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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Nuire &#224; la b&#234;tise</title>
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		<dc:date>2017-03-11T22:37:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nietzsche, Friedrich</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; Faire du tort &#224; la b&#234;tise. &#8211; &#192; coup s&#251;r, la croyance au caract&#232;re condamnable de l'&#233;go&#239;sme, que l'on a pr&#234;ch&#233;e avec tant d'acharnement et de conviction, a dans l'ensemble fait du tort &#224; l'&#233;go&#239;sme (au profit comme je le r&#233;p&#233;terais cent fois, des instincts du troupeau !), notamment en lui &#244;tant la bonne conscience et en prescrivant de chercher en lui la source v&#233;ritable de tout malheur. &#171; Ton &#233;go&#239;sme est le malheur de ta vie &#187; &#8211; Voil&#224; ce que l'on entendit pr&#234;cher durant des mill&#233;naires : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Sur-la-philosohie-" rel="directory"&gt;Sur la philosohie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Faire du tort &#224; la b&#234;tise&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;http://www.caute.lautre.net/La-phil...&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. &#8211; &#192; coup s&#251;r, la croyance au caract&#232;re condamnable de l'&#233;go&#239;sme, que l'on a pr&#234;ch&#233;e avec tant d'acharnement et de conviction, a dans l'ensemble fait du tort &#224; l'&#233;go&#239;sme (au profit comme je le r&#233;p&#233;terais cent fois, des instincts du troupeau !), notamment en lui &#244;tant la bonne conscience et en prescrivant de chercher en lui la source v&#233;ritable de tout malheur. &#171; Ton &#233;go&#239;sme est le malheur de ta vie &#187; &#8211; Voil&#224; ce que l'on entendit pr&#234;cher durant des mill&#233;naires : cela a fait du tort, comme on l'a dit, &#224; l'&#233;go&#239;sme et lui a &#244;t&#233; beaucoup d'esprit, beaucoup de gaiet&#233; d'esprit, beaucoup d'inventivit&#233;, beaucoup de beaut&#233;, cela a ab&#234;ti, enlaidi et empoisonn&#233; l'&#233;go&#239;sme ! &#8211; L'antiquit&#233; philosophique professa en revanche l'existence d'une autre source essentielle du malheur : &#224; partir de Socrate, les penseurs ne se lass&#232;rent jamais de pr&#234;cher : &#171; votre manque de pens&#233;e et votre b&#234;tise, votre mani&#232;re de vivoter en suivant la r&#232;gle, votre soumission &#224; l'opinion du voisin voil&#224; la raison pour laquelle vous parvenez si rarement au bonheur, &#8211; nous, penseurs, sommes, en tant que penseurs, les plus heureux. &#187; Ne tranchons pas la question de savoir si cette pr&#233;dication dirig&#233;e contre la b&#234;tise avait pour elle de meilleures raisons que la pr&#233;dication dirig&#233;e contre l'&#233;go&#239;sme : mais &#224; coup s&#251;r, elle sut &#244;ter la bonne conscience &#224; la b&#234;tise : &#8211; ces philosophes ont fait du tort &#224; la b&#234;tise. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.caute.lautre.net/La-philosophie-sert-a-attrister&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.caute.lautre.net/La-phil...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Philosophie : que cache la formule &#8220;Deviens ce que tu es&#8221; ?</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Philosophie-que-cache-la-formule-Deviens-ce-que-tu-es</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Philosophie-que-cache-la-formule-Deviens-ce-que-tu-es</guid>
		<dc:date>2016-10-17T09:42:59Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Astor, Dorian</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Au sujet du livre de Dorian Astor, Deviens ce que tu es &lt;br class='autobr' /&gt;
http://www.lesinrocks.com/2016/10/16/idees/philosophie-cache-formule-deviens-es-11870923/?adblockdisabled=1 &lt;br class='autobr' /&gt; La formule de Nietzsche, reprise du po&#232;te grec Pindare, &#8220;Deviens ce que tu es&#8221;, est devenue une sorte de mantra dans l'histoire de la philosophie. Pourquoi avez-vous voulu revenir dessus ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Dorian Astor &#8211; Pr&#233;cis&#233;ment parce que cette phrase est une tarte &#224; la cr&#232;me. Cela sert de slogan &#224; tout ce que l'on veut ; cela a m&#234;me (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Nietzsche-" rel="directory"&gt;Nietzsche&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au sujet du livre de &lt;a href=&#034;https://autrement.com/ouvrage/deviens-ce-que-tu-es-dorian-astor&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dorian Astor, Deviens ce que tu es&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesinrocks.com/2016/10/16/idees/philosophie-cache-formule-deviens-es-11870923/?adblockdisabled=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.lesinrocks.com/2016/10/16/idees/philosophie-cache-formule-deviens-es-11870923/?adblockdisabled=1&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La formule de Nietzsche, reprise du po&#232;te grec Pindare, &#8220;Deviens ce que tu es&#8221;, est devenue une sorte de mantra dans l'histoire de la philosophie. Pourquoi avez-vous voulu revenir dessus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dorian Astor&lt;/strong&gt; &#8211; Pr&#233;cis&#233;ment parce que cette phrase est une tarte &#224; la cr&#232;me. Cela sert de slogan &#224; tout ce que l'on veut ; cela a m&#234;me &#233;t&#233; le slogan de l'arm&#233;e de terre pour recruter, c'est dire. Il existe un grand malentendu autour de cette formule : c'est sur ce malentendu que je voulais travailler. Une phrase comme celle-l&#224; a une longue histoire ; je voulais remettre sur le tapis cette injonction et lui rendre son caract&#232;re probl&#233;matique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis quand vous hante-t-elle, au point de vouloir en faire un probl&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une phrase pi&#232;ge, qui semble sugg&#233;rer &#233;norm&#233;ment mais qui, si on ne prend pas acte des paradoxes qu'elle contient, ne veut pas dire grand-chose. Je l'avais dans l'oreille depuis que j'&#233;tudie Nietzsche, c'est-&#224;-dire plus de vingt ans d&#233;j&#224;. Elle est embl&#233;matique du danger que court tout lecteur de Nietzsche : la formule frappe imm&#233;diatement, mais d&#232;s qu'on la d&#233;plie, elle devient vertigineuse parce qu'elle n'indique rien, ni ce qu'on devient ni ce qu'on est. C'est pourquoi il me fallait rester dans une d&#233;marche un peu d&#233;ceptive : devenir ce que l'on est &#8212; c'est-&#224;-dire vivre, devenir &#8212; c'est justement r&#233;soudre des probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliquez-vous la prosp&#233;rit&#233; de cette phrase dans l'histoire de la philosophie et dans l'imaginaire contemporain ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette formule fonctionne tr&#232;s bien parce que la soci&#233;t&#233; contemporaine est un m&#233;lange tr&#232;s paradoxal d'injonction &#224; l'individualisme et de soumission aux &#233;tats de fait. Tout s'organise pour que nous affirmions notre &#8220;personnalit&#233;&#8221; comme gage de notre autonomie. Or cette phrase nous incite &#224; nous glorifier d'&#234;tre nous-m&#234;mes : tu fais ce que tu veux, tu es comme tu veux, sois toi-m&#234;me. Je cite volontiers cette r&#233;plique de Sylvie Joly : &#8220;je n'ai pas de secret, je suis moi, c'est tout&#8230;&#8221;. En m&#234;me temps, le &#8220;deviens ce que tu es&#8221; rappelle aussit&#244;t qu'on n'est pas encore soi-m&#234;me : la pointe douloureuse, c'est le rappel de notre ali&#233;nation. Tu es emp&#234;ch&#233;, tu as envie de tout plaquer, de dire merde, et tu ne le fais pas. C'est la fa&#231;ade de ce slogan : tu es pr&#233;cieux, tu es unique, mais tu es bloqu&#233;, lib&#232;re-toi. C'est pour cela que la formule marche, capt&#233;e par la vogue du d&#233;veloppement personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette injonction est-elle au c&#339;ur de l'&#339;uvre de Nietzsche ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est centrale, mais elle a deux versants, l'un &#233;vident et l'autre beaucoup plus opaque : d'un c&#244;t&#233;, elle signale la philosophie de l'esprit libre, la conqu&#234;te de l'ind&#233;pendance, l'exaltation de l'individualit&#233;. Mais la difficult&#233;, c'est que Nietzsche est tout sauf un individualiste. Il m&#233;prise l'individu tel qu'il s'est fix&#233; en