la th&#233;orie marxiste : elle s'appelle forces productives. Le nom a mauvaise r&#233;putation. &#171; Productif &#187; et &#171; production &#187; sont suspects de rappeler un &#226;ge p&#233;rim&#233; de l'usine et du parti, en m&#234;me temps qu'une &#233;thique du travail r&#233;ductrice par rapport &#224; la puissance collective de pens&#233;e et de vie que veut exprimer &#171; multitudes &#187;. Bien des d&#233;bats de &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; t&#233;moignent de cette difficult&#233;. Mais le contenu particulier que l'on donne &#224; production a peu d'importance. Le concept de production est assez large pour int&#233;grer n'importe quoi au domaine des forces productives, y compris la paresse et le refus du travail. Le point fondamental, c'est la d&#233;termination de la puissance d'&#234;tre du commun comme production, c'est l'id&#233;e de la production comme force habit&#233;e par une t&#233;l&#233;ologie immanente &#224; son essence affirmative. Les auteurs d'&lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt; peuvent faire appel &#224; la &#171; multitude plurielle des subjectivit&#233;s productives et cr&#233;atrices de globalisation &#187;, &#224; leur &#171; mouvement perp&#233;tuel &#187;, aux &#171; constellations de singularit&#233;s &#187; qu'elles forment, &#224; leurs &#171; processus de m&#233;lange et d'hybridation &#187; qui ne peuvent &#234;tre rabattus sur aucune simple logique de correspondance entre le syst&#233;mique et l'a-syst&#233;mique&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;M. Hardt et A. Negri, Empire, Harvard University Press, 2000, p.60.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette latitude laiss&#233;e aux hybridations multiples compte moins que l'assurance port&#233;e par le concept lui-m&#234;me : l'assurance que ces agencements productifs sont la r&#233;alit&#233; de l'Empire lui-m&#234;me, que ce sont les combats de la multitude qui ont &#171; produit l'Empire lui-m&#234;me comme inversion de sa propre image&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.394.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;, &#224; la mani&#232;re, une fois de plus, dont l'homme feuerbachien a constitu&#233; son dieu et pourra en reprendre les attributs pour une vie pleinement humaine. L'essentiel est l'affirmation m&#233;tapolitique d'une v&#233;rit&#233; du syst&#232;me dot&#233;e de sa propre effectivit&#233;. La r&#233;ticence &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;al &#171; productif &#187; t&#233;moigne simplement de l'&#233;cart entre le concept ontologique de production et ses avatars empiriques.&lt;br /&gt;
Cet &#233;cart, c'est aussi la latitude offerte de reformuler l'affirmation &#171; productiviste &#187; devant ses apories. En ce sens le concept de &#171; multitudes &#187; s'inscrit dans le grand travail d'&#233;largissement de la notion de &#171; force productive &#187; qui a marqu&#233; la th&#233;orie et les mouvements marxistes dans la seconde moiti&#233; du XX&#176; si&#232;cle. Le marxisme classique avait tendu &#224; faire des forces productives la puissance du vrai capable de dissiper les ombres politiques. Le l&#233;ninisme a &#233;t&#233; l'aveu de faillite de cette vision, la n&#233;cessit&#233; d&#233;clar&#233;e et pratiqu&#233;e de l'acte archi-politique pour op&#233;rer le travail que les forces productives auraient d&#251; op&#233;rer. La faillite de cette archi-politique elle-m&#234;me a engendr&#233; ce troisi&#232;me &#226;ge du marxisme qui a voulu non plus opposer la v&#233;rit&#233; &#233;conomique &#224; l'apparence politique, ou la d&#233;cision r&#233;volutionnaire au fatalisme &#233;conomique, mais int&#233;grer dans le concept de forces productives l'ensemble des proc&#233;dures qui, d'une mani&#232;re ou d'une autre, font du commun : de l'activit&#233; scientifique et technique ou de l'activit&#233; intellectuelle cr&#233;atrice en g&#233;n&#233;ral &#224; la pratique politique et &#224; toutes les formes de r&#233;sistance ou de fuite par rapport &#224; l'ordre existant du monde. La th&#233;orie r&#233;visionniste de la &#171; science force productive directe &#187; et la r&#233;volution culturelle, la r&#233;volution &#233;tudiante et l'op&#233;ra&#239;sme ont &#233;t&#233; des formes diverses de ce projet que le concept de multitudes entend aujourd'hui radicaliser : verser toute forme d'activit&#233; transformatrice d'un &#233;tat des choses au compte des forces productives, c'est-&#224;-dire au compte de la logique du contenu qui ne peut pas ne pas faire exploser le contenant. En ce sens l'&#233;nonc&#233; m&#233;tapolitique &#171; tout est politique &#187; est exactement identique &#224; l'&#233;nonc&#233; &#171; tout est &#233;conomique &#187;, identique finalement &#224; l'&#233;nonc&#233; archi-politique &#171; toute pens&#233;e &#233;met un coup de d&#233;s &#187; que l'on peut traduire en &#171; tout coup de d&#233;s est une force productive &#187;.&lt;br /&gt;
