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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Le meurtre de Chaos</title>
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		<dc:date>2017-09-26T19:18:10Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tchouang-Tseu (ou Zhuangzi)</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; L'empereur de la mer du Sud &#233;tait Illico, l'empereur de la mer du Nord &#233;tait Presto, l'empereur du milieu &#233;tait Chaos. Comme chaque fois qu'ils s'&#233;taient retrouv&#233;s chez Chaos celui-ci les avait re&#231;us avec la plus grande am&#233;nit&#233;, Illico et Presto se concert&#232;rent sur la meilleure fa&#231;on de le remercier de ses bont&#233;s : &#187;Les hommes, d&#233;clar&#232;rent-ils, ont sept ouvertures pour voir, entendre, manger, respirer. Lui seul n'en a aucune. Et si on les lui per&#231;ait ? &#187; Chaque jour ils lui ouvrirent un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Tchouang-Tseu-" rel="directory"&gt;Tchouang-Tseu&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; L'empereur de la mer du Sud &#233;tait Illico, l'empereur de la mer du Nord &#233;tait Presto, l'empereur du milieu &#233;tait Chaos. Comme chaque fois qu'ils s'&#233;taient retrouv&#233;s chez Chaos celui-ci les avait re&#231;us avec la plus grande am&#233;nit&#233;, Illico et Presto se concert&#232;rent sur la meilleure fa&#231;on de le remercier de ses bont&#233;s : &#187;Les hommes, d&#233;clar&#232;rent-ils, ont sept ouvertures pour voir, entendre, manger, respirer. Lui seul n'en a aucune. Et si on les lui per&#231;ait ? &#187; Chaque jour ils lui ouvrirent un orifice. Au septi&#232;me jour Chaos avait rendu l'&#226;me. &#187; .&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Tchouang Tseu, &lt;strong&gt;Les &#338;uvres de Ma&#238;tre Tchouang&lt;/strong&gt;, traduction Jean Levi, chapitre sept, p. 69&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La jet&#233;e de la Hao</title>
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		<dc:date>2017-09-24T17:29:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tchouang-Tseu (ou Zhuangzi)</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lors d'une excursion, Houei Cheu et son ami Tchouang Tcheou s'&#233;taient retrouv&#233;s sur la jet&#233;e qui surplombait la riv&#232;re Hao. Tchouang s'&#233;tait exclam&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt; - Les poissons ! Vois comme ils s'&#233;battent librement, comme ils doivent &#234;tre heureux !
&lt;br class='autobr' /&gt; - Comment sais-tu qu'ils sont heureux ? Tu n'es pas un poisson ! avait ergot&#233; le rh&#233;teur.
&lt;br class='autobr' /&gt; - Tu n'es pas moi, comment sais-tu que je ne puis savoir si les poissons sont heureux ?
&lt;br class='autobr' /&gt;
Houei avait cru avoir le dessus par cette r&#233;ponse : &lt;br class='autobr' /&gt; - Si n'&#233;tant pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Tchouang-Tseu-" rel="directory"&gt;Tchouang-Tseu&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Lors d'une excursion, Houei Cheu et son ami Tchouang Tcheou s'&#233;taient retrouv&#233;s sur la jet&#233;e qui surplombait la riv&#232;re Hao. Tchouang s'&#233;tait exclam&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Les poissons ! Vois comme ils s'&#233;battent librement, comme ils doivent &#234;tre heureux !&lt;br class='autobr' /&gt; - Comment sais-tu qu'ils sont heureux ? Tu n'es pas un poisson ! avait ergot&#233; le rh&#233;teur.&lt;br class='autobr' /&gt; - Tu n'es pas moi, comment sais-tu que je ne puis savoir si les poissons sont heureux ?&lt;br class='autobr' /&gt;
Houei avait cru avoir le dessus par cette r&#233;ponse : &lt;br class='autobr' /&gt; - Si n'&#233;tant pas toi, je ne puis savoir ce que tu sais, n'&#233;tant pas un poisson tu ne peux savoir si les poissons connaissent la joie.&lt;br class='autobr' /&gt; - Il a bien fallu que tu saches que je sais pour me poser la question, avait r&#233;pondu Tchouang.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et avec un geste ample de la main, il avait conclu : &lt;br class='autobr' /&gt; - Je le sais parce que je me trouve l&#224; , sur la jet&#233;e de la Hao.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#339;uvres de ma&#238;tre Tchouang&lt;/strong&gt;, chap. XVII, trad. Jean L&#233;vi, &#201;ditions de l'encyclop&#233;die des nuisances, pp. 142-142&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Po-lo prend soin des chevaux</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Po-lo-prend-soin-des-chevaux</link>
