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	<title>Caute@lautre.net</title>
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	<description>Philosophie classique et philosophie contemporaine. Pr&#233;paration au baccalaur&#233;at. Conf&#233;rences et &#233;missions audios de philosophie. Ranci&#232;re, Birnbaum, Matheron, Althusser, Deleuze, Epicure. Mat&#233;rialisme et philosophie.</description>
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		<title>Caute@lautre.net</title>
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		<title>Toute existence pr&#233;suppose une essence</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Schopenhauer, Arthur</dc:creator>



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&lt;p&gt;Comparez ce texte de Schopenhauer avec celui-ci, de Sartre : L'existence pr&#233;c&#232;de l'essence. &lt;br class='autobr' /&gt; Nous disions donc que la v&#233;rit&#233; fondamentale sur laquelle repose la n&#233;cessit&#233; de l'action de toutes les causes, est l'existence d'une essence int&#233;rieure dans tout objet de la nature, que cette essence soit simplement une force naturelle g&#233;n&#233;rale qui se manifeste en lui, ou la force vitale, ou la volont&#233; : tout &#234;tre, de quelque esp&#232;ce qu'il soit, r&#233;agira toujours sous l'influence des causes qui le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Schopenhauer-" rel="directory"&gt;Schopenhauer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comparez ce texte de Schopenhauer avec celui-ci, de Sartre : &lt;a href='https://caute.lautre.net/L-existence-precede-l-essence' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'existence pr&#233;c&#232;de l'essence.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous disions donc que la v&#233;rit&#233; fondamentale sur laquelle repose la n&#233;cessit&#233; de l'action de toutes les causes, est l'existence d'une essence int&#233;rieure dans tout objet de la nature, que cette essence soit simplement une force naturelle g&#233;n&#233;rale qui se manifeste en lui, ou la force vitale, ou la volont&#233; : tout &#234;tre, de quelque esp&#232;ce qu'il soit, r&#233;agira toujours sous l'influence des causes qui le sollicitent conform&#233;ment &#224; sa nature individuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette loi, &#224; laquelle toutes les choses du monde, sans exception, sont soumises, &#233;tait &#233;nonc&#233;e par les scolastiques sous cette Forme : &lt;i&gt;Operari sequitur esse&lt;/i&gt;. (Chaque &#234;tre agit conform&#233;ment &#224; son essence.) Elle est &#233;galement pr&#233;sente &#224; l'esprit du chimiste lorsqu'il &#233;tudie les corps en les soumettant &#224; des r&#233;actifs, et &#224; celui de l'homme, quand il &#233;tudie ses semblables en les soumettant &#224; diverses &#233;preuves. Dans tous les cas, les causes ext&#233;rieures provoqueront n&#233;cessairement l'&#234;tre affect&#233; &#224; &lt;i&gt;manifester ce qu'il contient&lt;/i&gt; (son essence int&#233;rieure) car celui-ci ne peut pas r&#233;agir &lt;i&gt;autrement qu'il n'est&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler ici que toute existence pr&#233;suppose une essence : c'est-&#224;-dire que tout ce qui &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; doit aussi &lt;i&gt;&#234;tre quelque chose&lt;/i&gt;, avoir une essence d&#233;termin&#233;e. Une chose ne peut pas &lt;i&gt;exister&lt;/i&gt; et en m&#234;me temps &lt;i&gt;n'&#234;tre rien&lt;/i&gt;, quelque chose comme l'&lt;i&gt;ens metaphysicum&lt;/i&gt; des scolastiques, c'est-&#224;-dire une chose qui est, et n'est rien de plus qu'une &lt;i&gt;existence pure&lt;/i&gt;, sans aucun attribut ni qualit&#233;, et par suite sans la mani&#232;re d'agir d&#233;termin&#233;e qui en d&#233;coule. Or, pas plus qu'une essence sans existence (ce que Kant a expliqu&#233; par l'exemple connu des cent &#233;cus)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#202;tre n'est pas un pr&#233;dicat r&#233;el&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; , une existence sans essence ne poss&#232;de de r&#233;alit&#233;. Car toute chose qui &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; doit avoir une nature particuli&#232;re, caract&#233;ristique, gr&#226;ce &#224; laquelle elle est ce qu'elle est, nature qu'elle atteste par tous ses actes, dont les manifestations sont provoqu&#233;es n&#233;cessairement par les causes ext&#233;rieures ; tandis que, par contre, cette nature m&#234;me n'est aucunement l'ouvrage de ces causes, et n'est pas modifiable par elles. Mais tout ceci est aussi vrai de l'homme et de sa volont&#233;, que de tous les &#234;tres de la cr&#233;ation. Lui aussi, outre le simple attribut de l'existence, a une &lt;i&gt;essence