La part que les multitudes laissent au hasard compte moins alors que l'identification du hasard lui-m&#234;me &#224; la n&#233;cessit&#233;, l'anti-productivisme moins que son int&#233;gration dans la seule opposition interne de l'Empire - c'est-&#224;-dire en d&#233;finitive du Capital - aux forces qu'il &#171; d&#233;cha&#238;ne &#187;. Le point de force essentiel - le point de fragilit&#233; essentiel aussi bien - c'est l'affirmation de cette sc&#232;ne &#171; imp&#233;riale &#187; comme sc&#232;ne unique. La pens&#233;e des multitudes veut prendre la mesure d'un monde effectivement mondialis&#233;, contre un peuple encore accroch&#233; aux &#201;tats-nations. L'ambition est juste si elle n'oublie pas que - mondialisation ou pas - il y a aujourd'hui deux fois plus d'&#201;tats-nations, deux fois plus d'appareils militaires, policiers, etc. qu'il y a cinquante ans. Elle est juste si elle ne consacre pas au titre du &#171; nomadisme &#187; la r&#233;alit&#233; des d&#233;placements massifs de populations qui sont la cons&#233;quence de la puissance r&#233;pressive de ces &#201;tats-nations. L'exaltation de ces mouvements nomades qui &#171; d&#233;bordent et brisent les limites de la mesure &#187; et cr&#233;ent de nouveaux espaces &#171; d&#233;crits &#187; par des topologies inhabituelles, par des rhizomes souterrains et impossibles &#224; contenir&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid., p.397.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; fait, sur le mode enthousiaste, la m&#234;me op&#233;ration que faisait, sur le mode compassionnel, le photographe qui mettait ensemble, sous le titre d'&lt;i&gt;Exils&lt;/i&gt;, les paysans br&#233;siliens venus chercher un travail &#224; la ville et les habitants des camps de r&#233;fugi&#233;s fuyant le g&#233;nocide rwandais. Les mouvements nomadiques invoqu&#233;s comme preuves de la puissance explosive des multitudes sont pour l'essentiel des mouvements de populations chass&#233;es par la violence des &#201;tats-nations ou par la mis&#232;re absolue o&#249; les a plong&#233;es leur faillite. &#171; Multitudes &#187; est autant que &#171; peuple &#187; sujet &#224; toutes les identifications probl&#233;matiques. C'est ainsi que dans le num&#233;ro 7 de &lt;i&gt;Multitudes&lt;/i&gt; le 11 septembre a ramen&#233; les questions qui avaient fleuri au temps o&#249; l'on soulignait que &#171; le peuple &#187; ou &#171; les masses &#187; avaient &#171; d&#233;sir&#233; le fascisme &#187; : les foules arabes applaudissant au nom d'Allah le carnage des Twin Towers sont-elles des multitudes ? Toutes les multitudes sont-elles de &#171; bonnes &#187; ou de &#171; vraies &#187; multitudes ? Aux multitudes empiriques s'oppose alors &#224; nouveau l'essence &#171; affirmative &#187; de la multitude. Il ne suffit pas d&#233;cid&#233;ment de se d&#233;placer en masse entre les continents ou de courir &#224; la vitesse de l'informatique : il y a toujours un point o&#249; l'affirmativit&#233; est l'affaire de gens qui organisent ensemble une manifestation, un refus. Ce peut &#234;tre le lieu symbolique du monde o&#249;, face &#224; la r&#233;union des ma&#238;tres du monde, se rassemblent les manifestants qui &#233;prouvent le besoin de donner un visage commun &#224; la multiplicit&#233; des refus de leur ma&#238;trise. Ce peut &#234;tre la chapelle parisienne o&#249; font la gr&#232;ve de la faim les manifestants qui r&#233;clament d'avoir des papiers leur permettant de travailler et d'avoir une identit&#233; en France. Les auteurs d'&lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt; sont les premiers &#224; l'affirmer : &#224; l'exaltation des topographies inou&#239;es succ&#232;de en effet la question : &#171; comment les actions de la multitude deviennent-elles politiques ? &#187; A quoi il est r&#233;pondu de la fa&#231;on la plus classique que cette action le devient &#171; quand elle commence &#224; affronter directement et avec une conscience ad&#233;quate les op&#233;rations r&#233;pressives centrales de l'Empire &#187;. Et le mot d'ordre qui le premier est donn&#233; comme t&#233;moignage de cette conscience est celui de &#171; citoyennet&#233; globale &#187;, extrait de la revendication du mouvement des sans-papiers en France : des papiers pour tous&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid. , p.399-400&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. On ne saurait mieux dire que la politique se joue d'abord sur les lignes de partage des inclusions et des exclusions, dans une op&#233;ration de d&#233;placement des appartenances. Mais toute l'ambigu&#239;t&#233; r&#233;side dans la suite : cette revendication, disent les auteurs, n'est pas irr&#233;aliste puisqu'elle demande l'accord du statut juridique et du statut &#233;conomique que l'internationalisation capitaliste de la production r&#233;clame elle-m&#234;me. Mais on peut entendre cet accord discordant de deux fa&#231;ons : ou bien on l'entend comme l'exhibition politique de l'&#233;cart entre l'&#171; internationalisme &#187; de la production requis par le profit capitaliste et le &#171; nationalisme &#187; de l'ordre juridico-&#233;tatique qui assure les conditions de l'exploitation, c'est-&#224;-dire comme la contradiction manifest&#233;e de ce qu'exige l'ordre mondial ; ou bien on l'entend comme l'affirmation d'une universalit&#233; immanente au d&#233;ploiement de l'Empire qui &#171; contient &#187; les multitudes. Ou bien on pense les multitudes comme processus de subjectivation politique et l'on pose le probl&#232;me du rapport entre les lieux et les formes de ces processus ; ou bien on les pense, sur le mode m&#233;tapolitique, comme le nom m&#234;me de la puissance qui anime le tout, au risque de l'identifier avec quelque volont&#233; inconsciente de l'&#202;tre qui ne veut rien. La pens&#233;e des multitudes n'&#233;chappe pas aux alternatives que rencontre en g&#233;n&#233;ral la pens&#233;e des sujets politiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;M. Hardt et A. Negri, &lt;i&gt;Empire&lt;/i&gt;, Harvard University Press, 2000, p.60.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p.394.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;., p.397.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;. , p.399-400&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Source : &lt;a href=&#034;http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=39&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://multitudes.samizdat.net/article.php3?id_article=39&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Un syst&#232;me qui gouverne sans le peuple&#034;, par Jacques Ranci&#232;re</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Un-systeme-qui-gouverne-sans-le-peuple-par-Jacques-Ranciere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Un-systeme-qui-gouverne-sans-le-peuple-par-Jacques-Ranciere</guid>
		<dc:date>2006-04-12T18:42:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dans cet entretien avec Eric AESCHIMANN paru dans Lib&#233;ration, le samedi 1er avril 2006, &#224; l'occasion des luttes anti-CPE, Jacques Ranci&#232;re d&#233;nonce une Ve R&#233;publique en d&#233;composition. &lt;br class='autobr' /&gt; Au-del&#224; de la crise sociale et politique, assiste-t-on &#224; une crise de la d&#233;mocratie ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Le conflit actuel ne porte pas sur l'id&#233;e de d&#233;mocratie, mais sur le rapport entre les institutions et la majorit&#233; du peuple. Nous pouvons tous faire le constat que le type de r&#233;gime dans lequel nous vivons n'a pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans cet entretien avec Eric AESCHIMANN paru dans &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, le samedi 1er avril 2006, &#224; l'occasion des luttes anti-CPE, Jacques Ranci&#232;re d&#233;nonce une Ve R&#233;publique en d&#233;composition.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; de la crise sociale et politique, assiste-t-on &#224; une crise de la d&#233;mocratie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conflit actuel ne porte pas sur l'id&#233;e de d&#233;mocratie, mais sur le rapport entre les institutions et la majorit&#233; du peuple. Nous pouvons tous faire le constat que le type de r&#233;gime dans lequel nous vivons n'a pas grand-chose &#224; voir avec l'id&#233;e qu'on se fait de la d&#233;mocratie comme un syst&#232;me permettant &#224; chacun de discuter et de d&#233;cider d'une affaire commune. C'est un probl&#232;me tr&#232;s ancien : la d&#233;mocratie n'a jamais pu s'identifier simplement au r&#233;gime repr&#233;sentatif. Mais s'y ajoute en France le facteur tr&#232;s particulier de l'&#233;puisement du syst&#232;me politique de la