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		<dc:date>2016-12-24T15:30:07Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tchouang-Tseu (ou Zhuangzi)</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les chevaux ont des sabots pour fouler le givre et la neige. Ils ont une robe qui les prot&#232;ge de la bise et de la froidure. Ils broutent l'herbe, boivent l'eau, l&#232;vent les pattes et galopent. Telle est la v&#233;ritable nature des chevaux. Ils n'ont que faire des man&#232;ges et des &#233;curies. Un jour Po-lo survint. Il d&#233;clara : &#171; Je vais m'occuper des chevaux. &#187; Il les br&#251;la, les tailla, les per&#231;a, les brida ; il les lia avec des longes et des entraves ; il les parqua dans des boxes et des stalles. Il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Tchouang-Tseu-" rel="directory"&gt;Tchouang-Tseu&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les chevaux ont des sabots pour fouler le givre et la neige. Ils ont une robe qui les prot&#232;ge de la bise et de la froidure. Ils broutent l'herbe, boivent l'eau, l&#232;vent les pattes et galopent. Telle est la v&#233;ritable nature des chevaux. Ils n'ont que faire des man&#232;ges et des &#233;curies. Un jour Po-lo survint. Il d&#233;clara : &#171; Je vais m'occuper des chevaux. &#187; Il les br&#251;la, les tailla, les per&#231;a, les brida ; il les lia avec des longes et des entraves ; il les parqua dans des boxes et des stalles. Il en mourut trois sur dix. Il leur fit endurer la faim et la soif ; il les contraignit &#224; prendre le trot ou le galop. Il les accoutuma &#224; s'aligner et &#224; se mouvoir de concert ; il leur imposa, devant, la torture du mors et leur agita, derri&#232;re, la menace de la cravache. Il en mourut la moiti&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Tchouang-Tseu, chap. 9 (&#171; Sabots de chaveaux &#187;), trad. J. L&#233;vi, p.77&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'arbre de la montagne</title>
		<link>https://caute.lautre.net/L-arbre-de-la-montagne</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/L-arbre-de-la-montagne</guid>
		<dc:date>2016-12-17T22:27:12Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tchouang-Tseu (ou Zhuangzi)</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Au cours d'une randonn&#233;e en montagne, Tchouang-Tseu aper&#231;ut un arbre magnifique &#224; la frondaison exub&#233;rante, d&#233;daign&#233; par les b&#251;cherons car impropre, selon eux, &#224; toute utilisation. Il s'extasia sur l'utilit&#233; de l'inutilit&#233; qui lui permettrait d'atteindre au terme naturel de son existence. Puis, redescendu dans la plaine, il s'arr&#234;ta chez un vieil ami, qui voulut tuer l'oie en son honneur. Le valet demanda au ma&#238;tre de c&#233;ans : &lt;br class='autobr' /&gt; - Je tords le cou de laquelle ? Celle qui sait cacarder ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Tchouang-Tseu-" rel="directory"&gt;Tchouang-Tseu&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au cours d'une randonn&#233;e en montagne, Tchouang-Tseu aper&#231;ut un arbre magnifique &#224; la frondaison exub&#233;rante, d&#233;daign&#233; par les b&#251;cherons car impropre, selon eux, &#224; toute utilisation. Il s'extasia sur l'utilit&#233; de l'inutilit&#233; qui lui permettrait d'atteindre au terme naturel de son existence.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_294 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/IMG/jpg/arbre_montagne.jpg' width='375' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Puis, redescendu dans la plaine, il s'arr&#234;ta chez un vieil ami, qui voulut tuer l'oie en son honneur. Le valet demanda au ma&#238;tre de c&#233;ans :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Je tords le cou de laquelle ? Celle qui sait cacarder ou l'autre ?