fixe&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire des qualit&#233;s caract&#233;ristiques, qui constituent pr&#233;cis&#233;ment son &lt;i&gt;caract&#232;re&lt;/i&gt;, et n'ont besoin que d'une excitation du dehors pour entrer en jeu. Par suite, s'attendre &#224; ce qu'un homme, sous des influences identiques, agisse tant&#244;t d'une fa&#231;on, et tant&#244;t d'une autre absolument oppos&#233;e, c'est comme si l'on voulait s'attendre &#224; ce que le m&#234;me arbre qui l'&#233;t&#233; dernier a port&#233; des cerises, porte l'&#233;t&#233; prochain des poires. Le libre arbitre implique, &#224; le consid&#233;rer de pr&#232;s, une &lt;i&gt;existence sans essence&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire quelque chose qui &lt;i&gt;est&lt;/i&gt; et qui en m&#234;me temps &lt;i&gt;n'est rien&lt;/i&gt;, par cons&#233;quent qui n'est pas, - d'o&#249; une contradiction manifeste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aux vues expos&#233;es ci-dessus, comme aussi &#224; la valeur certaine &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; et par suite absolument g&#233;n&#233;rale du principe de causalit&#233;, qu'il faut attribuer ce fait, que tous les penseurs vraiment profonds de toutes les &#233;poques, quelque diff&#233;rentes que pussent &#234;tre leurs opinions sur d'autres mati&#232;res, se sont accord&#233;s cependant pour soutenir la n&#233;cessit&#233; des volitions sous l'influence de motifs, et pour repousser d'une commune voix le libre arbitre. Et m&#234;me - pr&#233;cis&#233;ment parce que la grande et incalculable majorit&#233; de la multitude, incapable de penser et livr&#233;e tout enti&#232;re &#224; l'apparence et au pr&#233;jug&#233;, a de tous temps r&#233;sist&#233; obstin&#233;ment &#224; cette v&#233;rit&#233;, - ils se sont complus &#224; la mettre en toute &#233;vidence, &#224; l'exag&#233;rer m&#234;me, et &#224; la soutenir par les expressions les plus d&#233;cid&#233;es, souvent m&#234;me les plus d&#233;daigneuses. Le symbole le plus connu qu'ils aient adopt&#233; &#224; cet effet est &lt;i&gt;l'&#226;ne de Buridan&lt;/i&gt;, que l'on cherche toutefois en vain, depuis environ un si&#232;cle, dans les ouvrages qui nous restent sous le nom de ce sophiste. Je poss&#232;de moi-m&#234;me une &#233;dition des &lt;i&gt;Sophismata&lt;/i&gt;, imprim&#233;e apparemment au xve si&#232;cle, sans indication de lieu, ni de date, ni m&#234;me de pagination, que j'ai souvent, mais inutilement, feuillet&#233;e &#224; cet effet, bien que presque &#224; chaque page l'auteur prenne pour exemples des &#226;nes. Bayle, dont l'article &lt;i&gt;Buridan&lt;/i&gt; dans le &lt;i&gt;Dictionnaire Historique&lt;/i&gt; est la base de tout ce qui a &#233;t&#233; &#233;crit sur cette question , dit tr&#232;s-inexactement qu'on ne conna&#238;t de Buridan que ce seul sophisme, tandis que je poss&#232;de de lui tout un inquarto qui en est rempli. Bayle, qui traite la question si explicitement, aurait d&#251; aussi savoir (ce qui d'ailleurs ne parait pas non plus avoir &#233;t&#233; remarqu&#233; depuis) que cet exemple, qui, dans une certaine mesure, est devenu l'expression typique et symbolique de la grande v&#233;rit&#233; pour laquelle je combats, est beaucoup plus ancien que Buridan. Il se trouve d&#233;j&#224; dans le Dante, qui concentrait en lui toute la science de son &#233;poque, et qui vivait avant Buridan. Le po&#232;te, qui ne parle pas d'&#226;nes, mais d'hommes, commence le 4&#176; livre de son &lt;i&gt;Paradiso&lt;/i&gt; par le tercet suivant :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre deux mets plac&#233;s &#224; pareille distance,&lt;br /&gt;
Tous deux d'&#233;gal attrait, l'homme libre balance&lt;br /&gt;
Mourant de faim avant de mordre &#224; l'un des deux .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aristote lui-m&#234;me exprime d&#233;j&#224; cette pens&#233;e, lorsqu'il dit (&lt;i&gt;De coelo&lt;/i&gt;, II, 13) : &#171; Il en est comme d'un homme ayant tr&#232;s-faim et tr&#232;s-soif, mais se trouvaut &#224; une distance &#233;gale d'un aliment et d'une boisson : n&#233;cessairement, il restera immobile. &#187; Buridan, qui a emprunt&#233; son exemple &#224; cette source, se contenta de mettre un &#226;ne &#224; la place de l'homme, simplement parce que c'est l'habitude de ce pauvre scolastique de prendre pour exemples Socrate, Platon, ou &lt;i&gt;asinus&lt;/i&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du libre arbitre est vraiment une pierre de touche avec laquelle on peut distinguer les profonds penseurs des esprits superficiels, ou plut&#244;t une limite o&#249; ces deux classes d'esprits se s&#233;parent, les uns soutenant &#224; l'unanimit&#233; la n&#233;cessitation rigoureuse