sujet, c'est un holiste qui soumet l'&#233;valuation de l'individu aux processus organiques, psychiques et culturels qui, ensemble, forment le devenir. &#8220;Ce que tu es&#8221;, cela concerne l'individu mais &#8220;deviens&#8221;, cela interroge le processus d'individuation lui-m&#234;me. Chez Nietzsche, comme chez Leibniz, Whitehead, Simondon ou Deleuze, l'individuation est centrale, elle est au c&#339;ur de l'ontologie. L'&#234;tre est une puissance auto-individuante. On est tr&#232;s au-dessus du simple d&#233;veloppement &#8220;personnel&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment Nietzsche a-t-il d&#233;couvert cette phrase de Pindare ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s jeune, durant ses &#233;tudes de philologie classique. Elle &#233;maille l'ensemble de son &#339;uvre, sans d&#233;veloppement explicite, sauf dans Ecce homo, tout &#224; la fin : cette autobiographie philosophique o&#249; il entreprend de dire qui il est. C'est l&#224; qu'il rappelle que devenir ce que l'on est suppose que l'on ne pressente pas le moins du monde ce que l'on est. Il faut passer au-dessous de la volont&#233; consciente du sujet. Et m&#234;me se faire plus petit, plus m&#233;diocre, h&#233;siter, se tromper. Il faut laisser les forces sous-jacentes travailler en profondeur &#224; la t&#226;che dominante. C'est &#233;videmment l'inconscient qui est ici pris en compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais quelle diff&#233;rence faites-vous entre le &#8220;devenir-moi&#8221; de Freud et le &#8220;devenir-soi&#8221; de Nietzsche ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une grande proximit&#233; entre eux autour de l'id&#233;e que le moi n'est pas ma&#238;tre chez lui ; c'est leur anti-cart&#233;sianisme. Cela passe chez l'un et l'autre par une interpr&#233;tation p&#233;n&#233;trante des processus inconscients, de la vie pulsionnelle. L&#224; o&#249; cela bifurque, c'est que Freud cherche un savoir du moi et une connaissance de l'inconscient, une reconqu&#234;te de soi par la conscience et le discours ; alors que Nietzsche est plus pr&#232;s d'une sagesse silencieuse du soi. Il y a un ma&#238;tre cach&#233; et inconnu derri&#232;re le moi, c'est le soi, dit Zarathoustra. Il ne s'agit pas de se laisser emporter par ses pulsions, car elles sont contradictoires et m&#232;nent au chaos pulsionnel (ce que Nietzsche appelle la d&#233;cadence). Pour Nietzsche, la ma&#238;trise de soi est essentielle, mais cette ma&#238;trise est une modestie, une oreille et un acquiescement &#224; la puissance cr&#233;atrice de l'inconscient, plus sage que nous. Se faire plus impersonnel &#8212; ou plus-que-personnel, disait Deleuze. La cure analytique rend le moi si bavard&#8230; En faisant du moi un sujet du discours, elle en fait aussi un objet en voie de normalisation. Le moi n'est pas une bouche, mais une oreille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que devenir un sujet ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'oppose, apr&#232;s d'autres, le sujet et l'individu. Un sujet r&#233;pond : il est responsable et r&#233;flexif. Le pilote du sujet, c'est le moi. Alors que le pilote de l'individu, pour ainsi dire, c'est le soi. Il n'y a pas de sujet inconscient ; en revanche, il y a de l'individuel dans l'inconscient, ou plus pr&#233;cis&#233;ment des processus d'individuation &#8212; organiques, psychiques et collectifs. Les subjectivations sont les fonctions de structures psychologiques et sociales : elles produisent des sujets du discours et de l'action, de l'&#233;thique, du droit, de la psychologie, etc. Les sujets sont dits agents, mais ils sont le plus souvent agis. Alors &#233;videmment, un individu est affect&#233; par ses propres processus de subjectivation, mais ce pouvoir m&#234;me d'&#234;tre affect&#233; r&#233;clame une activit&#233; non subjective, un agissement sans agent qu'on peut appeler individuation ou devenir. L'histoire est peut-&#234;tre un &#8220;proc&#232;s sans sujet&#8221;, comme disait Althusser (c'est elle qui subjective), mais le devenir est le proc&#232;s m&#234;me de l'individuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment qualifier la philosophie du devenir, qui vous int&#233;resse, par opposition &#224; la philosophie de l'&#234;tre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire vite, les philosophies du devenir n'opposent pas l'&#234;tre et le devenir, l'un et le multiple, mais cherchent &#224; comprendre ce qu'est l'&#234;tre du devenir, l'unit&#233; du multiple, avec l'intuition qu'il n'y en a pas d'autre, que l'&#234;tre ne se dit que du devenir et de la multiplicit&#233;, et de rien d'autre. Badiou, dans son magnifique Deleuze. La clameur de l'&#234;tre, parle tr&#232;s bien de cela : paradoxalement, ce sont les philosophes de la multiplicit&#233; et du devenir qui affirment le plus fermement l'univocit&#233; de l'&#234;tre (voyez par exemple, chez Spinoza, une infinit&#233; de modes qui expriment une substance unique). Au contraire, si, pour comprendre qu'il y ait de la multiplicit&#233;, on oppose ou articule l'&#234;tre et le devenir, l'&#234;tre et le non-&#234;tre, l'&#234;tre et l'apparence, etc., on est oblig&#233; de dire l'&#234;tre en plusieurs sens, il devient &#233;quivoque, et il faut alors le classer en cat&#233;gories, qui sont de fausses multiplicit&#233;s. Les philosophies du devenir se donnent des multiplicit&#233;s pures (ce que Whitehead appelait diversit&#233; disjonctive, Nietzsche le chaos ou Deleuze des singularit&#233;s pr&#233;-individuelles) et cherchent &#224; p&#233;n&#233;trer le processus par lequel ces multiplicit&#233;s sont toujours d&#233;j&#224; mises en relation, comment elles s'entr'expriment (Leibniz), se hi&#233;rarchisent (Nietzsche), se pr&#233;hendent (Whitehead), s'individuent (Simondon), s'actualisent (Deleuze), etc. Ce sont, &#224; des degr&#233;s divers, des ontologies de la relation, avec l'id&#233;e que la relation pr&#233;existe &#224; ses termes, qu'elle produit ses propres termes.&lt;br class='autobr' /&gt;
Qu'est-ce qu'une mise en relation ? C'est un &#233;v&#233;nement. Pour Leibniz, la &#8220;notion compl&#232;te&#8221; d'un individu, c'est l'ensemble de tout ce qui lui est arriv&#233;, lui arrive et lui arrivera. Il y a chez lui cette id&#233;e formidable qu'un pr&#233;dicat et un &#233;v&#233;nement, c'est la m&#234;me chose. Une telle position ouvre la porte &#224; une remise en question radicale de l'opposition entre essence et accident, entre n&#233;cessit&#233; et contingence, entre &#234;tre et devenir. Finalement, &#8220;deviens ce que tu es&#8221;, c'est une mani&#232;re d'inviter &#224; ne pas poser trop t&#244;t la question &#8220;qui suis-je ?&#8221;, mais &#224; traverser l'ensemble de ses devenirs, c'est-&#224;-dire &#224; exp&#233;rimenter. Notre &#8220;notion compl&#232;te&#8221; vient toujours &#224; la fin, mort comprise. Ce que Nietzsche appelait un destin, c'est-&#224;-dire du hasard devenu n&#233;cessit&#233;, &#224; force d'exp&#233;rimentation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous vous situez dans cette tradition du devenir depuis longtemps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, depuis longtemps, peut-&#234;tre depuis toujours &#8212; sans le savoir, comme monsieur Jourdain ! C'est un instinct. Simplement, en d&#233;couvrant cette &#8220;tradition&#8221; (ou plut&#244;t cette &#8220;famille&#8221; de philosophes), je me suis rendu compte que c'est &#224; eux, infiniment plus grands que moi, que je devrais m'allier pour essayer de penser quelque chose. Je me demande toujours pourquoi on est ceci plut&#244;t que cela, leibnizien plut&#244;t que cart&#233;sien, spinoziste plut&#244;t que kantien, nietzsch&#233;en plut&#244;t qu'h&#233;g&#233;lien. Et quelle que soit l'originalit&#233; &#224; laquelle on aspire, on appartient &#224; une famille de philosophes, m&#234;me s'il faut la quitter pour atteindre &#224; sa &#8220;majorit&#233;&#8221;. Quitter ce que l'on aime, c'est toujours le plus difficile et le plus beau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que signifie &#234;tre nietzsch&#233;en en 2016 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai du mal avec cette expression ; le titre de notre livre collectif, Pourquoi nous sommes nietzsch&#233;ens, est volontairement ironique et probl&#233;matique. C'est une r&#233;f&#233;rence explicite au livre paru en 1991, Pourquoi nous ne sommes pas nietzsch&#233;ens. Je ne sais pas exactement ce que veut dire &#234;tre nietzsch&#233;en. Si je dis que je le suis, c'est parce que Nietzsche est l'objet de mon &#233;tude, que je le connais bien. Ensuite, revendiquer qu'il faut &#234;tre nietzsch&#233;en aujourd'hui, c'est une vraie question, ce n'est pas une &#233;vidence ; c'est une question &#224; laquelle je me suis patiemment et douloureusement confront&#233; dans mon livre pr&#233;c&#233;dent, Nietzsche. La d&#233;tresse du pr&#233;sent. Je ne me proclame donc pas nietzsch&#233;en, je pr&#233;tends qu'aujourd'hui moins que jamais, il ne faut pas l&#226;cher la lecture de Nietzsche. Cela veut dire affronter ce qui, en nous, r&#233;siste violemment &#224; sa lecture (notamment sa conception profond&#233;ment hi&#233;rarchique de l'humanit&#233;), mais aussi se m&#233;fier des s&#233;ductions trop faciles (son injonction &#233;quivoque &#224; la libert&#233; de l'esprit, &#224; la joie, &#224; l'amour du destin). Le fait est que je ne peux ni ne veux me soustraire &#224; ses sollicitations, tout en insistant sans cesse sur le fait qu'elles sont un peu trop grandes pour nous.