&lt;br class='autobr' /&gt; - L'autre, bien s&#251;r ! fit l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le jour suivant, les disciples firent part au ma&#238;tre de leur perplexit&#233; : &lt;br class='autobr' /&gt; - Quel parti choisir, s'enquirent-ils, l'utilit&#233; ou l'inutilit&#233;, si l'inutilit&#233; qui a permis &#224; l'arbre d'&#233;chapper &#224; la hache n'a pas &#233;vit&#233; &#224; l'oie de finir &#224; la casserole ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tchouang-Tseu rit et r&#233;pliqua :&lt;br class='autobr' /&gt; - Moi, je me tiendrais entre les deux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Puis il ajouta :&lt;br class='autobr' /&gt; - En fait, elle semblait se tenir dans l'inutilit&#233;, mais c'&#233;tait une fausse inutilit&#233;, c'est pourquoi elle n'a pas pu &#233;viter les ennuis. Mais il en va tout autrement pour celui qui vagabonde librement en prenant le Tao et sa puissance pour montures. Il &#233;chappe au bl&#226;me et &#224; la louange. Tant&#244;t dragon, tant&#244;t serpent, il se transforme au gr&#233; des circonstances sans jamais se fixer une ligne de conduite. Il s'&#233;l&#232;ve et s'abaisse, en harmonie avec son milieu. Il &#233;volue aupr&#232;s de l'anc&#234;tre des &#234;tres. Il traite les choses en choses en sorte qu'il n'est pas chosifi&#233; par les choses. Comment dans ces conditions pourrait-il jamais &#234;tre importun&#233; par quoi que ce soit ?&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_295 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://caute.lautre.net/IMG/jpg/zhan-zhang.jpg' width='390' height='245' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Les arbres aux troncs droits sont abattus les premiers. Les puits dont l'eau est douce sont taris avant les autres. Mais vous, vous ne savez que faire &#233;talage de votre intelligence afin d'impressionner les sots ; vous cultivez votre personne dans le seul but de faire ressortir la turpitude d'autrui. Vous vous pavanez et brillez comme si vous portiez le soleil et la lune sur votre dos. C'est pourquoi vous en &#234;tes arrivez l&#224;. J'ai entendu un homme qui a su s'accomplir parfaitement dire : &#171; Qui brille n'aura pas de m&#233;rit&#233;, qui a du m&#233;rite conna&#238;tra la chute, qui a du renom verra sa gloire ternie. &#187; Mais qui donc est capable de renoncer au m&#233;rite et au renom pour se fondre dans la masse ? Celui-l&#224; r&#233;pand ses id&#233;es sans occuper une place en vue, son influence se diffuse sans qu'il s'attire du renom. Simple et h&#233;b&#233;t&#233;, il passe pour un illumin&#233;. Il efface ses traces, renonce &#224; toute autorit&#233;, et ne cherche ni le succ&#232;s ni la gloire. Ne stigmatisant personne il n'est critiqu&#233; par personne. L'homme parfait ne fait jamais parler de lui. Pourquoi donc &#234;tes-vous si sensibles &#224; la c&#233;l&#233;brit&#233; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Tchouang-Tseu, &#171; l'arbre de la montagne &#187;,&lt;br class='autobr' /&gt;
chap. 20 (pp. 160-161, p.164 dans la trad. L&#233;vi modifi&#233;e)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La nature et la r&#232;gle</title>
		<link>https://caute.lautre.net/La-nature-et-la-regle</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/La-nature-et-la-regle</guid>
		<dc:date>2016-12-12T19:40:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tchouang-Tseu (ou Zhuangzi)</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#192; vouloir allonger les pattes des canards et raccourcir celles des grues, m&#234;me si les premi&#232;res sont exag&#233;r&#233;ment courtes et les secondes d&#233;mesur&#233;ment longues, on n'apportera que souffrance et d&#233;solation. Lorsqu'on s'abstient de raccourcir ce que la nature a fait long et d'allonger ce qu'elle a fait court, il devient inutile de soulager les peines. Si l'on m'objecte que la bont&#233; et la justice sont des sentiments humains, alors pourquoi les hommes mis&#233;ricordieux vivent-ils toujours dans le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Tchouang-Tseu-" rel="directory"&gt;Tchouang-Tseu&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; vouloir allonger les pattes des canards et raccourcir celles des grues, m&#234;me si les premi&#232;res sont exag&#233;r&#233;ment courtes et les secondes d&#233;mesur&#233;ment longues, on n'apportera que souffrance et d&#233;solation. Lorsqu'on s'abstient de raccourcir