des actions humaines, &#233;tant donn&#233;s le caract&#232;re et les motifs, les autres par contre se ralliant &#224; la doctrine du libre arbitre, d'accord en cela- avec la grande majorit&#233; des hommes. Il existe encore un parti moyen, celui des esprits timides, qui, se sentant embarrass&#233;s, louvoient de c&#244;t&#233; et d'autre, reculent le but pour eux-m&#234;mes et pour autrui, se r&#233;fugient derri&#232;re des mots et des phrases, ou tournent et retournent la question si longtemps, qu'on finit par ne plus savoir de quoi il s'agit. Tel a &#233;t&#233; autrefois le proc&#233;d&#233; de Leibniz, qui &#233;tait bien plut&#244;t un math&#233;maticien et un polygraphe qu'un philosophe. Mais pour mettre au pied du mur ces discoureurs ind&#233;cis et flottants, il faut leur poser la question de la mani&#232;re suivante, et ne pas se d&#233;partir de ce formulaire :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1&#176; Un homme donn&#233;, dans des circonstances donn&#233;es, peut-il faire &#233;galement bien &lt;i&gt;deux&lt;/i&gt; actions diff&#233;rentes, ou doit-il n&#233;cessairement en faire &lt;i&gt;une&lt;/i&gt; ? - R&#233;ponse de tous les penseurs profonds : &lt;i&gt;Une seulement&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2&#176; Est-ce que la carri&#232;re &#233;coul&#233;e de la vie d'un homme donn&#233; - &#233;tant admis que d'une part son caract&#232;re reste invariable, et de l'autre que les circonstances dont il a eu &#224; subir l'influence soient d&#233;termin&#233;es n&#233;cessairement d'un bout &#224; l'autre, et jusqu'&#224; la plus infime, par des motifs ext&#233;rieurs qui entrent toujours en jeu avec une n&#233;cessit&#233; rigoureuse, et dont la cha&#238;ne continue, form&#233;e d'une suite d'anneaux tous &#233;galement n&#233;cessaires, se prolonge &#224; l'infini - est-ce que cette carri&#232;re, en un point quelconque de son parcours, dans aucun d&#233;tail, aucune action, aucune sc&#232;ne, aurait pu &#234;tre diff&#233;rente de ce qu'elle a &#233;t&#233; ? - Non , est la r&#233;ponse cons&#233;quente et exacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat de ces deux principes est celui-ci Tout ce qui arrive, les plus petites choses comme les plus grandes, arrive n&#233;cessairement. &lt;i&gt;Quidquid fit, necessario fit&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Celui qui se r&#233;crie &#224; la lecture de ces principes montre qu'il a encore quelque chose &#224; apprendre et quelque chose &#224; oublier : mais il reconna&#238;tra ensuite que cette croyance &#224; la n&#233;cessit&#233; universelle est la source la plus f&#233;conde en consolations et la meilleure sauvegarde de la tranquillit&#233; de l'&#226;me. - Nos actions ne sont d'ailleurs nullement &lt;i&gt;un premier commencement&lt;/i&gt;, et rien de v&#233;ritablement nouveau ne parvient en elles &#224; l'existence : mais &lt;i&gt;par ce que nous faisons seulement, nous apprenons ce que nous sommes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href='https://caute.lautre.net/Etre-n-est-pas-un-predicat-reel' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#202;tre n'est pas un pr&#233;dicat r&#233;el&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;A. Schopenhauer, &lt;strong&gt;Essai sur le libre arbitre&lt;/strong&gt;, Alcan, 1903, pp. 115-123&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Qu'entend-on par la libert&#233; ?</title>
		<link>https://caute.lautre.net/Qu-entend-on-par-la-liberte</link>
		<guid isPermaLink="true">https://caute.lautre.net/Qu-entend-on-par-la-liberte</guid>
		<dc:date>2003-09-27T19:28:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Schopenhauer, Arthur</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le concept de la libert&#233;, &#224; le consid&#233;rer exactement, est n&#233;gatif. Nous ne nous repr&#233;sentons par-l&#224; que l'absence de tout emp&#234;chement et de tout obstacle : or, tout obstacle &#233;tant une manifestation de la force, doit r&#233;pondre &#224; une notion positive. Le concept de la libert&#233; peut &#234;tre consid&#233;r&#233; sous trois aspects fort diff&#233;rents, d'o&#249; trois genres de libert&#233;s correspondant aux diverses mani&#232;res d'&#234;tre que peut affecter l'obstacle : ce sont la libert&#233; physique, la libert&#233; intellectuelle. et la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Schopenhauer-" rel="directory"&gt;Schopenhauer&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le concept de la libert&#233;, &#224; le consid&#233;rer exactement, est n&#233;gatif. Nous ne nous repr&#233;sentons par-l&#224; que l'absence de tout emp&#234;chement et de tout obstacle : or, tout obstacle &#233;tant une manifestation de la force, doit