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans notre collectif, chacun livre une exp&#233;rience diff&#233;rente de Nietzsche, chacun y puise ce dont il a besoin pour sa propre pens&#233;e. Avec toujours cette tension entre la n&#233;cessit&#233; de le surmonter et l'intuition qu'il y a chez lui quelque chose d'insurmontable. En tout cas, le danger est qu'il se mette &#224; parler par notre bouche, &#224; notre place. J'ai beaucoup parl&#233; avec les mots de Nietzsche. Il faut se m&#233;fier. &#202;tre nietzsch&#233;en, c'est &#234;tre un &#8220;noble tra&#238;tre&#8221; (encore un mot de lui !). Ou, comme disait Deleuze, lui faire un enfant dans le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais en quoi est-il aujourd'hui important selon vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue psychologique, &#233;thique, politique et culturel, il me semble que son diagnostic du nihilisme, de l'id&#233;alisme, du ressentiment, de la v&#233;n&#233;ration des faits (le &#8220;faitalisme&#8221;), de la haine fanatique du devenir, son portrait de la figure toxique du &#8220;pr&#234;tre&#8221;, sa g&#233;n&#233;alogie de ce qui nous fait nous retourner contre nous-m&#234;mes sont plus que jamais n&#233;cessaires aujourd'hui. Si l'on accepte de dire (avec Nietzsche comme avec Freud) que notre culture n'a toujours pas cess&#233; de nous rendre litt&#233;ralement malades, alors nous avons besoin de vouloir une &#8220;grande sant&#233;&#8221; nietzsch&#233;enne. Cela ne d&#233;signe pas une explosion chaotique d'ivresse dionysiaque, mais le renversement m&#233;thodique et acharn&#233; de valeurs dominantes hostiles &#224; la vie qui se donnent pour la seule r&#233;alit&#233; possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi est-il encore d&#233;test&#233; par certains philosophes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon, on ne peut obliger personne &#224; aimer Nietzsche. Comme je le disais tout &#224; l'heure, c'est une affaire d'instinct et d'affinit&#233;. Mais pour les anti-nietzsch&#233;ens du type de ceux qui ont &#233;crit le livre de 1991 (ils sont encore nombreux aujourd'hui), Nietzsche est en r&#233;alit&#233; un paravent, un pr&#233;texte. Leur anti-nietzsch&#233;isme est un dommage collat&#233;ral. Ce qui est vis&#233;, aujourd'hui encore, derri&#232;re Nietzsche, c'est ce qu'on appelle, avec une moue d&#233;go&#251;t&#233;e, &#8220;la pens&#233;e 68&#8221;. Les auteurs de Pourquoi nous ne sommes pas nietzsch&#233;ens, d&#232;s leur pr&#233;face, mettaient cartes sur table : il s'agissait d'en finir avec &#8220;Foucault, Deleuze, Derrida, Althusser, Lacan&#8221; et quelques autres, en finir avec la &#8220;philosophie au marteau&#8221; et &#8220;l'exercice infini de la d&#233;construction&#8221;. Or, ces &#8220;ma&#238;tres &#224; penser&#8221;, comme ils disent, sont une menace redoutable pour l'id&#233;ologie contemporaine dominante. Quand on voit la mani&#232;re intol&#233;rable dont s'exercent les pouvoirs &#224; tous niveaux, partout, localement et mondialement, politiquement, socialement, &#233;conomiquement, pouvoirs coercitifs ou incitatifs &#224; toutes les &#233;chelles d'existence, on se dit qu'en guise de tracts, il faudrait arroser les rues du texte de Foucault en pr&#233;face de l'&#233;dition am&#233;ricaine de L'Anti-&#338;dipe de Deleuze et Guattari : &#8220;Introduction &#224; la vie non fasciste&#8221;. D'ailleurs, le terme &#8220;fasciste&#8221;, mis aujourd'hui &#224; toutes les sauces (mais c'est un sympt&#244;me d&#233;cisif) trouve dans L'Anti-&#338;dipe son v&#233;ritable sens philosophique, comme type de production d&#233;sirante. Or, c'est bien de cela qu'il s'agit aujourd'hui : lutter contre les investissements microfascistes du d&#233;sir. En termes de d&#233;sir, ou de &#8220;volont&#233; de puissance&#8221;, il y va encore de la figure nietzsch&#233;enne du &#8220;pr&#234;tre&#8221;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bref, pour en revenir aux anti-nietzsch&#233;ens, s'ils sont anim&#233;s par du ressentiment, c'est celui qu'ils vouent &#224; 68 comme cas d'un pur &#8220;&#233;v&#233;nement&#8221; et qui selon eux doit faire l'objet d'une liquidation sans rel&#226;che : rien n'est advenu, rien ne doit advenir. Le plus dr&#244;le, c'est que c'est en accusant Nietzsche d'&#234;tre r&#233;actionnaire qu'ils d&#233;chargent leur propre pulsion r&#233;actionnaire. (Quant au caract&#232;re r&#233;actionnaire de la pens&#233;e de Nietzsche, je m'en suis longuement expliqu&#233; dans La D&#233;tresse du pr&#233;sent). En tout cas, je fais partie d'une g&#233;n&#233;ration de &#8220;nietzsch&#233;ens&#8221; qui a re&#231;u un double h&#233;ritage : celui d'une formidable inventivit&#233; du nietzsch&#233;isme d'un Deleuze ou d'un Foucault (celui-ci &#233;tant peut-&#234;tre le plus nietzsch&#233;en de tous) et celui d'une lecture philologique de Nietzsche, pr&#233;cise et patiente, immanente aux textes (par exemple, ma lecture doit autant &#224; Deleuze qu'&#224; mon ami Patrick Wotling, peut-&#234;tre le plus &#233;minent nietzsch&#233;en fran&#231;ais aujourd'hui, et qui est largement d&#233;favorable &#224; la lecture deleuzienne de Nietzsche). J'entends bien ne pas c&#233;der d'un pouce sur la double injonction de ces deux h&#233;ritages, c'est &#224; cette condition qu'il y aura un avenir pour Nietzsche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il faut chercher le moi &#8220;non pas en soi, mais loin au-dessus de soi&#8221;, disait Nietzsche. Il est o&#249; ce loin ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour toutes les raisons &#233;voqu&#233;es tout &#224; l'heure, le moi ne peut plus &#234;tre consid&#233;r&#233; comme une origine, il est plut&#244;t &#224; produire. Zarathoustra dit en gros qu'il faut devenir les sculpteurs de nous-m&#234;mes. Alors certes, c'est peut-&#234;tre un &#8220;id&#233;al&#8221;, Nietzsche dirait plut&#244;t un but. En tout cas, si le moi est une vis&#233;e ou une protention, la question fondamentale n'est plus l'origine ou le pass&#233; (comme en psychanalyse) mais l'avenir et le projet (Whitehead, &#224; propos de son concept de sujet, parle de &#8220;superjet&#8221;). Se penser comme marchepied d'un avenir, penser une &#8220;philosophie de l'avenir&#8221; est l'une des grandes t&#226;ches que Nietzsche s'est fix&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme une asc&#232;se ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui. On ne confondra pas la critique de l'asc&#233;tisme morbide d&#233;velopp&#233;e par Nietzsche (notamment dans La G&#233;n&#233;alogie de la morale) et sa propre nature asc&#233;tique, qui est une asc&#232;se de la sant&#233; (malgr&#233; sa maladie, ou &#224; cause d'elle). Tous les grands philosophes sont des asc&#232;tes. Parce que la philosophie est d'abord un exercice spirituel, comme le disait Pierre Hadot analysant la dimension pratique des philosophies antiques. Le moi est le fruit d'un exercice, parce qu'il est une perspective qui se construit, comme en peinture ou en g&#233;om&#233;trie projective. La grande question a toujours &#233;t&#233; l'articulation d&#233;licate de la vie th&#233;or&#233;tique, contemplative, et de la vie active. Au fond, ce qui agit, ce n'est pas le moi, mais plut&#244;t le soi, pour le dire trop rapidement. Au lieu de penser le moi comme agent responsable, on peut le penser comme point de vue r&#233;fl&#233;chissant (et donc, d&#233;j&#224;, &#233;valuant). Spinoza polissait des lentilles. Quelles lunettes je me fabrique pour tenir &#224; juste distance ce monde dans lequel je suis pourtant tout entier plong&#233;, agi et agissant ? Trouver le bon point de vue (Leibniz), se faire le plus d'yeux possible (Nietzsche), voil&#224; un exercice philosophique. On ne pose pas des valeurs pour s'y exercer ensuite, c'est &#233;valuer qui fait tout l'exercice : &#8220;la foi ad&#233;quate s'ajoutera d'elle-m&#234;me, soyez-en s&#251;rs&#8221; (Aurore).