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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Etat d'urgence d&#233;mocratique</title>
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		<dc:creator>Balibar, Etienne</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le devoir de d&#233;sob&#233;issance &#224; des ordres injustes au nom de l'ob&#233;issance aux exigences des d&#233;clarations des Droits de l'homme &lt;br class='autobr' /&gt; D&#201;SOB&#201;ISSANCE civique, et non pas civile - comme pourrait le faire croire une transcription h&#226;tive de l'expression anglaise correspondante : civil disobedience. Il ne s'agit pas seulement d'individus qui, en conscience, objecteraient &#224; l'autorit&#233;. Mais de citoyens qui, dans une circonstance grave, recr&#233;ent leur citoyennet&#233; par une initiative publique de &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le devoir de d&#233;sob&#233;issance &#224; des ordres injustes au nom de l'ob&#233;issance aux exigences des d&#233;clarations des Droits de l'homme&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;D&#201;SOB&#201;ISSANCE civique, et non pas civile - comme pourrait le faire croire une transcription h&#226;tive de l'expression anglaise correspondante : civil disobedience. Il ne s'agit pas seulement d'individus qui, en conscience, objecteraient &#224; l'autorit&#233;. Mais de citoyens qui, dans une circonstance grave, recr&#233;ent leur citoyennet&#233; par une initiative publique de &#171; d&#233;sob&#233;issance &#187; &#224; l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle conduite est-elle possible ? C'est la question soulev&#233;e par l'appel &#224; ne pas appliquer les dispositions de la &#171; loi Debr&#233; &#187; concernant la d&#233;claration du s&#233;jour des &#233;trangers, lanc&#233; par les cin&#233;astes et repris par des milliers de citoyens de ce pays. Il ne s'agira pas ici de commenter les termes fort clairs de cet appel, mais d'en discuter le principe. Cela s'impose d'autant plus qu'&#224; la conviction des signataires r&#233;pondent dans la classe politique (&#224; quelques exceptions pr&#232;s) soit l'embarras, soit l'avertissement hautain. L'Etat de droit, la l&#233;galit&#233; r&#233;publicaine, seraient mis en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais clarifier le d&#233;bat en examinant ce qu'implique une telle id&#233;e de d&#233;sob&#233;issance au regard de la loi, de la citoyennet&#233; et de la responsabilit&#233; politique. Il sera temps alors de se demander de quel c&#244;t&#233;, dans cette affaire, sont la l&#233;gitimit&#233; et la lucidit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sophocle faisait dire &#224; Antigone : &#171; Les d&#233;fenses de l'Etat ne sauraient permettre de passer outre aux lois non &#233;crites. &#187;. Nous savons, depuis la fondation m&#234;me des d&#233;mocraties, qu'un pouvoir est l&#233;gitime dans la mesure o&#249; il n'entre pas en contradiction avec certaines lois sup&#233;rieures de l'humanit&#233;. Sans doute la repr&#233;sentation qu'on se fait de leur origine a-t-elle &#233;volu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais leur teneur est toujours la m&#234;me : ce sont le respect des vivants et des morts, l'hospitalit&#233;, l'inviolabilit&#233; de l'&#234;tre humain, l'imprescriptibilit&#233; de la v&#233;rit&#233;. Elles &#233;noncent les valeurs qui permettent &#224; une communaut&#233; politique de dire le droit et la justice, et qu'un gouvernement ou un Etat doivent donc sauvegarder &#224; tout prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De telles lois non &#233;crites sont au-dessus de toute l&#233;gislation de circonstance, et g&#233;n&#233;ralement de toute loi positive. C'est pourquoi, d&#232;s lors que les citoyens constatent une flagrante contradiction entre les deux, ils ont pour devoir de porter le conflit sur la place publique, en proclamant leur ob&#233;issance aux lois non &#233;crites, serait-ce au d&#233;triment de l'ob&#233;issance aux lois positives. Du m&#234;me coup, ils recr&#233;ent les conditions d'une l&#233;gislation ou de la &#171; volont&#233; g&#233;n&#233;rale &#187;. Ils n'attaquent pas le concept de la loi, ils le d&#233;fendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A moins de supposer des gouvernements et des peuples parfaits, on voit bien que, si une telle d&#233;monstration n'&#233;tait pas apport&#233;e