r&#233;pondre &#224; une notion positive. Le concept de la libert&#233; peut &#234;tre consid&#233;r&#233; sous trois aspects fort diff&#233;rents, d'o&#249; trois genres de &lt;i&gt;libert&#233;s&lt;/i&gt; correspondant aux diverses mani&#232;res d'&#234;tre que peut affecter l'obstacle : ce sont la libert&#233; physique, la libert&#233; intellectuelle. et la libert&#233; morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1&#176;&lt;/strong&gt; La &lt;i&gt;libert&#233; physique &lt;/i&gt;consiste dans l'absence d'obstacles mat&#233;riels de toute nature. C'est en ce sens que l'on dit : un ciel &lt;i&gt;libre &lt;/i&gt;(sans nuages), un horizon &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;, l'air &lt;i&gt;libre &lt;/i&gt;(le grand air), l'&#233;lectricit&#233; &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;libre &lt;/i&gt;cours d'un fleuve (lorsqu'il n'est plus entrav&#233; par des montagnes ou des &#233;cluses), etc. Mais le plus souvent, dans notre pens&#233;e, l'id&#233;e de la libert&#233; est l'attribut des &#234;tres du r&#232;gne animal, dont le caract&#232;re particulier est que leurs mouvements &#233;manent de leur volont&#233;, qu'ils sont, comme on dit, &lt;i&gt;volontaires&lt;/i&gt;, et on les appelle &lt;i&gt;libres&lt;/i&gt; lorsqu'aucun obstacle mat&#233;riel ne s'oppose &#224; leur accomplissement. Or, remarquons que ces obstacles peuvent &#234;tre d'esp&#232;ces tr&#232;s-diverses, tandis que la puissance dont ils emp&#234;chent l'exercice est toujours identique &#224; elle-m&#234;me, &#224; savoir la volont&#233; c'est par cette raison, et pour plus de simplicit&#233;, que l'on pr&#233;f&#232;re consid&#233;rer la libert&#233; au point de vue positif. On entend donc par le mot libre la qualit&#233; de tout &#234;tre qui se meut par sa volont&#233; seule, et qui n'agit que conform&#233;ment &#224; elle, - interversion qui ne change rien d'ailleurs &#224; l'essence de la notion. Dans cette acception toute physique de la libert&#233;, on dira donc que les hommes et les animaux sont &lt;i&gt;libres &lt;/i&gt;lorsque ni cha&#238;nes, ni entraves, ni infirmit&#233;, ni obstacle physique ou mat&#233;riel d'aucune sorte ne s'oppose &#224; leurs actions, mais que celles-ci, au contraire, s'accomplissent suivant leur volont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette acception physique de la libert&#233;, consid&#233;r&#233;e surtout comme l'attribut du r&#232;gne animal, en est l'acception originelle, imm&#233;diate, et aussi la plus usuelle ; or, envisag&#233;e &#224; ce point de vue, la libert&#233; ne saurait &#234;tre soumise &#224; aucune esp&#232;ce de doute ni de controverse, parce que l'exp&#233;rience de chaque instant peut nous en affirmer la r&#233;alit&#233;. Aussit&#244;t, en effet, qu'un animal n'agit que par sa volont&#233; propre, on dit qu'il est &lt;i&gt;libre &lt;/i&gt;dans cette acception du mot, sans tenir aucun compte des autres influences qui peuvent s'exercer sur sa volont&#233; elle-m&#234;me. Car l'id&#233;e de la libert&#233;, dans cette signification populaire que nous venons de pr&#233;ciser, implique simplement la &lt;i&gt;puissance d'agir&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire l'absence d'obstacles physiques capables d'entraver les actes. C'est en ce sens que l'on dit : l'oiseau vole &lt;i&gt;librement &lt;/i&gt;dans l'air, les b&#234;tes sauvages errent &lt;i&gt;libres &lt;/i&gt;dans les for&#234;ts, la nature a cr&#233;&#233; l'homme &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;, l'homme libre seul est heureux. On dit aussi qu'un peuple est &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;, lorsqu'il n'est gouvern&#233; que par des lois dont il est lui-m&#234;me l'auteur : car alors il n'ob&#233;it jamais qu'&#224; sa propre volont&#233;. La libert&#233; politique- doit, par cons&#233;quent, &#234;tre rattach&#233;e &#224; la libert&#233; physique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d&#232;s que nous d&#233;tournons les yeux de cette libert&#233; physique pour consid&#233;rer la libert&#233; sous ses deux autres formes, ce n'est plus avec une acception populaire du mot, mais avec un concept tout philosophique que nous avons &#224; faire, et ce concept, comme on sait, ouvre la voie &#224; de nombreuses difficult&#233;s. Il faut distinguer en effet, en dehors de la libert&#233; physique, deux esp&#232;ces de libert&#233;s tout &#224; fait diff&#233;rentes, &#224; savoir : la libert&#233; intellectuelle et la libert&#233; morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2&#176;&lt;/strong&gt; La libert&#233; intellectuelle - ce qu'Aristote entend par &lt;i&gt;to &#233;kousion kai akousion kata diavoian&lt;/i&gt; (le volontaire et le non-volontaire