ce que la nature a fait long et d'allonger ce qu'elle a fait court, il devient inutile de soulager les peines. Si l'on m'objecte que la bont&#233; et la justice sont des sentiments humains, alors pourquoi les hommes mis&#233;ricordieux vivent-ils toujours dans le malheur ? L'op&#233;ration d'un pied palm&#233; ou d'un doigt surnum&#233;raire ne va pas sans cris ni sans larmes. Doigt en trop ou orteil en moins, ce qui ne varie pas dans les deux cas c'est la douleur. Les c&#339;urs charitables se ruinent la vue &#224; guetter une souffrance &#224; laquelle compatir ; les c&#339;urs secs foulent aux pieds leurs sentiments naturels pour acqu&#233;rir richesses et honneurs. Oui, si la bont&#233; et la justice ressortissent &#224; la nature humaine, comment se fait-il que depuis l'av&#232;nement des Trois Dynasties, la vie humaine n'a jamais &#233;t&#233; qu'une longue suite de plaintes et de lamentations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui se sert de la forme &#224; cintrer, du compas, de l'&#233;querre pour rectifier la mati&#232;re, offense la nature. Qui use de la corde, de la colle ou de la laque pour consolider les objets va &#224; l'encontre de leurs qualit&#233;s propres. Qui plie les hommes aux rites et &#224; la musique, qui, la bouche en c&#339;ur, leur insuffle la charit&#233; et la justice, sous couvert de pacifier les &#226;mes, montre qu'il n'a rien compris &#224; la nature originelle. Car il existe une nature originelle. Celle-l&#224; m&#234;me gr&#226;ce &#224; quoi les choses sont droites sans cordeau, courbes sans forme &#224; cintrer, rondes sans compas, carr&#233;es sans &#233;querre, unies sans colle, solidaires sans ficelle. Gr&#226;ce &#224; elle, tous les &#234;tres de l'univers naissent spontan&#233;ment sans rien conna&#238;tre du processus qui leur a donn&#233; vie, tous re&#231;oivent des qualit&#233;s sans savoir comment. De l'Antiquit&#233; jusqu'&#224; aujourd'hui, elle n'a pas vari&#233;, car elle est indestructible. Aussi faire intervenir la bont&#233; et la justice l&#224; o&#249; &#339;uvre le cours naturel des choses, comme on soude des objets au moyen de la colle, de la laque ou de la ficelle, ne peut que produire les pires &#233;garements. Un petit &#233;garement fait perdre l'orientation, un grand les sentiments inn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'humanit&#233; trouve toujours quelque chose &#224; quoi se sacrifier. Celui-ci consacre son existence au triomphe de la bont&#233; et de la justice et se voit d&#233;cerner un titre de grand homme par la foule, tel autre voue son existence &#224; la qu&#234;te des biens mat&#233;riels, et est trait&#233; d'homme de peu. Bien que dans les deux cas il y ait le m&#234;me sacrifice inutile de sa personne, l'un est lou&#233; et l'autre bl&#226;m&#233;. Mais pour ce qui est de porter atteinte &#224; sa vie et faire offense &#224; la nature, il n'y a aucune diff&#233;rence entre un saint et un bandit. A quoi bon faire le partage entre homme de peu et homme de bien ? Qui subordonne sa nature &#224; la morale, aux saveurs, &#224; la, musique, &#224; la peinture, quel que soit le degr&#233; d'excellence auquel il parvient dans sa partie, ne saurait &#234;tre un homme de bien. L'excellence n'a rien &#224; voir avec la bont&#233; et la justice ; elle r&#233;side dans les vertus intrins&#232;ques de chacun. Pour moi, le v&#233;ritable homme de bien ne peut recevoir le qualificatif de bon et de juste, car il se contente de s'abandonner &#224; sa nature et &#224; ses instincts ; une ou&#239;e fine ne consiste pas &#224; entendre au-dehors, mais au-dedans ; une vue per&#231;ante ne consiste pas &#224; voir au-dehors, mais en soi-m&#234;me. Qui au lieu de regarder en lui-m&#234;me regarde vers autrui, qui au lieu de se satisfaire lui-m&#234;me satisfait les autres, celui-l&#224; satisfait aux exigences des autres mais non aux siennes ; il r&#233;pond aux aspirations des autres mais non aux siennes. Pour le pire des brigands comme pour le plus d&#233;sint&#233;ress&#233; des sages, r&#233;pondre aux aspirations des autres au d&#233;triment de ses propres aspirations, c'est agir de fa&#231;on d&#233;gradante. Je respecte trop la Vertu pour pratiquer la bont&#233; et me livrer &#224; une conduite d&#233;gradante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tchouang-Tseu&lt;/strong&gt;, chap. VIII&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>le charron Pien</title>