p&#233;riodiquement, l'empire de la loi d&#233;g&#233;n&#233;rerait en raison d'Etat. L'opinion l'emporterait selon laquelle les conditions formelles des lois (leur adoption par un Parlement r&#233;guli&#232;rement &#233;lu, leur conformit&#233; &#224; la Constitution, etc.), &#233;videmment n&#233;cessaires, seraient aussi suffisantes. Une telle conception purement &#233;tatique se profile dans les d&#233;clarations du ministre de la justice, qui peuvent se r&#233;sumer dans le vieil adage : &#171; La loi c'est la loi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement, l'histoire de l'Etat r&#233;publicain en France, avec ses &#233;pisodes de l&#226;chet&#233; et d'h&#233;ro&#239;sme, de l'Affaire Dreyfus &#224; la R&#233;sistance, et du Manifeste des 121 au proc&#232;s de Bobigny, ne manque pas d'illustrations du processus par lequel les conditions substantielles de l'ob&#233;issance &#224; la loi se trouvent refond&#233;es &#224; travers le refus d'accepter les d&#233;cisions iniques de l'autorit&#233; politique ou judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec ce paradoxe apparent d'une transgression fondatrice, nous sommes au coeur du rapport entre la d&#233;sob&#233;issance et la citoyennet&#233;. Mais il a des bases encore plus pr&#233;cises dans la Constitution, puisqu'elle s'ouvre par la D&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en alla pas toujours ainsi. Et la question de savoir en quel sens les &#233;nonc&#233;s de la D&#233;claration, &#233;num&#233;rant les &#171; droits fondamentaux &#187;, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme contraignants pour le l&#233;gislateur, demeure embarrassante pour les juristes. Rien d'&#233;tonnant &#224; cela, puisque la D&#233;claration &#233;nonce ce qui constitue l'homme en citoyen actif : elle a affaire &#224; la capacit&#233; politique que le peuple ne d&#233;l&#232;gue pas, et aux responsabilit&#233;s qui en d&#233;coulent pour les individus qui le composent. Elle repr&#233;sente ainsi, au sein m&#234;me de la Constitution, le &#171; pouvoir constituant &#187; du peuple qui d&#233;passe toute Constitution et fonde son caract&#232;re d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or la D&#233;claration pose comme droits &#171; naturels et imprescriptibles &#187; (art. 2) &#171; la libert&#233;, la propri&#233;t&#233;, la s&#251;ret&#233; et la r&#233;sistance &#224; l'oppression &#187;. L'histoire s'est charg&#233;e de nous enseigner l'actualit&#233; permanente de cette derni&#232;re notion, qui ne figure pas simplement une r&#233;f&#233;rence au langage particulier des &#233;poques r&#233;volutionnaires. Elle est p&#233;riodiquement remise &#224; l'&#233;preuve et sa signification s'en trouve &#233;clair&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se pourrait que, &#224; travers les vicissitudes de la politique d'immigration - qui, tous gouvernements confondus, se ram&#232;ne &#224; une politique anti-immigr&#233;s, pr&#233;alablement ill&#233;galis&#233;s - , nous soyons en train de vivre une de ces exp&#233;riences cruciales. Son b&#233;n&#233;fice aura &#233;t&#233; de renouveler pour la g&#233;n&#233;ration actuelle la d&#233;monstration que la r&#233;sistance &#224; l'oppression ne concerne pas uniquement l'oppression qu'on subit soi-m&#234;me, mais aussi l'oppression que subissent les autres. Que les deux soient ins&#233;parables, et que tel soit justement le sens de la libert&#233; et de l'&#233;galit&#233;, non seulement la D&#233;claration ne le nie pas, mais, &#224; bien y regarder, elle l'implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous savons qu'on nous objectera l'opportunit&#233;, l'&#233;quilibre, (M. Jupp&#233; se garde de pr&#233;tendre que le texte Debr&#233; est &#233;quitable, ou qu'il est juste...). C'est-&#224;-dire les compromis n&#233;cessaires avec la r&#233;alit&#233;, quand ce n'est pas avec la majorit&#233; silencieuse (&#224; laquelle on craint que Jean-Marie Le Pen ne soit en train de donner une voix). Laissons chacun r&#233;fl&#233;chir ici &#224; ce qu'a produit le r&#233;alisme, depuis vingt ans au moins, en fait de contr&#244;le des trafics de main-d'oeuvre, d'int&#233;gration des &#233;trangers en France, ou de formation de l'esprit public. Tout cela n'&#233;limine pas la question : la d&#233;sob&#233;issance civique peut-elle &#234;tre une action politiquement responsable ? A quelles conditions ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une est que nous nous trouvions dans une situation d'urgence. C'est le cas d&#232;s lors qu'un seuil est en passe d'&#234;tre franchi dans la d&#233;gradation de l'Etat de droit, au-del&#224; duquel le principe d'une discrimination quotidienne contre les &#233;trangers et d'une surveillance de ceux qui les accueillent, les aident ou les fr&#233;quentent serait explicitement inscrit dans la loi. C'est pourquoi l'argument du gouvernement selon lequel des dispositions ant&#233;rieures allant d&#233;j&#224; dans le m&#234;me sens n'ont pas &#233;t&#233; contest&#233;es (ce qui reste &#224; voir), m&#234;me s'il pointe les responsabilit&#233;s partag&#233;es de la classe politique (pourquoi s'en priverait-il ?), ne porte pas contre la l&#233;gitimit&#233; du mouvement d'indignation actuel. Plus il est tard, plus l'urgence est grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me condition, c'est que l'appel &#224; la d&#233;sob&#233;issance civique, toujours fond&#233; sur une d&#233;cision individuelle ne reste pas un geste de t&#233;moignage isol&#233;, mais ouvre la possibilit&#233; d'une action collective et d'un changement du cours des choses. Nous serons bient&#244;t fix&#233;s sur ce point. Cette condition n'est pas dissociable d'une troisi&#232;me, pleinement r&#233;alis&#233;e dans le cas de l'appel des cin&#233;aste : il s'agit d'un appel pr&#233;ventif. Le gouvernement peut encore se raviser. La d&#233;sob&#233;issance dont il est question est conditionnelle : elle ne tend pas &#224; pr&#233;cipiter l'irr&#233;parable, mais &#224; l'emp&#234;cher, tout en &#233;tant r&#233;solue &#224; y faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La derni&#232;re condition, c'est que la d&#233;sob&#233;issance civique accepte ses propres cons&#233;quences : le risque qu'elle comporte pour ceux qui l'exercent, ce qui va de soi, mais aussi les effets dans le champ politique. L'enjeu du moment, c'est la remont&#233;e du fascisme en France, dont la revendication inlassable d'une l&#233;gislation x&#233;nophobe forme une composante essentielle. On dit aux p&#233;titionnaires : vous apportez de l'eau au moulin du fascisme, en illustrant ce qu'il appelle l'anti-France, ou en faisant obstacle &#224; la lutte contre l'immigration clandestine, qui est le fumier sur lequel il prosp&#232;re. Cela suppose d'accepter que la d&#233;mocratie puisse durer en faisant la politique de ses adversaires, et qu'elle se renforce en refusant, au nom du consensus national de trancher entre des principes inconciliables. Ceux qui d&#233;fendent la libert&#233; de circulation, le devoir d'hospitalit&#233;, les droits acquis des r&#233;sidents, font, on le voit, le raisonnement inverse. Ils nous demandent &#224; tous de choisir notre camp et notre v&#233;rit&#233;. Ils tentent encore un effort pour &#234;tre r&#233;publicains, et pour que nous le demeurions dans les ann&#233;es &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il s'agisse de l'essence de la loi, du recours au droit de r&#233;sistance, ou des responsabilit&#233;s, on observera que toutes les d&#233;cisions impliqu&#233;es dans un tel geste comportent une part irr&#233;ductible de subjectivit&#233;. Elles ne sauraient se d&#233;duire de r&#232;gles pr&#233;existantes. Elles renvoient donc &#224; ce qu'en d'autres &#233;poques on e&#251;t appel&#233; le pari, ou l'engagement. En l'occurrence, elles r&#233;pondent aussi &#224; l'engagement des sans-papiers, &#224; la d&#233;monstration de courage et de responsabilit&#233; que, depuis des mois, ils ont publiquement men&#233;e. Cet &#233;l&#233;ment subjectif n'est pas ext&#233;rieur &#224; la politique ; il est la contrepartie n&#233;cessaire du danger d'arbitraire du pouvoir, l'&#233;quivalent d&#233;mocratique de l'&#233;tat d'urgence. L'&#233;preuve de v&#233;rit&#233; qui s'engage ainsi aura valeur de test collectif, pour les gouvern&#233;s comme pour les gouvernants. Il n'est pas exag&#233;r&#233; d'y voir un rendez-vous citoyen en vraie grandeur, propos&#233; &#224; la nation toute enti&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Etienne Balibar est professeur de philosophie &#224; l'universit&#233; Paris X-Nanterre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Le Monde du mercredi 19 f&#233;vrier 1997]&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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