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Devenir ce que l'on est, est-ce un r&#234;ve impossible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est ni un r&#234;ve ni impossible : c'est une exp&#233;rimentation, et par d&#233;finition c'est le r&#233;sultat de la tentative qui d&#233;termine si ce qui a &#233;t&#233; tent&#233; &#233;tait possible ou non. Ce n'est pas une question de possibilit&#233;, mais plut&#244;t de virtualit&#233;. Sans doute y a-t-il une infinit&#233; de virtualit&#233;s qui ne s'actualiseront jamais (ou pas encore). Ce qui est impossible, c'est de savoir &#224; l'avance ce que l'on est &#8212; et m&#234;me ce que l'on devient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avez-vous d&#233;j&#224; eu le sentiment de devenir ce que vous &#233;tiez ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'allais dire : tout le temps et jamais. Je sens bien, comme tout le monde, que je deviens et que c'est sans doute cela que je suis, du moins chaque fois que j'y pense (c'est toujours une halte). Localement, on d&#233;c&#232;le des constantes, des bifurcations, des retours, des nouveaut&#233;s. Comme un m&#233;lange d'occurrences et de r&#233;currences, qu'il faut d&#233;m&#234;ler et dont on cherche &#224; trouver la coh&#233;rence. Si un individu est la somme de tout ce qui lui arrive (et m&#234;me, en n&#233;gatif, de ce qui ne lui arrive pas), comment pourrais-je dire qui je suis avant d'en avoir fait la somme ? Seul Dieu saurait faire ce calcul, mais je ne suis pas assez leibnizien pour compter sur une calculatrice divine &#8230; Je ne suis m&#234;me pas s&#251;r de pouvoir calculer ce qui m'est arriv&#233; dans le pass&#233; et ce qui m'arrive aujourd'hui. En revanche, je crois qu'il y a des devenirs qui se s'&#233;puisent ou se r&#233;sorbent, localement. Un exemple b&#234;te : tr&#232;s longtemps, j'ai voulu faire de la musique professionnellement, j'y suis m&#234;me un peu arriv&#233; &#8212; et puis j'ai fini par abandonner, pour mille bonnes raisons. Mon &#8220;devenir-musicien&#8221;, qui m'a pris tant d'&#233;nergie et de temps, s'est &#233;puis&#233;. C'est comme une autre vie qui a laiss&#233; de nombreuses traces dans la mienne (toutes joyeuses) mais c'est le petit tombeau d'un devenir en moi. C'est la m&#234;me chose pour nos amours pass&#233;es et, au fond, pour tout ce par quoi nous sommes pass&#233;s ou qui est pass&#233; par nous : nous sommes enti&#232;rement stri&#233;s par les anciens passages de devenirs r&#233;sorb&#233;s. Mais c'est comme les cours d'eau : ils peuvent gonfler ou s'amenuiser, confluer ou se diviser, faire de longs m&#233;andres ou d&#233;ferler droit vers la mer, ils peuvent aussi s'ass&#233;cher d&#233;finitivement ou attendre la prochaine saison des pluies. Se conna&#238;tre soi-m&#234;me, c'est moins &#233;crire un livre d'histoire que dresser une cartographie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Devenir ce que l'on est, c'est r&#233;soudre des probl&#232;mes, disiez-vous ; n'est-ce pas une position minimale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, c'est minimal. En tout cas cela ne pr&#233;juge pas du contenu des solutions adopt&#233;es. C'est le mouvement de la probl&#233;matisation elle-m&#234;me qui m'int&#233;resse, auquel appartiennent constitutivement les tentatives de r&#233;solution. Consid&#233;rer la vie comme cycle permanent de probl&#232;mes/solutions (y compris, &#233;videmment, apories, impasses, &#233;checs, nouvelles tentatives ou abandons) est beaucoup plus &#233;clairant que de l'aborder comme simple conservation ou adaptation, qui n'en sont que des expressions parmi d'autres, des solutions de contournement, des ruses au service d'un probl&#232;me beaucoup plus vaste : comment cro&#238;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui relie votre g&#233;n&#233;ration philosophique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne le formulerais pas en termes de g&#233;n&#233;ration. Il y a beaucoup de g&#233;n&#233;rations diff&#233;rentes contemporaines les unes des autres. On parlait tout &#224; l'heure de famille, je pr&#233;f&#233;rerais m&#234;me parler d'amis (et je n'ai pas besoin de les nommer &#8212; il y a m&#234;me des amis qu'on ne conna&#238;t pas, il me suffit de savoir qu'ils existent et travaillent, on finira bien par confluer). Mes amis ne sont pas des nihilistes, ni des cyniques, encore moins des d&#233;cadentistes (il faut dire &#8220;d&#233;clinistes&#8221; aujourd'hui). Ils ne sont ni cyniques ni relativistes (ou alors, comme moi, des &#8220;relationistes&#8221;) ou d&#233;sabus&#233;s. Ils ne sont pas davantage dogmatiques et t&#233;moignent, pour le dire avec Nietzsche, d'un &#8220;scepticisme de la force&#8221;. Mais nous ne sommes pas non plus optimistes ni aveugl&#233;ment confiants dans le progr&#232;s. Nous avons de grandes col&#232;res, de profonds m&#233;pris et de sourdes inqui&#233;tudes. Mais c'est &#224; proportion de ce que nous savons admirer, aimer et acquiescer, nous sommes tr&#232;s sensibles aux foyers potentiels de r&#233;sistance, d'affirmation, de cr&#233;ation et d'affranchissement.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'&#233;poque actuelle, dans ce qu'elle fait voir et entendre, est vraiment mis&#233;rable et nous allons probablement vers quelque chose de pire. Mais &#224; chaque &#233;poque, il y a un monde en d&#233;composition et un monde en devenir. Aujourd'hui, la d&#233;composition pue de mani&#232;re obsc&#232;ne, mais il faut avoir l'odorat fin pour flairer ce qui se compose, se met en relation et cro&#238;t. Toute &#233;poque est une &#233;poque de transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais n'est-ce pas dans cette transition que naissent les monstres, comme le disait Gramsci ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais cela est aussi le moment o&#249; naissent les tueurs de monstres, ils leur sont toujours contemporains. Comme Diog&#232;ne, la lanterne &#224; la main, il faut chercher des hommes potentiels. Nous sommes dans une p&#233;riode o&#249; ces potentiels sont particuli&#232;rement invisibles et inaudibles. Il est tr&#232;s difficile de les voir et de les entendre, et je sais que les amis et les alli&#233;s en sont tous l&#224; du p&#233;nible d&#233;chiffrement de cette opacit&#233;. Comme disait Deleuze, la musique rend audible des choses qui sans cela seraient inaudibles ; de m&#234;me la philosophie rend pensable des choses qui sans cela seraient impensables. Il faut &#234;tre constructiviste, exp&#233;rimental et local ; il faut chercher, faire des agencements, voir si cela marche ou pas, aller voir ailleurs. J'ai une devise qui est d'esprit &#224; la fois &#233;picurien et spinoziste : ni espoir ni crainte. L'espoir et la crainte sont de m&#234;me nature : l'un et l'autre compensent illusoirement l'ignorance et l'ind&#233;termination. Essayer de r&#233;soudre un probl&#232;me, d'&#233;tablir une relation, de trouver une issue, tout cela n'a rien &#224; voir avec l'espoir ou la crainte. &#192; la lettre, toute tentative est d&#233;sesp&#233;r&#233;e et inesp&#233;r&#233;e. Il faut vivre avec l'ind&#233;termination inh&#233;rente &#224; toute tentative : s'il se trouve qu'il n'y a pas d'issue, il &#233;tait vain d'esp&#233;rer ; mais s'il on en trouve une, il n'y avait pas lieu de craindre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Propos recueillis par Jean-Marie Durand&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Chant d'ivresse</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Chant-d-ivresse</link>