Ve R&#233;publique, ses institutions, sa vie officielle, le type de relations entre les gouvernements et le peuple qu'elle a suscit&#233;. Nous vivons avec un syst&#232;me mis en place pour permettre &#224; une forte minorit&#233; de gouverner sans probl&#232;me de gouverner sans le peuple. Le ralliement de la gauche &#224; la logique majoritaire a entra&#238;n&#233; la convergence des recrutements et des modes de fonctionnement et a abouti &#224; un consensus programmatique entre droite et gauche. Aujourd'hui, c'est tout ce syst&#232;me qui est entr&#233; en d&#233;composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A quand remonte ce processus de d&#233;composition ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 21 avril 2002 a montr&#233; que les socialistes n'ont rien de plus &#224; apporter au peuple que leurs adversaires. Les socialistes avaient recueilli &#224; leur profit les mouvements des ann&#233;es 60 et 70, mais ils ont &#233;puis&#233; leur capital d'adh&#233;sion, m&#234;me imaginaire. Ils se sont retrouv&#233;s nus. Le syst&#232;me a r&#233;agi en faisant comme si de rien n'&#233;tait. Le peuple qui &#233;tait dans la rue a &#233;t&#233; appel&#233; &#224; faire p&#233;nitence et &#224; voter Chirac pour sauver le syst&#232;me en place. Le r&#233;f&#233;rendum sur la Constitution europ&#233;enne a marqu&#233; une nouvelle &#233;tape dans la rupture de l'alliance entre le peuple et le monde des gouvernants, compos&#233; d'experts et d'oligarques. Enfin, la crise des banlieues a montr&#233; l'incapacit&#233; de la soci&#233;t&#233; officielle &#224; prendre en charge les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et sociales, mais aussi politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La situation est-elle vou&#233;e &#224; se d&#233;grader ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas du c&#244;t&#233; des gouvernants, de ceux qui veulent les remplacer, ou de leurs experts qu'on peut attendre quelque chose. L'&#233;cart entre la vie officielle et le mouvement populaire peut continuer &#224; se manifester sans s'aggraver. Les classes dirigeantes vivent avec l'id&#233;e d'avoir devant eux cinq ou dix crises de la m&#234;me ampleur et d'en sortir chaque fois indemnes. La seule chose qui peut nous sortir de cette impasse est la constitution d'un mouvement d&#233;mocratique qui se demande ce qu'il veut vraiment et se fixe des cibles &#224; attaquer au lieu d'&#234;tre seulement sur la d&#233;fensive. On est dans un syst&#232;me qui semble exclure toute autre possibilit&#233; que la r&#233;p&#233;tition &#224; l'infini de son propre fonctionnement. Mais nous n'avons pas &#224; avaliser cette logique. Il faut au contraire y opposer inlassablement l'affirmation de la politique comme la capacit&#233; de n'importe qui &#224; discuter et &#224; participer &#224; la d&#233;cision.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;SOURCE : &lt;a href=&#034;http://www.liberation.fr/page.php?Article=371700&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.liberation.fr/page.php?A...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;Haine de la d&#233;mocratie&#034;, par Jacques Ranci&#232;re (AUDIO).</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Haine-de-la-democratie-par-Jacques-Ranciere-AUDIO</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Haine-de-la-democratie-par-Jacques-Ranciere-AUDIO</guid>
		<dc:date>2006-01-18T12:58:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Une &#233;mission du 21 d&#233;cembre 2005 (France culture) autour de la publication La haine de la d&#233;mocratie (La Fabrique, 108 pp., 13 &#8364;), et de Chroniques des temps consensuels (Seuil, 216 pp., 20 &#8364;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ecoute encore : &#034;La d&#233;mocratie&#034;, par Jacques Ranci&#232;re (AUDIO).,
&lt;br class='autobr' /&gt;
et lis aussi : &#034;La haine de la d&#233;mocratie (introduction)&#034;, par Jacques Ranci&#232;re., et &#034;Le scandale d&#233;mocratique&#034;, par Jacques Ranci&#232;re et Jean-Baptiste Marongiu.. &lt;br class='autobr' /&gt; Cette &#233;mission est accessible sur Le Radeau :
&lt;br class='autobr' /&gt;
Haine de la d&#233;mocratie. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une &#233;mission du 21 d&#233;cembre 2005 (France culture) autour de la publication &lt;i&gt;La haine de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; (La Fabrique, 108 pp., 13 &#8364;), et de &lt;i&gt;Chroniques des temps consensuels&lt;/i&gt; (Seuil, 216 pp., 20 &#8364;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoute encore : &lt;a href='https://caute.lautre.net/La-democratie-par-Jacques-Ranciere-AUDIO' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;La d&#233;mocratie&#034;, par Jacques Ranci&#232;re (AUDIO).&lt;/a&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