r&#233;fl&#233;chis) - n'est prise en consid&#233;ration ici qu'afin de pr&#233;senter la liste compl&#232;te des subdivisions de l'id&#233;e de la libert&#233; : je me permets donc d'en rejeter l'examen jusqu'&#224; la fin de ce travail, lorsque le lecteur sera familiaris&#233; par ce qui pr&#233;c&#232;de avec les id&#233;es qu'elle implique, en sorte que je puisse la traiter d'une fa&#231;on sommaire. Mais puisqu'elle se rapproche la plus par sa nature de la libert&#233; physique, il a fallu, dans cette &#233;num&#233;ration, lui accorder la seconde place, comme plus voisine de celle-ci que la libert&#233; morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3&#176;&lt;/strong&gt; J'aborderai donc tout de suite l'examen de la troisi&#232;me esp&#232;ce de libert&#233;, la &lt;i&gt;libert&#233; morale&lt;/i&gt;, qui constitue, &#224; proprement parler, le &lt;i&gt;libre arbitre&lt;/i&gt;, sur lequel roule la question de l'Acad&#233;mie Royale&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte est le d&#233;but du premier chapitre d'une dissertation &#233;crite par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette notion se rattache par un c&#244;t&#233; &#224; celle de la libert&#233; physique, et c'est ce lien qui existe entre elles qui rend compte de la naissance de cette derni&#232;re id&#233;e, d&#233;riv&#233;e de la premi&#232;re, &#224; laquelle elle est n&#233;cessairement tr&#232;s-post&#233;rieure. La libert&#233; physique, comme il a &#233;t&#233; dit, ne se rapporte qu'aux obstacles mat&#233;riels, et l'absence de ces obstacles suffit imm&#233;diatement pour la constituer. Mais bient&#244;t on observa, en maintes circonstances, qu'un homme, sans &#234;tre emp&#234;ch&#233; par des obstacles mat&#233;riels, &#233;tait d&#233;tourn&#233; d'une action &#224; laquelle sa volont&#233; se serait certainement d&#233;termin&#233;e en tout autre cas, par de simples motifs, comme par exemple des menaces, des promesses, la perspective de dangers &#224; courir, etc. On se demanda donc si un homme soumis &#224; une telle influence &#233;tait encore &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;, ou si v&#233;ritablement un motif contraire d'une force suffisante pouvait, aussi bien qu'un obstacle physique, rendre impossible une action conforme &#224; sa volont&#233;. La r&#233;ponse - &#224; une pareille question ne pouvait pas offrir de difficult&#233; au sens commun : il &#233;tait clair que jamais un motif ne saurait agir comme une force physique, car tandis qu'une force physique, suppos&#233;e assez grande, peut facilement surmonter d'une mani&#232;re irr&#233;sistible la force corporelle de l'homme, un motif, au contraire, n'est jamais irr&#233;sistible en lui-m&#234;me, et ne saurait &#234;tre dou&#233; d'une force absolue. On con&#231;oit, en effet, qu'il soit toujours possible de le contrebalancer par un motif oppos&#233; plus fort, pourvu qu'un pareil motif soit disponible, et que l'individu en question puisse &#234;tre d&#233;termin&#233; par lui. Pour preuve, ne voyons-nous pas que le plus puissant de tous les motifs dans l'ordre naturel, l'amour inn&#233; de la vie, parait dans certains cas inf&#233;rieur &#224; d'autres, comme cela a lieu dans le suicide, ainsi que dans les exemples de d&#233;vouements, de sacrifices, ou d'attachements in&#233;branlables &#224; des opinions, etc. ; - r&#233;ciproquement, l'exp&#233;rience nous apprend que les tortures les plus raffin&#233;es et les plus intenses ont parfois &#233;t&#233; surmont&#233;es par cette seule pens&#233;e, que la conservation de la vie &#233;tait &#224; ce prix. Mais quand m&#234;me il serait d&#233;montr&#233; ainsi que les motifs ne portent avec eux aucune contrainte objective et absolue, on pourrait cependant leur attribuer une influence subjective et relative, exerc&#233;e sur la personne en question : ce qui finalement reviendrait au m&#234;me. Par suite, le probl&#232;me suivant restait toujours &#224; r&#233;soudre : La volont&#233; elle-m&#234;me est-elle libre ? - Donc la notion de la libert&#233;, qu'on n'avait con&#231;ue jusqu'alors qu'au point de vue de la &lt;i&gt;puissance d'agir&lt;/i&gt;, se trouvait maintenant envisag&#233;e au point de la vue de la &lt;i&gt;puissance de &lt;/i&gt;vouloir, et un nouveau probl&#232;me se pr&#233;sentait : le &lt;i&gt;vouloir &lt;/i&gt;lui-m&#234;me est-il libre ? - La d&#233;finition populaire de la libert&#233; (physique) peut-elle embrasser en m&#234;me temps cette seconde face de la question ? C'est ce qu'un examen attentif ne nous permet point d'admettre. Car, d'apr&#232;s cette premi&#232;re d&#233;finition, le mot &lt;i&gt;libre &lt;/i&gt;signifie simplement &#171; conforme &#224; la volont&#233; &#187; : d&#232;s lors, demander si la volont&#233; elle-m&#234;me est libre, c'est demander si la volont&#233; est conforme &#224; la volont&#233;, ce qui va de soi, mais ne r&#233;sout rien. Le concept empirique de la libert&#233; nous autorise &#224; dire : &#171; Je suis libre, si je peux &lt;i&gt;faire &lt;/i&gt;ce que je &lt;i&gt;veux&lt;/i&gt; ; mais ces mots &#171; &lt;i&gt;ce que je veux &lt;/i&gt; &#187; pr&#233;supposent d&#233;j&#224; l'existence de la libert&#233; morale. Or c'est pr&#233;cis&#233;ment la &lt;i&gt;libert&#233; du vouloir&lt;/i&gt; qui est maintenant en question, et ilfaudrait en cons&#233;quence que le probl&#232;me se pos&#226;t comme il suit : &#171; &lt;i&gt;Peux-tu aussi vouloir ce que tu veux ?