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		<dc:date>2009-03-16T09:29:21Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nietzsche, Friedrich</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;O homme ! Prends garde ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Que dit minuit profond ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;J'ai dormi, j'ai dormi, &#8212; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;D'un profond sommeil je me suis &#233;veill&#233; : &#8212; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Le monde est profond, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;et plus profond que ne pensait le jour &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Profonde est sa douleur, &#8212; &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La joie plus profonde que la peine. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;La douleur dit : passe et finis ! &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034;Mais toute joie veut l'&#233;ternit&#233;, &lt;br class='autobr' /&gt;
&#034; &#8212; veut la profonde &#233;ternit&#233; !&#034;&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Sur-l-eternel-retour-" rel="directory"&gt;Sur l'&#233;ternel retour.&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;O homme ! Prends garde !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dit minuit profond ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;J'ai dormi, j'ai dormi, &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;D'un profond sommeil je me suis &#233;veill&#233; : &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Le monde est profond,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;et plus profond que ne pensait le jour&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Profonde est sa douleur, &#8212;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La joie plus profonde que la peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La douleur dit : passe et finis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;Mais toute joie veut l'&#233;ternit&#233;,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034; &#8212; veut la profonde &#233;ternit&#233; !&#034;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nietzsche, &lt;i&gt;Ainsi parlait Zarathoustra&lt;/i&gt;, IV, &#034;Le chant d'ivresse, &#167;12, trad. H. Albert (source : &lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra_-_Quatri%C3%A8me_partie_-_Le_chant_d%27ivresse&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://fr.wikisource.org/wiki/Ainsi_parlait_Zarathoustra_-_Quatri%C3%A8me_partie_-_Le_chant_d%27ivresse&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
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		<title>Pour la doctrine du sentiment de puissance.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Pour-la-doctrine-du-sentiment-de-puissance</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nietzsche, Friedrich</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour la doctrine du sentiment de puissance - A faire du bien et &#224; faire du mal on exerce sa puissance sur les autres - et l'on ne veut pas davantage ! A faire du mal, sur ceux &#224; qui nous sommes forc&#233;s de faire sentir notre puissance ; car la douleur est pour cela un moyen beaucoup plus sensible que le plaisir : - la douleur s'informe toujours des causes, tandis que le plaisir est port&#233; &#224; s'en tenir &#224; lui-m&#234;me et &#224; ne pas regarder en arri&#232;re. A faire le bien et &#224; vouloir le bien sur ceux qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Sur-la-morale-" rel="directory"&gt;Sur la morale&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Pour la doctrine du sentiment de puissance&lt;/i&gt; - A faire du bien et &#224; faire du mal on exerce sa puissance sur les autres - et l'on ne veut pas davantage ! A faire du mal, sur ceux &#224; qui nous sommes forc&#233;s de faire sentir notre puissance ; car la douleur est pour cela un moyen beaucoup plus sensible que le plaisir : - la douleur s'informe toujours des causes, tandis que le plaisir est port&#233; &#224; s'en tenir &#224; lui-m&#234;me et &#224; ne pas regarder en arri&#232;re. A faire le bien et &#224; vouloir le bien sur ceux qui d&#233;pendent d&#233;j&#224; de nous d'une fa&#231;on ou d'une autre (c'est-&#224;-dire qui sont habitu&#233;s &#224; penser &#224; nous comme &#224; leur cause) ; nous voulons augmenter leur puissance puisque de cette fa&#231;on nous augmentons la n&#244;tre, ou bien nous voulons leur montrer l'avantage qu'il y a &#224; &#234;tre sous notre domination, - ainsi ils se satisferont davantage de leur situation et seront plus hostiles et plus pr&#234;ts &#224; la lutte contre les ennemis de notre puissance. Que nous fassions des sacrifices soit &#224; faire le bien, soit &#224; faire le mal, cela ne change pas la valeur d&#233;finitive de nos actes ; m&#234;me si nous y apportions notre vie comme fait le martyr en faveur de son &#233;glise, ce serait un sacrifice apport&#233; &#224; notre besoin de puissance, ou bien en vue de conserver notre sentiment de puissance. Celui qui sent qu'il &#171; est en possession de la v&#233;rit&#233; &#187; combien d'autres possessions ne laisse-t-il pas &#233;chapper pour sauver ce sentiment ! Que de choses ne jette-t-il par par-dessus bord pour se maintenir &#171; en haut &#187;, - c'est-&#224;-dire au-dessus de ceux qui sont priv&#233;s de la v&#233;rit&#233; ! Certainement la condition o&#249; nous nous trouvons pour faire le mal est rarement aussi infiniment agr&#233;able que celle o&#249; nous nous trouvons pour faire du bien, - c'est l&#224; un signe qu'il nous manque encore de la puissance, ou bien c'est la r&#233;v&#233;lation de l'humeur que nous cause cette pauvret&#233;, c'est l'annonce de nouveaux dangers et de nouvelles incertitudes pour notre capital de puissance et notre horizon est voil&#233; par ces pr&#233;visions de vengeance, de raillerie, de punition, d'insucc&#232;s. Ce n'est que pour les hommes les plus irritables et les plus vides du sentiment de puissance qu'il peut &#234;tre agr&#233;able d'imprimer au r&#233;calcitrant le sceau de la puissance, pour ceux qui ne voient qu'un fardeau et un ennui dans l'aspect des hommes d&#233;j&#224; assujettis (ceux-ci &#233;tant l'objet de la bienveillance). Il s'agit de savoir comment on a l'habitude d'&#233;picer sa vie ; c'est une affaire de go&#251;t de pr&#233;f&#233;rer l'accroissement de puissance lent ou soudain, s&#251;r ou dangereux et hardi, - on cherche toujours telle ou telle &#233;pice selon son temp&#233;rament. Un butin facile, pour les natures alti&#232;res, est quelque chose de m&#233;prisable ; un sentiment de bien-&#234;tre ne leur vient qu'&#224; l'aspect d'hommes non abattus qui pourraient devenir leurs ennemis, et de m&#234;me &#224; l'aspect de toutes les possessions difficilement accessibles ; ils sont souvent durs envers celui qui souffre, car ils ne le jugent pas digne de leur effort et de leur fiert&#233;, mais ils se montrent d'autant plus courtois envers leurs semblables, avec qui la lutte serait certainement honorable, si l'occasion devait s'en pr&#233;senter. C'est sous l'effet du sentiment de bien-&#234;tre que procure cette perspective que les hommes d'une caste chevaleresque se sont habitu&#233;s &#224; l'&#233;change d'une politesse de choix. - La piti&#233; est le sentiment le plus agr&#233;able chez ceux qui sont peu fiers et n'ont point l'esp&#233;rance d'une grande conqu&#234;te : pour eux, la proie facile - et tel est celui qui souffre - est quelque chose de ravissant. On vante la piti&#233;, comme &#233;tant la vertu des filles de joie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nietzsche, &lt;i&gt;Le gai savoir&lt;/i&gt;, &#167;13, trad. H. Albert (source : &lt;a href=&#034;http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Gai_Savoir_-_Livre_premier_-_%C2%A7_13&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Gai_Savoir_-_Livre_premier_-_%C2%A7_13&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Savoir jouir m&#234;me de la souffrance</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Savoir-jouir-meme-de-la-souffrance</link>
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		<dc:date>2009-03-15T17:50:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nietzsche, Friedrich</dc:creator>