et lis aussi : &lt;a href='https://caute.lautre.net/La-haine-de-la-democratie-introduction-par-Jacques-Ranciere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;La haine de la d&#233;mocratie (introduction)&#034;, par Jacques Ranci&#232;re.&lt;/a&gt;, et &lt;a href='https://caute.lautre.net/Le-scandale-democratique-par-Jacques-Ranciere-et-Jean-Baptiste-Marongiu' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;Le scandale d&#233;mocratique&#034;, par Jacques Ranci&#232;re et Jean-Baptiste Marongiu.&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette &#233;mission est accessible sur &lt;a href='https://caute.lautre.net/-Le-Radeau-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Radeau&lt;/a&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://leradeau.caute.lautre.net/article.php3?id_article=27&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Haine de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y acc&#233;der, il te sera demand&#233; un nom d'utilisateur et un mot de passe &#224; me demander par courriel : &lt;a href='https://caute.lautre.net/_Benoit_' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Beno&#238;t&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#034;La d&#233;mocratie&#034;, par Jacques Ranci&#232;re (AUDIO).</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-democratie-par-Jacques-Ranciere-AUDIO</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/La-democratie-par-Jacques-Ranciere-AUDIO</guid>
		<dc:date>2006-01-18T12:58:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ranci&#232;re, Jacques</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Une &#233;mission du 11 novembre 2005 (France culture) autour de la publication La haine de la d&#233;mocratie (La Fabrique, 108 pp., 13 &#8364;), et de Chroniques des temps consensuels (Seuil, 216 pp., 20 &#8364;). &lt;br class='autobr' /&gt;
Ecoute encore : &#034;Haine de la d&#233;mocratie&#034;, par Jacques Ranci&#232;re (AUDIO).,
&lt;br class='autobr' /&gt;
et lis aussi : &#034;La haine de la d&#233;mocratie (introduction)&#034;, par Jacques Ranci&#232;re., et &#034;Le scandale d&#233;mocratique&#034;, par Jacques Ranci&#232;re et Jean-Baptiste Marongiu.. &lt;br class='autobr' /&gt; Cette &#233;mission est accessible sur Le Radeau :
&lt;br class='autobr' /&gt;
La d&#233;mocratie. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-politique-et-democratie-" rel="directory"&gt;politique et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une &#233;mission du 11 novembre 2005 (France culture) autour de la publication &lt;i&gt;La haine de la d&#233;mocratie&lt;/i&gt; (La Fabrique, 108 pp., 13 &#8364;), et de &lt;i&gt;Chroniques des temps consensuels&lt;/i&gt; (Seuil, 216 pp., 20 &#8364;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecoute encore : &lt;a href='https://caute.lautre.net/Haine-de-la-democratie-par-Jacques-Ranciere-AUDIO' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;Haine de la d&#233;mocratie&#034;, par Jacques Ranci&#232;re (AUDIO).&lt;/a&gt;,&lt;br class='autobr' /&gt;
et lis aussi : &lt;a href='https://caute.lautre.net/La-haine-de-la-democratie-introduction-par-Jacques-Ranciere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;La haine de la d&#233;mocratie (introduction)&#034;, par Jacques Ranci&#232;re.&lt;/a&gt;, et &lt;a href='https://caute.lautre.net/Le-scandale-democratique-par-Jacques-Ranciere-et-Jean-Baptiste-Marongiu' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#034;Le scandale d&#233;mocratique&#034;, par Jacques Ranci&#232;re et Jean-Baptiste Marongiu.&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cette &#233;mission est accessible sur &lt;a href='https://caute.lautre.net/-Le-Radeau-' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le Radeau&lt;/a&gt; :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://leradeau.caute.lautre.net/article.php3?id_article=28&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La d&#233;mocratie&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour y acc&#233;der, il te sera demand&#233; un nom d'utilisateur et un mot de passe &#224; me demander par courriel : &lt;a href='https://caute.lautre.net/_Benoit_' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Beno&#238;t&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