&lt;/i&gt; &#187; - ce qui ferait pr&#233;sumer que toute volition d&#233;pendit encore d'une volition ant&#233;c&#233;dente. Admettons que l'on r&#233;pondit par l'affirmative &#224; cette question : aussit&#244;t il s'en pr&#233;senterait une autre : &#171; Peux tu aussi vouloir ce que tu veux vouloir ? &#187; et l'on irait ainsi ind&#233;finiment en remontant toujours la s&#233;rie des volitions, et en consid&#233;rant chacune d'elles comme d&#233;pendante d'une volition ant&#233;rieure et plac&#233;e plus haut, sans jamais parvenir sur cette voie &#224; une volition primitive, susceptible d'&#234;tre consid&#233;r&#233;e comme exempte de toute relation et de toute d&#233;pendance. Si, d'autre part, la n&#233;cessit&#233; de trouver un point fixe nous faisait admettre une pareille volition, nous pourrions, avec autant de raison, choisir pour volition libre et inconditionn&#233;e la premi&#232;re de la s&#233;rie, que celle m&#234;me dont il s'agit, ce qui ram&#232;nerait la question &#224; cette autre fart simple : &#171; &lt;i&gt;Peux-tu vouloir ?&lt;/i&gt; &#187; Suffit-il de r&#233;pondre affirmativement pour trancher le probl&#232;me du libre arbitre ? Mais c'est l&#224; pr&#233;cis&#233;ment ce qui est en question, et ce qui reste ind&#233;cis. Il est donc impossible d'&#233;tablir une connexion directe entre le concept originel et empirique de la libert&#233;, qui ne se rapporte qu'&#224; la puissance d'agir, et le concept du libre arbitre, qui se rapporte uniquement &#224; la puissance de vouloir. C'est pourquoi il a fallu, afin de pouvoir n&#233;anmoins &#233;tendre &#224; la volont&#233; le concept g&#233;n&#233;ral de la libert&#233;, lui faire subir une modification qui le rend&#238;t plus abstrait. Ce but fut atteint, en faisant consister la libert&#233; dans la simple &lt;i&gt;absence de toute force n&#233;cessitante&lt;/i&gt;. Par ce moyen, cette notion conserve le caract&#232;re n&#233;gatif que je lui ai reconnu d&#232;s le commencement. Ce qu'il faut donc &#233;tudier sans plus de retard, c'est le concept de la &lt;i&gt;N&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt;, en tant que concept positif indispensable pour &#233;tablir la signification du concept n&#233;gatif de la libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'entend-on par &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; ? La d&#233;finition ordinaire : &#171; On appelle &lt;i&gt;n&#233;cessaire &lt;/i&gt;ce dont le contraire est impossible, ou ce qui ne peut &#234;tre autrement, &#187; est une simple explication de mots, une p&#233;riphrase de l'expression &#224; d&#233;finir, qui n'augmente en rien nos connaissances &#224; son sujet. En voici, selon moi, la seule d&#233;finition v&#233;ritable et compl&#232;te : &#171; On entend par &lt;i&gt;n&#233;cessaire&lt;/i&gt; tout ce qui r&#233;sulte d'une raison suffisante donn&#233;e &#187;, d&#233;finition. qui, comme toute d&#233;finition juste, peut aussi &#234;tre retourn&#233;e. Or, selon que cette raison suffisante appartient &#224; l'ordre logique, &#224; (ordre math&#233;matique, ou &#224; l'ordre physique (en ce cas elle prend le nom de cause), la n&#233;cessit&#233; est dite logique (ex. : la conclusion d un syllogisme, &#233;tant donn&#233;es les pr&#233;misses), - math&#233;matique (l'&#233;galit&#233; des c&#244;t&#233;s d'un triangle quand les angles sont &#233;gaux entre eux) ; ou bien physique et &lt;i&gt;r&#233;elle &lt;/i&gt;(comme l'apparition de l'effet, aussit&#244;t qu'intervient la cause) : mais, de quelque ordre de faits qu'il s'agisse, la n&#233;cessit&#233; de la cons&#233;quence est toujours absolue, lorsque la raison suffisante en est donn&#233;e. Ce n'est qu'autant que nous concevons une chose comme la cons&#233;quence d'une raison d&#233;termin&#233;e, que nous en reconnaissons la n&#233;cessit&#233;, et inversement, aussit&#244;t que nous reconnaissons qu'une chose d&#233;coule &#224; titre d'effet d'une raison suffisante connue, nous concevons qu'elle est n&#233;cessaire : car toutes les &lt;i&gt;raisons&lt;/i&gt; sont