		<link>https://caute.lautre.net/le-charron-Pien</link>
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		<dc:date>2016-12-12T19:36:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tchouang-Tseu (ou Zhuangzi)</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le duc Houan lisait dans la salle, le charron Pien taillait une roue au bas des marches. Le charron posa son ciseau et son maillet, monta les marches et demanda au duc : Puis-je vous demander ce que vous lisez ? - Les paroles des grands hommes, r&#233;pondit le duc. - Sont-ils encore en vie ? - Non, ils sont morts. - Alors ce que vous lisez l&#224;, ce sont les d&#233;jections des Anciens ! - Comment un charron ose-t-il discuter ce que je lis ! r&#233;pliqua le duc ; si tu as une explication, je te ferai gr&#226;ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Tchouang-Tseu-" rel="directory"&gt;Tchouang-Tseu&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le duc Houan lisait dans la salle, le charron Pien taillait une roue au bas des marches. Le charron posa son ciseau et son maillet, monta les marches et demanda au duc : Puis-je vous demander ce que vous lisez ? - Les paroles des grands hommes, r&#233;pondit le duc. - Sont-ils encore en vie ? - Non, ils sont morts. - Alors ce que vous lisez l&#224;, ce sont les d&#233;jections des Anciens ! - Comment un charron ose-t-il discuter ce que je lis ! r&#233;pliqua le duc ; si tu as une explication, je te ferai gr&#226;ce ; sinon tu mourras ! - J'en juge d'apr&#232;s mon exp&#233;rience, r&#233;pondit le charron. Quand je taille une roue et que j'attaque trop doucement, mon coup ne mord pas. Quand j'attaque trop fort, il s'arr&#234;te [dans le bois]. Entre force et douceur, la main trouve, et l'esprit r&#233;pond. Il y a l&#224; un tour que je ne puis exprimer par des mots, de sorte que je n'ai pu le transmettre &#224; mes fils, que mes fils n'ont pu le recevoir de moi et que, pass&#233; la septantaine, je suis encore l&#224; &#224; tailler des roues malgr&#233; mon grand &#226;ge. Ce qu'ils ne pouvaient transmettre, les Anciens l'ont emport&#233; dans la mort. Ce ne sont que leurs d&#233;jections que vous lisez l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tchouang-Tseu&lt;/strong&gt;, chap. XIII&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le boucher Ting</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Le-boucher-Ting</link>
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		<dc:date>2016-12-12T19:34:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tchouang-Tseu (ou Zhuangzi)</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le cuisinier Ting d&#233;pe&#231;ait un b&#339;uf pour le prince Wen-houei. On entendait des houa quand il empoignait de la main l'animal, qu'il retenait sa masse de l'&#233;paule et que, la jambe arquebout&#233;e, du genou l'immobilisait un instant. On entendait des houo quand son couteau frappait en cadence, comme s'il e&#251;t ex&#233;cut&#233; l'antique danse du Bosquet ou le vieux rythme de la T&#234;te de lynx. &lt;br class='autobr' /&gt; - C'est admirable ! s'exclama le prince, je n'aurais jamais imagin&#233; pareille technique ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le cuisinier posa son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Tchouang-Tseu-" rel="directory"&gt;Tchouang-Tseu&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le cuisinier Ting d&#233;pe&#231;ait un b&#339;uf pour le prince Wen-houei. On entendait des houa quand il empoignait de la main l'animal, qu'il retenait sa masse de l'&#233;paule et que, la jambe arquebout&#233;e, du genou l'immobilisait un instant. On entendait des houo quand son couteau frappait en cadence, comme s'il e&#251;t ex&#233;cut&#233; l'antique danse du Bosquet ou le vieux rythme de la T&#234;te de lynx.