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&lt;p&gt;312 &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; La somme de d&#233;plaisir l'emporte sur la somme de plaisir : par cons&#233;quent, la non-existence du monde vaudrait mieux que son existence &#187;. - &#171; Le monde est quelque chose qui, raisonnablement, ne devrait pas exister parce qu'il occasionne au sujet sensible plus de d&#233;plaisir que de plaisir &#187; - un pareil bavardage s'appelle aujourd'hui pessimisme ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Le plaisir et le d&#233;plaisir sont des accessoires, ce ne sont pas des causes ; ce sont des &#233;valuations de second ordre, d&#233;riv&#233;es d'une valeur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Sur-l-art-et-la-vie-" rel="directory"&gt;Sur l'art et la vie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;312&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; La somme de d&#233;plaisir l'emporte sur la somme de plaisir : par cons&#233;quent, la non-existence du monde vaudrait mieux que son existence &#187;. - &#171; Le monde est quelque chose qui, raisonnablement, ne devrait pas exister parce qu'il occasionne au sujet sensible plus de d&#233;plaisir que de plaisir &#187; - un pareil bavardage s'appelle aujourd'hui pessimisme !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plaisir et le d&#233;plaisir sont des accessoires, ce ne sont pas des causes ; ce sont des &#233;valuations de second ordre, d&#233;riv&#233;es d'une valeur dominante, - le langage du sentiment affirme ce qui est &#171; utile &#187; et &#171; nuisible &#187; et ce langage est variable et d&#233;pendant. Car, chaque fois que l'on dit que quelque chose est &#171; utile &#187; ou &#171; nuisible &#187;, il y a encore cent fa&#231;ons de demander utile &#224; quoi ? Nuisible &#224; quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je m&#233;prise ce &lt;i&gt;pessimisme de la sensibilit&#233;&lt;/i&gt; : il est une marque de profond appauvrissement vital.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;374&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est une question de &lt;i&gt;force&lt;/i&gt; (chez l'individu ou chez le peuple) que l'on se pose en se demandant si l'on se pr&#233;occupe du jugement &#171; &lt;i&gt;beau&lt;/i&gt; &#187; et o&#249; l'on place ce jugement. Le sentiment de la pl&#233;nitude, de la &lt;i&gt;force accumul&#233;e&lt;/i&gt; (sentiment qui permet d'accepter bien des choses courageusement et avec une joie qui ferait trembler l'&#234;tre faible) le sentiment de &lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt; exprime le &lt;i&gt;jugement&lt;/i&gt; &#171; &lt;i&gt;beau&lt;/i&gt; &#187;, m&#234;me au sujet d'objets et de conditions que l'instinct d'impuissance ne peut consid&#233;rer que comme &lt;i&gt;dignes de haine&lt;/i&gt;, comme &#171; laides &#187;. Le flair qui nous fait comprendre de quoi nous serions capables si nous avions en face de nous un danger, un probl&#232;me, une tentation, - ce flair d&#233;termine aussi notre affirmation esth&#233;tique. (&#171; Cela est beau &#187; est une &lt;i&gt;affirmation&lt;/i&gt;.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de cela, d'une, fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, que la pr&#233;f&#233;rence pour les &lt;i&gt;choses probl&#233;matiques et terribles&lt;/i&gt; est un sympt&#244;me de force : tandis que le go&#251;t du &lt;i&gt;joli&lt;/i&gt;, du &lt;i&gt;gracieux&lt;/i&gt;, appartient aux faibles, aux d&#233;licats. Le &lt;i&gt;plaisir&lt;/i&gt; que procure la trag&#233;die caract&#233;rise les &#233;poques fortes et les caract&#232;res robustes leur &lt;i&gt;non plus ultra&lt;/i&gt; est peut-&#234;tre la &lt;i&gt;Divine com&#233;die&lt;/i&gt;. Ce sont les esprit h&#233;ro&#239;ques qui se disent oui &#224; eux-m&#234;mes dans la cruaut&#233; tragique ils sont assez durs pour consid&#233;rer la souffrance comme un &lt;i&gt;plaisir&lt;/i&gt;... En admettant, par contre, que les faibles demandent une jouissance &#224; un art qui n'a pas &#233;t&#233; imagin&#233; pour eux, que feront-ils pour accommoder la trag&#233;die &#224; leur go&#251;t ? Ils y introduiront leurs propres appr&#233;ciations, leurs &lt;i&gt;propres jugements&lt;/i&gt; de valeurs : par exemple &#171; le triomphe de l'ordre moral &#187; ou th&#233;orie de &#171; la non-valeur de l'existence &#187;, ou bien l'invite &#224; la &#171; r&#233;signation &#187; ( -ou bien encore une d&#233;charge de passion, mi-morale, mi-m&#233;dicale, dans le go&#251;t d'Aristote - ). Enfin l&lt;i&gt;'art du terrible&lt;/i&gt;, en tant qu'il irrite les nerfs, peut entrer en ligne de compte, comme &lt;i&gt;stimulant&lt;/i&gt; chez les &#234;tres faibles et &#233;puis&#233;s : c'est aujourd'hui par exemple la raison pour laquelle on &lt;i&gt;appr&#233;cie&lt;/i&gt; l'art wagn&#233;rien. Plus quelqu'un conc&#232;de aux choses leur caract&#232;re terrible et probl&#233;matique, plus il affirme un sentiment de &lt;i&gt;bien-&#234;tre&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt;, il montre ainsi s'il a besoin de voir les choses se terminer par des solutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette fa&#231;on de &lt;i&gt;pessimisme artistique&lt;/i&gt; est exactement la &lt;i&gt;contre-partie&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;pessimisme moral et religieux&lt;/i&gt; qui souffre de la &#171; corruption &#187; de l'homme, de l'&#233;nigme de la vie : celui-ci veut &#224; toute force une solution, du moins un espoir de solution... Les d&#233;sesp&#233;r&#233;s, ceux qui souffrent et se m&#233;fient d'eux-m&#234;mes, bref les malades, ont eu besoin, de tous temps, de &lt;i&gt;visions&lt;/i&gt; ravissantes pour pouvoir supporter la vie (l'id&#233;e de &#171; b&#233;atitude &#187; a &lt;i&gt;cette &lt;/i&gt;origine). Il y a un autre cas qui est parent de celui-ci : les artistes de la d&#233;cadence, qui sont en somme des &lt;i&gt;nihilistes&lt;/i&gt; en face de la vie, &lt;i&gt;s'enfuient&lt;/i&gt; dans la &lt;i&gt;beaut&#233; de la forme&lt;/i&gt;, - dans les choses de choix, o&#249; la nature s'est faite parfaite, o&#249; elle est indiff&#233;remment &lt;i&gt;grande&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;belle&lt;/i&gt;... ( - L'&#171; amour du beau &#187; peut &#234;tre par cons&#233;quent autre chose que la facult&#233; de &lt;i&gt;voir&lt;/i&gt; une chose belle, de &lt;i&gt;cr&#233;er&lt;/i&gt; une chose belle : il peut &#234;tre l'expression de l'incapacit&#233; d'y parvenir.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les artistes qui subjuguent, ceux qui savent faire r&#233;sonner une &lt;i&gt;consonnance&lt;/i&gt; dans chaque conflit, font b&#233;n&#233;ficier toute chose de leur propre puissance, de leur r&#233;demption personnelle : ils expriment leur exp&#233;rience personnelle dans le symbolisme de toute oeuvre d'art, - cr&#233;er, chez eux, c'est de la reconnaissance &#224; l'&#233;gard de leur &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;profondeur&lt;/i&gt; de &lt;i&gt;l'artiste tragique&lt;/i&gt; consiste en ceci que son instinct esth&#233;tique envisage les cons&#233;quences lointaines, qu'il ne s'arr&#234;te pas aupr&#232;s des choses prochaines, avec une vue courte, qu'il affirme &lt;i&gt;l'&#233;conomie en grand&lt;/i&gt;, l'&#233;conomie qui justifie ce qui est &lt;i&gt;terrible&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;m&#233;chant&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;probl&#233;matique&lt;/i&gt;, et qu'il ne se contente pas seulement de le &#8211; justifier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;361&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a, des &#233;tats qui nous font &lt;i&gt;transfigurer&lt;/i&gt; les choses et leur pr&#234;ter de la pl&#233;nitude ; notre imagination travaille alors sur elles jusqu'&#224; ce qu'elles refl&#232;tent notre propre pl&#233;nitude et notre propre joie de vivre : l'instinct sexuel, l'ivresse, le repos, le printemps, la victoire sur l'ennemi, les sarcasmes, l'air de bravoure, la cruaut&#233;, l'extase du sentiment religieux. Il faut surtout consid&#233;rer &lt;i&gt;trois&lt;/i&gt; &#233;l&#233;ments : l'&lt;i&gt;instinct sexuel,&lt;/i&gt; l'&lt;i&gt;ivresse&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;cruaut&#233;&lt;/i&gt;, qui tous trois appartiennent &#224; la plus ancienne &lt;i&gt;all&#233;gresse&lt;/i&gt; de f&#234;te chez l'homme, dominant de la m&#234;me fa&#231;on chez l'&#171; artiste &#187; &#224; son aurore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, lorsque nous nous tenons en pr&#233;sence de choses qui affirment cette transfiguration et cette pl&#233;nitude, notre &#234;tre animal r&#233;pond par une &lt;i&gt;irritation des sph&#232;res&lt;/i&gt; o&#249; tous ces &#233;tats de plaisir ont leur si&#232;ge et le m&#233;lange des tr&#232;s subtiles nuances de ce bien-&#234;tre animal et de ces d&#233;sirs produit l'&lt;i&gt;&#233;tat esth&#233;tique&lt;/i&gt;. Celui-ci ne se manifeste que chez les natures capables d'&#233;prouver cette surabondance de vigueur physique qui permet d'abandonner du sien ; c'est l&#224; qu'il faut toujours chercher le premier mobile. Le b&#233;otien, l'homme fatigu&#233;, &#233;puis&#233;, dess&#233;ch&#233; (par exemple le savant), ne peut absolument rien recevoir de l'art, parce qu'il ne poss&#232;de pas la force primordiale artistique, l'obligation de la richesse : celui qui ne peut pas donner ne re&#231;oit rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;perfection&lt;/i&gt;, dans ces &#233;tats affectifs (surtout dans l'amour sexuel), se r&#233;v&#232;le d'une fa&#231;on na&#239;ve, qui, pour l'instinct profond, est ce qu'il y a de plus &#233;lev&#233;, de plus d&#233;sirable, de plus pr&#233;cieux, le mouvement ascensionnel de son type de m&#234;me vers quel &#233;tat il &lt;i&gt;aspire&lt;/i&gt; v&#233;ritablement. La perfection, c'est l'&#233;largissement extraordinaire de son sentiment de puissance, la richesse, l'abondance, qui, n&#233;cessairement, fait d&#233;border la coupe...