n&#233;cessitantes, Cette explication est si ad&#233;quate et si compl&#232;te, que les deux notions de &lt;i&gt;n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; et de &lt;i&gt;cons&#233;quence d'une raison donn&#233;e&lt;/i&gt; sont des notions r&#233;ciproques (&lt;i&gt;convertibles&lt;/i&gt;) , c'est-&#224;-dire qu'elles peuvent &#234;tre substitu&#233;es l'une &#224; l'autre. D'apr&#232;s ce qui pr&#233;c&#232;de, la &lt;i&gt;non-n&#233;cessit&#233;&lt;/i&gt; (contingence) &#233;quivaudrait &#224; l'absence d'une raison suffisante d&#233;termin&#233;e. On peut cependant concevoir l'id&#233;e de la contingence comme oppos&#233;e &#224; celle de la n&#233;cessit&#233; : mais il n'y a l&#224; qu'une difficult&#233; apparente. Car toute contingence n'est que relative. Dans le monde r&#233;el, en effet, qui peut seul nous donner l'id&#233;e du hasard, chaque &#233;v&#233;nement est n&#233;cessaire, par rapport &#224; sa cause ; mais il peut &#234;tre contingent par rapport &#224; tous les autres objets, entre lesquels et lui peuvent se produire des co&#239;ncidences fortuites dans l'espace et dans le temps. Il faudrait donc que la libert&#233;, dont le caract&#232;re essentiel est l'absence de toute n&#233;cessitation, f&#251;t l'ind&#233;pendance absolue &#224; l'&#233;gard de toute cause, c'est-&#224;-dire la contingence et le hasard absolus. Or c'est l&#224; un concept souverainement probl&#233;matique, qui peut-&#234;tre ne saurait m&#234;me pas &#234;tre clairement pens&#233;, et qui cependant, chose &#233;trange &#224; dire, se r&#233;duit identiquement &#224; celui de la libert&#233;. Quoi qu'il en soit, le mot &lt;i&gt;libre &lt;/i&gt;signifie &lt;i&gt;ce qui n'est n&#233;cessaire sous aucun rapport&lt;/i&gt;, c'est-&#224;-dire ce qui est ind&#233;pendant de toute raison suffisante. Si un pareil attribut pouvait convenir &#224; la volont&#233; humaine, cela voudrait dire qu'une volont&#233; individuelle, dans ses manifestations ext&#233;rieures, n'est pas d&#233;termin&#233;e par des motifs, ni par des raisons d'aucune sorte, puisque autrement - la cons&#233;quence r&#233;sultant d'une raison donn&#233;e, de quelque esp&#232;ce qu'elle soit, intervenant toujours avec une n&#233;cessit&#233; absolue - ses actes ne seraient plus libres, mais n&#233;cessit&#233;s. Tel &#233;tait le fondement de la pens&#233;e de Kant, lorsqu'il d&#233;finissait la libert&#233;, &#171; le pouvoir de commencer &lt;i&gt;de soi-m&#234;me &lt;/i&gt;une s&#233;rie de modifications. &#187; Car ces mots &#171; de soi-m&#234;me, &#187; ramen&#233;s &#224; leur vraie signification, veulent dire &#171; sans cause ant&#233;c&#233;dente, &#187; ce qui est identique &#224; &#171; sans n&#233;cessit&#233;. &#187; De sorte que cette d&#233;finition, bien qu'elle semble en apparence pr&#233;senter le concept de la libert&#233; comme un concept positif, permet &#224; une observation plus attentive d'en mettre de nouveau en, &#233;vidence la nature n&#233;gative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une volont&#233; libre, avons-nous dit, serait une volont&#233; qui ne serait d&#233;termin&#233;e par aucune raison, c'est-&#224;-dire par &lt;i&gt;rien&lt;/i&gt;, puisque toute chose qui en d&#233;termine une autre est une raison ou une cause ; une volont&#233;, dont les manifestations individuelles (volitions), jailliraient au hasard et sans sollicitation aucune, ind&#233;pendamment de toute liaison causale et de toute r&#232;gle logique. En pr&#233;sence d'une pareille notion, la clart&#233; m&#234;me de la pens&#233;e nous fait d&#233;faut, parce que le principe de raison suffisante, qui, sous tous l&#233;s aspects qu'il rev&#234;t, est la forme essentielle de notre entendement, doit &#234;tre r&#233;pudi&#233; ici, si nous voulons nous &#233;lever &#224; l'id&#233;e de la libert&#233; absolue. Toutefois il ne manque pas d'un terme technique (&lt;i&gt;terminus techniqus ad hoc&lt;/i&gt;) pour d&#233;signer cette notion si obscure et si difficile &#224; concevoir : on l'appelle libert&#233; d'indiff&#233;rence (&lt;i&gt;liberum arbitrium indifferentiae&lt;/i&gt;). D'ailleurs, de cet ensemble d'id&#233;es qui constituent le libre arbitre, celle-ci est la seule qui soit du moins clairement d&#233;finie et bien d&#233;termin&#233;e ; aussi ne peut-on la perdre de vue, sans tomber dans des explications embarrass&#233;es, vagues, nuageuses, derri&#232;re lesquelles cherche &#224; se dissimuler une timide insuffisance, - comme lorsqu'on parle de &lt;i&gt;raisons&lt;/i&gt; n'entra&#238;nant pas n&#233;cessairement leurs cons&#233;quences. Toute cons&#233;quence d&#233;coulant d'une raison est n&#233;cessaire, et toute n&#233;cessit&#233; est la cons&#233;quence d'une raison. L'hypoth&#232;se d'une