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - C'est admirable ! s'exclama le prince, je n'aurais jamais imagin&#233; pareille technique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cuisinier posa son couteau et r&#233;pondit : Ce qui int&#233;resse votre serviteur c'est le fonctionnement des choses, non la simple technique. Quand j'ai commenc&#233; &#224; pratiquer mon m&#233;tier, je voyais tout le b&#339;uf devant moi. Trois ans plus tard, je n'en voyais plus que des parties. Aujourd'hui, je le trouve par l'esprit sans plus le voir de rues yeux. Mes sens n'interviennent plus, mon esprit agit comme il l'entend et suit de lui-m&#234;me les lin&#233;aments du b&#339;uf. Lorsque ma lame tranche et disjoint, elle suit les failles et les fentes qui s'offrent &#224; elle. Elle ne touche ni aux veines, ni aux tendons, ni &#224; l'enveloppe des os, ni bien s&#251;r &#224; l'os m&#234;me. (...) Quand je rencontre une articulation, je rep&#232;re le point difficile, je le fixe du regard et, agissant avec une prudence extr&#234;me, lentement je d&#233;coupe. Sous l'action d&#233;licate de la lame, les parties se s&#233;parent avec un houo l&#233;ger comme celui d'un peu de terre que l'on pose sur le sol. Mon couteau &#224; la main, je me redresse, je regarde autour de moi, amus&#233; et satisfait, et apr&#232;s avoir nettoy&#233; la lame, je le remets dans le fourreau.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tchouang-Tseu&lt;/strong&gt;, chap. III&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Confucius et le nageur de L&#252;-Leang</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Confucius-et-le-nageur-de-Lu-Leang</link>
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		<dc:date>2016-12-12T19:31:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tchouang-Tseu (ou Zhuangzi)</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Confucius admirait les chutes de L&#252;-leang. L'eau tombait d'une hauteur de trois cents pieds et d&#233;valait ensuite en &#233;cumant sur quarante lieues. Ni tortues ni crocodiles ne pouvaient se maintenir &#224; cet endroit, mais Confucius aper&#231;ut un homme qui nageait l&#224;. Il crut que c'&#233;tait un malheureux qui cherchait la mort et dit &#224; ses disciples de longer la rive pour se porter &#224; son secours. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quelques centaines de pas plus loin, l'homme sortit de l'eau et, les cheveux &#233;pars, se mit &#224; se promener (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Tchouang-Tseu-" rel="directory"&gt;Tchouang-Tseu&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Confucius admirait les chutes de L&#252;-leang. L'eau tombait d'une hauteur de trois cents pieds et d&#233;valait ensuite en &#233;cumant sur quarante lieues. Ni tortues ni crocodiles ne pouvaient se maintenir &#224; cet endroit, mais Confucius aper&#231;ut un homme qui nageait l&#224;. Il crut que c'&#233;tait un malheureux qui cherchait la mort et dit &#224; ses disciples de longer la rive pour se porter &#224; son secours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelques centaines de pas plus loin, l'homme sortit de l'eau et, les cheveux &#233;pars, se mit &#224; se promener sur la berge en chantant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confucius le rattrapa et l'interrogea : &lt;br class='autobr' /&gt; - Je vous ai pris pour un revenant mais, de pr&#232;s, vous m'avez l'air d'un vivant. Dites-moi : avez-vous une m&#233;thode pour surnager ainsi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Non, r&#233;pondit l'homme, je n'en ai pas. Je suis parti du donn&#233;, j'ai d&#233;velopp&#233; un naturel et j'ai atteint la n&#233;cessit&#233;. Je me laisse happer par les tourbillons et remonter par le courant ascendant, je suis les mouvements de l'eau sans agir pour mon propre compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; - Que voulez-vous dire par : &#171; partir du donn&#233; &#187;, &#171; d&#233;velopper un naturel &#187;, &#171; atteindre la n&#233;cessit&#233; &#187; ? demanda Confucius. L'homme r&#233;pondit : Je suis n&#233; dans ces collines et je m'y suis senti chez moi : voil&#224; le donn&#233;. J'ai grandi dans l'eau et je m'y suis peu &#224; peu senti &#224; l'aise : voil&#224; le naturel. J'ignore pourquoi j'agis comme je le fais : voil&#224; la n&#233;cessit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tchouang-Tseu&lt;/strong&gt;, chap. XIX (traduction Jean-Fran&#231;ois Billeter)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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