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'art nous fait penser &#224; des &#233;tats de vigueur animale ; il est d'une part l'exc&#233;dent d'une constitution &lt;i&gt;florissante&lt;/i&gt; qui d&#233;borde dans le monde des images et des d&#233;sirs d'autre part, l'irritation des fonctions animales par les images et les d&#233;sirs de la vie intensifi&#233;e ; - il est une sur&#233;l&#233;vation du sentiment de la vie, un stimulant &#224; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quel sens le laid m&#234;me peut-il avoir cette puissance ? En ce sens il communique quelque chose de l'&#233;nergie victorieuse de l'artiste qui s'est rendu ma&#238;tre de ce qui est laid et &#233;pouvantable ; ou en ce sens qu'il excite l&#233;g&#232;rement en nous le plaisir la cruaut&#233; (dans certaines circonstances m&#234;me plaisir de nous faire mal &#224; nous-m&#234;mes, les violences sur notre propre personne : et de la sorte le sentiment de la puissance sur nous-m&#234;mes).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nietzsche, &lt;i&gt;La volont&#233; de puissance&lt;/i&gt;, trad. H. Albert, 1903.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tout est conquis, voulu, enlev&#233; de haute lutte.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Tout-est-conquis-voulu-enleve-de-haute-lutte</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nietzsche, Friedrich</dc:creator>



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&lt;p&gt;&#171; Le mot dionysiaque exprime le besoin de l'unit&#233;, tout ce qui d&#233;passe la personnalit&#233;, la r&#233;alit&#233; quotidienne, la soci&#233;t&#233;, la r&#233;alit&#233;, l'ab&#238;me de l'&#233;ph&#233;m&#232;re ; un sentiment qui se gonfle et d&#233;borde passionn&#233;ment, douloureusement, s'&#233;panche dans des &#233;tats plus obscurs, plus pleins, plus flottants, une affirmation extasi&#233;e de l'existence dans son ensemble, toujours &#233;gale &#224; elle-m&#234;me &#224; travers tous les changements, &#233;galement puissante, &#233;galement bienheureuse ; la grande participation panth&#233;iste (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Sur-l-art-et-la-vie-" rel="directory"&gt;Sur l'art et la vie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; Le mot &lt;i&gt;dionysiaque&lt;/i&gt; exprime le besoin de l'unit&#233;, tout ce qui d&#233;passe la personnalit&#233;, la r&#233;alit&#233; quotidienne, la soci&#233;t&#233;, la r&#233;alit&#233;, l'ab&#238;me de l'&#233;ph&#233;m&#232;re ; un sentiment qui se gonfle et d&#233;borde passionn&#233;ment, douloureusement, s'&#233;panche dans des &#233;tats plus obscurs, plus pleins, plus flottants, une affirmation extasi&#233;e de l'existence dans son ensemble, toujours &#233;gale &#224; elle-m&#234;me &#224; travers tous les changements, &#233;galement puissante, &#233;galement bienheureuse ; la grande participation panth&#233;iste &#224; toute joie et &#224; tout peine, qui accepte m&#234;me les qualit&#233;s les plus effroyables et les plus &#233;quivoques de l'existence et les consid&#232;re comme sacr&#233;es ; l'&#233;ternelle volont&#233; d'engendrer, de porter du fruit, de na&#238;tre ; le sentiment de l'union n&#233;cessaire entre la cr&#233;ation et la destruction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Le mot &lt;i&gt;apollinien&lt;/i&gt; exprime le besoin de s'accomplir en soi-m&#234;me, d'&#234;tre un &#171; individu &#187; type ; le go&#251;t de tout ce qui simplifie, souligne, rend fort, distinct, net, caract&#233;ristique ; la libert&#233; sous la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	L'&#233;volution ult&#233;rieure de l'art est li&#233;e &#224; l'antagonisme de ces deux forces naturelles, aussi n&#233;cessairement que l'&#233;volution de l'humanit&#233; est li&#233;e &#224; l'antagonisme des sexes. La force surabondante et la mesure, la force supr&#234;me de l'affirmation de soi dans une beaut&#233; froide, aristocratique, distante : apollinisme de la volont&#233; grecque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Ce contraste du dionysisme et de l'apollinisme &#224; l'int&#233;rieur de l'&#226;me grecque est une des grandes &#233;nigmes qui m'ont s&#233;duit dans la nature hell&#233;nique. Au fond, je me suis efforc&#233; de deviner pourquoi l'apollinisme grec a d&#251; surgir d'un sous-sol dionysiaque ; pourquoi le grec dionysiaque a du n&#233;cessairement devenir apollinien, c'est-&#224;-dire bris&#233; son go&#251;t du d&#233;mesur&#233;, du complexe, de l'incertain, de l'horrible, contre une volont&#233; qui lui imposait la mesure, la simplicit&#233;, la soumission &#224; la r&#232;gle et au concept. Ce qu'il produisait de son fonds, c'&#233;tait les tendances extr&#234;mes, d&#233;sordonn&#233;es, asiatiques ; la bravoure du grec s'affirme dans sa lutte contre son asiatisme propre ; la beaut&#233; ne lui a pas &#233;t&#233; donn&#233;e, pas plus que la logique, pas plus que le naturel des m&#339;urs ; tout est conquis, voulu, enlev&#233; de haute lutte ; c'est sa &lt;i&gt;victoire&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;F.Nietzsche, &lt;i&gt;La volont&#233; de puissance&lt;/i&gt;, Livre IV, &#167;556&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Liens sur Nietzsche</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Liens-sur-Nietzsche</link>
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		<dc:date>2009-01-01T21:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Luc Derrien</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;HyperNietzsche &lt;br class='autobr' /&gt;
Bonne nouvelle &#224; l'&#233;lite des &#233;lus &lt;br class='autobr' /&gt;
Hommage &#224; Friedrich Nietzsche &lt;br class='autobr' /&gt;
Journ&#233;e Nietzsche &lt;br class='autobr' /&gt;
Les liens de Facphilo &lt;br class='autobr' /&gt;
Nietzsche &#224; la lettre&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Nietzsche-" rel="directory"&gt;Nietzsche&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.hypernietzsche.org/navigate.php?page=base&amp;language=33&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;HyperNietzsche&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://perso.club-internet.fr/michelar/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bonne nouvelle &#224; l'&#233;lite des &#233;lus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.nietzsche.fr.fm/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Hommage &#224; Friedrich Nietzsche&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://212.74.180.17/nietzsche/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Journ&#233;e Nietzsche&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.univ-lyon3.fr/philo/nietzsche.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les liens de Facphilo&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://perso.wanadoo.fr/nietzsche_a_la_lettre/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nietzsche &#224; la lettre&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Contre l'art des &#339;uvres d'art. </title>
		<link>https://caute.lautre.net/Contre-l-art-des-oeuvres-d-art</link>