pareille libert&#233; d'indiff&#233;rence entra&#238;ne imm&#233;diatement l'affirmation suivante, qui est caract&#233;ristique, et doit par cons&#233;quent &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme la marque distinctive et l'indice de cette id&#233;e : &#224; savoir qu'un homme, plac&#233; dans des circonstances donn&#233;es, et compl&#232;tement d&#233;termin&#233;es par rapport &#224; lui, peut, en vertu de cette libert&#233; d'indiff&#233;rence, agir de deux fa&#231;ons &lt;i&gt;diam&#233;tralement oppos&#233;es&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte est le d&#233;but du premier chapitre d'une dissertation &#233;crite par Schopenhauer en r&#233;ponse &#224; la question pos&#233;e en 1838 par l'Acad&#233;mie royale de Norv&#232;ge : &#034;Le libre-arbitre peut-il &#234;tre d&#233;montr&#233; par le t&#233;moignage de la conscience ?&#034; Le prix fut d&#233;cern&#233; &#224; Scopenhauer.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Arthur Schopenhauer, &lt;strong&gt;Essai sur le libre arbitre&lt;/strong&gt;, chap.1, d&#233;finitions &#171; Qu'entend-on par libert&#233; ? &#187;, Alcan, 1903, pp.1-14&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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		<title>Les porcs-&#233;pics </title>
		<link>https://caute.lautre.net/Les-porcs-epics</link>
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		<dc:date>2003-08-15T20:38:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Schopenhauer, Arthur</dc:creator>


		<dc:subject>agression</dc:subject>
		<dc:subject>autrui</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les porcs-&#233;pics &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Par une froide journ&#233;e d'hiver un troupeau de porcs-&#233;pics s'&#233;tait mis en groupe serr&#233; pour se garantir mutuellement contre la gel&#233;e par leur propre chaleur. Mais tout aussit&#244;t ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s'&#233;carter les uns des autres. Quand le besoin de se r&#233;chauffer les eut rapproch&#233;s de nouveau, le m&#234;me inconv&#233;nient se renouvela, de sorte qu'ils &#233;taient ballott&#233;s de &#231;&#224; et de l&#224; entre les deux maux jusqu'&#224; ce qu'ils eussent fini par (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://caute.lautre.net/-Textes-brefs-72-" rel="directory"&gt;Textes brefs&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-agression-+" rel="tag"&gt;agression&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://caute.lautre.net/+-autrui-374-+" rel="tag"&gt;autrui&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les porcs-&#233;pics&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#171; Par une froide journ&#233;e d'hiver un troupeau de porcs-&#233;pics s'&#233;tait mis en groupe serr&#233; pour se garantir mutuellement contre la gel&#233;e par leur propre chaleur. Mais tout aussit&#244;t ils ressentirent les atteintes de leurs piquants, ce qui les fit s'&#233;carter les uns des autres. Quand le besoin de se r&#233;chauffer les eut rapproch&#233;s de nouveau, le m&#234;me inconv&#233;nient se renouvela, de sorte qu'ils &#233;taient ballott&#233;s de &#231;&#224; et de l&#224; entre les deux maux jusqu'&#224; ce qu'ils eussent fini par trouver une distance moyenne qui leur rend&#238;t la situation supportable. Ainsi, le besoin de soci&#233;t&#233;, n&#233; du vide et de la monotonie de leur vie int&#233;rieure, pousse les hommes les uns vers les autres ; mais leurs nombreuses mani&#232;res d'&#234;tre antipathiques et leurs insupportables d&#233;fauts les dispersent de nouveau. La distance moyenne qu'ils finissent par d&#233;couvrir et &#224; laquelle la vie en commun devient possible, c'est la politesse et les belles mani&#232;res. En Angleterre on crie &#224; celui qui ne se tient pas &#224; cette distance : &lt;i&gt;Keep your distance&lt;/i&gt; ! Par ce moyen le besoin de se r&#233;chauffer n'est, &#224; la v&#233;rit&#233;, satisfait qu'&#224; moiti&#233;, mais, en revanche, on ne ressent pas la blessure des piquants. Cependant celui qui poss&#232;de assez de chaleur int&#233;rieure propre pr&#233;f&#232;re rester en dehors de la soci&#233;t&#233; pour ne pas &#233;prouver de d&#233;sagr&#233;ments, ni en causer. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Schopenhauer, &lt;strong&gt;Parerga et paralipomena&lt;/strong&gt;, II, &#167;396.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La connaissance de la doctrine de l'auteur n'est pas requise. Il faut et il suffit que l'explication rende compte, par la compr&#233;hension pr&#233;cise du texte, du probl&#232;me dont il est question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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