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		<dc:date>2007-12-17T17:14:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nietzsche, Friedrich</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Contre l'art des &#339;uvres d'art. - L'art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous-m&#234;mes tol&#233;rables aux autres et agr&#233;ables si possible : ayant cette t&#226;che en vue, il mod&#232;re et nous tient en bride, cr&#233;e des formes de civilit&#233;, lie ceux dont l'&#233;ducation n'est pas faite &#224; des lois de convenance, de propret&#233;, de politesse, leur apprend &#224; parler et &#224; se taire au bon moment. De plus, l'art doit cacher ou r&#233;interpr&#233;ter tout ce qui est laid, ces choses p&#233;nibles, &#233;pouvantables ou (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Sur-l-art-et-la-vie-" rel="directory"&gt;Sur l'art et la vie&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Contre l'art des &#339;uvres d'art.&lt;/i&gt; - L'art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous-m&#234;mes tol&#233;rables aux autres et agr&#233;ables si possible : ayant cette t&#226;che en vue, il mod&#232;re et nous tient en bride, cr&#233;e des formes de civilit&#233;, lie ceux dont l'&#233;ducation n'est pas faite &#224; des lois de convenance, de propret&#233;, de politesse, leur apprend &#224; parler et &#224; se taire au bon moment. De plus, l'art doit cacher ou r&#233;interpr&#233;ter tout ce qui est laid, ces choses p&#233;nibles, &#233;pouvantables ou d&#233;go&#251;tantes qui malgr&#233; tous les efforts, &#224; cause des origines de la nature humaine, viendront toujours de nouveau &#224; la surface : il doit agir ainsi surtout pour ce qui est des passions, des douleurs de l'&#226;me et des craintes, et faire transpara&#238;tre, dans la laideur in&#233;vitable ou insurmontable, son c&#244;t&#233; significatif. Apr&#232;s cette t&#226;che de l'art, dont la grandeur va jusqu'&#224; l'&#233;normit&#233;, l'art que l'on appelle v&#233;ritable, l'art des &#339;uvres d'art n'est qu'accessoire. L'homme qui sent en lui un exc&#233;dent de forces qui embellissent, cachent, transforment, finira par chercher &#224; s'all&#233;ger de cet exc&#233;dent par l'&#339;uvre d'art ; dans certaines circonstances, c'est tout un peuple qui agira ainsi. - Mais on a l'habitude, aujourd'hui, de commencer l'art par la fin ; on se suspend &#224; sa queue, avec l'id&#233;e que l'art des &#339;uvres d'art est le principal et que c'est en partant de cet art que la vie doit &#234;tre am&#233;lior&#233;e et transform&#233;e. Fous que nous sommes ! Si nous commen&#231;ons le repas par le dessert, go&#251;tant &#224; un plat sucr&#233; apr&#232;s l'autre, quoi d'&#233;tonnant si nous nous g&#226;tons l'estomac et m&#234;me l'app&#233;tit pour le bon festin, fortifiant et nourrissant, auquel l'art nous convie ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nietzsche, &lt;strong&gt;Humain, trop humain&lt;/strong&gt;, II, 174&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'homme est une fiction.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/L-homme-est-une-fiction</link>
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		<dc:date>2005-10-06T18:40:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nietzsche, Friedrich</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La plupart des gens, quoi qu'ils puissent penser et dire de leur &#171; &#233;go&#239;sme &#187;, ne font malgr&#233; tout, leur vie durant, rien pour leur ego et tout pour le fant&#244;me d'ego qui s'est form&#233; d'eux dans l'esprit de leur entourage qui le leur a ensuite communiqu&#233; ; - en cons&#233;quence ils vivent tous dans un brouillard d'opinions impersonnelles ou &#224; demi personnelles et d'appr&#233;ciations de valeur arbitraires et pour ainsi dire po&#233;tiques, toujours l'un dans l'esprit de l'autre qui, &#224; son tour, vit dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Sur-la-conscience-l-identite-personnelle-" rel="directory"&gt;Sur la conscience, l'identit&#233; personnelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La plupart des gens, quoi qu'ils puissent penser et dire de leur &#171; &#233;go&#239;sme &#187;, ne font malgr&#233; tout, leur vie durant, rien pour leur &lt;i&gt;ego&lt;/i&gt; et tout pour le fant&#244;me d'&lt;i&gt;ego&lt;/i&gt; qui s'est form&#233; d'eux dans l'esprit de leur entourage qui le leur a ensuite communiqu&#233; ; - en cons&#233;quence ils vivent tous dans un brouillard d'opinions impersonnelles ou &#224; demi personnelles et d'appr&#233;ciations de valeur arbitraires et pour ainsi dire po&#233;tiques, toujours l'un dans l'esprit de l'autre qui, &#224; son tour, vit dans d'autres esprits : &#233;trange monde de fantasmes qui sait pourtant se donner une apparence si objective ! Ce brouillard d'opinions et d'habitudes s'accro&#238;t et vit presque ind&#233;pendamment des hommes qu'il recouvre ; de lui d&#233;pend la prodigieuse influence des jugements g&#233;n&#233;raux sur &#171; l'homme &#187; - tous ces hommes qui ne se connaissent pas eux-m&#234;mes croient &#224; cette abstraction exsangue, &#171; l'homme &#187;, c'est-&#224;-dire &#224; une fiction ; et tout changement que les jugements d'individus puissants (tels les princes et les philosophes) entreprennent d'apporter &#224; cette abstraction exerce une influence extraordinaire et d'une ampleur irrationnelle sur la grande majorit&#233;, - tout cela pour la raison que chaque individu, dans cette majorit&#233;, ne peut opposer aucun &lt;i&gt;ego&lt;/i&gt; v&#233;ritable qui lui soit accessible et qu'il ait approfondi lui-m&#234;me, &#224; la p&#226;le fiction g&#233;n&#233;rale qu'il d&#233;truirait de ce fait.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Friedrich Nietzsche, &lt;strong&gt;Aurore&lt;/strong&gt; (1880), &#167; 105, trad. J. Hervier,&lt;br class='autobr' /&gt;
Gallimard, coll. &#171; Folio essais &#187;, 1980, p. 84.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le moi substantiel : une fiction grammaticale.</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Le-moi-substantiel-une-fiction-grammaticale</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Le-moi-substantiel-une-fiction-grammaticale</guid>
		<dc:date>2005-10-06T18:17:08Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nietzsche, Friedrich</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#171; On pense : donc il y a quelque chose qui pense &#187;, &#224; cela se r&#233;duit l'argumentation de Descartes. Mais c'est l&#224; tenir d&#233;j&#224; pour &#171; vrai a priori &#187; notre croyance en l'id&#233;e de substance. - Dire que, lorsque l'on pense, il faut qu'il y ait quelque chose &#171; qui pense &#187; c'est simplement la formulation d'une habitude grammaticale qui, &#224; l'action, ajoute un acteur. Bref, on annonce ici d&#233;j&#224; un postulat logico-m&#233;taphysique - au lieu de se contenter de constater... Sur la voie indiqu&#233;e par Descartes (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Sur-la-conscience-l-identite-personnelle-" rel="directory"&gt;Sur la conscience, l'identit&#233; personnelle&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; On pense : donc il y a quelque chose qui pense &#187;, &#224; cela se r&#233;duit l'argumentation de Descartes. Mais c'est l&#224; tenir d&#233;j&#224; pour &#171; vrai a priori &#187; notre croyance en l'id&#233;e de substance. - Dire que, lorsque l'on pense, il faut qu'il y ait quelque chose &#171; qui pense &#187; c'est simplement la formulation d'une habitude grammaticale qui, &#224; l'action, ajoute un acteur. Bref, on annonce ici d&#233;j&#224; un postulat logico-m&#233;taphysique - au lieu de se contenter de constater... Sur la voie indiqu&#233;e par Descartes on n'arrive pas &#224; une certitude absolue, mais seulement au fait d'une croyance tr&#232;s forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on r&#233;duit la proposition &#224; ceci : &#171; on pense, donc il y a des pens&#233;es &#187;, il en r&#233;sulte une simple tautologie, et, ce qui entre justement en question, la &#171; r&#233;alit&#233; de la pens&#233;e &#187; n'est pas touch&#233;e, - de sorte que, sous cette forme, on est forc&#233; de reconna&#238;tre l'&#171; apparence &#187; de la pens&#233;e. Mais ce que voulut Descartes, c'est que la pens&#233;e n'e&#251;t pas seulement une r&#233;alit&#233; apparente, mais qu'elle f&#251;t un en soi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Nietzsche, &lt;strong&gt;La volont&#233; de puissance&lt;/strong&gt;, &#167;260, trad. H. Albert, LGE, p.287 (m&#234;me texte : &lt;strong&gt;La volont&#233; de puissance&lt;/strong&gt;, &#167;147, trad. Bianquis, Gallimard).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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